‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 87 sur 128 · BÉTHUNE · texte numérisé non relu

BÉTHUNE

Quelques savants font dériver le nom de Béthune de Bei Thv neit, mots teutons qui signifient un lieu bordé ou entouré de vergers et de forêts ; mais , en admettant que cette étymologie soit exacte, il est peu de villes auxquelles, au

I. Mulbnncq , De Morinis et 3Iorinorum rebus. — Histoire ehronographique des comté, ville et pays de Saint-Paul-en-Ternois , |«r Ferry il»* Locre. — Comitum Tervanensium se a Ternensium , a primo ad postremum annotes historici, rtc., collorloiv H. P. Thoina Tur|>in, Pauliiiatc. — Le vieil et le nouvel Hesdin, par Monilelol. — Almanach historique et géographique d'Artois, aunée 17 U et suivantes. — Annuaire d<i Pas-de-Calais , amn l*s INOR ol IRM. — h* Pmi s Artésien. — Archives de la Picardie et de l'Artois , par Roger.

ARTOIS

moyen Age, ou if mirait pu on faire l'application avec autant de vérité. Quoi qu’il en soit, les Flamands en formèrent la dénomination liethunen, et on écrivit, dans les chartes latines, liilhunia, llilhunu, lielhonn, Bclhonia. Dès le milieu du x* siècle, il y avait, sinon une ville, du moins un lief, du nom de Béthune : en l’année 910, nous voyons Herman, possesseur de ce fief, fonder l’église de Saint- W'ast, à l'ombre de laquelle se formera plus tard le faubourg de Caterive, et que Cliarlcs-Quint fit reconstruire , en 1533, dans l'intérieur de la ville. Vers 970, un chAteau-fort protégeait les habitants de Béthune; Robert l", dit l'aisseux, qui était seigneur de ce domaine, y établit un collège de chanoines en 999, et Robert 11 y acheva , en 1037, l'église de Saint-Barthélemy.

A peine Béthune venait de s'élever au rang des villes de l'Artois, qu'elle fut entièrement détruite par les flammes (1137). I n autre incendie ravagea ses mure en 1176. Cependant elle dut être presque aussitôt rebAtie, puisqu'on 1197 elle soutint un siège contre les Français, et les repoussa vigoureusement. I.a plus ancienne charte de Béthune porte la date du 10 octobre 1210; elle est de (îuillaume il, dit le Roux , et confirme les droits et les privilèges des rebecins el bourgeois. l'iic autre charte de Daniel, lils de Guillaume, règle la juridiction de l'échevinage (1222); celle d'Eudes, duc de Bourgogne et mari de Jeanne de France, eu détrrmina la composition ( 133V) f.e corps municipal était formé de dis érlievins, d’un prévôt, de deux miyeurs, d’un procureur-syndic, d'un grellicr et d'un argentier. Les éehevins étaient élus chaque année par les bourgeois, comme le prévôt , les majeure et le procureur-syndic ; mais lorsque celte magistrature se renouvelait par muitié à des époques déterminées, les cinq membres restants en élisaient cinq nouveaux : le greffier et l’argentier étaient aussi au choix des éeliev ins l.es habitants de Béthune avaient eu soin de fuire stipuler, dans la charte de 133V : « que la confiscation des biens d'un condamné ne préjudicierait point aux droits de ses héritiers, bourgeois de la ville. » D’autres privilèges leur furent accordés par Philippe de Valois, en I3V6; une charte de ce prince porte que la ville « ne pourra être imposée ni pour fait de guerre ni autrement. »

l.es seigneurs de Béthune avaient grands pooirs, et s'intitulaient, comme les rois de France, par In grâce de Dieu. Ils Ivattaient monnaie à leur effigie. Le titre d 'avoués <lc sniiil li as/ d' Arras, lequel était héréditaire dans leur Camille, témoignait d’ailleurs assez de leur puissance. Les descendants de Robert 1" conservèrent la seigneurie de Béthune jusqu'à Robert VII 1 12V8) Elle passa ensuite par alliance sous la domination de Guy de Dampierre, comte de Flandre; sous celle de Philippe-le-liardi, duc de Bourgogne; el sous celle de Maximilien d'Autriche, qui tous les transmirent à leurs héritiers. Quelques rois de France par conquête, les comtes de Namur par acquisition, et le comte de Charolais par investissement, fuient aussi intermédiairement seigneurs de Béthune. La guerre devait, en définitive, donner cette ville à Louis XIV.

