‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 65 sur 128 · Voir l'excellent** Histoire de Pavai, \atr M. Lebftiu · texte numérisé non relu

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VALENCIENNES

et ils y séjournèrent il plusieurs reprises. Le 14 mars (193, Chlodwig III tint dans la maison royale de Valenciennes un plaid général où se trouvèrent grand nombre d’évéques, de comtes et de seigneurs. On y traita des affaires les plus importantes de l'État, on y rendit la justice à tous ceux qui la réclamaient, et le procès-verbal de cette assemblée est le premier titre authentique dans lequel il soit parlé de Valenciennes. Childcbert III y résida le 3 mars 698, comme le prouve un diplôme souscrit en faveur de l'évèque et des habitants du Mans ; en 727, Thierry de Chelles y expédia nussi un diplôme relatif à l'ablmye de Saint- Denis, et, vers la même époque, Charles Martel y réunit, selon la coutume des bran ks, les grands, les magistrats et le peuple. On venait de découvrir le corps du martyr saint Saulve dans le fisc de Valenciennes : Charles fit don à Saint-Saulve de la moitié de ce fisc, ce qui prouve qu'il n'élait pas d'une bien grande étendue ; car le prieuré de Saint-Saulve, érigé depuis en abbaye , ne passa jamais pour être richement doté. Quant à l’habitation des princes franks , elle était encore si peu considérable à cette époque, que les leudes de Charles-Martel, nu dire du très-ancien légendaire de Saint-Saulve, campèrent autour du logis royal. Des chartes datées de In villa tegia de Valenciennes, et octroyées par les empereurs Charlemagne, Charles-le-Chauve et Lothaire, attestent leur présence en ce lieu, qui n'avait même pas alors le rang de burg ou de forteresse.

Ce fut sans doute au milieu des troubles sanglants causés dans la Caule-Bclgique par les irruptions des Normands au ix' siècle, que Valenciennes fut entourée de murailles. A cette époque, la circonscription du pays avait subi de notables changements. Le pagui Fanomarlmiit des Romains (pays de Famars), situé h la gauche de l'Escaut, avait pris le nom de Hainaut à cause d'une petite rivière, appelée la Haine, qui le traverse; il se trouvait compris dans la Lotharingie, ou royaume de Lothaire. Bientôt Valenciennes cessa d’être un fisc royal pour devenir un bourg, et eut ses gardiens ou comtes particuliers institués par le souverain. Sous les faibles successeurs de Charlemagne , les comtes ou délégués s’affranchirent de cette dépendance : ils (mirent peu à peu par se rendre maîtres absolus dans leurs gouvernements, et ne conservèrent plus à l'égard de l'empereur ou du roi qu’une vassalité presque nominale. De ce nombre, aux ix' et x' siècles, furent G islebcrt, fils de Rainier-au-I.ong-Col, premier duc de Lotharingie; un autre Itainier, romte de Mons; Hainier et Uimbert, ses fils, et plusieurs autres, qui tous se disputèrent la partie du royaume de Lorraine appelée le Hainaut. Cependant les empereurs d’Allemagne s’efforçaient de conserver intacte leur autorité. Othon I,r essaya de déposséder Itainier II en 957 ; Othon II exila scs deux fils, qui étaient rentrés dans le Hainaut à main armée; enfin, Valenciennes et Cambrai furent confiés a la garde d’un romte impérial appelé Arnoul. Le marquis des Flamands, Rauduin-Bcllc-Ilarhc, épousant la querelle des seigneurs lorrains, qui voulaient se rendre indépendants, ou plutôt profitant de leurs dissensions pour satisfaire sa convoitise, se jeta sur Valenciennes, s’en rendit maître et en chassa le châtelain Arnoul. Irrité de cet acte d'audace, l'empereur Henri somma Bauduin de comparaître devant lui , afin de se justifier dans l'assemblée des grands vassaux ; le marquis des Flamands lui répondit que, vassal seulement du roi de Franco, il ne reconnaissait pas l’autorité de l'empereur. Alors Henri entra rapi-

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dément dans le Hainaut, et vint investir Hauduin dans Valenciennes. D'autre part, Robert, roi des Franks, et Richard, duc de Normandie, prirent le parti de l'empereur; mais les efforts combinés de ces trois puissants personnages ne purent rien contre la valeur opiniâtre de Bauduin. Il avait solidement fortifié le bourg, et il le défendit avec tant de courage que, de guerre lasse, les princes alliés finirent par lever le siège et s’en aller. Bauduin ne pouvait rester longtemps dans cet état d'hostilité avec l’empire d'Allemagne. Il alla donc trouver Henri à Aix-la-Chapelle, et lui remit Valenciennes en échange des nombreux Flamands faits prisonniers dans les dernières guerres; de plus, il lui offrit son alliance, que l’empereur accepta et pour prix de laquelle il lui rendit Valenciennes à titre de bénéfice relevant de l’Empire (1007).

Ce fut vers cette époque qu'une maladie pestilentielle dépeupla le pays. En quelques jours, sept à huit mille habitants de Valenciennes, dit un vieil historien de la ville, avaient été rafftrt par la peste, lorsque la Vierge apparut à un ermite et lui commanda de dire de sa part au comte et aux bourgeois « qu'ils eussent à jeusner et se tenir en oraison le 7 de septembre , veille de sa nativité. Cette même nuict, au moment où la plupart des bourgeois veilloicnt et prioienl sur les murailles, a la faveur d'une grande et céleste clarté qui, faisant jour à la nuict, tira le comte sur le rempart avec le magistrat et principaux de Yalcntiennes : on vit la mère de Dieu , revêtue de gloire et accompagnée d'un escadron d'anges et de bienheureux, environner la ville d'un certain filet. Là dessus, la glorieuse Vierge s’apparut derechef au bon ermite, et lui enjoignit d'avertir les habitants de continuer le lendemain, jour de sa fête, les mêmes prières, et, en outre, de faire une procession à l’entour de la ville, suivant la route que le filet ou cordon avoit marquée , ce qui fut exécuté avec non moins de dévotion que de succès , car la peste s'éteignit visiblement. En action de grâces et de recognoissance, l'on ordonna que de là en avant on continuerait chaque année la même procession. » Cet usage est encore en vigueur aujourd'hui, et chaque année, le 8 de septembre, la compagnie des lloijn ( confrères du Saint-Cordon) accompagne la statue de la Arierge portant le fil libérateur recueilli dans une /mie magnifique.

Cependant le comté de Hainaut était devenu héréditaire dans la famille des descendants de Rainier-au-Long-Col, par suite du mariage de Bauduin, petitfils de Bclle-Barlve, avec la princesse Richilde , fille et unique héritière de Rainier V, comte de Hainaut. Valenciennes , partie intégrante du comté, eut, comme la plupart des autres villes, des châtelains particuliers, mais elle ne forma plus un domaine à part. En l’année 1080, la comtesse Richilde et son fils Bauduin édifièrent dans cette cité l’église de Notre-Dame-la-Grande, au même lieu où il y avait précédemment une chapelle, que les vieux historiens du pays disent avoir été bâtie par l'empereur Charlemagne. Quelques années plus tard , Bauduin, dit de Jérusalem, prit, avec la chevalerie du Hainaut, une part glorieuse à la première croisade et trouva la mort en Asie. Jusqu'alors Valenciennes n'avait pas encore reçu la confirmation écrite des usages et coutumes dont ses habitants jouissaient sans doute depuis longtemp . Ce fut Bauduin, troisième de nom, qui la lui donna en 1114. «I.c comte Bauduin, dit le chroniqueur Jacques de Guise, voyant la ville de Valenciennes estre lionne ville, renommée ,

