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enlever le duché d'Anjou par Louis XI (1474), et s’il garde le comté de Provence, ce n’est qu'à la condition d’en disposer de manière à ce que cette belle province revienne presque aussitôt à la couronne.
Lorsque René eut perdu ou aliéné toutes ses acquisitions territoriales , il porta légèrement et gaiement sa mauvaise fortune, comme un homme fait pour une condition médiocre. C’était assurément par un violent effort sur lui-méme , malgré la distinction naturelle de son esprit et la remarquable bravoure dont il avait fait preuve dans toutes les circonstances de sa vie , qu’il avait recherché les soucis et les peines de la royauté: son penchant, ses goûts, son caractère, le faisaient doucement incliner vers le repos , les rêveries et les plaisirs d’une existence molle , paisible et sans but. Après s'èlre occupé de politique et de guerre en artiste, il lit de la science et de l'art en gentilhomme; du reste, furt instruit pour un prince, connaissant presque toutes les langues depuis le latin jusqu’à l'hébreu , bon théologien, très- versé en jurisprudence, composant des chants d’église, élève de Van Eyrk ou de Jean de Bruges, et fort bon peintre de l'école de transition, faisant des vers, des fabliaux, des romans, et s’appliquant surtout avec un soin minutieux à toutes les petites choses. On a de lui plusieurs ouvrages en prose ou en vers, et un traité sur les Tournois. 11 n’existe plus à Angers, depuis longtemps , d'oeuvres de son pinceau ; celles des Cordeliers , de l'Ermitage de la Baumette , du manoir de Reculée et de Notre-Dame du Petit-Mont, ont disparu avec ces anciens monuments. Il a dû pourtant produire un grand nombre de tableaux. Sa passion pour le dessin et la peinture était telle, que, pendant ses tournées royales, il crayonnait souvent son portrait sur les murs des maisons où il s’arrêtait, et que, plus d'une fois, il lui arriva de se consoler d'un traité ruineux pour scs intérêts, en s'amusant a l’orner de mille embellissements, comme un objet d’art. Ainsi, il écrivit de sa propre main, en lettres d'or, • accompagnées de vignettes et de fleurons enluminés des plus belles couleurs, » l'acte de cession de la Provence. Grand amateur de spectacles , il en développa le goût chez les Angevins : c’est à Angers que fut joué, pour la première fois , en I486, le mystère du poëte Jehan Michel. Le roi René aimait beaucoup les tournois, et il déployait une rare magnificence dans ccsjoûtes, ces passes d’armes, ces fêtes, où la galanterie jouait un si grand rôle. Celle de l'emprise de la gueule du dragon dura plusieurs semaines. Il établit à Angers , en 1448, l’ordre de chevalerie du Croissant, auquel il donna pour symbole un croissant d'or, et pour devise ces trois mots : Loz en croissant, croître en louanges. Il y avait là une application facile à saisir, et qui a dû faire sourire Louis XL
René aimait beaucoup la ville d'Angers. Il faut dire à l'honneur de ce prince qu’il avait fort à cœur le bonheur de ses sujets, et qu'il s’en occupa toujours au milieu de cette vie un peu trop désoeuvrée, qui avait pour lui tant de charmes. Ceci nous explique pourquoi sa mémoire est encore, si rhère aux Angevins. Il ne fut pas seulement le patron éclairé de la science, de là littérature et des beauxarts; il prit part aux travaux disciplinaires du concile qui se réunit à Angers, en 1448, sous la présidence de Jean Bernard, archevêque de Tours. En 1462, il convoqua dans cette ville, sous le nom de Grands Jours, une assemblée provinciale, composée de la noblesse, du clergé et du tiers-état, pour la révision
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de la coutume d’Anjou. I.e droit coutumier de la province subit alors de nombreuses réformes'. Il prenait un grand intérêt à l’horticulture et à l'agriculture , et, par ses encouragements, il en hâta les progrès : l’Anjou lui doit le raisin muscat . les roses de Provins et les œillets de Provence. René fit bâtir une chapelle, dédiée à saint Bernardin, dans le couvent des Cordeliers d'Angers, et reconstruire le chœur de l'église de Saint-Martin. Il fonda aussi , dans ses environs, le bel ermitage de la Beaumette, pour procurer quelques distractions et quelque soulagement à sa première femme, Isabelle de lorraine, frappée d’une maladie de langueur et qu'il aimait tendrement. On voyait autrefois, à Angers, un grand nombre de maisons dont la façade était décorée d'écussons aux armes du bon roi René ; il les avait fait toutes réparer ou rebâtir à ses frais par le sentiment de généreuse humanité qui le portait à s'occuper de l’entretien ou de la reconstruction des habitations des familles pauvres ou peu aisées.
Louis XI était le neveu de René par sa mère, Marie, fille du duc d'Anjou Louis II et femme de Charles VU. Depuis longtemps il enviait la riche succession de son oncle maternel ; mais il lui fallait un prétexte pour réunir l'Anjou, le Maine et la Provence à la couronne. René n'eut garde de le lui donner. A l'époque de la ligue du Bien public , ce prince refusa de s’associer aux seigneurs révoltés; son fils Jean d'Anjou, duc de Calabre, se déclara, au contraire, contre le roi. Louis XI se rendit en personne à Angers en 1464, pour s'assurer des bonnes dispositions des Angevins; il les trouva pleins d'un zèle qui, bientôt après , leur inspira la pensée d’intercepter la marche du duc de Bretagne , alors en route pour rejoindre les seigneurs ligués ; mais René n'approuvant point ce dessein s'opposa à son cxéculiou. Son fils, Jean d'Anjou, montra, dans les rangs de la ligue du Rien public , un esprit de conciliation dont Louis XI lui sut beaucoup de gré; il eut, par son crédit, une grande part à la conclusion des traités de Contiens et de Saint-Maur-les-Fossés. Le roi crut devoir le payer de retour en lui donnant des hommes et de l’argent pour soutenir ses droits au royaume d’Aragon. La mort frappa le duc de Calabre au milieu de cette entreprise 1 14711) ; son fils aîné ne lui survécut pas longtemps et son second fils mourut trois ans après. D'un autre crtté, la fameuse Marguerite, fille de René et femme de Henri VI , roi d'Angleterre, avait perdu tout à la fois son mari, son enfant et la couronne. Le vieux duc d'Anjou se trouvant sans alliés, sans appui et sans héritier mâle en ligne directe, Louis XI, de crainte que la succession de son oncle ne lui échappât , résolut de s'en emparer par voie de confiscation ; il eut le triste courage de déférer le roi René au parlement de Paris, «comme suspect d'intelligence avec ses ennemis. » L’accusation était si absurde qu’elle ne put être accueillie même par la complaisance parlementaire. Alors le roi, pour couper au plus court , se transporte à Angers , ordonne nu gouverneur du château de lui en ouvrir les portes et en confie la garde à Guillaume de Corizay ( 1474). René apprit à son château de Reaugé, où il était en ce temps-là, l'occupation d'Angers et la confiscation de l'Anjou. Douloureusement affecté, il se retira à
1. En 1508 , Louis XII convoqua dans le même but lino autre assemblée des états tt Angers. La coutume réformée d’Anjou fut publiée le fi octobre de cette année.
