‹ Histoire des villes de FranceChapitre 104 sur 137 · UZÈS · texte numérisé non relu

UZÈS

On ne saurait être que dans l'incertitude sur l'origine d’Uzès. S’il fallait en croire une fable indigne d'arrêter un instant l’attention, Caton d'Utique en aurait été le fondateur et luiaurait donné son nom { Ulicn ). Une conjecture plus sérieuse est celle qui fait remonter la fondation d'Uzès à l'origine d’une petite ville des Volces Arécomiques, à laquelle les Romains donnèrent le nom de Vinilomagus ; mais on n’est pas bien sùr que cette petite ville ne fût pas le Vigan. Un fait incontestable, c’est qu’l'zès 11e formait, du temps de la domination romaine sur les Goules, qu’un château, auquel les notices de l’Empire appliquent le nom A'Veecia, ou de Castrum Uceciense. I.es habitants , quand la mode fut venue de diviniser l’empereur Auguste , lui élevèrent un temple , et pour desservir les autels de ce nouveau dieu, ils établirent un collège de sèrirs nugustales. Uzès, dans la suite, éprouva les mêmes vicissitudes que les autres villes de la Narbonnaise , successivement ravagées par les Barbares qui traversèrent cette antique province de l’empire romain. Les Vandales la soumirent (408), puis les Wisigoths (471 ), et après eux les Franks (507). Longtemps on ne sut trop auquel de ces deux derniers peuples resterait le château d'Uzès, tour à tour pris et repris durant le vi* siècle. Les historiens ne sont même pas d’accord sur les oscillations produites par ces luttes incessantes; et tandis que Daniel affirme qu’Uzès appartint à la France depuis le règne de Chlodwig, d’autres auteurs, d'une autorité moins équivoque, prétendent que Théodoric, en 533, reprit encore cette ville sur Thierri, fils de Chlodn ig. En acceptant cette dernière tradition , Théodebert, très-peu de temps après, arracha définitivement aux Wisigoths une cité qui, depuis, resta à la couronne '.

Sous la domination des anciens rois, Uzès vit son église acquérir une importance égale au mérite de ses premiers pasteurs. Horice, saint Firmin et saint Ferréol furent des évêques pleins de zèle pour la propagation de la foi chrétienne, et, ce qui vaut mieux , doués d une telle vertu , que les peuples, dans leur ignorante gratitude, ne manquèrent pas de leur attribuer le don des miracles. C'est au dernier de ces prélats qu'Uzès dut la fondation du monastère de Faint-Ferréol, martyr, son patron, mort en 581, et pour lequel il composa lui -même une règle simple et sévère. Lorsque l’épiscopat devint, au vu* siècle, une situation politique bien plutét qu'une charge religieuse, d'ambitieux prétendants se disputèrent l'évêché d’Uzès. Toutes les fois que ce siège épiscopal fut vacant, l'on vit, tantôt le pape, tantôt le prince, tantôt le successeur du prince, contester au clergé et au peuple du diocèse le droit que les canons leur accordaient d'élire leur prélat. Ces luttes donnèrent souvent lieu è des scènes scandaleuses. Un Alain de

1. On a retrouvé une monnaie de celte époque, avec ces deux inscriptions : vcecir ci vit., « à la ville dUxèft ; » ALDBRicts fecbt , « Alderic ferit. »

rz es.

Coëtivi, évêque d’Avignon, alla même, dans la suite, jusqu'à prendre les armes contre un évêque canoniquement élu par le chapitre de l’église d'Uzès. Il ne fallut rien moins que deux condamnations successives, l'une du pape , l'autre du parle* ment de Toulouse, pour taire poser les armes à ce violent successeur des apôtres.

A côté d'un pouvoir ecclésiastique aussi disputé se trouvait un outre pouvoir, qui se transmettait d’une manière plus régulière , c'était celui des seigneurs d'Uzès. Bien de plus obscur que leur origine. La ressemblance des noms propres et la multitude des branches entre lesquelles se partagea cette seigneurie , jettent surtout de l’incertitude sur l’ordre des successions. A notre avis , le premier seigneur d’Uzès fut Éléazar, dont l’existence remonte à la fin du xi* siècle. Raymond Decan lui succéda, et joignit la seigneurie d’Uzès avec celle de l’osquières. Comment avait-il eu cette seconde seigneurie? On l’ignore. I)om Vaissette pense qu'il l'acquit par son mariage avec la Allé de Rostaing de Posquières. Quoi qu'il en soit, Decan partageait avec son frère Rainon les possessions d'Uzès; Rainon ayant eu une fille qui épousa Rostaing de Sabran , la moitié de la seigneurie d'Uzès échut à cette branche ; l’autre moitié se perpétua dans la famille de Decan. En 1328, cette dernière portion fut érigée en vicomté, et en 1486, en duché. Jacques de Crussol, qui avait épousé Simone, descendante de l’antique maison d'Uzès, jouit le premier de cette qualité. Les ducs d'Uzès d'aujourd'hui sont issus de la maison de ce seigneur. Quant à l’autre partie d’Uzès qui était passée entre les mains des seigneurs de Sabran, elle se divisa encore en se transmettant par voie d’héritage ( 1208-1224). Les deux fils de Rostaing de Sabran en eurent chacun un quart; et l’un d’eux ayant eu deux fils, son quart fut partagé entre eux ; si bien que ces derniers seigneurs n'en possédèrent chacun qu’un huitième (1225). Enfin , tous ces débris allèrent, par voie de vente, et à des époques diverses, partie entre les mains du roi Charles VIII (1493) , partie dans la maison de l’évêque d’Uzès (1227).

Vers la fin du xv' siècle, il y eut donc dans cette ville, comme au temps de ses premiers seigneurs, deux maîtres particuliers, le duc et le prélat. Celui-ci jouissait de privilèges plus considérables peut-être que ceux du premier. L’accroissement de leur puissance remontait au xif siècle , surtout relie de l’évêque, qui, dans la croisade contre les Albigeois, se rangea, comme on le pense bien, du côté des croisés. Pierre de Vaux-Cernai nous apprend que l’évêque d’Uzès suivait partout Simon de Montfort. En veut-on une autre preuve? Voici ce qu’on lit dans une charte en date du 6 mars 1215 , dans laquelle le général des croisés déclare «que possédant, par la commission que Pierre , cardinal-diacre, du titre de Sainte-Marie en Acquire, et légat du Saint-Siège, lui en avait donnée, toutes les terres et tous les droits que Raymond, ci-devant comte de Toulouse , avait, soit par lui-même , soit par les autres, dans le diocèse d’Uzès, et ayant appris que l’église d’Uzès avait souffert beaucoup de dommages, il donne du mieux qu’il peut, tant pour sol que pour ses successeurs, à Raymond , évêque de cette ville, et à son église , divers biens , villages, droits de péage, diimes et autres domaines, que le même Raymond, ci-devant comte de Toulouse, possédait dans le diocèse ou d’autres pour lui, et en particulier la viguerie d’Uzès que Bermond tenait de ce même comte. » Simon de Montfort se réservait , néanmoins , l’administration vi. 77

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