ARTOIS P HOP H KM EXT DIT. — TKRXOIS
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE
L’Artois ( A rlesia , Atrebatensis comitatus ) occupe la zone du milieu de l'extrémité septentrionale de la France. Celte province, qui forme aujourd'hui la presque totalité du département du Pas-de-Calais et une partie de celui de la Somme, a pour limites, au nord, la Flandre wallonne et la Flandre maritime; à l'est, le liai haut et le Cambrésis; au sud, le Vermandois, le Santerre, l'Amiénois et le Ponthiru oriental; à l'ouest, le Ponthieu, le Boulonais et le Calaisis. Boulainvilliers prétend quelle n’a pas plus de quatre-vingt-dix lieues de circuit; Expilly lui en donne vingt-deux de long sur onze de large, ce qui revient approximativement à cent quatre-vingt-dix lieues carrées; enfin, la statistique de la France, publiée par le ministre des travaux publics, estime sa superficie quatre cent soixante-dix-huit mille deux cent quatre-vingt-cinq hectares, dont quinze mille cinq cents seulement pour le département de la Somme , et quatre cent soixante- deux mille sept cent quatre -vingt -cinq pour celui du Pas-de-Calais. L'Artois comprend plusieurs enclaves ou contrées particulières , savoir : deux grands pays, qui sont l'Artois propre et le Ternois; et six pet Us pays, appelés pays de l'Angle, de Brédennrde, de l’Alleu, de Gohelle, de l'Escrebieu et de l'Aronaise. Remarquons que sur ces six dernières dépendances il en est deux, le pays d' Alleu et celui de Gohelle, que certains géographes classent, le premier dans la Flandre wallonne, le second dans l’Ile-de-France. C'est là sans doute une des causes de la diversité des opinions que nous avons rencontrées au sujet de l’étendue de cette prov ince.
Le sol de l'Artois, de même formation évidemment que celui de la Flandre, est généralement plat et uni, et va s’abaissant encore du côté de la grande province du Nord. Cette pente est très-marquée : à l’endroit où elle commence, commencent aussi les Pays-Bas. Malgré le climat, plutôt froid que tempéré, et les variations habituelles de l'atmosphère, circonstance qu'explique fort bien le voisinage de la Manche, la terre y est extrêmement fertile en grains, mais elle produit peu de fruits. Point de forêts considérables, à peine quelques bouquetx de bois ; en revanche, de vastes plaines couvertes de houblon et de lin.
Parmi les nombreux cours d'eau qui arrosent la province et y entretiennent
ARTOIS
la fécondité, il en est sept qn'on a rendus navigables au moyen de plusieurs canaux ou écluses : ce sont la Scarpe, la Lys, la Melde, la Canche, l'Aa, la Deule et la Laquetle. Les principaux canaux, tels que ceux de la Haute -Dcule, de l'Aa, de la Lys à l’Aa et de la Lave à la Lys, font communiquer ces rivières entre elles ou avec d’autres plus petites, et relient non-seulement les villes les plus importantes de l'Artois, mais encore l’Artois lui-méme , aux marchés les plus fréquentés de la Picardie et de la Flandre. Tous ces canaux de navigation ou d'irrigation, ces rivières, ces ruisseaux , en portant la végétation sur tous les points, entretiennent aussi partout une constante humidité. On divise le pays en partie haute et en partie basse : la première comprend les arrondissements d’Arras et de Saint-Pôl, presque tout celui de Béthune et une faible portion de celui de Saint- Omer ; la seconde est renfermée dans le cours de l'Aa , de la Lys et de la Lianne. Ces rivières ne circulant qu'avec lenteur, y forment, en automne et pendant l’hiver, des plages d’eau qu’on n’en voit disparaître qu’au printemps. L’engrais qu’elles amènent et déposent augmente la masse d’humus dont le terrain est recouvert. Cela constitue une terre franche, de couleur noire, grise ou jaune.
