‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 64 sur 128 · LANDRECIES. — LE QU ES N 0 Y · texte numérisé non relu

LANDRECIES. — LE QU ES N 0 Y

Située sur la Sambre, prés de la lisière sud de la forêt de Mormal, Landrecics, aujourd'hui place de guerre, n'était, au si' siècle, qu'un simple village, lin seigneur de la maison d'Avesncs, Nicolas, y construisit un elultcau en tl'iO, et accorda quelques privilèges aux habitants du lieu. Son petit-fils, Jacques d'Avesncs, modifia et accrut ces privilèges en 1191. La charte qu’il octroya à cette occasion présente des dispositions très-curieuses pour l'histoire des communes et pour celle du droit criminel ancien.

« La bourgeoisie, y est-il dit, sera accordée à tout homme qui la demandera, de quelque pays et condition qu'il soit, pourvu qu'il veuille se soumettre au jugement des échcvins. — Le seigneur ne pourra former aucune demande contre un bourgeois, si ce n’est devant les échcvins et les jurés; il ne pourra rien exiger des bourgeois avec violence, ni les appeler dans ses chevauchées, à l’occasion de quelque exaction, mais seulement pour des choses justes et légitimes. — Celui qui aura frappé quelqu’un, soit avec le poing, soit avec un béton ou une verge, sans qu’il y ait eu perte de membre ou sang répandu , de manière que le frappé ne tombe point , paiera vingt sols d’amende, dont quinze au seigneur et cinq au battu, et, ensuite, on leur fera faire la paix entre eux et leurs amis; s’il y a perte de membre, celui qui aura frappé subira la même peine, savoir: œil pour œil, dent pour dent, mort pour mort. — Si une femme en injurie une autre et que la chose soit prouvée en justice par le témoignage de deux hommes , ou d’un homme et d'une femme, ou de deux femmes, elle donnera dix sols ou elle portera sur son cou deux pierres destinées à cet usage, et ce, depuis l’entrée de la ville jusqu'à la sortie. — Les bourgeois auront droit de se choisir, parmi eux, un prévôt tous les ans, et ce prévôt jurera de conserver les droits du seigneur , les privilèges et la liberté de In ville. — Tous seigneurs de Landrecics seront tenus de jurer l'observation de ces privilèges avant de recevoir le serment des bourgeois, etc. »

La ville et le château de Landrecies ont subi des sièges nombreux. Les Français s'en emparèrent en I V77, puis, l'ayant reprise en 1521 , ils en rasèrent les fortifications. Rentrée sous la domination de l'Autriche, Landrecies fut de nouveau occupée, en 1543, par le roi François I", qui en releva les remparts. Cette même année , Charles-Quint , à la tête d'une armée de cinquante mille hommes, tenta de reprendre Landrecies. « La ville était médiocrement fortifiée, dit Carnot, mois elle était défendue par le fameux d'F.ssé, et comptait dans son enceinte trois mille fantassins aguerris et deux cents cavaliers d'élite, que l'exemple et l'intrépidité de La Lande, leur commandant, rendaient invincibles. En vain le monarque allemand fit-il foudroyer la place avec cinquante pièces de canon; en vain épuisat-il toutes les ressources de sa formidable puissance pour faire réussir ses attaques

FLANDRE

multipliées ; l-andrecies fut l’écueil de sa fortune , et ce prince , qui prétendait envahir toute la France, vaincu devant une bicoque, fut obligé d'en abandonner la conquête après six mois d'inutiles efforts. Les troupes de la maison d'Autriche vinrent encore échouer plusieurs fois contre la petite ville de Landrecies : en 1712, le prince Eugène la tenait assiégée avec quatre-vingt-dix mille hommes, lorsque le maréchal de Villars gagna sur lui la bataille de Denain, qui obligea l'armée impériale à lever le siège. En 1793, troisième siège de Land rodes par les Autrichiens, qui, en une seule nuit, lancèrent jusqu'à cinq cents bombes sur la ville, et la dévastèrent presque entièrement. Les habitants se défendirent avec un courage inébranlable, et l'on vit les femmes elles-mêmes, bravant tous les périls, relever et panser les blessés et ensevelir les morts. Landrecies, dépourvue de vivres et de munitions, fut contrainte à capituler le 30 avril, bille rentra au pouvoir des Français l'année suivante.

