‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 90 sur 128 · M AY EN N K · texte numérisé non relu

M AY EN N K

Coquereau, chef. Vit e le roi Louis XVI! ! mort aux patauds ! » La guerre civile ne cessa qu'en 1800 dans le district de Sablé : les chouans y ont reparu en 1814 et 1832.

Chef-lieu de canton de l'arrondissement de La Flèche, Sablé est à la fois florissant par l'industrie, l’agriculture et le commerce d'entrepôt. On y fabrique des gants, des chapeaux, des serges, des flanelles, des siamoises. On exploite aux environs de riche» carrières de marbre. L'anthracite, extrait des mines de Sablé, sert à la combustion de la chaux , qu'on emploie avec succès pour l'amendement des terres du canton. La concession de ces mines a été obtenue, en 1825, par une société de propriétaires sablésiens. D'après un mémoire de M. Trigcr à l'Académie des sciences (avril 1833}, elles donnent par an plus de 140,000 hectolitres d'anthracite pour la cuisson de 77,000 hectolitres de chaux. On évalue à six mille le nombre des bestiaux maigres qui se vendent aux herbagers de Normandie et du Maine, pendant la foire de Piques, la plus importante des quatre foires de 8ablé. Ce commerce qui, en 1747, produisait de vingt-cinq à trente mille francs, s'élève aujourd'hui è plus de sept cent mille. La population de Sablé est de 4,000 habitants; c'est la seule ville du département qui , sans être chef-lieu de sous-préfecture, possède un octroi municipal, dont le tarif a été approuvé par ordonnance du 31 octobre 1733. Une autre ordonnance du 16 juillet 1834 y a institué un commissaire de police, l'rbain Grandicr, curé de Loudun , est né à Rovère, près Sablé, où son père était notaire royal. '

MAYENNE

IIBLAISS.

Mayenne, .Veduana, capitale du Haut-Maine, était autrefois un gouvernement de place ; il y avait une justice royale , une élection , une maîtrise particulière des eaux -et -forêts, une maréchaussée et un bureau des fermes. Quoique, d'après Expilly, la population ne s’élevât guère au delà de 3,680 habitants, en comprenant même dans ce nombre ceux du faubourg situé de l'autre côté de la Mayenne , la force de son château, construit sur un roc et regardé généralement comme imprenable, lui avait donné une grande importance. On y voyait une manufacture de toiles aussi renommées que celles de Laval, un collège, un hôpital et plusieurs communautés religieuses. Cette ville, aujourd’hui chef-lieu d'un arron-

1. Gilles Ménage, Histoire de Sablé, 1683, io-f*. — Le Cnrvaisier, Hist. des évêques du Mans , Paris , 1618 , in-40. — Ordecic Vital , Chroniques , Irad. \ ar F. Guizot. — Hue de Miromcsnil , Mim. concem. la prov. du 3/aine : Bihliollt. du M ns, n® 105.— Pcsclie, Dict. de la Sarthe , l. w, p. 708. — Th. Cauvin , Statistique de l'arrond. de La Flèche , 1831 , in -1i. — Vayssc, Itinéraire descriptif de la France. — fïesta ponlificum cenomanensium , Ui Idiot, du Mans, n° 2*4. — Histoires de Yellev, de Thon, de d'Auhigné , de Daniel, etc.

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dissement où l’on compte 161,785 habitants, en renferme elle-même près de 9,000; elle a un collège communal, un tribunal consulaire et une chambre consultative des manufactures. Ses toiles de lin jouissent toujours d'une réputation méritée; on y fabrique en outre des calicots et des coutils, et son commerce consiste en toiles blanches et écrues, en siamoises , mouchoirs dits de Chollet, et pantalons tout confectionnés qui s'expédient dans les colonies. La ville proprement dite s'étend, à droite, sur la pente de l'une des deux collines par lesquelles la rivière est bordée; ce quartier, mal percé et mal bâti , est d’un accès difficile , mais d'un aspect pittoresque ; le vieux château domine le pont qu'on traverse, de la rive opposée, pour gravir ensuite l’escarpement de la rampe. On remarque sur la hauteur une terrasse plantée d'arbres, servant de promenade publique ; la halle aux toiles; la maison commune, dont la façade occupe tout un côté d'une vaste place ornée d'une fontaine; et l’église paroissiale, petite, mais assez jolie. Le coteau de la rive gauche est en partie couvert par le faubourg, contenant un tiers au moins de la population et formant une paroisse séparée.

La fondation de Mayenne remonte certainement à une époque reculée , mais ses commencements sont très-obscurs. On ne connaît rien de bien positif sur son histoire avant le ix' siècle; on ignore même en quelle année le château fut bâti par Juliel, premier du nom, descendant de Foulqucs-Néra, comte d’Anjou, qui avait des prétentions sur le Maine. Quoi qu'il en soit, la ville s’appela dès lors Mayenne-la-Juhée ou la-Juhel, hhtluana Jiuhelli. Le nom latin de ce seigneur varie, du reste , beaucoup dans les chartes et les chroniques : c’est tantôt Juheltus ou Juchellut; tantôt Joshelui, Joshrllus et Gihellut; puis enfin Judicael, dont Juhel n'est que la contraction. La puissance des seigneurs de Mayenne devint sans doute en peu de temps considérable , puisque l'un d'eux , Geoffroy , épousa la fille de Hugues H, comte du Maine. Dès 1063, ce Geoffroy, qu'Orderir Vital qualifie de furlissimus Cenomanorum , se montra l’un des ennemis les plus acharnés de Guillaume, duc de Normandie; il retarda autant que possible la prise de possession de la province par les troupes normandes, et, après que Guillaume fut rentré vainqueur au Mans, il se retira dans son château de Mayenne, résolu à attendre les événements. Guillaume l’avait suivi de près : sans se laisser intimider par l'aspect menaçant de la forteresse , il l'investit aussitôt et voulut battre les murs en brèche; mais assise sur un roc hérissé de fortifications , et divisée au dedans en deux parties distinctes (le grand et le petit château), par un mur épais et un fossé profond , la citadelle de Geoffroy pouvait braver impunément toutes les atteintes des machines de guerre. Le siège traînait en longueur, les soldats perdaient courage, les privations faisaient éclater des murmures. Guillaume s'avisa d'une ruse : dociles à ses ordres, deux enfants sortirent en secret de son camp et se glissèrent jusqu’aux portes du château, dans lequel ils furent accueillis sans défiance pour jouer avec d'autres enfants de leur âge qui l'habitaient. La nuit venue , les deux jeunes espions mirent le feu aux magasins. A la vue des flammes, Guillaume commande l'assaut; scs soldats escaladent les remparts, et, au milieu du tumulte, enlèvent au fur et h mesure tous les postes que la garnison vient d'abandonner pour courir à l'incendie. Le lendemain Geoffroy capitula dans le petit château , où il avait eu le temps de se retirer avec quelques troupes.

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Guillaume fut si satisfait de l'heureuse issue de cette tentative, laquelle, suivant un historien contemporain, lui semblait un triomphe sur la nature môme, qu'il distribua tout le butin à ses soldats, ne se réservant que la gloire et les avantages de sa conquête ( 1(103). La soumission de GeofTroy n'avait été, cependant, que temporaire ; il harcela Guillaume et son fils Robert d'une opposition infatigable, ne cessant de combattre partout la domination étrangère , jusqu'à ce qu'enfln Azon de l.igurie eût vendu ses droits sur le Maine à son compétiteur Hélie de La Flèche ( 1088-1089).

Sous Juhel II, l'un des successeurs de Geoffroy, cent huit barons ou chevaliers réunis dans l’église Nolre-I)ame-de-Mayenne y prirent la crois des mains de Guillaume, évêque du Mans. Comme le Maine était, depuis sept ans, retombé sous le joug anglais, par voie d'héritage, les croisés adoptèrent le signe distinctif des seigneurs insulaires , c'est-à-dire une pièce d'étoffe rouge coupée d'une croix blanche qu'ils attachaient sur leurs habits. Le (ils de Juhel, Gcoffroi IV, fut proclamé chef de l'expédition, et Juhel , en présence de tous ces gentilshommes rassemblés, juni de défendre et de conserver fidèlement, en leur absence, tout ce qui appartenait aux compagnons d’armes de son fils (1158).

Pendant la lutte que le Maine soutint contre les Anglais, sous Charles VI, le nom de Mayenne figura honorablement dans les annales de In province. L’étendard du roi d'Angleterre flottait , il est vrai , sur les murs et sur le château : le comte de Salisbury s'en était rendu maître, par capitulation, après trois mois de siège et cinq assauts; mais l’honneur militaire de la ville avait trouvé unepersonniliratinn glorieuse dans son ancien gouverneur, le capitaine Le porc, l'un des vainqueurs de la Brossinièrc. En 1124, après la funeste bataille de Verneuil, Leporc s'embusque avec deux cents hommes sur la route du Mans et y taille en pièces un détachement de l'armée de Salisbury ; en 1431 , il se joint au sire de Laval et l'aide à surprendre et mettre en déroute, entre lassa y et Ambrières, le capitaine anglais Venahles, auquel le comte d'Arundel, furieux de cet échec, fait impitoyablement trancher la tète. Nous sommes en 1448 : les Anglais vont enfin é(re obligés d'évacuer le Maine. La garnison du Mans, forte de deux mille cinq cents hommes, se voyant pressée par les troupes de Cliarles VII, charge l'évêque de Glocester de négocier une capitulation ; le roi lui permet de se retirer, moyennant la reddition de Mayenne, de Bcaumont-le- V icomte et autres places qu'ils occupent encore dans la province.