On rencontre, du reste, dans la partie basse comme dans la partie haute, des terres argileuses, des bancs de sable et de silex, des tourbières et des marécages, dont le nombre a diminué cependant depuis qu'on y a creusé de nouveaux canaux. La partie haute présente quelques mamelons et collines sur ses plaines plus élevées. La base ordinaire du sol est de terre calcaire ou de pierres crétacées qu'on découvre à plus ou moins de profondeur. Viennent ensuite de la terre clytrcusc blanche ou grise , de la glaise , de l'argile , de la terre vive mêlée de silex , qu'à sa couleur rouge on prendrait pour des débris de fer oxidé, et enfin de la terre franche, en couche plus forte, surtout dans les vallées où le détritus des feuilles d'arbres et de végétaux, et les substances charriées par les pluies, contribuent puissamment à la renouveler.
Lorsque César vint dans les Gaules, l'Artois était occupé par deux peuples : les Morins, dont les possessions embrassaient en outre un côté de la Belgique, et les Atrébates, qui n’avaient d'établissement que sur son territoire. Dom Devienne distingue toutefois trois sortes d’Atrébates, dont les uns, les Ostrebanles, s’étendaient de Douai jusqu'à Valenciennes ; les autres, appelés Adaretmses, dominaient depuis Arras jusqu'à Bapaume; et les troisièmes, qui étaient les Atrébates ou Austrebatcs proprement dits, habitaient depuis Arras jusqu’à la Lys. Leur capitale fut successivement nommée par les Romains Origiacum , Kemetncena, Nemetacum et enfin Alrebatum, quand il fut d'usage , aux ni* et ive siècles, de désigner les villes sous le nom des peuples dont elles étaient le chef-lieu. César vainquit les Atrébates, réunis aux Morins et aux Belges, dans deux batailles rangées; il prit ensuite Arras, et, après avoir soumis le pays, en fit roi Contins, celui-là même qui l’avait énergiquement défendu contre scs armes. Les Romains gardèrent l’Artois jusqu'au v* siècle. A cette époque, les Vandales et les Francks l'envahirent et le ravagèrent tour à tour. Childéric, successeur de Chlodion, établit Ragnaeaire roi des Atrébates ( 4-51 ) . Bientôt après Chlodwig, ayant arraché tout ce territoire aux Romains, l'incorpora définitivement à la monarchie franque. En 511, il dépendait du royaume de Soissons, dont Chlotaire avait hérité à la mort
HISTOIRE GÉNÉRALE, de Chlodwig. Suivant quelques auteurs , Ragnacaire avait laissé un fils : ses descendants, ajoutent-ils, gouvernèrent héréditairement l’Artois sous le titre de comtes; mais c’étaient, au contraire, de simples officiers dont l'autorité ne grandit qu’au déclin de la race rarlovingienne En 863, Judith, lille de Charlesle-Chauve , apporta l’Artois en dot à son mari , Bauduin Bras-de-Fer, comte de Flandre. Cette province demeura aux héritiers de Bauduin jusqu'au mariage d’Isabelle de Hainaut, nièce de Philippe d'Alsace, avec le roi de France Philippe- Auguste (1180). Saint Louis, le 7 du mois de juin 1237, l'érigea en comté, dont il investit Robert, son frère puîné. L'Artois est appelé dons cette charte Terre d'Alrcbatie. Mathilde, petite-lille de Robert, épousa en 1291 Othon IV, comte de Bourgogne. L’Artois ensuite rentra par mariage, d'abord dans la maison de France, puis dans celle de Flandre, et enlin il passa dans celle de Bourgogne, dont l'héritière unique, Marie, fille de Charles-le-Témérairc, le transmit h la maison d’Autriche. En 1598 Philippe If, roi d'Espagne, détacha l'Artois et la Flandre de ses Étals, pour en apanager l’infante Isabelle-Claire-Eugénic. A la moit d'Isabelle , l’Artois retourna à son neveu, Philippe IV (1634). Louis XIV, en 1645, le conquit sur ce prince; et les traités des Pyrénées, de Nimègue et dTtrecht lui en garantirent définitivement la possession.