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bien peuplée, et qui jouissoit de très-grande paix , quoiqu'elle n’eût pas de loy, mais usast seulement de coustumes ; par le conseil de ses hommes, institua la loy qu'on appelle l'ai x de Valenciennes , pouree qu'elle commence ainsi : Vax l)eo placent, bonis arnica, inimica malit. » Cette charte contient une foule de dispositions concernant la police et la sécurité publique, l'institution de quelques privilèges, et la reconnaissance formelle de libertés municipales préexistantes. On donna d'abord aux magistrats chargés de rendre la justice le nom de jurés de paix, et celui d’échevins aux administrateurs proprement dits. Plus tard, les attributions se confondirent. Le chef des magistrats municipaux s’appelait le prévôt; il était élu par les échevins comme ceux-ci l’étaient par les bourgeois; mais le comte se réservait la nomination. Le prévôt ainsi désigné devait accepter la magistrature sous peine de payer cent sous d'amende et d’avoir sa maison abattue. Ses pouvoirs étaient fort étendus. Il avait « toute justice, haute, moyenne et basse, souveraine et sans appel, et connaissait de tous crimes ou délits, sans que le souverain eût è y intervenir. » Dans ce môme siècle fut établi l'hôtel des Monnaies de Valenciennes, dont les produits étaient si estimés qu’on les mit nu nombre des mères-monnaies de France, d’Angleterre, de Venise et de Lorraine. Les comtes de ltoinaut frappèrent monnaie dans cet établissement jusqu'à l'époque de sa suppression par Charles-Quint (1518). L’empereur en fit vendre les bâtiments, situés en face de l’église de Saint-Géry.

Les comtes de Ilainaut, qui séjournaient habituellement à Valenciennes, tinrent d'abord leur cour dans la vieille résidence mérovingienne, qu'on appela par la suite le Donjon , puis dans le chàteau-fort ou bourg, érigé vers le commencement du xe siècle ; enfin , plus lard encore, dans le palais appelé la Salle-le-Comte, que Bauduin CEdifieur, fils de Bauduin III, bâtit en 1170 sur les bords de l'Escaut. Bauduin fut victime de son goût pour les constructions ; car, étant monté dans les rombles de la salle avec plusieurs seigneurs pour leur faire admirer la belle ordonnance du nouvel édifice , l’échelle qui portait le comte et sa suite se rompit. Grand nombre de seigneurs furent blessés, et Bauduin plus grièvement que les autres ; il eut les deux cuisses cassées et le corps brisé. Peu de temps après il mourut des suites de cet accident. Malgré un si funeste augure , la Salle-lc- Comtc s’acheva, et c’est dans ce palais que naquirent tour à tour Isabelle de Hainaut. épouse du roi Philippe-Auguste et grand’mère de saint Louis, ainsi que les empereurs de Constantinople Bauduin et Henri son frère. Nous ne redirons point l’histoire de ces illustres personnages , elle embrasse un trop vaste horizon ; mais la gloire des héros de la croisade et des fondateurs de l’empire d’Orient se reflète sur la cité qui les a vus naître. Ce fut aussi dans ce palais que l’empereur Othon, le roi d’Angleterre et les autres princes ligués contre Philippe-Auguste firent le partage anticipé de la monarchie française, quelques jours avant la bataille de Bouvines, qui anéantit leurs folles espérances ( 1 2 1 V ) . En partant pour la croisade, Bauduin , le futur empereur de Byzance, avait laissé deux jeunes filles ; l’aînée, Jeanne, fut proclamée comtesse de Flandre et de Hainaut après la mort de son père, tué glorieusement dans une bataille contre les Bulgares.

L’existence de cette courageuse princesse fut traversée par bien des orages. Pendant la longue captivité de son époux Fernand, roi de Portugal, fait prison-

sonnier à Routines, tout le poids des affaires pesa sur Jeanne, et elle le supporta avec une énergie au-dessus de son âge. Elle régnait en paix depuis plusieurs années, lorsqu'un étrange événement vint tout à coup menacer son autorité : nous voulons parler de l'apparition du faux Rauduin , dont l'histoire sc rattache aux annales de Valenciennes. Cette aventure a été diversement reproduite par les chroniqueurs ; à notre avis , personne ne l'a mieux et plus véridiquement racontée que le Valenciennois d’Oultreman. « Vers l’an 1225.» dit-il, « le bruit commença courir par la France et les Pays-Bas que plusieurs cavaliers qui avoient accompagné l'empereur Baudouin en scs guerres du Levant, s'estoient glissés en ces pais et y vivoient cachés et incognus, les uns dans l'ordre de Saint-François, les autres dans des hermitages; voire quelques-uns, enchérissant là-dessus, contèrent à la sourdine que l'empereur même, couvert de quelque gabau d'hermite, vivottoit en certain hermitage de Hainaut. Au mesme temps un je ne sçay qui s’estoit habitué en un hermitage dans la foresl de (îlanchon, qui est près de Mortaigne, à quatre lieues de Valentiermes. Ce personnage alloit mendier à Mortaigne. Un gentilhomme l'ayant rencontré et s'estant imaginé que c’cstoit un de ces chevaliers errants lui lit mille sots et impertinents interrogats, auxquels rest homme répondit a toute peine. « Mais, fit ce gentilhomme, seriez-vous pas peut-être l’empereur Baudouin? » Cestc demande si extravagante pensa terrasser mon pauvre hermitc et luy fit changer de couleur à bon escient, et, quoy qu'il niast le tout fort et ferme, si eust-il beaucoup de mal de sc dépestrer de cet importun et gaigner sa cabane tout confus. Néanmoins le bruit s'espand que l’empereur est retiré en la forest de (îlanchon. Quelques gentilshommes, désireux de peschcr en eau trouble, et desgoutés peut-être du gouvernement de la comtesse Jeanne, le vont trouver à la dérobée, et luy persuadent de dire haut et clair qu'il est l'empereur, qu'il a bonne mine et tire assez après Baudouin ; ils luy font le bec et luy apprennent beaucoup de petits secrets que l’empereur Rauduin devoit sçavoir. Le misérable sc laisse piper et commence à piper les autres. On l'amène premièrement à Mortaigne, de là à Tournav, puis à Valentiennes. Tout le monde y accourt, et la pluspart pleurent de joyc de voir leur prince remis en ses estats après tant et tant d'infortunes.

« Il est receu à Lille, Toumay et ailleurs avec un applaudissement incroyable; mais sur tous les Gantois et les Brugelins firent d'étranges folies en reste matière. La comtesse Jeanne fut grandement troublée de ces nouvelles, et jugea bien que ce fuseau ne se devoit pas démêler par force, mais par finesse. Elle estoit lors nu Quesnoy, où le roy Louis VIII avoit envoyé pour traictcr d’affaires Mathieu de Montmorency, Michel de liâmes et Thomas de Lampemesse. Elle dépesche quelques gentilshommes vers l’imposteur, pour le bien veigner de sa part, et le prier de luy faire l'honneur de sc rendre nu Quesnoy, afin qu’il y soit recognu d'elle et de sa cour. Le galand sentit la glue, et partant, il fit refus d'y aller, disant qu'il y avoit un boucon préparé. Cependant les villes luy ouvraient les portes, et la noblesse le suivoit à la foule. Le seigneur de Matcrcn, gouverneur de Valenciennes, voyant la perplexité de sa maîtresse, prent quant à soy quelques-uns de ces frères mineurs, qui avoient servi dans les guerres du Levant, , les conduit à l'évesque de Senlis, de là au roy de France, donnant partout l'assurance, par la

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déposition de cos frères, que l’empereur estoit mort en Valachie, et que ce Bauduin prétendu estoit un imposteur.»

Bref, la chose devenait tellement sérieuse que Louis VIII, suzerain de la Flandre, s'en émut, et qu’il vint de sa personne à Péronne pour faire cesser cet incroyable scandale. Le faux Bauduin y fut mandé; il eut l’audace d'y venir. Aux plus simples questions que, devant tous les seigneurs assemblés, le fameux Guérin, évéque de Senlis, lui adressa, il ne sut que répondre et resta confondu. La nuit, il s’échappa, emportant l'nrgent et les bijoux que ses partisans lui avaient confiés. Le roi le fit rechercher, et on le découvrit enfin au village de Rougemont en Bourgogne. Là, on apprit qu'il s'appelait Bertrand, qu'il était natif de Uains, fils de Pierre Cordel et vassal de Clarembaud, seigneur de Capes; qu'il avait été, dans son jeune âge , jongleur ou ménétrier. Ramené en Flandre et remis à la comtesse Jeanne, il fut jugé dans les formes, et périt sur la roue après avoir confessé son crime.