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Ai* où il mourut si* ans après (10 juillet 1480) ; son corps fut porté à Angers, conformément à sa volonté dernière, et inhumé dans l'église de Saint-Maurice, près de sa femme Isabelle de Lorraine. Le même caveau reçut la dépouille mortelle de la reine Marguerite, sa fille, en 1482.
Dans l’année même où Louis XI mit si violemment la main sur Angers , il l'érigea en commune ; la prise de possession de la ville et la concession de la charte communale portent l’une et l'autre la date de 1474. Il s’était établi, à ce qu’il parait, une secrète sympathie entre les habitants d'Angers et le roi. Celui-ci n'avait pas une grande confiance dans les bonnes dispositions des nobles de l'Anjou, et la création d’une municipalité à Angers fut, probablement à leur égard, une esure de défiance : d'une part, Louis XI fortifiait et élevait la bourgeoisie, de l'autre part, il affaiblissait et amoindrissait la noblesse. L’établissement d’une garnison de cinq mille hommes dans la ville et le château d’Angers aurait servi moins efficacement la politique du roi. Ce qu’il y a d'extraordinaire dans cet affranchissement, c'est qu'on y arrive sans transition : la veille on était en plein dans l’arbitraire, le régime du bon plaisir, la prédominance du privilège; le lendemain , la bourgeoisie se trouve d'un seul coup constituée en corps politique nommant ses magistrats, investie du droit de justice, s’administrant et se gardant elle-même. A l’époque de l'introduction du régime féodal, les dernières traces de l'ancienne municipalité romaine avaient complètement disparu. La révolution communale , qui , plus tard , remua si profondément la France , n'arriva point jusqu'à Angers. Si nu moyen âge il existait dans cette ville des magistrats municipaux, ils furent toujours dans la dépendance des souverains de l’Anjou et subordonnés à scs officiers. Il n’y avait donc point de commune ni d’hôtel de ville; les plus notables bourgeois, sur la convocation des hommes du comte, se réunissaient dans une chambre de la Porte-G.hapelière.
Louis XI, dans le préambule de ses lettres-patentes, nous fait connaître le motif de sa libéralité envers les habitants d’Angers; il voulait, disait-il, les récompenser des preuves de fidélité qu’ils avaient données à la couronne pendant la ligue du Rien public. Voilà pourquoi il établit une municipalité composée d'un maire, qui remplit aussi la charge de capitaine général, de dix-huit échcvins, de trente-six conseillers, d’un procureur et d'un secrétaire-greffier, formant un total de cinquante-sept personnes ; voilà pourquoi il accorde la noblesse et même le droit de s'élever à l’ordre de chevalerie aux citoyens qui seraient investis de fonctions municipales, ainsi qu’à leurs enfants « nés ou à naître » ; voilà pourquoi il concède , en outre, aux bourgeois possédant en biens meubles et immeubles la valeur de mille livres tournois, la faculté à perpétuité d’acquérir des fiefs « et autres choses nobles » , et à tous les habitants indistinctement l’exemption d'ost , de chevauchée, du ban et de l’arrière-ban, sauf le cas où le roi commanderait l’armée en personne. La charte ne borpe pas la jouissance de ces avantages aux limites de la ville : elle en étend l'application aux habitants des faubourgs de la Quinte et des Ponts-dc-Cé. Le roi nomme à vie les premiers membres de la municipalité; mais, au fur et à mesure des extinctions, les officiers municipaux redeviennent électifs, et les nominations se font tous les trois ans. A l’approche . du retour périodique des élections les paroisses étaient averties au prône par
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un mandement dn maire : l'assemblée générale se constituait et procédait par bulletin secret au choix de son successeur et à celui des échevins. Lorsque ces magistrats se rendaient à la maison commune , pour y prêter serment et y recevoir le sceau de la ville, on leur présentait une paire de gants blancs et un bouquet de violettes. Le corps municipal se réunissait en tous temps, et partout où il le jugeait convenable, sans l'intervention ni la présence d’aucun officier du roi : il faisait des réglements pour l'administration de la cité, des faubourgs et des Ponts-de-Cé ; tout ce qui concernait la police des arts et métiers et celle des poids et mesures était dans scs attributions judiciaires , pourvu que les causes appelées à son tribunal n'emportassent point la peine de mort. A la municipalité appartenait aussi le pouvoir d'établir et de déterminer les droits d'octroi sur les marchandises et les objets de consommation , sous la condition néanmoins de veiller à l’entretien et à la réparation des fortifications ; c'était à elle enfin , qu'au lieu et place des anciens capitaines d'Angers, était confiée la garde des clefs, des portes et des chaînes de la ville. Le maire, succédant en cela aux comtes et aux ducs, était conservateur des privilèges de l'université. Les habitants, assujettis indistinctement au service du guet ou garde-porte , ne devaient plus faire montre que devant le maire et les échevins, substitués, sous ce rapport, au sénéchal d'Anjou. En dernier lieu, et en ce qui touchait la liberté individuelle, aucun membre du corps municipal, ni aucun citoyen d'Angers ne pouvait être arrêté « que par mandement exprès du roi et dans des cas qui intéresseraient sa personne. »
Il ne manquait il la nouvelle municipalité, si libéralement et si largement constituée, qu'une maison-commune ; elle se réunit encore pendant une quinzaine d’années dans le local de la Porte-Chopelière ; le roi lui fit don alors , moyennant une redevance féodale peu onéreuse, d'une maison et d’un jardin situés près du tertre Saint-Michel. Un bétel de ville y fut construit, en 1489, et ce bâtiment, fort remarquable pour le temps, subsista jusqu'au xvr siècle.
