‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 94 sur 128 · BEAUFORT. — BAUGÉ · texte numérisé non relu

BEAUFORT. — BAUGÉ

Beaufort et Baugé occupent, à l’est d’Angers, le plateau compris entre In l.oirc et le Loir, l'ancien comté de deçà Maine, la région essentielle et primitive de l'Anjou , la partie principale de l’angle tourné vers Paris ; ils en sont la double clef et le double centre.

Beaufort peut être considéré, bien qu'on en ignore l'origine précise, comme l'une des plus anciennes villes de l'Anjou. A l’époque à laquelle elle fut fondée, par la pensée même de sa fondation, et longtemps après, elle s’est trouvé placée dans la vallée de la Loire, h la limite de la terre et de l’eau. La Loire et ses affluents dans la primitive liberté de leur cours s'épanchaient jusque-là. Beaufort était l' entrepôt de la contrée sur le fleuve. La route d'Angers à Saumur et à Tours passait aussi par là ; Beaufort était la sentinelle préposée à sa garde. Iji levée, dont on fait remonter l'idée jusqu’à Charlemagne, lentement exécutée par l'effort de plusieurs siècles, a changé ces conditions; en resserrant les eaux au midi, elle a relégué aujourd'hui Beaufort à une lieue du lit actuel de la Loire, et lui a enlevé la route qui le traversait.

Il ne paraît pas que Beaufort ait eu, jusqu’au xiv' siècle, d’autres seigneurs directs que les comtes d’Anjou; on peut croire qu’en raison de sa position, à la fois importante et voisine d’Angers, ils tinrent à l'occuper eux-mêmes. En 1310, Philippe de Valois l’érigea en comté et le donna à Ciuillaume Roger, frère du pape Clément VI et père du pape Grégoire XI , dont la postérité le conserva longtemps. Beaufort revint ensuite aux ducs d'Anjou, et fut engagé au profit de Jean I", duc de Bretagne , pour garantie de la dot d'Yolande d'Anjou, qu'il avait' épousée. René le racheta en 1469 , et le constitua en douaire au proflt de Jeanne de Laval, sa seconde femme. Après la mort de Jeanne, Beaufort revint à la couronne, dont il fut encore quelquefois détaché à des conditions diverses, mais accidentellement et par des exceptions de courte durée Beaufort avait un château construit sur une éminence, et si admirablement placé que son horizon embrassait Saumur, Angers et les quinze lieues de pays situées entre ces deux villes. Ce château était la résidence des comtes de Beaufort. René l’habita souvent. Jeanne de Laval y vécut dix-huit ans, et y mourut en 1498. Aujourd'hui, il n’en reste plus que des ruines que la commune loue , et qui sont occupées par de pauvres familles. Il a été démoli en partie , avant la révolution.

Beaufort a été plusieurs fois occupé par les Anglais En 1213, après la ronfisration de l'Anjou par Philippe-Auguste, Jean-Sans-Terre s'en rendit maître. En 1370, les bandes de Ganollc en firent un de leurs quartiers; ce fut Duguesrlin * qui les en chassa , après un engagement assez vif qui eut lieu dans la vallée où les Anglais furent surpris et assez rudement battus. En 1420, le duc de C.larenee ni. 62

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vint s’y établir, après avoir échoué dans le siège d'Angers, et y resta plusieurs mois. Pendant les guerres religieuses du xvi* siècle , Beaufort Tut le point où se donnèrent rendez-vous et où se rallièrent les protestants des provinces du Nord , pour de là passer la Loire et se joindre à la masse de leurs coreligionnaires armés qui occupaient le midi de l'Anjou et le Poitou (1508). En 1793, cette ville se trouva sur le chemin de l'armée vendéenne , qui l'occupa.

La municipalité de Beaufort fut de bonne heure l'une des plus fortement constituées de l'Anjou. On peut en faire remonter l'origine au xiv* siècle; ses éléments ne furent toutefois définitivement régularisés qu'au xvr. Le registre officiel des délibérations municipales ne date que de 1594. Henri IV, en 1599, voulut avoir l'avis de la congrégation des manants de Beaufort , au sujet de l'établissement d'un couvent de récollets dans leur ville. Le personnel des ofTiciers municipaux se composait , en 1761 , d’un maire , de deux échevins , d'un procureur syndic et de sept avocats procureurs. Beaufort a perdu son ancienne juridiction des eaux et forêts; mais quoique un peu déchue de son importance administrative , elle est toujours le grand marché agricole de la contrée , et renferme 6,000 habitants. En 1842, on a élevé solennellement, sur une de ses places, la statue de Jeanne de Laval, dont les bienfaits ont laissé des souvenirs vivants et toute une tradition de reconnaissance dans la population.

Autour de Beaufort se groupent un certain nombre de communes, les plus riches de France peut-être, et qu'on a longtemps appelées ses Fillettes. En 1834, quinze d'entre elles possédaient, à l'état de communs, pour plus de sept millions de fertiles pâturages, dont on a aliéné depuis une partie. La constitution de ces communs forme un des points les plus curieux de l'histoire à la fois féodale et industrielle de l'Anjou. Terrains conquis par la levée aux dépens de la Loire et de ses affluents, ils furent abandonnés aux populations en compensation des renées qu'on imposa pour leur conquête même; et, depuis, possédés à peu près en franchise , ils ont été la source de la prospérité agricole de la contrée. Ix's Fillettes de Beaufort, celles particulièrement qui touchent à la levée et qui se développent presque sans solution de continuité de manière à n'êtrc bientôt qu'un faubourg indivis entre Angers et Saumur, sont aujourd’hui grandes comme leur mère. Le voyageur qui passe sur la route et dont l'œil peut plonger au sein de ce petit pays, y saisit, sous un aspect unique le mieux encadré et le plus attrayant, le développement de la richesse moyenne : aspect sans châteaux, mais sans chaumières ; dépourvu de grands contrastes , mais vert , fleuri , lustré j aspect moderne et romfortable, type bourgeois si l'on veut, mais où le travail et l'aisance de tous chantent un hymne quotidien qui vaut les rêves champêtres et toutes les idéalités pastorales de l'antiquité.

Baugé s’élève au centre du plateau. Sa première fondation est due à Foulques-Néra (987-1040). C'est une des vingt ou vingt-cinq villes stratégiques dont il hérissa ses frontières , porte destinée par lui à s’ouvrir sur le comté de Blois pour l'attaque, et à se fermer contre lui pour la protection de l'Anjou. Baugé se divise aujourd'hui en deux parties : l'une, située sur le Coisnon et au sein même de sa gracieuse vallée , qui est la ville proprement dite; l'autre, à dix

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