‹ Histoire des villes de FranceChapitre 109 sur 137 · ILE DE EH ANGE · texte numérisé non relu

ILE DE EH ANGE

rue Saint-Denis , où était une porte, en face du Grand-Châtelet. De cette porte, qui devait être au point où la rue d'Avignon débouche dans celle de Saint-Denis, le mur se dirigeait le long de la rue des Écrivains, enserrait l'église Saint-Jacquesla-Boucherie, et aboutissait à la rue des Arcis, où se trouvait une autre porte nommée l’Arche-Saint-Merri, près de laquelle était la maison habitée par l'abbé Suger. De là, elle suivait les rues Jean-Pain-Mollet et Jean-l'Épine, et aboutissait à la place de Grève et au bord de la Seine. Au midi , l'enceinte partant du point où est aujourd'hui le Marché à la Volaille, allait rejoindre ht rue Saint-André-des- Arcs, où se trouvait la porte de la Barre ; puis aboutissant rue Hautefeuille , elle suivait la rue Pierre-Sarrazin, traversait la rue de la Harpe, longeait la rue des Mathurins, la rue des Noyers jusqu’à la place Maubert, où était une autre porte, et de là , suivant les rues Perdue et de Bièvre, descendait au bord de la -Seine vers le point nommé les Grands-Degrés En cet endroit s'élevait une tour qui , plus tard, fut nommée lourde Saint-Bernard ou tournclle des Bernardins, lorsque le couvent de ces religieux eut été établLdans le voisinage.

Autour de Paris, il. existait alors de nombreux espaces et terrains cultivés, quelquefois même couverts de maisons, mais entourés de murailles, et à cause de cela nommés dos. Dans la partie méridionale étaient les clos de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Victor, de Saint-Médard et de Saint-Marcel, qui contenaient ces abbayes et leurs dépendances* Le clos des Vignes s'étendait de la rue des Saints-Pères aux rues Saint-Benoit et de l’Égout; le clos Saint-Sulpice, sur l'emplacement du Jardin du Luxembourg ; le clos Vignerai, sur une partie de ce jardin et de l’enclos des Chartreux. Le clos Saint-Étienne-des-Grés était contigu à l’église de ce nom et au clos Sainte-Geneviève. Les autres étaient le clos de Mauvoisin et de Garlande ; le clos l’Évêque ; le clos du Chardonnet, sur lequel fut construite depuis l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet; les deux clos Bruneau, situés, le plus grand entre les rues des Noyers, des Carmes, de Saint-Hilaire et de Saint-Jean-de-Beauvais, et le plus petit, près de l’Odéon, sur l’emplacement des rues de Tournon et de Condé; le clos Saint-Symphorien , grand vignoble sis entre les rues de Reims, des Cholets, des Sept-Voies, et de Saint-Étienne-des- Grés ; le closTyron, entre les rues Saint-Victor et des Boulangers; le clos des Arènes, compris entre les rues Copeau, Saint- Victor et des Fossés-Saint-Victor; le Clos-le-Roi, sur l’emplacement duquel ont été bâtis l’église et l'hôpital de Saint- Jacques-du-llaut-Pas ; enfin les clos des Mureaux ou de Cuvron , des Bourgeois, des Jacobins , des Poteries. Le bourg Saint-Médard contenait les clos de Breuil , du Nfont-Cétard, des Morts-Fossés , des Treilles, de Grotard , de la Cendrée , des Saussayes. On nommait Terre d'Alrz un vaste terrain qui s’étendait entre le clos du Chardonnet et les Grands-Degrés, point où la Bièvre se jetait dans la Seine, avant que les chanoines de Saint-Victor eussent , en 1 148 , détourné le cours de cette rivière pour faire mouvoir un moulin. Dans la partie septentrionale, à l’est de la Grève, étaient le clos Saint-Éloi , dans l’emplacement de la rue Saint-Paul et de l’Arsenal ; le clos Margot, sur lequel a été ouvert la rue Saint-Claude , au Marais ; les enclos du Temple, de l’abbaye Saint-Martin, de Saint-Merry et de Saint- Magloire, qui s'étendaient entre la rue Saint-Denis et la Vieille-Rue-du-Temple. Les Champeaux couvraient l’espace compris entre la rue Saint-Denis et le Palais-

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Royal. Au delà d'un vaste marais qui, depuis Ménïlmontant, sc prolongeai! jusqu'au pied du village de Cliaillot , était la VHIc-l’Évéque, d'abord maison de plaisance de l'évéque de Paris, et qui ensuite devint un village. Entre Paris et Montmartre se trouvaient encore le clos de Malevare; le clos Georgeau, qui a donné son nom à une petite rue située entre la rue Traversièrc et la. rue Sainte- A une ; le clos Gautier ou des Masures, sur lequel a été ouverte la rue Saint-Pierre-Montmartre ; et le clos du llallier , qui a fourni l'emplacement du faubourg Poissonnière. G' est nu xn' siècle que les vastes marais qui couvraient du cùté du nord les environs immédiats de la ville furent défrichés et convertis en grands terrains cultivés, appelés cuti ures ou couture-, lesquels différaient des clos en ce qu’ils n'étaient point entourés de murs. On établit aussi, sur la rive droite de la Seine, des courtiltes, c’est-à-dire des jardins ou Vergers, environnés de haies, qui servaient à la promenade et à la récréation des habitants. Les noms des cultures ftaint-Gervais, Sainte-Catherine, Grenier-Saint-Ladre ou Saint-Lazare, des eourtilles Barbette et du Temple, sont fréquemment cités dans l'histoire de Paris. Cette énumération serait incomplète si nous omettions le célèbre Pré ouj Clercs, situé près de l’abbaye Saint-Germain des-Prés, et qui était, dès Tan 1 163, le lieu de promenade des clercs ou écoliers, et le théâtre de leurs querelles avec les religieux de Saint- Germain; quatre siècles avant de devenir le rendez-vous des belles, des raffinés et des duellistes. . . . -

Avec Philippe-Auguste 1 1 1 80- 1 223 , commence, pour l'histoire de Paris, une ère nouvelle. C'est à Paris, en effet, . que se manifeste principalement l’activité d'un prince dont le. règne est un des plus importants de nos amtales , un des plus féconds en utiles résultats. Les institutions se multiplient dans la capitale, les événements s'y succèdent, la populaliou y déborde. Un des premiers actes du gouvernement de Philippe-Auguste, mais noir certainement des plus louables, fut l'expulsion des juifs. Les rois de la première race les avaient trouvés établis à Paris et exerçant ouvertement l'usure. Un édit de Dagobert, de Tan 633, les lit sortir de France; on les y voit reparaître sous Charlcs-lc-Chauve , et le concile de Paris de 850 renouvelle toutes les lois de police portées précédemment contre eux. En 1096, Philippe 1" les chassa de nouvo.au du royaume; mais ils y rentrèrent, peu d'années après, sous les conditions les plus dures. Ils se rendirent tributaires du prince, qui les partagea comme un bétail entre ses vassaux ; ils continuèrent cependant leur trafic jusqu'à la lin du règne de l.ouis-le-Jcnne. Philippe- Auguste, irrité contre eux par les récits v rais ou faux qu'on lui avait faits de leurs usures et de leurs profanations, les expulsa ( 1181), en confisquant leurs biens immeubles et déchargeant tous ses sujets des obligations qu'ils avaient contractées avec ces malheureux; action injuste et antiehréticnne, que le pape Grégoire-lo-Grand , une des lumières de l’Église, avait jadis condamnée. Toutefois le même prince ne tarda pas à rappeler les juifs; le besoin qu'il avait d'argent pour soutenir la guerre contre les Flamands et les Anglais explique ce rappel , que les Israélites achetèrent au prix de sommes considérables (1198). Ils rentrèrent dans Paris, et leur condition fut plus heureuse, parce qu'on leur permit d'acquérir le droit de se fixer partout où ils voudraient, excepté dans le centre de la ville. Ils uvaient occupé, sous la première race, une rue de ta Gité qui de leur nom s'était

appelée rue de la Juiverie; sous Louis VI et Louis VII, ils avaient été relégués aux Champeaux , et ce sont les chétives maisons qu'ils habitaient dans ce quartier qui donnèrent naissance aux petites rues de la Poterie, de la Friperie, de la Chausseterie , Jean de Beauce et de la Cordonnerie. Lorsque Philippe-Auguste leur eut permis de revenir à Paris, quelques-uns allèrent s’établir rue des Lombards , nie Quincampoix, ou à la Montagne-Sainte-Geneviève ; le plus grand nombre rue Saint-Iton. derrière le Petit-Saint-Antoine, et rue de la Harpe. Il n’y eut que les plus pauvres d'entre eux qui retournèrent à leur ancienne demeure du Champeaux. Plus tard, saint Louis autorisa les débiteurs des juifs à n'acquitter qu’une partie des sommes qu’ils leur devaient , et défendit aux Israélites de poursuivre les chrétiens devant les tribunaux ; il fit briller leurs livres de religion et leur imposa l'obligation de porter sur leurs habits une marque distinctive et réputée infamante.

Les dépouilles des juifs furent d'un grand secours à Philippe-Auguste dans l'accomplissement des projets coûteux qu’il avait conçus, dès les premières années de son règne, pour l'embellissement de Paris. Au retour de son expédition contre Philippe d'Alsace, comte de Flandre, il s'occupa d’une des plus utiles améliorations qu’on lui doive, le pavage dé le ville. « En 1 185, dit l’historien Kigord, le roi Philippe se promenant dans son palais, s’approcha des fenêtres où il se plaçait quelquefois pour se distraire par la vue du cours de la Seine. Des voitures traînées par des chevaux , traversaient alors la Cité, et remuant la boue, faisaient exhaler une odeur insupportable. 1-e roi ne put y tenir et la puanteur le poursuivit jusque dans l'intérieur du palais. Dès lors il prit une résolution très-difficile mais très-nécessaire ; il convoqua le prévût et les bourgeois de la ville, et par son autorité royale leur ordonna de paver avec de fortes et dures pierres toutes lis rues et voies de la Cité, d Guillaume-le-Breton dit que ces pierres étaient carrées. I.’abbé Lebeuf dit eu avoir vu des vestiges, pu bout de la rue Saint-Jacques, à sept ou huit pieds sous terre , ce qui prouverait que ce pavé s'étendait au delà de la Cité. Quelques historiens prétendent que Gérard de Poissy, trésorier du roi, contribua pour la somme énorme de onze mille marcs d’argent aux frais de cette utile entreprise. Au milieu des longues guerres civiles qui déchirèrent la France, depuis le xiv’ siècle jusqu'à la fin du xvr, le pavage des rues de Paris ne fut point continué dans les nouveaux quartiers dont la ville s’augmenta successivement. Ce ne fut que sous Louis XIV, que l’on acheva et qu'on entretint régulièrement ce service public.

Lorsque Philippe-Auguste, au moment de partir pour la croisade (1190), régla par un acte solennel les mesures à prendre pour l'administration du royaume, il donna une marque éclatante de sa confiance dans les habitants de Paris. < Nous voulons, dit-il, que tous nos revenus en rentes soient apportés à Paris, à la Saint- Remi, à la Purification de la Vierge, à l'Ascension, et qu'ils soient remis aux six bourgeois que nous désignons (leurs noms ne sont indiqués que par des initiales). Chacun d'eux aura la clef de tous les cofTres où l’on déposera ces revenus, dans le Temple; les Templiers en auront une aussi... Si nous venions à mourir dans notre pèlerinage , nous voulons qu’il soit fait deux parts de notre trésor. On en distribuera la moitié pour la réparation des églises détruites pendant nos guerres.

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pour le soulagement de ceux qui ont été appanvris par nos tailles... Quant à l'autre moitié, nous ordonnons aux gardiens de nos deniers et à tous les habitants de Paris de la conserver pour le besoin de notre fils, jusqu’à ce qu'il soit en âge de gouverner l'État. » On voit que Philippe-Auguste s'appuyait sur le peuple et continuait, mais pacifiquement, l’œuvre de Louis-le-Gros contre la féodalité. Chacun sait quelle fut l'issue de la seconde croisade , et comment . étant tombé malade après la prise de Ptolémaïs 1 1191 ), Philippe crut que Richard-Cœur-de- Lion l'avait fait empoisonner, et se hâta d’abandonner la Terre-Sainte. A son retour, son premier soin fut de créer, pour la sûreté de sa personne, les sergents <Carwes, première garde dont s’entourèrent les rois de France. Ces sergents armés de masses d’airaiu ne devaient jamais quitter le prince ni laisser approcher de lui aucun inconnu. Dans la suite , on les employa aussi à porter les ordres du roi. Leur office était à vie , et ils n'avaient d’autre juge que le roi lui même et le connétable. Quelques historiens, Dulaure entre autres, ont confondu à tort les sergents d'arme* avec les lObauds, que Philippe-Auguste institua vers le même temps Ceux-ci, espèce de soldats déterminés, plutôt aventuriers que soldats, que l’on sacrifiait à la tète des assauts, servaient dans toutes les occasions où il fallait déployer de l'audace et faire un coup de main. Le libertinage auquel ils se livraient a rendu dans la suite leur nom honteux ét infâme. Les Ribauds avaient un chef qu'ils appelaient roi , et qui était l'intendant de tous les jeux de hasard et autres qui se jouaient pendant les voyages du prince et de sa cour. Il levait un impôt fixe sur tous les mauvais lieux , et chaque femme convaincue d'adultère lui devait cinq sous. Le titre de roi des Hibuvds fut supprimé sous Charles VII, mais l'office resta, et ses fonctions furent transportées au grand prévôt de C hôtel, charge qui a subsisté jusqu'à la fin de l’ancienne monarchie.

Malgré les embarras que lui créa son divorce avec Ingelburge de Danemark, et les soins de sa longue et glorieuse guerre contre Jean-Sans-Terre , roi d’Angleterre (I201-120C), Philippe-Auguste n’en poursuivait pas moins avec persévérance l'exécution des mesures qu'il avait arrêtées pour les progrès matériels et moraux de sa capitale. Cette sollicitude lui mérita l'affection des Parisiens; aussi lorsque après la victoire de Itouviues ( 121 '» ), le roi entra triomphant dans Paris, ramenant captif Ferrand , comte de Flandre \ il se manifesta un enthousiasme extraordinaire dont (iuilluume-lo-Brelon nous a laissé le tableau, o Le clergé, les bourgeois, le |>euple, et par-dessus tout la multitude des écoliers, allèrent audevant du roi en chantant des hymnes et des cantiques et témoignèrent par leurs actions la joie qui les animait. L'allégresse populaire éclata, pendant sept nuits consécutives, au milieu desilambcaux , de telle sorte que la nuit paraissait aussi brillante que le jour. Les écoliers surtout ne cessèrent de célébrer cette grande victoire par des danses, des chants et de somptueux festins. » Le comte Ferrand fut enfermé dans la tour du Ijvuvre, qui venait d’étre construite, et y resta jusqu’au règne de saint Louis. Le grand Châtelet reçut les autres prisonniers.

1. Le peuple faisant allusion an nom du prisonnier et à la couleur des chevaux «pii traînaient la litière, chantait ces deux vers:

Quatre ferrant bien ferré*

Traînent Férran bien ferré.

fi- 2

Les améliorations que Paris doit à ce régne mémorable sont aussi nombreuses qu'importantes. Le triomphe définitif du style ogival sur l'architecture romane donne aux monuments religieux de cette époque un caractère qui les distingue de ceux des siècles précédents. Le plus remarquable de ces monuments et l'un des plus beaux de la chrétienté, est la cathédrale de Notre-Dame de Paris, bâtie sur les ruines de l'ancienne par les soins de l’évéque Maurice de Sully, qui fit consacrer le grand autel par Henri , légat du saint-Siége, en 1182, et mourut en 1 190, sans avoir achevé cette oeuvre immense, dont les porte» principales, à l'exception du portail méridional, furent terminées en 1213. Les autres églises fondées sous Philippe-Auguste sont Saint-Élienue-du-Mont, vers 1200 , Saiut-Andrédes-Arcs (1210), Saint-Honoré (120V), Saint-Jean-en-Grève ( 1212), Saint-Thomns-du-Louvre et Saint-Nicolas-du-Louvre , avant 1188, Saint-Côme et Saint- Damiens (1212), la Madeleine en la Cité, antérieurement à l’année 1205, Saint- Père vers 1200, la première église de Saint-Sulpicc, avant 1210, les couvents des Mathurins, vers 1205 , des Jacobins (1218), des Cordeliers (1216), l'abbaye Saint-Antoine (de 1181 à 1198). auxquels il faut joindre les hépitauv de la Trinité (1202', et de Sainte-Catherine (1188). Le progrès des études amena, pendant la même période, la fondation de quatre nouveaux collèges : celui des Bons-Enfants-Saint-lIonoré (Î208); un autre du même nomr vers 1215, remplacé depuis par le séminaire Saint Firrnin; et les collèges des Dix-Huit, vers 1200, et de Constantinople (1200). Paris s'enrichit encore d’un établissement, les Huiles, que Philippe-Auguste ht liâlir, en 1183, sur une partie du territoire des Champeaux, où Louis le-Gros avait déjà établi un marché. Ces halles furent entourées de mure, avec des portes que l’on fermait pendant la nuit. En 1186, Philippe lit aussi entourer d une clôture le cimetière des Innocents, exposé jusqu'alors à des profanations de toute nature. Outre la Grande-Boucherie, qui existait auparavant près du Grand-Chatelct, il permit aux Templiers (1182) d'en établir une autre dans leur enclos. .

Mais la plus considérable des constructions entreprises par l’hilippe-AugusIe est celle d'un vaste mur d'enceinte qui, environnant Paris et ses faubourgs, donna il cette ville un moyen de sécurité et.de progrès, le plus notable et le plus efficace qu'elle eût obtenu depuis l'événement de .la troisième race. Ce mur , d'une épaisseur de près de huit pieds, était défendu par cinq cents tours et muni de fossés profonds. On commença, cp U90, parla partie septentrionale de Paris. L'enceinte partait de la rive droite de la Seine, à quelques toises au-dessous du Pont-des-Arts. lii s'élevait une grosse tour ronde qui, pendant plusieurs siècles, a porté le nom de Tour qui fait le cnin. 1ht là, le mur traversant l’emplacement actuel de la cour du Louvre, longeait la façade occidentale de cette cour, et se prolongeait, en suivant la direction de la rue de l'Oratoire jusqu'à la rue de la Charonncrie, aujourd'hui rue Saint-Honoré. Là s’ouvrait une porte fortifiée par deux tours rondes, et qui se nommait porte Saint-Honoré. De cette porte, l'enceinte s'étendait entre les rues de Grenelle-Saint-lIonoré et d'Orléans, jusqu'au carrefour formé par 1rs rues Coquillière, Jean-Jacques Rousseau, Grenelle et de Sartine, où se trouvai! une seconde porte nommée porte de lieliaignc ou Coquillière. Elle se prolongeait ensuite entre les rues Jenn-Jarqiirs-Kousscnii et du Jour

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jusqu’à la rue Montmartre, où était un passage appelé depuis Porte-Montmartre ou Saint-Eustarhe. De là , le mur traversait le massif de maisons qui est en face , se continuait derrière le côté septentrional de la rue Mauconscil, suivait la direction de cette rue, et traversait la rue Française. Presque à l’angle formé par les rues Mauconscil et Saint-Denis, était une porte de ville appelée Porte-Saint- Denis ou Porte-aux-Peintres, nom qu’a conservé l'impasse des Peintres. De cette porte, le mur, traversant la rue Bourg-l’Abbé, allait aboutir à l’angle méridional que forme la rue Grenier-Saint-Laxarc, en débouchant dans la rue Saint-Martin , point où se trouvait une fausse porte ou poterne, nommée dans les titres porte de Nicolas Huidelon; puis, passant entre les rues Michel-le-Comte et Geoffroy-l'Angevin, il aboutissait à la rue Saintc-Avoie, entre le coin de la rue de Braque et l’hôlel de Mesmcs, traversait l’emplacement des bâtiments et jardin de cet hôtel, et arrivait à la rue du Chaume, à l'angle que forme cette rue avec la rue de Paradis. Là s’ouvrit plus lard une porte appelée Porte-Neuve ou de Braque. J)e cette porte le mur suivait à peu près la direction de la rue et du couvent des Blancs- Manteaux, se détournait un peu de la ligne de cette rue, à son extrémité orientale, et aboutissait à la porte ou poterne Barbette, située dans la Vieille-ltue-du- Temple, entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue des Rosiers. Ensuite le mur, décrivant une courbe, arrivait à l'extrémité de la nie Culture-Sainte-Catherine, en face de l'église Sairtte-Calherine-du-Val-des-Écoliers, dont l'emplacement est aujourd'hui occupé.par un marché. Près de là était la porte Baudet ou Baudoycr. l»e la porte Baudoycr, le mur d'enceinte traversait l'emplacement de .l'église Saint- Louis-Saint- Paul, puis passait dans l’enclos du couvent de l’Ave-Mariu, où existait encore, du temps de Sauvai, une tour servant -de chaufloiraux religieuses, suivait la rue des Barres, où fut percée dans la suite la fausse poterne Saint-Paul, et allait aboutir à la rive droite de la Seine. Là, entre les rues de l’Étoile et Saint- Paul , vers le milieu du massif de bâtiments qui sépare le quai des Ormes du quai des Célrstins, s'élevait une tournelle'ou fortification dans laquelle on pratiqua plus tard la porte Barbelle ou Barbcel-sur-l'Yeau. Cette fortification terminait, à l'est, l’enceinte de la partie septentrionale de Paris.

