‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 81 sur 128 · SAINT-OMER. .W · texte numérisé non relu

SAINT-OMER. .W

On construisit, sous sa direction, une enceinte <|ui s’étendit depuis le château d'Adroald jusqu'aux l'rsulines et à la croix de pierre élevée au haut de la rue Saint-ltertin, puis sc continua jusqu’à l'emplacement des fossés de la cité actuelle, du côté de la porte neuve de Boulogne. Bauduin It augmenta , en 902, les fortifications de Saint-Omer et enferma dans l’enceinte le monastère de Saint-Bertin.

Aux invasions des Normands succédèrent d’autres calamités. En 1014, sous le règne de Bauduin IV, les moines de Saint-Bertin étant tombés dans le relâchement, la colère de Dieu s'alluma, dit la chronique, et les plus horribles malheurs fondirent sur les coupables. Le feu consuma leur monastère, et, de là, s’étendant sur la ville, détruisit deux mille maisons. A peine le monastère sortait de ses ruines, que les religieux recommencèrent leur vie déréglée. La peste éclata à Saint-Omer et n’épargna point les religieux; ils reconnurent enfin leurs fautes, et la règle de Saint-Bertin n’eut pas plutôt repris toute sa sévérité que la peste s'éloigna des bords de l’Aa. Vers la fin de ce siècle, il se tint à Saint-Omer un concile dans lequel on fit des règlements sur la trêve de Dieu (1099). Les seigneurs de cette ville étaient, dès cette époque, riches et puissants. Depuis le commencement du xi* siècle, ils en possédaient la châtellenie. Après s'étre alliée aux Créqui, aux Cray, aux Lannoy, la famille des comtes de Saint-Omer s’éteignit, dans les premières années du xvu* siècle, en la personne de Jean IV de Saint-Omer, dont l’unique héritière avait épousé un Montmorency.

fendant le xr et le xn* siècles, Saint-Omer eut beaucoup à souffrir des troubles de la Flandre. En 1070, Philippe I*r, roi de France, appelé par Bichilde, veuve de Bauduin VI, entra dans cette ville à la faveur de la nuit, et y mit tout à feu et à sang. En 1126, après la mort de Charles-le-Bon , comte de Flandre, Arnould de Danemark s’empara de Saint-Omer; mais il fut bientôt expulsé par Guillaume Cliton, son heureux compétiteur. Le règne de ce dernier prince occupe une place importante dans les annales audomaroises. Guillaume Cliton, qui avait pris Saint-Omer en affection, y résida presque continuellement , et octroya aux habitants une charte communale (1127). A la vérité, une commune existait déjà à Saint-Omer, mais les privilèges de la ville étaient très-bornés; Guillaume Cliton les augmenta considérablement ; ainsi, par la charte de 1 127, le comte remettait aux échevins le jugement des différends qui pourraient survenir entre lui et la commune , en réservant seulement sa juridiction pour certains délits exceptionnels. L'évèque de Thérouanne était adjoint aux échevins, dans les affaires qui concernaient la religion ou la morale ; de ce nombre étaient les sévices exercés contre les ecclésiastiques, les incendies des églises, les attentats à la pudeur, etc. Les Audomnrois obtinrent, en outre, de Louis-le-Gros et des seigneurs les plus considérables du comté, le privilège de ne pouvoir être traduits hors de leur commune pour cause de guerre.

En 1137, saint Bernard étant venu prêcher la croisade à Saint-Omer, Thierry d’Alsace partit pour la Terre -Sainte. A son retour il fit bâtir la maison commune, et mit cet édifice, nommé d’abord Oildhalle, à la disposition des marchands de la ville, pour qu’ils y exerçassent leur commerce. Quelque temps après, le feu prit encore à l'abbaye de Saint-Bertin; il gagna la ville et en détruisit plus de la moitié. Les églises de Saint-Martin , de Saint-Denis et de Saint-

34ft ■ ARTOIS.

Jean furent brûlées (1152) : on regarda ret aceident comme un effet de la colère divine qui punissait les religieux de Saint-Berlin du peu de lèle qu'ils apportaient it ]'ol»scrvation de la discipline. Le voisinage des moines, comme on le voit, ne porta pas toujours bonheur à la ville. En 1165, pendant les grandes querelles épiscopales qui agitaient l'Angleterre , Thomas Beckct , le fameux archevêque de Cantorbcry, vint chercher un refuge à Saint-Omer. Thierry d'Alsace parvint à Taire lever l’arrêt de proscription rendu contre ce prélat , et obtint du roi Henri qu'il fût remis en possession de son archevêché.