Cette ville qui, en 1800, ne comptait que 2,730 habitants, en a aujourd'hui 3,700. La canalisation de la Sambre jusqu'à La Fère, en mettant Landrecies en communication avec le centre de la France, a donné un heureux développement à son commerce, qui a surtout pour objet le houblon, le beurre et les fromages. On remarque à Landrecies une église construite depuis quelques années, des casernes, et un hospice pour les vieillards. C'est aux environs de celle ville que se trouve la belle et populeuse commune de Maroilles, célèbre jadis par son abbaye, dont la fondation remontait au vir siècle, et fort renommée aujourd'hui par les produits caséeux de scs gras pâturages.

La ville du Qucsnoy s'appelait autrefois Aimon-Quesnov, et, s'il fallait en croire certains chroniqueurs, son fondateur ne serait rien moins que le père des quaire lils Aymon. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Qucsnoy ( Quercrlum ) est mentionné dans les titres du IV et du xr siècle. Au xii', il devint une des habitations de plaisance des comtes de llainaut. En 1150, Kaiiduin IV, dit i'Édilieur, entoura la ville de murailles et de larges fossés. Bientôt le château, avec les domaines et les revenus qui y étaient attachés, devint le douaire des comtesses de llainaut qui s'y fixèrent durant leur veuvage. Sous les ducs de Bourgogne, les manufactures de draps et de serges du Qucsnoy furent très-prospères. En 1444, l’hilippe-le-Bon visitant celte ville y établit deux foires et un marché qui se tient encore le lundi de chaque semaine. Quant à l'organisation municipale du Quesnoy, en supposant quelle en ait eu une écrite, on ne la commit qu'imparfaitement. Domaine immédiat du souverain, elle était sans doute administrée directement par les officiers royaux, avec l'adjonction d'échevins ou jurés. Le Quesnov subit toutes les vicissitudes qu'éprouvèrent les places fortes du llainaut, aux diverses époques où les Français envahirent cette province; tombée au pouvoir de la France lors des conquêtes de Louis XIV, elle fut prise le 2 juillet 1712 par le prince Eugène, et reprise par le maréchal de Villars peu de jours après la bataille de Denain, le 4 octobre 1712. Des différents sièges que soutint le Quesnoy, les plus remarquables, sans contredit, furent ceux des guerres de la révolution. Les Autrichiens, apivs avoir bloqué celle place, l’assiégèrent en forme et y entrèrent le 9 septembre 1793. L'année suivante, les généraux Schércr et Marescot re-

BAVAI.

prirent Le Quesnoy. C'est à ce dernier siège qu’on lit le premier essai des lignes télégraphiques pour la correspondance des armées ; le gouvernement apprit la reddition de la ville une heure après la signature de la capitulation.

Avant la révolution le Quesnoy était un gouvernement de place, le chef-lieu d'une suhdélégation de l’intendance de Valenciennes et le siège d'un bailliage. Aujourd’hui, chef-lieu de deux cantons ruraux, elle a un collège communal et un hospice civil pour les vieillards et les orphelins. I.’ église du Quesnoy, fondée avant l'an 101)0 , et détruite lors du siège de 1791 , a été rebâtie en 1829 , sur l’emplacement de l'ancienne; mais on n’y voit plus le magnifique mausolée de Marguerite de Bourgogne; veuve du duc (iuillaurne de Bavière, comte de Hainaut et tante de Philippc-le-Bon. Iji population s'élève à 3,281 habitants. C'est à deux lieues du Quesnoy, entre cette ville et Landrccies, dans le village de Poix , que naquit le célèbre Tahna. '

BAVAI.

De toutes les villes du nord de la France , Bavai ( Bagacum ) est sans contredit la plus ancienne; elle existait avant la conquête des Gaules par Jules César, et son souvenir se mêle à celui des grands événements qui signalèrent les invasions romaines en Belgique. Principale bourgade du pays des Nerviens , que César eut tant de peine à soumettre, elle fut assiégée par ce dernier, après le sanglant combat livré sur les bords de la Sambre, et où soixante mille indigènes avaient péri en défendant l'indépendance de leur patrie. César, dont les troupes étaient considérablement aflaiblics, ne put prendre alors Bavai ; mais un renfort de trois légions nouvelles lui étant survenu, il investit de nouveau la ville barbare, la prit d'assaut et la livra au pillage de scs soldats.