L’enceinte de la partie méridionale fut commeùcée vers l’an 1208. En face de . la Tour-qui-fait-le-Coin , sur la rive gauche de la Seine , vers l'emplacement du pavillon oriental du collège Mazarin, s’élevait une haute tour, qui, appelée d’abord Tour de Philippe Ifamelin, reçut ensuite le nom , devenu trop fameux , de Tour de Nesle. De cette tour, près de laquelle on perça, plus tard, la Porte de Nesle, l'enceinte, laissant en dehors l'emplacement du collège Mazarin, aujourd'hui Palais de l'Institut, prenait la direction de la rue Mazarine, traversait remplacement des rues Guénégaud et Dauphine, suivait la ligne de la rue Contrescarpe et aboutissait à la rue Saint-André-des-Arcs, où se trouvait une porte construite vers 1210 , et qui reçut dans la suite le nom de Bussi , conservé de nos jours par une rue voisine. De cette porte, le mur, se dirigeant entre le passage du Commerce et l’hôtel de Tours, arrivait rue des Cordeliers, aujourd'hui de l'École-de-Médecine, au point où se voit encore la fontaine des Cordeliers. En cet endroit était la porte appelée Cordèlcs, des Cordeliers ou des Frères Mineurs, plus tard. Porte Saint-Germain. Le mur franchissait ensuite les mes de Touraine et de l’Observi. 85

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Tance, se prolongeait entre la rue de l'Aucicnne-Comédie, ou des Fossés-Monsieur-le-Prinçe, et l'enclos du couvent des Cordeliers, et aboutissait à la place Saint- Michel, située à l'extrémité supérieure de la rue de la Harpe. A l'endroit même où est aujourd'hui la fontaine qui orne cette place, s'ouvrait une porte de ville nommée d'uhord Porte-Gibert ou Gihart, depuis Porte-d' Enfer, et, en 1394, Porte Saint-Michel, en mémoire, dit-on, d'une fille nommée Micheline, que Charles VI avait eue d'Isabeau de Bavière. De là, longeant l'endos du couvent des Jacobins, l’enceinte venait aboutir, vers le milieu de l'espace compris entre les rues Soufflot et des Fossés-Saint-Jacques, à 1a porte Saint-Jacques, nommée aussi porte Notre-Dame-dcs champs. Après avoir enveloppé, en se prolongeant il dix toises du côté septentrional des rues des Fossés-Saint-Jacques et de l'Estrapade , la maison, l’église et les jardins de Sainte-Geneviève, le mur aboutissait à la rue Bordet , où se trouvait une porte de ce nom , appelée aussi porte Saint- Marcel. De cette porte , il suivait la direction de la rue des Fossés-Saint- Victor. A l’angle formé par cette rue et la rue de Chlodvvig; on en voit encore une partie considérable. Traversant l'enclos de l’École polytechnique, l’enceinte s'étendait ensuite jusqu’à la rue Saint-Victor, où était la porte de ce nom, démolie en 1684. De là la muraille franchissait l’emplacement du collège des Bons-Enfants, dit plus tard de Saint-Firmin, et s'étendait en droite ligne, parallèlement à la rue des Fossés-Sa rut-Bernard , jusqu'à la Seine, au bord de laquelle elle se terminait par une forteresse appelée 1a Tournelle, qui se trouvait en face de la porte de Barbette, située sur lu rive opposée. L'enceinte entière avait donc treize portes ou poternes, dont six sur la rive gauche de la Seine, et sept Sur la rive droite.. Son périmètre était, eu 1211 , de deux cent cinquante-deux hectares quatrevingt-cinq ares.

Celle nouvelle enceinte enferma dans Paris le bourg de Saint-Germainl'Auxcrrois, une partie du bourg l'Abbé, le bourg Thiboust , appartenant à une famille parisienne de ce nom, toute la terre ou le bourg Saint-Éloi, tout le bourg Sainte-Geneviève, une partie du bourg Saint-Germain-des-Prés. Les seigneurs qui avaient droit de justice sur ces territoires, y conservèrent leurs privilèges. Au dehors, Philippe-Auguste fit construire, avant 1204, la tour du Louvre, qui servit à la fois de forteresse pour la défense de Paris, de château royal et de prison, et renferma quelque temps le trésor et les archives des rois. De celle tour, chef-lieu féodal du domaine royal, relevaient tous les fiefs qui dépendaient directement de la couronne. C’est là que les grands vassaux prêtaient serment de fidélité et faisaient l'hommage. La police de 1a ville se régularisa, sous Philippe- Auguste, par une ordonnance de 1222. Aux aqueducs romains détruits par le temps et par les invasions succédèrent de nouveaux aqueducs : celui de Saint- Gcrvais vint prendre tes eaux des hauteurs de Ménilmontant et de Romainville, et les apporta dans Paris, où elles furent reçues par les fontaines Saint - Lazare, des Filles-Dieu et des Saints-Innocents. Un autre aqueduc amena les eaux de Belleville à Saint-Martin-des-Champs.

A la même époque, la Hume VarMnne est définitivement coiistituée. Nous avons vu que cette corporation , qu'on appelait aussi le corps des mari h a mis de l'eau, avait pour origitie les naules parisiens; elle devint, au xn* siècle, la plus

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puissante1 dos associations qui exerçaient le commerce dans In capitale. En vertu de privilèges qui lui avaient été accordés par Louis-te-Gros, en 1121, et par Louisle-Jeune, en 1170, elle disposait exclusivement de la navigation de la Seine,, depuis Villeneuve-Saint-Georges jusqu'au pont de Mantes, ou au moins jusqu'au Pecq. Ces privilèges furent confirmés, avec quelques modifications, par Philippe- Auguste , en 1192 et en 120’». Aucun marchand étranger ne pouvait expédier par eau des denrées dans ces limites saus être tenu de prendre pour associé un membre de la Hanse Parisienne, avec lequel il devait partager la marchandise ou le bénéfice de la vente, la» Bourgogne et la Normandie réclamèrent en vain contre ce monopole, qui fut constamment maintenu par l'autorité royale; protection intéressée, remarque M. Ilepping, car les rois avaient la moitié des amendes infligées aux contrevenants , et plus la bourgeoisie était riche et puissante, mieux elle était à même de payer la taille et les autres impôts. I.e port de la Grève.que Louis VU avait donné en llil aux marchands de la Hanse, et le poil Saint-Lamlri , qui pourvoyait la Cité, étant devenus insuffisants, cette compagnie obtint, en 1213, la permission, d'en établir un autre vis-à-vis de l'école Saint-Germain-de-l’Auxerrois, aujourd’hui le’ quai de l’École. Tille accrut encore son autorité en achetant de Philippe-Auguste, en 1220 , les criages de Paris, ou les criées des marchandises à vendre dans la ville, avec le droit d’établir et de révoquer à volonté les jurés rrieurs; la même transaction lui céda aussi la petite justice et les lods et ventes Enfin c’étaient les chefs de la marchandise de l'eau qui nommaient les mesureurs de grains et de sel, les courtière, les jaugeure; en un mot, tous les pré]>osés à la vente des vivres et du combustible Le commerce n’avait alors que les rivières qui pussent lui servir de routes naturelles, les chemins , outre leur imperfection , étant rendus impraticables par des obstacles et dès périls de tout genre. On comprend dès lors pourquoi les marchands de l’eau se trouvaient à la tête du commerce parisien, et comment on arriva, peu à peu , à considérer les chefs de cette puissante corporation, qui s’élevait au-dessus de la bourgeoisie et des métiers, comme les chefs mêmes de la coriimune. Ces prévôt et échevins jurés de la marchandise de l'eau vont bientôt constituer, sous le règne de saint Louis, la municipalité parisienne, sous les titres de pré'jôt des marchands et échevins de Paris. Le lieu des réunions de la Hanse se nommait la maison de la marchandise ou le parloir aux bourgeois (lorutorium civiura). Le plus ancien parloir aux bourgeois était situé à la Vallée de misère (quai de la Mégisserie); transféré, plus tard, entre le grand Châtelet et la chapelle Saint-Leufroy, il s'établit ensuite près de l’endos des Jacobins, entre la rue Saint-Jacques et la place Saint-Michel. Le corps municipal n'abandonna ce dernier local que pour venir, en 1357, prendre possession de la maison aux piliers, remplacée, au xvi* siècle, par l’Hôtel de Ville.

Louis VIH, dans son règne si court (1223-1226), tout occupé de la guerre des Albigeois, ne put continuer les travaux de son père. Aucune institution, aucun établissement, si l'on n’en excepte la fondation du couvent des Filles-Dieu (12251, n'a conservé dans Paris je souvenir de son gouvernement. Mais le règne de saint Louis (1226-1279} nous offre un ample dédommagement. Ce grand prince, dont les institutions ouvrirent une voie nouvelle aux destinées de la France, apporta

ILE DE FRANCE, des améliorations d'une grande importance dans l'administration et dans la police de Paris, et enrichit de nombreux monuments sa ville de prédilection. Dès sa jeunesse, il avait reçu des Parisiens des marques de dévouement et d’amour que depuis il n'oublia jamais. On sait à quels dangers la rébellion des grands feudataires l’exposa, pendant sa minorité. « Un jour, disent les auteurs de la chronique de Saint-Denis, b; jeune roi chevauchait vers Orléans, lorsqu'il apprit que les barons le Taisaient épier pour se saisir de sa personne. Aussitôt, lui de tourner bride et de courir vers Paris en toute hâte. Il alla jusqu'à Montlhéri sans s'arrêter ; mais , arrivé à ce donjon , il n’osa pas en sortir de peur d'être pris par les révoltés. Il envoya seulement à Paris demander un prompt secours à sa mère. A cette nouvelle. Blanche Gt assembler les principaux d'entre les habitants de Paris, et les pria de venir en aide à leur jeune roi. Les Parisiens répondirent qu’ils étaient prêts à exposer leur vie pour lui , et engagèrent la reine à mander aussi les communes des environs , où il y avait taut de bonnes gens qu'on pouvait avec eux mettre le prince hors de péril. La reine suivit leur conseil, et de toutes parts se réunirent à Paris les chevaliers, les bourgeois et le peuple des villes voisines. Quand ils Turent tous assemblés, ils sortirent de Paris bannières déployées, et, arrivés à Montlhéri, placèrent le roi au milieu d'eux et se serrèrent autour de lui, préparés à tout événement, et le ramenèrent à Paris. » Les barons S'attendaient à un coup de main et non à une bataille. Intimidés à la vue de cette Toule armée, ils s'éloignèrent sans oser rien entreprendre. Cette confiance mutuelle du roi et du peuple se retrouve dans la plupart des événements de ce règne mémorable. Quoique nous n'ayons pas à en tracer ici le tableau, il nons est impossible de ne pas rappeler la simplicité patriarcale avec laquelle il rendait la justice à ses sujets : ce n’était pas seulement sous les dômes de verdure du bois de Vin~ rennes qu'il leur donnait audience, c'était aussi à l’ombre des arbres de son jardin de la Cité, a Je le vis une lois, en été, raconte Joinville, venir pour expédier ses gens au jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surtout de tirctaine sans manches, d'un manteau de taTTetas noir autour du cou, moult bien peigné et sans coiTTe, et un chapel de plumes de paon blanc sur la tête. Il Taisoit étendre un tapis, pour nous Taire asseoir autour de lui , et tous ceux qui avoient alTairc à lui se tenoient debout, et il les Taisoit expédier de la manière que je vous ai dit qu'il Taisoit au bois de Vincennrs. »

Au nombre des principaux bientails de saint Louis, on peut compter le Code qu'il publia sous le titre <1' Établissements ; toutes les branches de la législation y sont traitées, et partout on y reconnaît l'œuvre d'un esprit droit et éclairé.

•On doit louer surtout la disposition qui abolit les duels judiciaires dans le domaine royal, et les remplace par la preuve testimoniale, et celle qui introduit les appels à la cour du roi. Pour la première fois, sous le règne de saint Louis, le chcT de la corporation des marchands de l'eau de Paris reçoit le titre de Prévit (1rs marchands , ce qui achève de constituer la municipalité parisienne. Le nom du premier prévôt des marchands est Jean Augier ( 1208). On rencontre, dans la liste de ses successeurs, des noms célèbres à des titres divers : Étienne Marcel (1353), Juvénal des Ursins (1388), Tanncguy du Chastel ( 1 V 1 3 ) et François Miron (160V).. C’est aussi à la sagesse de saint Louis qu'est due la réforme

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de la prévôt? de Paris, jusque-là vénale. Il assigna des émoluments fixes à rette charge, et la confia (1261 1 au célèbre Étienne Boileau, qui apporta dans l'exercice de ses fonctions de remarquables lumières. Il divisa les marchands et artisans en différents corps ou confréries, et dressa, sous la direction du roi, des règlements de police applicables à ces diverses associations. Cos règlements, appelés le Livre des métiers, sont du plus grand intérêt pour l'histoire de l'industrie parisienne nu xhi* siècle. Un savant distingué, M. Depping, les a publiés récemment, avec de judicieuses remarques, pour la collection des documents inédits de l’Histoire de France.

A la réunion des écoles -de Paris s'applique pour la première fois sous saint Louis le nom ô' Université. Sous Philippe-Auguste, les écoliers parisiens, soutenus par le roi dans leurs luttes contre le prévét de Paris ( 1200), même contre l'Égljse, avaient obtenu des privilèges peut-être excessifs, notamment celui qui les avait soustraits à l'autorité civile. Saint Louis continua ces prérogatives en 1228, mais la turbulence des étudiants l'obligea de sévir contre eux , et les cours furent suspendus pendant deux ans (1220-1231). Vinrent ensuite les querelles célèbres de l'Université avec les ordres religieux. Saint Louis.se montra favorable à ces derniers et obligea le corps enseignant à le* admettre dajis son sein. Cependant les sages réformes de ce prince dans la législation, en rendant indispensable la- science du droit, donnèrent une nouvelle impulsion aux études On vit fleurir alors dans l’université de Paris Albert-le-Crand, saint Thomas, saint Bonaven ture, Guillaume de Saint-Amour, Alexandre de Haies. La même époque est marquée par la fondation de la Sorbonne (1253 ) et des collèges de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers (1229), du Trésorier ( 1268), de Calvi (1269 1 , de Cluny (1269), des Bernardins (1211), de Prémontré (1252), de l’IIôtel-Saint- Denis (1263). La plus célèbre des fondations religieuses dues au règne de saint Louis est la Sainte -Chapelle, qu'il fit “bâtir en 12V2, pour y déposer la couronne d’épines et les autres reliques qu'il avait rachetées de Baudouin 11 , empereur de Constantinople. Co beau monument est l'ouvrage du meilleur architecte de ce temps, Pierre de Montreuil , à qui l'on devait aussi la chapelle de Vinconncs, le réfectoire de Saint-Martiu-dcs-Champs , la salle capitulaire et la rhapelle de Notre-Dame à Saint-Germain-des-Prés. De nouvelles congrégations monastiques ■ s'établirent à Paris : les Grands-Augustins , avant 1239, les Frères sachets, ou Frère aux sacs (1261), les Blancs-Manteaux (1258), les Carmes du grand couvent ou les Barrés (125V), les Chartreux ( 1258), les Bernardins ( 12VV), les chanoines de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie (1218-1258), les Béguines nu religieuses de l’Ave-Maria (1261), les Sœurs sarhuttes (1261). .11 faut ajouter à ces établissements la belle institution des Quinze-Vingts, vers 1251, et la construction des églises de Saint-Leu-Saint-liilles (1235), de Sain te-Maried' Égyptienne ou la Jussienne, vers 1250, de Saint-Josse (1260), de Saint-Eustache, avant 1230, et de Saint-Sauveur, vers 1.50. La police des rues de Paris était alors confiée à soixante sergents, moitié à pied, moitié à cheval, commandés par le chevalier du guet, mais leur surveillance étant insuffisante pour réprimer les vols et les brigandages qui se commettaient dans les rues peu fréquentées , les Parisiens demandèrent au roi l'autorjsutioii de faire eux-mêmes le guet pendant la nuit. Saint

Louis le leur permit en 1-254, et cette garde communale, prise parmi les bourgeois et les marchands, reçut le nom de guet des 'métiers ou des bourgeois.

Le régne de Philippe le-Hardi ( 1270-1285) ne nous fournit qu'un petit nombre de faits dignes de mémoire. Les chroniques de Saint-Denis nous montrent ce prince portant pieusement sur ses épaules le corps de son père depuis Notre Dame de Paris jusqu’à la royale abbaye, et ajoutent qu'il fut obligé de rester longtemps devant la porte de l'église abbatiale, parce que les moines de Saint-Denis ne pouvaient souffrir que l'archevêque de Sens et l'évêque de Paris entrassent dans la basilique revêtus de leurs habits pontificaux , au préjudice des franchises du monastère. L'histoire de Paris pendant cette période n’est guère marquée que par des catastrophes. C'est d'abord la mort inopinée du jeune fils du roi , empoisonné , disait-on, par une main inconnue (1276); puis le supplice du ministre Pierre de la Drosse , pendu au gibet des larrons, le 30 juin 1278, pour avoir injustement accusé de cet empoisonnement la reine, Marie de Brubant, seconde femme du roi; enfin le tournoi de 1-279, où le frère de Philippe, Robert, comte de Clermont , qui venait d'être armé chevalier, fut si violemment frappé à la tête de coups de masse d'armes, qu'il demeura fou tout le reste de sa vie. Le pape Nicolas III fulmina contre le tournoi de Paris et imposa des pénitences expiatoires au roi et à tous les chevaliers qui s'y étaient trouvés; mais malgré les remontrances apostoliques et de fréquents accidents semblables à celui dont le comte de Clermont avait été victime, les tournois n'en demeurèrent pas moins en vigueur jusqu’à la mort de Henri II. Nous n'avons à noter pour le règne de Philippe-le-Hnrdi que cinq établissements nouveaux : la création de la confrérie des chirurgiens , par Jean Pitard , chirurgien de saint Louis , qui la plaça sous l’invocation de saint Côme( 1278 ( ; là fondation du collège d'Harcourt (1280), de celui de Tournai (vers 12831, du couvent des Cordelières-Saint-Marcel (1285)-, et la construction de la boucherie de Saint-Germain-dcs-Prés (1274).

Philippe IV, dit le Bel (1285-1314), plus administrateur que guerrier, malgré sa victoire de Mons-en-l’uelle , signala son règne par des actes remarquables qui contribuèrent à constituer l'ordre social en France. En 1287, one ordonnance exclut lé clergé de l'administration de la justice ; . c'est la première séparation expresse de l’ordre civil et de l’ordre ecclésiastique ; la même année une autre ordonnance statue que tout homme en venant habiter une ville et y achetant une maison de la valeur de soixante sous parisis , peut requérir le prévôt de lui octroyer des lettres de bourgeoisie. L'histoire reproche justement à ce prince une insatiable avidité qui le porta à opprimer l’Église pour s'emparer des biens du clergé , à altérer si effrontément la monnaie , que le peuple insurgé vint l'assiéger dans le palais du Temple où il s'était réfugié avec ses barons (1306). Sa mémoire restera toujours fiétrie de la vengeance cruelle qu’il exerça sur les révoltés en faisant pendre vingt-huit hommes aux quatre entrées de Paris. On ne saurait oublier le procès des templiers, l'horrible exécution de cinquante-neuf d'entre eux brûlés vifs dans un champ voisin de l’abbaye de Snint-Antoine ( 1310) , ni celle de Jacques Molay, grand maître de l’ordre, et de Guy, commandeur de Normandie, qui subirent le même supplice, à l’extrémité occidentale de l'ile de la Seine (10 mai 1314). Mais il est juste de reconnaître que ce prince a posé véritablement les

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bases définitives de l'ancien gouvernement de la France. La publication récente des registres du parlement de Paris, connus sous le nom d olitn, a prouvé qu'on a eu tort d'attribuer à Philippe- le -Bo) le mérite d'avoir rendu régulières les séances de cette haute cour de justice et de l'avoir fixée à Paris ; et il est fâcheux qu'un tableau du musée de Versailles ait consacré une si grande erreur. Les deux importantes améliorations dont nous venons de. parler étaient accomplies longtemps avant lavénement de Philippe IV au trône ; mais il peut revendiquer tout l'honneur d'avoir, par son ordonnance de 1302, proclamé la prééminence du parlement et arrêté les bases de son organisation. C’est aussi à dater de son règne que t'on voit s'élever à côté du parlement une autre institution nommée lo grand conseil, qui représentait lé roi considéré comme administrateur des intérêts généraux de la société, et non comme souverain distributeur de la justice. Enfin la lutte de Philippe-le-Bel contre Boniface VI II a donné lieu à un acte qu'on peut regarder comme le plus important de son administration , la convocation des États généraux de 1302, où pour la première fois parait le tiers-état. In bour-. geoisie prit dès lors une influence politique qui n'a fait que s'accroître et qui a renouvelé la société tout entière. C'est encore au règne de Philippe-le-Bel (1302), que se rapporte, la création de la Basoche, juridiction singulière, composée de clercs de procureurs -au parlement , et qui jugeait en dernier ressort , tant en matière civile que criminelle, toutes les contestations des clercs entre eux. La basoche avait un roi que Uenri II destitua pour lui substituer un chancelier; mais l’institution s’est maintenue jusqu’en 1790. On fait remonter aussi à l'an 1302 l'origine d’une autre juridiction du même genre, établie pour les clercs de la chambre des comptes, sous le titre pompeux A' Empire de Baillée. Six collèges fondés à Paris attestent le progrès des études pendant cette période : ce sont lescolléges de Navarre ( 1309) , des Cholcts ( 1295), de Baycux (1308) , du cardinal Lemoine ( 1302 ) , de Laon ( 1313) , de Prestes ( 1313 ). A la même époque se rapportent trois autres établissements : le couvent des Hospitaliers de la Charité Notre-Dame, remplacés depuis parles Carmes-Billettes (1299), la chapelle. et l’hôpital des Haudriettes (1306)-, et la communauté des Femmes Veuves de la rue Sainte- Avoie (-de 1*288 à 1303 ).

