‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 89 sur 128 · MAMERS. - BEAUMONT-SUR-SARTHE · texte numérisé non relu

MAMERS. - BEAUMONT-SUR-SARTHE

Il» temple consacré au dieu Mars donna son nom à Mamers , appelé dans les anciennes chartes Mamercitr , Marnent, Mamcrtum , Mon l'anum et t'anum Mamerlit. Au vip siècle, les habitants, déjà convertis par saint Rigomer, détruisirent les autels du dieu païen , à l'instigation de Lonégisile , ermite saxon , qui se lïxa à l'endroit où l'on a bâti le bourg de Saint-Lnngis.

I.e Sonnois (Saonnois , l'ai/us Sagnnentit) , dont dépendait Mamers, formait, sous la seconde race, une viguerie subordonnée au comté du Maine. Il avait été peuplé par les Saxons qui , chassés d'Angers vers In tin du v* siècle , construisirent, au milieu des bois, la forteresse de Saosne. l'ne charte de Louis-le-I>ébonnaire qualilie Banzlèghe, comte du Mans , de cornes et Saxiœ palriarmarehio. tes seigneurs du Saonnois abandonnèrent leur capitale primitive pour le bourg de Saint-Kemi-du-Pluiu , et plus tard , pour la ville de Mamers. Hobert Talvas 11 , de Montgommery, comte d’Alençon, baron de Saonnois, éleva à Mamers, en 1098, les Torts de Hupery, de l ouai t , du Manoir, de Cinq-Ans , et du Châtelet- l'errein , ainsi qu'un vaste cliAteau, dont on a récemment détruit les ruines en élargissant la rue du Fort. Comme l'écrivait l'évêque Odon à son neveu Hobert de Normandie, la famille Talvas voulait se rendre invincible; en effet, Guillaume Talvas III, retiré au château de Mamers, y brava Henri II , roi d'Angleterre et duc de Normandie; Robert de Ureux, frère de Louis -le -Jeune, tenta vainement de surprendre Mamers pour punir le baron du Saonnois d’avoir servi la cause de Geoffroi-le-Bel, comte d'Anjou et du Maine. Un peu plus tard, les troupes royales, à la faveur de la nuit , s'avancèrent jusque sous les murailles; mais une femme, nommée Bussi, entendit du bruit, se leva, et lança au hasard une pierre qui tua un capitaine enuemi ; puis elle alla sonner la cloche d'alarme, et réveilla les défenseurs du château ( 1134-1 149). Cet événement fut rappelé jusqu’en 1790, par une procession solennelle , le 25 avril de chaque année.

Les Anglais, en 1359, s'emparèrent de Mamers, qu’ils restituèrent l’année suivante, en vertu du traité de Brétigny. les habitants se soumirent, en U06, au connétable de Saint-Pol , combattant pour la faction des Bourguignons contre celle des Armagnacs , que soutenait Jean I", comte d'Alençon, baron du Saomiois. Les Anglais ayant envahi le Maine, Henri 11 assiégea Mamers, dont le comte de Salisbury lit raser les fortifications (U 17-1 428). Par acte du 20 mars 1477, François de Laval et Catherine d'Alençon , héritiers de la baronnie du Saonnois, donnèrent à perpétuité le château de Mamers à Théodore Vie! , châtelain de Saosne, et à Catherine Boulard, sa femme, à la charge d'entretenir les prisons, et d’y garder les prisonniers qui y seraient mis par les officiels de la justice ba-

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ronniale. Au mois de septembre 1543, Françoise d'Alençon, mariée à Charles de Bourbon, duc de Vendôme, obtint l'érection de la vicomté de Beaumont, du Saonnois , etc. , en duché-pairie.

Le prédicateur Merlin, venu de La Rochelle au Mans, introduisit la religion réformée à Mamers ( 1500 ) ; mais il y fit peu de prosélytes , et les assemblées des protestants furent à plusieurs reprises dispersées par la violence. En 1500, Lansac , capitaine ligueur, après une inutile tentative pour prendre le Mans, se réfugia dans le château de Mamers avec quatre compagnies d'infanterie. 11 y fut attaqué le 30 mars , à trois heures de l’après midi , par des gentilshommes alençonnais, que dirigeaient le baron d’Hcrtré, Pierre de Fontenay, et le sieur de la Resnière; les quatre compagnies mirent lias les armes, après une action meurtrière , pendant laquelle une partie de la ville fut livrée aux fiammes. Henri IV, petit— lits de Françoise d’Alènçon, en réunissant le duché de Beaumont à la couronne, créa à Mamers un bailliage royal, qui relevait du siège présidial de La Flèche, et embrassait dans son ressort soixante-neuf paroisses. On établit à Mamers, en 1634, une maîtrise des eaux-et-foréts , et, en 1670, un grenier à sel. 1,'administrntion municipale se composait d'un maire, d'un lieutenant du maire, de deux échevins, de deux conseillers, un procu-eur du roi, un receveur, un contrôleur et un greflier. Ces officiers étaient renouvelés pnr élection triennale, et leurs charges, achetées par la ville, étaient possédées en litre d’offices.