Saint-Omer fut une des villes de l'Artois qui constituèrent la dot d'Isabelle de Hninaut lors de son mariage avec Philippe de France, depuis Philippe-Auguste ; mais, après la mort de Philippe d'Alsace, oncle d’Isabelle, le comte de Flandre ne voulut pas reconnaître les droits de son mari , et lui enleva Saint-Omer. I.e traité conclu à Péronne, en 1192, donna gain de cause au comte de Flandre. Philippe-Auguste n'en saisit pas moins la première occasion pour rentrer à Saint- Omer; toutefois, il n'en demeura paisible possesseur qu'après la bataille de Bouvines (1214).

Au commencement du xiii* siècle, il survint entre l'abbaye de Saint-Berlin et la commune de Saint-Omer des contestations qui nous révèlent une particularité assez, curieuse : c’est qu'au xiii* siècle, cette ville recevait encore les eaux de la mer. Il s'agissait, en effet, d’un canal ayant flux et reflux, par lequel y arrivaient les vaisseaux de l'Océan. L’origine de cette voie d'eau remontait à 1114, époque à laquelle le comte Bauduin VII avait fait commencer les travaux de la canalisation de l'Aa. La rivière, qui ne portait auparavant que de petits batelets, avait été rendue navigable depuis Saint-Omer jusqu'il la mer. Or, les moines de Saint- Bertin revendiquaient la jouissance du canal et voulaient nonobstant en laisser tous les frais d’entretien à la charge de la commune. Le comte concilia les deux parties, en ordonnant que les bénéfices aussi bien que les frais résultant de l'exploitation de la rivière canalisée fussent mis en commun.

Les bourgeois de Saint-Omer, avant la (In de ce même siècle, virent encore augmenter le nombre de leurs immunités. En 1271 , le comte Robert les autorisa à lever un impét sur les marchandises à leur entrée dans la ville. C’est le premier exemple d'un octroi établi dans la province d'Artois. Saint-Omer possédait, en outre, un privilège singulier et probablement d'origine germanique. Lorsqu’un homme coupable de meurtre réussissait, pendant un an, à se soustraire à la justice et concluait, dans l’intervalle, un arrangement avec les parents du défunt, il était admis à faire amende honorable auprès des magistrats, et son crime lui était remis. La cérémonie de l'amende honorable avait conservé le nom teutonique de zoening; elle était remarquable par sa bizarrerie. Au jour indiqué, le coupable se rendait, avec ses amis, dans une église. Pour tout vêtement, il portait une couverture qui lui ceignait les reins. Dans la main droite, il tenait une épée nue, la pointe tournée en bas, avec des ciseaux attachés è la poignée; dans la main gauche, il avait une verge. Il adressait d’abord son humble confession aux magistrats assemblés, puis il leur présentait successivement les ciseaux, la verge et l'épée : les ciseaux pour être rasé comme un fol, perclus de raison, ou un homme, furieux ; la verge pour être battu comme un enfant encore débile de sens et d'âge ;

SAINT-OMElt. 319

enfin l'épée pour recevoir In punition due à sa méchante action. Il se recommandait néanmoins à la miséricorde des magistrats et se mettait à leur dévotion. On le condamnait à une amende proportionnée à ses moyens, et la cérémonie se terminait par une messe. Cette coutume judiciaire a subsisté, pendant plusieurs siècles , à Saint-Omer.

En 1302, après la bataille de Courtray, les Flamands vinrent mettre le siège devant Saint-Omer. Philippc-le-Bel avait eu le temps d’y jeter un corps de troupes. Une bataille se donna, le jeudi-saint de l'an 1303, en avant de la ville. Les Flamands Turent complètement défaits; ils laissèrent une douzaine de mille hommes sur le carreau. Quelque temps après , ils attaquèrent de nouveau Saint-Omer, et battirent d'abord l’armée française, qui était venue à leur rencontre sous le commandement du connétable Gauthier de Chàtillon. Le tocsin ayant sonné l’alarme, les bourgeois de la ville se réunirent aux Français et marchèrent à l'ennemi. Vivement uttaqués , U» Flamands battirent en retraite et perdirent un grand nombre des leurs au pont d’Arques, qu’ils regagnaient en désordre. L’année suivante, ils revinrent encore à la charge. Dans l’intervalle, la garnison de Saint-Omer avait reçu un renfort de troilpes lombardes à la solde du roi de France : elle s»; trouvait portée à trente mille hommes , dont cinq mille cavaliers. Les Flamands s'emparèrent des faubourgs et donnèrent un assaut à la place ; mais toutes leurs tentatives demeurèrent sans résultat Au bout de quelques jours, les assiégés les défirent complètement dans une sortie nocturne. Les Français incendièrent les faubourgs, pour empêcher l’ennemi de reprendre ses positions.