Nous passerons rapidement sur les règnes de Louis-le-Hulin, de Philippe— le-Long, et de Charles IV, pendant lesquels nous n'aurions guère à signaler que le supplice d'Enguerrand de Marigny, ministre oie Phitippe-le Bel (1313); celui de Gérard de la Guette, trésorier de Philjppe-le-Long ( 1322) ; les turpitudes, heureusement fort douteuses, de la tour.de Nesle; la fondation des collèges de Montargu (1311), du Plessis, avant 1317, de Cornouailles (1321 ) , de Narbonne ( 1317) , de Tréguier (1325), d’Arras (1327) , et la construction de l’église Saint-Jacques-de-l'ttôpital ( 1320). La Chambre des comptes , le Bailliage du palais , datent aussi de. cette époque ; et c'est depuis lors que le palais de la Cité, devenu Palais-de-Justice, réunit ces diverses juridictions. Lavénernent de Philippe VI, de Valois ( 1328), marque l’extinction de la branche aînée des Capétiens et le commencement de la grandeur de cette première maison de Valois, dont le rôle fut de délivrer la France de l'invasion anglaise et de poursuivre l'abaissement de la féodalité. Les premières années du règne de Philippe sont glo-

rieusoment marquées par la giiêrre de Flandre et la victoire de Casse! ; mais dés l'an 1340, la destruction de la (lotte française à la bataille de l'Écluse , ouvre cette série de calamités qui réduisit la France à l’état le plus déplorable jusqu'au milieu du siècle suivant Conduit par le traître Seoflroi de Harcourt, Édouard III envahit le royaume par la .Normandie, et s'avance dans l'Ile de France , ravageant tout sur son passage. Saint-Gcrmain-en-Laye, Huetle, Nanterre, Saint-Cloud, Neuilly, sont incendiés. « Les Parisiens » , dit mie chronique , « pouvaient, du haut des tours Notre-Dame, voir les flammes et la fumée, b C était la première fois, depuis les Normands , qu'une armée étrangère s’approchait des murs de Paris. La rapidité de cette invasion révéla dès lors la faiblesse de la position de Paris, aa point de vue stratégique ; et c'est' l'appréhension de ce danger, trop justifiée par les événements postérieurs de cette malheureuse période, qui semble avoir inspiré aux Valois la pensée d'établir le siège de la monarchie sur les bords de la Loire, où on les voit résider presque constamment depuis Chéries VII jusqu'à l'avénement de François l". Cependant cette tentative d'Édouard contre la capitale n'était pas sérieuse. Tandis que Philippe, retranché é Antoni, se prépare è défendre ta viHe, le roi d'Angleterre fait un brusque mouvement de retraite sur Poissy, gagne le Beauvoisis, passe la Somme à lilanquctaque , et attend l'armée française à Créci ( 1346). Vaincu dans cette fatale journée, bientôt suivie de la prise de Calais, Philippe de Valois obtint une trêve ( 1348) qui lui permit d'achever paisiblement son règne , devenu si désastreux pour la France. Les historiens signalent comme les événements leB plus remarquables qui se soient (Hissés à Paris è celte époque, la mise à mort des barons de Bretagne et de Normandie, que le roi fit décapiter aux Halles, pour avoir traité secrètement' avec les Anglais, entre autres Olivier de Clisson. Gcoffroi et Jean de Malestroit , Jean de Montauban, Guillaume d'Évreux, Richard Percy ( 1343).

La peste noire, qui fit invasion à Paris, en 13i8, vintajouterà toutes les calamités de ce temps, a La mortalité était telle qu'on pouvait à peine ensevelir les morts; dans bien des paroisses, les curés, épouvantés, s'èn allaient, laissant l' administration des sacrements à linéiques religieux intrépides. Ces religieux étaient les Frères des ordres mendiants , chez lesquels s'élait réfugié lout re qu'il y avait de ferveur et de foi dans l'Eglise. Les sœurs de l'Hôlel-Dicu de Paris montrèrent aussi beaucoup de courage et de vertu. On emportait chaque jour cinq cents morts de f Hôtel-Dieu au cimetière des Innocents. » Treize nouveaux collèges furent fondés.n Paris sous Philippe de-Valois : les collèges des Écossais ( 1333), de Marmoutier (t329), des Lombards ( 1333), de Bourgogne (1333), de Lisieux (1336) , de Cliunac ( 1:071, de llubaiit ( 1336) , de Mignon ou de Gramont (1313), d'Autun (1341), de'Tours (13J0), d'Aubussou, avant 1345, de Cambrai (1344), et de maître Clément (1349). C'est aussi l’époque de l'établissement de l’église et de la confrérie du Saint-8épulcre ( 13291, de l'église de Saint- JuIien-des-Ménétriers !1330), de la chapelle Saint-Yves (1348).

Le roi Jean (1359-1364), salué à son couronnement par les acclamations des Parisiens, inaugura son règne par une sage ordonnance du mois de janvier 1351 , qui assura la tranquillité des bourgeois en expulsant les truands , et améliora la policé intérieure de la ville. En même temps, la justice royale, continuant

P A Kl S.

l'œuvre de Philippe de Valois, sévit contre les félons qui cherchaient à vendre la France aux Anglais: Kaoul, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, arrêté à l’hôtel de Neslc par le prévôt de Paris, est décapité dans sa prison sans forme de procès; Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, surpris dans un festin au château de Itoueu, est enfermé dans la tour du Louvre. Cependant la guerre s’organisait dans la Guyenne, et bientôt le prince de Galles, parti de bordeaux à la tête d’une armée d'élite, s'avança jusqu'à Romorantin. Le roi Jean se hâta de convoquer à Paris les États généraux ,ct en obtint des subsides pour les frais de la guerre. Ce fut une de nos plus mémorables assemblées nationales; on y décida pour la première fois que l’impôt, réparti sur tous les habitants du royaume, serait perçu et employé, non plus par les agents du roi , mais par des commissaires délégués par les États ; l’armement général de tous les citoyens fut ordonné; l'altération des monnaies interdite; enlin le roi confirma l'abolition du droit de prise.

Avec le nouveau subside, le roi Jean assemble une armée et se met à la poursuite du prince de Galles, et général inhabile autant qu'intrépide soldat, est vaincu et fait prisonnier à la funeste journée de Poitiers (19 septembre 1356). Paris était dès lors le centre des idées et des affaires; son attitude énergique pendant la captivité du roi empêcha peut-être la France de s’abandonner au découragement et de tomber dans l’anarchie. Un mois après la bataille, le 17 octobre, quatre cents députés des bonnes villes du royaume se trouvèrent assemblés à Paris sur la convocation du Dauphin Charles, pour aviser à la reeouvranre du roi Jean et au gouvernement de la chose publique. I.es seigneurs, prisonniers pour la plupart, étaient représentés à ces États par un très-petit nombre de députés; toute l'influence resta aux délégués des communes, à la tête desquels se trouvait le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel. Après une première délibération, où rien ne put être conclu, les États, convoqués de nouveau dans la grande chambre du parlement, le 13 février 1357, accordèrent de quoi payer trente mille hommes d'avauce, en faisant promettre au Dauphin que l'aide serait levée ni employée non par ses officiers , mais par bonnes gens loyaux , sages et solvables, nommés par l'assemblée ; ils exigeaient de plus la délivrance du roi de Navarre. Cette dernière condition révèle les secrets desseins de Marcel ; elle est refusée parle Dauphin. Cependant Charles-le-Mauvais, délivré de sa prison par un ami du prévôt , se présente aux portes de Paris. Marcel l'accueille et devient l'instrument de ses vengeances. Les Parisiens, soulevés contre l’autorité du Dauphin, reçoivent des mains du prévôt des marchands, pour signe de ralliement, un chaperon mi-parti de rouge et de bleu. Le 22 février 1358, Marcel rassemble sur la place Saint-Éloi environ trois mille hommes en armes, et marche sur le palais qu’il envahit. A la tête des plus exaltés, il monte à la chambre du Dauphin et le somme avec aigreur de mettre ordre aux affaires du royaume. « Je le ferais volontiers, répond hardiment Charles, si j’avais de quoi le faire, mais c’est à celui qui a les droits et profits d'avoir aussi le soin du royaume. » Le jeune prince était entre ses conseillers ordinaires, les maréchaux de Champagne et de Normandie. a Sire duc, s'écrie Marcel, n'ayez pas peur; mais nous avons quelque chose à faire ici »; puis il se tourne vers les chaperons rouges et bleus qui étaient vi. 86

montés avec lui, et leur dit : a Allons, faites vite ». Aussitôt Jean de Conflans, maréchal de Champagne , perré de v ingt coups d'épée , tomba sur le lit du Dauphin , qui fut rouvert du sang de ce fidèle conseiller. Robert , maréchal de Normandie, fut égorgé à quelques pas de lé dans un cabinet où, quoique vaillant homme de guerre, il s’était réfugié, n'ayant point d'armes contre cette foule furieuse.

Le jeune Dauphin, justement épouvanté, pria Marcel de le sauver, a Vous ne risquez rien, monseigneur, dit le prévôt, mais pour plus grande sûreté prenez ceci. » Il lui donna son chapeau rouge et bleu; en même temps il prit celui du régent, qui était de. fourrure noire à fermait d'or, et, ajoute Félibien, il eut l'insolence de le porter sur sa tête pendant le reste du jour, comme en triomphe, dans les rues de Paris. Le Dauphin, obligé de paraître approuver ces meurtres, supportait avec impatience la tyrannie sanglante de Marcel ; il réussit à s'échapper, et revint avec une armée de trois mille hommes investir Paris. Le prévôt se sentit perdu ; sa conduite depuis ce moment n'offre plus qu'hésitation et inconsistance; il s'allia à la Jacquerie, quoiqu’il fût dévoué à Charles-le-Mauvais; et en même temps il composait avec Charles-le-Mauvais, ce destructeur de la Jacquerie. Devenu bientôt suspect au peuple, Marcel ne peut plus différer de livrer la ville nu roi de Navarre; mais, dans la nuit du 31 juillet au 1" août 1358, au moment où il allait remettre à Joceran de Mdcon, trésorier du prince, les clefs des bastilles Saint-Denis et Saint- Antoine, le bourgeois Jean Maillard, qui s'était mis à la tête des partisans du Dauphin, surprend ce traître et l'étend mort d'un coup de hache. Ce meurtre ouvre au régent les portes de la capitale ; le roi de Navarre le suit de près et bloque la ville. Pour comble de maux, Édouard d'Angleterre, débarqué à Calais le 28 octobre 1350, vient ravager Plie de France, s'empare de Montlhéri , d'Arpajon , occupe Montrouge, Issy, Vaugirard et Vanves , et menace Paris; enfin, le 6 mai 1360, la paix est conclue à Bretigny, et, après une captivité de quatre ans, le roi Jean revient en France. Les Parisiens manifestèrent une grande joie de son retour. On fit jouer des fontaines de vin à la porte Saint- Denis, par laquelle il fit son entrée (13 décembre) ; toutes les rues, aussi bien que le Grand-Pont, étaient tendues de tapisseries. Il alla d'abord faire ses prières à Notre-Dame, et de là se rendit au palais, marchant sous un dais de drap d'or porté par les éehevins ou bout de quatre lances. Comme il lui restait peu de vaisselle , «la ville, dit Felibien, lui fit présent d’un buffet d'argenterie pesant environ mille marcs. » Au règne de Jean se rapporte l'établissement du siège municipal de Paris , ou de C Hôtel de Ville, à la maison aux Piliers, que le prévôt des marchands, Étienne Marcel , acheta de Jean d’Auxerre par contrat du 7 juillet 1537, pour la somme de deux mille huit rent quatre-vingts livres parisis. C’est aussi l'époque de la fondation de l'hôpital et église du Saint-Esprit (1362), et des collèges de Boncourt (1357) , de Justice (1354), des Allemands, avant 1348, et de Vendôme, vers 1360. Les petites écoles île Paris, origine de nos écoles primaires, et instituées sous la direction du chanoine de Notre-Dame, reçurent leurs premiers statuts en 1357.

Pendant la période que nous venons de parcourir, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à la mort du roi Jean, Paris s'est organisé, a pris figure, si l'on peut ainsi

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parler. Dans les siècles suivants, la capitale s'augmentera de jour en jour, mais ces accroissements n'en changeront pas le plan primitif; elle conservera les caractères généraux qu'elle a désormais acquis , et que M. Michelet a si bien définis : «Au sud la ville savante, au nord la ville commerçante, au centre la cité, la cathédrale, le palais, l'autorité. Cette belle harmonie d’une cité flottante entre deux villes diverses qui l'enserrent gracieusement , suffirait pour faire de Paris la ville unique, la plus belle qui fut jamais. Rome , Londres, n'ont rien de tel ; elles sont jetées sur un seul côté de leur fleuve. La forme de Paris est nonseulement belle , mais vraiment organique. » L'établissement du parlement et des autres corps judiciaires fut une des principales causes d'un accroissement de population qui donna au commerce et à la civilisation une impulsion nouvelle. Bientôt les vieux murs de Philippe-Auguste ne purent contenir Paris ; il déborda de tous côtés. Lorsqu'après la bataille de Poitiers , les Anglais victorieux menacèrent la grande ville, le prévôt des marchands, Étienne Marcel, eut le mérite de lutter un moment avec énergie contre l’invasion étrangère. 11 se hâta de faire réparer les fortifications, agrandit considérablement l’enceinte du côté du nord, et y renferma tous les édifices extérieurs , en ayant soin de faire démolir ceux qui pouvaient servir de retraite aux ennemis , notamment le couvent des Filles- Dieu. Ces travaux peuvent être considérés comme formant une nouvelle enceinte de Paris. La partie méridionale subit peu de changements ; mais il fit faire aux murailles de grandes réparations : les fossés furent creusés plus profondément , et, dans quelques parties, remplis par les eaux de la Seine. Dans la partie septentrionale , le mur partant de l'ancienne porte Barbelle , située à l’extrémité du quai des Ormes, remontait la Seine jusqu’à l'endroit où se trouve le fossé de la Bastille ou de l’Arsenal , point où fut élevée la tour de Billy, qui a subsisté jusqu'en 1538; de là, l'enceinte, flanquée de tours carrées, suivait la direction du fossé jusqu'à la rue Saint-Antoine, où fut construite une porte fortifiée que remplaça, sous Charles V, la fameuse Bastille Saint-Antoine. Ensuite, laissant en dehors le boulevard actuel , la muraille longeait la rue Jcan-Beausire ou des Tournelles jusqu'à la rue du Temple, où fut construite une porte nommée la Bastille du Temple, puis se dirigeant parallèlement à la rue Mesléc, dite autrefois rue du Rempart, elle atteignait la rue Saint-Martin, où l'on bâtit une porte du même nom.

De cette porte , l'enceinte suivait la ligne de la rue Sainte-Apolline et aboutissait rue Saint-Denis , sur laquelle s’élevait une porte appelée la Bastille Saint- Denis. De là , longeant la rue Bourbon-Villeneuve et la rue Neuve-Saint-Eustache , le mur arrivait à la Porte-Montmartre , suivait la ligne de la rue des Fossés- Montmartre , traversait le milieu de la place des Victoires , coupait l'emplacement de l'hotel de Toulouse, aujourd'hui la Banque de France, celui des rues des Bons-Enfants et de Valois, puis pénétrait dans le Palais-Royal vers le milieu de sa longueur. Traversant enfin le jardin et la rue Richelieu au point où vient y aboutir la petite rue du Rempart , il suivait la direction de celle-ci jusqu'à sa jonction avec la rue Saint-Honoré. Là se trouvait la porte Saint-Honoré à partir de laquelle la muraille, longeant la rue Saint-Nicaise , aboutissait sur le bord de la Seine au point où s’élevait une haute tour nommée la Tour-du-Bois , qui existait

encore sous Louis XIV. Cette enceinte environnait et protégeait donc l'église Saint-Paul, le monastère du Petit-Saint-Antoine, le couvent de Saintc-Cathcrinedu-Val-des-Écoliers, les bourgs de Saint-Paul, du Temple, de Saint-Martin, une grande partie du village de Villeneuve, dont l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle indique à peu prés le point central , les églises de Saint-Sauveur et de Saint- Honoré, les Quinze-Vingls, Saint-Thomas et Saint-Nicolas-du-Louvre et le château du Louvre. Tous ces travaux furent exécutés presque entièrement en quatre années. Les dépenses totales s'élevèrent , monnaie du temps, à cent soixantedeux mille cinq cent vingt livres tournois. La maçonnerie se faisait , dit Sauvai , à raison de huit sous la toise. Étienne Marcel üt aussi fabriquer sept cent cinquante guérites en bois que des crochets de fer fixaient aux créneaux des murailles. On vit alors pour la première fois sur les remparts de Paris quelques canons, dont l'invention était, à cette époque, toute nouvelle. Les quartiers ajoutés à la ville par l’enceinte que nous venons d'indiquer furent longtemps considérés comme des faubourgs. Avant qu'ils y fussent réunis, la capitale était divisée en trois parties ; la Cité , qui comptait trente-six rues ; le quartier d’Oufre- Petit- l’ont , nommé aussi l 'Université, sur la rive gauche de la Seine, comprenant quatre-vingts rues, et le quartier à'Oulrc-Grand-Pont , ou la Ville, sur la rive droite, contenant cent quatre-vingt-quatorze rues, ce qui donne un total de trois cent dix rues. Ces derniers détails nous sont fournis par un très curieux document du llV siècle , le Dit des rues de Paris , de Guillot.

Charles V (1364-1380) s'attacha à réparer les maux inouïs que la France avait soufTerts sous les deux derniers règnes. Il n’avait nulle passion pour la guerre, ce qui ne l'empêchait pas de reprendre peu à peu ses provinces perdues, malgré les efforts des Anglais qui vinrent inutilement menacer Paris en 1370. Au milieu des soins qu’il donnait à l’administration de son règne, il n’oubliait rien de ce qui pouvait contribuer au bien-être et à l'embellissement de sa bonne ville de Paris, dont il affectionnait le séjour, et où il faisait bâtir « son hustel solennel des grands esbalrmentsn, le célèbre hôtel Saint-Paul. Ce prince lettré accordait à l’Université de Paris, sa très-aimée fille, une protection spéciale, et l’on vit, à l'occasion d’une insulte faite à quelques écoliers, le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, obligé de faire amende honorable, et de prêter serment de maintenir les nouveaux privilèges concédés à ce corps illustre ( 1366). Charles V donna une autre preuve éclatante de l'intérêt qu'il portait aux lettres, en rassemblant une précieuse collection de livres, qui est l’origine de la Bibliothèque royale. Saint Louis avait réuni à la Sainte-Chapelle quelques manuscrits, dispersés après sa mort. Jean laissa à son fils vingt volumes; mais, à la mort de Charles V, la bibliothèque se composait de neuf cents manuscrits, nombre prodigieux pour l'époque. Ces richesses littéraires furent placées au Louvre, dans une tour appelée dès lors Tour de la librairie, sous la garde de Gilles Mallet, valet de chambre du roi. Les livre» occupèrent trois salles, dont les lambris étaient de bois d'Irlande, la voûte de bois de cyprès, ornée de sculptures. L'entrée de ce sanctuaire, éclairé par une lampe d'argent et trente petits chandeliers, était permise aux savants. A la mort de Charles VI, on vendit cette collection pour payer, les frais de son tombeau. Le duc de Bedford l'acheta mille deux cents livres, et le transporta en Angleterre ;

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niais depuis, une certaine partie des livres qui la composaient nous sont revenus.

• Dans les premières années du règne de Charles V, la paix ramena à Paris le luve et les fêtes. Les chroniques de Saint-Denis, Froissart, et surtout Christine de Pisan se plaisent à décrire avec les plus curieux détails les splendides cérémonies dont la capitale fut alors le théAtre. Les descriptions des fêtes du moyen Age sont, on lésait, très-instructives comme peintures de mœurs, particulièrement quand elles s'appliquent aux entrées des rois et des reines. La plus ancienne solennité de ce genre sur laquelle on trouve des renseignements précis, est l’entrée de Philippe-Auguste à Paris après la victoire de Bouvines; nous en avons dit quelques mots. Nous savons aussi par quels témoignages de joie les Parisiens accueillirent Louis VII, lorsqu'il revint de son sacre. Depuis lors s'établit l'usage du présent ou droit de joyeuse entrée que la ville faisait au roi, et qui consistait en argent ou en vin , en épices , en objets précieux. A son retour de la croisade , le 7 septembre 1254, les Parisiens reçurent saint Louis comme un père qui est rendu à sa famille. Il s'avança au milieu des rues de Paris décorées de tapis et de couronnes verdoyantes : sa contenance était triste, et, si l'on en croit Mathieu Paris, « à peine osait-il lever les yeux ; car, en songeant à sa captivité, il se reprochait la confusion générale dans laquelle il avait jeté la chrétienté». Il ne parait pas que le roi Jean, délivré des prisons d’Angleterre, ait éprouvé la même tristesse en recevant des habitants de Paris les marques d'affection, et les présents dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. Mais les deux réceptions solennelles les plus magnifiques dont on ait gardé le souvenir sont celle de l'empereur Charles IV (janvier 1377) et celle de la reine Isabcau de Bavière (juin 1389).

Il faut lire dans les chroniques de Saint-Denis ou dans l'histoire de Charles V, par Christine de Pisan, comment l'Empereur se partit de Saint-Denis où il avait fait ses dévotions, et les beaux destriers que le roi lui envoya; comment Charles V alla au devant de l'Empereur à mi-voie de la Chapelle; la belle ordondance qui fut A leur entrée à Paris; les présents du prévêt des marchands et des échevins, entre lesquels on remarquait une nef pesant neuf vingt et dix marcs d'argent doré, d'un travail précieux. Charles IV logea au palais, » dans la belle chambre faite de bois d'Irlande, h côté de la chambre Verte », tandis que le roi de France allait s’installer dans les chambres hautes , les galetas. Au diner du second jour, s'assirent sous un ciel de drap d'or l’Empereur, le roi de France , le Dauphin, le roi des Romains, le duc de Saxe, les ducs de Berry, de Bourbon, de Brabant, de Bourgogne, de Bar, le comte d’Eu, et prés de mille barons ou chevaliers, tant du royaume de France qu'étrangers. Dans l’intervalle du service furent joués deux entremets ou intermèdes dont le sujet était la prise de la sainte cité de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, a On y voyait , entre autre décorations, la grande tour d'où les sarrazins on couslume de crier leur loi. Un homme vestu très-proprement en sarrazin , y crioit la loi m langue arabique. » Pendant son séjour à Paris, qui dura douze jours, l'hôte de Charles V visita le Louvre, l'hôtel Saint- Paul habité par la reine , les châteaux de Vincennes et de Beauté sur-Marne que le roi veuait de faire construire. Le jour qu'il alla au Louvre, l'Université lu vint saluer, et maître Jean de la Chaleur, chancelier de Notre-Dame , lui lit en

latin une belle harangue à laquelle il répondit aussi en latin. Avant son départ, le duc de Berry lui apporta , en présent, de la part du roi, des ouvrages en orfèvrerie, « tels qu'on les savait faire à Paris ». C’étaient, entre autres merveilles de l'art parisien , des hanaps d’or garnis de pierreries et richement ciselés, où se voyaient les signes du Zodiaque , les planètes, les étoiles, et deux flacons d’or dont les figures en relief représentaient saint Jacques montrant à Charlemagne, dans une vision , le chemin de l'Espagne. Isabcau de Bavière , le mauvais génie de la France, ne fut pus moins splendidement fêtée. La reine, dans une litière « richement aournéc, suivie de dames et de seigneurs sur chars et sur palefrois, traversa, au milieu des cris répétés de Noël! Noël! la foule du peuple, et trouva sur son chemin une multitude de jeux qui lui vinrent grandement à plaisance. » Nous citerons seulement ce « maistre engigneur genévois qui , habillé en guise d'un ange, s'en vint tout chantant sur une corde tendue depuis la haute tour de Notre-Dame et attachée sur la plus haute maison du pont Saint-Michel , et quand la reine passa , lui mit une belle couronne sur la tête. » On sait que Charles VI, curieux de voir l'entrée de sa femme , se mêla incognito à la foule , et qu’il reçut des sergents o coups de horions sur les épaules bien assis. » Ces fêtes , dont le programme variait peu, étaient presque toujours, au xv” siècle, accompagnées de ces représentations dramatiques connues sous le nom de mystères. Les confrères de la Passion y jouaient ordinairement des pièces religieuses sur des théâtres dressés depuis la Porte-Saint-Denis jusqu’à Notre-Dame. Ajoutons que les entrées étaient presque toujours l'occasion choisie par les princes pour accorder au peuple une diminution d'impêt ou quelque immunité.