La seigneurie de Mayenne appartenait, à cette époque, aux ducs d'Anjou; ceux-ci la tenaient, par alliance, de Marie de Blois, dont les ancêtres l'avaient eux-mêmes reçue d'un arrière-petit-fils d'Alain d'Avaugour, gendre de Juhel III. René d'Anjou, dix-huitième seigneur de Mayenne, eut pour successeur Charles, son neveu , (iis de Charles, comte du Mnine (1480). Louis XI , héritier de la maison d’Anjou , donna Mayenne à Jean d'Armagnac ( 1 483). Jean mourut en 1501 , sans postérité; Louis, son frère , fut tué à la bataille de Cerisolles ( 1503) , et le fief, avec la terre de Guise, fit alors retour à René II , duc de Lorraine, du chef de sa femme Yolande, fille de René d'Anjou. Ces deux seigneuries devinrent le partage de son cinquième fils, Claude de Lorraine, premier duc de Guise, créé marquis de Mayenne par François I'r,.en 1544. A Claude succéda son fils aîné

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François, dont le fils puîné fut Charles de Lorraine, élevé à la dignité de duc et pair, en 1573, le même qui, sous ce titre de duc de Mayenne, acquit plus tard une si redoutable influence et une si grande célébrité pendant les troubles de la Ligue.

Lorsque les calvinistes s’emparèrent du Mans, en 1562, un des principaux motifs qu'ils alléguèrent pour excuser cet attentat contre l’autorité royale, fut l’ordre intimé, disaient-ils , par François de (luise aux gouverneurs des trois places fortes qui lui appartenaient dans la province , Mayenne , La Fcrté-Bernard et Sablé, d’égorger indistinctement tous leurs coreligionnaires. Les catholiques, en effet, ayant bientôt repris possession de la capitale du Maine, n'épargnèrent aucune de ces trois villes, où, soit projet arrêté de vengeance, soit ivresse du meurtre, ils massacrèrent par représailles [dus de six cents calvinistes. En décembre 1589, au premier bruit de la reddition du Mans à Henri IV, Mayenne s’empressa de lui faire sa soumission ; le roi s'y rendit dans le courant de ce même mois, en venant de Laval , et y fut entouré de tels témoignages d'affection et de confiance , qu'il laissa la garde du chilteau aux habitants. Toutefois celte place no rentra pas dès lors sous son obéissance. En 1590, le chilteau résista bien assez de temps au capitaine Lansac, pour permettre à Hervé, gouverneur d'Alencon, de l'attaquer et de tailler ses troupes en pièces; mais, deux ans après, le marquis de Bellc-Isle , autre chef ligueur, contraignit les habitants à capituler , et livra sa conquête au maréchal de Kois-Dauphin (1592). La ville et le château furent investis, au nom du roi, le 29 juillet de la même année, par le maréchal d'Aumnnt, qui ne réussit à s’en faire ouvrir les portes que le quinzième jour du mois suivant. Le duc de Mayenne, cependant, s'étant réconcilié avec Henri IV, en reçut le gouvernement de l'Ile-de-France, et mourut à Soissons, en 1611. Son fils unique, Henri, périt, sous Louis XIII, nu siège de Montauban (162l). Comme il n'avait pas d'enfants, Mayenne échut à Catherine de Lorraine, sa sœur, épouse de Charles de Conzngue, duc de Ncvers, et les deux duchés restèrent dans la même maison jusqu’en 1659, époque à laquelle Charles III de (îonzaguc. petit- fils de Catherine , vendit tous scs domaines de France au cardinal Mazarin.

Les derniers faits que nous trouvons à consigner dans l'histoire de la ville de Mayenne se rattachent aux souvenirs de la révolution. En novembre 1793, les Vendéens y pénétrèrent sans obstacle; les chefs se réunirent aussitôt en conseil de guerre. On délibéra s’il fallait se diriger sur Rennes, ou bien, à la sollicitation des Anglais , vers les côtes de Normandie; ou bien encore marcher sur Paris , afin d’y renverser Robespierre, le second parti fut adopté. Larochejnquelein , au sortir de la ville, prit le chemin d'Ernée , et apercevant devant lui une division républicaine qui lui fermait le passage, il la mit en déroute par une ruse de guerre et une savante manœuvre Les Vendéens revinrent à Mayenne, le 22 novembre; la garnison, composée de quatre-vingts hussards et de sept à huit cents patriotes de la Sarthe, évacua la place en bon ordre, sous la conduite de l'adjudant-genéral Lacroix. Celui-ci se retira tranquillement par le chemin de Sillé, emmenant avec lui deux pièces de canon. Larochcjaquclein , auquel un prêtre de ces cantons avait persuadé que de Bais à Sillé la route était impratiiahle pour une armée nombreuse, se porta sur Laval, puis sur La Flfc.ie et sur Angers, ce qui diLéra

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de vingt jours au moins sa tentative désespérée sur la ville du Mans. Quand le royalisme vendéen eut dégénéré dans le Maine en chouannerie , il n'y eut pas une commune située aux environs de Mayenne, aussi bien que de Laval, du Mans et de Sablé, ou Jean Chounn, Puisaye, Geslin, Tristan -Lhermite et Caumartin n'eussent un refuge assuré, après quelque défaite, et des partisans tout prêts à les suivre dans de nouvelles expéditions.

Mayenne a donné le jour au savant docteur médecin et professeur en pharmacie Jacques Uarbeu du Bonlay, né en 1709, auteur du Bulanisle français et du recueil hebdomadaire la Gazelle d Epidaure. Le continuateur deVelly et de Villaret, Jean-Jacques Garnier, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et l'oratorien prédicateur Mathieu Hubert, sont nés tous les deux dans l’arrondissement, l'un au bourg de Gorron , l’autre à Chàtillon-sur-Colmont.

A dix kilomètres de Mayenne est le bourg de Jublains, ou Juhlent, autrefois Noiodunum , ou plutôt Noiodnn ( dun , en langue celtique , élévation, éminence), capitale des Diablintes, nation confédérée primitivement avec les Cénomans, auxquels ils furent réunis par les Romains. Quelques savants font dériver la dénomination actuelle de ce bourg de Juin Balnea , Bains de Jules César Mais une étymologie bien plus logique peut être prise dans le nom même du peuple qui l'habitait : Diablenl, dont , par une aphérèse fort en usage, on a retranché la première lettre, tablent, lublent, Jublent, la coutume d'écrire Jublains étant d'ailleurs toute récente. Quoi qu'il en soit, Noiodunum figure encore, au v* siècle, dans les Tables de Peutinger, comme capitale des Diablintes : c'était, avec Vaguritnm et Suindinuin, l'une des trois cites de In province; c’est-à-dire qu’il y avait un sénat dont l'autorité s'étendait sur tous les payi d'alentour, et qu'elle était administrée par un comte. Saint Thuribe, l’un des cinq successeurs de saint Julien à l'évêché du Mans, accomplit principalement sa mission évangélique à Noiodunum. La ville, à défaut d'évêché, eut bientôt une abbaye, car le testament de saint llédouin mentionne un certain Agobert, abbé de Jublains, Agobertus abbas Diablentis-( 654). Les Normands ravagèrent Jublent, au ix" siècle, et les habitants se réfugièrent dans le château de Laval. Le nom de Jublains, écrit Jublent, se ht dans une carte du Maine dressée par ordre de Charles IX. La population du bourg est évaluée à près de 2,000 âmes ; on y fait le commerce des grains , du chanvre et du lin, des fromages, des volailles et des liesliaux. Les antiquaires ont retrouvé l'enceinte carrée de la cité romaine. Une voie pavée, dont la direction est indiquée dans les Tables de Peutinger, les débris d'un aqueduc en pierre rougeâtre, et une forteresse en ruines flanquée de quatre tours , sont les seuls monuments qui attestent encore aujourd'hui le séjour des conquérants à Jublains. L’empereur Titus y avait fait construire un colysée et un temple à la Fortune '.

1. Les Commentaires de Cé*ir. — Les Tables de Peutinger,- et la Notice de r Empire. — Adrien de Valois, Notifia Galliarum. — Dictionnaire des Gaules , d'Expilly. — Le Paine , Dictionnaire de la province et diocèse du Jfaine. — P. Renouard, Essais historiques et littéraires sur la ci-devant province du Maine. — Annuaire du département de la Mayenne pour l'an m.

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L'époque de la fondation de Laval ( Laval -Gu f on, VaUit-Guidunis) est fort incertaine ; c'était d'abord, à ce que.prétcnd Adrien de Valois, un domaine royal appelé Madcallis, la bonne vallée, lequel fut donné par Sighebert aux moines de Soissons. Bodrcau, l'un des commentateurs de la coutume du Maine, affirme, de son côté, que Valla, l'un des lieutenants de Charlemagne, y lit construire une forteresse destinée à repousser les courses des Itrelons de l'Armorique. Le voisinage de la Bretagne, qui a eu une si grande influence sur les destinées de Laval, et sur les ■mœurs, l'esprit et le caractère de ses habitants, serait donc indirectement la cause même de sa fondation. Cette forteresse, après avoir résisté aux efforts des Bretons, ayant été renversée par le flot des invasions normandes, vers 8’»0, fut relevée, dit-on, par Guy-Valla, comte du Maine, fils ou petit-fils de Valla. Les auteurs de V Ait de vérifier les dates placent, il est vrai, l’origine de Laval postérieurement au ix* siècle; mais leur opinion, si imposante qu'elle soit, n'est point confirmée par l’examen des chroniques et des chartes du temps. Quoi qu'il en puisse être de ces conjectures, l’immense forêt de Concise, au milieu de laquelle le château de Laval était comme perdu , ne tarda pas à tomber sous la cognée; les vieux chênes, encore pleins des souvenirs du druidisme, servirent aux constructions de la ville naissante ; et celle-ci fut enfermée dans une enceinte flanquée de tours , qui devint le refuge ordinaire des habitants des campagnes environnantes. La rivière de la Mayenne, coulant au pied du coteau, sur la pente duquel Laval commençait à s'élever, offrait d'ailleurs, à la nouvelle colonie, de précieuses ressources pour son approvisionnement et pour les besoins de sou commerce. Un vaste étang et des marécages, répandus sur tout le territoire voisin, protégeaient les Lavallois contre les attaques du dehors, plus efficacement encore peut-être que les fortifications élevées par la main des hommes. Toutefois, les développements de leur cité furent lents ; au commencement du xir siècle, elle n'avait point encore d'égliso'paroissinle.

