‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 57 sur 128 · ROUBAIX. — TOURCOING · texte numérisé non relu

ROUBAIX. — TOURCOING

du château et de l'église par les calvinistes, qui massacrèrent le même jour le curé de Tourcoing (15C8). Sous Louis XIV et Louis XV, les guerres de Flandre influèrent nécessairement sur la tranquillité des habitants d'une manière toujours fâcheuse , et les deux partis , profitant de leur faiblesse, leur imposèrent tour à tour des contributions et des corvées.

Roubaix, aujourd’hui chef-lieu de canton du département du Nord, est une ville propre et bien bâtie, traversée par le canal de la Marcq. La population s’élève à. près de -24,700 âmes ; les habitants sont actifs, laborieux, passionnés pour le luxe et les plaisirs ; on peut leur appliquer ce mot de Boulainvilliers : exacts à ta messe et au sermon, sans préjudice au cabaret. Les protestants possèdent un temple dans cette ville; leur religion, assez importante encore en 1710 pour que ses membres fussent ensevelis dans un cimetière particulier, ne compte plus maintenant que deux cents communiants. Roubaix a une école d'instruction primaire supérieure, fondée en 1833 par le conseil municipal ; un hospice, autrefois appelé maison des communs pauvres et orphelins; et une maison d'éducation, dirigée par des dames carmélites, où sont instruites, aux frais de la ville et de la communauté, cinq cents jeunes filles appartenant à la classe du peuple ou de la bourgeoisie.

Roubaix a donné le jour à quelques hommes remarquables ; entre autres maître Jean Prus, célèbre docteur en théologie du xvii* siècle; Alard de lioubaix et François Alard, son fils, tous deux conseillers au parlement de Flandre.

Tourcoing, chef-lieu de canton, dépendant, comme Roubaix, de l’arrondisse^ ment de Lille, est aussi une très-jolie ville enrichie par ses manufactures. Itès la fin du xir siècle, il y avait dans cette localité des fabriques d'étoffes de laine et des filatures très -renommées (1172). L’industrie persévérante des habitants, qui s'est développée malgré trois incendies terribles, malgré les ravages de la guerre et les dissensions religieuses, lui a fait prendre peu â peu le rang distingué qu'elle occupe aujourd'hui parmi les cités manufacturières de la Flandre. Siège principal de la peignerie et de la filature de laine blanche, Tourcoing fournit au commerce, en abondance, des draps, des tapis, des moquettes veloutées, des lastings, des camelots et des molletons, sans compter des étoffes mêlées de laine et de poil de chèvre, et en général tout ce qui concerne le tissage du coton. La laine dont on y fait usage pour les draps et les tapis , ainsi qu’à Roubaix, est -celle des moutons flandrins, justement appréciée par l’économiste anglais Young, dans son Voyage en France. On y trouve, en outre, des teintureries, des savonneries, des raffineries de sucre, des distilleries d’eaux-de-vie de grain; et ses produits industriels et manufacturiers alimentent non-seulement le commerce de toutes les villes voisines, mais encore celui d’Amiens et de Paris.

Le nom de Tourcoing dérive, d’après quelques savants, de sa position sur une colline : Tour-Ken, disent-ils, sont des mots celtiques, qui signifient fort sur une hauteur. Une pareille étymologie ne parait guère admissible, surtout quand on réfléchit que l’existence de la ville ne remonte qu’au xii" siècle , et qu’il n’en est question, pour la première fois, que dans un diplôme de 1148. Les commencements de Tourcoing furent, d’ailleurs, obscurs el très-difficiles : les Flamands y ni. 29

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construisirent des fortilicntions, lorsque Louis XI disputa à Marie de Bourgogne l'héritage de Charles-Ie-Temérairc ; elle fut prise néanmoins par les Français, pillée et ruinée de fond en comble, en 1477. Cette catastrophe se renouvela pendant les guerres de religion du xvi* siècle : les calvinistes révoltés en firent le sac et la livrèrent aux flammes (1556). En 1607 et 1711, deux nouveaux incendies la détruisirent presque entièrement; la plupart des maisons n'étaient, à cette époque, recouvertes qu'en chaume, ce qui explique la fréquence et la grandeur de ces désastres.

On sait qu'en 1794, les habiles combinaisons des généraux Jourdan et Moreau déjouèrent le plan des armées coalisées pour s’emparer de la Flandre. L'avantgarde du général Otto, chassée de Tourcoing, qu’elle avait occupée le 17 avril, ne put même se rallier à sa division, qui avait été contrainte de se replier derrière le village de Leers, et le duc d’York attaqué à Roubaix, mis en fuite et poursuivi jusqu’à Watrelos, ne dut son salut, comme il en est convenu lui-mème, qu'à la vitesse de son cheval.

Tourcoing a un collège communal, une chambre des manufactures, un hôpital ries malades et un hospice ponr les vieillards. Les derniers recensements portent sa population à 22,366 habitants, l'n préjugé assez ridicule se plaît à représenter les Tourquenois comme les béotiens du département du Nord : un chanteur de carrefour du xviii* siècle, appelé Bruit-Maman, s'en est même occupé dans ses rhansons patoises ; mais ces plaisanteries , plus grossières que spirituelles , ne prouveront jamais rien contre l'activité , la prudence et la probité bien connues ries négociants de cette ville. 1

DOUAI

OIXCHXES. — M AKCBIINNEI.

