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LANGUEDOC
de la justice criminelle dans la plupart de ces domaines; il la prenait en fief de l’évêque, et s'engageait à lui en faire hommage , lorsque le pape lui aurait définitivement accordé la propriété de scs conquêtes.
On n’ignore pas que le pape se rendit aux vœux de Simon de Montfort; mais après la mort du général de la croisade, la suzeraineté d'Uzés revint de droit aux comtes de Toulouse (1226); es r les choses furent remises dans leur ancien état, et c'est ce qui explique la cession, qu’en 1229 l’un de ces seigneurs fit au roi Louis IX, qui unit ainsi Uzès au domaine de la couronne. O prince, en 1254, plaça Uzès sous la juridiction du sénéchal de Carcassonne et de Beaucaire ; Philippe-le-Bel érigea plus tard (1328) cette seigneurie en vicomté, à cause des services rendus par ses seigneurs séculiers dans la guerre de Flandres et dans celle de Gascogne; Philippe -de-Valois , à son tour, accorda, en 1346, des lettres d'État à Bérenger d'Uzès et A son fils Guillaume, en récompense de la bravoure qu'ils avaient déployée au siège d'Aiguillon. Decan, qui vivait en 1341, assista au siège de Calais; un de ses successeurs fit mieux encore : il fut un de ceux qui s'opposèrent au passage de Robert Knolle, capitaine anglais, qui, traversant l'Auvergne, se dirigeait vers Avignon. La guerre contre les routiers vint ensuite mettre à l’épreuve le courage des seigneurs d'Uzès. En 1364, l’un d'eux ne put toutefois empêcher que le couvent des frères mineurs de cette ville ne fût pillé et détruit. Il paya de sa personne, mais en vain. Trois ans après, son audace le fit tomber au pouvoir des compagnies; il obtint la liberté sur sa parole. Mais le pape Urbain V avait déclaré qu'il dispensait de tenir de pareilles promesses.
Uzès était alors une ville assez considérable pour le temps. Elle ne comptait pas moins de deux mille cinq cent soixante-cinq feux. Elle avait des consuls qui siégeaient aux États-Généraux de la province. Ses évêques , au parlement de Toulouse, occupaient la première place après le président. Elle était catholique. Cependant, en 1560, un ministre protestant ne craignit pas de prêcher dans ses murs. Cela parut un scandale aux maîtres de la ville. Le comte de Crussol et l’évêque envoyèrent leurs gens pour arrêter l'audacieux. Mais celui-ci était entouré d’une foule immense et amie; il lui fut donc facile de s’échapper. Cet incident fut peut-être une des causes qui tendirent, au xvi* siècle, à tourner l'esprit de la population vers les idées de réforme religieuse qui déjà remuaient le midi de la France. Deux ans s'étaient à peine écoulés, que la majorité des habitants d’Uzès prenait parti pour les huguenots. Ils se rangèrent sous les drapeaux du prince de Condé et détruisirent la plupart des églises catholiques de la ville. Cependant il faut croire que, deux fois , elle leur échappa : ils s'en emparèrent, en effet, en 1567, et cinq ans plus tard, les religionnaires de Mmes furent encore obligés de s’en rendre les maîtres. Ils massacrèrent le clergé, dit-on ; les catholiques , ils les rançonnèrent. Obligés de nouveau de déguerpir d'Uzès , Us y revinrent, en 1621 ; mais alors, c’est à la cathédrale qu'ils s'en prirent. Saint- Théodorat, vieux monument de la piété des anciens habitants, fut détruit de fond en comble. A la vue de tant de fureur, la partie catholique de la population resta épouvantée; pour éviter les persécutions, elle fut obligée de faire acte de foi protestante, en assistant au prêche. La puissance ecclésiastique finit toutefois, là comme ailleurs, par avoir le dessus. Le roi ordonna, pour punir Uzès,
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que se9 fortifications fussent détruites (1621). Une dernière révolte Ayant eu lieu, il obligea les habitants à lui fournir des otages. Il y entra enfln lui-même , en 1629, et c’est de lit qu’il alla donner à Mmes l’édit de pacification.
Uzès fit partie, jusqu'à la révolution française, de la lieutenance des Cévenncs, qui comprenait aussi Mende et Alais. Jusqu'à la même époque, la première de ces cités eut des couvents de mornes, il y avait surtout, dans les environs, une fameuse abbaye de religieux bénédictins, dont l’origine était fort ancienne. Quant à la ville même, trois maîtres y dominaient : le roi, l’évêque, en qualité de comte, et le duc, successeur des vicomtes. Chacun de ces seigneurs eut ses officiers, durant le xvii' et le xvnr siècles. L’évêque jouissait d’un bel hôtel, l'ancien palais épiscopal ; ses revenus annuels étaient de vingt-deux mille livres. Quant au duc, il avait pour demeure l'ancien palais des vicomtes, monument flanqué de grosses, rondes et hautes tours à l’antique, avec un beau jardin et une fontaine dont les eaux se précipitaient vers l’aqueduc du pont du Gard. Parmi les autres hommes distingués nés à Uzès , il faut citer le savant Jean Lemercier, qui mourut en cette ville en 1578, et son fils Josias , qui écrivit moins que son père , bien qu'il fût peut-être plus instruit. C'est un des meilleurs critiques de son temps; sa fille épousa le fameux Claude Saumaise. Un autre savant, llaimon Jordan, chanoine de la cathédrale d'Uzès. se distingua par des ouvrages qu’il eut la modestie de ne vouloir signer que du pseudonyme menteur d'idiota. Enfin, Jacques Marsolier, écrivain du xvm* siècle, né à Uzès, composa V Histoire anonyme de [Inquisition et quelques biographies.
Uzès est, de nos jours, un chef-lieu de sous-préfecture dont la population est de 6,167 habitants ; on en compte 83,751 dans l’arrondissement , où l'on fabrique, ainsi qu'à Uzès, une grande quantité d’étoffes de laine et de soie: il s'y fait, par conséquent , un commerce assez actif de ces objets manufacturés. Moins heureuse, au point de vue des arts que par rapporté l'industrie, Uzès a perdu son antique cathédrale , dont la tour seule est encore debout. Il ne reste plus rien du château des vicomtes, détruit en 1789. La rivière d'Eysent coule dans la ville, qui est entourée de montagnes. La plaine est d’une fertilité remarquable : elle produit du vin, du blé, de l'huile, de la soie, et nourrit un grand nombre de bêtes à laine. 1