Jeanne de Constantinople , comtesse de Flandre et de Hainaut , n’ayant point laissé de postérité, son héritage fut dévolu à sa sœur Marguerite. Cette dernière avait eu deux maris, Bouchard d'Avesnes et Guillaume de Darnpierre. Cinq fils étaient nés de cette double union : deux de Bouchard, trois de Darnpierre. Marguerite porta à ceux-ci , au préjudice des enfants de son premier époux , une prédilection qui amena les plus funestes dissentiments. Elle voulait que les Dampierre héritassent seuls de la Flandre et du llainaut. Les d'Avesnes réclamèrent , et les peuples furent troublés par une scandaleuse querelle de famille qui dura longtemps et ne cessa que par l'intervention de saint Louis, lequel décida que les d'Avesnes posséderaient le llainaut et les Darnpierre le comté de Flandre.

Pour mieux assurer sa vengeance, Marguerite avait eu le projet de donner de son vivant le comté de Hainaut à un prince français. Charles d’Anjou, aimant mieux le voir aux mains d'un étranger qu'au pouvoir des fils de Bouchard. En 1255, cette implacable mère vint en Hainaut, suivie de Charles et d’une armée nombreuse. Les villes et les populations étaient dévouées aux d’Avesnes. F.lle commença par promener le fer et le feu dans tous les lieux où sa volonté rencontrait des obstacles , à faire tomber les tètes qui ne voulaient pas se courber devant le prince étranger qu’elle prétendait imposer au pays. C’est alors que les Valencicnnois donnèrent un exemple d’indépendanre inouï peut-être dans les fastes du moyen âge, et qu’on serait tenté de révoquer en doute s'il n’était raconté par un contemporain , sujet lui-même de Marguerite. Le pays presque tout entier, cédant à une nécessité cruelle, avait subi le joug de la souveraine Irritée; Valenciennes seule tint bon. A l'approche de Marguerite et de Charles, les remparts furent relev és ; on construisit des tours , on détmisit les bâtiments fortifié» en dehors de l'enceinte, pour que l'ennemi ne pût s'y établir; enfin, on fit de grandes provisions de v ivres dans le pays d'alentour. Ces préparatifs étaient à peine terminés qu'un héraut d'armes de la comtesse Marguerite arriva devant Valenciennes, porteur d’une lettre adressée par la princesse aux magistrats. Marguerite les engageait à reconnaître Charles d'Anjou comme leur seigneur légitime, et à lui ouvrir les portes de la ville, les prévenant que, dans tous les cas, elle entrerait de gré ou de force. Les magistrats ne se laissèrent pas intimider par cette me-

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nace, et, après avoir tenu conseil, ils répondirent que si la comtesse de Flandre et de Hainaul sc Tilt présentée comme il convenait à la souveraine du pays, elle eût été accueillie avec respect et empressement . mais que, puisqu'elle marchait à main armée contre des sujets soumis et ravageait un pays qu'elle aurait dû protéger, ils la considéraient comme traîtresse a la patrie, comme tyranne et pil/erestf. En conséquence , ils étaient résolus à lui fermer leurs portes et à repousser de leur mieux son injuste agression. j

Ce manifeste irrita vivement Marguerite et Charles d'Anjou, qui, avec toutes leurs forces, se portèrent immédiatement sur Valenciennes pour l'assiéger. En douze jours, cinq assauts furent livrés ; les bourgeois se dérendirent chaque fois avec tant de courage, que les assiégeants virent peu à peu leur nombre diminuer cl leurs forces s'affaiblir. En effet, les machines élevées sur les remparts faisaient pleuvoir la mort parmi eux, tandis qu’au contraire les assiégés, plus fiers et plus audacieux de jour en jour, apparaissaient en troupes innombrables aux platesformes des murailles. La comtesse et son auxiliaire, désespérant d'emporter une ville qui se défendait avec une si grande résolution , se contentèrent alors de la tenir investie, et ordonnèrent nu reste de l'armée d'aller occuper le Quesnpy et les autres pinces du liainaut. Ils espéraient qu'une fois en possession de toute la province , Valenciennes se rangerait plus facilement sous leur obéissance. Quand toutes les villes sc furent soumises, Marguerite et Charles revinrent à Valenciennes. Les bourgeois se montrèrent plus obstinés que jamais, et le siège recommença avec une nouvelle fureur. Pendant Irois jours, la place fut vivement assaillie par les portes de Cambrai et de Mons; il y périt beaucoup de monde de part et d'autre, mais l'avantage resta aux assiégés. Le plan d'attaque fut alors changé.

Les ennemis dirigèrent leurs efforts du côté de la porte Cordon, où ils parvinrent à escalader les murailles à l’aide de cordes et d'échelles. C’était l'heure du dîner.

Les bourgeois, au bruit de cette irruption, sortent en foule de leurs logis; se précipitant sur l’ennemi, ils le refoulent à la brèche, et, après un combat acharné, restent maîtres du terrain.

Le lendemain, .Marguerite et Charles offrirent de négocier. Ils firent donc proposer au prévôt, aux échevins et aux principaux bourgeois de sc rendre à la maison des Lépreux, hors de la porte de Mons, afin qu’on pût entrer en voie d'arrangement; mais les Valenciennois refusèrent d'accéder à celte demande, disant qu'ils ne considéraient plus Marguerite comme leur dame et maîtresse, mais comme une ennemie. La princesse écrivit de nouveau , le jour suivant , que si les gens de Valenciennes voulaient lui donner des otages, elle viendrait ellemême dans la ville pour traiter avec les magistrats. Cette proposition fut agréée; et quand la comtesse de Flandre et de Huinnut entra dans leurs murs, les bourgeois ne s'avancèrent point à sa rencontre, ainsi que le veut la coutume; les magistrats l'attendaient à In porte de la maison commune, n’ayant pas daigné aller plus loin. « Nous ne saurions comprendre, dit Marguerite en s’approchant d'eux , pour quelles raisons , vous qui avez charge de faire exécuter notre justice en notre ville de Valenciennes, vous vous tenez eu rébellion contre nous, votre souveraine! Eh quoi! vous nous fermez ces portes qui sont les nôtres, vous tuez nos gens, vous nous causez mille maux et dommages, et tandis que le liainaut

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tout entier reconnolt notre autorité, que ses bonnes \illes, ses prévôtés, ses châteaux , nous reçoivent en tout honneur et révérence, nous ne trouvons de rebelles que vous et le sire d'Enghien ! Ceci nous parolt fort étrange. »

