‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 62 sur 128 · MAI BEI GE · texte numérisé non relu

MAI BEI GE

dépens cinquante /seules (puis) pour y mettre le vin et la bière qui leur seront nécessaires, ainsi que la vaisselle de cuisine, et on les rendra aux prud’hommes lors du départ. — Celui qui mettra la main sur les sergents du comte ou sur quelqu’un de sa maison sera en la volonté du comte. — Tout drapier paiera au comte à toujours, pour un grand drap, trois deniers; pour une biffe (sorte de drap) , trois deniers; pour un petit drap, deux deniers, et un denier pour un demidrap. » On voit par cetta pièce que Muubeuge possédait des fabriques de drap au xiir siècle. Ce genre d'industrie y fht très-florissant, ainsi que le constate un autre document reposant aux Archives de Flandre , à Lille. C'est un projet de règlement présenté, vers l’an 1355, aux échevinsde Maubeuge par les marchands d'Allemagne, de Portugal, d'Aragon et de Plaisance, pour la fabrication et le commerce de la draperie. Cependant cette industrie diminua peu à peu par la mauvaise foi de quelques fabricants, qui dénaturèrent leurs produits au point qu'on en défendit l'introduction dans plusieurs marchés considérables, entre autres à Anvers et à Francfort.

Le comte Guillaume de Hainaut fut le premier souverain qui constitua d'une manière bien positive la bourgeoisie de Maubeuge en augmentant ses franchises et scs privilèges. Les lettres octroyées à ce sujet, à la date du 2 novembre 1339, contiennent, parmi d'autres dispositions, ces deux articles significatifs : « 1° Le comte veut qu'il y ait bourgeoisie en la ville de Maubeuge, et que nul ne puisse être bourgeois que par l'accord du prévôt et de quatre échevins. 2* Tous ceux qui voudront demeurer en ladite ville seront de pareille franchise que les autres bourgeois après qu’ils auront été admis à la bourgeoisie , à moins qu’ils ne soient serfs , bâtards , aubains, ou attachés au comte ou à autrui par morte-main ou par meilleur eatel. »

Peu de villes eurent plus à souffrir que Maubeuge des vicissitudes de la guerre. Louis XI la prit la brûla en l'année 1477 ; la maison commune et l'église de Motre-Damc-de-la-Croix échappèrent seules aux flammes. Les archives de In ville , qu’on avait transportées du greffe dans une chapelle pour qu'elles y fussent plus en sûreté, devinrent la proie de l'incendie. En 1543, le Dauphin, fils de François I", alors en guerre avec Charles-Quint, se rendit maître de Maubeuge, et y mit encore le feu. Dix ans plus tard , le 21 juillet 1553, le roi de France, Henri II, la brûla de nouveau. Prise ensuite par le cardinal de La Valette en 1637, par don Francisco de Mello, gouverneur des Pays-Bas, en 1641 ; par le duc d'Harcourt en 1649, par Louis XIV en 1655, le traité de N'imègue la céda définitivement à la France (1679). L'enceinte de Maubeuge était alors plus grande qu'aujourd'hui ; mais ses fortifications, par suite des sièges nombreux qu'elle avait soutenus, étaient complètement délabrées.

Louis XIV, visitant ses conquêtes avec la reine, vint à Maubeuge en 1680; il connaissait l'importance de cette position militaire, et chargea le maréchal de Vauban de la mettre sur un respectable pied de défense. L’illustre ingénieur garnit la place de sept bastions, d'autant de cavaliers revêtus de murs solides, entourés de fossés. Le terrain nécessaire à ces ouvrages fut pris sur la ville même, ce qui ne contribua pas peu a en diminuer la circonférence. Au mois de niai 1744, Louis XV fit aussi son entrée à Maubeuge; il était accompagné du duc de Chartres, ni. 31

FLANDRE

du comte de Clermont, du maréchal duc de N (vailles , du duc de Penthièvre, du duc d'Argenson , ministre de la guerre , et de plusieurs grands personnages. Le roi s'étant rendu à l’église collégiale de Saintc-Aldegonde, la princesse de Croy, abbesse de cette maison , reçut le monarque à la tête de ses chanoines et de ses rhanoinesses. Après les cérémonies d’usage, Louis XV sortit de l'église suivi de tout son cortège; mais, arrivé au bout de la nef, il s'arrêta tout à coup, et sc retournant vers les dames du chapitre, il les embrassa toutes les unes après les autres.

Maubeuge et son territoire devinrent, pendant la révolution, le théâtre d’un des plus beaux faits d’armes des armées républicaines. Les troupes autrichiennes, commandées par le prince de Cobourg, avaient bloqué et cerné la ville le 28 septembre 1793. Privés de secours, exténués par la famine et les combats journaliers qu’ils livraient aux ennemis, les défenseurs de Maubeuge commençaient à désespérer de son salut , lorsque Jourdan , qui venait d'étre appelé au commandement de l’armée du Nord, s'avança vers la ville. Le prince de Cobourg, dans sa forte position de Wuttignies, se flattait de n’en pouvoir être débusqué , et, témoin des mouvements de Jourdan, il disait è qui voulait l'entendre : « J'avoue que les Français sont de lîers républicains , mais je le deviens moi-même s'ils me chassent d'ici'. » Jourdan apprit le propos du prince, et s'empressa de le faire circuler dans les rangs de l'armée. Ce propos exalta nos soldats, et, au bivouac, ils ne cessaient de répéter en riant: «Cobourg deviendra républicain, nous aurons de l'agrément. » Et, en effet, le poste de Waltignies fut bientôt attaqué avec une vigueur sans égale. Les Autrichiens se défendirent obstinément ; le terrain fut disputé pied à pied; enfin, après une lutte sanglante. Cobourg fut délogé du formidable poste qu’il occupait devant Maubeuge, et les divisions ennemies, campées aux environs, virent s’opérer le déblocus de la place, pendant quelles se repliaient par échelons sans pouvoir y porter remède, ayant entre elles et la ville Jourdan et son armée. Durant tout le siège , les habitants de Maubeuge avaient fait preuve d'un rare dévouement; plusieurs furent tués, soit aux batteries, soit dans les sorties nombreuses qu'ils exécutaient de concert avec la garnison. On cite, entre autres, l'officier municipal Dcleschaux , frappé mortellement à la sortie de Maubeuge , au moment où , avec un détachement de garde nationale, il allait, sous le feu de l’ennemi, relever les blessés et porter des munitions aux tirailleurs. Par un décret du 10 prairial an u , la Convention ordonna que le nom de ce courageux citoyen serait inscrit sur une colonne placée dans le lieu de ses séances.

Appelée à jouer un rôle important dans les fastes militaires de la France, la ville de Maubeuge se montra toujours digne d'une telle position. Au mois de mars 1814 , elle fut cernée et bloquée par un corps saxon sous les ordres du duc de Weimar. Quoique la garnison fût faible et les moyens de défense trèsincomplets, les sommations réitérées de l'ennemi furent toujours repoussées. Le duc de Weimar, qui avait dressé ses batteries sur le camp de Falise, lança d’abord une grêle de bombes et de boulets sur la ville, et la cerna étroitement

f. Ilnpport du général en chef Jourdan au comité de salut public.

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