Le premier seigneur de (.aval dont un document authentique nous démontre clairement l’existence est Geoffroy-Guy, qualifié de seigneur très-puissant dans une charte d'Avesgoud, évêque du Mans, put ml ssimum virum Guufridum-Guidonem dominum { 1002). Son successeur et fils, selon toute probabilité, fut ce même Guy II qui rebâtit le château de l.aval, (H construire les murs de la ville , la dota du prieuré de Saint-Martin , et eut quelques démêlés avec Robert , seigneur de Vitré ; il mourut en I0C7, laissant ses domaines à l'un de ses six enfants, Hamon, lequel s'associa à la fortune de Guillaumc-le-Râlard et le suivit avec son jeune fils en Angleterre. Ce dernier, Guy troisième du nom, obtint du Conquérant, en ré-

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compense de ses services, la main de sa nière Penyse , fille du comte de Mortain. 11 resta probablement étranger à la guerre que ses vassaux firent aux habitants de Chateau-tionticr, avec lesquels il s’était pris de querelle (1085). Guy IV, son fils aîné , partit pour la croisade avec ses frères (1096), qu’il perdit ou laissa au delà des mers. I)e retour à Laval, il permit aux habitants, qui n'avaient point d'église dans l'cnceintc de leurs murs, d’en élever une sur le mont Jupiter (1110). Guy prit part à presque toutes les guerres de son temps ; il fut l'allié de Foulquesle-jeune, comte d'Anjou, contre Henri 1", roi d'Angleterre (1118); du vicomte de Thouars contre Geoffroy Plantagenet, successeur de Foulques-le-Jeune (1129) ; et de Kobert de Vitré, son cousin, contre Conan-lc-Gros, comte de Bretagne. Séduit cependant par la promesse de la vicomté de Bennes , que lui fit celui-ci , il finit par abandonner la cause de son malheureux parent.

Vint ensuite Gui, le cinquième seigneur de Ijival de ce nom : Ego Cvido quinine dominus de I avalle, comme il s'intitule dans ses chartes (1146). Beaufrère de Henri , duc de Normandie et ensuite roi d'Angleterre , il fut nommé par ce prince régent des provinces d'Anjou et du Moine, lors de son avènement à la couronne (1152). En 1150, il avait fondé la célèbre abbaye de Clairmnnt pour des moines de l’ordre de ('.Beaux. Son fils, Gui VI, célèbre par sa bravoure, fut l’un des capitaines les plus dévoués de Bichard-Cœur-dc-Lion , roi d’Angleterre, dont l'alliance lui attira quelques hostilités de la part d'André, seigneur de Vitré (1156-1197). C'était précisément vers ce temps qu’il abolissait le droit de mainmorte établi par son père; perverse coutume, pravarn consueludimm , comme il dit en propres termes. Son vif attachement pour le jeune Artus, duc de Bretagne, le porta à prendre les armes d'abord pour défendre ses droits, et, plus tard, pour venger sa mort, contre son oncle Jean- sans-Terre. Guionnet, fils de Gui VI, étant mort sans postérité, l'an 1213, sa soeur Emme épousa successivement Bobert d'Alençon , Mathieu de Montmorcnri , connétable de Fiance et Jean de Choisi et de Toci, allié à la maison de Bourbon (1214-1231 ). A Gui Vil , (ils d’Emme et de Mathieu , commença la tige de la bronche Laval-Montmorency ; ce seigneur, obéissant à l'appel du pape Urbain IV, se croisa contre Mainfroi, usurpateur du royaume de Sicile. En 1250, à la mort d'André de Vitré, dont il avait épousé la fille Philippette , il hérita de la baronnie de Vitré, de la vicomté de Bennes et de la terre de Marcilli; acquisitions d une valeur inappréciable, et qui permirent à ses descendants de s'immiscer profondément dans les affaires de la Bretagne, devenue en quelque sorte leur seconde patrie. Gui et Philippeltc curent un fils. Gui VIH , lequel combattit sous les drapeaux de saint Louis et de Philippe-le-llardi (1270-1285). Gui IX, fils et successeur de Gui VIII, réunit la terre de Laval, la baronnie de Vitré et la vicomté de Bennes (1295) ; il servit le roi de France dans toutes ses guerres jusqu'à la paix de 1320, et déploya le plus grand courage à la bataille de Mons-en-Puelle (1304).

L’histoire locale n'a presque point de part dans ces événemenrs qui embrassent plus de trois cents années. Encore le premier fait de quelque importance qu'elle ait à enregistrer, dans le xiv* siècle, lui est-il fourni par une femme étrangère au pays ; en 1298, Gui IX épousa Béatrix de Gaure, comtesse de Faukemberg, en Flandre. Cette femme, douée d'un esprit supérieur, avait été élevée au milieu

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des merveilles de l'industrie flamande : prévoyant combien ils pourraient être utiles à ses nouveaux vassaux, elle emmena à Laval quelques tisserands de Bruges : ceux-ci apprirent aux habitants de la ville et de la campagne à tirer parti du lin qui croissait sur leurs terres, à le tisser et & le blanchir. Telle fut l'origine de la manufacture de toiles, à laquelle Laval doit sa prospérité , sa richesse et ses développements, et qui de cette ville s'est propagée dans presque tout le bas Maine. Béatrix de Gaure mourut en 1316, regrettée de tous ses vassaux. Elle donna entre autres enfants à son mari : Gui X , qui lui succéda ; Pierre de Laval, le fameux évêque de Rennes ; et Foulques de Laval , tige des seigneurs de Retx.

Gui X parut au premier rang dans toutes les guerres de Philippe de Valois contre les Flamands. De retour dans scs terres, il n'hésita pas à prendre les armes pour soutenir les droits de Charles de Blois contre Jean de Mont fort, quoique ce dernier prince fût son beau-frère. Il remporta plusieurs victoires sur les ennemis du comte de Blois; mais, vaincu à la célèbre bataille de la Roche-Derien , il y perdit la vie, le 18 juin 1347. Il eut pour successeurs son fds aîné, Gui XI , mort sans postérité, en 1348, et Jean, son second fds, qui prit le nom de Gui XII. Jean contribua à la défense de Rennes, assiégée par le duc de 1-ancaster (1356) et décida en grande partie par son courage la défaite des Anglais à Pontvalain (1370); il joua un rôle important dans les troubles de la Bretagne (1373), s'opposa hardiment à la réunion de ce duché à la couronne par Charles V, et plus tard , enfin, se distingua dans la guerre de Flandre (1381 ). Froissart lui attribue l'honneur d’avoir sauvé la vie à son beau-frère, Olivier de Clisson, au château de l’Hermine, comme nous l’avons raconté dans notre notice sur Vannes (1387). Gui ne laissa qu'une fille , Anne, mariée, en 1404, à Jean de Montfort, sire de Kcrgorlai, lequel abandonna son prénom pour prendre la dénomination de Gui XIII, puis mourut deux ans après dans file de Rhodes, à son retour de la Palestine (1412-1414). Son fils aîné. Gui XIV, un des plus vaillants capitaines du xv* siècle, fut le premier comte de laval ; le jour même de son sacre, dans la cathédrale de Reims, où Gui avait escorté la puceile d'Orléans, Charles VII érigea sa seigneurie en comté et lui donna dans ses lettres le titre de cousin (17 mai 1429).

Les sires de Laval avaient certes rendu d'assez grands services a la monarchie française pour mériter ces honneurs. Toujours prêts il courir, dans toutes les parties du royaume, au-devant de l'Anglais, qui redoutait leur cri de guerre : Saint- l’g Lavnl 1 ils avaient fini par l'attirer chez eux. Dès l'année 1417, un des fils de Gui XIII , André de Laval, sire de Lohéac, et depuis amiral et maréchal de France, arma pour la défense de son pays, envahi par les généraux du roi d'Angleterre : le Maine était alors le théâtre de cette furie et aspre guerre, dont parle Juvénal des Crains. En 1422, le duc d’Aumale, licutennnt du roi dans l'Anjou, la Touraine et le Maine, ayant appris que les Anglais, au nombre de deux mille cinq cents , devaient passer par le village de La Gravelle , entre Laval et Vitré, avec un grand nombre de prisonniers et un butin considérable, se rendit dans la première de ces villes pour y rassembler scs forces, et de là se porter à la rencontre des ennemis. Il était accompagné par Gui XIV, son frère , André de Lohéac, et Ambroise de Loré, scigucur de Coulonches; les deux petites armées se rencontrèrent et se combattirent au village de La Brossiuière*

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La défaite de Anglais fut complète ; ils perdirent plus de sept cents hommes , et cent autres , parmi lesquels figuraient leurs principaux capitaines, furent faits prisonniers. Cependant les vaincus prirent bientôt leur revanche. Quelques années après, ils étaient maîtres du Mans, de Mayenne et de la plupart des places fortes de la province. Laval seul n'avait point succombé, grâce à l’énergie de la mère de Gui XIV, Anne de Laval; voyant la ville menacée, elle avait convoqué tous les nobles obligés île pourvoir à sa garde, mais les efforts de ses défenseurs ne purent lu sauver. Le i) mars 1428, Talbot prit cette place par escalade, et, six jours après , força le château i se tendre par capitulation. L’année suivante , trois cents hommes, sous les ordres de quclqià$nBpitaines déterminés , se cadient lions le moulin de Iteluillé , situé au bout du pont, près de l’une des portes de la v ille ; puis , profitant du moment où l'on ouvre cette porte, ils se précipitent dans les rues. Attaquent les Anglais, les massacrent ou les font prisonniers. Ceci se passait le -25 septembre , jour qui fut depuis eooftcré par une procession annuelle.