Il y eut, quelques années plus tard, dans Saint-Omer, une grande sédition populaire ( 1306). Les habitants brisèrent les portes, abattirent les tours et renversèrent les murailles du château ; ils maltraitèrent même la noblesse. La cause de celte révolte était une augmentation de droits sur la cervoise. La comtesse d’Artois, Maliaut, entrant dans la ville avec une armée, contraignit les habitants de rétablir ce qu'ils avaient ruiné, et leur imposa une amende de cent mille écus parisis.

Saint-Omer joua un rrtle important dans les longues guerres qui eurent lieu , pendant le xiv* et le xv* siècles, entre la France et l'Angleterre. En 1339, Édouard III, ayant inutilement sommé les magislats de cette ville de le reconnaître comme leur légitime souverain, vint l'assiéger avec une armée composée d’Anglais et de Flamands. lais Audomarois, secourus par le duc de Bourgogne, obligèrent les assiégeants à se retirer, après leur avoir tué quutre mille hommes. Lorsque Calais eut été pris , les habitants de cette malheureuse ville se réfugièrent à Saint-Omer. L’abbaye de Saint-Berlin , qui possédait un grand nombre de métiers à tisser le drap, employa dans ses ateliers une partie de cette population, privée de toute ressource et de tout asile. A quelque temps de là, une nouvelle tentative des Anglais contre la place fut encore repoussée. Aimery de Fa vie, qui les commandait, étant tombé entre les mains du gouverneur, Geoffroy de Charny, fut écartelé sur la grand’ place de Saint-Omer. A la bataille de Poitiers (1356), ce fut un Audomarois, nommé Denis de Morbceque, qui fit prisonnier le roi Jean : ce Denis de Morbecque s’était mis au service de l’Angleterre ,

ARTOIS

après avoir été banni de son pays pour divers méfaits. Les habitants de Saint- Omer, en revanche, contribuèrent généreusement à la rançon du roi.

En 1396, le roi Charles VI, accompagné de quatre rents chevaliers, passa à Saint-Omer, se rendant à Ardres, où l'attendait le roi d'Angleterre, Richard II , à qui il avait accordé la main de sa Tille Isabelle. Vers 1106, et è un intervalle de quelques années , les Anglais vinrent deux fois piller les faubourgs du Haut-Pont et de Lyiel. En 1117, des lettres patentes de Charles VI autorisèrent les notables commerçants de Saint-Omer à établir un bureau de banque dans leur ville (8 mars 1418) . le roi alloua des provisions au changeur. Sous l’hilippc-le-Bon , Charles d'Orléans, après sa longue captivité en Angleterre, vint se marier, à Saint-Omer, avec mademoiselle de Clèves, nièce du duc. de Bourgogne. Enfin, au mois d’avril 1461, Philippc-lc-Bon tint à Saint-Omer le dixième chapitre de la Toison-d'Or. Cette solennité fut très-brillante : le duc Charles d'Orléans y députa son grand-chancelier, et le roi d’Aragon son premier ministre.

Six ans après, le 16 août, une sédition terrible éclatait à Saint-Omer, occasionnée par un impôt que le duc de Bourgogne avait établi sur la cervoise consommée dans la ville et les faubourgs : elle fut comme une reproduction de l'insurrection de 1306. Le peuple se souleva et s'empara des clefs des faubourgs de Haut-Pont et de Lyzel. Quoique les révoltés eussent déposé les armes le 29 août, le duc de Bourgogne condamna la ville à payer une forte amende et fit trancher la tète aux deux principaux chefs de la révolte, Jacques Talmarkère et Jean-le-Pannetier.

