AIGUES-MORTES
pourtant , quelque temps encore, pour suspendre la décadence de la ville. Le roi Jean ordonna, en 1363, divers travaux de réparation; et Charles V, en 1373, y transféra la bourgeoisie royale que Philippe -le-Bel avait instituée dans la Part- Antique de Montpellier. I.e régne désastreux de Charles VI porta le dernier coup à l'industrie et au commerce des Aigues-Mortains. En janvier 1121 , le sénéchal de Beaucaire enleva la place d'assaut sur les Bourguignons. Toute la garnison fut égorgée sans miséricorde , et l'on ensevelit les cadavres sons des monceaux de sel; d'où est venue, dit-on, l’épithète singulière de Bourguignon salé. Touché de la détresse de la ville , François 1" fit percer le Grau-Neuf et nettoyer le port ; il eut ensuite dans ses murs une entrevue avec Charles-Quint (1538). De François I" à Henri Itl, les dissensions religieuses ne laissèrent pas un moment de repos à Aigues-Mortes. Les protestants y firent un carnage affreux des catholiques, en 1575; ils la gardèrent comme place de sûreté, après la paix de 1576, et Henri IV, par édit du mois de mai 1598, la leur laissa, avec le fort de Pecrais et la tour Carbonnière, situés dans la dépendance de la ville, sur la côte même de Languedoé. Dans la guerre de 1621 à 1622, ce ne fut pas sans de longs préliminaires que le comte de Chfltillon, l’un des chefs calvinistes, consentit à en ouvrir les portes à Louis XIII. Ce prince y établit, en 1630, l'un des trois sièges particuliers d'amirauté de la province. Vers la fin du règne de Louis XIV, la tour de Constance servit de prison aux femmes et aux enfants des Camisards. Les travaux effectués sous François I", repris par Henri IV et Louis XIII, furent terminés sous Louis XV, par l'ouverture du tirau du Roi (1745). Le canal de Beaucaire, commencé sous Louis XVI (1788), ne fut achevé que sous Napoléon ( 1811 ). La Restauration eut un moment la pensée d'amener les eaux du Bourgidou dans le canal latéral de l'étang de Mauguio, et une loi fut même rendue à ce sujet, le 25 août 18-11 ; mais il parait qu’on s'est contenté, jusqu'ici, de veiller à l’entretien du Grau du Roi et de la Grandc-Roubinc.
Aigues-Mortes, siège d'une justice royale avant la Révolution, figure aujourd'hui dans le département du Gard comme chef-lieu de canton de l’arrondissement de Nîmes; sa population qui, au moyen âge , atteignit 10,000 âmes, est à peine actuellement de 3,000. La principale industrie des habitants consiste dans la fabrication du sel , à laquelle fournissent amplement les riches salines de Peccais; la récolte des joncs, la vente du salicor et de la soude, la chasse et la pêche sont aussi pour eux très-productivos. — On ne connaît que deux hommes un peu célèbres dans les arts et dans les lettres, qui aient reçu le jour à Aigues- Mortes. Tous deux on porté le nom de Théaulon : le premier, peintre-paysagiste , membre de l'Académie de peinture ; le second , spirituel et fécond vaudevilliste, plein de grâce, de verve et de sensibilité, auquel, dans sa longue carrière dramatique, il n’a manqué qu'une certaine dose d’ambition et de vanité littéraires, pour laisser un nom immortel au théâtre. *
X. Plutarque, Vie de Marine. — Géographie» de Slrabou cl de Ptolémée. — Ponjponîus Meta , De situ Orbis. — Aslruc, Mémoires sur l'histoire naturelle de Languedoc , — D. Vaisselle, Histoire générale de Languedoc. — Di Pictro, Notice sur la ville <T Aigues-Mortes. — Annuaires du Gard.
NIMES
... *&JS y
,lpv£s‘
L'origine de Nîmes est incertaine; nous ne la discuterons pas. On a attribut* la fondation de relie ville il un certain Nemausus, descendant d'Hercule. Strabon et Pline rapportent que Mmes tenait vingt-quatre bourgs sous sa domination particulière. C'était la métro|K>le des Volées Arécomiques. L'inquiétude que lui causaient scs voisins turbulents l'engagea à s'offrir d'ellc-méme aux Romains (033). Dévastée bientôt par les Cimbres et les Teutons, elle s'attacha au parti de Marius ; elle souffrit sous S} lia , fut dé|xissédée d'une partie de son territoire par Pompée et réintégrée par César. Auguste l’éleva au rang de colonie romaine, et la dota d'une organisation municipale, à l'image de Rome. Mmes eut son sénat, sa curie , ses tribunaux , ses édiles. Auguste lui laissa ses institutions locales et son trésor particulier. Mmes, ainsi constituée, s’entoura de murailles, et devint une ville considérable. Elle vota des statues à Tibère qui avait fait réparer sa voie romaine, à Claude qui la protégeait spécialement; elle éleva un monument en l’honneur de Trajan, l'an de Jésus-Christ 98, et fut autorisée par Anlonin, quarante ans plus tard, à prendre dans le trésor impérial de quoi édifier son amphithéâtre. Le christianisme ne put pénétrer à Mmes que sous le règne de Constantin (912) ; mais auparavant, cette ville dont les habitants par leur complaisante lidélité avaient su fixer le patronage des Empereurs, envoya au martyre saint lfoneste et saint Bausile (287 1.
Les Vandales attirés en Italie par Stilieon, voulurent frapper Rome elle-même dans les monuments de Nîmes (407). Cette première invasion détruisit les bains, le temple d'Auguste, et la basilique élevée par Adrien en l'honneur de Plntiue. Aux Vandales succédèrent les Wisigoths (472), qui ne marquèrent leur occupation d'aucun désastre. Le roi Eurik , d'abord arien fougueux, chassa l'évéquc, il est vrai, et ferma les portes des églises avec des épines; bientôt cependant sa douceur et sa modération finirent par rendre populaire la domination wisigothe. Aussi, quand Thierry, fils de Chlodwig, reprit la ville sur les lieutenants d'Alarie II (507), la population se déclara pour ses conquérants contre ses libérateurs. L’invasion franque fut repoussée, et Nîmes vécut paisible pendant près d'un demi-siècle. En C72, les intrigues d'Hildéric, gouverneur de la ville, soulevèrent les habitants contre le roi Wainba , qui envoya le duc Paul pour réduire les rebelles. Mais celui-ci, au lieu de les combattre, se joignit à eux et s'aida d'Hildéric pour se faire couronner roi. Wamba mit le siège devant Mmes, la prit d'assaut , enleva l'amphithédtre qui servait de citadelle à la ville et de forteresse aux révoltés. Le duc Paul vint se jeter alors è ses pieds : Wamba se contenta de le faire raser et de le reléguer dans une prison ; il releva les murs, rétablit les portes, soigna les blessés, et fit rendre le butin conquis dans le pillage des maisons. Sauf le ravage de quelques monastères, les Sarrasins, héritière et vainqueurs des Wisigoths, firent peu de ruines dans la ville (720). Ils prirent l’argent et les terres, et
• f-"'- • ' -Wr'* X»-.V ^-. aï ' .. .i*>
** :ajâti£ ‘ ,Sj5y % » *ï«âpé$^ 383