Le prévôt, maître Éloi M inave, lui répondit en présence et au nom de tous les bourgeois assemblés : « Madame , vous dites que vous veniez dans votre ville de Valenciennes et que nous vous avons fermé vos portes; vous ajoutez que vous ôtes notre comtesse et souveraine légitime, que nous avons tué vos gens et causé mille dommages; linalement, vous prétendez que le Hainaut s'est soumis à vous de bonne volonté. Je répondrai d'abord que ni la cité de Valenciennes, ni ses portes, ni ses remparts , ne sont votre propriété. Nous reconnoissons bien être tenus de payer annuellement à notre comte une certaine somme d'argent , moyennant laquelle il est obligé par serment de protéger et de défendre notre ville ; mais cette convention remplie , personne ne peut rien exiger de plus : vous l’avez juré vous-même sur les saints Évangiles de Dieu. Quant à votre seconde prétention , celle d’être notre comtesse et la souveraine naturelle du Ilainaut, nous la reconnoltrions juste s’il étoit vrai que les tyrans méritent le nom de légitimes souverains; mais les clercs et les hommes lettrés nous ont appris qu'il y a beaucoup de différence entre le légitime seigneur d'un pays et celui qui le tyrannise. Madame, nous avons rencontré chez vous tout ce qui constitue la tyrannie, et c'est pour cela que la ville de Valenciennes vous a fermé ses portes; c’est pour cela que nous avons mis et mettrons à mort vos gens , qui sont à nos yeux les instruments de l'oppression. Vous dites, enfin, que le pays tout entier vous a reçue avec joie : chaque I tonne ville ayant ses coutumes et libertés, ce n’est pas à nous à suivre l’exemple des autres, mais à le leur donner; et puis, si les autres ont mal fuit , nous n'entendons pas les imiter. Hachez que nous ne craignons ni vous ni votre Charles d’Anjou. Suffisamment pourvus de tout ce qu’il faut pour soutenir un siège, nous sommes résolus à mourir jusqu’au dernier plutôt que de lnisser violer nos droits ‘ ! » Quand le prévôt de la ville eut cessé de parler, il se tourna vers les assistants pour leur demander s’ils approuvaient son discours ; « /lien dit! bien dit! » crièrent les bourgeois. « Madame, voici le moment de traiter, poursuivit Éloi Minave; faites eonnoltre vos propositions devant toute l'assistance. » La comtesse voulait alors entrer dans la maison de ville pour s'expliquer : «Jamais ! n dit le prév ôt en l'arrêtant ; « cette affaire ne sera traitée qu’en présence du peuple.» Marguerite avait auprès d'elle un docteur parisien qu’elle. chargea de plaider sa cause. Après l’avoir entendu, maître Éloi Minave prit l'avis de ses concitoyens, et répondit qu'ils aimeraient mieux mourir que de consentir à ce que Jean d’Avesnes, leur seigneur légitime, fut si odieusement déshérité; tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était de permettre que Charles d’Anjou possédât le Hainaut jusqu'à la mort de Marguerite seulement. Il fallut bien que la comtesse et le prince français se contentassent d’un tel arrangement ; ils souscrivirent à toutes les conditions imposées par les magistrats et le peuple, jurèrent le maintien des privilèges, et Charles s'établit à Valenciennes, où il ne resta pas longtemps; car

I. a ... Neque ras ncque Kamlum vestrum in nullo tiniescimtis... et prius omnes moriemur iintcquam per violentiam quidquid immutatis... » (J. de (iiiis.*, Annulr* ffannonitr.)

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l'empereur, beau-frère de Jean d'A'esncs, ayantpris fuit et cause-peur celui-ci, s'avança vers Valenciennes. A son approche, Charles, qui n'avait avec lui que siv mille hommes et qui ne pouvait compter sur les sympathies des bourgeois, prit sagement le parti de se retirer et de renoncer au gouvernement du Hainaut, dont Jean d’Avesnes fut bientôt investi.

Sous le fils de ce dernier, en 1290, les Valenciennois donnèrent une nouvelle preuve d'attachement à leurs libertés communales Jean , deuxième du nom, jaloux de la puissance que les habitants de Valenciennes avaient acquise par leur industrie , voulut porter atteinte à leurs privilèges. C'en fut assez pour les mettre en révolution. Ces fiers bourgeois se déclarèrent indépendants du comté de llainaut, et se mirent sous la protection du comte de Flandre. Ce ne fut que cinq ans plus tard qu'ils firent leur paix avec Jean 11.

Si les Valenciennois souffrirent quelquefois de l'humeur ambitieuse et tyrannique de leurs comtes, ils eurent aussi des seigneurs doux et bienveillants; de ce nombre fut Guillaume, fils de Jean d'Avesnes, que les contemporains et la postérité ont surnommé le lion, l’eu de temps après la mort de son père, il défit les Flamands, qui avaient envahi son comté de Hollande ( 1 30V), puis il vint à Valenciennes pour y prêter le serment obligatoire. Celte cérémonie se faisait avec un certain appareil. En arrivant dans la ville, le comte se rendait à l'église abbatiale de Saint-Jean, baisait la croix que l'abbé lui présentait, prêtait serment sur les saints Évangiles et recevait' celui du magistrat sous la même forme. Plus tard, le seigneur prononçait son serment sur un échafaud dressé devant son hôtel et en présence du peuple assemblé. Quant nu serment individuel de ceux qui voulaient être reçus bourgeois de Valenciennes, il se pratiquait, suivant une très-ancienne coutume, de la manière suivante ; l'homme libre, aspirant à la bourgeoisie, et qui se trouvait dans les conditions nécessaires pour l'obtenir, était amené soit devant la maison de ville, soit devant le portail de l'église de Saint-Pierre, et là, les yeux levés sur le clocher de l'église Saint-Jean, il s'écriait : « Tel serment que le comte a fait de la paix à tenir, je le tiendrai , ainsi Dieu m'aide! »

Guillaume de llainaut séjourna, comme ses prédécesseurs, à Valenciennes.Ses nobles qualités lui avaient valu le titre de vicaire de l'Empire et l'alliance d'une princesse du sang royal de France ; plus tard, il maria sa fille Philippe au roi d’Angleterre, Édouard 111. Son règne fut long et paisible. Jusqu'à sa mort, arrivée en 1337, il ne cessa de donner de beaux exemples de son respect pour les privilèges du peuple, de sa libéralité, et de son amour pour la justice. En 132», un incendie terrible dévora quantité de maisons à Valenciennes, et comme le feu avait commencé à l'hôtel des Monnaies, qui appartenait au comte, celui-ci voulut rembourser de ses propres deniers toutes les pertes éprouvées par les bourgeois. En 1336, il lit un acte non moins mémorable de justice. Le bailli d'un village de Hollande, près de Dordrecht, s'était emparé de la vache d'un pauvre paysan, et, quoi que celui-ci put faire, il ne recouvrait point cette bête qui était toute sa fortune. Désespéré, il se mit en roule pour Valenciennes, malgré la longueur du voy age, et vint se jeter aux pieds du comte, lui racontant son malheur et implorant la protection souveraine. I.e comte manda aussitôt le bailli et, après l'avoir interrogé, le condamna à rendre la vache et à payer de plus cent écus d'or nu

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manant. « Es-tn content? dit-il à celui-ci après la sentence. — Oui, monseigneur, répondit le villageois en tremblant. — C'est bien , mais moi je ne suis pas satisfait, ni la justice non plus » Là-dessus , il ordonne au bailli de recommander son àme à Dieu, puis tirant sa propre épée il la remet au bourreau, qui aussitôt tranche la télé au coupable officier. En ce môme temps, on restaurait la façade de la maison de ville de Valenciennes ; on y tailla en pierre blanche la figure d’une vache, pour rappeler cet acte éclatant de justice; elle y resta jusqu’en 1611, époque à laquelle on rebâtit l'hôtel-de- ville. Plus de deux siècles après cet événement, la première chose que les Hollandais demandaient à voir en arrivant à Valenciennes, c’était la vache du bon comte Guillaume.