Rien ne se prête davantage aux fantaisies de l'imagination que la science des étymologistes. L’histoire, qui n'a point, comme la poésie, ses licenups, doit se défier des interprétations capricieuses et ne se présenter, elle, qu'avec ses preuves à la main, solidement appuyée sur des faits positifs et concluants. Si l’on n'a pas eu la prétention de donner à Douai une origine troyenne ou cimbrique, ainsi qu’on l'a fait pour Bavai et Cambrai , on a du moins voulu la rendre contemporaine de César, et l'on a soutenu que Duaeum devait être la capitale des Adualiquet, l'un des peuples de la Gaule-Belgique qui se liguèrent contre le conquérant romain.

1. Recherche s pour servir à l’histoire de la ville de Roubaix, par L.-E. Marital, 1 vol. iu-8, Roubaix, 1844. — Etat de la France, de Boulainvi Hiers. A l'époque où Bouluinvilliers résumait dans col ouvrage les Mémoires des Intendants, on ne considérait encore Tourcoing et Roubaix que comme de gros bourg*; mais, suivant sa remarque, ces gros bourqs valaient mieux que des villes (I, III, p. MS). — Statistique du département du Nord, par M. Dieudonné.

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C'est là une de ces assertions qui ne reposent sur aucun fondement , une de ces hypothèses puériles qu'une analogie de consonnanccs a pu faire naître, mais qu’elle ne saurait faire prévaloir. Et, en effet, le Castnim Duacum n'est cité nulle part avant le vu* siècle; il est à croire qu’à cette époque ce n'était encore qu'une forteresse destinée à protéger Larabre, résidence royale des Mérovingiens, comme aujourd’hui la forteresse de Scarpe protège Douai lui-même. En Cil , un chef frank du nom d'Adroald , établi dans le fort ou burg de Douai , commandait à toute cette partie du vieux pays des Nervicns située entre la Scarpe et l’Escaut, et qui ne formait alors qu'une sauvage contrée, couverte de bois et de marécages. Adroald , homme pieux et récemment converti au christianisme , facilita la prédication de saint Amand dans ces tristes parages. Grâce à ses libéralités, l’apôtre des Belges fonda , sur les bords de la Scarpe , une abbaye qui ne tarda pas à devenir célèbre, et donna naissance à la ville actuelle de Marchiennes ; c'est sans doute aussi sous la protection du châtelain de Douai que , peu de temps après, le même apôtre érigea , non loin de Marchiennes, le fameux monastère d'Elnon (depuis Saint-Amand), d’où sont sortis tant d'hommes illustres, et où les descendants de Charlemagne vinrent plus tard s'instruire dans la poésie et les belles-lettres.

Mais quel était l'emplacement primitif de cette ville? Était-elle située à l'endroit qu'occupe aujourd'hui la fonderie ? Il n'est pas facile de le décider. Quoi qu'il en soit, on trouve dans les titres du xi* siècle les noms de quelques châtelains de Douai. En 1195, le roi Philippe-Auguste remet au comte de Flandre ses serments au sujet des tours de Douai; en 1209, la vieille tour de Douai est mentionnée comme faisant partie du douaire d'Agnès, fille du châtelain de Bapeaume; elle est, en outre, investie de la châtellenie de la ville; enfin, l’office de châtelain fut occupé, en dernier lieu, par Philippe d'Inchy, qui le vendit, en H6i, aux éclicvins de Douai.

On le voit , ici comme presque partout au moyen âge , le donjon est le symbole primitif et le berceau de la cité; mais l'agglomération plus ou moins considérable d'habitants qui viennent se placer sous la protection d’une forteresse ne constitue la cite proprement dite que lorsqu’elle a reçu l’organisation politique. On ne saurait dire si les bourgeois de Douai en avaient une avant le xii* siècle. Dans tous les cas, elle devait être bien informe et se bornait sans doute à quelques coutumes ou usages empruntés aux municipalités voisines, et appropriés, par le seul consentement des bourgeois, aux besoins du temps. Les rois Philippe-Auguste, en 1213, et Louis VIII octroyèrent comme suzerains de la Flandre, aux habitants de Douai, la confirmation des bonnes coutumes en usage sous le règne de Philippe d'Alsace, mort en 1191. F.n 1228, une charte de la comtesse Jeanne régla enfin l'échevinage de Douai, ou plutôt le mode d'élection des échcvins. D’après cet acte, les échevins dont les fonctions vont expirer élisent parmi les bourgeois quatre électeurs; ceux-ci nomment quatre échcvins, lesquels, à leur tour, en choisissent quatre autres; ces quatre derniers en désignent encore quatre, ce qui porte le nombre à douze ; enfin , ces douze procèdent au choix de quatre nouveaux échcvins habitant la rive gauche de la Scarpe. Une charte, émanée du comte Louis de Male en 1373, modifia ce système primitif d’élection , et réduisit les échevins de seize à douze ,

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