I-es fondations des établissements que Paris doit au règne de Charles V sont, outre l'hôtel Saint-Paul dont nous avons parlé, le couvent des Célestins ( 1352), les collèges de Dormans-Beauvais (1365), de Dainville(1379), de maître Gênais (1370), le monastère du petit Saint-Antoine (1365), la Bastille, élevée en 1370 sur l'emplacement d'une plus petite bastille ou bastion, qu’Éticnne Marcel avait fait construire près de la Porte-Saint-Antoine. Nous ne devons pas omettre qu’en 1371, Charles V, « content de la fidélité et de l'attachement des bourgeois de Paris, leur accorda des lettres de noblesse. » Sur l’exposé qu’ils lui firent qu'ils étaient en possession d'avoir la garde et le bail de leurs enfants , de tenir fiefs nobles et arrière-fiefs, d'user de brides d’or et autres ornements appartenant à la noblesse, et de prendre armes de chevalier, comme les nobles d’origine, le roi les maintint dans tous ces privilèges, et défendit à ses officiers de les y troubler. Ces lettres furent confirmées par Charles VI, Louis XI, François I" et Henri II. Henri III restreignit le titre de noble aux prévôts des marchands et aux échevins. Supprimée en 1667, rétablie en 1669, abolie de nouveau en 1715, cette prérogative fut encore une fois restituée en 1716 aux bourgeois de Paris, ou, du moins, aux magistrats municipaux, qui en ont joui jusqu'à la Révolution.

Le règne de Charles VI est une des périodes les plus déplorables des annales de Paris. Dès l’année 1383, un impôt sur les vivres excite un soulèvement formidable. Les bandes furieuses des maillutins, ainsi appelés parce qu’ils se sont armés de maillets de plomb déposés à l’ Hôtel-de-Ville, enfoncent les prisons, mettent les détenus en liberté, tendent des’ chaînes dans les rues , massacrent les

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percepteurs des impôts, pillent leurs maisons et l’abbaye de Paint-tîermain-des- Prés, qui en a récélé quelques-uns. Charles VI rentre à Paris après la victoire de Roseberq, moins en roi qui veut sévir contre ces désordres qu'en chef de parti qui veut en tirer vengeance. Vingt mille bourgeois armés allèrent au-devant de lui dans la plaine Saint-Denis. « Voyez l’orgueilleuse ribaudaille, disaient les seigneurs, s'ils fussent venus, ainsi armés, servir le roi en Flandre, ils eussent bien fait; mais ils s’en seraient bien gardés; ils priaient Dieu, au contraire, qu'aucuu de nous n’en revint ». Ordre fut donné aux bourgeois de désarmer immédiatement et de retourner chacun chez soi. Charles VI , indépendamment de trois cents révoltés mis à mort, avant son arrivée, par ordre des ducs de Berry et de Bourgogne, fit décapiter les principaux chefs de la sédition : Nicolas le Flamand, Jean Desmarets, et douze autres. Le lieu des exécutions était ordinairement le carreau des Halles , où s’élevait le Pilori. C'est là que fut dressé, sous Louis XI, l'échafaud sur lequel périt Jacques d'Armagnac , duc de Nemours. Les criminels vulgaires subissaient aux fourr/ies patibulaires de Montfauron un supplice réputé plus infamant. On avait vu cependant, suspendus aussi au gibet, Enguerrand de Marigny, qui l’avait fait construire, et le ministre favori de Philippe-le- Hardi , Pierre de la Brosse. La mort par strangulation était ordinairement le châtiment des meurtriers, des voleurs, des faussaires; on coupait les oreilles aux individus coupables de vols peu importants , quelquefois on se contentait de les fustiger. Les nobles étaient toujours exempts du fouet, et s’ils méritaient la mort, iis étaient décapités, à moins que ce ne fût pour trahison, vol, parjure ou corruption de témoins, la gravité de ces crimes faisant perdre aux condamnés le privilège de la noblesse. I e maître des huules-iruvres ou evéculeur de la haute justice , réputé infâme , ne pouvait demeurer dans l’intérieur de la ville, à moins que ce lie fût au lieu môme où était dressé le pilori. Comme tous les marchands eussent refusé l’argent de cet homme maudit , on lui avait accordé le droit de havage, c'est-à-dire la faculté d'exiger, sur toutes les céréales exposées en vente, autant de grain que sa main pouvait en contenir. Il avait aussi certains droits sur les fruits, les légumes, les poissons, les œufs, la laine, les gâteaux des rois. Les autres privilèges du bourreau étaient constatés par des lettres-patentes où on lisait : » De chaque personne qu'il met au pilori , le bourre! doit prendre cinq sous, et de chaque homme justicié pour ses démérites , ce qui est au-dessous de la ceinture, de quelque prix que ce soit. » Plus tard, la dépouille entière du patient fut dévolue à l’exécuteur.

D'autres scènes sanglantes marquèrent encore le règne funeste de Charles VI. Le connétable Olivier de Clisson , en sortant de l'hôtel Saint-Paul , est assassiné, à l’entrée de la rue Culturc-Sainte-Catherine , par les gens de Pierre de Craon (13 juin 1392); le roi, pour faire justice du meurtrier, s'avançait vers la Bretagne, à la tête d’une armée, lorsqu'il est tout-à-coup atteint de folie ( 5 août 1392). lin accident arrivé à la fête qu’on lui donnait pour le distraire, à l’hôtel de la reine Blanche, au faubourg Saint-Marcel, rend sa démence incurable. Le pouvoir est d’abord disputé entre le dur d’Orléans et le duc de Bourgogne ; mais le duc d’Orléans est assassiné, rue Barbette, par Jean-sans-Peur (23 novembre 1107), et ce meurtre livre la F'rauce au parti bourguignon, qui agit au

nom du roi et d’Isaheau de Bavière, tandis que la faction des Orléanais ou Armagnacs a pour chef le dauphin. Jeansans-Peur attaque Paris et affecte de rechercher l’appui du peuple. Il avait surtout un grand crédit sur les bouchers qui formaient alors une corporation puissante. Leurs chefs, Legoix , Denis de Chaumont, les Saint Yon, les Thibert, et Simon Caboche, qui a donné son nom à la faction, sont investis par le duc de Bourgogne de l’autorité municipale de la police. Le fameux Jean de Troyes, l’orateur du parti, envahit un jour, à la tète d'une populace furieuse, le palais habité par le dauphin et arrête ses conseillers ; les princes sont proscrits. Les Cabochiens adoptent le chaperon rouge et bleu d’Etienne Marcel, et leur alliance avec la Sorbonne accroit encore leur insolence; l’ancien prévôt de Paris, Pierre des Essarts, La Rivière , de Neufville , dont ils redoutent l’éloquence , sont massacrés. Les États- Généraux, convoqués au milieu d’une épouvantable anarchie, voient tous les jours leurs efforts paralysés par la faction des bouchers. Le roi, depuis sa folie, toujours esclave du parti qui domine, est censé approuver tous les crimes qui se commettent en son nom ; enfin, la bourgeoisie prend les armes et secoue le joug des écorcheurs. Jean-sans-Peur quitte Paris, la rage au cœur, en se promettant d’y rentrer bientôt. Dans ce but, il appelle les Anglais, qui gagnent la bataille d’Azincourt ( 1415). Peu de temps après, un bourgeois, Perrinet Leclère, lui livre Paris, où le connétable d’Armagnae régnait par la terreur, lai populace, sous la conduite du bourreau ('«peluche , massacre dans les rues, dans les maisons, dans les prisons, plus de dix-huit mille partisans du connétable. Henri V profite de cette effroyable guerre civile, et l’indigne reine Isabeau de Bavière lui donne sa Bile Catherine et la couronne de France par le traité de Troyes f 20 juin 1 420). Paris et tout le royaume obéissaient depuis deux ans au duc de Bedford , régent de France pour le roi d'Angleterre, lorsque Charles VI mourut 6 l'hôtel Saint-Paul, le 21 octobre 1422. Parmi les établissements fondés à Paris sous son règne, on remarque la Confrérie de lu Passion , dont les membres , établis à l'hôpital de la Trinité , en 1402, jouaient les Mystères et jeux de personnages , qui ont été l'origine du théâtre en France. A la même époque, se rapporte la fondation de l'hôtel des Tournclles, devenu demeure royale en 1404, et qui ne le cédait pas en beauté à l'hôtel Saint-Paul. C'est aussi sous Charles VI que furent établis les collèges de Thou-(1393), de Fortet (1391), de Reims (1399) , Coquerel, vers 1400, et de la Marche (1422), l'hôpital du Roule(1392), la chapelle et l'hôpital de Saint-Éloi ou des Orfèvres ( 1399 ), et qu’on organisa les trois confréries des archers, des arbalétriers et des arquebusiers.

La mort de Charles V I ne mit point, on le sait , Charles V 1 1 en possession du trône. Tandis que le jeune prince combattait avec quelques soldats , au delà de la Loire, le duc de Bedford, en politique habile, mettait tous ses soins à maintenir dans Paris la faction bourguignonne. La dominatiun anglaise qui pesa quinze ans sur la capitale fut un immense malheur public ; mais elle avait été accueillie avec moins de haine qu'on ne devait s'y attendre, parce qu’elle avait délivré les Parisiens de la tyrannie odieuse des Cabochiens, et substitué un gouvernement anti-uational à la vérité, mais régulier, à une intolérable anarchie. Le duc de Bedford s'occupait avec zèle de l'administration de la ville , et cherchait à gagner les habitants

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par toutes sortes de fêtes et de jeux. En 142V, on représenta pendant plusieurs mois, au cimetière des Innocents, le singulier spectacle connu sous le nom de Omise macabre, et « souventes fois » le duc et la duchesse de Bedford donnèrent au Parlement et ii l'Unîversité de splendides festins à l'hôtel des Tournelles, qu'ils habitaient. Cependant le peuple murmurait : il était écrasé d'impôts, ruiné par la fréquente altération des monnaies; et au dehors, le brigandage des bandes de malfaiteurs qui infestaient la banlieue, mettait aux abois les laboureurs. Après la délivrance d'Orléans et le sacre de Charles VII, à Reims, l’armée royale, conduite par l’héroïque Jeanne d’Arc, s'avança dans l'Ile de France. Creil, Chantilly, Luzarches, Choisy, Lagny, Montmorency, envoyèrent leur soumission au roi, qui entra dans Saint-Denis, le 29 août 1429. L'avant-garde, où était la Pucelle, vint loger au village de La Chapelle. Il s’en fallait bien que les dispositions de Paris fussent aussi favorables à Charles que celles de tant d'autres villes. Les corps constitués, le Parlement, l’Université, l’Échevinage, composés de gens plus ou moins compromis dans la faction bourguignonne, avaient persuadé au peuple que les Armagnacs saccageraient la ville s’ils y étaient reçus ; aussi , lorsque la Pucelle et les seigneurs de l’avant-garde vinrent se mettre en bataille dans le marché aux Pourceaux , au pied de la butte des Moulins, les bourgeois ne s’émurent aucunement en faveur des Français.

Ces seutimeuts hostiles percent à chaque mot dans un récit de ce siège, écrit par un bourgeois de Paris contemporain, évidemment voué au parti bourguignon : « La veille de la Nativité Notre-Dame vinrent les Armagnacs assaülir les murs de Paris, qu'ils croyoient prendre d'assaut (7 septembre) ; mais ils n’y réussirent guère, et -ce ne fut pour eux que douleur, honte et meschcf: fols qu'ils étoient d'avoir croyance en une créature en forme de femme qui étoit avec eux , et qu'on nommoit la Pucelle. Ce quelle étoit, Dieu le sait! Le lendemain, jour de la Nativité, ils résolurent de donner un nouvel assaut; ils revinrent donc, au nombre de douze mille, leur Pucelle avec eux et très-grand foison de charriots et chevaux chargés de bourrées pour remplir les fossés. Ils commencèrent à attaquer par la Porte-Saint-Honoré et la Porte-Saint-Denis. L'assaut fut cruel, et en assaillant ils disoient moult de vilaines paroles è ceux de Paris. Et là étoit leur Pucelle avec son otendart sur le revers des fossés, qni disoit aux Parisiens : hendez-vous à nous, de par Jésus; car si vous ne vous rendez avant là nuit, nous entrerons par force, et vous serez mis à mort sans merci. — Voire, paillarde , ribaude, répondit un soldat, et en même temps il tire de son arbalète droit à elle et lui perce la jambe tout outre , et elfe de s'enfuir. » C'est là le langage d*un ennemi. Suivant la version des écrivains nationaux contemporains, Jeanne, malgré sa blessure, refusa de se retirer, Couchée sur le rempart, elle continuait d’exciter les assaillants à combler les fossés pour arriver au mur. « Mais la chose n’étoit pas possible, vu la grande eau qui y étoit. Elle resta là jusqu’au soir, et lorsque Richard de Thiembronne et d'autres vinrent pour l'emmener, elle parut lasse de la vie, et ne voulut pas quitter la place. Il fallut que le duc d’Alehçon vînt lui-même la chercher, a 11 y a dans cette obstination de Jeanne à vouloir mourir sous les murs de Paris une amère tristesse et une sorte de pressentiment de sa Un prochaine.

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Après cet échec, le premier qu'elle eût éprouvé, Jeanne <t'Arc se rendit à la basilique de Saint-Denis où elle suspendit son armure et son épée. Sa mission lui paraissant accomplie, elle manifesta le désir de rentrer sous le toit de son père, mais les instances du roi vainquirent sa résolution. Le roi Charles n 'avant pas assez de ressources pour continuer la guerre autour de Paris, repassa la Loire après avoir laissé des garnisons dans les villes de l'Ile de France et de la Brie. Cependant le joug anglais commençait à peser aux Parisiens de tous les partis. On conspira sourdement en faveur du n roi de Bourges. » Une mallieureuse tentative, à la suite de laquelle six bourgeois eurent la tète tranchée (1430), ne découragea point scs partisans, rendus plus hardis par la réconciliation du roi avec le duc de Bourgogne. Le 13 avril 1436, Michel Laitier et six autres notables habitants introduisirent secrètement, (var ia porte Saint-Jacques, les comtes de llichcmont et de Dunois qui, après un combat acharné dans les rues , chassèrent les Anglais et arborèrent sur les remparts la bannière de France en criant: Ville gagnée ! Charles VU n'aimait pas Paris; il ne sc pressa pas de se rendre, aux voeux des habitants qui demandaient avec instance son retour, et il ne ht son entrée dans la capitale que le 1-2 novembre 1437. Quelques jours après, il la quitta u sans lui avoir fait nul bien, s et n'y revint plus jusqu'à la lin de son règne qu’en passant et comme à regret. Aussi ne mourut-il pas dans sa bonne ville, mais à Meung-sur-Yèvre en Berry ( 22 juillet 1461 }. Nous ne trouvons à signaler pour son règne que deux fondations ou établissements à Paris : le collège de Séez (1428), et l’hôpitaldcs Veuves, rue Saint-Sauveur (1425).

Une des plus solennelles entrées royales qui aient eu lieu à Paris est celle de son (Ils, Louis XI (31 août 1461 ). Il arriva par la Porte-Saint-Denis. Au-devant de lui se présentèrent l’évêque de Paris, l'Université, le Parlement, le prévôt de Paris, la chambre des comptes, le prévôt des marchands et les échevins, tous vêtus de robes de damas fourrées de martre ; ils lui- offrirent les clefs de la ville. Arrivé devant l'église Saint-Lazare , lé roi trouva un héraut couvert- d’habits aux armes de la ville et qui s’intitulait Loyal Cœur ; le héraut s’avança vers le roi et lui présenta cinq dames richement vêtues et montées sur de beaux chevaux caparaçonnés. Cliacune de ces cinq dames avait pour signe et pour nom une des cinq lettres qui composent le mot Paris. Elles récitèrent des vers au prince. Le roi, vêtu d'une tunique violette, recouverte d'une robe de satin blanc sa fis manches, coiffé d'un petit chaperon loqueté, monté sur un cheval blanc, était accompagné des ducs d'Orléans, de Bourgogne, de Charolais, de Bourbon, de Clèves, des comtes d’Angoulême, de Saint-Paul et de Dunois. Pendant un mois, on ne vit dans la capitale que fêtes et jeux. Les chroniqueurs s'émerveillent particulièrement sur les jodtes qui se faisaient près de l'hôtel des Tournelles. Ces démonstrations d'aljégressc durent plaire singulièrement à Louis XI L La période de guerres civiles que la France venait de traverser avait relevé les grands vassaux des coups terribles que la royauté leur avait portés, et flans la lutte qu'ils allaient engager contre le nouveau roi, sous le nom de guerre du llien publie, le prince avait besoin d’opposer les villes, et surtout Paris, à cette coalitiou presque universelle de la noblesse. Aussi ne négligea-t-il rien pour s'attacher les Parisiens. Il voulut que la reine, qui était enceinte, accouchât à Paris « la ville que plus il aimait. » Il organisa la

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milice bourgeoise dont il lit faire le dénombrement : elle s'élevait, suivant un historien , à quatre-vingt mille hommes de seize à soixante ans partagés sous soixante bannières, ce qui a fait conjecturer -avec vraisemblance que la population totale de la ville ne pouvait guère être au-dessous de trois cent mille habitants.

L’tle de France fut, comme ou sait, le ceutre de la guerre qui éclata bientôt. La bataille de Montlhéry, gagnée par le roi contre Charles-le-Témérairc ( 16 juillet 1465), n'était pas décisive; quelques jours après, l’armée du comte de (.harolais , campée à Saint-Maur, à Beauté, à Continus, investit la capitale et chercha à entrer en négociations avec le Parlement, le corps municipal et l'Université. Mais les habitants restèrent fidèles à la cause royale; leur résistance donna à Louis le temps d'arriver avec des forces, et bientôt les traités de Confions et de Saint- Maur (5 et 21 octobre 1465 ) amenèrent la dissolution de la ligue du -Bien public. Telle était aux yeux du roi l'importance de In possession de Paris, durant cette crise, qu'il dit souvent depuis à Philippe de Comines : «Si j’eusse trouvé Paris révolté, le meilleur qui me pouvofi advenir c’étoit fuir hors du royaume. » Malgré cette justice rendue par Louis XI à l'influence de la capitale , ce prince n'y séjourna plus que rarement, et, à l'exemple de son père, fixa sa résidence auprès des bords de la Loire. Il mourut au château du Plessts-lès-Tours, le 29 août 1483. On sait par quels moyens Louis XI acheva de triompher de la féodalité : notfs n'avons besoin que de rappeler la condamnation à mort du duc d’Alençon parle parlement de Paris (1474); l’assassinat du comte d'Armagnac , après la prise de Lcctoure; l’exécution du connétable de Saint-Pol, décapité sur la place de Grève, le 19 décembre 1475; et l'horrible supplice du duc de Nemours, qui fut conduit de la Bastille aux Halles sur un cheval drapé de noir, et qui, dit-on, yarrosa de son sang ses enfants placés sous l'échafaud (4 août 1477).

Mais le régne de Louis XI n'cri est pas moins une des plus remarquables époques de notre histoire , par les utiles inventions qu'il a vues naître et dont la plus importante est devenue une source considérable de richesse pour l'industrie parisienne. C’est en 1570, trente ans environ après l'invention de l'imprimerie par Jean Guttenberg de Mayence, que cet art admirable fut introduit en France. Paris est la première ville du royaume qui ail eu la gloire de posséder une imprimerie. Guillaume Fichet, recteur de l’Université, et son ami Jean Hcynlin, dit Lapicrre, prieur de Sorbonne, y attirèrent trois imprimeurs allemands ; lilrie Gering de Constance, Martin Krantz et Michel Friburger de Colmar, qui établirent leurs presses à la Sorbonne et donnèrent successivement au public les lettres de Gasparin Barzizius de Pergamc, un ouvrage de théologie de Barthélemy de Pise, la rhétorique latine et les lettres de Fichêt, des éditions de Florus et de Salluste. En 1473, on vit s’établir il Paris une seconde imprimerie fondée par Pierre Cesaris, maltre-ès-arts , et Jean Slolt, tous deux Allemands, associés de Gering et de ses compagnons. L’art typographique ne tarda pas à se perfectionner, et les imprimeurs parisiens acquirent une réputation méritée. Des premiers successeurs de Gering, les plus connus sont Pascal Bonhomme (1476), Jeun Bonhomme (1486-1489), Denis Janot et Volfgand Hopyl ( 1489-1498). Le xvT siècle voit paraître Godefroy de Marnef et ses fils, Jean Petit, Simon Vostre , l'illustre famille des Estieune, Galyut Dupré , Mainert Pâtisson. Le 13 janvier 1535,

François I" ordonna te suppression entière des imprimeries de son royaume, et prohiba , sous peine de 1a hart, l'impression de toute espèce de livres. Mais le 23 février suivant, une seconde ordonnance modifia la première. Le roi commanda au Parlement de lui présenter vingt-quatre personnes, sur lesquelles il en choisirait douze comme imprimeurs ; on ne put éditer que des ouvrages approuvés par le gouvernement et le clergé. Telle fut l'origine de la censure. La civilisation doit aussi au règne du Louis XI le germe de l'institution des postes , que son ordonnance du 19 juin 1464 organisa , mais pour son service particulier seulement et sous la diréction du conseiller grand maislre des coureurs de France. C'est encore sous Louis XI, en 1169, que fut fondé à Paris le premier établissement spécial consacré à renseignement de la médecine. A la môme époque se rapportent 1a réorganisation de la cour des aides ( 3 juin 1161) et la création de la prévôté de T hôtel, charge qui remplaça, en 1175 , celle du roi des ribauds.