Anne de Laval, jusqu'à sa mort, qui arriva le 28 janvier 1466, partagea la dignité comtale avec son Ois , sur lequel elle avait acquis un grand ascendant. C’était, comme Beatrix de Gaure, une femme d’un esprit supérieur Gui XIV se montra digne de son illustre mère , par ses hautes qualités, et son dévouement à la France. A l'époque de lu guerre du Bien public, les princes confédérés ne purent l'attirer dans leur parti ; il .conserva une fidélité inébranlable à Louis XI, et lui dépêcha même son lits aîné, le sire de Gaure, pour combattre sous la bannière royale (14-26). Jamais, du reste , la maison de Laval n'avait été plus puissante, ni environnée d'un plus grand éclat. Veuf d'Isabeau, fille unique du duc de Bretagne, Jeande-Bon 1443) , Gui épousa cotte même Françoise de Dinan (1450), dont le premier mari était mort si tragiquement dans le château de la Hardouinaie. Il réunit ainsi, par alliance, les baronnies de Châleaubrianl , de Montafdant et de BeaumaDoir, à la vicomté de Rennes et aux seigneuries de Laval, de Vitré, de La Guerclie , de Montfoi t , de Gaël, etc. Le comté de Laval n'avait point, dans sa dépendance, moins de cent douze paroisses, comprenant cent cinquante hommages, quatre terres titrées et trente-six châtellenies. Ces domaines étaient pour ainsi dire disséminés dans toutes les parties du royaume : en France , en Bretagne, en Anjou, en Normandie, dans le Maine, la Picardie, la Flandre, le Hainaut et l'Artois. Gui XIV, en vertu des lettres-patentes de Charles VII, jouissait du même rang et des mêmes honneurs que les comtes d'Armagnac, de Foix et de Soissons. Au parlement assemblé à Vendôme, en 1458, pour juger le duc d’Alençon, il s’assit sur le banc même des princes du sang. Pendant la réunion des états de Bretagne à Vannes, en 1451, il avait, en sa qualité de seigneur de Vitré et de premier baron du duché, disputé la pféséame au vicomte de Rohan : par une-sorte de compromis, il fut convenu, comme on sait, que les deux puissants rivaux occuperaient alternativement la première place. Enfin, Gui XIV obtint, soit de Charles VII , soit de Louis XI , l'établissement d'une chambre des comptes de Laval ; haute prérogative dont jouissaient seulement les cinq ou six premières maisons de France. Cette cour était composée d'un juge ordinaire , de quatre auditeurs et d’un greffier.

Gui XV, issu du mariage de son père avec isabeau de Bretagne, lui succéda

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en I486. Son union avec Catherine, fille de Jean-lc-Bon, duc d’Alençon, en le rapprochant du trône, par la proximité de lignage, lui mérita toutes sortes de faveurs de I ouis XI et de Charles VIII :'le premier de ces monurques détacha le comté de Laval du comté du Maine pour le placer dans la mouvance immédiate de la couronne. Pendant la guerre de Bretagne, Gui XV reçut dans son rhAteau de Laval la visite de Charles VIII, qui y fit un assez long séjour : il introduisit lui— même les troupes du roi dans Vitré, par une poterne particulière. A sa mort, il laissa une partie de ses vastes domaines à son neveu, sire de la Roche-Bernard et petit-fils de Gui XIV et d'Isaheau de Bretagne -iO janvier 1501). las services militaires de Gui XVI en Italie et surtout en Bretagne, province dont il eut le gouvernement général , le firent appeler par ses contemporains le (irand Guion. lin coup de pied de cheval, qu'il reçut dans sa terre de Gravelle en chassant au vol, mit fin à ses jours , le 30 mai 1531 . De son premier mariage avec Anne de Montmorency, sœur du connétable , naquirent, entre autres enfants, Gui XVII, son successeur immédiat; François, mortellement blessé à la journée de la Bicoque; Catherine, mariée à Claude, sire de Rieux ; et Anne, qui épousa François de La Trémoîlle, prince de Talmont. Charlotte, issue d'un troisième lit, fut unie à Gaspard de Coligny, amiral de France. Gui XVII, étant mort sans enfants, eut pour héritiers Gui XVIII, comte de Joigny, seigneur d'une figure repoussante et d'un esprit médiocre , et sa femme, Kenée de Ricui, fille de Catherine et de Claude de Rieux, laquelle prit le nom de Guionne XVII I, et ne tarda pas à quitter son mari pour se retirer dans ses châteaux , où elle tint garnison pour la défense de sa personna. Nous ne pouvons raconter ici ni la détention de cette femme extraordinaire au château de Joigny, d'où elle s'échappa en 1557 ; ni la bulle d'excommunication lancée contre elle par le pape dans cette même année ; ni sa conversion au protestantisme, dont elle devint l'un des plus énergiques soutiens; ni sa condamnation A mort (1567), par le parlement-, pour avoirfBpKspiré avec ses coreligionnaires l’enlèvement de Charles IX, pendant son voyage de Meaux à Paris. Heureusement, la tête de Guionne se trouvait à l'abri de la hache du bourreau; on se borna donc à attacher ses armes renversées à la queue d’un cheval , qui les traîna dans tous les carrefours de Paris. Retirée à Laval, elle y mourut quelque temps après sa condamnation, et fut enterrée dans l’église de Saint-Thugal (13 décembre 1567). Guionne laissa sa succession à son neveu, Paul de Coligny, connu sous le nom de Gui XIX , fils de François de Coligny, seigneur d’Andelot et petit-fils de Catherine de Laval. Élevé par son père et par l'illustre amiral, son oncle, dans la foi protestante, Paul de Coligny alla guerroyer en Saintonge, vers 1586, sous les ordres du prince de Condé. La mort de ses trois frères, enlevés sous ses yeux , dès le début de la campagne, le remplit, dit-on, d'une si profonde douleur, qu'il les suivit presque aussitôt au tombeau. Marié à Anne, fille de Christophe, marquis d'Alègre, il en eut un fils, Gui XX* du nom.

Cependant la nouvelle religion avait fait de nombreux prosélytes dans la cité catholique de Laval. En 1561, les protestants lavallois demandèrent un ministre à leurs coreligionnaires du Mans, et la nouvelle église réformée acquit rapidement une grande autorité sous la protection des Coligny. Gui XIX, par sa fermeté, sut d’ailleurs contenir scs ennemis, qui n'osèrent point attaquer le

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siège de sa seigneurie. Laval échoppa oui horreurs de la guerre et aux sanglantes exécutions de la Saint-Uarthélemy. En 1589, Henri IV y séjourna une semaine, et y reçut le prince de Hombos et la noblesse de Bretagne, après la prise du Mous. Trois ans plus tard, la ville était au pouvoir d'Urbain de Uval de Bois- Dauphin , un des chefs du parti de la Ligue. D’un autre côté, les Anglais, ces alliés du Béarnais, ravageaient le bas Maine : les Uvallois, décidés à les combattre, sortirent de leurs murs et les rejoignirent à Port-Ringeart. Un grand nombre d'entre eux périrent dans ce combat, qui se termina à l'avantage des Anglais ( 1 593 } . Quand le maréchal d'Aumont se présenta , l'année suivante, sous les murs de la ville, il n'éprouva aucune résistance : les habitants lui ouvrirent leurs portes, le 27 avril 1591 , et, pour la seconde fois, se soumirent à l'autorité du roi.

Le rétablissement de la paix fut , comme on le pense bien , favorable au commerce des toiles ; il prit en quelques années un développement jusqu’alors inconnu à Laval. Au commencement , du xvir siècle, des négociants de cette ville formèrent , avec leurs confrères de Vitré et de Saint-Malo , une société qui équipa deux nav ires a ses frais et les expédia , chargés de toiles , dans les Indes occidentales et orientales ItiOl). lin chirurgien de Laval, animé de l'esprit d'aventure et de découverte, partit avec ces batiments et passa dix années dans ces brillants climats ; il en revint, sinon avec une grande fortune, du moins riche d'observations de tous genres. Ce chirurgien était François Pyrard, qui fit imprimer à Paris , en 1013, la curieuse narration de son voyage. Du reste, la prospérité de la fabrique de toiles de Laval se soutint pendant tout le xvni' siècle ; le ministère pacifique du cardinal de Fleury donna encore un nouvel essoré cette industrie; elle devint la source de fortunes si considérables, que l'ancienne simplicité de mœurs lit place aux vanités de l'ambition. Parmi les familles bourgeoises, beaucoup échangèrent leurs noms roturiers contre une charge honorifique ou contre une alliance nobiliaire. L'intérêt mercantile, excité par le gain , fit taire même dans le cœur des Lava Mois la dévotion innée qui les avait portés à accueillir avec reconnaissance l'établissement de tous les ordres religieux dans leur ville : templiers, jacobins , Cordeliers, capucins, chanoines réguliers de la congrégation de France, clairistes, ursulines, bénédictines , sœurs hospitalières, etc. Chaque fois que les jésuites firent quelque tentative pour s'établir à Laval , ils éprouvèrent une vive opposition de la part des habitants. Or, veut-on savoir d'où venait cet esprit d'hostilité, en appareuce si inexplicable? Les Lavallois craignaient de rencontrer dans les supérieurs de la société des concurrents pour le commerce des toiles, qu’ils faisaient avec l'Espagne et l'Amérique méridionale.

Telles sont les vicissitudes des choses de ce monde, que l'illustre maison des Montfort-Lavnl touchait à son déclin, tandis que ses vassaux s’associaient, par l’industrie, aux progrès toujours croissants du tiers-état. Gui XX, élevé à Sédan par Anne d'Alègre , sa mère, loin des troubles et des dangers de la guerre civile , fit scs premières armes au siège de l'Écluse , sous les ordres du prince Maurice (1001). A 1a fin de cette année , il partit pour Rome, où, cédant aux exhortations du pape Paul V, il promit de renoncer à la religion protestante ; ce qu'il accomplit , en effet , à son retour en France , malgré l’opposition de sa mère. Celte abjuration ne lui porta pas bonheur. Étant allé guerroyer en Uongrie contre les

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Turcs, il y fut tué obscurément l'année suivnnte, dans sa vingtième année, « sans qu'on sache comment ni en quelle occasion, » disent les auteurs de l 'Art de vérifier Irt dates. En lui s'éteignit la ligne de Catherine de La\al, fille alliée de Gui XVI. Il eut pour successeur son plus proche héritier, Henri de la Trémoïlle, duc de Thouars et prince de Talmont , qui descendait d’Anne de Laval , soeur cadette de Catherine. Gui XXI assista successivement au siège de la Rochelle, pendant lequel il abjura le calvinisme , à l'attaque du Pas de Suze , et au siège de Gobie ( 1628-1636). .Nous ne trouvons rien, dans les biographies de Gui XXII, de Gui XXIII , de Gui XXIV et de Gui XXV, qui vaille la peine d'étre mentionné (167A-17M). Le petit-fils de ce dernier, Antoine-Philippe de la Trémoïlle, prince de Talmont , est surtout connu par sa fin tragique. Il avait rejoint l’armée vendéenne, è Saumur, vers le milieu de l'année 1793; son ardeur était si grande, qu’en moins de six mois il se trouva è soixante-huit combats; comme général de la cavalerie, il rendit les plus signalés services aux siens, et décida par sa valeur le succès de l'affaire de I loi .