Vers le milieu du xiv» siècle, le comte de Hainaut ayant, à l'instigation du fameux tribun Van Artevelde et des Flamands, fait alliance avec le roi d’Angleterre, Jean, duc de Normandie, fils aîné de Philippe de Valois, envahit le Cambresis et le Hainaut avec une forte armée conduite par le duc d'Athènes, et Kaoul, comte d'Eu, connétable de France (1340;. Ce dernier somma inutilement les Valenciennois d’abandonner le parti de leur seigneur rebelle à la couronne de France. Ses troupes se vengèrent de la résistance qu’on leur opposait en ravageant les environs de Valenciennes et en incendiant les faubourgs de la ville. Il en résulta un combat dans lequel les bourgeois eurent l'avantage et mirent les Français en déroute. Quelque temps après, la guerre ayant été un instant suspendue, le comte de Hainaut mena ses alliés, le duc de Brabant et Van Artevelde, en la ville de Valenciennes, dont il leur fit les honneurs; ils y furent magnifiquement traités; Van Artevelde surtout était l’objet des attentions particulières des bourgeois, qui voyaient en lui le soutien de la liberté flamande : on éleva devant la maison de ville un échafaud sur lequel il monta pour haranguer le peuple. Valenciennes parvint à un haut degré de prospérité, durant le xiv* et le xv* siècles : les riches tapisseries et les étoffes de soie, de laine et de fll qu’on y fabriquait , étaient recherchées au loin. Scs négociants, associés à cette ligue de haut çommerce qu'on appelait la Hanse de Londres et qui eut tant de célébrité au moyen âge , trafiquaient avec l’Europe entière. Enrichis par le travail, ils rivalisaient d'opulence avec les grands seigneurs. Grâce à des libertés et des privilèges dont on était d'autant plus lier qu'on av ait eu plus de peine à les acquérir et à les défendre, le litre de bourgeois de Valenciennes était presque considéré comme un titre de noblesse. Les princes, qui souvent avaient recours à la bourse de ces généreux citoyens, ne dédaignaient pas de s'asseoir à leur table, et l'on vit un jour maître Jean Bernier, bourgeois de Valenciennes, réunir chez lui, dans un banquet magnifique, les rois de Bohème et de Navarre, les comtes de Hainaut, de Flandre, de Namur, de Gucldres, de Julliers, et une multitude de princes et princesses alliés de son seigneur (1333).

Les bornes nécessairement restreintes de notre esquisse historique ne nous permettent pas d'énumérer toutes les coutumes, franchises et immunités dont les Valenciennois jouissaient à cette époque; mais nous ne saurions passer sous silence le droit bizarre A' abattis de maison». Si un bourgeois avait été, hors de la banlieue, battu, outragé ou injurié, il portait sa plainte nu magistrat, requérai.t justice selon les lois de la ville. L'accusé était ajourné à comparaître dans lli. 33

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les sept jours. Le fait vérifié et avoué, la commune , en armes et en grand appareil , se rendait devant le logis du coupable. « On y alloit comme en guerre, dit un vieil historien, avec tentes et artillerie ; car chaque métier avoit sa tente, que nos princes empruntoient souvent en leurs guerres ; suivoient les chariots pour les targes des arbalétriers , autres pour les crocs et autres engins b tirer les bâtiments en bas, et pour tortis poissés (torches résineuses), afin de s’en servir en cas de nécessité. » Le prévôt donnait le premier coup, puis une troupe qu'on appelait les francs-# office, et qui avaient charge d’empécher et d'éteindre les incendies dans la ville , abattaient la maison et la ruinaient de fond en comble. Les tonneaux de beurre ou de vin étaient même défoncés. Au contraire de ce qui se pratiquait b Lille pour le droit d'arsin, qui avait quelque analogie avec celui-ci , il fallait que la maison RU abattue nonobstant toute soumission ou satisfaction. Les Valenciennois se montraient aussi furt jaloux de l'observation des formes de la loi de la ville sur les duels judiciaires ; ils en donnèrent la preuve dans une circonstance bien dramatique.

En IU1, un certain Mahuot Cocquiel, bourgeois de Toumay, après avoir tué Philippe du Hardin , s’était retiré à Valenciennes et y avait obtenu la franchise, c'est-à-dire le droit de bourgeoisie. Quelque temps après , Jacotin Plouvier,’ parent du défunt, s’étant pris de querelle avec Mahuot, l'appela meurtrier et lui jeta son gage, offrant de justifier l'accusation par le combat. Le gage fut relevé et la justice saisie de l'affaire. On fit alors les dispositions pour le duel, et tomme c'était une grave et importante cérémonie, Phtlippe-le-Bon, duc de Bourgogne et comte de Hainaut, voulut y assister. Le mardi 20 mars 1445, la grande place de Valenciennes fut transformée en lice, autour de laquelle se tenait une multitude immense de peuple. A neuf heures on amena les champions , habillés de basane ou cuir noir tout d'une seule pièce, cousu étroitement depuis les pieds jusqu'au cou,- tète nue et rasée, pieds nus et ongles coupés. Ils avaient avec eux les bretons ou maîtres d'escrime qu'on leur avait donnés depuis leur entrée en prison , et qui portaient leurs écus et bétons. Ces écus étaient formés d ais.de saule, couverts de cuir de mouton et longs de trois pieds. Ils étaient armoriés d'argent à une croix de gueules. Quant aux bétons, ils étaient de bois de néflier de trois pieds de long et aiguisés par les deux bouts. Jacotin Plouvier, appelant, entra le premier, fit plusieurs signes de croix, puis alla s’asseoir sur une chaise couverte de drap noir, à un bout de la lice, du côté de l’église Saint-Pierre. Mahuot vint après, et, s’agenouillant, se signa, baisa la terre et s'assit du côté du beffroi. Le prévôt de la ville entra alors dans le champ-clos, et les champions jurèrent, chacun de leur côté , sur les saints évangiles qu’ils avaient bonne querelle. Alors on graissa leurs habits, afin qu'ils eussent moins de prise l'un sur l’outre; on apporta des épices dans deux tasses d'argent pour les réconforter , et, dans deux autres tasses, des cendres dont on leur frotta les mains. Quand tout fut disposé de la sorte selon les usages et franchises de la ville, le prévôt jeta le gant qui avait été relevé pour gage de bataille et cria par trois fois : a Faites votre devoir 1 »

En ce moment commença une scène affreuse; après s'être frappés de leurs bAtons, les champions se prenant à bras le corps , se secouèrent violemment. Mahuot tomba et se releva soudain ; Jacotin se rua sur lui, le terrassa de nouveau,

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le tint 6xé à terre, lui enfonça du sable dans les veux, avec ses dents lui arracha les oreilles. « Il fut de la sorte près de trois quarts d'heure, » dit le chroniqueur à qui nous empruntons res détails, « lui martelant les tempes, Tesgratignant et le mordant pour lui faire confesser le meurtre, s Philippe-le-Bon se tenait en la maison de Melchior du Cardin, prévôt de la ville, et regardait le combat à travers une jalousie. Il envoya demander au magistrat s’il n’y avait pas moyen de faire cesser cette horrible lutte ; le magistrat répondit que cela ne se pouvait sans préjudice des privilèges de la cité, et qu’il fallait que le camp fût outré (c'était le terme consacré dans la jurisprudence de l’époque). EnGn, après avoir longtemps torturé son adversaire, qui poussait de sourds gémissements, Jacotin lui enfonça les doigts dans les yeux, les lui arracha, remplit les cavités de sable. Mahuot cria merci alors, mais se relevant, il chercha à se jeter sur Jacotin ; ce que voyant celui-ci, il lui tourna et retourna les bras si rudement qu’il les rompit, puis bondissant à genoux sur son dos lui brisa l’épine dorsale, et derechef se mit à fouiller dans les yeux. Le malheureux, s’avouant vaincu et confessant le meurtre, eut encore la force de crier de manière à être entendu au loin : « Monseigneur de Bourgogne, pitié ! pitié , je vous ai si bien servi dans votre guerre de Gand ! » Le duc avait le cœur fendu , et , ému jusqu'aux larmes, il demanda de nouveau nu magistrat si l'on ne pouvait sauver la vie à ce malheureux , ou du moins lui accorder la sépulture en terre sainte. Le prévôt le supplia très-humblement de permettre que la loi s'accomplit de point en point. Sur ces entrefaites, Jacotin avait A coups de béton achevé sa vengeance ; il prit le cadavre sanglant par une jambe et le traîna hors de la lice, après quoi il s’en alla en l'église de Notre-I)ame-ln- G ronde, remercier Dieu qui avait fait triompher la justice. Par jugement du magistrat, le meurtrier fut, le jour même, tiré sur une claie vers la potence, puis, pour la forme, étranglé et pendu. Le duc de Bourgogne , justement indigné de l'exécution dont il venait d'étre le témoin, et que malgré toute sa puissance il n’avait pu empêcher, jura d'abolir cette coutume barbare, et en effet on ne la vit plus dès lors pratiquée dans les Pays-Bas.