L’histoire de Paris offre peu d’événements remarquables sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII. Les affaires de la France semblent se décider, non plus dans la capitale, mais sur les bords de la Loire où k>6 rois continuent de résider. C'est h Tours, comme il a été dit dans la notice sur cette ville, que s'assemblèrent les- Étals-Généraux de 1184, qui déclarèrent Charles VIII majeur, et ceux de mai 150G, qui maintinrent l’intégrité du territoire et l'indépendance du royaume en annulant le traité de Rtois de 1501 , par lequel Louis XII avait donné en mariage au jeune Charles, depuis Charles-Quint , sa hile Claude avec la Bretagne, la Bourgogne et le duché de Milan pour dot. Les guerres d'Italie remplirent avec plus de gloire que d'utilité pour la France les trente-deux années de ces deux règnes, pendant lesquelles nous n’avons guère à signaler, dans l'histoire de Paris, que les exécutions judiciaires ordonnées par la régente Anne de Beaujeu , notamment le supplice d'01ivier-le-I)ain , favori de Louis XI (1483); les deux entrées solennelles qu’Annc de Bretagne fit dans cette ville , la première, en 1191 , comme femme de Charles VIII, la seconde, en 1501, après son mariage avec Louis XII ; et celle de Marie d'Angleterre , seconde femme de ce dernier prince (6 novembre. 1514). Mais si Loute XII s'occupa peu de l’embellissement de Paris, s'il transporta ou château de Blois la bibliothèque du Louvre , il fit bénir son pouvoir, dans la capitale comme dans tout le royaume, par la diminution des impôts et par un grand nombre de sages règlements. Il ne faut pas oublier que c’est ce prince qui, en l’année 1510, lit revoir et rédiger les Coutumes de la prévôté et vicomté de Paris par une commission de gens des trois Étals , et que , grâce aux bienfaits de son gouvernement, un acrostiche composé de son temps pour le blason de la ville de Paris , put Jire avec quelque vérité :

Paisible domaine,

> mouron x vergier, srepos sans dangicr, justice certaine ,

«science hautaine;

C’est Paris entier.

Les seules fondations nouvelles que nous ayons à citer, pour les règnes de Charles V lit et de Louis XII, sont celles du couvent des Filles pénitentes (1496),

PARIS

du couvent des Bonshommes (1493), d'un hospice des Veuves, rue de GreneUe- Saint-Houoré (1497], et rétablissement de la foire Saint-Germain (1499), où fut fondé, un siècle plus tard, un théâtre célèbre dans nos annales dramatiques.

Pendant la période qui s'écoula depuis Charles V jusqu'à la mort de Louis Xlf, Paris s’améliora sans prendre de grands accroissements. Sous Charles V on exécuta de nouveaux travaux à l'enceinte que le prévôt Marcel avait fait élever avec trop de précipitation ; mais ce prince se borna "à exhausser les murs, à les garnir de tours, et à continuer les fossés du côté du midi. Les portes du Louvre, Coquillière, d'Artois, de Bourg-l’Abhé, Beaubourg, du Chaume, Barbette, des Béguines et Barbelle furent abattues, et leur emplacement réuni au domaine de la ville ou donné par le roi à des particuliers. Louis XI Ut élever, en 1474, un boulevard près de la tour de Billy et un cours neuf près de la porte Montmartre. Louis XII, en 1512, pourvut à la défense de Paris en faisant aplanir les -voiries ou amas d'immondices placés en dehors, le long des murailles, et qui étaient devenus assez hauts , en quelques endroits , pour commander la ville. On communiquait alors, d'une rive de la Seine à l'autre, par huit ponts : le pont de Bois de l'Ile Notre-Dame, remplacé depuis par le pont de la Tournelle; le Pont-d’auprès- Saint-Bernard-aux-Barrés , où est aujourd'hui le Pont-Marie; le Pont-aux-Doubles, près de l'Hôtel-Dieu ; le Petit-Pont; le Pent-Saint-Mirhel, bâti en 1378; le Pont-au-Change, connu dès les premiers temps de l'histoire de Paris sous le nom de Grand-Pont ; le Pont-Notre-Dame, bâti en bois en 1413, reconstruit en pierre de 1499 à 1512; enfin le Pont-aux-Meuniers ou Pont-Marchand, qui communiquait du quai de l'horloge au quai de la Mégisserie, vis-à-vis de la rue de la Saunerie, et qu'un incendie détruisit en 1621. On sait que la plupart de ces ponts étaient bordés de maisons. Nous avons dit que le quai des Augustins, le plus ancien de Paris, remontait au règne de Philippc-le-Bel ; quatre nouveaux quais seulement furent construits dans le xiv* et le xv* siècle : les quai» de la Mertellerie et de la Sauncrie ( 1369 ) , -celui de l’École et le quai Saint-Bernard. L’accroissement du commerce parisien multiplia les ports sur les deux rives de la Seine. Au commencement du Xin* siècle , il en existait quatre que nous avons déjà nommés : les ports de'Saint-Landri , de la Grève , de l’École et du Petit-Pont. On vit depuis s'établir dans la Cité le Port-aux-OF.ufs, sur la rive droite le Portau-Plâtre, celui des Barrés, le Port-au-Blé, le Port-au-Foin , le Port-Bourgogne, pour les vins de ce pays , le Port-Français ou des Moulins-du-Temple, pour les vins de l’Ile de France, le Port-du-Louvrc, aujourd'hui Port-Saint-Nicelas, et sur la rive gauche le Port-Saint-Bernard, le Port-aux-Mulets, le Port-dcs-Augustins , et le Port-de-Nesle.

La police des-rues de Paris était confiée à un magistrat nommé Foyer, dont les fonctions étaient de fixer les alignements , d'autoriser l’ouverture des rues nouvelles, de prendre toutes les mesures propres à prévenir les accidents sur la voie publique. Il avait en outre le droit d’assister aux audiences du-Chatclet, et il jugeait lui-même, dans un tribunal situé à la Pianche-Mihray, les causes qui intéressaient la police municipale. Ce fonctionnaire, dout les attributions sont aujourd'hui réparties entre lé préfet de la Seine , lepréfet de police et le tribunal de

police municipale, était à la nomination du roi. Henri IV créa la eharge de grand Voyer en faveur de Sully (1597 } : mais ce nouvel office fut supprimé en 16Î6, et Louis XIV institua , en 1093, quatre commissaires généraux de la voirie.

Pendant les guerres civiles du xiv* et du xv* siècle, Paris avait eu trop à souffrir pour voir se développer dans son sein les germes de civilisation qu'y avaient déposés les temps antérieurs ; mais une fuis le calme rétabli , les institutions reprirent leur marche progressive, principalement 4 l'aide de la découverte de l’imprimerie. C'est à cette époque qu'on voit se développer le goût des spectacles parmi le peuple. Sous Louis XI, les clercs de la basoelie commencèrent à donner des représentations publiques. Ils jouaient des farces, sotties ou moralités , dont les sujets étaient ordinairement empruntés aux évènements du jour, aux moeurs du temps. Aux confrères de la Passion, dont nous avons parlé, et qui jouaient des mystères, s'associèrent les enfants Sans-Souci , troupe de baladins dirigée par \e prince îles sots. Enfin , le théâtre des Halles était favorisé par le gouvernement, qui se servait de ce puissant agent sur l’esprit du peuple pour diriger l'opinion publique. Parmi les auteurs dramatiques de ce temps , les plus célèbres étaient Michel, Jean d'Abondance, les deux frères Simon, Arnould Gréhan et Pierre Gringoire ou Gringore. L'architecture ogivale, qui allait bientôt faire place au style de la renaissance , avait produit à Paris, outre un très-grand nombre de monuments religieux que nous n'avons qu'indiqués, à l'époque de leur fondation, beaucoup d'autres édifices d'un caractère purement civil, dont plusieurs .étaient fort remarquables. Nous avons nommé le palais de la Cité, plusieurs fois répare et agrandi, l’ancien Louvre, l'hôtel Saint-Paul, le palais des Tourncllcs. 11 nous reste a citer, après ces royales demeures , les hôtels de Cluni , de la Trémoille , de Sens, de Barbette , des ducs de Bourgogne , de Petit-Bourbon , d'Alençon, de Savoisy, et i'hôU'l ou te séjour d'Orléans.

La période à laquelle nous sommes parvenus termine l’histoire de Paris au moyen Age. Nous nc.poursuivrons pas notre récit sans ajouter quelques mots sur les progrès intellectuels et industriels de Paris antérieurement an xvi* siècle. Jusqu'au règne de Pbilippe-le-ltel, l'histoire des sciences et des lettres à Paris se résume tout entière dans celle de ses écoles fameuses dont nous avons fait connaître les professeurs les plus illustres. Les noms des sav ants et des littérateurs nés dans la capitale pendant le xiv* siècle et ta première moitié du xv*, ne nous sont pas parvenus en grand nombre. Nous n'avons guère à nommer que les théologiens Jean de Paris; Raoul de Presles, traducteur de la Cité île Dieu de saint Augustin ; l'avocat Pierre de Cugnières : et parmi les poètes Godefroy de Paris, auteur de la précieuse chronique métrique, qui porte son nom; Guillot, connu par son Dit des rues de Paris; Guillaume de Guilleville , célèbre par son roman des Trois piler inntjes; et peut-être le trouvère Itutebcuf, dont les œuvres ont tant d’intérêt pour l’histoire de Paris. On serait tenté de croire que les désastres publics sont toujours le fléau de la littérature et des arts , et que les sanglantes collisions de ia France avec l’Angleterre durent anéantir les progrès faits par la nation au siècle de saint Louis. Le contraire eut lieu pourtant : c’est à l'invasion anglaise que noos devons, non-seulement Du Guesciin et Jeanne d’Arc, mais aussi Froissard, Christine de Pisan, Charles d’Orléaus, Comines et tout le

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PARIS

brillant Parnasse du xv' siècle. Aux cris de haine qu'excite l'étranger, partout érlot le génie français; l'intelligence et l'esprit s'animent, se colorent; l'imprimerie vient les soutenir, .et alors leur voix puissante domine en souveraine. Le xv' siècle est un des plus remarquables de notre histoire littéraire : c'est l'époque de transition entre l'art du moyen Age et l’art moderne, et pour cette période, comme pour les autres, on peut suivre dans l'enceinte de Paris les progrès de la France entière.- Mais nous devons seulement indiquer ici, parmi les hommes éminents qui ont contribué à ces progrès, ceux que Paris a vus naître. A défaut de renseignements biographiques précis , nous nous bornerons à citer : Charles, duc d'Orléans; Martial d’Auvergne, auteur des Arrêts d’amour et des Vigiles du roi Chartes VII; le poète Guillaume Crétin; et Jacques Milet, qui composa, en 1450, un drame sur la Destruction rie Troje la Grande.

Si les crises politiques développent l'activité des intelligences, elles produisent un effet tout opposé sur les intérêts matériels de la société. Les désordres des règnes de Charles VI et de Charles VII arrêtèrent à Paris l’essorde l’industrie et du commerce; mais l'administration paternelle de Louis XII leur donna une impulsion nouvelle, en assurant le bien-être des masses, et en garantissant la liberté des transactions. « Pour un gros marchand qu'on trouvoit à Paris du temps de Louis XI, dit un historien, on en trouva cinquante sous LouisXU.et ils faisoient moins de difficultés d'aller è Rome, A Naples, è Londres et ailleurs, au delà de la mer, qu'ils n'en faisoient autrefois d'aller à Lyon, a Les corporations, qui existaient déjà sous Philippe- Auguste, et que nous avons vu réglementer, sous saint Louis , par Étienne Boileau, dans son livre des métiers, avaient acquis, grèce à l'accroissement de la population et à l’émancipation des classes bourgeoises , une importance tonte nouvelle. Tout le commerce parisien se résumait en quelque sorte dans les six corps marchands , qu’on classait ainsi dans l'ordre hiérarchique : les drapiers, les épiciers et apothicaires, les merciers, les pelletiers , les changeurs, remplacés au xvi* siècle par les bonnetiers , et enfin les orfèvres. Chacun de ces corps avait pour chefs six maîtres et six gardes élus pour deux années. Les assemblées générales étaient convoquées par les drapiers. C’était exclusivement dons ces compagnies que se choisissaient les juges-consuls et les échcvins. Les six corps marchands avaient leur rang dans les cérémonies publiques, où ils portaient une robe de drap noir bordée de velours de couleur différente pour chaque industrie. Ces corporations restèrent ainsi constituées jusqu’en 1776. A cette époque, un édit de Louis XVI tes réorganisa, et leur assigna l'ordre suivant : les drapiers-mercier», les épiciers, les bonnetiers, les orfèvres, les passementiers, les marchands de vin.

Le règne de François I" centralise définitivement ie pouvoir à Paris et y marque une ère d'immenses progrès. Malgré les exécutions cruelles dont la capitale fut le théAtre, après que la Sorbonne eut condamné Luther (1621), et parmi lesquelles le supplice d'Étienne Uolet est surtout célèbre; malgré les fautes politiques du roi et son ordonnance contre l'imprimerie , on ne saurait nier les grands résultats de ce règne sur la marche de la civilisation. Suivant- les exemples des Médicis , à Florence , et de I.éon X , A Rome , François I", par les conseils de Guillaume Itudc et de son confesseur, Guillaume Parvi, attira à Paris

une foule de savants et d'artistes ; il commença la riche bibliothèque de Fontainebleau, ainsi que la première collection de médailles antiques, et fonda, en 1 529 , le .collège de France. Trois autres collèges, ceux de Boissy (1528), de la Merci (1516), et du Mans (1519), furent établis, ainsi que l'hôpital des Enfants rouges (1535). De grands travaux s'exécutèrent sur tous les points de la capitale. On restaura les églises de Saint-Méry, de Saint-Gervais et de Saint-Germainl’Auxerrois (celle-ci assez malheureusement , il est vrai). Paris, en outre, vit s'élever l'Hôtel de Ville , dont on posa la première pierre en 1533, mais qui ne devait être terminé qu'en 1605, par André du Cerceau. Une maison et un jardin situés hors des murs, dans un lieu voisin d une fabrique de tuiles, furent achetés par le roi , qui, en 1525, les donna à sa mère , Louise de Savoie : telle a été l'origine du château des Tuileries, construit plus tard sur cet emplacement par Catherine de Médicis. Le Louvre , qui avait été réparé lorsque François 1" y reçut Charles-Quint (janvier 1540 )r fut démoli; la grosse tour disparut, et la reconstruction de l'édilicc fut commencée sur un nouveau plan. Les tableaux des meilleurs maîtres de l’Italie décorèrent les palais que bâtit Philibert Delorme, et que Jean Goujon embellit de ses sculptures. Enfin , sous la protection de François I*', Bernard Palissy préluda à la confection des chefs-d'œuvre qui accomplirent de si grands progrès dans l’art de la poterie et de la peinture sur émail. Les monuments publics acquirent une véritable magnificence ; les demeures des particuliers devinrent plus agréables et plus commodes. Les lettres, de leur côté, s'illustrèrent par les œuvres de Clément Marot, de Marguerite de Navarre, de Ronsard, de Rabelais. Le théâtre se ressentit de l'influence du développement des lettres et des arts. Aux mystères succédèrent quelques essais de tragédie et de comédie, imitations du théâtre espagnol. Une ordonnance de 1539 prescrivit des mesures pour l'assainissement de Paris et le pavage des rues. A la nouvelle de la captivité du roi, le cardinal du Bellay, gouverneur de Paris, .fit mettre la ville à l'abri d'une surprise, en ajoutant de nouvelles fortifications à l'enceinte de Charles V. Plus tard , lorsque l’armée de Charles-Quint s'avança jusqu'à Château-Thierry (1544), le duc de Guise fit entourer de remparts les faubourgs du Temple, Montmartre, Saint-Antoine, Saint-Marcel et Saint-Jacques.

Henri 11 continua avec bonheur l'œuvre politique de François P' ; mais on peut lui reprocher, comme à son père, des persécutions contre les imprimeurs parisiens et contre les protestants. L'établissement de la première église réformée à Paris date de 1555. Quatre ans après, cinq conseillers au Parlement : Anne du Bourg, du Faur, Paul de Foix , André Fumée et Eustache de la Porte , furent mis en prison , pour avoir pris publiquement la défense de la nouvelle religion. Nous voyons , sous ce règne , l’importance de Paris devenir do plus en plus considérable. La tendance des populations à se déplacer, pour se centraliser dans la capitale, fut tellement évidente qu'elle alarma le gouvernement, qui prit des mesures pour l’arrêter. De nombreux emplacements vides, renfermés dans l’enceinte de la ville, avaient été abandonnés par le roi i ceux qui voudraient les remplir par des constructions : on présenta h Henri 11 les dangers de cet accroissement de population , et bientôt fut publiée une ordonnance qui interdisait les constructions nouvelles dans les faubourgs de Paris. Lorsque la guerre avec PEs-

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pagne eut été terminée par la paix du Cateau-Cambrésis (3 avril 1559), plusieurs fêtes splendides eurent lieu dans la capitale. C'est dans un tournoi célébré devant l'hôtel des Tournelles, à l'occasion du mariage d'Élisabeth, fille aînée du roi de France, avec Philippe II, que Henri II fut blessé mortellement par Montgonuncry, capitaine de ses gardes (29 juin 1559). C'est sous le règne de ce prince, en 1548, que fut achevé le vieux Louvre. Une institution assez importante, la cour des Monnaies, reçut une réorganisation complète (lf.5l). C'est aussi de cette époque que date la fondation de l'église Notre-Dame de Bonnc- Nouvcllc (1551 ) , ainsi que l’établissement de la communauté ou collège de Sainte- Barbe (1556) , et de l’hospice des Petites-Maisons, rue de Sèvres (1557).

L’histoire de Paris, sous François U, est marquée par le supplice de l’infor- . tuné Anne du Bourg (23 décembre 1559). Un seul établissement public fut créé sous ce règne, c’est l'hôpital de l’Oursinc, fondé par Nicolas llouel, en 1559. Les quatorze années du règne de Charles IX sont marquées par les horreurs des guerres de religion et des cruautés jusque-là sans exemple. Nous n'avons pas à raconter comment le gouvernement, de faute politique en faute politique, arriva à cette malheureuse conclusion , qu’il n'y avait de salut pour le trône des Valois que dans l’anéantissement du parti protestant. Le massacre général des huguenots est résolu, et le 24 août 1572, jour de Saint-Barthélemy, à deux heures du matin, le bourdon de Saint-Germain -l'Auxorrois, auquel répond bientôt la cloche du palais, en donne le signal. Il serait trop long de dire tous les effroyables détails de cette sanglante exécution , dont la première et l'une des plus regrettables victimes fut l’amiral de Coligfiy, égorgé dans son hôtel , rue Béthisy. Des environs du Louvre et de Saint-Germain-l’Auxerrois, le carnage s’étendit bientôt dans tout le reste de la ville. Les maisons des protestants, marquées d’avance à la craie , sont envahies ; les uns sont tués sur place , après avoir donné tout ce qu'ils possédaient pour racheter leur vie; les antres sont atteints dans la rue, en cherchant à se soustraire par la fuite aux coups des assassins. Parmi ceux qui périrent dans cette affreuse journée, on cite, après l'amiral de Coligny, Téligny, son gendre, La Rochefoucauld, le marquis de Bonel de la Force, le baron de Soubise, de Guerchy, de Lavardin, Pierre de la Place, Brion, Ramus, de Caumont, Charles de Quenelle. Les massacreurs les plus acharnés, sous les ordres du duc de Guise, du maréchal de Tavannes, des comtes de Retz et de Turenne, des ducs d’Aumale et de Nevers, étaient le comte Coconas, le boucher Pezou, René, le parfumeur de la reine, Jean Perricrs, avocat, Crucé, Michel Besmc, l'assassin de l'amiral, le fameux Bussy Rabutin et Maurevert. Qu'On se représente les rues jonchées de cadavres , les détonations continuelles des arquebuses, les cris dès victimes, les huées et les blasphèmes des meurtriers, confondant l’âge et Le sexe dans leur rage impie; ici, des femmes grosses qu'on éventre; là , des enfants de dix ans étranglant des enfants au berceau ; des ruisseaux de sang fumant dans les rues. Quel spectacle dut présenter Paris, lorsque le jour se leva sur cette scène d'horreur! La Saint-Barthélemy coûta la vie à dix mille personnes, selon quelques historiens; à quatre mille ou à deux mille seulement, selon d’autres. Si l'on en croit l’Estoilc et Brantôme, le lendemain , la cour alla passer en revue les cadavres entassés devant la porte du Louvre , et l’on vit

les filles d'honneur de la reine-mère, et Catherine elle-mfine, examiner avec une impudique curiosité les corps dépouillés des gentilshommes de leur connaissance. Il est heureusement permis de douter de ce fait révoltant ; c'est peut-être aussi sans fondement réel que plusieurs écrivains prétendent, d'après Rranlème, que, placé à une fenêtre du Louvre, Charles IX tira des coups d'arquebuse sur les huguenots. On sait que ce prince mourut , dévoré par les remords, le 3Q mai 1 57t. A ce règne funeste qu'illustra cependant le noble génie de L'Hospital, se rapportent la construction du château des Tuileries et de l'hùtcl de Soissons, par Catherine de Médicis; la fondation du collège de Clermont (depuis Louis-le- Grand) , premier établissement des Jésuites à Paris ( 1562) . du collège de Grassins (1571), du séminaire de Saiut-Magloire et de l'église de Saint-Jacquesdu-Ilaut-Pas (1572), de l’arsenal ( 1565), et l'utile création de la juridiction des juges-consuls, remplacée aujourd'hui par le tribunal de commerce (1563).