En 1790, Mamers devint chef-lieu de district. Depuis 1800, c'est le siège de l'un des arrond ssements du département de la Sarthe. I n décret du 6 octobre 180!) y a institué un tribunal de commerce, auquel est venu s'adjoindre, comme complément, un conseil de prud'hommes (décret du 4 mai 181-2, et ordonnance du 27 mai 1820). U population de la ville est de 5,679 habitants, celle de l'arrondissement de 131,804. Mamers est triste, peu étendu , dépourvu d'intérêt archéologique, mais vivifié par des fabriques de toiles, de calicots, de boutons de nacre, de cotonnades et de bonneteries. La plupart des nombreux bestiaux qu’on engraisse aux environs , viennent du Poitou et sout destinés à la consommation de Paris. Des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, autorisées en 1634 pnr l'évèque diocésain, avaient bâti à Mamers un vaste couvent, où sont installés aujourd’hui les tribunaux, la sous-préfecture. In mairie, le collège, la bibliothèque, la prison et la caserne de gendarmerie : c'est le principal monument de la ville. Les halles, construites de 1817 à 1821 , sont spacieuses, commodes, mais sans élégance et sans style. Les églises de Notre-Dame et de Saint-Nicolas ne peuvent être regardées que comme des chapelles. Jean-Baptiste l.eperdrix , prêtre lazariste, et Louis Triger, contrôleur du grenier à sel, furent les fondateurs du collège de Mamers, par donation du 2 septembre 1733; la maison que cette institution occupait, cédée en 1824 aux frères de la Doctrine chrétienne, a reçu depuis 1830 l’école communale d'enseignement mutuel. Le collège actuel compte de nombreux élèves et de savants professeurs. Mamers possède, en outre, un hospice, dont l'origine remonte aux premiers barons du Saonnois. Cette ville a donné le joui- a l’abbé Yvon , auteur de plusieurs articles remarquables dans la grande Encyclopédie méthodique et d’un livre intitulé : La liliale de Conscience.

La capitale du durhé dans lequel était enclavé le Saonnois , Beaumont-surlll. 51

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Sarthe on Le -Vicomte , n'est plus qu'un chef-lieu de canton de .l'arrondissement de Mamers : on y compte encore cependant près de 2,500 habitants. Cette ville eut pour premier seigneur Raoul, vicomte du Mans, mort vers 10G1 , dont les successeurs soutinrent des guerres sanglantes contre Guillaume-le-Conquérant. Beaumont fut pris et repris cinq fois, de 1070 à 1084 ; enfin le vicomte Hubert , dont le chroniqueur Orderic Vital a fait un pompeux éloge, força son puissant adversaire à lui accorder un accommodement. Dans le xr siècle, Beaumont était le siège d'un doyenné; il y existait trois églises, Notre-Dame, Saint-André elSaint- Aubin-des-Vignes, dont l'évôque du Mans, llildebert, confirma la possession au monastère de Marmoutiers. Mais la ville devait surtout son importance à sa position militaire, car elle couvrait le Mans du côté de la Normandie : aussi fut-elle' maintes fois assiégée. GeolTroi d'Anjou la brûla en y poursuivant son gendre , le vicomte Rosselin (1135); elle fut prise, en 1 189, par Philippe-Auguste; en 1412, par Artus, comte de Richemonl, qui marchait au secours des Armagnacs; en 1417 et 1433, par les Anglais.

