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LA FLÈCHE

La Flèche est située sur le Loir , vers le point où l’Anjou , le Maine et la Touraine , se rencontrent et se touchent. Dans la distribution géographique d’une population quelconque tout groupe représente une fonction : dans la France, ainsi que nous l'avons dit, l'Anjou représente un effort ou un essai d’unité entre le nord, l’ouest et le midi. Or La Flèche est pour l'Anjou quelque chose d'analogue à ce qu'est l'Anjou pour la France. C'est un des liens par lesquels la province se rattache ses éléments secondaires. L'agrégation se fait par Saumur , du côté du Poitou et de la Touraine méridionale; par Châteaugontier, du côté de la Bretagne et du bas Maine; par Saint-Florent autrefois, et par Cholet aujourd'hui , du côté de la Vendée. Elle se fait par La Flèche, du côté du haut Maine et de la Touraine septentrionale. Toutes ces villes, et La Flèche spécialement, sont des villes de nature et de physionomie mixtes, qui préparent par des fusions locales et diverses l'unité morale et territoriale qu’Angers réalise dans son dernier état.

On ignore l’origine de La Flèche. Oderic Vital, qui vivait au xr siècle, est un des premiers écrivains qui en oit fait mention. On ne sait pas mieux l'étymologie de son nom que son origine. Oderic Vital l'appelle Flechiœ cattrum , et d’autres historiens la nomment Fitsa , Fisca , Fixa. Cette diversité d'appellations a donné lieu à deux explications : d’après l'une, La Flèche tirerait son nom de la flèche, particulièrement élevée et élégante, d’une de scs églises, à l’époque de sa construction ; d'après l'autre, elle le devrait à ce fait, que la viHe primitive aurait été établie sur pilotis, d’où seraient venues les désignations de Fixa, Fisa , etc. Ficha en français, Fliches en mauvaise prononciation, et Flèche, en dernier lieu.

Dans le xi’ siècle, puisque telle est la date la plus reculée d’où l'on puisse faire partir son histoire, La Flèche avait un château non-seulement remarquable par sa force, mais encore par le caractère inusité de sa position. Tous les châteaux, à cette époque, étaient placés sur des points élevés; relui de La Flèche, au contraire, se trouvait dans la vallée du Loir, dans le Loir même si on peut le dire. Il était établi sur des arches qui coupaient la rivière comme un pont. A droite et è gauche, en faisant dériver le Loir par des canaux artificiels, on l'avait flanqué de deux Iles que la population habitait et qui constituèrent la ville à son début. Cet ensemble formait un système de fortiGeation hydraulique très-original alors, mais aussi très-eflicace.

La Flèche avait en même temps des seigneurs fort puissants déjà, mais dont la filiation est inconnue: ce sont Lancelin de Beaugenci, vers 1050, Jean, GU de Lancelin, vers 1000 , et Hélie, Gis de Jean, vers 1100. On sait peu de chose de Lancelin. Jean est célèbre dans l'histoire de l'Anjou par ses libéralités, on pourrait

ANJOU

dire par ses prodigalités en faveur du clergé et des couvents. L'abbaye de Saint- Aubin d'Angers s'enrichit des dons qu'il lui fit. « Comme il nous importe, » lit-on dans un des actes rédigés par les moines, « d'éviter l'oubli des choses utiles, il est bon de conserver par écrit tout ce qui peut servir aux générations futures; aussi nous écrivons ce qu'un homme noble et de haute valeur, nommé Jean de La Flèche, a donné h Dieu, à saint Aubin et à ses religieux, espérant que ses péchés pourraient lui être remis pour une aussi bonne œuvre; car il n'exigea des moines ni or ni argent, mais tout ce qu'il leur donna leur fut donné pour le salut de son âme. » On peut penser que ce ne fut pas à bon marché que Jean de La Flèche obtint l'honneur de voir célébrer aussi magnifiquement sa générosité. La plus grande partie de sa fortune y passa. Un de ses héritiers cria à la spoliation, et l'abbaye fut obligée d'entrer en composition, ce qui ne lui roilta, du reste, que dix livres deux deniers, une oie et une mesure d’avoine. Hélie ne fut pas seulement seigneur de La Flèche; il devint encore comte du Maine, non par hérédité, bien qu'il fût neveu du comte Hugues II, mais par la cession qu’il obtint d'un de ses cousins, héritier avant lui , moyennant dix-huit raille livres de sous mandais. Hélie eut à guerroyer contre Guillaume-le- Oonquérant et contre Guillaume -le- Roux, qui élevaient des prétentions sur le Maine, et contre Foulques-Réchin , dont il s’était déclaré l'adversaire au profit de Geofl'roi-le-Barbu. Sa vie fut remplie de beaucoup de labeurs et traversée de beaucoup de vicissitudes que nous n'avons point à raconter ; nous devons dire seulement que, dans le cours de ses démêlés avec Foulques-Réchin, vers 1090, La Flèche fut assiégée, prise et pillée par le comte d'Anjou. C'est Hélie qui construisit ou qui restaura l'église de Saint-Thomas, dont la flèche aurait donné à la ville le nom qu'elle porte.

Foulques V, comte d’Anjou, avait épousé Éremburge, fille d'Hélie. Il hérita à la fois de La Flèche et du Maine, après la mort de son beau-père (1110). La Flèche resta dans la possession directe des comtes d’Anjou jusqu'à Richard-Cœurde-Lion. Après lui, on la trouve transmise aux vicomtes de Beaumont et possédée par eux. Comment s'est accomplie cette mutation? On l'ignore. Ce qu’il y a de sûr, c'est que l'arrêt de confiscation dont fut frappé Jean-sans-Terre, en 1203, n’atteignit pas La Flèche, qui alors avait cessé d'appartenir aux comtes d'Anjou. En 1230, Louis IX passa parcelle ville à la tête de la nombreuse armée qu'il menait en Bretagne pour réduire Pierre Manderc. Il y fut rejoint par Jean de Brienne, ex-roi de Jérusalem, qui lui avait offert ses services. En quittant La Flèche Louis IX et son armée allèrent mettre le siège devant Ancenis , qui tomba en leur pouvoir.

l-a maison de Beaumont , proprement dite, ne posséda La Flèche que jusqu'en 1230. Le mariage d'Agnès de Beaumont avec Louis de Brienne , l'un des fils de l'ex-roi de Jérusalem, fit, à cette époque, entrer la ville et ses dépendances dans la maison de Brienne, d'où elles passèrent de la même manière dans celle de Chamailiard, après 1302, et dans celle d'Alençon, après 1391. Cette maison d’Alençon , qui devient ici propriétaire de l,a Flèche et réunit en même temps tout ce que les vicomtes de Beaumont avaient possédé en Anjou, Châteaugontier, Segré et Pouancé notamment, est la branche royale des ducs d'Alençon, qui

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