Peu de temps après l'avènement de Henri III, la Ligue ou Sainte-Union, née dans les provinces, sous les auspices de la maison de Lorraine , avait fait à Paris de grands progrès. En 1576, le roi, dans l'espoir de déjouer les manœuvres du duc de Guise, s’en déclara solennellement le chef ; mais les grandes qualités du prince lorrain lui assuraient une immense popularité, tandis que Henri s’aliénait l'opinion publique par un mélange de débauches et de superstitions ridicules, et se livrait à la risée des Parisiens en parcourant les rues affublé du sac des pénitents blancs. En 1585, la Ligue se réveille tout à coup; elle arrête le projet d'assassiner le roi. Nicolas Poulain , lieutenant du prévèt de Paris, prévient l'effet du complot en le révélant à Henri III ; mais l'autorité de ce faible prince diminue chaque jour ; la Ligue finit par s'emparer de l'administration de la ville et constitue le Conseil des Seize, appelé ainsi du nom des seize quartiers de Paris dont il s'arroge la direction. Le 9 mai 1588, le duc de Guise entre dans Paris malgré la défense du roi, et son arrivée devient le signal de la révolte; le 12 mai, le peuple, comme au temps d'Étienne Marcel , tend des chaînes dans les rues, et élève des barricades avec des tonneaux remplis de terre. Attaquées sur tous les points, les troupes royales se replient en désordre sur le Louvre. Pas un seul homme peut-être n'edt échappé , si Drissac , qui commandait la ville pour le duc de Guise , ne fût allé,, avec le secours de la milice bourgeoise, les renfermer dans la boucherie du Marché-Neuf. Le roi envoya prier Guise de sauver les Suisses. Le duc parcourut la ville , fit cesser le feu partout , et ordonna à Brissac et à Saint-Paul de protéger la retraite des gardes françaises et des Suisses, qui défilèrent la tête découverte et les armes baissées. Henri III, cerné dans le Louvre, parvint à s’échapper, en gagnant secrètement les Tuileries, et s'enfuit à Chartres. La mort des Guises, assassinés à Blois par ordre du roi , excita , plus tard, dans la capitale une colère inexprimable (1588). Le duc de Mayenne, frère des victimes, devint le chef de la Sainte-Union. C’était lé, dans le siège de sa puissance, qu'il fallait la frapper. Henri III le comprit, et ayant joint ses troupes aux huguenots du roi de Navarre, vint résolument mettre le siège devant Paris; mais Jacques Cœur, moine Dominicain, du couvent de la rue Saint-Jacques, exalté par les prédications des ligueurs et encouragé par la duchesse de Montpensier, sœur des Guises , sort de la ville, muni de passe-ports surpris à deux prisonniers de la Ligue, et se rend

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à Saint-Cloud , où il poignarde le roi ( I" août 1589). Les seules fondations qui eurent lieu à Paris sous ce règne sont celles de l’église des Jésuites , aujourd'hui paroisse Saint-Loùis-Saint-I’aul, rue Saint-Antoine (1580); du couvent des Capucins ( 1576), et du couvent des Feuillants (1597).

I-a nouvelle de la mort de Henri 111 fut reçue à Paris avec des transports de joie inouïs. On exalta l’héroïsme de l'assassin du tyran, on vendit dans les rues l'histoire du martyre de frère Jacques Clément. Cependant Henri IV, proclamé roi de France dans son camp, se h;Ua de bloquer la ville. I.a Ligue fit jurer à tous ses membres de mourir plutôt que de se rendre. Elle donna le titre de lieutenant général du royaume au duc de Mayenne, qui fit nommer roi, à Paris, sous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon, alors prisonnier entre les mains du Béarnais, son neveu (7 août 1589). Ce premier siège ne fut pas , du reste, de longue duree : Henri IV, peu sûr de ses partisans, et ne disposant pas de forces su disantes pour le continuer, s'éloigna, et se dirigea vers la Normandie. Après le combat d'Arques (il septembre), l'armée royale, accrue par de puissants renforts que lui avait envoyés Élisabeth d'Angleterre, reparut sous les murs de Paris , s'empara des faubourgs et pénétra encore un moment dans la ville par la porte de Nesle (l*r novembre); mais diverses circonstances la forcèrent bientôt de se retirer, et ce ne fut qu'a près la victoire d'Ivry (14 mars 1590) , que Henri IV put songer sérieusement il conquérir la capitale. Après s'être emparé de Saint- Denis , de Mantes , de Corbeil , de Lagny et de Montereau, il revient bloquer étroitement Paris; en deux heures on brûle tous les moulins des environs (8 mai). La place était dépourvue d’artillerie et de munitions; mais la garnison s'élevait à plus de huit mille soldats espagnols et à cinquante mille hommes de milice bourgeoise. Le roi , qui n'avait guère que douze nulle hommes de pied et trois mille chevaux, comptait s'emparer de la place plutôt par surprise que par force. Pendant que Mayenne guerroyait au dehors, les Parisiens et le duc de Nemours, gouverneur de la ville , déployèrent pour la cause de la Ligue la plus grande énergie. Chaque jour le légat du pape et les curés des paroisses faisaient des processions pour entretenir le zèle du peuple, déjà excité par le décret de la Sorbonne, qui venait de déclarer le Béarnais déchu de ses droits à la couronne (7 moi). Le 3 juin , on fit une revue de toutes les forces que pouvaient fournir les prêtres , les moines et les écoliers, et on tenta plusieurs sorties qui réussirent. Mais la disette ne larda pas à faire d'effrayants progrès. Le peuple parcourait les rues en criant : la paix ou du pam Les Ligueurs et les Espagnols jetaient l’or à pleines mains; personne ne le ramassait, car il y avait douze mille trois cents familles qui avaient de l'argent et ne pouvaient cependant trouver de pain à acheter. On fut réduit à manger des chiens, des chats, du cuir, des herbes. On fit du pain de son, de foin , de paille hachée; plusieurs allèrent même déterrer dans les cimetières.les os des morts ; ces ossements , réduits en poussière , s'appelaient le pain de madame de Monipensier, <i pour ce qu’elle exaltoit partout l'invention, sans toutefois en vouloir taster. » Suivant le journal de l’Estoilc, des lansquenets commencèrent à chasser aux enfants et en mangèrent trois , deux à l'hôtel Saint Denis et un à l’hôtel de Palaiseau ; enfin une mère mangea son enfant et ne put survivre à cet horrible sacrifice. L’impossibilité de nourrir la garnison et la crainte d'une

révolte engagèrent les chefs de lu Ligue, pressés d'ailleurs par la bourgeoisie et le Parlement, à entamer une négociation avec le roi de Navarre. Le cardinal de Gondi et l’archevêque de Lyon furent chargés de porter la parole. L'entrevue eut lieu le 5 août et procura aux Parisiens une trêve de huit jours. A l'expiration de celte trêve, les assiégés s’attendaient à une attaque décisive, lorsque Henri IV, instruit qu'une armée espagnole s'avancait sous les ordres du duc de Parme, au secours de Paris, quitta précipitamment le siège pour aller la combattre (30 aoiH). « Si le roy eust été bien servi , disent les mémoires de Sully, et que la plupart de ses capitaines n’eussent point permis l'entrée des vivres pour en retirer des écharpes, plumes, étoiles , bus de soie, gants, ceinturons, chapeaux de castor et autres belles gulantises, il eust été impossible aux Parisiens d’attendre le secours du duc de Parme. » Tous les historiens, du reste, célèbrent l'humanité de Henri, qui laissa passer une grande partie des bouches inutiles. « Il ne faut point que. Paris soit un cimetière ; je ne veux point régner sur des morts , » disait-il , et il ajoutait, avec un sentiment dans lequel il entrait sans doute un peu de calcul : « Je ressemble à la vraie mère de Salomon ; j'aimerais mieux n’avoir point de Paris que de l'avoir déchiré en lambeaux. »

L'éloignement du roi ne mit pas un terme à l'anarchie qui désolait la capitale. Le parti de la Ligue s'alfaiblissait de jour en jour. Parmi les factions qui se disputaient le pouvoir figuraient celle de Guise, appuyée tout à la fuis sur la noblesse et sur le peuple ; le tiers-parti , dont le chef était le cardinal de Vendôme, qui avait pris le titre de cardinal de Bourbon depuis la mort du prétendu roi Charles X , et aspirait à la couronne ; enfin le part i de l'Espagne, soutenu par les esprits les plus exaltés et les plus outrés du conseil des Seize. Quelques membres de ce fameux comité se faisaient particulièrement remarquer par leur turbulence : c'étaient Bussy Leclerc , gouverneur de la Bastille ; Boucher ; le chanoine de Launoi ; Pelletier, curé de Saint-Jacques-du-IIaut-Pas; maître Rose «Feu ardent o le cordelier, Scnault; Crucé et llamilton, curé de Saint-Côme. Les luttes incessantes de ces partis rivaux et les excès des Seize, surtout, qui s'étaient souillés de l’assassinat juridique du conseiller Brisson et de plusieurs autres membres du Parlement , ne pouvaient manquer d'aplanir les voies au Béarnais. La convocation des États- Généraux pour l'élection d'un roi ne fut pas moins favorable à Henri IV, en démontrant l'impuissance de ses ennemis ( 17 janvier 1593). Le duc de Feria, ambassadeur du roi d'Espagne, d’accord avec le légat du pape, demanda le trône de France pour l’infante Isabelle, que Philippe II destinait soit à l'archiduc Ernest , frère de l'empereur, soit au duc de Guise. Cette demande souleva une vive opposition; Mayenne, qui n’était nullement disposé à renoncer, dans l’intérêt de son neveu , à ses prétentions personnelles , usa de son influence pour ajourner les délibérations, et les Élats se séparèrent, le 8 août, sans avoir rien décidé. Le Parlement n'avait , dans l'assemblée des États, que trois de ses membres : le président de Neuilly, le président Lemaître et le conseiller Guillaume du Vair, tous trois du parti des Politiques. Dès qu'ils eurent appris la proposition du duc de Feria, ils convoquèrent la Cour sous la présidence de Lemaître ; et un arrêt du 29 juin déclarant la loi salique inviolable, protesta de nullité contre l'élection d'un prince étranger. Celte décision, qui fut signifiée à Mayenne, avait

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pour but d'assurer la couronne à Henri IV. Elle était demeurée secrète pour le reste du Parlement qui, de son côté, rendit, le 21 mars 159V, un arrêt par lequel toute entreprise contre la sainte-ligue était réputée crime d'élat. Malgré l’abjuration du roi de Navarre, l’issue de la lutte paraissait douteuse ou du moins encore éloignée, lorsque Henri IV se décida à traiter de la reddition de Paris avec Hrissac, qui lui livra la ville moyennant un million six rent quatre-vingt-quatorze mille livres. Il y fit son eulrée le 22 mars 1194 , non en vainqueur, comme on l’a dit, mais par surprise. Un de ses premiers soins fut de déclarer nul tout ce qu’avaient fait les États de la Ligue , et quelques historiens ajoutent qu’il ne voulut pas se mettre à table avant qu’on eût brûlé les registres de leurs délibérations : ce livre vivant des idées , des projets et des réclamations des démocrates du temps, l’inquiétait trop, à ce qu’on prétend, pour qu’il n’en exigeât pas la destruction immédiate.

Une fois maître de la capitale, le roi fit un acte d’habile politique en se déclarant lui-même gouverneur de la ville, et en la plaçant sous sa sauvegarde. Il rétablit sur de nouvelles bases la garde des bourgeois, et ses ordonnances de police détruisirent une foule d’abus , que les désordres des guerres civiles et les troubles de la Ligue avaient fait naître. Ce grand prince avait à reconstituer le gouvernement tout entier, et il s'acquitta de cette tâche avec gloire. Il pensait aussi à assurer au dehors la prépoudéranee de la France en combattant la maison d'Autriche , et c’est dans ce but qu'il avait amassé tant de trésors à l'Arsenal , par les soins de Sully. Mais ces grands desseins furent continuellement traversés par d'odieux attentats. Peu de mois après son entrée à Paris, le 27 décembre 1594, Jean Chatel, fils d’un drapier de la rue de la Barillerie, le frappa d’un coup de couteau qui heureusement ne l'atteignit qu’à la lèvre. Quelques historiens disent que cette tentative d'assassinat eut lieu chez (iahrielle d'Estrécs, maîtresse du roi, d’autres la placent, avec plus de vraisemblance, au Louvre. Chatel, qui avait été élevé dans un collège de Jésuites , fut arrêté sur-lc-chaïup , condamné à mort et exécuté le surlendemain. On ne compte pas moins de seize autres tentatives de meurtre sur Henri IV. Il succomba enfin à la dix-huitième. Le 14 mai 1610, vers quatre heures du soir , il se rendait du Louvre à l’Arsenal , et passait dans la rue de la Ferronnerie, alors très-étroite, lorsque son carrosse fut arrêté par un embarras de charrettes, qui l'obligea à raser les boutiques adossées au mur du cimetière des Innocents. La petite suite du roi fut un moment séparée de lui pur ocl incident. Pendant qu'on fait reculer les charrettes, un misérable , François Ravaillac, attaché à la marche du cortège depuis le Louvre , se glisse entre les boutiques et le carrosse, qui était tout ouvert, et voyant le roi à la portière, tout près de lui, monte sur une des roues et frappe Henri d'un coup de couteau entre les côtes. Leroi lève te bras , en s'écriant : Je suit blesse. Au même instant, un second coup lui perce le cœur. Henri IV ne proféra plus unp parole et ne donna plus signe de vie. Les seigneurs qui l’accompagnaient ne ramenèrent au Louvre qu'un cadavre. La popularité de ce grand homme, a dit avec raison M. Henri Martin , avait été contestée durant sa vie , mais elle se révéla tout entière dans sa mort. Lorsque la catastrophe fut connue dans Paris , elle y jeta une stupeur que suivit une immense explosion de cris, de pleurs, d'imprécations; chacun

ILE DE FRANCE, sentait que la grandeur et la prospérité de l'État avaient perdu leur appui. Il y eut des gens qui moururent de saisissement en apprenant le meurtre de Henri IV.

Ce prince, aidé de François Miron , prévôt des marchands , fit sortir Paris de l'état de ruine où il l’avait trouvé lorsqu'il en avait pris possession en 1594. Le Louvre et les Tuileries furent agrandis , et la Place-Royale commencée sur l’emplacement du palais des Tournelles. Le Pont-Neuf dont la construction avait été entreprise sous le règne précédent , fut achevé en 1607 , ainsi que la rue et la place Dauphine. L’Hôtel de Ville fut également terminé. Sur le Pont- Neuf s’éleva la Samaritaine, machine hydraulique qui fit longtemps l'admiration des Parisiens , et qui , jusqu'en 1813 , distribua les eaux de la Seine sur la rive droite de cette rivière. Les autres établissements qu’on doit au règne de Henri IV sont : l’hôpital Saint-Louis (1607), l'hôpital Sainte -Anne (1595), les couvents de Picpus ( 1594 ) , des Récollcts ( 1603 ) , des Petits-Augustins ( 1607 ), des Capucins (1606), l’hôpital de la Charité ( 1601), la manufacture royale de tapis de la Savonnerie (1604). En 1595, un monument expiatoire du crime de Jean Chatel avait été construit , en forme de pyramide, rue de la Barilleric , sur l’emplacement de la maison de son père , démolie pur ordre du Parlement, line des inscriptions latines de ce monument maudissait l’asssassin a élevé à C école impie de ce » mailres pervers, qui, hélas! oui usurpé le nom de Jésus. » Les Jésuites étant rentrés en France , en 1603 , le père Cotton , confesseur, comme on sait, de Henri IV, obtint du roi la destruction de la pyramide de Jean Chatel.

Un grand nombre de Parisiens s’illustrèrent pendant le xvi" siècle, brillante période qui vit s’accomplir la révolution artistique et littéraire qu'on appelle la renaissance. Les poètes les plus remarquables de cette époque , Ma rot , Ronsard , Théophile , sont cependant étrangers è Paris , et ne lui appartiennent que par le séjour qu'ils y firent. Les poètes parisiens sont moins célèbres , il est vrai , mais assez nombreux : nous ne nommerons que les plus connus : Roger de Colerye , Étienne Jodelle , Jean Passerut. Parmi les historiens jurisconsultes ou érudits, on ne peut oublier Charles Dumoulin , du Tillet , Denis Godefroy, Louis Servro , Étienne Pasquier, Jacques-Auguste de Tliou, Pierre de l'Estoile, Claude Fauchtd, Gilles Corrozet, auteur du plus anfien livre imprimé sur l'Histoire de Paris, Jacques Dubreuil, autre annaliste de Paris, aussi naïf et bien plus fécond, Regnier de la Planche , Henri et Robert Esticnne , Frédéric Morel et Béroalde de Verville. L’histoire des arts est mirquée pendant cette période par des noms de Parisiens célèbres: Jean Goujon, Pierre Lescot, Pierre Biard, Pierre Bontemps, Étienne du Pérac et Martin Fréminet. Les comédiens Italiens qui vinrent successivement à Paris , y développèrent en peu de temps l’instinct musical. En 1581, Catherine de Médicis fit représenter au Louvre, à l’occasion du mariage de Marguerite de Lorraine, le premier drame lyrique qu’on ait joué en France. Ronsart et Balf firent les paroles ; Beaulieu et Salmon la musique. Cette fôte , qui coûta, dit-on, douze cent mille écus, fut le prélude des divertissements grandioses de Louis XIII et de Louis XIV. L’industrie se signala également par trois inventions principales : l’usage des fourchettes qui s’établit sous Henri III, celui des montres sous Henri IV, et des lunettes d’approche qui furent pour In première fois vendues sur le pont Marchand, en avril 160). Les arts utiles prirent

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de l'extension ; outre la manufacture de tapis de la Savonnerie, dont nous avons déjà parlé , on vit s'élever des fabriques royales de soierie dont'Saintot eut l’intendance, et de nombreuses verreries. -

Tous les grands événements se passent à Paris, sous le régne de l.ouis XIII. Dans les premières années, c'est d’abord l'assemblée des Étals-Généraux en 1614, illustre réunion des représentants des trois ordres et qui ne devaient plus êtreconvoqués que pour opérer une révolution ; puis l’éclatante fortune et ensuite le terrible châtiment de Concini, maréchal d' Ancre, que Vitry assassine par ordre du/oi à la porte du Louvre, et dont le cadavre est déterré et mis en lambeaux par la populace avec d'affreuses clameurs (24 avril 1617). Rientôt après, Paris voit une autre scène sanglante : le supplice d’Éléonore Galigaï, femme de Concini , décapitée en Grève , puis brûlée comme sorcière (8 juillet 1617 ). A la mort du connétable de Luynes, qui avait succédé au maréchal d’Anrre dans la faveur du roi , Richelieu arrive au pouvoir, et fonde sa terrible domination par des rigueurs dont il nous faut parler, puisqu’elles ont eu la capitale pour théâtre. Le colonel Ornano, confident de Gaston d'Orléans, est jeté à la Bastille et y meurt; Saint- Preuil laisse sa tète sur l’échafaud de la place de Grève; François de Montmorency, comte de Bouttevillc, est, à son tour, décapité au même lieu, en vertu d’un édit sur le duel dont l’application semble iv’étre qu’un prétexte pour atteindre plus sûrement la noblesse ; le maréchal de Marillac, le garde des sceaux, son frère , Cinq-Mars et de Tliou sont également exécutés à Paris. Mais nous ne devons apprécier le gouvernement de Louis XIII, ou plutôt celui de Richelieu, qu’au point de vue du développement moral de Paris et des institutions qui y furent créées. La grande cité devint plus que jamais le centre du mouvement intellectuel de la France. On ne doit pas omettre un événement notable qui accrut encore son importance, c’est l'érection de Paris en archevêché, par bulle du pape Grégoire XV, du 20 octobre 1622. L’archevêché de Paris eut pour suffragants les évêchés de Chartres, de Meaux et d'Orléans, auxquels on ajouta plus tard l’évêché de Blois créé sous Louis XV. Le nouveau siège métropolitain fut occupé par Jean-François de Gondi, doyen de Notre-Dame, et coadjuteur du cardinal Henri de Gondi, dernier évêque de Pans. Cent dix prélats avaient gouverné le diocèse de Paris , depuis sa fondation. Nous avons nommé quelques-uns des plus célèbres : saint Germain, saint Landri, Pierre Lombard, Maurice de Sully. Un grand nombre de leurs successeurs s'étaient également distingués par leur piété, leurs lumières et la sagesse de leur administration. On peut citer, entre autres, Eudes de Sully (1x08), Guillaume d’Auvergne (1248), Étienne Tempier (1279), Simon Matifas de Bucy (1304), Pierre d'Orgemont (1409), Guillaume Chartier (1472), Étienne Ponchcr (1532), et Jean du Bellay (1560).

