LA FLÈCHE
commence, en 1293, dans la personne de Charles, frère de Philippe -le- Bel.
Sous les ducs d'Alençon (1391-1513), l'histoire de La Flèche, très-stérile jusque-là , commence à compter avec un peu plus d’abondance les souvenirs et les événements. En 1412, Louis II , duc d'Anjou , fit la guerre à Jean H , duc d'Alençon , et ravagea scs terres dans l’Anjou et dans le Haine ; bien qu’on ne le sache pas positivement, on peut penser que La Flèche et son territoire eurent leur part de ravages à subir dans eette circonstance. Cet incident se termina par le mariage de Yolande, fille de Louis II, avec Kcné, fils de Jean IL On croit que le château de La Flèche fut assiégé et pris par les Anglais, au commencement du x\' siècle, et on attribue à ce Tait l'état de ruine dans lequel on l'a vu depuis, et dont il n’a pas été relevé. Il est vraisemblable, en eiïet , que les Anglais occupaient Ijl Flèche, avant la bataille de Baugé, comine ils occupaient beau fort et plusieurs autres places dans l'Anjou. Ce fut par La Flèche qu'ils opérèrent leur retraite , en 1 421 , après cette, bataille, a Hâtivement délogèrent et tirèrent vers La Flèche, » dit Bourdigné, « et passèrent la rivière de Loir sur un pont de bateaux qu'ils firent en grande hâte; puis, prenant chacun une croix blanche, feignant d’étre Français, pillèrent le pays du Maine et entrèrent en Normandie.» En 1431, dans la querelle qui s’éleva entre le duc d'Alençon et le duc. de Bretagne pour le paiement du reliquat de la dot de Marie de Bretagne, mère du premier, le chancelier breton Malestroit, enlevé et fait prisonnier, fut amené et gardé, pendant quelque temps, à La Flèche. La conspiration tramée par le duc d'Alençon contre Charles VII, au profit des Anglais et avec leur secours, s'organisa à La Flèche. C’est là qu'eurent lieu, en 1452, les négociations et les pourparlers entre Jean II et les agents de l'Angleterre. La Flèche et tous les biens du duc d'Alençon furent confisqués par l'arrêt qui le condamna. Louis XI les lui rendit par lettres de réhabilitation (1451) ; il mit seulement dans quelques villes, au nombre desquelles on a tout lieu de croire que se trouve La Flèche, des officiers et des gardes en son propre nom. Quand René, fils de Jean II, soupçonné d'intelligence avec le duc de Bretagne et de projets séditieux , fut arrêté par ordre de Louis XI , il habitait la Flèche, et ce fat là qu'on s’assura de sa personne ( 1480).
En 1513, la Flèche passa de la maison d'Alençon dans celle de Bourbon. Françoise d'Alençon, tante et héritière du dernier duc, Charles IV, accomplit cette mutation en épousant en secondes noces Charles de Bourbon, duc de Vendôme. C'est de cette époque que date la plus grande importance historique de La Flèche. En 1540, Françoise d'Alençon y fit construire un nouveau rhàteau.qui remplaça l'ancien, et où elle mourut après l'avoir quelque temps habité (1548). Antoine de Bourbon, fils de Charles et de Françoise, épousa Jeanne d'AIbret, et fut père de Henri IV. Au moment où Jeanne d'AIbret devint enceinte, elle était à La Flèche. C'est donc dans cette ville que Henri IVaété conçu. Devenu roi, Henri IV n'oublia pas qu'il avait été seigneur de La Flèche, et il combla de bienfaits cet ancien patrimoine de sa famille. Il y créa un siège présidial et une prévôté royale (1595). «Voulons, » est-il dit à cet égard dans les lettres de création, « décorer de titres et qualités d'honneur notre ville de La Flèche, sise en pays fertile, accompagnée de grandes facilités, et sur un grand et fertile passage de nos provinces de Bretagne, Touraine, Aojou, Maine, et notre bonne ville de Paris;
ANJOU
reconnaissant davantage que nos très-honorés pères , roi et reine de Navarre , dame de Vendôme, et nous après eux, à leur imitation, aurions voulu honorer le lieu de notre demeure, n'en ayant aucun autre dans notre duché de Beaumont qui soit bâti et accompagné de telles commodités, etc. » Il fit achever les travaux de réparation des fortifications de la ville, entrepris en 1593. Il institua quatre foires franches (1599), organisa le corps municipal, ou lui donna an moins une constitution plus régulière (1615), et enfin fonda le collège auquel La Flèche doit sa position, sa célébrité et ses modernes développements ( 1603).
La Flèche avait été engagée ou donnée à Fouquet de la Varenne, complaisant serviteur des faiblesses de Henri IV. Fouquet, qui en fut le seigneur à cette époque, s'en fit activement le patron auprès de son maître, et eut une part de sollicitation efficace dans toutes les mesures qui furent prises. Il contribua surtout à l'établissement du collège. L'académie protestante que Duplessis-Mornay avaitinstituée à Saumur, et qui y était florissante , faisait naturellement naître dans les esprits catholiques une pensée de concurrence et un désir d’antagonisme. Les jésuites employèrent Fouquet auprès de Henri IV, non-seulement pour faire accepter cette idée et ce désir en principe, mais pour se faire rappeler en France, d’où ils avaient été exclus après la tentative de Jean C hôtel , et pour devenir les bénéficiaires et les agents de l'institution qu’il s’agissait de créer. Fouquet réussit. Le collège fut fondé, et livré aux jésuites qu'on avait rappelés. Henri IV leur donna le château construit par Françoise d’Alençon , après l'avoir fait approprier et augmenter en vue de sa destination nouvelle ; il attribua une somme de cent mille écus, prise sur son épargne, aux premières dépenses de l'établissement , et pourvut à son budget normal par de larges dotations , qui s'accrurent encore après lui et sous ses successeurs. Les habitants de I-a Flèche voulurent participer à la fondation du collège , et s’imposèrent pour cette fin une contribution de six mille livres.
Si la mort n'eùt point si tôt frappé Henri IV, le collège de La Flèche aurait été érigé en université. Les jésuites seraient parvenus à se constituer et à se faire admettre sur le môme pied que les protestants de Saumur. Le plan d'une nouvelle organisation était déjà arrêté. La Flèche devait recevoir quatre professeurs de droit et quatre de médecine. Depuis 1608 le haut enseignement théologique, en principe sinon en fait , faisait partie du programme du collège. De Glasse , ambassadeur du roi d'Ecosse à Paris , avait affecté en mourant une somme de trente mille livres pour la création, en France, d’un séminaire à l'usage des Écossais catholiques. Or Henri IV avait attribué ce legs aux jésuites de La Flèche, et le séminaire devait s'ouvrir dans leur établissement et être une de ses dépendances.
Henri IV avait exprimé l’intention qu'après sa mort son cœur fût déposé à La Flèche, dans l'église du collège. Quand donc, en 1610, cet événement se réalisa, Fouquet de la Varenne réclama auprès de Marie de Médicis l’exécution des volontés du roi. Le cœur de Henri IV, enfermé dans une boite d’argent, fut remis par le prince de Gonti au recteur des Jésuites de lu maison de Saint Louis de Paris , où il resta plusieurs jours exposé sur le grand autel. Quand les préparatifs de la translation furent terminés, vingt jésuites, accompagnés du duc de Montbazon et de quelques autres personnes de la cour, se mirent