L'Artois était, sous l'ancien régime, un pays d’états ; H avait conservé tous ses privilèges en tombant des mains du roi d'Espagne à celles du roi de France. Les habitants ne connaissaient ni douanes, ni aides, ni gabelles. les états exerçaient un contrôle nominal sur la levée des deniers royaux. Depuis 1757, ce cointé était devenu l'apanage destiné au second frère du roi. La province renfermait deux villes épiscopales, Arras et Saint-Omer; elle se divisait en huit districts qualifiés de bailliages, et une gouvernance , celle d’Arras; elle ne formait avec la Picardie qu’un seul et même gouvernement général militaire, et, quant à l'administration des finances, elle relevait de l'intendance de Flandre. La population de l'Artois montait, d’après Herbin, à 319,200 habitants. En faisant aujourd'hui abstraction des arrondissements de Montreuil et de Boulogne, qui sont enclavés dans le département du Pas-de-Calais et qui appartiennent à l'ancienne Picardie , on trouve que les quatre arrondissements représentant l'Artois, offrent un total de 492,163 personnes; mais il faudrait ajouter à ce chiffre tous les groupes d'habitants de race artésienne, qui se trouvent compris dans les arrondissements de Montreuil et de Boulogne ou disséminés sur la lisière du département de la Somme ’.
1. Les Commentaires de César. — Hennehcrt , Histoire générale de la province d'Artois. — Boulainvilliers, État de la France. — Expilly, Dictionnaire det Gaules — Hussein, Dictionnaire universel de la France. — Herbin , Statistique de la France. — Almanach départemental du Pas-de-Calais , pour l'an XI de la Hé publique Ce petit livre, plein de renscigneraenls curieux, est aujourd'hui une véritable rareté bibliographique.
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On peut facilement découvrir l'origine du nom d'Artois dans celui de l'ancienne cite gauloise des At rebutes, Aitebales ou Arteuales; il est moins aisé de faire dériver de la même source le nom de la ville A’ Arras. Toutefois, en admettant la forme plurielle d’Mrebutes dont le singulier aurait été Atreuas ou A rteuas , la diflieulté peut disparailre, et l'on n'a plus l)esoin, comme ont fait plusieurs antiquaires, de recourir à I ’Adcries et au pagus Adertisus des anciens titres, ou à YOriyiacum de Ptolémée, qui se rapportent plus naturellement aux deux villes d’Aires et d'Orchies.
La ville d'Arras existait-elle au temps de la conquête des Gaules par les Romains? nous ne le pensons pas. Les Atrebates, queTite-Live n'a pas désignés parmi les peuples qui suivirent Brcnnus dans les grandes invasions de l'Asic-Mineure, de la Grèce et de l'Italie, paraissent pour la première fois dans les Commentaires de César à l'occasion de l'agression du Germain Ariovistc , qui devait devenir le prétexte de la marche de César. Ariovistc n’arrêta pas le vol des aigles romaines : il fut vaincu , repassa le Hliin et laissa le nord des Gaules en proie aux légions cisalpines. Les Atrebates répondirent une «seconde fois à l'appel de leurs plus généreux compatriotes, en fournissant à la confédération senonaise quinze mille guerriers; mais les Romains bravèrent ce nouvel effort du patriotisme gaulois, et la victoire leur demeura dans la sanglante bataille donnée sur les bords de la Sainbrc. La place de sûreté des Ahebutes se nommait alors Knnetacvm ou Nemelocenna. Elle n’était pas éloignée delà ville d’Arras; des restes de retranchements, des levées de terre semblent même aujourd’hui la faire reconnaître dans le village à’ EtruA, situé à la distance d'une lieue. Quoi qu'il en soit, c’est à Ncmetacum que César prit ses quartiers d'hiver après la deuxième parilîcalion. Rassuré sur les dispositions des vaincus, le général romain distingua, |>armi leurs anciens chefs , l'Atrebatc Comius, qu’il investit d'une sorte de magistrature suprême sur les Morins. Mais les bienfaits de César, quelque grands qu’ils fussent, ne devaient pas éteindre l’amour du pays dans le cœur de Comius, et, sur ce point, nous différons de sentiment avec le fougueux chanoine Hennebert , un des historiens de la province d'Artois. Comius arriva donc bientôt dans le camp de. Vercingétorix avec un secours de quatre mille Atrebates et de cinq mille Morins. Après la prise d'Alcsia, il soutint longtemps le courage des vaincus; il passa même de l'autre côté du Rhin pour leur chercher de nouveaux auxiliaires; mais surpris, à son retour, par un des lieutenants de César, il ne se garantit de la serv itude que par une dernière fuite. Telle est la port des Atrebates dans les récits
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que le général vainqueur nous a laissés de la résistance des Gaulois è la domination romaine.