Sous la domination romaine. Bavai devint plus florissante qu'elle n’avait jamais été. La civilisation, apportée par les conquérants, y fit de rapides progrès. Les magistrats, les officiers et celte foule de clients qui les entouraient, amis des arts, des lettres, et habitués au luxe et au faste de l'Italie, y élevèrent des temples, des palais, des aqueducs et des thermes. La cité était ceinte d’un mur flanqué de tours et percé de plusieurs portes. Les voies militaires, connues sous le nom de Chaussées Ilrunehaul et commencées au temps de l'empereur Auguste par Marc Agrippa, son lieutenant dans les Gaules, y étaient au nombre de huit : partant en ligne droite du centre de Bavai , elles se dirigaient , la première vers Maestricht et Cologne par Tongres ; la seconde, a travers les Ardennes, vers Trêves; la troisième vers Reims; la quatrième vers Saint-Quentin et Soissons; la cinquième vers Cambrai, où elle se divisait en deux branches, l'une sur Amiens, l’autre sur Boulogne; la sixième vers Mardyrk, par Werwick et Cassel ; la septième vers Gand ; la huitième vers Ctrecht, par Enghicn. De res huit chaussées

1. Vinrhant. — Le Beau. — Carnot. — Archives de Flandre, à Lille,

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sept existent encore, l'ne pyramide septangulaire , élevée sur la place de Bavai , indique sur chacune de ses faces la direction des diverses routes : elle a remplacé une colonne romaine qui avait la même destination, et qui existait encore, diton, au xvif siècle. Les invasions des barbares, qui signalèrent les dentiers temps de l'occupation romaine et qui se renouvelèrent dans les v, vi* et vif siècles , anéantirent l'opulence monumentale de Bavai. Il ne resta plus que des ruines, dans cette cité nnguère habitée et embellie par les maîtres du monde. Lite longue obscurité couvre alors les annales de Bavai, et quand la capitale du pays des Nerviens réparait dans l'histoire, ce n'est plus qu'un simple bourg avec son triste donjon, ses murailles et ses fossés. Louis XI saccagea ce bourg en I4V7 ; Henri II y (U mettre le feu en 1534; des fuyards, en déroute, échappés au fer des Espagnols, l'incendient en 1572 Prise par le duc d'Harcourt, en tti49 ; démantelée par Turenne , en 1654; brûlée de nouveau l’année suivante, parle mestre de camp Eponce, Bavai n’était plus qu’un village désolé, quand le traité de Nimègue la livra à la France. Au commencement du dernier siècle, on n’y comptait que cent dix feux ; aujourd’hui Bavai est une petite ville ouverte, contenant 1,635 habitants. Malgré les ravages des siècles, les vestiges de la civilisation romaine n’ont point entièrement disparu à Bavai ; on y distingue encore les restes d’un cirque immense, de temples, d’aqueducs, de thermes, et l’on y a fait, à diverses reprises, des découvertes archéologiques d’un haut intérêt.

Bavai a produit quelques hommes de mérite, entre lesquels il faut citer le célèbre musicien Ockertjnn , mort trésorier de Saint-Martin-de-Tours, en 1545, et Jean Lemaire, poète et prosateur renommé, qui devint historiographe de Marguerite d’Autriche, tante de Charles-Quint et gouvernante des Puys-Bas. 1

VALENCIENNES

Sur les bords de l’Escaut, à trois lieues de la frontière de Belgique, se trouve Valenciennes, placée au Coud de la vallée comme une sentinelle cachée au fond d’un ravin. A qui cette ville doit-elle son origine? Quelle main puissante en a jeté les premiers fondements? Voilà ce qui est assez difficile à discerner au milieu des ténèbres de l'histoire, rendues plus obscures encore, s'il est possible, par les définitions des étymologislcs et les prétentions fort patriotiques assurément, mais pour la plupart inadmissibles, des écrivains locaux. Bien ne prouve que Valenciennes existât avant l'invasion romaine , rien ne prouve qu'elle dût sa naissance à l’empereur Valentinien; mais il est un fait certain, c’est qu’après l'occupation définitive des Gaules par les Franks, il y avait sur l’emplacement actuel de Valenciennes, dans le territoire de Famars, un domaine royal ou fisc portant le nom latin de In tendance : les Mérovingiens y possédaient un palais,

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