L’amour de la liberté et de l'indépendance communales n'excluail pas chez les Yalenciennois le dévouement au seigneur souverain. Au mois de septembre de l'année H55, ils fournirent au comte de Charoiais, Bis du duc Philippe, un grand nombre de gens de cheval et de pied destinés à la guerre dite du bien public. Cette milice se comporta vaillamment à la journée de Montlhéiy. En 1472, le même comte de Charoiais , devenu duc de Bourgogne et se trouvant de nouveau en guerre contre le roi de France, réclama l'appui des bourgeois de Valenciennes, qui lui envoyèrent cent hommes parfaitement équipés avec paletots vermeils, croix blanches et écussons aux armes de la ville. L'année suivante, Charles vint dans cette cité pour y tenir un chapitre de l’ordre de la Toison-d'Or; les habitants lui Drcnt une splendide réception. Après la mort du Téméraire, Louis XI envahit le Hainaut, et fit sommer trois fois Valenciennes de lui ouvrir scs portes.

« A la troisième, » dit la chronique, o tandis que le héraut d'armes du roy exposoit sa commission, la populace et les enfants tirèrent son cheval de Testable et luy deschiquetèrent toute la peau en forme de croix bourguignones, et ainsi le renvoyèrent avec grandes huées et mocqueries. » Malgré ce sanglant outrage ,

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Louis XI n'osa point attaquer Valenciennes. la duchesse Marie remercia les habitants de leur grande et comme nompareitle loyauté. (Lettres du 1" mai 1178.) Dans le siècle suivant, en 1521, François I" marcha sur Valenciennes avec une armée de soixante mille hommes; mais il ne l'attaqua point. Il s'éloigna après quelques démonstrations sur l'Kscaut pour aller secourir Tournai , assiégée alors par les troupes impériales.

L’empereur Charles-Quint , durant sa longue et glorieuse domination, visita plusieurs fois Valenciennes qu'il semblait affectionner, et il y fut toujours accueilli avec un enthousiasme et une pompe extraordinaires. On y était fier de sa gloire et de ses triomphes, et on se rappelait avec orgueil que c’était è un Valencicnnois, Charles de Lannoy, sire de Maingoval et vice-roi de Naples, que le roi de France avait, à Pavie, remis son épée. Jamais peut être Valenciennes ne fut plus florissante qu'à cette époque; le commerce et l’industrie y avaient pris un essor prodigieux. Les Valenciennois purent se livrer sans contrainte à leur goût poulies représentations fastueuses, et c'est alors qu'on vit cher eux les merveilleux spectacles du roi de Plaisance, et la mise en scène du mystère de la Vie, Mari et Passion de Solre-Seigneur Jésus-Christ. En 1517, aux fêtes de la Pentecôte, ce drame populaire fut représenté en vingt-cinq journées; « la foule y fut si grande pour l'abord des estrnngers qui y vinrent de France, de Flandre et d'nilleurs, raconte la chronique, que la recepte monta jusqu'à la somme de quatre mille six cent et quatre-vingts livres, combien que les spectateurs ne payassent qu'un liart ou six deniers chacun. »

Mais d'autres drames devaient bientôt succéder à ces scènes pacifiques. La réforme, nonobstant l'inébranlable foi des populations flamandes, avait insensiblement pénétré parmi elles. Le commerce de Valenciennes qui étendait ses relations au loin, et plus encore les franchises si larges et si libérales dont jouissait sa bourgeoisie, attiraient une foule d’étrangers qui, imbus des maximes nouvelles, ne tardèrent pas à les répandre dans la ville. En 1510, un ministre protestant, nommé Pierre Brully, prêcha à Valenciennes sans qu'on y mit obstacle, et bientôt des prédications et des assemblées privées se formèrent. Le gouvernement espagnol des Pays-Bas s'en émut, cl le marquis de Bcrgues, grand-bailli du Iluinaul et gouverneur de Valenciennes, vint dans cette cité pour y réprimer le désordre naissant. Au mois d'octobre 1521, deux hommes du peuple, Simon Faveau et Philippe Mallart, récemment convertis au protestantisme, furent saisis dans une maison du faubourg au moment où , en présence de plusieurs de leurs coreligionnaires, ils cherchaient à chasser le diable du corps d'une jeune fille. Condamnés l'un et l'autre à être brûlés sur la place du Marché, ils y furent conduits, le lundi -27 août, de grand matin. Les huguenots s’étaient rendus en grand nombre au lieu du supplice : tout à coup , de grandes clameurs s’élèvent , la foule se précipite contre les barrières qui entourent le bûcher, arrache et disperse les fagots. Au milieu du tumulte, les condamnés sont en toute hôte ramenés à la prison ; mais les religionnaircs s'y portent en foule, brisent les portes et mettent les deux condamnés en liberté. Cette émeute, qu'on appela la journée des Mau-brvlez, fut le prélude des troubles sanglants qui, pendant plusieurs années, désolèrent Valenciennes. Les huguenots, pour venger la mort de leurs frères, se livrèrent à de cruels

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excès contre les catholiques. Toutes les églises furent dévastées, les objets du culte profanés, les statues brisées , les tableaux et les œuvres d'art détruits et dispersés. Une affreuse anarchie régnait dans Valenciennes , et ce fut par le canon que l'implacable Philippe II résolut de la faire cesser. Toutes les remontrances et sommations étant restées sans résultat, une forte armée vint, sous les ordres de Philippe de Sainte-Aldegonde , cerner la ville dans l’espoir qu'elle se rendrait à merci. Il n'en fut rien; et, après quatre mois d'une résistance opiniâtre, de sorties et d’attaques vigoureuses de part et d’autre , on commença , le 20 mars 1567 , un siège régulier. Valenciennes fut eanonnée pendant trente heures continuelles et sans relâche. On y tira trois mille coups de canon, qui causèrent un tel ravage que les assiégés, depuis longtemps exténués par la famine et réduits à toute extrémité , se rendirent à merci le 23 mars, dimanche des Hameaux. Il n'y eut ni massacre ni pillage ; mais les bourgeois furent désarmés , le magistrat et les autres officiers de la ville destitués et cassés. Deux ministres huguenots, Pércgrin de la Grange et Guy de Bray, principaux fauteurs des troubles, saisis à Humegies, village près de Saint-Amand, où ils s'étaient réfugiés, furent exécutés. Mais ce n’étaient là que des mesures préliminaires, et bientôt une sentence dans les formes fut prononcée contre Valenciennes. Elle déclarait la ville déchue de tous ses droits, franchises, privilèges et libertés, et prononçait la confiscation de tous les biens appartenant aux bourgeois (30 juin 1580). Une citadelle fut en outre bâtie moitié aux frais du roi, moitié aux frais de la ville, pour dominer et contenir cette dernière.

A cette époque apparaît dans l’histoire des Pays-Bas la sombre figure du duc d’Albe, entourée d’une auréole sanglante. La présence de l’orgueilleux et cruel lieutenant de Philippe II au milieu de populations sùfes et indépendantes, envenima les dissensions, loin de les calmer. Une garnison espagnole, établie dans le château de Valenciennes, menaçait à chaque instant la ville ou des bandes de huguenots français et hollandais venaient de leur côté semer la terreur. Des escarmouches et des luttes continuelles, suivies de pillage et d'incendie, s’engageaient entre les catholiques et les calvinistes. Le 29 mai 1572, le duc d’Albe ordonna à Don Juan de Mendoce, colonel de cavalerie, de marcher sur Valenciennes, afin de renforcer la garnison; Don Juan pénétra dans le château avec quatre compagnies à cheval, et les Espagnols se jetèrent sur la ville, qui se trouvait presque tout entière au pouvoir des huguenots. Ils firent une pointe jusqu'au marché, tuant et brillant tout sur leur passage; l’épouvante fut alors à son comble; les huguenots, incapables de résister, s'enfuirent. Il n’y avait qu’une seule porte de la ville ouverte (la porte Cardon) ; la presse des fuyards, rassemblés sur ce point avec une multitude de peuple, hommes, femmes et enfants, fut si grande, que quantité de monde y périt étouffé : on vit des mères jeter leurs enfants du haut des remparts dans les fossés de la ville et s'y jeter après eux ; des cavaliers s’y précipitaient avec leurs chevaux, tandis qu'en bas, dans la rue, les Espagnols fusillaient et massacraient tout ce qui n'avait pu fuir. Maîtres de la place, ces derniers les livrèrent pendant douze à quinze jours au sac et au pillage.