Nous ne suivrons pas les anciens peuples de l'Artois au milieu des insurrections dont l'histoire authentique a trop souvent dédaigné de faire mention. Ces révoltes sont placées aux régnes d'Auguste, de Tibère, de Néron, de Commode et du tyran Maximien. Disons seulement que la ville d'Arras est pour la première fois distinguée de la cité ou territoire des Alrebales, par saint Jérôme, au iv siècle de notre ère. Ce grand homme, dans sa lettre à Agerucie, la met nu premier rang des villes gauloises que les llarhnres avaient dévastées; puis, dans le second livre de sa Réplique ci Jovinicn : « Vous ne portez, lui dit-il, que des vêtements de lin et de soie; vous voulez, pour couvrir votre corps, des étoffes d'Arras.» Il est donc permis d'assurer que la ville, construite après la conquête de Jules César, ne tarda pas à devenir le centre d’une industrie puissante, dont elle tira longtemps le plus grand lustre et le plus solide avantage. Ces tapis d'Arras étaient recherchés à Rome, même avant la fondation de Constantinople, et l'empereur Galien, en apprenant une nouvelle insurrection gauloise , s'était écrié : l.a république est-elle en dunger de peiir si la laine des Alrebales vient à lui manquer Après sa défaite dans les champs Catalauniques, Attila retourna dans les Belgiques; il pilla Térouenne, Amiens, Boulogne ; il ruina de fond en comble la cité déjà florisrissantc d'Arras ( àôt ) , qu'on ne voit pas figurer dans les événements qui assurèrent à Clovis l'empire de la Gaule. Seulement un pieux évêque, compagnon de l’apostolat de saint Ilemy, Vaast, obtint du nouveau conquérant la permission de fonder, sur les ruines encore fumantes d'Arras, un oratoire que, plus tard, en 686, Thierry lit et sa femme, la reine Dode, convertirent en un monastère, protégé par d'épaisses murailles et par une forteresse nommée Caslrum Nubiliacum. Grâce à ces remparts, le monastère de Saint-Vaast servit d'asile aux peuples de l'ancien territoire des Atrcbalcs quand débordèrent en France les Normands, cet autre fléau de la vengeance divine.