Ce fut le prince de Talmont qui engagea les Vendéens , après le passage de la Loire, à se porter sur Laval, où il leur faisait espérer de grands secours. Céderait être, leur avait-il dit, le foyer d'une seconde Vendée. Le 23 octobre 1793, l’armée royaliste arriva devant cette ville, où s’étaient réunis à la hâte, pour la défendre, cinq à. six mille hommes des principaux districts du département. L’attaque eut lieu à huit heures du matin ; la résistance, quoique énergique , n’arrêta pas longtemps les colonnes des assaillants ; leur infanterie envahit en un moment tous les quartiers de la ville, tandis que la cavalerie, commandée par le prince de Talmont, dispersait et poursuivait les républicains L'armée catholique, dont l'effectif s’élevait à trente mille hommes de pied, douze cents chevaux et cinquante-quatre pièces d'artillerie de divers calibres , servies par cent quatre-vingts canonniers , traînait à sa suite une multitude innombrable de femmes et d'enfants, le 21, Westermann, sur la foi d'un rapport infidèle, se lance avec quatre mille Mayençais sur la route de Laval ; il marche toute la nuit , pensant tomber seulement sur l'arrière-garde des royal’stes; mais l’ennemi, embusqué à droite et à gauche, dans la lande de la Croix-Bataille , fait sur les Mayençais un feu roulant qui jette le désordre dans les rangs de ces braves soldats. Cédant au nombre, Westermann se replie sur Entrâmes , et occupe au delà de ce bourg deux hauteurs extrêmement importantes, que, par malheur, l’orgueilleuse incapacité du général Léchelle le force d'abandonner. Larochejaquelein court aussitôt à la rencontre des républicains; il se précipite sur eux avec furie. Ceux-ci, massés en une seule colonne par l'ineptie de leur chef, ne peuvent se déployer, s'ébranlent, tourbillonnent, et se confondent. Lo mêlée est affreuse. Vers la fin du jour, parait Stoltlet à la tête de quinze cents hommes d'élite ; il se glisse derrière cette armée à demi vaincue et détermine sa défaite. Ce .n'est plus alors qu'une effroyable déroute ; aucun régiment ne peut se rallier; un corps tout entier met bas les armes, et une partie des fuyards se noie dans la Mayenne.

Les vainqueurs s'arrêtèrent dix jours à laval. Le généralissime Larochejaquelein leur fit observer la plus sévère discipline. I.cs besoins de l'armée étaient cependant impérieux : il fallait y pourvoir ; le conseil de guerre des Vendéens ima-

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gina de créer pour neuf cent mille livres tournois de bons royaux hypothéqués sur le trésor royal et remboursables à la paix; les Lavallois reçurent l'ordre d'écbanger leurs marchandises contre ce papier. L'armée alors , approvisionnée de tout ce qui lui manquait, sans qu'on fût en droit de l'accuser d'aucune violence, put se diriger sur Mayenne. Malgré son audace, ses succès, et son habileté, Larochejaquelein , harcelé sur tous les points par Westermami , non moins infatigable que lui, revient sur ses pas au mois de décembre. Pressé en quelque sorte dans un cercle fatal de victoires inutiles qu’il lui est impossible de franchir, il s'empare une seconde fois de Laval, d’où le traître Danican s’est enfui , à son approche, avec la garnison forte de deux mille hommes. le 27, il quitte de nouveau Laval pour marcher sur La Flèche et sur Angers ; il s’y retire ensuite lorsque les républicains ont chassé les Vendéens du Mans, et en repart suivi seulement de quelques-uns de ses soldats échappés au carnage (décembre 1793). Le drapeau tricolore flotte bientôt à I .aval, ainsi que dans les principales villes du Maine. Le prince de Talmont, profondément affligé de l'ingratitude des siens, qui lui refusent le commandement des débris de l'armée catholique , après le désastre du Mans et l'éloignement de Larochejaquelein , se décide aussi à les abandonner. Il se dirigeait du côté de Laval , errant de village en village, sous les vêtements d'un meunier, lorsqu'il fut arrêté par une patrouille de la garde nationale de Bazouges. Conduit d'abord il Fougères, puis à Bennes, et de là à Vitré, il fut traduit devant une commission militaire et condamné à mort : les commissaires de la convention ne pouvaient pardonner à ce souverain du Maine et de la Normandie, comme l'appelait Garnier de Saintes , sa prodigieuse influence sur les populations de ces provinces. Ce fut à Laval qu’il périt, le 28 janvier 1794, à l'àge de vingt-huit ans : on avait élevé l’échafaud en face de l'entrée principale du château des anciens comtes. Sa tète , portée au bout d'une pique à travers les rues de Laval , fut ensuite exposée sur une des portes de la ville.

Les Vendéens, cependant, refoulés hors du Maine, y laissèrent leur indomptable esprit d'opposition aux idées nouvelles. La levée de trois cent mille hommes, décrétée par la Convention, avait mis en fuite une multitude de jeunes paysans , qui s'étaient réfugiés dans les bois plutôt que de consentir à prendre les armes. Jean Chouan et ses trois frères, jadis contrebandiers très-redoutés de la gabelle, rallièreut ces bandes , auxquelles se joignirent bientôt d’anciens soldats de l’armée catholique. Puisaye les visita dans la forêt du Pertre, leur principale retraite, et en ht une sorte de confédération politique et militaire. La mort de Jean Chouan, qui fut tué dans une rencontre avec les soldats du poste républicain de la Gravelle, ne ralentit point les entreprises de ses intrépides compagnons. Hoche se rendit à Laval pour s'y concerter avec le général Aubert-Dubeyet. Cet intrépide officier, au moyen d'une colonne mobile de quatre mille hommes, par laquelle il faisait continuellement balayer les routes de Chdteau-Gontier, de La Flèche, de Sablé, de Mayenne et de Laval, réussit à tenir l'ennemi en échec. La capitulation du vicomte de Scépeaux termina, enfin, une guerre si longue et si désastreuse. Son armée ayant mis bas les armes, plus de deux mille fusils furent apportés et gardés en dépôt à Laval. Après le i8 fructidor, les chouans du Maine, Fatigués de deux années consécutives de repos, exaspérés d'ailleurs par le renversement si lit. 53

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subit de toutes les espérances des royalistes, essayèrent d'un dernier effort contre le gouvernement directorial. Un de leurs chefs les plus actifs, le comte de Bourmont, battit à Louvernai, près de Laval, un détachement de garde nationale, renforcé de soixante grenadiers de ligne, qui s’était porté à sa rencontre. Moins heureux contre le général Chabot, il essuya ensuite une rude défaite à Meslay, dans le même arrondissement , et (init par faire sa soumission à Bonaparte.

Nous arrêterons ici le récit des événements , récit qui n’aurait plus d’ailleurs aucune importance, pour jeter un coup d’œil sur l’état ancien de la ville. Laval était la plus considérable cité du lias Maine, grAcc à son commerce des toiles. C’était un gouvernement de place et le siège d’un présidial ; il y avait, en outre, dans cette ville, une élection, un grenier à sel, une maîtrise particulière des eaux-et-forêts, un bureau des fermes, une maréchaussée, une juridiction des juges-consuls. Laval possédait un collège fondé par Henri II, et renfermait, en comptant les faubourgs, trois paroisses, deux collégiales (Saint - Th lignât et Saint-Michel), et, comme on l’a pu voir, un grand nombre de couvents, tant d’hommes que de femmes. L’Assemblée constituante, en l’érigeant en cheflieu du département de la Mayenne, y établit un évêché, distrait du diocèse du Mans, et qui fut supprimé par Bonaparte. Laval a aujourd'hui un collège royal, une société d’agriculture, un hApital et un hospice, une bibliothèque publique et un rabinet d’histoire naturelle et de minéralogie. Sa population dépasse le chiffre de 16,000 Ames; on évalue celle de l’arrondissement A 124,866, et celle du département a 36t,3!)2. La fabrication des toiles dites tic Laval, du linge de table, des hasins, siamoises et mouchoirs, constitue la principale branche de son industrie. Un marché très-fréquenté ouvre, tous les samedis, un large débouché à ces marchandises. Les habitants font aussi le commerce des fils et chaînes de lin, des vins et eaux-de-vie, du marbre, du bois, du fer, etc.

Laval est divisée par la Mayenne en deux parties inégales; deux ponts coupent la rivière : l’un , moderne et monumental , relie entre eux les nouveaux quartiers de la ville où l’on remarque d’assez beaux édifices, surtout l'hOtel de la préfecture; l’autre, fort ancien, fait partie de la vieille cité, beaucoup plus étendue que la nouvelle et d’un aspect tout diflérent ; c’est encore le Laval du moyen Age avec ses rues tortueuses cl étroites , ses toits élevés, couverts d’ardoises , ses maisons en colombage et surplombées. A cela près, la perspective qu’on découvre du vieux pont est assez riante. Sur le penchant du coteau, dont se forme l’une des rives, on aperçoit 1rs restes de l’antique chAteau de Laval, remarquables seulement par les souvenirs qu’ils évoquent. La ville ne possède aucun monument religieux dont l’architecture doive attirer l'attention des voyageurs. Malgré son importance industrielle, elle a généralement l’air pauvre ; bien des années s’écouleront encore avant qu’elle soit complètement dégagée de ses vieilles idées et de ses vieilles habitudes.