Pendant son séjour dans la capitale de l'Anjou , Louis XI visita en dévot pèlerin la petite chapelle de Notre-Dame de Béhuart, pittoresquement située dans une des îles les plus verdoyantes de la Loire, sur un rocher de schiste. Au temps de sa jeunesse , la madone de Béhuart l'avait tiré de l’Adour, où il était tombé et avait failli se noyer. Louis, en mémoire de ce service, fit agrnndir le sanctuaire de Notre-Dame, qui est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage très-fréquenté. On conservait, à la même époque, dans une église d'Angers, un objet sacré pour lequel ce prince superstitieux avait une grande dévotion et une terreur secrète: nous faisons allusion à la croix de Saint -Laud , précieuse relique composée de quatre morceaux de la vraie croix. Louis X I partageait la croyance commune qu’on ne pouvait se parjurer sur cette croix sans être frappé de mort dans l’année. Il se connaissait donc trop bien pour si: soumettre à cette dangereuse épreuve, mais il la faisait volontiers subir à ses ennemis. La mort de son frère, le duc de Guienne, n’avait pas eu, disait-il, d’autre cause, et certes il en savait plus que personne ère sujet En 1 170 , la croix de Saint-Laud fut, ♦ par son ordre , transportée è Nantes , pour y recevoir le serment de fidélité du duc de Bretagne ; en 1474 , il obligea Gollas-le-llendu et son fils è jurer, sur la
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croix , qu’ils ne livreraient pas la ville d’Amiens au duc de Bourgogne. Cette tradition populaire sur le parjure nous rappelle l’Iiistoire du fameux cardinal I.a lia lue, digne conseiller de Louis XI. L’évêché d’Angers était une des nombreuses dignités ecclésiastiques qu’il avait obtenues de la faveur du roi. Après sa trahison, le château d’Angers fut, il ce qu’on prétend, une des prisons où, enfermé dans une cage de fer, il subit sa longue captivité.
Depuis la réunion définitive de l’Anjou à la couronne , cette province ne forma plus qu'un apanage réservé aux fils puînés du roi. C’est ainsi que Charles VIII en eut d’abord la jouissance, du virant de Louis XI. François 1" le donna à sa mère, Louise de Savoie, duchesse d’Angoulémc, sans le constituer toutefois en apanage. Les quatre (ils de Henri II portèrent ensuite , l’un après l’autre , le titre de ducs d'Anjou; le duché passa aux fils puînés de la maison de Bourbon, et appartint à Jean-Baptiste Gaston, troisième fils de Henri IV, plus connu sous le litre de duc d’Orléans. Le premier prince de cette maison qui ait été duc apuuagiste d’Anjou, fut un (ils de Louis XIII, Philippe, plus tard duc d'Orléans. Depuis il eut pour successeurs sept titulaires, dont quatre moururent en lias âge, et dont le plus célèbre, second fils de Louis, dauphin de France, et petitfils de Louis XIV, régna en Espagne sous le nom de Philippe V.
Les affaires de Bretagne conduisirent Charles VIII en Anjou , et il visita la ville d'Angers, le -26 avril 1187. On lui présenta le poëte-médecin Jehan Michel , auteur du mystère de la Passion , récemment joué avec beaucoup de succès devant les Angevins. Jehan Michel, attaché à la personne du roi en qualité de médecin, le suivit dans son expédition d'Italie, et fut au retour gratifié d'une charge de conseiller nu parlement de Paris. Pendant le séjour de Charles VIII à Angers, le chapitre de Saint-Maurice n'oublia pas qu’en vertu du seul titre de roi de France, il était de droit chanoine de la cathédrale ; aussi, dans une délibération, enregistrée le jour même de l’entrée de ce prince , le chapitre décida-t-il qu’on lui ferait la distribution d'un pain et de cinq sols par jour allouée aux chanoines. Deux ans après, la duchesse de Bretagne ayant pleinement adhéré au traité de Francfort, la paix fut publiée à Angers, à Bennes , à Nantes, à Brest, par Champagne roi d'armes de France et par Bourgogne roi d'armes du roi des Komains ; tant il est vrai que l'Anjou ne pouvait rester étranger à rien de ce qui intéressait le duché de Bretagne ( 1189). Angers reçut encore, à la fin du xv* siècle, la visite d'un roi de France; Louis XII, en 1198, y vint de Chinon, accompagné de César Borgia , duc de Valentinois. L'ambassadeur du pope déploya un faste insolent ; il descendit au Logis Uarrautl, le plus riche hôtel de la ville. Le maire et les échevins liront présent à Louis XII de deux cents barriques de vin et d'une aiguière eu vermeil.
Cependant les privilèges attachés à la municipalité d’Angers par Louis XI avaient profondément blessé l'orgueil de la vieille noblesse. Ses intérêts les plus chers se trouvaient compromis, d'ailleurs, par cet avènement d'une foule de roturiers avec lesquels elle ne pouvait se résoudre â contracter alliance. Le peuple sur qui pesaient les impôts dont on déchargeait les nouveaux nobles , et auquel ne profitaient pas en retour les bénéfices de la municipalité, commença d'élever, sous le règne suivant, des plaintes et des réclamations que les nobles de race
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appuyèrent avec empressement. Uharles VIII prêta une oreille favorable à toutes ces récriminations, et réorganisa la mairie d'Angers, sans oser néanmoins toucher au privilège de noblesse. L'envahissement des ennoblis et le préjudice causé au domaine eurent dès lors un remède assuré par la réduction des officiers municipaux au nombre de neuf, savoir: un maire, quatre échevins, un procureur, un clerc, un receveur et quatre sergents nommés par le maire et les échevins. L’évèque d'Angers, le doyen de la cathédrale, l’université, les abbés de Saint- Aubin, de Saint-Nicolas et de Saint-Serge, l'abbesse de Konceray et le chapitre royal de Saint-Martin, voulurent également disputer au maire et aux échevins la garde des clefs et la police de la ville, ainsi que l'entretien des fortifications et emparements; mais des lettres -patentes, données à Orléans, le 30 août 1489, maintinrent les magistrats en possession de ces privilèges qui furent d’ailleurs confirmés par Louis XII.
Nous avons dit que François 1" avait donné le duché d'Anjou à sa mère , Louise de Savoie. Cette princesse vint en prendre possession en 1518, et établit sa résidence habituelle au château d'Angers, dont elle habitait le donjon si pittoresque pendant une partie de la belle saison Louise de Savoie aimait les érudits , les artistes et les gens de lettres Elle institua, sous le nom de Grand* Jours , un tribunal d'appel a Angers, qui embrassait dans son ressort les tribunaux inférieurs de la province, et lit elle même le choix des officiers de cette cour, parmi les hommes les plus savants et les plus intègres. Ce fut en son honneur que Jean Bourdigné entreprit d'écrire les annales et chroniques d’Anjou , dont elle agréa la dédicace. François l,r, cédant aux instances de sa mère, la rejoignit à Angers dans le mois de juin-, il était accompagné de la reine, sa femme, et de sa sœur, la duchesse d'Alençon. La municipalité lui fit une réception magnifique, et le peuple manifesta la plus vive allégresse. Le restaurateur des lettres ne reçut pas un accueil moins empressé de l'université , et promit de respecter tous les privilèges qui avaient été concédés à cet illustre corps par les rois ses prédécesseurs. Il quitta quelques jours après Angers, et bientôt aussi la province, ayant hôte de s'éloigner d'un pays où la peste avait commencé à sévir au milieu du mois d'août.