Ici , rappelons en peu de mots les origines chrétiennes de la ville d'Arras, t'n prêtre grec, nommé Diogènes, passe pour y avoir porté la loi de l'Évangile. Il y construisit le premier autel, et il y reçut le martyre de la main des mêmes Vundalcs (pii venaient d'immoler saint Niçoise de Reims. On rattache au sacerdoce de Diogènes l’histoire de la sainte manne . Saint Jérôme, dans une de ses lettres, avait parlé, comme d'un prodige entièrement étranger à la prédication évangélique, d'une sorte de pluie de laine tombée chez les Atrebatcs, vers l’année 370. Les légendaires n’eurent garde de négliger un fait de cette importance. Ils pensèrent , ou du moins ils dirent que saint Diogènes, frappé de la fertilité dont le territoire d'Arras avait tout à coup été doué, s'était empressé de recueillir luimême un petit boisseau de cette manne céleste, et que les incendies qui avaient deux fois dévoré l'église d'Arras n'avaient pas eu de prise sur lui. Toutefois, le culte de la sainte Manne d'Arras ne date que de la fin du xur siècle. I.a châsse dite des Anges ayant alors été brisée dans le tumulte d'une procession , l’évêque , Guillaume d'Issy, en recueillit les débris et les remplaça par un coffret de verme'il d'un travail excellent. On mit dans le cofTret le voile blanc de la sainte Vierge, la ceinture dont elle se servait avant la salutation angélique, et la manne lit. àü
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de saint Diogènes. La fête de la Translation des trois reliques fut instituée ; elle est encore aujourd'hui célébrée dans Arras , le premier dimanche après Pâques. Telle était la confiance générale pour les propriétés miraculeuses de la sainte Manne, qu'en 1343, plusieurs dévots citoyens, habitants de la place du Petit- Marché, l’enlevèrent furtivement de la cathédrale, pour la déposer dans la pyramide du Saint-Cierge, dont nous parlerons bientôt. Il fallut un arrêt du parlement de Paris pour contraindre les honnêtes voleurs à restituer leur proie à messieurs du chapitre. Elle était dans la cathédrale, au milieu du xv' siècle, quand un légat du pape vint à Arras pour en faire la visite, et c’est alors qu’il crut devoir en constater la parfaite intégrité.
L’autel de saint Diogènes, renversé par les Huns, fut renouvelé par saint Vaast, que saint Remy, dit-on, avait sacré évêque des Atrebates. On a raconté de saint Vaast un grand nombre de miracles, entre autres celui d’un ours terrible mis en fuite devant les portes de la ville. Celte légende doit avoir eu quelque part à la forme du fameux lutrin de l’abbaye, dont nous devrons dire quelques mots. Quoi qu’il en soit, Vaast mourut en 540 , et, moins d'un siècle après sa mort , on voit le siège épiscopal des Atrebates transporté dans la cité de Cambray. Ce fut là qu'il demeura, jusqu'à la fin du xi' siècle.
Maintenant, pour revenir à l'histoire profane, nous trouvons quelquefois dans Flodoart le nom de certains comtes d’Arras : mais il faut bien distinguer ces grands officiers, nommés comtes ou palaisins. sous les rois de la deuxième race, des grands vassaux de la troisième, possesseurs de terres désignées comme autant de comtés. las premiers comtes envoyés dans Arras, au temps de Pépin et de Charlemagne, étaient de simples gouverneurs de la ville; peu après ils se rendirent indépendants du roi de France dont ils avaient commencé par être les bénéficiaires. Un de ces personnages a laissé dans les plus anciennes de nos épopées ou chansons de gestes françaises, un souvenir imposante! grandiose : c'est Fromont de Lens, surnommé le Poestis, ou le Puissant, qu'on nous représente comme l'adversaire des comtes de Metz, comme le redoutable vassal de Pépin, enfin comme l’allié des Sarrasins qu'il attira dans le midi de la France. Fromont possédait Arras, la forte cité; il hérita plus tard de Bordeaux ; il laissa des enfants et des neveux maîtres de plusieurs grandes et fortes villes Mais, pour nous en tenir aux récits trop courts des chroniqueurs monastiques, nous voyons, en 863, Baudouin Bras-de-Fer livrer bataille à Charles-lc-Chauve et remporter une grande victoire sous les murs d’Arras. L'empereur, contraint de renoncer à son agression, remplaça par le titre de comte celui de forestier de Flandres, que Baudouin avait hérité de ses ancêtres. Arras devint la ville principale de la province, et c’est dans ses murs que mourut et fut enterré le comte Baudouin Bras-de-Fer, vers 879.