Laval a donné le jour à plusieurs personnages célèbres ou distingués dans les sciences, les lettres et les arts : nous citerons Guillaume Uit/ot, regardé par Jules Sraliger comme le plus grand philosophe de son temps; il fut tour à tour médecin de François II, de Charles IX et de Henri III;/enn Moreau, auteur d’un manuscrit des évêques du Mans; h'rançoi .» l'tjrard, qui, en 1601, monta comme

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chirurgien sur un des vaisseaux envoyés par les marchands de Laval aux Indes occidentales , et qui , à son retour, fit imprimer une relation de son voyage dédiée par lui à la reine-mère; Daniel Touvri, né en 1669, l’un des plus habiles médecins de son temps; David II iv nuit de Fteuranye , précepteur du roi Louis XIII, auquel il adressa la dédicace de sa traduction des Œuvres d'Archimède ; Daniel et Paul Hay , tous deux membres de l'Académie française dès son origine ; Marier, graveur de Louis XV , ses ouvrages enrichirent aussi le cabinet de plusieurs souverains de l’Europe; Henri-Charles Couasnier- Deslandes , versé dans les langues grecque et hébraïque , dont l'éloge du dur de Sully balança avec celui de Thomas les suffrages de l'Académie française. N'oublions pas de dire qu'Ambroise Paré, créateur de la chirurgie en France, naquit au bourg d’Hersant, dans le voisinage d'un des faubourgs de Laval; et remarquons, en finissant, que le cabinet des singularités de Lecomte place également la naissance du grand peintre Eustache Lesueur aux environs de cette ville. 1

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La contrée autrefois nommée Sallus / érticus, et connue encore aujourd'hui sous le nom de Perche, est un pays de bocage d'un aspect riant et pittoresque, qui, par la nature et l'inégalité de son sol, par le charme de ses petites vallées et la beauté de ses prairies fermées de halliers et de rideaux d'arbres, rappelle la Normandie à laquelle il touche. Il n'a pas plus d'une vingtaine de lieues dans tous les sens, et contient les sources de six rivières principales : l'IIuisne, la Sarthe, l'Eure, l'Avre, l’Iton et le Loir, de dix-sept cours d'eau moins importants, et de plus de quarante ruisseaux qui l'arrosent et le fécondent; quatre forêts étendues, celles du Perche, de Belesmc, de Keno et de Senonehes, lui restent encore des bois qui le couvraient tout entier; mais, placé entre la riche Beauce et la grasse Normandie, à peu près privé d'industrie, et attaché à ses vieilles routines agricoles, il est loin de leur prospérité, et ne semble pas même aspirer à l’atteindre. 11 est, comme on dit aujourd’hui, en arrière de deux siècles. Le Perche n’a jamais eu d'existence propre, politique ou nationale; ce n'était, à proprement parler, ni le nom d'une province, ni celui d'un peuple, mais le nom d’une vaste forêt dans laquelle les tribus voisines taillaient librement leurs limites. L'IIuisne, qui la divisait en deux parties inégales , servait de frontière aux Carnutcs et aux llyemois; les uns s'étaient établis dans le sud et l'est, les autres, qui allaient jusqu'à Caen, dans le nord-ouest, et le pays que possédaient

I. Dom Morfce, Aclesdt Bretagne. — I-c Père du P«i, Généalogie des maisons illustres de Bretagne. — L’Art de vérifier le* date*. — Nouvelles Recherche* *ur la France, tom 11. — Le Paige, Dictionnaire du Maine. — Renouant, E**ai* historiques et littéraire* sur la province du Maine. — A. Diu-h&telluT, Histoire de la Révolution dan* les département * de l’ancienne Bretagne. — Annuaires du département de la Mayenne.

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les derniers dans cette forêt avait reçu le nom de Corbonnais. Les Manceau* l'avaient un peu entamée au sud-ouest, et les Eburons dans la direction opposée, vers le nord-est. Les Romains, après leur conquête, respectèrent ces divisions, la hiérarchie ecclésiastique s'y conforma. Ainsi , l 'emplacement île l'ancienne forêt du Perche, déjà en partie défrichée, appartenait* pour le nord, à la deuxième Lyonnaise et aux évêchés d'Évreux et de Sera; pour le sud-est, à la quatrième Lyonnaise et à l’évêché de Chartres ; et pour le sud-ouest , à la troisième Lyonnaise et à l'évêché du Mans (environ vingt paroisses). Plus tard, lorsque la féodalité s'y constitua, le centre garda par excellence le nom de comté du Perche. Le nord-est devint le Thymernis-a«-/*rrcAe, et la partie méridionale fut appelée, à une époque qui semble assez récente, Perche-Gouet , du nom d'un de ses seigneurs, mais sans que cette communauté de nom réponde à aucune dépendance, à aucune subordination politique; et maintenant encore, divisé en deux partira, le Perche appartient en même temps aux départements de l'Orne et d'Eure-et-Loir, line seule fois il a failli ne s'appartenir qu'à luimême et être enfin chez lui; cette fortune n'a pas été longue. La révolution en avait fait un département qui avait Mortagnc pour capitale, Relesme, Nogent, Regmaiard et Longny pour chefs-lieux d'arrondissements; mais la division actuelle a bientôt été substituée à cette délimitation.

Malgré la rareté des renseignements sur les antiquités du Perche, il y a lieu de croire que, dès les premiers siècles de notre ère, et sous la domination romaine, ' le Saltus Perticus était en partie défriché, et que de nombreuses peuplades y avaient choisi leurs demeures, puisque chaque commune, en effet, conserve quelque vestige de l’ancien culte national , quelque pierre fatidique, quelque fontaine sacrée indiquée encore aujourd'hui par la vénération des peuples. Aucune des trois villes qui y tiennent le premier rang n'existait probablement alors, mais d'autres y prospéraient, qui ont, depuis ce temps, complètement disparu, ou dont quelque hameau garde et désigne la place. C'était Corbon , l'ancienne capitale du pays, siège des états de la province, située sur l’Huisnc, tout près du bourg de Mauves, à deux lieues sud de Mortagne, érigée en comté en 853; Montcacunc, où l'on trouve des vestiges de l'occupation romaine, et qui, à une lieue au nord de Mortagne, n'en est peut-être que l'emplacement primitif; Rivray, à deux lieues à l’est de Nogent-le-Rotrou; Mézières, à une demi-lieue est de Tourouvre, et où l'on croit retrouver la trace de grands travaux métallurgiques; Marchninville, dont l'origine est peut-être postérieure , mais qui, au commencement du moyen Age, était line place importante. Ces villes commencèrent à déchoir du 111e au v* siècle, pendant que les invasions des Saxons désolaient le Perche qui partagea toujours le sort et les luttes des provinces armoricaines. Quelques-unes disparurent, au iv siècle, sous la main des Normands , et d'autres attendirent pour périr les derniers coups que leur portèrent les Anglais.

Mortagne, Relesme et Nogent-le-Rotrou, nés on ne sait quand, mais probablement du ni* au v* siècle, profitèrent de l'abaissement des villes voisines, échappèrent comme par miracle, et peut-être grâce à leur peu d'importance, aux dévastations des barbares, ou se relevèrent promptement de leurs ruines ; et lorsque,

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après le gouvernement de quelques comtes obscurs, parmi lesquels deux noms seuls ont surnagé, ceux d’Agombert et d’Hervé, la famille des Kotrou prit possession du Perche , Mortagne était prête & en devenir la capitale. C'est ici , à parler vrai, que commence son histoire.

On ne connaît rien de l'origine de Hotrou 1er ni des droits qu'il avait sur le Perche. On sait seulement qu’il en était comte, en 955, et qu’il possédait à ce titre Mortagne, Belesme et Nogent-le-Kotrou. Il suivit le parti du roi Lothaire contre Richard de Normandie, et perdit, dans sa guerre avec ce dernier, Belesme et le Belesmois (968). Le vainqueur donna sa conquête à un seigneur nommé Yves, ancien chef des arbalétriers de Louis-d’Outre-mer, qui avait favorisé son évasion lorsqu'il était prisonnier de ce roi, et auquel il avait déjà conféré les seigneuries d'Alençon, de Séez et de Domfront. Le Belesmois resta pendant cent quarante-cinq ans dans la famille d’Yves, et pendant tout ce temps fut séparé et rival du comté du Perche (968-1113). Cette période embrasse les règnes de six comtes du Perche et de dix seigneurs de Belesme, et, par une opposition que nous voulons noter, l’histoire nous représente les uns comme des seigneurs généralement bons, vertueux et magnanimes, tandis qu’elle peint les autres comme des hommes barbares, remuants, ambitieux et sanguinaires, sorte de brigands qui exercent pendant plus d'un siècle leurs ravages et leurs déprédations dans ce malheureux pays.

La généalogie des comtes de Mortagne, lesquels furent en même temps vicomtes de Chàtcaudun, est fort incertaine jusqu'au règne de Geoffroy II; l'opinion la plus générale est, toutefois, qu'à Rotrou I", mort entre 978 et 987, succéda son fils Geoffroy I" (987-1005). Celui-ci refusa l'hommage à Robert, qui vint assiéger Mortagne, le prit, et le garda durant un espace de quarante ans C'est peut-être dans cette guerre que fut achevée la destruction de Corbon. Après Geoffroy I" vient Geoffroy II , son fils, lequel ne fait peut-être qu’un seul avec lui (1005-1010). Geoffroy est excommunié par l'évêque de Chartres, pour avoir voulu élever les châteaux d’Iliers et de Galardon, comme une menace aux terres épiscopales , se réconcilié avec le prélat , probablement par l’entremise du roi Robert, et meurt assassiné. Rotrou II encourt également l’excommunication, à cause de ses ravages sur les terres de l'église de Chartres ; c'est lui ou son prédécesseur qui abandonna l’ancien château construit sur le penchant de la colline, et en lit élever un autre plus fort et plus vaste sur le plateau et au centre de la ville : il n'en reste plus aujourd'hui que la motte à moitié écroulée (1010-1078). A Rotrou Il succède Geoffroy III, prince aimable et pieux autant que brave { 1078- 1100). Les historiens ont soigneusement noté ses dons aux établissements religieux ; il y en a quelques-uns qui ont de l'importance |tour l'histoire de Mortagne. Il fonda, en 1090, dans le faubourg de Chartrage, hors des murs, la léproserie dans une des salles de laquelle se réunissaient les étals de la province ; il établit la Maison-Dieu ou hôpital, incendié sous Rotrou III, et qui, deux fois détruit, par le temps et la révolution , est remplacé par la sous-préfecture ; il érigea en paroisse l'église de Saint-Malo, le plus Tieux monument de Mortagne, et la plaça sous le patronage des moines de Saint-Denis de Nogent, ainsi que Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, ancienne chapelle du deuxième château.

