‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 58 sur 128 · FLANDRE · texte numérisé non relu

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neuf de la rive droite et trois de la rive gauche de la Scarpc. Ils étaient élus par neuf bourgeois, dont quatre? de la paroisse de Saint-Pierre et un de chacune des cinq autres paroisses , et ces neuf bourgeois étaient eux-mêmes choisis par les échevins sortants après treize mois d'exercice, réunis aux érhevins de l'année précédente; en outre, six bourgeois, pris en dehors de l'échevinage, étaient chargés de surveiller les ouvrages et les mises de la commune : on les appelait les six hommes. Tel fut le mode d'administration municipale en vigueur à Douai jusqu’à la révolution de 1789. La commune de Douai , à l'exemple de ce qui se pratiquait depuis les premières croisades et peut-être même antérieurement, avait adopté des armoiries, qui consistaient en un écu de gueules surmonté d'un D gothique d'or. Après la bataille de Mons-en-Pevèle , où ils se signalèrent en 130i, les Douaisiens ajoutèrent à leur blason une flèche d'or, qui, partant de Cangle de.rtre, venait frapper le coeur de l'écu, d'où découlaient six gouttes de sang, en mémoire des six cents hommes qu'ils avaient perdus dans cette journée et dans celle de Pont-à-Vendin.

Au début du xm* siècle, Douai était renommé déjà pour son opulence, la force de ses armes et l’illustration de ses citoyens. C'est Guillaiimc-lc-Breton qui , dans sa Phitippide, a dit :

Duacuni

Dives el omnipotrns et claro cive refertum.

Cette réputation, les Douaisiens l'avaient acquise depuis longtemps. Placés à l'entrée de cette Flandre, éternel sujet de discorde entre les rois, vaste et continuel champ de bataille, ils n'avaient eu que trop souvent l'occasion de se signaler à In guerre.

Dès le ix' siècle, ils avaient courageusement repoussé les irruptions de ces terribles Normands qui désolèrent si souvent la (inule-Relgique. Le châteaufort de Douai ne fut jamais pris alors , et offrit un silr asile aux trésors des populations d’alentour; elles n’en avaient pas de plus précieux que les reliques des saints naguère martyrisés dans le pays. F.n 870, à l'approche des Barbares, qui, sous la conduite d’ilasting, s’étaient répandus le long des rives de la Scarpe et de l'Escaut, on transporta dans l'église de Sainte-Marie de Douai, pour les soustraire à la profanation, les corps de saint Amé de Merville, de sainte Rictudre et de saint Mauront, de l’abbaye de Marrhiennes; de saint Audcbcrt, de sainte Reine et de sainte Rainfrede, de l’abbaye de Denain; enfin, de saint Amnnd, de l'abbave d'Elnon. Le corps de saint Amand, ce courageux apêtre qui, vivant, était parti du donjon de Douai pour conquérir la Belgique nu christianisme, et qui, mort, y rentrait comme pour servir de palladium, était l'objet d'une profonde vénération ; les peuples attachaient le plus grand prix à le conserver, et leur pieuse imagination se plaisait à l'entourer de miraculeux prestiges.

Au x' siècle , les Douaisiens résistèrent avec leurs seules ressources aux attaques combinées du roi des Français, du comte de Bourgogne et du comte de Yermandois. Vers 1071 , ils osèrent prendre le parti de Richilde et d'Arnould-le-Malheureux, légitime comte de Flandre, contre Robert-le-Frison que In victoire favorisa, mais (pii, sur l'injonction de son confesseur, se crut obligé, au retour de la croi-