L'Anjou fut une des contrées de la Fiance où éclata la première étincelle des guerres de religion. Déjà, dès avant 1560, les doctrines du calvinisme s'étaient propagées dans la prov ince ; elles y avaient recruté de nombreux partisans , soit dans la noblesse et dans la magistrature , soit dans la classe des bourgeois et des marchands, et jusque parmi le peuple que son ignorance semblait devoir prémunir contre les séductions des idées nouvelles. Un Angevin, nommé Jean Grandin, venait de publier à Paris un livre de conférences avec les ministres de Genève, touchant divers passages de l'écriture-sainte; et un habitant d'Angers, Hené Poyet, le fils du célèbre chancelier, avait été brûlé vif à Saumur, en 1552, comme partisan déclaré de la réforme. Le présidial d'Angers, créé cette année-là même par Henri II, fut donc appelé, tout d'abord , à sévir contre les hérétiques. Le journal de Louvet nous apprend qu'une grande mortalité régna à cette époque dans la ville ; plusieurs martyrs du protestantisme y expièrent en effet leur constance, les uns sur des brasiers ardents, les autres dans des chaudières bouillantes, supplice fort en usage dans la province. A l'ouverture des états provin-
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ciaux , convoqués à Angers le 13 octobre, l’explosion des sentiments qui agitaient secrètement tous les esprits fut aussi prompte que violente. Charles du Lys , interprète hardi des calvinistes, annonça que lu majeure partie de la noblesse « voulait vivre et mourir pour le roi et lui obéir, » mais qu'elle protestait aussi « vouloir vivre selon les commandements de Dieu et non selon la tradition des u hommes. » Cette conclusion déchaîna une tempête. Dans la séance du soir, où tous les gentilshommes s'étaient rendus en armes, Louis Marquis, bachelier estais, se prétendit autorisé por.cinq cents d'entre eux il désavouer Charles du Lys. Un tumulte affreux suivit ces paroles. Les novateurs, qui étaient trois cents environ, attachant aussitôt leurs mouchoirs à leurs chapeaux, en signe de ralliement, tirèrent quelques coups de pistolet sur les catholiques. le prévôt , pour soustraire Louis Marquis à leur fureur, se vit obligé de le conduire en prison, et plusieurs membres de l’assemblée reçurent des contusions ou des blessures graves.
Le gouvernement déploya une grande sévérité contre les auteurs de cette émeute qu'on appela la Journée des Mouchoirs. Un gentilhomme , convaincu de s'étre montré en armes à chacune des séances, paja ce délit de sa tète, et plusieurs membres du Tiers qui avaient assisté au prêche des huguenots furent envoyés à la potence. Mais le calvinisme avait fait des progrès trop sérieux parmi les Angevins : il ne devait point reculer devant ces rigueurs. l!n chanoine de la cathédrale, dévoué sans doute, au fond du cieur, à lu cause de la réforme, favorisa un coup de main que les protestants de lleaugé, de Beaufort, de Ghâteaugontier, de Craon et de Saumur, réunis à ceux d'Angers, tentèrent sur la ville dans la nuit du 4 avril 1561 : maîtres des maisons canoniales, du palais épiscopal et des portes, ils en parcoururent le lendemain tous les quartiers , ayant à leur tète plusieurs gentilshommes. Le sac des églises et des couvents ne se fit point attendre ; les statues des saints furent mutilées et jetées dans la rivière : on ne sait même où se seraient arrêtées ces profanations, si Théodore de licze n'eût exhorté les chefs calvinistes, dans un sermon qu'il prononça aux Augustins, à ne point tolérer désormais de pareilles violences.
En 1362 , les réformés occupaient encore Angers ; mais les catholiques , approvisionnés secrètement de munitions par uii homme de leur parti, se maintenaient toujours dans le château. Cet homme, nommé François Higault, ne borna point là ses services: il réussit, à la faveur de la nuit, à introduire le capitaine Puygaillard dans le château avec un renfort de troupes. Le lendemain, 5 mai, la garnison fit une sortie, surprit tous les postes et chassa les calvinistes au delà des ponts ou les jeta dans la Maine; iiigault, pour prix de son dévouement, obtint le privilège de porter les armes de la ville. Angers devint bientôt un théâtre affreux de vengeances privées et d'assassinats judiciaires. Le duc de Montpcnsier, gouverneur de l'Anjou, se rend dans celte capitale de la province, et y fait traduire devant les tribunaux tous les calvinistes qui n'ont point péri les armes a la main. On les pend avec symétrie aux potences permanentes dressées sur les places du Pilori, de Sainte-Croix, de la Trinité et do la porte Chapelière, et un édit royal , publié à son de trompe , met les protestants hors la loi et autorise les catholiques à courir sus : deux cent quarante-quatre seulement échuppent à la mort par la fuite, et survivent à la ruine de leur parti.
