‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 95 sur 128 · BEAUFORT.— BAUGÉ · texte numérisé non relu

BEAUFORT.— BAUGÉ

minutes de là, sur la côte, qu’on appelle Baugé-le-Vieil, et qui n’est qu'un village. Le château de Foulques, dont il ne reste plus rien, avait été construit à Baugétc- Vieil. La population s'en éloigna , sous René, pour se porter IA où elle est aujourd'hui (1434-1474). René avait pris en affection particulière le Coisnon et sa vallée. Il s'y (U élever un chAteau , qui a été le centre du nouveau Baugé. Ce château existe encore aujourd'hui René, qui l’habita souvent, y vivait en précurseur bénévole de la renaissance, faisant de l’art comme un duc et de la politique comme un artiste, s’occupant de cultiver les roses de Provins ou d’enluminer quelque importante bagatelle, quand Louis XI vint mettre la main sur Angers sans qu’il l’eût deviné , et lui prendre l’Anjou sans qu'il fit rien pour le retenir (IMl).

Baugé ne fut point, è proprement parler, inféodé avant la réunion de l’Anjou à la couronne. Richard Cœur-de-Lion le donna à Geoffroy, son frère, évêque de Lincoln, mais A titre viager (1188). Guillaume Desroches, qpi, dans l’intervalle de la première dynastie des comtes d'Anjou A la seconde, gouverna la province comme sénéchal et au nom du roi , reçut Baugé de Philippe- Auguste pour le posséder à titre provisoire ( 1206). Marguerite de Provence , veuve de Louis IX, eut ensuite assignation d’un revenu de vingt mille livres à prendre pour partie sur Baugé. Ces cas exceptés , il ne parait pas que Baugé ait été distrait de la possession directe des comtes d’Anjou. Après la réunion de la province A l’État, Louis XI donna Baugé 6 Pierre de Rohan, maréchal de Gié, en échange de la vicomté de Vire. De nouvelles stipulations, intervenues sous Charles VIII (1513), permirent le rachat que ne s’était pas réservé Louis XI ; et , en 1515, Charles d’Alençon , avec le consentement du roi, racheta Baugé, qui se maintint depuis dans sa descendance , en passant dans diverses familles par les femmes.

En 1421, une bataille importante fut livrée aux Anglais, A la porte de Baugé. Le duc de Clarence occupait Beaufort. Il avait échoué dans le siège d’Angers ; mais il ne cessait pas de menacer cette ville, dont la prise , selon la remarque de Villaret, aurait ouvert A l’ennemi l’entrée du Poitou , et aurait contraint le Dauphin de se réfugier aux dernières extrémités de la France méridionale. Le maréchal de Lafayette s'avança pour chasser les Anglais de l'inquiétante position qu’ils avaient prise. Il était déjà à Baugé, quand le duc de Clarence fut averti de sa marche. «Ce qu’apprenant , a dit Bourdigné , « le duc de Clarence saillit hors de la table , et laissa le boire et le manger, disant : — Aux armes ! seigneurs , allons courir sus ces ribaulx. « La cavalerie anglaise courut en effet vers Baugé, et eut la présomption d'y arriver seule et sans se faire appuyer d’aucun corps d'infanterie. « Quand les deux armées se apperçurent , » dit encore Bourdigné , « avecque grant bruyt et tumulte , ils laissèrent courir lung contré l’autre , et le premier qui desrangea du costé des Anglois fut le duc de Clarence; et contre lui s'adressa de Fontaines, et choquèrent si rudement l'ung contre l'autre, que le duc de Clarence fut porté par terre qui oneques puis n'en releva, et furent IA déconfits les Anglois et perdue grant partie de la noblesse et chevalerie d'Angleterre. » Cette victoire eut les effets qu'on en avait espérés ; les Anglais abandonnèrent Beaufort et les parties de l'Anjou qu’ils occupaient, et se retirèrent immédiatement en Normandie L'endroit où fut livrée la bataille de Baugé s'appelle aujourd'hui encore le Champ de

ANJOU

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bataille. Les habitants font voir une pierre, non loin de là, sur laquelle ils croient reconnaître l'empreinte des pieds du cheval d’un général anglais qui aurait pris la fuite dans cette direction. Baugé, qui semble être resté en dehors des guerres religieuses du xvr siècle, fut assigné comme prêche aux protestants de l'Anjou par l’édit d’Amboise de 1563.

Anne de Melun, cette fille du prince d'Épinay, célébré par sa beauté, plus célèbre encore par son dédain pour les triomphes de la vanité et du monde auxquels sa beauté pouvait prétendre, fait époque dans l’histoire de Baugé. C'est là que, fuyant le momie et cédant aux ardeurs d'une vocation extraordinaire, après s’être essayée quelque temps, dans un cornent de Saumur, aux pratiques de la piété contemplative, après en être sortie pour chercher ailleurs une vie de charité plus active et plus ellicacc; c'est là quelle vint réaliser enfin son idéal, par la fondation d'un hôpital (1650), aux soins duquel elle se consacra de sa personne, qu'elle dota avec sa fortune, et qui a longtemps été l'un des plus considérables et des mieux tenus de toute la rontrée. La fondation de cet établissement n'est pas le seul bienfait que la ville de Baugé doive à Anne de Melun. Pendant la Fronde ( 1652) , un soldat , appartenant à un régiment de lansquenets, de passage à Baugé, fut assassiné par un habitant; ses camarades, par représailles, voulaient mettre la ville à feu et à sang, et déjà ils étaient à l'œuvre, l’épée et la torche à la main. Anne de Melun, dont l'humilité avait jusqu'alors scrupuleusement dissimulé son illustre rang, et qu'on ne connaissait que sous le nom de sœur de La Haie, sortit de sa retraite, vint intercéder auprès des chefs, se fit connaître et obtint, surtout par cette révélation, le salut de la ville qu'elle avait adoptée. Anne de Melun vécut trente ans à l'hôpital de Baugé, et y est morte. Les événements de la révolution ayant ramené la guerre civile dans le pays, lleaugé fut occupé ou plutôt simplement traversé par les Vendéens , en 1793.

Baugé, ancien chef-lieu d'élection, est aujourd'hui le siège d'une sous-préfecture ; on y compte environ 3,000 Ames , et l'arrondissement en renferme 80,500. t’,ctle ville doit son hospice des incurables à une autre femme moins célèbre qu'Annc de Melun, mais non moins charitable, à Anne llardouin de la Girouurdière (178V). Anne de la Girouardière a non-seulement laissé sa fortune à l'hospice, mais, comme Anne de Melun, qui parait avoir été son modèle, elle s'est consacrée jusqu'à la fin de sa vie aux soins de cet établissement.

Beaufort et Baugé ont donné le jour à quelques hommes d’une certaine notabilité. Jeun Colin, qui a donné la première traduction française d'Hérodien, Tarin, auteur de divers ouvrages cl recteur de l'académie de Paris au xvu* siècle, et le jésuite et prédicateur Jacques tiiroust, sont nés tous les trois à Beaufort. Baugé a donné le jour à l.e Maslc, auteur de quelques mauvaises poésies et notamment d'un chant d'allégresse sur la mort de Coligny, à Cous de la tlouluye, voyageur célèbre, et à ls Maignan, député à l’Assemblée constituante.1

I. Ihmnligné, Annales de l’Anjou. — Bot lin , Recherches sur Angers et le bas Anjou. — Le infime, Recherches sur Saumur et le haut Anjou. — r»l-F:»ullri«*r , V Anjou et ses monttments.— Marclicitay, Archives d'Anjou.

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