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sade, de céder à Bauduin, comte de Hninout, la châtellenie de Douai. Robert II, qui avait blâmé une telle concession, usa de ruse pour rentrer en possession de ce domaine : il offrit à Bauduin de lui Taire épouser Adélaïde de Savoie, nièce de sa femme , et y mit pour condition l’abandon de la châtellenie de Douai. Bauduin, enchanté, promit ce qu'on voulait; mais, quand il eut vu la princesse, il la trouva si laide et si difforme , dit un chroniqueur, qu'il aima mieux perdre Douai et ses dépendances que de l’épouser : du reste, Adélaïde de Savoie eut lieu de se consoler de cet affront , puisqu’elle devint reine de France. Quelques années plus tard , l'empereur Henri V vint au serours de Bauduin pour reprendre Douai . « L'empereur appareilla , » dit un historien du xiii* siècle, « et vint avec une très-grande armée, afin d'assiéger le ehàtel de Douai, qui étoit très-fort de murs et de fossés. Lors entra le comte de Flandre dedans Douai , en garnit les * forteresses et les mit en bon état de défense, et engagea les habitants à combattre vigoureusement. Au troisième jour après, l'empereur fit un très-grand assaut; et le comte merveilleusement se défendit, si qu'il y eut plusieurs chevaliers occis de la partie de l'empereur, et ainsi laissèrent l'assaut...; car ils voyoient que rien ne profitoit et que ne prendraient le château. » En effet , Douai resta en la possession du comte de Flandre , et dut au courage de ses habitants de ne point subir les rigueurs d’une prise d'assaut, si terribles en ces temps de barbarie.

La publication de la première croisade produisit dans les provinces de l’ancienne Belgique un merveilleux enthousiasme. Douai participa , l’une des premières parmi les cités flamandes, à cette grande impulsion qui allait précipiter l'F.urope contre l’Asie, et vit les futurs conquérants de Jérusalem préluder sur son territoire à leurs fabuleux exploits. Aux environs de cette ville, dans un lieu nommé Anchin , s’élevait un monastère fondé par deux nobles hommes, longtemps ennemis, et qui, au jour de leur réconciliation , avaient fait- vœu de se dévouer entièrement au service de Dieu. C'est là que , convoqués par Aselme de Hibemonl, seigneur d’Astrevant et bienfaiteur de l'abbaye d' Anchin , les chevaliers de la Flandre, du Hainaut, de l'Artois, du Cambrésis et des provinces voisines vinrent en foule s’eurôler dans la milice de la croix et essayer la solidité de leurs armes par des joûtes célèbres. Le procès-verbal du Tournoi <1' Anchin, où sont relatés les noms de tous les seigneurs croisés, est l'une des pages les moins connues et cependant les plus curieuses de la chevalerie.

La bannière de Douai parut avec honneur dans les champs de Bouvines, et lorsque, en 1225, un traité fut conclu pour la rançon du comte Fernand, qui avait été fait prisonnier dans cette mémorable bataille, Douai devait, ainsi que Lille, être mise pour dix ans dans la main du roi de France; mais celte clause n'ayant point été ratifiée par les communes flamandes, le traité fut modifié l'année suivante, et Douai ne passa point alors sous une domination étrangère. Protégée par ses fortes murailles et la valeur de ses habitants, cette ville n'eut pas trop à souffrir des guerres dont la Flandre fut le théâtre durant le xm* siècle. Mais il parait que, ne pouvant guerroyer contre les ennemis du dehors, les Douaisicns guerroyaient entre eux. Une charte que nous avons sous les yeux, donnée en 1268 par la comtesse Marguerite, nous apprend qu’il y avait alors à Douai guerres

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mortelles, haine s et autres discordes entre les bourgeois et les fils de bourgeois. Cette charte donne commision aux échevins de choisir sept prud'hommes, pour faire l’office d ’apaiseurs, tant pour le temps présent que pour l'avenir.

Robert de Béthune, comte de Flandre, qui était redevable à Philippe-le-Bel de dix mille livres de rente pour sa rançon, s'acquitta, le 11 juillet 1312, en cédant les villes de Lille, Douai et Orrhies, qui ne furent réintégrées à la Flandre que cinquante-sept ans plus tard. En 1304, les échevins de Douai ayant condamné un homme à être pendu, le parlement de Paris fut, après l'exécution, saisi de l'afTaire, cassa l'arrêt des échevins et déclara la ville déchue de tous ses privilèges ; mais, quatre ans après, le roi Charles V, considérant que lesdits échevins n'avaient point agi par corruption, par haine ou aullre maumistié quelconque, rendit à la ville le plein exercice de ses droits et franchises. En H20, les Turlupins tenaient des réunions dans l’un des faubourgs de la ville; l'évêque d'Arras, le fameux Martin Porée , fit instruire leur procès, et on en brûla six sur la place de Douai. Des deux théâtres dressés pour les spectateurs de cette exécution , l'un s'écroula et causa la mort de beaucoup de monde ; c’était celui qui portait les gens d'église.