Maine. — perche.

Geoffroy III accompagna Guillaume-lc-Conquérnut en Angleterre, et ce fut lui qui commença la longue et terrible guerre entre les seigneurs de Mortagne et de Belesme. Sentant sa mort approcher, tandis que son (ils Itotrou était à la croisade , il couda l'administration de ses domaines à sa femme Beatrix , réunit ses vassaux autour de son lit, leur Ht promettre de protéger sa veuve, de conserver les biens de son (ils, et, rassuré par le témoignage de leur fidélité, il rendit le dernier soupir dans les sentiments de la plus vive piété. Après lui, nous trouvons Itotrou III, surnommé le Grand , lequel fut en effet le grand homme de cette famille (1100-1143); mais les luttes qu'il eut à soutenir contre le seigneur de Belesme, et la réunion définitive de cette ville au comté du Perche, nous obligent à rétrograder pour considérer un instant sa destinée et celle de ses maîtres.

Yves avait, comme nous l'avons dit, reçu le Belesmois de Richard de Normandie, et l'avait reçu à condition de lui faire hommage , 9G8-080). Son histoire et celle de ses successeurs trouveront mieux leur place dans la notice consacrée à Alençon, le plus considérable de leurs fiefs, et nous ne noterons ici que les faits les plus importants, ceux qui se rapportent le plus directement à Belesme. Il y fonda , dans l’enceinte du vieux château, et sur lu croupe d'un escarpement élevé, la chapelle de Saint-Sanlin , qui est encore consacrée au culte , et fit construire, dans une position plus avantageuse, le château fort de la ville. Cette citadelle, qui avait huit cents mètres de circonférence , et dans laquelle on entrait par trois portes, passait, dans le moyen âge, pour irnpreivabte. Il n'en reste aujourd'hui qu'une porte. Après Yves, règne Guillaume I", son fils, surnommé Talvas (980- 1031 ou 33). Guillaume fonda, en 1027, dans le château , la collégiale de Saint- Léonard, qui était la principale église de la ville, et ne relevait que de Rome; il mourut à Domfront, de douleur d’avoir perdu son fils dans ses guerres avec Robert de Normandie , et de rage d'avoir été vaincu par ce prince , auquel il avait demandé pardon, selon la coutume rigoureuse de ce temps, à genoux et portant sur son dos la selle d'un cheval de bataille. A Guillaume succédèrent ses deux fils : Robert I”, qui ne fit que paraître ( 1033-34) , et Guillaume Talvas, dont la férocité ligua contre lui tous ses vassaux et jusqu'à son fils Arnoult, et qui enfin, obligé de fuir, se retira chez Roger de .Monlgommery , comte d'Hyesrae, auquel il donna sa fille Mabile et ses domaines (1034-1052). Arnoult n’eut jamais que le titre et non le pouvoir de seigneur de Belesme , et , poursuivi par les ennemis de son père, il alla mourir auprès de son oncle, Yves, évêque de Séez, qui lui succéda fort obscurément, malgré scs vertus ( 1052-1070). Mabile ( 1070-1082) prit possession de la seigneurie après lui : femme intelligente et cruelle , sorte de Frédégonde au petit pied , elle mourut assassinée pour avoir voulu sc venger d’un ingrat ( 1070-1082). Roger, son mari , prince doux et juste , ne garda Belesme que quelques mois, et en investit, en 1083, Robert 11, dit le Diable , le fils qu'il avait eu de Mabile (1083-1113).

Gomme Itotrou III, son rival, Kobert-le-l>iable fut le baron le plus célèbre de sa famille ; mais , bien différent du comte du Perche, s'il dut sa célébrité à son intelligence et à sa bravoure , il la dut aussi , et avant tout, à son caractère sanguinaire et aux vices qui en firent un objet de haine et de terreur pour tous scs voisins. Il n'est pas facile, au reste, de suivre cette existence si turbulente et si

MORTAGNE. — BEI.ESME

pleine nu milieu des intérêts compliqués et mobiles qui l'entraînaient. Ami d’enfance et compagnon de débauche de Robert . le fils de Guillaumc-le-Gonquérant, il prit part à sa révolte , et n'obtint sa grâce que par l’intercession de Roger, son père. I.orsque la mort du Conquérant mit aux prises les deux frères , Robert et Guillaume, il prit encore le parti du premier, qui fut vaincu, et il fut obligé une seconde fois de demander grâce. Robert de Normandie se crut alors trahi , lit arrêter Robert de Relesme à son debarquement en Normandie , marcha contre le Perche , remporta quelques avantages , et bientôt , avant conclu la paix , délivra son prisonnier.

De retour dans ses domaines, Robert de Belcsme , dévoré par l'ambition , irrité par sa captivité, et comme s'il cét voulu se venger sur ses voisins de son triple affront, répand partout la désolation et la guerre, dépouille ses quatre frères, et fait de ses trente-quatre forteresses autant de centres du plus audacieux brigandage. Bientôt il court au secours du duc de Normandie, attaqué par Guillaume, et déjoue les projets de ce dernier f 1090). Des guerres sans intérêt , ou du moins étrangères à l'histoire de Belesme, remplissent les treize années qui suivent. Robert est souvent vaincu ; mais, aussi habile dans les négociations que brave sur le champ de bataille, il trouve toujours le moyen de confondre ses intérêts avec ceux du duc de Normandie ou du roi d'Angleterre, et finit par triompher de ses ennemis. Henri 1", son ancien ennemi, devenu roi d'Angleterre, veut s’en défaire à tout prix. Robert voit confisquer tous ses biens situés dans l'Ile, et n'échappe à la prison que par la fuite. A son retour en Normandie, il reprend la guerre avec Rotrou, comte du Perche. Rotrou III, déjà illustre parmi les barons de France, avait guerroyé avec éclat contre les Sarrasins d'Espagne; il avait pris la croix, s’était distingué en Palestine, et était revenu en 1100, après la prise de Jérusalem, prendre possession de son comté : enfin ii avait épousé, en 1102, Mathilde d'Angleterre, fille de Henri I".

Robert échoua dans cette lutte; il remplit vainement le Perche de désolation et de cnrnnge, et fut mis en fuite par son ennemi. Après la bataille de Tinchebray, le seigneur de Belesme altaqua de nouveau Rotrou, et, plus heureux cette fois, il le fit prisonnier; mais il fut, malgré sa haine, obligé de le relâcher, à la prière de Henri I", avec lequel il s'était réconcilié. Enfin arriva pour les deux rivaux la crise décisive. Dans la guerre que Louis -le-Gros avait alors avec l’Angleterre , et dont Guillaume Cliton était le prétexte , Robert suivait le parti de Guillaume, et Rotrou III commandait les troupes de son beau-père. Le comte du Perche, fait prisonnier dans un combat contre les Angevins , et livré par le comte d'Anjou, moyennant rançon, à Robert, semblait n'avoir plus qu'à mourir. Renfermé dans un cachot de la grosse tour du Mans , où il ne pouvait ni se coucher, ni se tenir debout, et réservé à de plus cruelles tortures, il subit tout avec courage, et grandeur, et lorsqu'il apprit que l'évêque du Mans, chargé par lui de porter à sa mère ses dernières volontés, avait été retenu comme otage , il ordonna plein d'indignation que le prélat fût mis en liberté. Scs affaires cependant changèrent vite de face. Robert, au milieu de son triomphe , envoyé par Louis-le- Gros- auprès de Henri I", fut, contre toute justice, retenu parce prince : il allait mourir lentement dans les fers, tandis que Rotrou , délivré, était mis en posses-

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sion de son fief. Le roi de France, en elfet, avait abandonné le Belesmois au roi d'Angleterre ; Henri prit Belesrae et le donna à Ilotrou son gendre après un siège de trois jours, soutenu avec vigueur par Guillaume Talvas III, fils de Robert, un moment son successeur, et dont le nom désormais n’appartient plus à notre sujet. Belesme, depuis ce temps, resta toujours réuni au comté du Perche.

A peine délivré de cette guerre, Rolrou lit les apprêts de son expédition en Espagne. C'est avant son départ, sans doute, que, pour indemniser les habitants de Mortagne des pertes qu'ils avaient subies dans sa guerre contre Robert, il les atfrnnchit à perpétuité de la taille et des droits de lods et ventes; puis il aHa pour la seconde fois combattre les Sarrasins. Il retourna deux fois encore en Espagne, et y acquit des biens immenses. Il était de retour dans ses domaines du Perche lorsque éclata une nouvelle guerre de succession en Angleterre (1135). Il prit parti pour Etienne, qui fut vaincu, et c'est à Mortagne que s'assemblèrent les hauts barons anglais, dans ce congrès d’où Geoffroy d'Anjou sortit roi d'Angleterre (1141). Rotrou reçut au siège de Rouen , en défeirdant ce prince, contre lequel il avait d'abord combattu, et au parti duquel il s'était ensuite rallié, une blessure qui le conduisit au tombeau (1143). Il avait, dans les dernières années de sa vie (1140), fondé cette abbaye de la Trappe, où l'illustre abbé de Retiré devait plus tard introduire une réforme si éclatante; et, bien des années avant (1109), il avait établi l'abbaye de Thiron, moins célèbre, mais distinguée encore parmi les institutions religieuses du royaume.