Après le rappel du duc d'Albe, de nombreux partis se formèrent dans les Pays- Bas pour secouer le joug espagnol , et il s'ensuivit encore des réactions cruelles. Quoique la magistrature de Valenciennes eût été réorganisée, elle se trouvait

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souvent dans l'impuissance de calmer les discordes que soulevait de part et d'autre le fanatisme religieux ; ce funeste état de choses dura jusqu’au commencement du xvu' siècle. En 1599, le roi d'Espagne, avait fait la cession solennelle des Pays-Bas à sa fille Clara Eugenia et à l'archiduc Albert son époux ; mais la guerre se poursuivit pendant quelques aimées entre l'archiduc et Maurice de Nassau. Enfin , une trêve de douze ans fut conclue entre les parties belligérantes (9 avril 1609), et on ne tarda pas à ressentir les bienfaisants résultats de cette pacification. Iles leur avènement, Albert et Isabelle s'étaient rendus à Valenciennes pour y prêter serment en qualité de seigneurs du llainaut (19 février 1600). Cette ville se relevait déjà du triste état où quarante riis d’anarchie l'avaient plongée ; elle reçut les princes avec un appareil aussi pompeux que sa situation financière pouvait le permettre, et l’on revit, dans cette circonstance, des arcs de triomphe, des mystères et des fêtes auxquelles on n’était plus habitué. Valenciennes jouit d'une paix profonde jusqu'à l'époque de sa réunion à la France, qui, toutefois, ne s'opéra pas sans une vive résistance, car la ville était plus attachée que jamais à la maison d'Espagne à laquelle elle devait le rétablissement de ses antiques libertés. Le 15 juin 1656, les maréchaux de France Turenne et La Ferté se présentèrent avec une armée nombreuse devant la ville, dont la position et l'importance avaient attiré depuis longtemps l'attention de Louis XIV. Ils en pressèrent le siège avec une grande vigueur; mais la défense, qui souvent prit le caractère de l’attaque, fut des plus obstinées. Les Valencicnnois comptaient sur les secours que leur avait promis Don Juan , gouverneur des Pays-Bas. Après une longue attente, des forces considérables vinrent enfin à leur aide, sous les ordres du capitaine général des Pays-Bas et de Louis de Bourbon, prince de Condé, l’illustre rebelle : un combat des plus rudes, dans lequel l'armée française, malgré les efforts des deux maréchaux, perdit ses bagages et une partie de son artillerie, amena la levée du siège. Tandis que Turenne faisait une savante retraite sur le Quesnoy, le prince de Condé entrait dans Valenciennes, suivi du prince de Ligne, du marquis do Caracène, des ducs d'Areinberg et d'Arschot, généraux au service du roi d'Espagne, et se rendait à l'église de Notre-Dnme-la-Grandc, où un Te Deuw solennel fut chanté. Au mois de mars 1677, Louis XIV en personne se présenta devant Valenciennes ; il avait avec lui le maréchal de Shombcrg et Vauban, chargés de diriger les opérations du siège. Commencé, le 9 mars par une double attaque au delà de l'Escaut, du côté d'Anzin, il ne dura [vas plus de huit jours. Cependant d'immenses travaux furent exécutés; les lignes de circonvalation présentaient un développement de sept à huit lieues, l'n froid excessif se faisait sentir et les troupes en souffraient d'autant plus quelles étaient sans logements; le roi luimême couchait dans un de ses carrosses. Enfin on disposa tout pour un assaut général, qui fut livré le 17 mars à neuf heures du matin ; les préparatifs en furent si bien masqués que les assiégeants n'en soupçonnèrent rien : il suffit de moins de trois quarts d'heure pour que Valenciennes, l'une des v illes les mieux fortifiées de tous les Pays-Bas, ayant trois mille hommes au moins de garnison, sans compter la milice (ou bicorgneurs) et les bourgeois armés en nombre infini, fût prise comme par enchantement. Louis XIV, placé sur une éminence, avait suivi les mouvements de ses troupes; il eut peine à croire à ce succès qui tenait, en effet, du miracle. Le

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roi laissa intacts les franchises et les privilèges si chers aux Yalcnciennois. Quelques jours après, son historiographe, le fameux Polisson , se promenait dans les rues de la ville, accompagné de plusieurs officiers chargés de lui donner des explications sur le siège si heureusement terminé : « elle est triste et mal bâtie , » écrivait-il, « l’hôtel-de-ville est beau; l'église, appelée Notre-Dame-la -Grande, est un superbe édifice ; les habitants nous haïssent, mais ils se radouciront et s'apprivoiseront, et les dames sont déjà assez contentes de la civilité françasc. » Vers le même temps un état officiel de la situation des villes conquises , dressé par ordre de Louis XIV, s'exprimait ainsi au sujet de Valenciennes : « La ville est bâtie sur une douce pente; sa figure est ronde, et elle contient quatre à cinq mille maisons avec 25,000 habitants, entre lesquels il y a quinze cents maîtres de tous les métiers. L’air y est pur et bon , et le peuple n'y manque ni d’esprit ni de génie. Il y a deux manufactures assez considérables tant d'étoffes de laines, baracans, etc., et l'autre de toiles fines, qu'on nomme en France baplistet. Les étoffes et toiles qui se font à Valenciennes passent en France, en Espagne et jusque dans les Indes. » L'auteur oublie de mentionner la fabrication de dentelles dites de Valenciennes, dont on connaît la célébrité. Deux Valenciennois , Pierre Chauvin et Ignare Uarent, passent pour avoir été, à la fin du xvi* siècle, les inventeurs de cette industrie toute spéciale, et qui, après avoir été fort prospère, est tombée peu à peu en désuétude. On fait aujourd'hui de louables efforts pour lui rendre son ancienne activité.

L’histoire de Valenciennes, depuis la réunion de cette ville à la France jusqu'à In révolution, n' offre aucun fait saillant; mais, à la révolution, ses annales présentent encore de lugubres scènes à côté des plus beaux exemples de patriotisme. Uumouriez venait de passer à l'ennemi ; Dainpierre avait recueilli les débris fidèles de l'armée du transfuge et cherchait à couvrir Valenciennes, que le duc d'York enveloppait d'un réseau de quatre-vingt mille hommes (juin 1793). Le général républicain, dès le commencement de la lutte, fut frappé d'un coup mortel sous les remparts mêmes de la ville; son armée se replia entre Bouchain et Cambrai. Dès lors Valenciennes se vit entièrement cernée par l'ennemi ; deux députés de la convention, Briez et Cochon, s'y étaient enfermés. Le général Ferrand commandait la place, défendue par dix mille hommes , dont huit cents canonniers bourgeois, qui montrèrent le plus noble courage. Le t4 juin, le duc d'York fit sommer Valenciennes de lui ouvrir ses portes; le général et la municipalité refusèrent de se rendre. Le bombardement commença ; le feu des assiégés répondit aussitôt, des batteries ennemies furent démontées, ce premier succès donna du courage. Cependant une grêle de feu continuait à tomber sur la ville que l'incendie dévorait sur tous les points ; les rues étaient jonchées de victimes. La populace effrayée demanda à capituler ; le général Ferrand répondit à ces cris par une proclamation : « Citoyens, leur dit-il, vous pouvez disposer de ma vie, mais jamais de mes devoirs. La loi me prescrit, sous peine de mort, de ne pas abandonner la défense de cette place. Voulez-vous qu’après avoir rempli jusqu’ici ma carrière avec honneur, j’aille trahir la nation et porter ma tête sur l’échafaud! » L'ennemi redoubla ses attaques. Les malheureux habitants n’avaient plus l'espoir d'être secourus par l’armée du Nord ; tous les courages

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étaient abattus. La ville, presque entièrement détruite, n'offrait plus d'asile aux défenseurs, aux blessés, aux malades; enfin, toute résistance était inutile. Le 20 juillet, une nouvelle sommation du duc d'York fut adressée à In municipalité et au général Ferrand. La capitulation fut décidée. Elle assurait à la garnison la sortie de la place avec tous les honneurs de la guerre , et aux bourgeois le respect de leurs personnes et de leurs propriétés. Le bombardement avait duré quarantetrois jours; trois cent mille boulets, bombes et obus, avaient réduit la ville en cendres.