Dans le siècle suivant, les calvinistes tentèrent vainement de pénétrer è Douai; mais ils firent beaucoup de dégâts dans le pays : quantité d’églises furent par eux pillées et brûlées ; des statues, des tableaux et autres objets d'art d'un grand prix ne trouvèrent point grâce devant les iconoclastes, qui allèrent jusqu’à profaner les tombeaux. Pour opposer une digue à ce torrent de la réforme, on institua alors de nouveaux évêchés dans les Pays-Bas, et la création d'une seconde université fut considérée comme une mesure très-propre à assurer les mêmes résultats. Une petite ville du Hainaut, Maubeugc, fut sur le point d'être choisie pour siège de cette naissante académie; on pensait avec raison, peut-être, que les villes les moins bruyantes et les moins populeuses sont plus favorables aux mœurs de la jeunesse et aux bonnes études que les cités riches , où le luxe déploie toutes les séductions. Les échevins de Douai mirent tant d'activité dans leurs sollicitations auprès de Philippe 11, roi d’Espagne et comte de Flandre, que l'université, créée par la bulle du 6 janvier 1561, fut installée le 5 octobre 1562. Ce corps enseignant, pendant ses deux siècles d'existence, a joui d’une haute renommée, et a contribué à entretenir dans la ville de Douai le goût des études solides, et à lui donner une sorte de physionomie littéraire qu'elle a gardée même à une époque où le savoir et le bon goût avaient cessé d'être appréciés. Du reste, longtemps avant l’université, Douai avait eu sa confrérie des clercs parisiens, son banc poétique du seiyneur de C.uincy, et les conférences littéraires de Michel d'Esne, qui, de page du roi d'Espagne, devint évêque de Tournai.

L'Université de Douai eut de bons et savants professeurs ; mais de véritables célébrités enseignantes, elle n'en eut guère, et resta toujours, sous ce rapport, bien inférieure à l'université de Louvain. Il faut dire pourtant que, même dans le Siècle dernier, les études y étaient assex graves et fortes, surtout en théologie et en jurisprudence. La médecine et les lettres étaient un peu négligées. Les écoliers, troupe turbulente et indisciplinée, songeaient plus, en général, à mener une vie joyeuse et à troubler le repos des bourgeois qu'à se faire un nom dans les

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sciences. Toujours en lutte avec les officiers du guet, avec la maréchaussée et les magistrats, ce corps séditieux s'insurgeait souvent contre l’exécution des lois on les arrêts de la justice; c'est ainsi qu’en 1769 on les vit, au nombre ae plusieurs milliers , s’attrouper et causer de graves désordres, à l'occasion d'une taxe qu'on voulait leur imposer pour l'entretien de la bibliothèque de la ville. En 1780, ils arrachèrent des mains d’un corps de cavalerie un déserteur nommé Saint-Bomard, qu’on allait passer par les armes, lui coupèrent les cheveux et allèrent le cacher dans le couvent des récollets, où il fut impossible ensuite de le découvrir. On pourrait citer encore plusieurs faits semblables.

Un autre corps, plus illustre peut-être que l'université, siégeait aussi à Douai : c’était le parlement de Flandre. Établi d'abo:d h Tournai par Louis XIV, puis transféré à Cambrai, il vint enfin se fixer à Douai au mois de juin 1714. Cette haute cour de justice eut ses vicissitudes : le 13 août 1771, elle reçut la notification solennelle de sa suppression, avec ordre aux membres qui la composaient de se retirer dans les lieux qui furent assignés à chacun d’eux, et, deux mois après, un conseil supérieur se substitua au lieu et place du parlement, qui ne fut rétabli dans ses attributions et privilèges qu’à la On de l'année 1774.' De 1788 à 1790, ce grand corps judiciaire reçut les derniers coups et périt, avec la plupart des institutions de la vieille monarchie française.