Parmi les institutions que vit naitre le règne de Louis XIII, nous citerons en première ligne l’Académie française (janvier 1635b A la même époque se rapportent la création de l’imprimerie royale ;1620) et celle du Jardin des-Plantes (1626). Marie de Médicis fit bâtir le palais du Luxembourg et planter le Coursla-lteine ; le Palais-Royal fut construit par Riehelieu; les maisons et les quais de file Saint- Louis furent bâtis , ainsi que le Pont-Marie , le Pont de la Tournelle et le Pont- Rouge. Deux nouvelles églises paroissiales s'élevèrent ; Saint- Roeh (1633),

Sainte-Marguerite (1634), ainsi que deux églises succursales : Sainte-Élisabeth (1614), et Saint-Louis -en-PIsIe (1616). Aucune époque ne vit surgir un aussi grand nombre de communautés religieuses à Paris; il ne s'en établit pas moins de cinquante-cinq ; les plus célébrés sont : les Pères de l'Oratoire (1621), les prêtres de la Mission (1624), les prêtres de la Doctrine chrétienne (1627), les Augustins déchaussés ou Petits-Pères, dont l'église est aujourd’hui la paroisse de Notre-Dame-des- Victoires (1629), l'abbaye de Port-Royal (1625), les filles de Saint-Thomas (1626), les Capucins (1613), le couvent du Val-de-Grâce (1621); les Minimes de la Place-Royale (1610). Au même règne appartient aussi la fondation des hôpitaux de la Pitié (1612), des Incurables (1631), des Convalescents (1634), et celle de la manufacture royale des (îlaces (1634). Pour la première fois, les places publiques furent décorées de statues : celle de Hrnri IV orna le terre-plein du Pont-Neuf, et celle de Louis XIII la Place-Royale. Les seigneurs qui depuis long-temps se tenaient dans leurs châteaux briguèrent au Louvre les plus chétifs logements ou lirent b&tir de magnifiques hôtels. Déjà . sous Henri IV, on avait vu s'élever d'opulentes demeures aristocratiques, entre autres les hôtels Soubise, de Carnavalet, d’Hercule, d'O, d’Angoulême, de Mayenne , de Montmorency, de Ycrthamont. Sous Louis XIII, on construisit ceux de Condé , de Bouillon , de Nivernais, de Toulouse. L'accroissement de la population et des constructions de toute sorte rendaient insuffisante l'ancienne enceinte de Paris. Rn 1626, sur la proposition de Froger, secrétaire delà chambre du roi, on commença à bâtir autour de la partie septentrionale une nouvelle muraille qui suivait la ligne actuelle des boulevards depuis la porte Saint-Denis jusqu’à la porte Saint-Honoré. Cette muraille était garnie de fossés et de bastions avec courtines plantées d'arbres. L'ancienne porte Saint-Honoré disparut, ainsi que l'ancienne porte Montmartre, qui fut replacée presque en face de la rue Neuve-Saint-Marc, et, près de la rue de Richelieu fut bâtie la porte de ce nom qui subsista jusqu'en 1701. Des rues nombreuses s'ouvrirent dans la nouvelle enceinte, et, au dehors de la porte Saint-Honoré, de riches particuliers firent bâtir un si grand nombre de maisons, que le faubourg de ce nom se trouva joint aux villages du Roule et de la Viile-l'Èvêque. En même temps, la franche maîtrise, dont jouissaient les ouvriers établis dans la censive de l'abbaye Saint-Antoine, fit construire la grande rue de ce faubourg , et les rues adjacentes qui se réunirent bientôt aux villages de Popincourt et de Reuilly. Quant è la partie méridionale de Paris, on laissa subsister l'ancienne muraille; mais le progrès fut aussi très-sensible de ce côté; les prairies et les jardins du Pré-aux-Clercs disparurent sous les constructions. Au temps où nous sommes arrivés, l’ensemble de la ville offrait un aspect bizarre. A côté des bâtiments nouveaux qui s'élevèrent de toutes parts, on voyait encore le Louvre conserver ses fossés alimentés par les eaux de la Seine. La Tour de Nesle, le grand et le petit Châtelet, le Temple, la Bastille , les tours et les portes de l'enceinte méridionale , présentaient encore le caractère de l’architecture féodale. La Seine, bordée de quais sur une partie de son cours, allait, dans d'autres endroits, battre la grève sans défense , et dans les hautes eaux baigner les pieds des maisons et envahir les rues voisines.

Les encouragements que Richelieu accorda aux lettres sont un de ses meilleurs

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titres il la reconnaissance publique. Sa protection favorisa 16 développement de l'art dramatique : Mairet, Tristan, du Ryer, Rotrou, et enfin Corneille, conduisirent ta scène française dans cette voie qui devait aboutir aux chefs-d'œuvre de la seconde moitié du xvil" siècle. Cinq théâtres s'établirent à Paris : c'étaient ceux d’Avenet, du Palais-Royal , des Marionnettes, de Tabarin et de l'Estrapade, prés de l'emplacement où s'élève aujourd'hui le Panthéon Un grand nombre de Parisiens cultivèrent, pondant cette période , les diverses branches de la littérature. Nous mentionnerons parmi les poètes, Jean Chapelain, l'abbé d'Aubignar, Guillaume Col- -letet, Valentin Conrard, le père de l'Académie française, Alexandre Hardi, Philippe et Germain Habert, Jean Hesmarets, Pierre du Ryer; et parmi les savants, l'illustre Jérôme Bignon, Camus, évêque de Bcllev, François de la Motlie Le Vayer, Gabriel Naudé, l’un de nos plus excellents bibliographes, et Pierre du Puy, recommandable par ses travaux sur l'histoire de France. Dans les arts, nous avons aussi à signaler plusieurs noms célèbres : d’abord, deux peintres illustres , Simon Vouet et Eustache Le Sueur; et après eux Jacques Blanchard, Louis Boullongne, Laurent La Hire, et l'architecte François Mansard.

La première période du long règne de Louis XIV fut marquée par les troubles de. la Fronde. La reine mère, Anne d’Autriche, nommée régente par le Parlement, le 18 mai 1643, abandonna le pouvoir au cardinal Mazarin ; ce ministre, souple, rusé, persévérant , mais sans graudeur dans le caractère, était loin d'exercer la- même influence que Richelieu. Les impôts qu'il tenta d'établir soulevèrent à la fois la résistance du Parlement et du peuple. Les événements les plus importants de la guerre civile qui ne dura pas moins de quatre ans et dont Paris devint le principal théâtre, sont l’arrestation des conseillers Brousse! et Rlancmcsnil, qui fit éclater l'émeute des Barricades ■; 26 août 1648); la. retraite de la reine mère et du roi à Saint-Germain (6 janvier 1649) ; la lutte entre Condé et Turenne, tour à tour défenseurs et adversaires du parti royal; le combat du faubourg Saint-Antoine (2 juillet 1652); enfin la rentrée de Louis XIV dans ta capitale si longtemps agitée (20 octobre 1652). La Fronde, pendant laquelle Mathieu Molé, le cardinal de Retz et lleaufort, le roi des Halles, jouèrent des rôles si divers, fut absolument sans résultat, puisque Mazarin, deux fois obligé de fuir, rentra en possession du pouvoir à la fin des troubles. « On y a vu , dit un écrivain, une tentative de la nation pour pénétrer dans le gouvernement , ou une réaction féodale, mais ces aperçus tiennent du système. L’histoire n'a pas de jugement grave à porter sur ces- événements ; la faiblesse engendra la licence, et la licence des excès ridicules. C'est une époque singulière que l'on ne peut pas oublier, parce qu'elle amuse par le contraste des petites choses et des grands uoms. » A la mort de Mazarin ( 1661), Louis XIV, âgé de vingt-trois ans, commença à gouverner par lui-même. Dès les premiers pas, il agit avec une fermeté,

I. Le mot estrapade y que Furctiére fait dériver du vieux verbe français estreper ou estraper , briser, désignait un supplice qui consistait à suspendre le patient avec une corde au haut d’une pièce de bois, pour le laisser retOinlier à quelques pieds de terre, de manière à disloquer ses membres. La torture de l'estrapade, réservée dans l’origine aux soldats , fut appliquée à Paris aux malheureux protestants condamnés en si grand nombre entre les années 1583 et 1360, cl dont les membres étaient brisés par l’estrapade avant d’étre brûlés à petit feu.

une sagesse et un bonheur qui firent présager la gloire de son long règne. Mais les splendeurs du grand siècle ne sont pas de notre sujet ; il nous suffira de dire que, malgré le séjour du roi à Versailles, la ville de Paris prit un nouveau développement, à la faveur d'un gouvernement dont la puissante unité tendait constamment à la centralisation.

Le nom de Colbert est, aussi bien que celui de Louis XIV, attaché à toutes les belles et utiles institutions de ce règne. Ce fut lui qui , en 1 663, fit agréer au ror la création de l'Académie des -inscriptions et belles-lettres. En 1666, il faisait établir l'Académie des sciences; en 1668, celle de peinture et de sculpture; et enfin en 1671 , celle d’architecture. lu Bibliothèque Royale reçut son organisation. Nos deux principales scènes dramatiques s'ouvrirent : la Comédie française (1660) et l'Académie royale de musique (1672). Les autres fondations, monuments ou établissements de cette époque féconde sont ; l'If Atel des Invalides (1671), le palais des Quatre-Nations (1662), la colonnade du Louvre, l'Observatoire (1667), la manufacture des Gobelins (1667) , l'HApital Général (1656) , celui des Enfants Trouvés (1676), auxquels il faut ajouter ^institution de Sainle-Perrine et trente-sept autres communautés religieuses, les séminaires Saint-Sulpice , des Missions Étrangères, des Anglais et du Saint-Esprit. Des travaux importants, des constructions nouvelles contribuent il l’embellissement de la ville. Le jardin des Tuileries est tracé, la plantation des Champs- Élysées procure aux Parisiens leur plus vaste promenade. Au lieu de tristes poternes, de guichets étroits, s’élevèrent les arcs de triomphe aux portes Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Antoine ; Paris fut décoré des belles places Vendôme , des Victoires et du Carrousel. Le Pont Royal ouvrit une communication facile avec le faubourg Saint -Germain. La pompe Notre-Dame et vingt-trois fontaines nouvelles fournirent abondamment l’eau nécessaire aux besoins des habitants. Les remparts du nord furent abattus et remplacés, sur les boulevards de la porte Saint-Denis à la porte Saint-Antoine, par des promenades plantées d’arbres. La butte Snint-Roch, sur laquelle on vit des moulins jusqu'en- 166T, fut aplanie et se couvrit de maisons. L'enceinte de Paris fat portée à trois mille deux cent vingt-sept arpents, et le village de Chaülot devint un de ses faubourgs. La ville , divisée en vingt quartiers, compta cinq cents rues, environ, cent places, dix-sept ports, neuf pouls, neuf faubourgs, trente hôpitaux. La suppression de la plupart des- justices féodales et la création d'un lieutenant de police (1667) furent de grands services rendus il l'administration civile. La Iteynicqui, le premier, remplit 'les fonctions de lieutenant de police, exerça une active surveillance. Ce fut sous son administration qu'on vit pour la première fois des lanternes à Paris.

La langue , qui avait commencé à s'épurer par les premiers travaux de l’Académie française, arriva à la perfection quand elle eut pour interprètes Pascal, Bossuet, Fénelon, Massillon. L'art dramatique , avec Corneille , Racine, Molière, plaça notre théâtre au premier rang en Europe; tandis que Boileau, La Fontaine, créaient leurs inimitables chefs-d'œuvre ; que Lulli , aidé de (Juinault . donnait naissance à la musique dramatique; que Poussin, Lebrun, Mignard, Joirvenet, élevaient notre école de peinture au niveau de celle d’Italie, qu’enfin Puget, Girardon, Sarrazin,. laissaient de si remarquables monuments de l'art de la

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sculpture. Il faut joindre à res noms ceux île Le Nôtre, talent unique dont les autres nations ne peuvent fournir île modèle ni de copie, des architectes Jules- Hardouin Mansard et Perrault , des graveurs Nanteuil, Audran, Edelinck, des orfèvres Claude Balin et l'ierre Germain. Jamais les arts et les lettres ne virent une telle réunion de célébrités, et on comprend de quel éclat dut briller Paris où se trouvaient rassemblées les productions de tant de talents supérieurs.

Pendant la minorité de Louis XV, la cour, qui, depuis 1080, résidait à Versailles, revient à Paris et continue d’y demeurer jusqu'à ia mort du régent. Un des événements les plus remarquables et les plus caractéristiques de cette époque est l'engouement frénétique des Parisiens pour le système de Law (1717). On sait que pour procurer à l'Etat les moyens de payer la dette de plus de deux milliards laissée par Louis XIV, l'Ecossais Law avait fait adopter au régent l'établissement d'une banque royale, à laquelle chacun portait son argent en échange de billets payables à vue. L'objet spécieux de l'entreprise, l'appât jeté à la spéculation, était le bénéfiee qu’on espérait tirer de l’exploitation des terres et des mines d'or de la Louisiane, que le roi cédait à une compagnie d’Occident , dont Law fut nommé directeur, l-a foule se porta bientôt au bureau d’échange, qui était établi rue Quincampoix, et cette rue elle-même devint une véritable foire où se pressaient tout le jour les agioteurs. On sait que lé comte de Horn, allié à toutes les maisons princières de l'Europe et au due d'Orléans lui-même, y assassina dans un cabaret un agent de change, et que le régent le laissa périr sur la roue, avec son complice, un Piémontais, nommé Mille ( 26 mare 1720)'. Le marché des effets publics fut alors transporté sur la place Vendôme , qu'on appela le Camp de Condé. Cependant des fortunes énormes, nées en quelques semaines, allumaient dans tons les rangs de la population une ardente soif du gain. « Il n’y avait plus dans Paris, dit un historien, ni commerce ni société. L'artisan, le marchand, le magistral et l’homme de lettres, ne s'occupaient que du prix des actions; on s’interrogeait là-dessus avant de se saluer; point d'autres conversations dans les salons ,- plus de jeux môme , celui des actions remplaçait tous les autres. ■> Mais ces temps d’ivresse et de vertige durèrent peu. Law ne si; lassait pas de lancer ses billets par milliers dans la circulation. Leur valeur totale s’éleva bientôt à la somme incroyable de seize cent soixante-quinze millions. L’inquiétude commençait à saisir les spéculateurs bien informés. Le prince de Coati ayant envoyé demander à la Banque le remboursement d'une masse énorme de bHlets , en ramena trois fourgons chargés de numéraire. Dès lors les demandes de remboursements se multiplièrent au point qu’il devint impossible d’y satisfaire. Le crédit de La\r était ruiné, Un édit du 21 mai 1720, qui ordonnait la rédaction graduelle des billets de la Banque et de la Compagnie, révéla toute la gravité de la crise qui frappait la population parisienne plus encore que celles des provinces. Le régent essaya vainemeni d’apaiser l'indignation publique , en destituant Law , qu'il avait nommé contrôleur général des finances. Les billets furent supprimés au mois d’octobre 1720. Le peuple de Paris, les mains pleines de ces symboles trompeurs d’une richesse anéantie, ne pouvait avoir du pain. On ouvrit pour lui une caisse où étaient payés en argent les billets de peu de valeur. Trois hommes y furent étouffés dans la presse. On porta leurs cadavres devant

ILE DE FRANCE, le Palais-Royal où le duc d’Orléans avait caché Law. Cette vue combla l'exaspération de la multitude. Law, s'enfuyant dans son carrosse au galop de ses chevaux , courut risque d’étre lapidé; il rentra pourtant au Palais-Royal; et ce ne fut que six mois après que le régent le fit sortir secrètement de Paris (décembre 1720 1.

Deux ans avant la chute du système de Law , Paris avait reçu la visite du ezar Pierre-le-Grand et vu réprimer par l'arrestation du prince de Ccllamarc, ambassadeur d'Espagne, et du duc et de la duchesse du Maine, une conspiration tramée par le cardinal Alberoni, dans le but d'enlever la régence au duc d'Orléans et de la donner au roi d'Espagne, Philippe V (1718). C'est là tout ce que nous pouvons dire de l'histoire de Paris pendant la minorité de Louis XV. Heureusement pour nous, il n’appartient qu’à l'histoire générale de raconter les exploits des roués de la régence, et les honteuses scènes qui se passèrent au Palais-Royal et au Luxembourg, séjour du duc d’Orléans et de sa fille, la duchesse de Berry. Louis XV. déclaré majeur dans un lit de justice. tenu à Paris le 22 février 1723, transporta à Versailles le siège du gouvernement; il n'aiuia jamais Paris, et son éloignement pour cette ville devint même si grand , que pour en éviter la traversée, il fit ouvrir une route nouvelle à laquelle le nom de Chemin de la révolte est resté. L’histoire de la capitale n'est plus marquée pendant ce triste règne que par un petit nombre d'événements. Ce sont les querelles du Parlement et de l'autorité royale qui, commencées dès 1720, à l’occasion du refus d'enregistrement dç la bulle Unigenitus , ne se terminèrent qu’en 1771 par l'exil de la magistrature et l'installation du parlement Maupeou ; les scènes étranges des convulsionnaires au tombeau du diacre Paris, dans le cimetière de Saint-Médard (1727-1732); le supplice de Damiens, qui avait attenté à la vie du roi (28 mars 1757) ; et l’assassinat juridique du malheureux comte Thomas-Arthur de Lally- Tollcnda! , gouverneur des possessions françaises dans l'Inde, conduit bâillonné à l'échafaud, le 6 mai 1766. L'importance de l'histoire de la grande cité duraut cette période est tout entière dans le progrès de l'esprit public, dans les symptômes de révolution sociale qui s’annoncent. L'influence littéraire accélère l’essor de la pensée. Montesquieu, Voltaire, BulTon, J -J. Rousseau, Diderot, d’Alembert, fixent au plus haut point l’attention publique par leurs écrits , et c'est à Paris surtout que s'opère cet immense mouvement d'idées d'où devait sortir la révolution de 1789. On compte sous le règne de Louis XV un grand nombre de Parisiens célèbres dans les lettres et dans les sciences; nous nous bornerons à nommer les poètes Crébillon, Racine fils, Lemierre, Lachaussée, Jean-Baptiste Rousseau, Moncrif, Fagan , Sedaine, Saurin , Favart, Dorât, Collé , Marivaux , l’abbé de Lattaignant, Laharpe, l'universel d'Alembert, le philosophe matérialiste Helvétius, .Beaumarchais; 1rs historiens mi érudits Fréret, Lebeau, Banville, Anquetii, D. Gervaisc, le président llénault, D. Poirier ; les savants Cassini , La Condaminc, Clairault, Dionis du Séjour, Pingré ; les médecins Chomel et Lccamug ; les chirurgiens Morand et Bordenave. Parmi les artistes, on ne peut oublier les peintres Boucher, François Lemoine, de Troy, Pierre, Coypel , Gaies, Doyen ; la sculpture n'a guère produit à cette époque d'œuvres remarquables ; cependant trois Parisiens, Lcpautre, Pigalle, Falconet, se sont fait une réputation comme statuaires. L'architecture, en décadence, nous offre aussi les noms de Gabriel, d’üppenord et de Chalgrin,

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l)os monuments nombreux s’élevèrent sur divers points : les plus considérables sont la nouvelle église de Sainte-Geneviève, aujourd'hui le Panthéon, dont la première pierre fut posée le 6 septembre 1764 , et qui ne fut achevée que sous le règne de Louis XVI. Le palais Bourbon (1722); l’hôtel des Monnaies (1771); l'École de droit ( 1700 i ; le Garde-Meuble de la couronne ( 1770) ; la Halle au blé (1763). Une institution importante date aussi de ce règne, c'est l'École royale militaire, fondée eu 1751. A la même époque appartiennent rétablissement de l'Académie de chirurgie (1731) , de l'École royale gratuite de dessin (1760), et la construction des églises de $aint-Philippe-du-ftoule (1769) et de Saint-Pierre du Gros-Caillou (1738). Plusieurs théâtres nouveaux sont fondés : l'Opéra-Comique ( 1702) ; l’Ambigu-Comiquc, dirigé par Audinot ( 1769); et le théâtre de Nicole! , aujourd'hui la Galté ( 176'» ). La première exposition publique de tableaux d'artistes vivants, au musée du Louvre, eut lieu le 22 août 1710. L'hôtel d’Armenonville, réparé, reçut l’administration des Postes, et la petite poste fut fondée en 1768. Pour la première fois les noms des rues furent inscrits en caractères noirs surdes plaques de fer blanc ; les réverbères replacèrent les lanternes ( 1745). line nouvelle enceinte de Paris fut établie de 1726 à 1728. Sa circonférence était de trois mille neuf cent dix-neuf arpents. EHe commençait au jardin de l'Arsenal, suivait les boulevards actuels jusqu'à la porte Saint-Honoré, passait au boulevard des Invalides , coupait les rues de Babylone, Plumet, de Sèvres, des Vieilles-Tuileries, et allait en droite ligne jusqu'à In rue de la Bourbe, d'où elle suivait les murs du Val-de-Grâee, les rues des Bourguignons, de l'Oursine, Cerisier, et aboutissait sur la rive gauche de la Seine, vis-à-vis du jardin de l'Arsenal. Le quartier Gaillon et les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, compris dans cette enceinte, se décorèrent d'hôtels somptueux , et la statue équestre de Louis XV orna la place de ce nom.

La première année du règne de Louis XVI (1771) est signalée à Paris par le rétablissement du Parlement. C’est à Versailles que se produisent les mémorables événements qui ouvrirent une ère nouvelle pour la France : la convocation des États-Généraux (5 mai 1789); la constitution du tiers-état en Assemblée nationale (17 juin); mais c’est à Paris que la révolution éclate le 14 juillet par la prise de la Bastille. Cette prison d'état, dont la garnison composée de quatre-vingt-deux soldats invalides et de trente-deux suisses du régiment de Salis, était sous - les ordres de M. de Launay, fut attaquée à dix heures du matin par la population parisienne, organisée en milice bourgeoise, à laquelle s'étaient jointes les gardes françaises commandés par le sergent-major Wargnier. Les bourgeois avaient pour chef llullin, qui depuis devint général sous l'empire et commandant de la place de Paris. Après quelques heures de combat acharné, dans lequel le peuple déploya un grand courage , le gouverneur fut forcé de capituler. Hulliu et Maillard pénétrèrent les premiers dans la forteresse. Malheureusement cette victoire populaire fut souillée par des actes de barbarie. Pendant que la garnison vaincue était conduite à l'Hôtel de Ville , une foule furieuse se jeta sur les prisonniers et massacra les principaux chefs : de Launay, gouverneur, de Losme de Salbray, major, de Miray, aide-major, et Person, lieutenant des invalides; leurs tètes furent promenées dans les rues avec celle du prévôt des marchands, tué dans

In même journée en sortant de l'Hôtel de Ville. I.a Bastille, qui n'était originairement qu’un bastion de l’enceine d'Étienne Marcel, avait été, nous l'avons dit, reconstruite sur un plan plus vaste par ordre de Charles V; Hugues Auhrint , prévôt des marchands, en posa la première pierre, le 22 avril 1370. Cette forteresse, élevée pour la défense de Paris, ne tarda pas à servir de prison. Aubriot, qui l'avait fait bittir, y fut enfermé en 1381 : le peuple de Paris s'en empara en 1418, et égorgea les Armagnncs qui s’y étaient réfugiés ; c'est dans une de ses tours que Louis XI avait fait construire ces cages revêtues de fer où il fit jeter Guillaume de Harancourt, évéque de Verdun, et Jacques Armagnac, duc de Nemours. La Bastille a laissé d'horribles souvenirs, comme prison d'état : c'est là dans ses sombres murs que furent enfermés Anne du Bourg, sous Henri II; les conseillers du Parlement, pendant la Ligue; le duc de Biron, sous Honri IV; la maréchale d'Ancre, en 1617. Les Frondeurs s'en emparèrent en 1649, et on sait que mademoiselle de Montpensier lit tirer le canon de ses remparts sur les troupes du roi pendant le combat de la porte Saint Antoine. La liste des prisonniers jetés à la' Bastille depuis cette époque jusqu'à sa destruction, offre une longue suite de noms fameux à des titres bien divers : le maréchal de Bassompière , le grand Coudé, Fouquet, Pélisson, la Voisin, célèbre empoisonneuse, le duc de Luxembourg, signalé comme son complice, le mystérieux Manquent Fer, qui y mourut le 19 novembre 1703, Voltaire, le comte de Lorges, Baculard d'Arnaud, Latude, Lenglct Dufresnoy , Marmontel, Lally-Tollendal, Mahé de la Bourdonnais, gouverneur de l'Inde, l'avocat Linguet; le cardinal de Itohnn, la comtesse de Valois-Lamotte et Cagliostro, tous trois à l'occasion du procès du collier. Le régime des lettres de cachet avait peuplé longtemps les cachots de la Bastille, et ce souvenir justifiait assez l’irritation populaire; mais.au 14 juillet 1789, cette forteresse ne renfermait que sept prisonniers détenus pour causes non politiques. Elle fut démolie par les soins de la municipalité.