Le 11 juillet 1502, les calvinistes ayant évacué le Mans arrivèrent devant Beaumont, conduits par Lamothe-Tibergeau. « Ils rompirent les portes à coups d'artillerie, entrèrent le tambourin sonnant , enseignes déployées , tuèrent huit personnes , blessèrent et outragèrent grand nombre d’autres, brûlèrent l'église, fondirent les cloches, mirent le feu aux halles et à quelques maisons, pillèrent et cnqiortèrcnt les biens des catholiques. » Après la prise du Mans, en 1589, Beaumont se soumit 5 Henri IV. Nous avons dit plus haut que ce prince avait réuni au domaine de l'État le duché-pairie de Reaumont. Agnès , sœur et héritière de Richard II, vicomte de Beaumont, avait, en 1253, apporté cette terre en dot à Louis de Brienne, fils de Jean, roi de Jérusalem et empereur de Constantinople. Marie de Brienne transmit le vicomté à son mari, Guillaume Chamaillard, dont la fille unique épousa, le 20 octobre 1371, Pierre II, comte d'Alençon, du Perche et du Porhoët. Leur arrière-petite-fille, Françoise, obtint de François I", non-seulement que la terre de Beaumont serait érigée en duchépairie, mais encore « que cette pairie serait transmissible à ses héritiers, tant hommes que femmes , quoique jadis les duchés et comtés de ce royaume fussent affectés aux masles seulement qui portaient les armes. » Henri IV, devenu roi, publia des lettres -patentes, les 13 avril 1590 et 31 décembre 1590, pour se réserver le duché de Beaumont; mais le parlement refusa de les enregistrer, en alléguant « que tout domaine particulier d’un prince qui parvient à la royauté est de plein droit réuni à la couronne. » Le roi céda, et rendit un édit dans ce sens, au mois de juillet 1007. Sous le règne de Louis XIV, le 25 mai 1701 , René III de Froulé, comte de Tessé, reçut, en échange des terres qu'il possédait dans les parcs de Versailles et de Marly, les villes et domaines de Beaumont et Fresnay. Beaumont, en 1789, appartenait 5 cette famille, et avait, pour administrateurs, un maire, un commissaire, un procureur du roi et un greffier.

Les rues de Beaumont sont sinueuses et escarpées, comme celles de toutes les villes bâties en amphithéâtre ; son église paroissiale se recommande aux antiquaires par quelques détails romans. La ville n'est point manufacturière, mais ses cinq foires sont l'entrepôt d'un commerce considérable de produits agricoles;

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grains, bestiaux, laines, volailles, oies grasses, etc. Le collège de Beaumont est dû aux bienfaits de llugues-le-Maitre , curé de Beaumont (acte du 8 octobre 1664). Une école de Dites, que dirigent cinq religieuses d'Évron, a remplacé la maison de Charité créée par délibération des magistrats, le 21 février 1779. 1

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Cette ville est placée à l'extrémité occidentale du département de ta Sarthe , sur les conBns de celui de la Mayenne, prés du confluent des rivières de la Sarthe, de la Vaige et de l'Ervrc. Elle n'a pour ainsi dire qu'une seule rue, d'un kilomètre de longueur, de l'est à l’ouest; mais ses quais, plantés de tilleuls, ses deux ponts de marbre, son château, les eaux qui la baignent, les sites riants qui l’environnent, captivent l'attention et charment tous ceux qui la visitent. Il est peu de villes dont le nom soit plus diversement orthographié dans les documents du moyen âge ; on y lit indistinctement Sabloilum, Subulolium, Sabuliarus, Sabulium, Sabronium , Sableium , Sublulium , Sablirus, Saboliuin , Sabrolium , Sab/eillum , Saboleium , Sableyum, Sabulodiutn , d'où l'on a fait dériver Sablé ou Sabeuil. Ce fut, dès le iv* siècle, une paroisse établie par saint Ciboire, quatrième évêque du Mans. Saint innocent, évêque de 513 à 559, en Dt le siège d’un archiprétré, que remplaça plus tarit un archidiaconné. Par une charte de l'an 957, citée dans V Art de vérifier les dates , Foulques II, comte d’Anjou , donna la terre de Sablé à son cinquième Dis, Humbert-le-Veneur. Elle appartint successivement aux maisons d'Anjou, de Nevers, des Roches, de Craon, de Bretagne, d’Orléans, de France, d'Armagnnc et de Lorraine. Le château, bâti sur un roc escarpé, était regardé comme imprenable. Deux fois, en 1069 et 1096, les évêques du Mans y Grent transporter le trésor de l'église pour le mettre à l'abri du pillage. En 1135, Geoiïroi Plantagenet, comte d'Anjou et du Maine, ravagea les environs de la ville, sans oser attaquer la forteresse. Elle fut prise toutefois, en 1 173, par Maurice II, baron de Craon, commandant les troupes anglaises en l'absence de Henri IL