Douai était, au moyen âge, beaucoup plus florissante qu’elle ne l'est aujourd’hui sous le rapport de l’industrie et du commerce. Une des principales rué?, la rue des Foulons, rappelle encore le souvenir des blancs-drapiers, et de l'immense fabrication de draps qui faisait sa prospérité. Les rois d'Angleterre , Henri III et Édouard II , avaient accordé des privilèges et des immunités aux bourgeois et marchands de Douai qui allaient trafiquer dans la Grande-Bretagne. L'histoire nous apprend qu’en 1353 les Douaisiens offrirent au roi Jean, lors de son passage en Flandre, quatre pièces de pannes de leur fabrique. Ils s'entendaient aussi à confectionner, comme à Lille et à Cambrai, ces belles tapisseries en laine qui faisaient l'ornement des églises et des habitations seigneuriales. On voit encore à l'hôtel-de-ville de Douai et chez quelques riches habitants de ces anciennes tapisseries. Enfin, dans le xvi« siècle, la fabrication des toilettes qui, depuis l'an 1300, rendait si prospères les cités voisines de Cambrai et de Valenciennes, était mise en usage à Douai avec non moins de bonheur et de succès. Le commerce douaisien a progressivement décliné depuis l’époque de l'établissement de l'université; la révocation de l'édit de Nantes lui a été funeste, et il ne s'en est pas encore relevé malgré de notables efforts.

Avant la révolution, les établissements religieux étaient nombreux à Douai. On y comptait deux églises collégiales, Saint-Amé, fondé vers 674 à Mervüle, transféré à Douai deux siècles plus tard ; Saint-Pierre, dont on fait remonter l'origine au commencement du xi* siècle. Les six paroisses étaient Saint-Pierre, Saint- Jacques, Saint-Nicolas, Notre-Dame, Saint-Amé et Saint-Albin. Ces paroisses furent réduites à trois par suite de la loi du 27 avril 1791. Le concordat maintint le même nombre et en régla la circonscription d'après celle des justices de paix. La ville était le siège d’un bailliage et d'une subdélégation; elle renfermait quinze monastères d’hommes, seize de filles, et une trentaine d’hospices, hôpi-

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taux ou établissement* charitables qui sont aujourd'hui Tondus soit dans l’hôtel- Uicu, soit dans l'hospice général et ses annexes.

Sous le rapport militaire , la place de Douai est une des plus importantes du royaume. Quand Louis XIV s'en fut rendu maître , il y fit exécuter de grands travaux sous la direction de Vauban ; on a laissé subsister une vingtaine de tours qui avaient été construites, depuis l'an 1405, sur divers points de l'enceinte de la place, lin arsenal, une fonderie de canons, à laquelle se rattache le nom de Bérenger père et fils, une école régimentaire d'artillerie, plusieurs belles casernes, une grande et belle citadelle, connue sous le nom de fort de Scarpe , tels sont les principaux établissements militaires disséminés sur une superficie de deux cent quarante-cinq hectares.

L'ancien parlement de Flandre a été remplacé, à Douai, par une cour royale, dont le ressort s'étend sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais, et qui compte parmi ses membres des magistrats fort distingués. Un chef-lieu d’académie et un collège rayai rappellent encore, À Douai, l'université qu'elle a perdue. Un musée de tableaux , un très-beau cabinet d'histoire naturelle , bâti au milieu d'un vaste jardin botanique, une bibliothèque publique d'environ trente mille volumes, riche en éditions rares et en manuscrits, tels sont encore les établissements qui méritent de Axer l'attention.

Des monuments anciens. Douai ne possède plus guère que son hfltel-de-ville, surmonté d'un beffroi ; mais c’est une œuvre fort remarquable , d'une belle conservation,et qui offre un précieux spécimen du style ogival à la On du xv'siècle. Si FhOtel-de-ville de Douai nu présente pas dans son ensemble et dans scs détails ce grandiose et ces magnificences d'ornementation qu’on rencontre dans les maisons communes de Bruxelles, de Cand et de Louvain, ce n'en est pas moins un édifice très-original , aux lignes larges et Itardies, à l'aspect vraiment féodal, si l’on peut s'exprimer ainsi.