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Il serait trop long et surtout trop pénible de raconter toutes les péripéties de ce drame sanglant. L'édit de pacification de 1563 maintint la proscription du culte réformé à Angers; il ne toléra que l'existence d'un seul prêche à Rcaugé pour tous les calvinistes de l’Anjou. Le retour des protestants angevins dans leurs foyers fut suivi de jours de deuil. Vers le milieu du mois de juin , les premiers symptômes d'une maladie contagieuse se déclarèrent à Angers; l’alarme et la mortalité furent si grandes, que les tribunaux se réfugièrent dans le château de Villevéquc. Un mal beaucoup plus grave désolait d’ailleurs la ville depuis le commencement des troubles; jamais la corruption des mœurs publiques n’avait été si profonde ni ne s'était montrée au grand jour avec autant d'assurance. Le clergé angevin , que plusieurs conciles s’étaient efforcés inutilement de ramener à l'observance de la discipline , se laissait aller surtout à des écarts déplorables. On en eut un exemple terrible dans l’aventure du chanoine Pierre Frétcau, cruellement mutilé par une de ses maîtresses, la belle Agnès, dont il avait irrité la jalousie (1564). Agnès expia son crime sur le bûcher, et longtemps on a vu figurer sur la place du supplice une colonne haute de vingt pieds, surmontée d’une statue allégorique, à laquelle le peuple, oublieux de son origine, avait pris l'habitude de rendre les mêmes honneurs qu'aux images des saints. Au milieu de ce déchaînement des passions, la ville d'Angers est dotée d’une institution précieuse pour son commerce. Charles IX lui accorde, en 1565, un tribunal consulaire, sur le modèle de celui qu'il vient de créer à Paris. Dans cette même année, le jeune roi visite Angers, où l’attendent le duc, d’Anjou et Catherine de Médicis. Il y revint encore en 1570. Charles !X , déterminé à faire la paix avec les protestants toujours redoutables malgré les défaites de Jarnac et de Moncontour, arriva de Brissac à Angers. Il était, cette fois, accompagné du duc d’Anjou. Lorsque l'illustre Pierre Ayrault, lieutenant-criminel et échcvin perpétuel de la ville, complimenta ce prince, il lui fit un tableau énergique de tous les malheurs du temps, et lui adressa ces fermes paroles : « Monseigneur, on peut dire, ou peu s'en faut, qu’il n’y a plus de justice en ce royaume, et qu’elle en est bannie, comme si on luy avoit fait son procès à elle-même. »
Charles IX ne demeura qu’un jour dans le château d’Angers , où il avait établi sa résidence (du 7 au 8 janvier) j il y reçut, au milieu des fêtes célébrées pour le mariage de la sœur du duc de Guise avec le duc de Montpensier, les députés des calvinistes chargés de poser les préliminaires de la paix qui fut signée sept mois après à Saint-Germain. Deux ans nous séparent encore de la Saint-Barthélemy. Dans cet intervalle, Charles IX entreprit un nouveau voyage en Anjou (1571 ). H s'arrêta à Bourgueil, où fut assassiné en plein jour le confident de son frère, Georges de Villequicr, coupable, dit-on, d’avoir trahi le secret du roi. Quel était ce secret? La pensée peut-être qui couvait l'attentat du 24 au 25 août 1572. Dans ce cas, le plan de la Saint-Barthélemy aurait été conçu en Anjou et non pas en Gascogne. Quoi qu'il en soit , un jour avant les massacres de Paris, dans la nuit du 23 au 2V, le duc de Guise écrivit au gouverneur d'Angers, Louis Thomasseau de Cursay, de mettre à mort tons les hérétiques d'Angers. Cursay lui fit une noble réponse dans laquelle il refusait péremptoirement d’exécuter ses ordres; ma;s déjà l'épouvante régnait à Saumur; le
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farouche Montsoreau y présidait aux vengeances de la cour. Sa mission une fois accomplie , Montsoreau marche sur Angers ; il y tue plusieurs calvinistes à coups de pistolet ou de poignard . et ameute la populace dont le concours l'eût aidé infailliblement à noyer dans un torrent de sang la capitale de l'Anjou , sans l'intervention des magistrats et la modération inspirée aux catholiques euxmêmes par la généreuse fermeté de Cursay. Cette conduite eut, du reste, des imitateurs dans le haut et le bas pays ; la loyauté angevine s'indigna de ce qu’on osait lui demander dans de pareilles circonstances, et ce fut en vain que le duc d’Anjou , lui-même , sollicita le savant professeur François Bauduin , l'une des lumières de l’université d'Angers, d’écrire la justification des massacres de la Saint-Barthélemy, l'n autre savant, le bibliographe Gabriel Naudé, de Paris, fut plus tard moins scrupuleux.
Après la mort de Charles IX , Henri III donna son ancien apanage à François, son frère, duc d’Alençon, afin de le détacher du parti des malcontents unis aux calvinistes. Ceux-ci , en s’appuyant sur eux , avaient effectivement acquis assez . d'influence dans l’Anjou , vers les premiers mois de 1576, pour dominer à Beaufort, Bourgueil et Saumur , et le roi de Navarre avait essayé même de surprendre la ville d’Angers. Un des premiers actes du duc d’Alençon fut de confier le gouvernement de son nouvel apanage à l’un de ses favoris, Bussy d’Amboise. Fa province entière gémit hieutét sous l’oppression la plus odieuse. Les habitants les plus riches, protestants ou catholiques, victimes des exactions et des violences de Bussy, n’échappèrent à la mort ou au pillage qu’en cherchant un refuge à- Nantes. La misère fut surtout excessive à Angers , et l'argent y devint si rare que les marchands les plus accrédités imaginèrent une monnaie de parchemin sur laquelle était gravée l’empreinte du poinçon avec lequel ils marquaient leur vaisselle d'étain. I.e 22 octobre, les états provinciaux se réunirent dans cette ville pour nommer des députés aux états-généraux convoqués à Blois Parmi les plus illustres membres de l'assemblée générale de la nation, on distingua nlors le savant publiciste Jean Bodin, citoyen d’Angers, issu d’une très-ancienne famille de l’Anjou, et député de la province de Vermandois. Ce fut lui qui, devenu président du Tiers, fit arrêter par les états, malgré les conciliabules tenus contre la paix du royaume par les partisans des Guise, «que Sa Majesté serait suppliée de ramener ses sujets è l’unité catholique, mais sans employer la force ni les armes. »
En 1578 , le duc d’Alençon vint se mettre en possession de son duché d’Anjou. I.’évêque Gabriel Bouveri, qui avait été son précepteur, lui offrit un dîner splendide dans la grande salle du capitole. Les courtisans du duc, trouvant mauvais sans doute qu’un simple prélat eût adressé pareille invitation à un prince, feignirent tout à coup de se quereller et jetèrent les plats avec la vaisselle par les fenêtres. L’annéfe d’après, Bussy tomba dans une embûche, sous les coups de Montsoreau dont il avait séduit la femme. On lui donna (tour successeur Te comte de Cossé-Brissac, dévoué aux intérêts de la Ligue. Le nouveau gouverneur êta le commandement de la ville et du château au capitaine Michel Borrouge du Hallot, et en confia la garde à un offlc'er normand appelé Boucaullcs. Vers ce même temps , Henri III , effrayé des progrès du duc de Guise , renoua secrè-
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tement avec les partisans du roi de Navarre. Les deux princes tentèrent inutilement d'enlever Angers au moyen d’une surprise. Henri III s'adressa au capitaine Ou H al lot, auquel le Béarnais adjoignit deux de ses créatures , Léon de Fresne et Louis Boucherot de Rocliemorte. Ces trois hommes s’emparèrent d'abord du château ; mais ils en furent presque aussitôt dépossédés par les habitants. Rochemorte périt sur les créneaux ; Léon de Fresne suecomba également. Du Hal’ot , désavoué par Henri III , fut rompu vif sur la place du Pilori ( 1585). Tout était donc Uni, lorsque le prince deCondé, qui s’était mis en route avec sa petite armée, à la première nouvelle de l'occupation du château par les conjurés, arriva sous les murs d'Angers pour hâter la réduction de la ville. Ses troupes s'emparèrent sans trop de peines des faubourgs de Bressigny et de la Madeleine ; mais le lendemain , ayant échoué dans une seconde tentative et voyant tout le pays se soulever contre eux, les huguenots se retirèrent précipitamment. L'armée protestante, composée d'environ quatre mille combattants presque tous gentilshommes , n'échappa à une destruction complète qu'en se dispersant et en s'éparpillant dans la camjiagnc par petites bandes.
