AIGUES-MORTES
Le premier nom d’Aigues-Mortes fut Fhodanusia, à cause de la proximité du petit fihône , qui , par un circuit , descendant vers les salines de Peccais , allait se décharger autrefois dans les étangs situés au midi de cette ville ; on l’appela , plus
1. Piganiol, Description de la France, t. VT. — Hardouin , OEuvres, p. 734, — Histoire générale de Languedoc. — Daniel , Histoire de France , 1. 1. — Grégoire (le Tours, Uv. m. — Le père Pagi. — Gallia christiana,l. III. — Froiasard.t. I. — Montagne, Histoire de l’Europe, liv. x. — Mémoires de Garaond (manuscrit.)
LANGUEDOC
tard, Aquœ-Mortuœ, dénomination due à la nature même drs eaux qui l'environnent. Aigues-Mortes , en effet , pourrait , à la rigueur, être considérée comme une île ; isolée qu'elle est au milieu d'une immense plaine , presque entièrement couverte de sables , entrecoupée de marais communiquant avec la mer par des graus ( grndus ), et sillonnée par plusieurs canaux , dont Te principal , la Grande- Routine, coulant vers le sud-ouest, traverse l'étang de Repaussct et contribue à foi-mer le port. Les autres canaux sont ceux de Beaucuire, de la Badelle et du Bourgidou. Ils débouchent tous les quatre, dans un même bassin , sous les murs-do la ville, à laquelle on n’arrive qu'en suivant une longue chaussée construite au milieu d’un marais, vers le nord, qui la sépare des plaines fertiles que baigne le Vîdourle. Une opinion accréditée chez les Aigues-Mortains, dont elle flatte la vanité, attribue la construction de la Grande-Koubine à Marius. Quelques maisons ne tardèrent point , suivant eux , à se grouper au bord du nouveau canal , et le bourg romain prit le nom de Fossœ-Marianœ. Cette opinion aurait une apparence de probabilité, si l'on ne savait que ce n'est point sur la rive droite du Rhône, mais bien sur la rive gauche , que furent creusés les fossés de Marius , et si d’ailleurs on n'avait la preuve que l’emplacement réel de l'antique bourgade se trouve au village de Foi en Provence. La Grande-Roubinc n’en est pas moins de beaucoup antérieure à l'eiistence d'Aigues- Mortes : on la regarde comme le produit lent, mais inévitable, des débordements du Petit - Rhône, du Vistre et du Yidourle, dont les eaux gonflées, refluant ensemble vers les marais adjacents , rencontraient en cet endroit un épanchement plus facile vers la mer.
Dès le vin' siècle, les historiens font mention d'une tour nommée Mata/ère, laquelle protégeait , sur le territoire même où s'élève la ville actuelle, une agglomération assez importante déjà de pêcheurs et de trafiquants , attirés là par l'abondance du poisson et la richesse des salines. Il y avait, en outre, à une demi-lieue , dans une Ile baignée par la mer, au midi, et sur une éminence qui dominait toute celte vaste étendue de marécages, une abbaye de bénédictins appelée Psatmodi. C'est à cette tour et à ce monastère , détruit en 725 par les Sarrasins, rebâti en 788 par Charlemagne , qu'il faut rapporter la véritable origine d’Aigucs-Mortes. La ville et le port avaient acquis sans doute quelque célébrité, vers le commencement du xiip siècle, puisque saint Louis, projetant son expédition de la Terre-Sainte , accorda aux habitants une charte de commune. Il les visita deux fois, et, à chacun de ses passages, se montra envers eux d'une grande libéralité (août 1218-juillet 1270). Il leur promit même de clore la ville d'une enceinte fortifiée, capable de les protéger contre h*s incursions des pirates; mais ce projet ne put être exécuté que par son fils, I’hilippe-le-Hardi. Les remparts furent construits sur le plan de ceux de Damiette. Les matériaux employés sont si solides, qu’ils ont pu résister à la terrible inondation du mois d'octobre 18V0; et leur état de conservation parfaite a permis de les classer, avec la tour de Constance qui en fait partie , au nombre des monuments historiques de France.
La prospérité d'Aigues-Mortcs se maintint à peu près jusque vers le milieu du XIV' siècle , époque à laquelle les sables de la mer ayant complètement obstrué l'entrée de la rade , les vaisseaux marchands furent contraints de se détourner vers les deux ports rivaux d'Agde et de Cette. La mémoire de saint Louis suflit