Douai est bien bâti; les rues, eu général, y sont percées très-régulièrement, les constructions particulières y sont faites avec goût; néanmoins la ville parait triste, morne, silencieuse : on voudrait voir plus de mouvement et d'animation à travers ces belles rues et ces vastes places; Douai, enfin, n'est point assez peuplé. Son enceinte est plus grande que celle de Lille , et elle ne renferme que 17,301 habitants. L’arrondissement en contient 100,158. On peut juger du contraste qui doit exister dans la physionomie de Douai et celle de l'ancienne capitale de la Flandre. Quoi qu'il en soit, ce n’est plus de nos jours qu'un poète douaisien pourrait dire :

Adieu p ville bourbeuse, adieu ville emmurée,

For^erone importune, et prison des esprits!

Adieu, dis-je. Douai, où naissance je pris;

Voslre fasclicux pavé mon esprit ne recrée.

Il ne faudrait pas juger sur cet échantillon de l'esprit et du sentiment littéraire des Douaisiens. Nous avons déjà parlé des institutions qui existaient chez eux au moyen âge, et qui dénotent un très-vif amour des choses intellectuelles, alors même que la barbarie dominait encore dans la vie des peuples. Dès la lin du

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xir siècle , Douai avait eu ses trouvères , parmi lesquels on doit citer, en première ligne, Gandor, l’auteur de cette longue épopée des croisades qu'on nomme le Chevalier au Cygne, et des romans non moins merveilleux d 'Anscis de Carthage et de la Cour de Charlemagne .

Plus tard, et h partir du xv* siècle jusqu’à nos jours, cette ville produisit, dans toutes les branches des connaissances humaines, beaucoup d'hommes remarquables. Pour ne nommer que ceux qui sont morts, nous citerons seulement, parmi les artistes : de Bellegambe et Jean de Bologne, statuaires; Cardon, Delcarnbre et Tarlier, musiciens; dans les lettres : Jacques de Clercq, Gaguin, le chanoine Azon , Caoursin, Louis Dujardin, Paul Dumont, Jacques Lesnige, Jacques Loijs, Laurent, l’auteur du Compère Mathieu ; dans la médecine : Jean Dabtaing , Pierre et Alexandre Delannog, Jean Lestiboudois, Meller; parmi les jurisconsultes et magistrats : Bonnaire, de Colonne, Déprés, Six de Polinchove, Yerninmen, Merlin, né à Alleux, près Douai, mais que cette ville a toujours revendiqué comme un de ses enfants d'adoption ; enfin , dans l’art militaire : de Franqueville iAbancourl, ministre de la guerre en 1791 ; et Durutle , lieutenant-général.

Les populations paisibles et laborieuses de ces riches contrées attachent beaucoup d’importance aux fêtes et aux solennités périodiques ; c’est encore là une forme de patriotisme, un reste d'amour de la cité dont il faut leur savoir gré. Le retour de la fête communale est, pour les habitants de la ville de Douai , un événement grave. Ces représentations bizarres et gigantesques qui, de temps immémorial , sont en possession d’exciter les joies populaires, sont moins déraisonnables qu’on ne le pense généralement; elles tiennent à des habitudes plus ou moins dénaturées. Elles cnrhent même quelquefois un sens moral trèsvrai èt très-piquant. Nous ne saurions mieux faire, pour donner une idée exacte des fêtes de Douai , que de reproduire ici la description qu’en a tracée un de nos amis : « La fête de Douai se célèbre, chaque année, le dimanche le plus voisin du 7 juillet. Ce qui la caractérise, c’est la promenade de Cayant et de sa famille. Gayant est un mannequin d’osier que surmonte une tête de bois, peinte et ciselée, dit la tradition, par Rubens. Une riche armure du xir siècle recouvre ce mannequin, haut de vingt -cinq à trente pieds, et, grâce à la cotte de mailles qui descend jusqu’à terre, on n’aperçoit pas les dix ou douze hommes qui font mouvoir ce colosse à l’aide de poulies et de cordes. La lance au poing, l’épée au côté, le casque en tête et l’écu au col, Gayant se promène lentement dans les rues de Douai; sa femme l’accompagne, un peu moins grande et n’ayant guère que vingt pieds. Près de ce couple bondissent trois enfants, hauts de douze ù quinze pieds , et que le peuple salue des noms de Jacot , Filliot et Binbin. A côté caracole le sot des canonniers, imitation du sot seuris de Cambrai. Le cortège est précédé de tamboura et de fifres qui jouent une marche appelée l’air de Gayant : c’est le ranz des vaches de la Flandre, et il est impossible à un Douaisicn de l’entendre sans émotion. En 1745, le lendemain de la prise de Tournai, à laquelle avait concouru un sieur de Grenade qui commandait une compagnie composée presque tout entière de Douaisiens, le capitaine ne trouva plus près de lui un seul de scs soldats; mais il ne s’en étonna ni. 30