Le comte de Cossé-Brissac assista aux seconds états-généraux convoqués à Blois en 1588. De retour à Angers, il le poussa ouvertement à la révolte : les habitants, se déclarant pour la Ligue, tendirent des chaînes et se barricadèrent dans leurs rues ; le château seul reconnut l’autorité du roi , grâce à l’incorruptible loyauté de son commandant, Donadieu de Pichery. Le maréchal d’Aumont, envoyé à Angers avec des troupes par Henri III, le fait rudement rentrer sous l'obéissance de la couronne; il exile les principaux ligueurs, destitue les magistrats suspects, les emprisonne, les condamne h des taxes énormes, et frappe en outre sur la ville d'abord une contribution de guerre de vingt-six mille écus, ensuite une autre de cent mille. Henri III, pourtant, ne se croit pas encore silr des Angevins : il veut leur imposer pour gouverneur Loignac, un des meurtriers du duc de Guise; bientôt il le révoque, sur leurs instantes réclamations, et leur envoie la Hochepot. Le 5 août 1589, à la nouvelle de l'assassinat du roi par Jacques Clément, les habitants prennent encore les armes ; on ferme le palais, les Ligueurs relèvent la tète et renouvellent le serment de l'Union ; les membres du présidial se réfugient à Châteaugonticr plutôt que de prêter serment à un roi hérétique.
La Hochepot ne se maintenait donc à Angers qu’avec de grands efforts. Mais l'heureux succès de ses expéditions contre les petites villes de Beaupréau et de Chaloimes , et la prise de Châteaugontier, du Mans et de Laval par Henri IV, changèrent bientôt la face des affaires. Le roi fortifia encore son parti en accordant aux habitants de la métropole angevine, bannis de ses murs, la permission de revenir dans leurs foyers ( 1590). Les ligueurs d’Angers comptaient encore, il est vrai, sur les secours de la Rretagne, à laquelle une communauté d'intérêts et de sentiments attachait alors l'Anjou comme au temps de la confédération des Armoriques. Mais Mer coeur fit une pointe hardie en Anjou, et sa victoire de Craon eut peu d'influence sur la situation générale de la province (1592). le duc de Mercœur ne tarda pas à reconnaître lui-même qu'il devait renoncer à l'orgueilleux espoir de placer sur sa tête la couronne ducale de Rre-
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tagne. Des conférences pour la paix ouvertes en premier lieu à Ancenis, puis transférées dans la capitale de l'Anjou (1596-159"), aboutirent à une trêve dont la durée devait s'étendre du 17 octobre 1597 au 1" janvier 1598. Il ne restait plus aucune place il la l.igue dans toute la province, lorsque Henri IV arriva, le 7 mars, à Angers, au commencement de celte année. Merrœur, attaqué en Bretagne par Cossé-Brissac, rallié depuis .peu à la rause royale, s’effraya de son isolement et députa la duchesse sa femme vers le roi, afin d'obtenir son pardon. Les conditions de Henri furent d’abord assez dures, il n'avait encore vu que les envoyés de la duchesse : celle-ci, s'étant présentée dans sa litière aux portes de la cité angevine, eu avait été rudement repoussée par les bourgeois. Gabrielle d'Estrées, méditant le mariage de son fils César avec la tille de la duchesse, alla la trouver aux PonU-de-Cé; et les deux femmes, rapprochées par un commun intérêt, tirent leur entrée à Angers dans la même litière. Le roi, persuadé d'un côté par les désirs de sa maltresse, séduit de l'autre par les grâces de la spirituelle duchesse de Mercœur, consentit, malgré les sages remontrances de Sully, à négocier une soumission qu'il était désormais impossible au duc de différer davantage '. Il faut lire dans les Mémoires de Sully toute cette affaire si curieuse, où le cœur du roi est mis à nu par son ministre , de la manière à la fois la plus naïve et la plus noble. I.es fiançailles de César de Vendôme avec Françoise de Lorraine , fille du duc de Mercœur, furent célébrées dans le château et suivies des fêtes les plus brillantes. Henri IV ne partit d'Angers que le H du mois d'avril, après avoir scrupuleusement accompli toutes les pratiques religieuses que lui imposait son titre de roi très-chrétien.
L’existence politique d’Angers s’arrête ici • elle défaille en quelque sorte avec le siècle. De la fin du règne de Henri IV à celui de Louis Xtll , pas un épisode bien significatif à noter dans son histoire. Eu 1619, Marie de Médieis, qu'une réconciliation éphémère a rapprochée du jeune roi, vient prendre possession du gouvernement d'Anjou, et fait son entrée, le 16 octobre, à Angers, « au milieu des arcs-de-triomplve » ; six mille bourgeois en armes s'étaient portés à sa rencontre pour lui faire honneur. Louis XIII s'alarme bientôt de l'absence de sa mère: le favori de Luynes entretient et excite ses soupçons; les princes ont d'ailleurs rejoint séparément Marie de Médieis, à laquelle ils conseillent de se défendre. Le roi, pour rompre leurs mesures, s'avance vers l'Anjou où la reine a réuni une armée : désirant faire bonne contenance, elle essaie une promenade militaire du côté de La Flèche ; presque tous ses partisans l’abandonnent en chemin, et elle se voit réduite à battre précipitamment en retraite sur Angers. L’archevêque de Sens lïuperron, le président Jeannin, les ducs de Montbason et de Bellcgardc, lui apportent des propositions de paix : elle les accepte; mais, avant qu'on ait pu en discuter les articles, Louis XIII, arrivé en vue du Pont-de- Cé, fait une reconnaissance jusqu'aux portes de la place, où scs troupes entrent pêle-mêle avec celles de la reine, qui ont reculé dès le premier choc. Marie de Médieis, enfermée dans Angers, ne puuvant plus chercher un refuge en Poitou depuis la prise du Pont-de-Cé, n'a plus d'autre ressource que de mettre bas les
!. C'est au château de Briolay, situé à dix kilomètres d'Angers , que le duc de Merecrur fut reçu en grire |«r Henri IV.
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armes; elle dépêche scs ministres vers les plénipotentiaires ,du roi, et la paix est signée à Brissac (août 1620). On prétend que quelques brouillons a> aient conseillé à la reine de désarmer Angers et de piller la ville , pour se frayer ensuite un passage à travers la Loire jusqu’à Angouléine; elle en fut détournée par l'évêque de I.uçon, Richelieu, et surtout par la courageuse fermeté du père Joseph, qui la rendit responsable de tous ces désordres devant Dieu.