En 1326, par lettres datées du « moys de juignet, le lundi prochain emprès la Saint-Martin d'été, » Amauri III, seigneur de Craon et de Sablé, permet aux bourgeois et habitants, et à leurs bers, de « cliacier et prendre dans ses garennes lièvres, ronnis et goupils... » La ville avait dès lors une administration communale , et l’on conserve à la mairie de Sablé un manuscrit contenant les biographies et généalogies de tous les officiers municipaux depuis le règne de Charles VI

1. Pesche , Dictionnaire de la Sarthe , I. I . page 125 , I. lit, p. 156. — Th. Cauvin , Statistique de l’arrondissemjnt de Mamers , in-li, p. 131 ,17. — Le Paige, Dictionnaire du Maine. — Odolanl Desnos, Histoire des ducs d'Alençon. — T. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , in-4°, 1845 , p. 391 el 56. — Dom Briant, Cenomania , mss. , petit in-f°, Bilil. du Mans , n® 226 bis. — Robert de Hesseln , Dict. nn(t\ de la France ,1771.

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jusqu'à celui (le Henri IV. Pierre de Craon, le 11 mai 1392, céda la terre de Sablé à Jean IV, duc de Bretagne, pour cinquante-huit cents francs d'or. Cette vente venait d'étre opérée, quand Charles VI, marchant contre le duc de Bretagne , envoya sommer le cliilleau de Sablé. Sur le refus du gouverneur, il se mit en route pour aller soumettre la place, et éprouva, en traversant la forêt du Mans, le 5 août, cet accès de démence furieuse qui faillit amener la ruine de l’État. Les Anglais devinrent bientôt maîtres de toute la province du Maine, à l'exception de Sablé, dont la garnison, commandée par Ambroise de Loré, les harcela constamment pendant toute la durée de la guerre 11417-1449).

Sablé était enclavé dans le marquisat de Mayenne, et François de Guise en était seigneur au commencement des guerres de religion ; aussi les protestants y furent-ils impitoyablement poursuivis. Il parait cependant qu'ils furent un moment maîtres de la ville, si l'on en croit celte inscription placée au bas des vitraux du chœur de l’église paroissiale :

Le lrmi<<>me jour octobre.

Je pâti si grand opprobre * DVtre rompu tout à net

Par ('huguenot infect ,

Mais dt* cœur bon parfait.

A la fin de 1.V89, Henri IV vint recevoir la soumission des Sablésiens, et fut harangué à la porte de Bouère par Nicolas Chaloigne, curé de Notre-Dame. Les ligueurs reprirent la ville après le départ des troupes royales, et ce fut, dans le Maine, la dernière qui reconnut l'autorité du nouveau roi. Urbain de Laval , seigneur de Bois-Dauphin, maréchal de France, qui l’avait achetée au duc de Mayenne, en obtint l'érection en marquisat par lettres du 7 janvier 1602. Son second llls, Henri-Marie, fut baptisé dans l’église de Sablé par Guillaume Fouquet de la Varcnne, évêque d'Angers, et tenu sur les fonts par Marie de Médicis, le 20 mars 1019. Le marquisat de Sablé fut, jusqu'en 1789, la propriété du président Maisons; d'Abel Servien, surintendant des finances; de J. -B. Colbert, ministre et secrétaire d'état , surintendant général des postes , et de ses descendants. Environ cinquante fiefs en relevaient. La justice y était rendue par un bailli, un procureur fiscal et un greffier. On y comptait cinq corporations ; les avocats, ayant pour armes d'argent à un bonnet carré de sable houpé d'or; les notaires, de gueules à une icritoire d’or, accompagnée de trois besants d’argent, deux en chef et un en pointe; les cordonniers, selliers et bourreliers, d'argent à une selle de gueules, accompagnée de deux souliers de sable; les tessiers et sergicrs, d'azur à une navette d’or; les tanneurs et corroyeurs, de gueules à deux cornes de bituf d'argent.

Sablé, devenu chef-lieu de district en 1790, fut exposé aux incursions des chouans pendant toute la révolution. Coqucreau , cher du district de Chiltcau- Gontier, écrivait aux Sablésiens, le 8 avril 1795 : « Iji religion, le roi ou la mort; paix et réunion : si vous faites aucune sortie pour enlever nos magasins, enfin, si vous quittez vos murs, nous verrons qui criera vive la république ou le roi! Nous sommes royalistes : la religion et le roi , c’est ce que veut celui qui s'appelle

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