La grande époque , l'ège des héros est maintenant passé pour le Perche. Après la mort de Rotrou , Robert de France, le second mari de Mathilde d’Angleterre, gouverna un instant, comme tuteur du jeune Rotrou, le comté, dont il porta toujours le titre, et combattit, avec des succès divers, Guillaume III, le fils de Robert , qui ne se résignait pas facilement à la perte du Belesmois (1144-1191). Rotrou IV, beau-frère du roi Louis VU par sa femme Mathilde de Champagne, jouit d'un grand crédit à la cour de France, fonda dans le Perche la chartreuse de Val-Dieu , acheva la Trappe, et mourut avec son beau-père en Palestine. Geoffroy IV (1191-1202) et Thomas ( 1202-1217) servirent avec distinction la France contre l'Angleterre dans toutes les guerres de ce temps. Mathilde, la femme du premier, Tonda après sa mort (1203) la collégiale de Toussaint, dans l'intérieur du château de Mortagne, et sur l'emplacement du tribunal uctuel. Le dernier ne laissa point d’héritiers milles ; il eut pour successeur Guillaume, son grand-oncle, quatrième fils de Geoffroy IV, et évêque de ( 'hélons , lequel n’est connu que par ses vertus (1217-1226). Enfin, nous trouvons une llelisendc comtesse du Perche, dont l’origine est inconnue, mais qu’on suppose avoir été fille de Thomas, et qui règne conjointement avec son graud-onde Guillaume (1217-1257). Cette llelisende , attachée à la personne de la reine Blanche, laisse A saint Louis, en mourant, son comté, qui est alors réuni A la couronne malgré les protestations des parents de l'évêque Guillaume.

Nous supprimons une liste fastidieuse de comtes npanagistes , qui demeurèrent pour la plupart tout à fait étrangers au comté. Le Perche fut donné en 1290 , en même temps qu' Alençon, par Pbilippe-lc-Bel à son frère Charles de Valois, et resta pendant près de deux siècles et demi au pouvoir de sa ma:son (1525). il

MORTAGNE. — BELESME

fut aloi-s réuni à la rouronnc, puis donné successivement à Henri d’Albret (15-20) , à Catherine de Médicis (1559), il François de Valois (1500 ), et au comte de Provence (1771). Tout cela n'est guère l'histoire du Perche; revenons-y. Nous n’y trouvons à peu près , d'ailleurs , que des batailles et des prises de villes. Deux dates seulement nous rappellent des tentatives d'organisation civile. Le comte Pierre de France établit au Perche, en 1271, six sergenteries pour régulariser l'administration de la justice ; deux avaient leur siège à Mortagne, une à Belesme et une à Nogent-le-Rotrou. De 1367 à 1377, Robert obtint des grands jours pour son comté. Hors de lè , c’est la guerre avec toutes ses désolations. 'En 1229, Pierre de Mauclerc, commis par saint Louis à la garde du Perche, veut faire de Belesme le boulevard de sa révolte. I,a reine Blanche marche contre lui ; malgré la rigueur de l’hiver, ses soldats montent à l'assaut, à la lueur de grands feux allumés pour les chauffer, et la place est prise à force de bravoure et d'opiniâtreté. Thibault de Champagne, allié des Anglais, prend Mortagne et ravage le Perche, en 1356; il garde la ville pendant dix-neuf ans, et ee n'est qu'en 1375 que Charles V en fait’ le siège et la reprend. En 1378, il en fait détruire les fortifications , qui sont rétablies par le comte Jean 1" (1391-1409).

Jean I", en se mêlant à la faction du duc d'Orléans, attire la guerre dans le Perche (1412); Belesme investi à la fois par le maréchal de Longny, le connétable d'Albret, Louis, duc d'Anjou, et Antoine de Craon, ne chercha pas même à résister. Il se rendit à la condition d'appartenir au roi- de France, mais Louis d’Anjou violant la capitulation garda la ville pour lui. Il ne la conserva pas, du reste, pendant longtemps, et le comte de Ricliemont la icprit, la même année. En 1417, les Anglais entrèrent dans le Perche; ils ne devaient plus le quitter qu’en 1449, après trente-deux ans d une occupation qui remplit la contrée de deuil et de carnage. Tout se soumet d'abord à eux sans résistance; Mortagne et Belesme tombent en leur pouvoir. Warwick fait raser le vieux château dans cette dernière ville et réparer le nouveau. C’est probablement en 1422 que, battus polies ducs d'Aumale et d'Alençon, sous les murs de Mortagne, les Anglais perdent cette ville qu’ils reprennent bientôt, après la sanglante bataille de Verneuil 11424), et qu'ils gardent pendant vingt-cinq ans. Le jour de cette bataille est un des pins fameux et des plus funestes dans l'histoire du Perche, qui y perdit la plus grande partie de sa noblesse. Bien des noms célèbres jusque-là dans ses annales, disparaissent à ce moment. Enfin, après des combat} sans Un et des ravages sans limites, 1rs Anglais, vaincus, abandonnent le Perche et la France. En 1449, le comte Jean II reprend Mortagne, marche sur Belesme, que défendait Mathieu (lot, et s'en empare après un siège où les ennemis se défendent avec désespoir.

Le Perche semble avoir joui , pendant plus d'un siècle, d’une paix dont il avait grand besoin ; mais les religionnaires, dont le nombre s’accroissait peu à peu dans ses campagnes, soulevèrent bientôt de nouveaux troubles, qui désolèrent le pays et curent souvent Mortagne pour théâtre. La ville fut prise par eux, en 1562, les églises pillées et la collégiale de Toussaint à peu près détruite; on sait quelles fureurs inspiraient ces guerres ; quelques jours après , elle fut prise encore par Coligny nvec des horreurs nouvelles , et abandonnée bientôt pour retomber, en tli. -rrt

MAINE. - PERCHE

1568, aux mains des huguenots, qui y mirent le feu après en avoir fait le sac. lai Ligue fut mal accueillie dans le Perche ; la noblesse se déclara en général pour le parti du roi , mais avec des succès divers. En mai 1589 , le sire de Pecheray s'empara de Belesmc par surprise; quelques jours après, Mayenne, qui venait d'Alençon, entre dans Mortagne et y laisse le vainqueur de Itelesme. Cependant , au mois de juillet, quelques seigneurs Percherons quittent l’armée royale et viennent délivrer leur capitale; la défense est vive, Pecheray est blessé , et pendant que, retiré à Itelesme, il est incapable de défendre la ville, Louis de Fontenay l’attaque, le prend dans son lit et s'empare de la place. Belesmc resta désormais au roi; il n’en fut pas de même pour Mortagne qui passa vingt-deux fois en des mains différentes; nous supprimons ces détails. Nous ne pouvons cependant : oublier de noter un fait à jamais mémorable. En 1593, Médavid était entré dans la ville avec quinze ou seize cents hommes sans éprouver de résistance; les habitants avaient fui devant lui ; vingt-huit citoyens conçoivent l'espoir de lui tenir tète, ils se retirent dans Notre-Dame, ils soutiennent trois assauts et se retranchent dans la tour, en barricadant les portes; ou veut les y poursuivre, les portes sont inébranlables; on cauonne la tour, elle résiste; les héroïques Percherons se réfugient sur les voûtes, y font des trous et, de là , couverts et à l’abri , accablent leurs adversaires ; on allume dans l’église de grands feux pour faire crouler les voûtes, ils profitent des flammes pour viser avec plus de justesse; enfin, vaincu par ret inconcevable héroïsme , et craignant que les troupes royales ne se rallient à leur tour, Médavid bat en retraite ; il avait perdu soixante-huit hommes et cent étaient blessés.

La révolution fut peu sensible dans les villes du Perche ; un certain François Lambardière , à Mortagne , se mit à lu tète de la populace et s'arrogea pendant quelques jours une dictature qui finit à la potence (1789). La Montagne, plus tard , n’eut qu'un instant, et les modérés l’emportèrent bientôt. A Belesmc, quelques émeutes effrayèrent les gens paisibles; cinq maisons furent saccagées, un prêtre massacré. I.a ville elle-même fut deux fois prise par les chouans, mais ils n’y commirent aucune violence. Mortagne devait, en 1789, envoyer des députés aux États-Généraux : Belesmc protesta contre l’édit royal, renouvela ses prétentions à être capitule du Perche et gagna son procès; les trois ordres furent convoqués dans son sein. Gctte ville avait antérieurement et, depuis, a souvent manifesté ses prétentions, mais avec moins de bonheur et avec tout aussi peu de justice. Elle rappela qu’en 1558, 1614, 1641 , 1651 , les états s'étaient tenus duns ses murs; mais des décisions formelles lui défendaient d’aspirer à la suprématie. Déjà dans les premières années du xiv’ siècle, un arrêt déclarait Mortagne capitale du Perche, et plus tard Louis XIV avait rangé Belesmc parmi les villes de troisième classe. Aujourd’hui la question est définitivement jugée, moins peutêtre par la classification administrative, qui peut changer, que par l’importance relative des deux cités. Mortagne fuit partie du département de l'Orne, et a une population de plus de 5,060 âmes ; l'arrondissement dont elle est le chef-lieu en contient 125,050. Privée , si l'on excepte une église remarquable , des monuments antiques que le temps et les troubles ont fait disparaître, la ville renferme des édifices qui, s’ils ne l'ornent guère, (oncourcnt à sa prospérité par les établis-

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sements utiles qu'ils abritent. Avant la révolution , elle envoyait dans les colonies trente-deux mille pièces de toiles, dont la fabrication faisait la partie la plus importante de son industrie; celte branche de commerce a bien déclin dans les dernières années. Ses tanneries font vivre encore quelques ouvriers , et livrent au commerce des basanes pour relidre; mais les bestiaux et les grains forment aujourd'hui sa plus grande richesse. Itelesme , chef-lieu de canton dans le même arrondissement, n'a pas plus de 3,413 habitants. Cette ville faisait marcher autrefois soixante à quatre-vingts métiers, pour fabriquer huit cents pièces d'étamine, qui représentaient une valeur de soixante à quatre-vingt mille francs. Ea révolution a aboli celte industrie, et son principal commerce consiste aujourd’hui en céréales, trèfle, merrain, chevaux et bestiaux.

Nous n’avons plus qu’à noter les hommes distingués qui ont illustré ces deux villes; ce sont , pour Mortagne : Rnr des Roulais, notaire et auteur d'une histoire estimée du Perche (xvi* siècle) ; Rcleslung , qui fut sous-préfet de cet arrondissement et auquel on doit des travaux appréciés sur ses antiquités ; le comte de Puisai/* , d’une famille qui donna beaucoup de baillis au Perche, député aux Etats-Généraux et principal instigateur de l’affaire de Quiboron; pour Itelesme et ses environs: Coevrol, médecin de François I"; Muthurin C.ordier (1479), grammairien distingué , qui fut professeur de Calvin ; et Rrj de la Clergeiie, historien du Perche, auteur diffus mais utile. '

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