Peu de temps après sa mort apparaissent les Normands sous les murs de la ville redevenue puissante. Ils renversent les maisons, ils rasent l'église cathédrale, fondée par saint Vaast, et, pendant dix ans, la terreur qu'ils répandent et qu'ils entretiennent ne permet pas aux anciens habitants de songer à relever leurs décombres (890). Ils aiment mieux suivre dans Beauvais les châsses de leurs saints, trésor des monastères, garantie assurée des futurs pèlerinages. Enfin, les Normands sont adoptés par les Français. I.es provinces du Nord respirent.
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Arras sort de ses ruines, et les reliques de saint Vaast sont ramenées dans les nouvelles murailles. Les récits miraculeux ne manquèrent pas , on le devine, à cette translation triomphale : elle eut lieu le 15 juillet 893. Puis l'abbaye ayant acquis, en peu de temps, un renom mérité d'opulence, les seigneurs laïques s'en disputèrent la propriété. En 899, Charles-le-Simple, devenu maître de la ville, disposa des revenus de Saint- Vaast en faveur d'un certain Aumart, abbé de Saint-Médard de Solssons, lequel affecta dès lors le titre de comte (l'Arras. Dans les premières années du xr siècle, on voit les suzerains de la Flandre reconquérir le patronage de l'abbaye; puis de nouvelles agressions du roi l.othaire couronnées par la prise de la ville. Lothairc ne conserva pas longtemps sa proie , car le chef de la troisième race, Hugues, se vit contraint d'assiéger Arras à son tour, afin de punir le comte Arnould d'étre resté fidèle à la cause des Carlovïngiens. Hugues entra dans Arras, en 989; il y reçut la soumission du comte, et consentit à lui rendre les clefs de la ville. A partir de là , Arras , sous les auspices des comtes de Flandre , jouit d'un repos de plus d'un siècle. Pendant cette heureuse période, les fortifications grandissent, les maisons s’élèvent, les églises se construisent, les manufactures reprennent leur ancienne activité. On admire une ville puissante, fièro de ses maisons religieuses , de ses riches bourgeois , de sa noblesse populaire. C'est le temps des communes et de l'essor donné aux sentiments qui doivent animer toute association digne d'étre et de rester libre.
On raconte que, vers l’année 1015, la comtesse de Flandre, Ogine de Luxembourg, femme de Baudouin IV, étant devenue pour la première fois enceinte, à l’âge de cinquante ans, le comte craignit qu'on ne mit en doute sa grossesse. En conséquence , dès qu'elle ressentit les premières douleurs de l'enfantement, on dressa sur la grande place d’Arras une tente magnifique de cent pieds carrés, destinée à recevoir les grandes dames de la province. La comtesse Ogine, en leur présence, mit au monde un enfant mâle, qui succéda plus tard à son père sous le nom illustré de Baudouin de Lille. La mémoire de cet événement fut perpétuée par une pyramide en pierre de quarante-cinq pieds d'élévation; on l'avait dressée au point central de la tente. Mais, comme elle n'était pas faite dans les règles de l’art grec, on n’hésita pas à la démolir, en 1701, en renouvelant d'anciennes casernes.
La principale église d'Arras, construite après le passage des Normands, fut consumée par le feu du ciel vers ce temps-là. On en rétablit une autre, et sans doute elle était achevée, quand les citoyens, jaloux de la prééminence diocésaine de Cambrai, redemandèrent au pape Urbain II leur ancien évêché. Arras, en effet, représentait bien la métropole des Atrcbates : saint Vaast , l’apôtre des Belgiques, en avait consacré le siège, et si les dévastations des Barbares avaient été fatales à la vieille ville, la protection et le séjour des comtes de Flandre rendaient depuis longtemps à la nouvelle toutes scs prérogatives. Urbain II romprit la force de ces raisons : il fit préparer l'élection du nouveau pontife , et Lambert, un vertueux chantre de Lille, fut choisi par le peuple et sacré par le pape lui-méme, comme évêque d’Arras. Cet événement est de l'année 1093. Le diocèse resta soumis à la métropole de Reims jusqu'en 1560, qu’il en fut démembré pour être attribué au nouvel archevêché de Cambrai.