Après la mort de Charlcs-le-Téméraire (1477), Louis XI envahit l’Artois. Une partie de son armée, sous la conduite de Philippe de Crevecœur, seigneur d'Esquerdes, investit Saint-Omer. Philippe, fils d'Antoine, comte de Bourgogne, y commandait. Louis XI le menaça de faire égorger son père, qui était tombé au pouvoir des Français à la bataille de Nancy, s'il ne rendait la place. Le comte de Bourgogne fit répondre au roi qu’il le croyait incapable d’une pareille atrocité, mais qu'il était bien décidé, quoi qu'il arrivé!, à ne consulter que son devoir, sûr d’Otre approuvé par son père lui-méme. ('.elle fermeté héroïque déconcerta le rusé monarque ; loin de réaliser sa menace, il donna de grands éloges à la stoïque abnégation du jeune commandant. Le siège fut levé. Dix ans plus tard, les Français furent plus heureux duns leurs tentatives contre Saint-Omer. Le maréchal d Esquerdes, dont les forces étaient insuffisantes pour entamer un siège régulier, se rendit maître de la place au moyen d’une surprise. Profitant d’une nuit obscure, huit cents fantassins y pénétrèrent par un aqueduc. Les habitants s’éveillèrent en sursaut aux cris de : VU le gagnée! F ive la /•'rance! que faisaient entendre les vainqueurs rangés en liataille sur la grand' place. Quelques bourgeois essayèrent vainement de se défendre. Parmi ceux-ci, on cite Dufresnoi et Robert de Mineville, qui se précipitèrent dans les fossés plutôt que de se rendre. Maître de la ville, d’Esquerdcs se hâta de réparer les fortifications.

Cependant Saint-Omer ne devait pas demeurer longtemps au pouvoir des Français : leurs exactions et leurs galanteries les avaient rendus odieux aux habitants. Le 1 1 février 1489, vers quatre heures du matin, les remparts furent escaladés par un corps de troupes allemandes et bourguignonrs, d’intelligence avec

SAINT-OMEK.

quatre bourgeois de la ville et le sire de Conquebonne, qui tenait les clefs du quartier situé entre la porte Boulenisienne et une tour construite par le seigneur de Bèvre. La garnison, avertie, courut aux armes; mais, après une lutte acharnée, elle fut contrainte de se retirer dans le château. Trois jours après, le maréchal d'Esquerdes arriva devant Saint-Omer avec quatre mille fantassins et deux mille cavaliers; mais il était trop tard : les Bourguignons repoussèrent toutes ses attaques; les Anglais de Calais et de Guines s'empressèrent aussi de leur fournir des secours. Proliant alors l'offensive, ils pressèrent vivement le siège du château; d’Esquerdes, désespérant de le conserver, le lit évacuer |>endanl la nuit.

Le 31 juillet 1559, la ville de Saint-Omer reçut la visite de l'empereur Charles- Quilit et de son fils Philippe, que les états de la province avaient proclamé comte héréditaire d'Artois. Pendant les longues guerres de François 1" et de Henri II contre ces deux princes, Saint-Omer ne fut point sérieusement attaqué par les Français ; la paix de Cateau-Cambrésis (1558) lui procura toutefois de trèsgiands avantages. Thérouanno avait été complètement rasée par les troupes de C.harles-Ouint ; le roi de France et le roi d'Espagne s'en partagèrent le territoire. Ce partage nécessita l'érection d’un évêché à Saint-Omer (1560). Guillaume de Poitiers, prédicateur distingué, qui avait joué un râle à l'époque de la seconde convocation du concile de Trente, fut le premier évêque nommé par Philippe II au siège de Saint-Omer; ce prélat étant mort avant d'avoir été sacré, Gérard d’ilamcricourt, abbé de Saint-Bertin, lui succéda en 1562.

Pendant les troubles des Pays-Bas, sous Philippe 11, Saint-Omer se trouva fréquemment en proie â des dissensions intestines. Néanmoins les Audomarois demeurèrent constamment attachés à la domination espagnole, et leur fidélité nu culte catholique alla même jusqu'à l'intolérance. Dans une assemblée, tenue le 7 octobre 1577, les bourgeois protestèrent contre la liberté de conscience, que plusieurs provinces voisines avaient admise, et ils jurèrent de ne jamais la reconnaître. Dans la même année , deux partis se formèrent à Saint-Omer : l’un qui reconnaissait le pouvoir de Don Juan d'Autriche et se nommait la faction des Joannisiet, l'autre qui tenait pour le prince d'Orange et portait le nom de son chef Sinoguet. Les Sinoguets, recrutés principalement parmi le peuple, eurent d’abord l’avantage, mais les bourgeois notables, soutenus par le gouverneur de la ville, rappelèrent les magistrats municipaux qui avaient été exilés à Arras, et les principaux Sinoguets se virent obligés, à leur tour, de quitter Saint-Omer. Les Audomarois montrèrent beaucoup d'empressement à adhérer au traité de Mons (12 septembre 1579) conclu entre les députés des provinces wallonnes et Alexandre Farnése. En 1595, le duc de Longueville, gouverneur de la Picardie, tenta inutilement de surprendre Saint-Omer; quelque temps après, le cardinal Albert, successeur d'Alexandre Farnése, y passa (Savril 15961 en allant assiéger Ardres. Les Audomarois lui fournirent des vivres, des munitions de guerre et des pionniers, pendant toute la durée du siège.