Il y avait, à Angers, on le voit, un esprit d’opposition qui se manifestait dans toutes les circonstances, et qu'à la première vue il semble difficile de concilier avec la mollesse angevine devenue depuis longtemps proverbiale ( molles , faciles Andeyavi). Aux états-généraux de 1614, le tiers-état de l'Anjou avait été représenté par Étienne du Mesnil , ancien maire d'Angers , et par François I-asnier, lieutenant-général civil de cette même ville; ce dernier s'était honoré par un langage d'une élévation et d'une hardiesse extraordinaires , et dans lequel il y avait comme un pressentiment de la révolution de 1789. « La France est notre commune mère, qui nous a tous alaités, » avait-il dit en s'adressant à la noblesse ; o messieurs de l'Église ont eu la bénédiction de Jacob et de Rebecca , et ont obtenu et emporté le droit d'atnesse ; vous en êtes messieurs les puînés , et nous en sommes les cadets. Traitez-nous comme vos frères cadets et comme étant de la même maison , et nous vous honorerons et aimerons. Sourentesfois les cadets ont relevé, l'honneur des maisons que les aînés avaient ruinées. » Ces belles paroles furent dénoncées au roi comme une insulte , par une députation du corps de la noblesse.
A l'époque de la Fronde , les habitants d’Angers se montrèrent tout d'abord hostiles au cardinal Mazarin. I.e maréchal de MaiHé-Brezé , qui était alors gouverneur du Saumurois et de l'Anjou , ordonna au maire de lui envoyer les clefs de la ville ; sur son refus, il y fit entrer des troupes qui se livrèrent aux plus déplorables excès. Le maréchal, honteux et chagrin de ces rigueurs que Gilles Ménage lui reproche avec amertume, dans la Vie de son père Guillaume Ménage, ne larda point à donner sa démission ; il fut remplacé, en 1649, par le duc de Rohan-Chabot, auquel la municipalité, sachant bien qu'il était au fond du cœur pour le parti des princes, fit une réception des plus cordiales (1650). I je duc se déclara bientôt, cri effet, contre la cour; et l'évêque d'Angers, Henri Amauld, l’un des fils du célèbre Antoine Arnauld, ayant voulu apaiser les troubles, vit se fermer devant lui les portes de la ville. I-cs maréchaux d'Itocquincourt et de La Meilleraye se présentèrent enfin sous les murs de la place ; Rohan ne put leur opposer une longue résistance , et se rendit sans avoir éprouvé de pertes considérables (1652). C'est au château d'Angers , qu'après son arrestation à Nantes, le surintendant des finances, Fouquct, fut conduit par « le sieur d’Artngnan, sous-lieutenant des mousquetaires à cheval,» ainsi qu'il est dit dans la lettre de Louis XIV aux officiers municipaux de la ville (septembre 1661). Vingt-huit ans après , Angers vit arriver dans ses murs un homme tombé de bien plus haut encore. Jacques II , chassé d'Angleterre, y vint, le 2 mars 1689, et le lendemain prit le bateau qui devait le conduire en Bretagne , où l'attendait la flotte mise à sa disposition par Louis XIV; au retour de sa malheureuse expédition d'Irlande , ce prince repassa par Angers, le 15 janvier 1692, et, la même année,
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s'y rendit une troisième fois encore, allant à Brest recevoir les débris de ses régiments ainsi que les émigrés irlandais auxquels Guillaume lit avait permis de s’embarquer pour Ig France.
Le mouvement religieux que la réaction contre le protestantisme avait déterminé en Anjou, dès le commencement du xvir siècle, fut particulièrement remarquable dans la ville d'Angers. Du règne de Louis XIII à la fin de celui de Louis XIV, il ne s’y éleva pas moins de quatorze monastères, communautés ecclésiastiques ou pieux établissements de bienfaisance : Minimes, Ursulincs, Oratoriens, Dames du Calvaire, Carmélites, Visitandines, Récollets, Communauté de la Croix, Missionnaires, Petits-l’ires, Maison de refuge , Séminaire, Bon Pasteur, Maison de la Providence (1617-1750). On reconstruisit, en outre, Saint-Nicolas, Saint-Serge et Saint-Aubin, les trois abbayes de l’ordre de Saint- Benoit situées dans la ville même.
Colbert essaya de pousser la métropole angevine dans les voies de l'industrie et du commerce; il voulut intéresser les habitants aux opérations des négociants de Nantes, par l’intermédiaire de la compagnie des Indes orientales. Grâce à quelques étrangers dont il favorisa ou provoqua les efforts, plusieurs manufactures et fabriques furent introduites à Angers ; celte ville dut l’industrie des toiles peintes et imprimées aux frères Thomas et François Danton (1752), et celle des toiles à voiles à MM. Bonnairc et Loizillon, dont l’établissement occupa bientôt deux cents métiers, et acquit une si haute importance qu'il reçut la qualification de manufacture royale (1757). Un fait curieux témoigne d'ailleurs d'un progrès remarquable duns les mœurs industrielles : dès 1686, il existait une association des négociants d'Angers avec ceux d’Orléans, pour «assurer la navigation libre de la Loire et des rivières qui s'y jettent. » Le commerce prit peu à I>cu un tel accroissement, que les quatre foires frnnches accordées par Louis XI n'étant plus suffisantes, il en fut créé huit autres, dont on 0\a le terme au deuxième mardi des mois qui n'était occupé par aucune des quatre foires primitives. En 1740, il y avait dans la capitale de l’Anjou environ soixante-cinq communautés d'arts et métiers.
Les institutions municipales, auxquelles les habitants d’Angers devaient aussi en grande partie ce mouvement industriel et commercial, n'avaient pas été moins favorables à l’assainissement et à la décoration de la ville. Du XV siècle jusqu'aux premières années du xvm\ nous voyons la mairie relever les fortifications d'Angers sur les plans de Philibert Delorme , et en dégager les abords en faisant raser les ouvrages avancés; faciliter les communications par le percement de nouvelles portes, ouvrir des rues nouvelles, élargir les anciennes, exhausser le sol, le paver, et garantir ainsi les bas quartiers des inondations périodiques par lesquelles ils étaient en quelque sorte submergés. La ville doit encore à scs magistrats , ou à leurs familles ennoblies , scs édifices les plus curieux sous le rapport de l'art, tels que la maison commune, â laquelle fut ajouté, en 1684, un grand corps de bâtiment; le logis Barrault, ainsi nommé du nom de son propriétaire, Olivier Barrault, trois fois maire d'Angers; l'hôtel d'Anjou ou du Figuier, les logis Lasnier et l.ouet, et l'hôtel de Lanereau, tous quatre élevés également par des familles nobles d'origine municipale. La com-
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mime avait toujours montré une profonde sollicitude pour les soulTranres des classes pauvres. Elle augmenta les revenus de l'Hôtel-Dicu par son intelligente administration, réunit è l'ancienne aumônerie des Renfermés les bâtiments et les dotations de plusieurs autres aumôneries, ainsi que les rentes appartenant aux ladreries de la Madeleine et de Saint-l-azare , acquit de l'université le collège de la Fromagerie, et en lit une annexe de l'hôpital général, ou hôpital Ayrault, lequel fut réorganisé, en 1672, par lettres-patentes de Louis XIV, sous le nom d’hospice général de la Charité. Ne négligeant enfin, dans sa sollicitude et sa prévoyance , rien de ce qui concernait l'instruction , la sûreté et la richesse publiques, elle divisa la ville en dix-sept quartiers, dont elle confia la surveillance à quatre bourgeois , demanda au roi , en 168V , des lettres-patentes pour la création de l'académie royale d'Angers, fonda le nouveau collège des Oratoriens (1690), et racheta du chapitre de Saint-Laud le droit du dixième sur toutes les espèces d’or et d'argent fabriquées à l'hôtel des Monnaies d'Angers , qui leur avait été concédé par Geoffroy-Martel, sans pouvoir toutefois relever cet établissement de l'état de déchéance où il était toml>é depuis longtemps.
