CASTRES
L'an de Jésus-Christ 6'*7, trois hommes de noble condition , Robert, Anselin et Daniel, fuyant le monde, vinrent s'établir dans un lieu solitaire situé sur la rive droite de FAgout, où ils bâtirent trois cellules avec des branches d’arbres et du gazon. Telle a été l’humble origine de l'abbaye et de la ville de Castres. Quant à l'étymologie du nom commun à l'une et à l'autre , il est beaucoup plus naturel de l'attribuer à l'existence d’un camp romain , assis sur une des hauteurs qui dominent la rive droite de l'Agout, que de supposer avec la légende que les pieux fondateurs appelèrent leurs cellules Cnslrn « parce qu'ils y renoncèrent à la milice du prince pour se dévouer à celle du Seigneur. » Au milieu du ix' siècle , l’abbé Gilbert fit venir d'Espagne les reliques de saint Vincent, martyr, en l'honneur duquel on construisit une église , dont l’entrée , contrairement h l'usage observé alors pour les églises des couvents, fut étendue aux personnes des deux sexes. L'abbaye de Castres attira , dès lors , un nombreux concours de pèlerins. Le roi Robert, vers la lin de sa vie, ayant entrepris un voyage aux principaux lieux de dévotion du royaume , ne manqua point de visiter l’église de Snint-Vinccnt de Castres { 10-29). Il parait que le monastère tomba, quelques années après, sous la puissance des seigneurs séculiers , puisque Raymond-Bernard , vicomte d'Alby et de Mmes, l’assigna pour dot, entre autres domaines, à sa fille Guillclmette, en la mariant à Picrre-Aton, vicomte de Bruniqucl (1069). Bientôt cependant, touché de la décadence de l'abbaye, il la réforma et l’unit à celle de Saint- Victor de Marseille. Le roi de Frauce, Louis-le-Jeune , visita aussi les reliques de saint Vincent, en 1154; et Louis VIII, en 1215, obtint de l'abbé de Castres , Guillaume, «en considération de futilité et de l'avancement qu’il avait procurés dans l’affaire de Jésus-Christ , » une partie de ces reliques , dont il fit présent h l’abbaye de Saint-Gerraain-des-Prés de Paris.
I.a ville de Castres , dès le xr siècle , appartenait aux vicomtes de Béziers. L'un d'eux, Bernard-Aton , avait accordé aux habitants , chevaliers ou bourgeois ( milites enstrrnses et burgenses), divers privilèges dont les principaux consistaient dans l'exemption de tolte et de guette ; il ne s'était réservé que la justice et le droit de chevauchée. Ces privilèges furent confirmés, en 1160, par Raymond-Trencavel. Roger II , son fils . engagé dans la secte des Albigeois, crut pouvoir laisser sa femme h Castres, une des plus fortes places du pays , sous la protection de scs domestiques et d'un corps nombreux de troupes, lorsqu'il se réfugia, en 1178, à l'extrémité de ses domaines , alin d'éviter tonte conférence avec les légats du pape. L'abbé de Clairvaux et l'évéque de Rath étant arrivés dans cette ville, y attaquèrent ouvertement l’hérésie, saus s’effrayer du prodigieux essaim de sectaires qui les entourait; et comme le vicomte retenait l’évéque d'Alby prisonnier, au mépris dp la foi promise , ils « le défièrent au nom de Jésus-Christ, de la part du pape et des rois de France et d'Angleterre. » La prise de Carcassonne ,