La prise de Valenciennes fut le terme des succès de la coalition sur notre territoire, et les ennemis se virent, l'année suivante, obligés de l'évacuer en abandonnant leur éphémère conquête. A peiuc sortis de ce danger, les Valcnciennois souffrirent cruellement des excès de la terreur révolutionnaire : le conventionnel Joseph Le Bon fit parmi eux de nombreuses victimes. En 1815, Valenciennes servit encore de boulevard à la France contre l’invasion étrangère. Elle répara à la hâte scs 'fortifications ruinées par le canon de 1793, et lorsque, après la défaite de Waterloo, les Hollandais tentèrent de s’emparer de cette ville, les braves canonniers bourgeois firent si bonne contenance que, malgré les efforts de l'ennemi , le drapeau français ne cessa point de flotter sur les remparts. Les alliés, qui n'avaient pu prendre Valenciennes par la force, y entrèrent, un peu plus tard, à la faveur de la paix, et n'en sortirent que le 25 novembre 1819.

I,es guerres de la révolution et de l'empire produisirent à Valenciennes les résultats que les grandes commotions politiques amènent d’ordinaire à leur suite. Le commerce et l'industrie n'y furent plus, à beaucoup près, aussi florissants qu'autrefois ; en pouvait-il être autrement, dans une ville où l’esprit public, alarmé par le continuel passage des troupes et le bruit du canon toujours retentissant à la frontière , devait moins se préoccuper des intérêts privés que du sort de la patrie'! D'ailleurs, les bras armés pour la défense du pays ne manquaient-ils pas à la cidture du sol et aux travaux de l’industrie? Valenciennes se montra favorable à la restauration, parce quelle espéra que la paix donnerait une vie nouvelle à ses manufactures; plus tard, elle accueillit avec empressement la révolution de 1830 comme un retour aux principes sociaux de la révolution de 1789. Depuis trente ans, cette ville est entrée franchement dans les voies du progrès et de la civilisation. Les affaires, longtemps frappées de stérilité, ont repris de l’activité, du développement , et cette heureuse impulsion, favorisée pur le génie industrieux des Valenciennois, ne parait pas prête à s’arrêter. Dans son étroite ceinture de murailles, Valenciennes présente une physionomie vive et animée; sans doute elle a perdu l'originalité que lui donnaient au moyen Age ces institutions, ces coutumes, ces mœurs dont nous avons essayé d'esquisser le tableau, mais il reste au cœur de cette population de 20,000 Ames une énergie et une force qui prouvent que les Valcnciennois d’aujourd'hui n'ont pas dégénéré. Au point de vue intellectuel , il n'est point de ville, dans le nord de la France, qui soit supérieure à Valenciennes; il s'en est pas qui, à toutes les époques, ait montré plus de prédilection pour les lettres et les arts et qui les ait cultivés avec plus de succès. Les noms des Sait/, des Watteau, des llurhesnoi «, des Abel de Pujol, des Doras, des Lemaire, sont !ii pour l’attester. C'est Valenciennes qui adonné le jour ù l'immortel t'roiuart ( 1 339) ; c’est

VALENCIENNES

dans ses murs qu'il a écrit ses plus belles pages ; c’est dans ses murs aussi, disonsle avec regret, qu'il attend encore une statue. Au xv" siècle, Valenciennes a produit Jean de La Fontaine, poète et historien tout à la fois, auquel on doit un curieux traité en vers sur la transmutation des métaux. Son neveu , Louis de La Fontaine, dit Wicart, né en 1522, composa l'histoire de sa ville natale et d'intéressants mémoires sur les troubles des Pays-Bas. Au xvii* siècle, Henri cTOultreman, prévôt de Valenciennes, a également publié une histoire de cette ville, pleine de justesse, d'érudition et écrite d'un style inimitable. Au sièrle dernier, nous citerons encore l'académicien Paulmy d' Argrnson, et, de nos jours, M. Oncsime Le Roy, auteur dramatique distingué, et M. Arthur Dinaux, savant antiquaire.

La ville de. Valenciennes est assez bien bâtie, mais les rues en sont très-irréguièrement percées : l'Escaut la traverse du nord au midi et la divise en deux parties inégales. Sous l’ancienne monarchie elle était le siège d’une intendance , d'une chambre consulaire, et elle avait une abbaye royale et de nombreux établissements ecclésiastiques. Depuis la révolution, elle est le chef-lieu d'un arrondissement dont la population s'élève à 112,900 habitants; elle a une société d’agriculture, sciences et arts, une académie des beaux-arts , d'où il est sorti de bons élèves, un musée riche en tableaux des grands maîtres et une bibliothèque publique contenant environ vingt mille volumes. On ne voit à Valenciennes d’autre monument que l'hOtel-de-ville, dont la reconstruction date de 1612 : on admirait autrefois la tour du beffroi, haute de cent soixante-dix pieds, laquelle avait été bâtie en 1237 ; elle s’est écroulée, comme on sait , en 1843. Les églises de Notre-Dame et de Saint-Nicolas, l'hospice de l'Hôtellerie, celui des orphelins, le collège, l'arsenal, les casernes et la salle de spectacle méritent quelque atten'ion, mais ce ne sont point des bâtiments remarquables. La principale industrie des Valencicnnois est connue et renommée ; elle consiste en fabriques de dentelles et de batistes, toiles Anes, linons, bonneteries, gazes, foulards; ils se livrent aussi au commerce des vins, eaux-de-vie, huiles, savons, bois de chauffage, ainsi qu’à l'exploitation de nombreuses tanneries, teintureries , poteries, raffineries de sel et de sucre, blanchisseries de toile, imprimeries d’indiennes et filatures de lin à la mécanique. La proximité de la grande houillère d’Anzin, située à un quart de lieue de Valenciennes, ajoute encore à l'activité industrielle de cette ville. Anzin existait déjà sous les rois de la seconde race : en 877 l'empereur Charles-le- Chauve la donna à l'abbaye d'Hasnon, à la prière d'Ermentrude, sa fille, qui en était abbesse. L’exploitation de la houillère n'est pas la seule occupation des habitants de la riche commune d' Anzin; elle a des verreries, des clouteries, des forges, fonderies et lamineries. Sa population, si active et si laborieuse, dépasse 1,000 âmes. 1

1. Ordonnance des rois de Fran e. — Jacques de Guise, Annales Ilannonia. — Philippe Mouskes, Chronique rimée. — Vinehant, Histoire du Hainaut. — J, Froissart , Chroniques. — D'OuIlreroan , Histoire de Valenciennes. — Simon le Boucq, Histoire de Valenciennes.. — Arthur Dinaux, OEutres historiques diverses. — Dieudonné, Statistique du département du Nord. — J. Meyer, Annales Flandriæ. — Chronique inédite de la Bibliothèque du roi, n°8lH0. — N’oublions |»as de remercier ici M. H. Didiez de Valenciennes pour les notes qu’il nous a si obligeamment communiquées et que nous avons egalement mises a profit.

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