Tandis que la municipalité s'acquittait ainsi de ses devoirs avec un soin tout paternel et une persévérance infatigable', la royauté, toujours besogneuse et avide d'argent, cherchait a lui ravir ses droits, au moyen de quelques mesures fiscales. Dépouillée, en 1661, du privilège de noblesse, par l'édit qui l'abolissait partout où il existait dans le royaume, la mairie angevine se vit trois ans après réintégrée dans cette prérogative; mais ce fut en faveur du maire seulement que deux élections successives auraient porté à ces fonctions, et à la condition pour lui de vivre noblement. Louis XIV, en 1692, ayant substitué aux mairies électives des charges en titre d'offices héréditaires , fixa les gages du maire d'Angers it deux mille livres. Sous Louis XV, le prix de la mairie d'Angers monta jusqu'à cent dix mille livres, et l'on créa deux maires, appelés alternatifs, parce que chacun d'eux en exerçait tour à tour les fonctions. La vente de tous les offices produisit la somme de sept cent, quatre-vingt-seize mille livres : ils furent supprimés, en 172V, malgré Ledit /ler/irtuel et irrévocable qui les déclarait héréditaires, et le gouvernement les remboursa en rentes au denier cinquante. Avant la révolution, et depuis 1773, la mairie était redevenue élective au deuxième degré : en ce sens que , pour les places de maire, de lieutenant de maire, d'échevins au nombre de trois et de conseiller perpétuel , les corps et paroisses avaient le droit de présenter trois candidats au prince apanagiste du duché d'Anjou, lequel en nommait un à chacune de ces fonctions.
Dans le laps de temps qui s'est écoulé depuis la création de In municipalité jusqu'à la période où nous sommes parvenus, on a remarqué sans doute que l’Université d'Angers ne s’est jamais mêlée directement à l'histoire politique ou religieuse de la ville. Absorbé pnr les travaux de l'enseignement, cet illustre corps, dont les privilèges furent successivement confirmés par tous les rois de France , ne s'éloigna jamais de ses paisibles habitudes. Malheureusement cet esprit d’ordre et
1. Bodin , dans ses recherches sur le bas Anjou., donne lu liste des maires d'Angers, où nous voyons figurer plusieurs tuaghlruis illustres : Pierre Ayiault, Martineau, Cupif, Sou rr eau de PEplnaye, (labriel Dupiueuu , qui mérita la Mie «pialiHeatinu de père du peuple, ete., etc.
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de réserve n’avait pas pénétré dans la classe des étudiants qui fréquentaient les quatre facultés : une telle corruption s’élait déjà introduite parmi euv vers la fin du xv siècle, que les chefs de ('Université réclamèrent de Louis XI, en 1478, un frein contre l’insubordination et la licence de leurs auditeurs! Ce prince rendit aussitôt une ordonnance, dans laquelle défense fut faite aux écoliers, de quelque état ou condition qu’ils fussent, « de porter des armes de jour ou de nuit, » et surtout de se servir a d’exécrables, vilains, détestables et inhumains jurements, » sous peine des châtiments les plus terribles, gradués suivant l'importance du délit, et en ayant égard à la récidive, savoir : la prison, le fouet, le bannissement, les oreilles coupées, la potence, la langue percée d'un 1er rouge. Cette indiscipline n'en persista pas moins, malgré l’ordonnance de Louis XI : le port de l’épée, que l'on ne put absolument interdire aux écoliers, fut pour eux une orcasion constante de disputes et de désordres. Il faut lire dans la dissertation de Pocquet de Livonière sur l'Université d'Angers, quels étaient sous Louis XIV les moeurs et le caractère des étudiants. Nul , dans la ville, ne pouvait se croire à l'abri de leurs insultes; c'étaient des rixes sanglantes pendant le jour, des scènes de débauche pendant la nuit. U dévotion et les pratiques de la piété s'alliaient à tous ces scandales. Chaque nation avait sa fête qu'elle célébrait avec pompe, en la coupant d'intermèdes qui se passaient au cabaret. La brillante procession du sacre, surtout, donnait lieu à toutes sortes d'extravagances de la part de cette turbulente jeunesse. Placés comme musiciens à la tête du cortège, les écoliers s'arrêtaient devant tous les balcons où ils apercevaient de jolies femmes, et, forçant à chaque instant la procession à suspendre sa marche, les saluaient « avec des airs profanes , comme s'il avait été question de faire des sacrifices à Vénus. »
L'histoire d’Angers, sous Louis XV et Louis XVI, se borne, y compris les quelques laits que nous avons exposés déjà et qui empiètent sur cette époque, à des détails d'un intérêt purement administratif ou biographique : tels que l'exil auquel la cour condamna l'évêque Poncet de la Rivière , en punition de la hardiesse de ses jugements sur le régent dont il avait été contraint de prononcer l’oraison funèbre ; la fondation de la maison de retraite pour des [prêtres âgés, celle de l'hospice des enfants trouvés et des incurables (1734-1778); la construction de l'Académie de manège, qui ne coûta pas à la commune moins de quatre cent mille livres ( 1753) ; l'établissement d'une école des frères de la doctrine chrétienne par l’évêque Jean de Vaugirault ; l’érection de la bourse de commerce et l'augmentation du nombre des juges consulaires portés de trois à cinq { 1741- 1755). Un arrêt du conseil royal concéda, en 1757, à l'administration municipale la propriété des fossés, des murs et des fortifications de la ville.
Angers, par sa situation géographique, joua un grand rôle dans les guerres civiles de l’ouest et devint un des centres les plus importants des opérations des armées républicaines contre les royalistes des départements de Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sartlic, d’Ille-et-Vilaine, delà Loire-Inférieure, des Deux- Sèvres et de la Vendée. Dès les premiers troubles de la révolution, le voisinage de la Bretagne mit cette ville en contact avec l'esprit de résistance et d'innovation , qui commençait à agiter profondément les peuples Les Angevins suivirent, avec un intérêt toujours croissant, les diverses péripéties de la lutte des Bretons d'alaird