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point, car il était Flamand : « Soyez tranquilles, messieurs, dit-il aux officiers qu’alarmait celte désertion, c'est aujourd'hui (layant; ils sont allés voir leur grand-père ; ils reviendront tous demain. » En effet , le lendemain , tous avaient rejoint leurs drapeaux. En 1765, pareille chose arriva à Strasbourg, dans le régiment d'Auvergne, où se trouvait alors un grand nombre de Douaisiens. » Derrière Gayant vient la Houe de Fortune : sur un train de char se trouve une plate-forme mobile et inclinée, portant les mannequins costumés de divers personnages ; une statue de la Fortune est fixée debout au centre de la plate-forme : autour d'elle dansent à la ronde, et en se tenant par la main, des figures représentant un collecteur, un paysan avec une poule, un procureur, un Espagnol, une fille et un militaire. Le mouvement de rotation imprimé à la machine par le cheval qui la lire, communique un second mouvement à la plate-forme, qui, obliquement posée, présente les personnages, tantôt en haut, tantôt en bas, pour indiquer l'inconstance et la mobilité des caprices de la fortune.

S'il faut s'en rapporter A la tradition, l'origine de cette fête devait être attribuée A un miracle de saint Maurand, qui descendit du ciel pour défendre seul la ville contre Gaspard de Coligny (1V80) ; celui-ci, profitant du désordre et de Is confiance où se trouvaient les bourgeois, tout entiers A la fête des Rois, faisait escalader les murailles par ses troupes, lorsque la lance de fer du saint renversa les assiégeants et donna aux Douaisiens le temps de courir aux armes.

Avant 1668, on célébrait aussi, le 1" janvier, tous Ira ans, à Douai, la fête des Anes, dont l’origine est totalement ignorée. Il parait qu’elle avait été instituée pour attirer Ira étrangers dans cette ville, et établir avec eux des relations commerciales, après les avoir amusés. Le 31 décembre, après-midi , les acteurs de la fête parcouraient les rues de Douai sur des chariots ornés, et annonçaient au peuple le sujet de leurs exercices; le lendemain , ils se rendaient en costume devant la maison commune, y jouaient des farces, et remontaient sur leurs chars pour parcourir toute la cité. Douai jouissait encore d'un autre divertissement A peu près semblable, et qui avait lieu le 2 février de chaque année : un personnage, désigné sous le nom de (‘rince de la Ithétorir/uc, dirigeait une troupe d’aeteurs, ou plutôt d'auteurs, qui se chargeait d'exécuter tous les sujets qu'on leur désignait. Quatre pièces d'argenterie, pesant quatre marcs d'argent, étaient données A ceux que l’on jugeait dignes de cette distinction ; les autres recevaient du vin. Les acteurs étaient presque toujours quelques-uns des innombrables écoliers de l'université.