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Arras formait dès ce temps-là deux enceintes. La rite devait relever de l'évêque et du roi de France ; la ville appartenait à l'abbé de Saint- Vaast et au comte de Flandre, représentés, celui-ci par un châtelain, celui-là par un avoué. De ces Avoués descendait la noble famille de Bethune , illustrée par un preux chevalier, ingénieux poète, messire Qucsnes ou Conon de Bethune, cl par un grand ministre, le duc de Sully. Souvent il y avait entre l’abbé et le chapitre, entre l'avoué et le châtelain , des discussions fort animées , relativement aux limites véritables des deux autorités. Vers 1100, douze prudhommes furent nommés pour constater les droits respectifs, d'une façon authentique. En même temps, on sépara la ville et la ri/épar un fort et par un pont-levis, auquel on substitua plus tard une lourde porte. Mais, il faut le répéter, parce que les historiens modernes de l’Artois ne l’ont pas assez dit, sous la domination des premiers comtes de Flandre et sous celle des comtes d'Artois, la cité ne reconnaissait que le roi de France pour juge suprême de ses démêlés intestins, et l’on sent qu'un pareil droit, toujours incontesté, n'a pas été d'une faible importance dans tous les cas si nombreux de guerre avec les souverains du Hainaul, du Brabant, de l'Artois et de la Flandre.
C'est à peu près dans le temps qu'on formait ces enceintes que le fameux cierge qui brûlait sans se consumer fut apporté miraculeusement du ciel par la sainte Vierge, si toutefois on peut souscrire à la croyance de trente générations. La ville était désolée par une maladie pestilentielle connue sous le nom de mal des ardents. Lu jour, deux jongleurs, un de Brabant, l'autre de l’Artois, et tous deux ennemis déclarés, reçoivent en même temps une visite miraculeuse : la sainte Vierge leur ordonne de se rendre le lendemain dans l'église d'Arras, de s'y réconcilier l'un avec l’autre et de prévenir l'évêque que, la nuit suivante, ils lui apporteront un remède infaillible contre le mal des ardents. I.es deux jongleurs, après se l'être fait répéter, obéirent ; et la Vierge, de son cûté, fidèle à sa promesse , remit entre leurs mains un cierge dont il suffisait de répandre quelques gouttes brûlantes dans un vase d'eau pour obtenir la divine panacée. Autour de l’évêque étaient alors réunis plus de cent cinquante malades; tous recouvrèrent la santé, à l'exception d'un seul, qui persista à sc railler des jongleurs et du remède. Maintenant, que les jongleurs aient appartenu à la tribu fort nombreuse en tout temps des empiriques, ou qu’ils fussent doués, comme l'évêque et comme les malades, d'une foi simple et robuste , on ne peut guère en tout cas contester le fond de cette légende. Trente ans s’élaient passés à peine quand saint Bernard venait prier devant le cierge miraculeux ; en 1-200, on construisait sur la place du Petit-Marché une pyramide élégante et gracieuse destinée à conserver le don de la sainte Vierge; à la même époque, un ingénieux et célèbre trouvère, Jean Bodel, regrettait de quitter la ville sans avoir été prier au pied de la pyramide. Plus tard, Mahaut, comtesse d'Artois, consacrait une châsse, en forme de longue gaine d'argent, pour y enfermer la très-sainte candele; enfin, en 1421, on érigeait auprès de la pyramide une chapelle splendide qui , renversée en 1 640 , était rebâtie en 1616. Il y eut, du xn* à la fin du xviti» siècle, une Confrérie des Ardents, placée sous les auspices des jongleurs et ménestrels de la ville , et destinée à perpétuer la mémoire du fameux remède. Le mercredi veille de la Fête- Dieu, et les quatre jours suivants, à la nuit tombante, on allumait la sainte
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