Béthune était une des places fortes les plus importantes de l’Artois. Comme son chAteau, selon une ancienne chronique, était beilis cl ciuslate drjiciens, Daniel, seigneur du fief, l'avait fait reconstruire en 1216. Par les soins de Robert VII, en 1230, on entoura la ville de fossés et de murailles flanqués de sept grosses tours. L'une de ces dernier» 8 resta debout jusqu'au temps ou la main de Vauban la lit

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crouler, et le château dominait encore la place au commencement du x yni* siècle. Ainsi préparée pour la lutte, Béthune ne tarda pas à voir l'ennemi se présenter sous ses murs. Charles de Valois, en 1299, la força à lui ouvrir ses portes; Philippe-le- Bel, trois ans plus tard, y mit une garnison. I-es Flamands, pendant trois semaines, l'assiégèrent en 1347 , sans pouvoir la réduire. Depuis le commencement de ce siècle, les environs de Béthune avaient été constamment exposés aux ravages des Turlupins, espèce d'aventuriers, des Flamands, ou des troupes du roi de France. Ce fut aussi dans ces plaines qu'à la journée des fromages le maréchal d’Esquerdes défit le corps d’armée à l’aide duquel Philippe de ('.lèves espérait se rendre maître de la place (1487). Parle traité d'Arras, Louis XII rendit la seigneurie de Béthune a Maximilien d'Autriche, qui la laissa nux princes de sa maison. En 1645, cette ville, après six jours de siège, se rendit à Gaston, duc d'Orléans. I.es Espagnols, dans l'espoir de la ressaisir, y introduisirent sans succès, l'année suivante, une centaine d'hommes déguisés en femmes. Louis XI V fit élever plusieurs ouvrages par Vauban pour couvrir le corps de la place, qui, grâce à ces fortifications, put opposer une longue résistance au prince Eugène lorsqu’il l’assiégea avec une armée hollandaise, en 1710 : le siège se prolongea du 15 juillet au 29 août, et la garnison obtint une capitulation honorable. Enfinletraitéd’Utrerht, en 1713, rendit Bétbuneà la France.

Charles-Quint avait porté une première atteinte aux franchises communales en se réservant la nomination des échcvins ( 1541 ) ; Louis XIV la délégua à un commissaire royal. Dès lors ces magistrats, sous l’administration desquels Béthune s'était élevée à une haute prospérité industrielle, n'exercèrent plus qu’une autorité nominale. Depuis les incendies du xir siècle la ville, brûlée deux fois ( 1447- 1547), avait complètement changé d'aspect. La peste l'avait, en outre, cruellement ravagée, en 1188 et 1558; et c’est à la première apparition de ce fléau que la tradition rapporte l’origine de \h confrérie des charitables. Béthune avait autrefois des fabriques de draps et de soie, et ses fromages jouissaient d'une grande réputation, puisqu'au xv* siècle la victoire remportée par le maréchal d’Esquerdes fut appelée la journée dés fromages , par allusion à l'un des produits les plus importants de la ville. Ses industrieux habitants ont aujourd’hui des raffineries de sel et de sucre, des distilleries, des fabriques de draps, d’huile, de savon, et font le commerce des grains, vins , et eaux-de-vie. Béthune, de chcf-Heu de bailliage qu’elle était avant la révolution , est devenue le siège d'un arrondissement qui renferme 134,282 habitants, parmi lesquels nous comprenons la population de la ville, composée d'environ 7,000 âmes. La halle échevinale, reconstruite plusieurs fois, notamment en 1137 et 1447, lui sert encore d'hôtel de ville. Les anciennes églises et les communautés religieuses ont disparu ; il ne reste que Saint-Waast. Le collège des jésuites a fait place à un collège communal. C’est dans cette ville que naquit, en 1298, Uuridan, le fameux recteur de l’université de Paris, et Arerlan, auteur de la Diablerie, en rimes et en personnages, publiée en 1508. 1

I. Mulhramj , De Morinis et Morinorum rebus. — Htnmeberl, Histoire d’Artois. — Roger, Archives de la Picardie et de l’Artois. — I.e<|iiicii , Notice sur Üéthuue.

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