Disons, en terminant, que les habitants de Douai sont connus par leur caractère aimable et hospitalier. Les lettres et les arts, qu’on cultive depuis longtemps dans cette ville avec succès, n'ont pas peu contribué, sans doute, A répandre sur plusieurs clnsses de la société une teinte d'élégante urbanité qu'on ne rencontre pas au même degré dans certaines cités voisines, et qui a quelquefois fait surnommer cet ancien sanctuaire de la justice et de la science V Athènes du nord.

Deux villes peu considérables, d'ailleurs, existent dans l'arrondissement de Douai ; ce sont Oivhies, qui compte 3,\90 habitants, et Marchiennes, qui n’en possède que 2,610. Quelques écrivains font remonter l'origine d’Orrhies au

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in* siècle, à l’époque où saint Piat, un des premiers apôtres de la Gaule-Belgique, vint prêcher l’évangile dans ces parages, mais aucun monument authentique ne légitime une pareille prétention à l’antiquité. Quoi qu'il en soit, au x' siècle, Orchies ligure déjà dans l’histoire comme une localité d'une certaine importance. On y fabriquait des poteries en terre, des tuiles, des pannes et autres objets de même nature. Située sur un terrain riche et fertile, au centre des villes de Lille, Tournai, Valenciennes et Douai, Orchies se trouvait dans les meilleures conditions possibles de prospérité, et l’on ne doit attribuer, sans doute, le peu de développement qu’elle a pris, qu'aux vicissitudes éprouvées par elle durant tout le cours du moyen âge. Lors de la conquête de la Flandre, par Philippe— le-Bel, en 1301, Orchies fut prise et saccagée par les Français. En 1310, Guillaume, comte de Hainaut, s'en rendit maître. En 1111, un incendie la détruisit et n’y laissa debout que quelques maisons. En 1123, un ouragan terrible y renversa grand nombre de bâtiments et entre autres la flèche du clocher. En 1171, une partie de la ville fut brdlée par les Flamands, et la garnison française de Tournai vint achever la destruction de ce que le feu avait épargné. Enfin , en 1556, un nouvel incendie ravagea toute la ville, au moment où l’empereur Charles- Quint, voulant favoriser les industrieux instincts des habitants d’Orchies, venait de leur accorder, entre autres privilèges, celui de fabriquer des tapis et des étoffes à fleurs dans le genre de Damas.

On conçoit que de tels malheurs et que les fréquentes émigrations qui en étaient la suite durent être funestes au commerce de cette ville, et y tarir toutes les sources de richesse. Fortifiée naguère, Orchies n’est plus entourée aujourd’hui que d’un simple fossé et de murailles tombant en ruine. La culture et les industries agricoles, telles que la fabrication des farines et des huiles, la brasserie des bières et la distillerie des eaux-de-vie de grains, sont presque les seuls éléments de fortune de la ville d'Orchies, dont le marché de céréales est en outre assez fréquenté.

Située sur la Scarpe, non loin de Douai et d’Orchies, Marchienncs doit son oririgine à l’abbaye du même nom, dont nous avons raconté la fondation par saint Amand, au vil* siècle. En 851 et 885, Marchienncs fut ravagée par les Normands; en 1310, le comte de Hainaut pilla et brûla la ville et le monastère. En 1177, les Français leur infligèrent le même sort. En 1615, Marchiennes fut pris sur les Espagnols par les maréchaux de Gassion et de Rantzau. Enfin les Autrichiens l'occupèrent en 1793. Privée, par la révolution, de la riche abbaye qui contribuait à sa prospérité, cette ville languit jusqu'au moment où le retour de la paix vint lui rendre quelque vitalité. Depuis trente ans l’agriculture y a fait de notables progrès, et, sous ce rapport, elle se trouve dans les mêmes conditions qu’Orchies. 1

1. Jacques de Guise, Annale s du Hainaut. — Chartes reposant aux Archives de Flandre. — Tailliar, de" l'Affranchissement des Communes dans le nord de la France. — Edw. Le Glay, Histoire des Comtes de Flandre. — Jacques Meyer, Annales rerum Flandicarum. — Ru/.elin , Gailo-Flandria. — J.-H. Berlhowl . des Files publiques du département du Nord. — PI ornai n » Soutenir* à l'usage des habitants de Douai , etc.

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