Saint-Omer ressentit le contre-coup des guerres de Louis XIII contre l'Espagne. L'année même où la paix fut rompue, une maladie pestilentielle enleva quinze mille personnes dans la ville et la banlieue 1 1635). Trois ans après, le 25 mai 1638, vingt-cinq mille hommes, commandés par le maréchal de Ghâtillon ,

ARTOIS

vinrent assiéger Saint-Omer. Le siège dura deux mois, pendant lesquels les Français s'emparèrent de tous les points fortifiés dans les environs; mais, au commencement de juillet, les Espagnols, sous les ordres du prince; Thomas et de Piceolomini , vinrent au secours de la place et reprirent la plupart des positions occupées par les assiégeants. Le maréchal de Chètitton fut obligé de lever le siège, le 16 juillet. Parmi les hommes qui rendirent le plus de services aux Audomamis, on cite le frère Ange de Jésus, carme déchaussé, qui dirigea presque constamment la défense et déploya toutes les qualités d'un savant ingénieur et d’un vaillant homme de guerre. En 1677, Louis XIV fit mettre le siège devant la place. Monsieur, frère du roi, arriva devant Saint-Omer, le i mars et en pressa l'attaque. Les fortilications étaient en très-mauvais état la cour d'Espagne abandonna aux officiers municipaux tous les soins de la défense; ils furent obligés de contracter des emprunts onéreux et de loger un grand nombre de gens de guerre chez les habitants. Le 5 mars, les assiégés s’emparèrent du chdteau d' Arques, et, quelques jours après, du fort aux Vaches. Cependant le prince d’Ornnge ayant rassemblé une armée de trente mille hommes. Espagnols et Hollandais, pour secourir in ville, le duc d'Orléans se porta à sa rencontre avec la plus grande partie de ses forces. Les deux armées se trouvèrent en présence et se livrèrent, le 10 août, au pied du .Mont-Cassel, une bataille très-meurtrière. On évalua leurs pertes respectives h quatre ou cinq mille hommes. La victoire, vivement disputée , se fixa à la lin du côté des Français, et le prince d'Orange reprit le chemin de la Hollande. Cette affaire décida du sort de Saint-Omer, qui se rendit le 2-2 avril. I.e prince de Robecq , commandant de la place , obtint une capitulation honorable. Dix jours plus tard, les Audomarois reçurent la visite de Louis XIV. Les commencements de la domination française furent , au reste , marqués par d’importantes améliorations. L'ancien canal, qui conduisait à Calais, fut abandonné; on en creusa un nouveau, et l'on acheva les casernes d'infanterie et de cavalerie, commencées en 1675, au moyen d'un impèt volontaire.

Pendant la guerre de la succession d'Espagne, Saint-Omer ne fut attaqué ni pâlie prince Eugène, ni par le duc de Marlborough. L'ennemi, cependant, après la prise de Béthune sachant que lu ville manquait de vivres, manifesta l'intention de l’assiéger. Jeanne Robins, native de Saint-Omer, réussit par un stratagème à ravitailler la place, au moyen des barques de Dunkerque dont elle avait l'entreprise, et les alliés renoncèrent à leur projet (1710). A peu près vers la même époque, la garnison de Saint-Omer s'étant mise en révolte ouverte contre ses chefs et les magistrats, parce que l’épuisement du trésor retardait le paiement de sa solde, le digne archevêque de Cambrai, Fenélon, vendit scs meubles, puisa dans la bourse de ses amis, et envoya au gouverneur une somme suffisante pour apaiser les exigences des sous-officiers et des soldats.

Le 19 novembre 1770 la grand’ place de Saint-Omer fut le théâtre de l'exécution du malheureux Montbailly, victime d’une déplorable erreur judiciaire. On connaît tous les détails de ce procès, qui ont été popularisés par Voltaire. Montbailly, accusé du meurtre de sa mère, eut le poing coupé et périt sur la roue dans d'affreux tourmeuU. L’exécution de sa femme, que les juges avaient enveloppée dans la même sentence, fut ajournée pur cause de grossesse. Dans l’intervalle, un

Page 1