Après la prise de la Bastille, la révolution achève de se concentrer à Paris par les tumultueuses journées des 5 et 6 octobre pendant lesquelles le peuple se, porte è Versailles, fait Irruption dans le château, ramène violemment aux Tuileries le roi et sa famille, et détermine l'Assemblée nationale à tenir ses séances dans la capitale. A compter de ce moment, l’histoire de Paris comprend toute l'histoire intérieure de la France. Dans l’impossibilité d’en tracer ici le tableau, nous devons nous borner à un exposé sommaire et chronologique des faits les plus importants. Le 14 juillet 1790 a lieu au Champ-dc-Mars la fête de la Fédération, où, en présence de députations venues de tous les points du royaume, et après une messe célébrée par M. de Talleyrand, évêque d'Autun , le roi jure sur l'autel de ta patrie de maintenir la Constitution qui sera décrétée par l'Assemblée nationale. Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 , Louis XVI, accompagné de la reine, de ses enfants et de madame Élisabeth , s’échappe dé Paris pour se rendre à Montmédy; arrêté è Varennes, le 22, il est ramené aux Tuileries le 25. La Constitution de 1791, terminée le 3 septembre, est acceptée par le roi le 13 du même mois; le 1" octobre l’Assemblée nationale est remplacée par l'Assemblée législative. Le 20 juin, les Tuileries sont envahis par vingt mille Parisiens, ayant à leur tête Sauterre, Saint-Hurugue et Legendre, qui intiment

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au roi les volontés populaires et le forcent à se coiffer du bonnet rouge. Le 10 août 1792, le peuple insurgé, conduit par Danton et Santerre, s'empare dos Tuileries et massacre les Suisses qui défendaient le château ; la déchéance de Louis XVI est prononcée; il est enfermé au Temple avec sa famille. La commune de Paris, dirigée par Robespierre et Marat, saisissent le pouvoir. Gette époque est marquée per les sanglantes journées des 2 au 5 septembre 1792 : mille quatre-vingtsept personnes sont massacrées daus les prisons de Paris, principalement h l'Abbaye , au Châtelet, à la Force, La princesse de Lambalic est au nombre des victimes.

Le 21 septembre, la Convention nationale succède à l'assemblée législative. Elle abolit la royauté, décrète le gouvernement républicain et met Louis XVI en jugement. Ce prince, condamné à mort le 17 janvier 1799, estdéeapité le 21 du mémo mois, sur la place de la Révolution. Parmi les institutions nouvelles nées à Paris, de cet immense mouvement, antérieurement à la mort de Louis XVI, nous devons placer en première ligne l'organisation municipale qui remplaça le corps du prévôt des marchands et des échevins. En 1789, le minisire Necker divisa la ville en soixante districts pour procéder à la nomination des électeurs qui devaient choisir les quarante députés de la ville aux États-Généraux. Le jour de la prise de la Bastille, ces électeurs, au nombre de quatre cenjs, se réunirent spontanément à l'Hôtel de Ville, et après le meurtre de Flesscllrs, dernier prévôt des marchands, administrèrent Paris au milieu du désordre. Le 25 juillet de la même année, l'assemblée des électeurs fut remplacée |>ar une municipalité provisoire composée de cent vingt députés des districts sous le litre de représentants des communes. Enfin, aux termes de la loi du 21 mai 1790, la municipalité de Paris fut composée d’un maire, de seize administrateurs, de trente-deux conseillers, de quatre vingt- seiie notables et d'un procureur de la commune. Le maire, les administrateurs et les conseillers formaient le conseil municipal. On donna la dénomination de conseil général â la réunion du conseil municipal et des notables. Le travail du bureau était divisé en cinq départements : subsistances, police, finances, établissements publics, travaux publics. La loi accordait au conseil municipal la direction et le commandement de la garde nationale parisienne qui s’était organisée spontanément après la prise de la Bastille. Cette administration vraiment municipale , puisqu'elle était le produit complet de l'élection , eut d'abord pour chef Bailly et après lui Pétion. Elle prit fin le 10 août 1792. Les , quarante -huit sections qui composaient Paris nommèrent alors chacune un membre pour remplir la charge d'administrateur du département. C’est de cette révolution municipale qu’est née la redoutable commune de l'aris qui signala son règne par les massacres de septembre, et domina la capitale et la France entière jusqu'au 9 thermidor. Elle eut tantôt pour auxiliaires, tantôt pour adversaires, les clubs politiques, dont nous avons emprunté aux Anglais le nom et l'usage. Ces sociétés curent une grande influence sur la marche des événements. Le plus célèbre de tous, le club des Jacobins avait été ainsi désigné parce qu'il tenait ses séances, depuis 1789, dans une salle de l'ancien couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré. Son véritable nom était Société des am is de la Constitution. Dévoué à la Montagne et à Robespierre, le club des Jacobins survécut peu aux événements

du 9 thermidor; il fut formé par ordre de In Convention le 2i juillet 1791. Le club des Cordeliers , établi dans le couvent des Cordeliers, rue de l'École de Médecine , suivait les inspirations de Marat. Deux autres sociétés politiques avaient été organisées à Paris dans un esprit tout opposé : c’étaient le club monarchique, qui ne subsista que jusqu'en 1791, et le club des Feuillants, intnllés d’abord en 1790 au Palais-Royal, et ensuite dans les bâtiments du couvent des Feuillants, dont H avait pris le nom.

Avant de nous occuper des développements que reçurent à Paris, pendant la période suivante, les institutions fondées par la Révolution, il faut indiquer les établissements et les monuments qui appartiennent a la première période du règne de Louis XVI. Parmi IcS plus utiles créations de cette époque nous devons nommer l’École des mines (1783) ; l’École des ponts et chaussées, érigée en institution nationale , le 19 janvier 1791 ; l’École des sourds-muets, dirigée d’abord par l’abbé de l'Épée, ensuite par l'abbé Sicard, son élève (1778); l’Institution des jeunes aveugles (1785); le Mont de-Piété (1777). Nous nous garderons bien de ranger dans la même classe la Loterie /loyale , régularisée en 1776, pour remplacer les loteries particulières, et supprimée en 1837; encore moins les maisons de jeu publiques, qui , autorisées par le lieutenant de police de Sartine, en 1775, proscrites par l’Assemblée Constituante et rétablies sous le Directoire, n'ont été définitivement fermées que le I" janvier 1838. Il nous reste heureusement à citer d'autres fondations qui honorent cette période de l'histoire de Paris : les hospices Nccker (1778», Coejiin ( 1780), des Capucins (17821, de Santé (1781) , de Saint- Mcrri (1783), de Beaujon ( 1785). L’art musical et l’art dramatique lui doivent la création du Conservatoire de musique et de déclamation (178V). Un grand nombre de théâtres s’élevèrent: entre autres, l’Odéon (1779), le théâtre Feydeau ( 1789), le théâtre Favart (1781), le Vaudeville ( 1792), le théâtre Louvois (1791), le Cirque Olympique (178V), les théâtres de la Cité (1792), des Jeunes artistes (1779), et de Rcaujolais ou Monlansier (178V) Deux salles de spectacle furent construites; celle de la Porte-Saint-Martin pour l’Académie royale de musique (178V!, et celle de la rue Richelieu pour la Comédie Française ( 1787). Les établissements littéraires ou scientifiques se multiplièrent. C’est alors que furent fondés la Société royale d'agriculture (1785), la Société royale de médecine (1776), la Société philanthropique (1780) , et l'Athénée, appelé aussi le Lycée , où La Harpe , Chénier, (jinguené, et plus tard Lemcrcicr et M. Thénard, ont professé avec tant de succès (1781 }. Parmi les travaux dignes de remarque qui furent entrepris on doit mentionner l'achèvement de l'église Sainte-Geneviève ou Panthéén IL791); la construction du Collège royal de France; celle de l’hôtel de Salin, aujourd'hui palais de la Légion-d'IIonneur; du pont Louis XVI (1787); des halles aux draps, aux cuirs, et à la marée; du marché des Innocents; des marchés Beauvau , Bnulainvilliers, et de la Rotonde du Temple, et des fontaines de l' Arbre-Sec, des Petits- Pères et de la place du Palais-Royal. Le Palais de Justice fut restauré. Les galeries du Palais-Royal et leurs élégantes boutiques offrirent au milieu de la capitale un des plus beaux bazars de l'univers. Enfin une enceinte ou mur d’octroi , qui subsiste encore aujourd'hui, fut construite autour de Paris, de 178V à 1786, et réunit à la ville les villages de Chaillot , du Roule et de Monceau. On y pratiqua

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cinquante-cinq barrières, ornées de pavillons, dont trois seulement, placées aux barrières de la Villette, de l’Étoile et du Trôné, peuvent être considérés comme des constructions monumentales.

Sous Louis XVI et pendant la courte existence de la monarchie constitutionnelle, Paris vit briller dans li“S lettres : André Chénier et son frère Marie-Joseph, l'ahbé Delille, La Harpe, Lemierrc, Fabre d'Églantine, Collin d'Harleville , Saint-Lambert, Bouclier, Bernardin de Saint-Pierre; dans l’éloquence ; Mirabeau, Barnavc, l'abbé Maury, Vorgniaud, Lanjuinais, Brissot, Lally-Tollendal ; dans l'érudition : l'abbé Barthélemy, Bréquigny, Larcher, Anquetil-Dupcrron; dans les sciences : Ilaubeutou , Bailly, Condorcet , Lalande , Fourcroy et Lavoisier. On vit pour la première fois des paratonnerres , invention de Benjamin Franklin; et Montgolfler imagina, en 1783, les aérostats, qui furent perfectionnés par Charles et llobert.

La mort de Louis XVI fut le signal de cette impitoyable réaction, à laquelle on donna le nom de Terreur, et de la lutte des Montagnards contre la Gironde. Le comité de salut public et le tribunal révolutionnaire sont créés aux mois de mars et d’avril 1793 ; le 31 mai , une insurrection organisée par la Commune de Paris , Bobespierre , Marat , Danton, Pache , Chaumctte , marche sur la Convention , et demande lu mise en jugement des girondins; le 23 juin, la constitution de 1793 est proclamée; le 13 juillet, Marat meurt assassiné par Charlotte Corday ; le 16 oc- '• tobre, la reine Marie-Antoinette, Bailly, l’ancien maire de Paris, sont mis à mort. Leur exécution est bientôt suivie de celle de vingt-duux girondins, arrêtés a la suite de l'insurrection du 31 mai; Brissot, Vergniaud, Gensouné, Valazé, Lacasc, Sillery, Ducos, Boyer-Fonfrède, Guadct, meurent comme leurs infortunés compagnons, avec une grande dignité. La loi du maximum et la loi des suspects marquent Us derniers temps de l’omnipotence de la Commune de Paris, dont la domination finit le '21 mars 179k. Robespierre provoque le procès des cordeliers : Danton, Philipeaux, Hérault deSéchelles, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine, Lacroix, Westermann , etc., qui sont conduits au supplice le 5 avril.

Il fait célébrer la fête de l'Ètre Suprême, le 8 juin; mais le parti qui lui était opposé dans la Convention l'accuse bientôt à la tribune; on le met hors la loi, et le 9 thermidor (27 juillet) sa tète tombe sur l'écbafaud avec celles de Saint- Just et de Couthnn. l ue réaction contre-révolutionnaire suit la ruine du parti montagnard; la société des Jacobins est supprimée; après l'exécution de Fouquier-Tinville, de Carrier, de Joseph Lebon, la Convention supprime la loi du maximum, abolit la constitution de 1793, et proclame celle de l'an tu (1795). Le 13 vendémiaire là octobre), les sections de Paris s’insurgent contre lu Convention ; Barras réprime ce mouvement , avec l’aide de. Bonaparte , dont le nom parait pour la première fois dans l'histoire de la Révolution. La Convention clôt ses séances, le 26 octobre 1795; le Directoire est installé le lendemain. La découverte de la conspiration du camp de Grenelle fait échouer une dernière tentative du parti jaeobin pour ressaisir le pouvoir, et Babeuf, son chef, est condamné à mort (22 fructidor, 9 septembre 1796). A la suite du coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797), quarante-deux membres du conseil des Cinq- Cents, onze membres de celui des Anciens et deux des cinq directeurs, Carnot

et Barthélemy, sont condamnés à la déportation. Le 18 brumaire (9 novembre 1799), le général Bonaparte renverse le Directoire; il se fait nommer Premier Consul, en s'adjoignant Cambacérès et Lebrun. La constitution de l’an vin est acceptée par le peuple. Le 2V décembre 1800, éclate la machine infernale de la rue Snint-Nicaise, à laquelle échappe le Premier Consul. Nommé Consul à vie, le 2 août 1802, Bonaparte fait proclamer, la même année, le sénatus-consulte de la constitution de l'an x. Le gouvernement découvre, en février 1804, la conspiration royaliste de George Cadoudal , Moreau et Pichegru ; le duc d’Enghien , arrêté sur le territoire du grand-duché de Bade , rougit de son sang les fossés du château de Vincennes le 20 mars; et moins de deux mois après, Napoléon Bonaparte est proclamé empereur (18 mai 1804).

Sous le gouvernement républicain , l'administration municipale de Paris changea plusieurs fois de forme. Aux quarante-huit sections , qui avaient remplacé en 1790 les soixante districts créés en 1789, succédèrent, en 1795, les douze municipalités, dont l'administration fut confiée au département de la Seine, composé de sept administrateurs. La loi du 28 pluviûse an vin substitua à ces administrateurs deux préfets : le préfet du département et I e préfet de police. La ville fut en même temps divisée en douze arrondissements municipaux , ayant chacun un maire et deux adjoints, et se subdivisant en quarante-huit quartiers, qui remplacèrent les anciennes sections. Cet ordre de choses subsiste encore aujourd'hui. Le préfet de la Seine, dont la résidence est à l'Hôtel de Ville, réunit aux attributions ordinaires des préfets presque toutes les fonctions administratives des maires. Près de lui siège un conseil de préfecture composé de cinq membres. Le conseil général du département et le conseil municipal de Paris s’assemblent aussi à l'Hôtel de Ville. Le préfet de police, dont les attributions sont immenses, pourvoit à la sûreté, à la propreté , à la salubrité, à la suffisance des approvisionnements dans Paris, par l'exécution des règlements de police. Sous scs ordres immédiats sont : les commissaires de police, la police centrale, les officiers de paix, les inspecteurs, le corps de la garde municipale de Paris, celui des sapeurs pompiers, les sergeuts de ville, etc.

Paris doit è la République un très-grand nombre d'institutions; les plus importantes sont ; l’Institut (26 octobre 1795), l'école Polytechnique (29 septembre 1795), l'école Normale (30 novembre 1795), les Archives nationales, aujourd'hui Archives du royaume (7 septembre 1789), le musée du Louvre (27 juillet 1793), la galerie des Antiques ou de sculpture ( 1800) , le musée des Monuments français (1795), la bibliothèque de l'Arsenal et celle de Sainte- Geneviève ( 1791 ), le bureau des Longitudes ( 25 juin 1795 ) , le conservatoire des Arts et Métiers (10 octobre 1794), l'administration des Hôpitaux et Hospices civils de Paris (1801 ), les hôpitaux du Vul-de Grâce (1803) êt de Saint-Antoine (1793). Les hospices des lncurables-Hommes, de Sainte-Perrine ou des vieillards, la Maison royale de Santé, la Clinique interne et celle de l'école de Médecine furent fondés dans les années 1801 et 1802. La première exposition publique des produits de l'industrie française eut lieu au Champ-de-Mars, en 1798. Les travaux du canal de l'Ourcq . résolus en 1799. furent commencés en 1802, et achevés seulement en 1814. On construisit les quais Desaix, des Invalides et de la Cité,

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en 18(i2; le pont de la Cité, en 1801 ; le pont des Arts, de 1802 à 1805. La place du Châtelet s'éleva sur l'emplacement de l'ancien Châtelet , et la cour Batave sur celui de l'église du Saint-Sépulcre. La fontaine de Desaix orna la place Dauphine.

Parmi les écrivains qui brillèrent à Paris, pendant la période républicaine, nous citerons Louvet, auteur de Faublas, Camille Desmoulins, Marie-Joseph Chénier, Ducis, Fontanes, Andrieux, Dussaulx , Cailhava, François de Ncufchâteau et Népomurène Lcmercier. Les travaux de Legendre, de Laplace, de Monge, de Bcrthollet, de Lacépèdc, firent briller les sciences du plus vif éclat. Le nom de David résume è lui seul l'histoire de la peinture à cette époque. La musique fit de grands progrès : Méhul et d'autres maîtres éminents se révélèrent, tandis que Garat faisait une révolution dans l'art du chant. On sait que nous devons à l’enthousiasme révolutionnaire, la Marseillaise et le Chant du Départ, a La république n'est plus qu'une grande ville assiégée , il faut que la France ne soit qu'un vaste camp. » Ces paroles de Barère expliquent suffisamment l'atonie qui frappa l'industrie et le commerce de Paris, durant la Terreur : ruinés par le maximum, les émeutes, la famine, ils ne recouvrèrent un peu de prospérité que vers la fin du Consulat.

Sous l'Empire , dont nous n'avons pas à raconter la gloire et les revers , Paris vit s’accomplir très-peu d'événements remarquables. Après les splendides solennités du sacre de Napoléon dans la cathédrale de Notre-Dame , nous devons rappeler le gigantesque festin offert dans les Champs-Élysées à la garde impériale, lorsque la paix de Tilsitt eut été conclue (1807); les fêtes du mariage de l'Empereur avec Marie-Louise, fêtes somptueuses qu’attrista la catastrophe du bal donné par le prince Schwartzenberg (1" juillet 1810) , et qui se renouvelèrent, l’année suivante, à l'occasion de la naissance du roi de (tome (20 mars 1811). Le calme dont jouit Paris, pendant les années prospères du règne de Napoléon , ne fut troublé que par la conspiration du général Mallet , folle tentative que termina la mort des conjurés, fusillés dans la plaine de Grenelle le 30 octobre 1812. A la fin de 1813 , l’invasion du territoire français par les armées ennemies rapprocha de la capitale le théâtre des grands événements. Le 27 janvier 1814, l’Empereur rend un décret qui met en activité les trente mille hommes de la garde nationale parisienne. «Messieurs, dit-il aux chefs des légions, en leur présentant Marie-Louise et son fils, je pars avec confiance ; je remets entre vos mains ce que j'ai de plus cher, i: Puis, avant de rejoindre l’armée, il laisse la régence è l'Impératrice et à son frère Joseph. Le 29 mars, au soir, les ennemis arrivent sous les murs de Paris. Le désaccord et la confusion y étaient à leur comble. Marie-Louise et son fils étaient partis la veille. Ni le roi Joseph, ni le général Clarke, ministre de la guerre, n'avaienl songé à organiser la défense. Les maréchaux Marmont, Mortier et Moncey voulurent tenter un effort énergique. Huit à dix mille gardes nationaux et les élèves de l'école polytechnique se joignirent à leurs soldats ; tous combattirent avec le plus grand courage : l’héroïque défense de la barrière de Clichy et des buttes Chaumont est surtout célèbre ; mais ils furent écrasés par le nombre , et le roi Joseph, en abandonnant Paris, ordonna aux maréchaux de capituler. Le 30 mars, la capitulation est signéee; le lendemain, l’empereur Alexandre et les autres souverains alliés font leur entrée dans Paris. Le 2 avril,

ILE DE FRANCE, le Sénat proclame la déchéance de Napoléon; le 6, il appelle Louis XVIII et la famille de Bourbon au trône de France. Le traité de Paris règle le sort de l'Empereur, qui, après avoir signé son abdication à Fontainebleau, part pour l'Ile d'Elbe.

Le génie organisateur de Napoléon a multiplié à Paris les établissements utiles, en même temps qu'il y a élevé de somptueux édifices. Le créateur des arcs-detriomphe de l’Étoile et du Carrousel, de la Colonne de la place Vendôme, du palais de la Bourse, de la rue de Rivoli, a Tait construire aussi les abattoirs, le grenier de réserve, les marchés Saint-Cierraain, Saint-Honoré, Saint-Martin , des Blancs-Manteaux, des Carmes , le canal Saint- Martin, le bel entreprôt des vins et la balle h la viande. Sous son règne, toutes les maisons qui existaient encore sur les ponts disparurent, et on put jouir de l'aspect du cours de la Seine; quinze cents toises de nouveaux quais furent achevées : ce sont les quais d’Orsay, de Billy, de la Conférence , du Louvre , Saint-Michel , Morland et de la Tournelle. Les ponts d'Austerlitz et d'Iéna établirent des communications nécessaires entre les deux rives de la Seine. Vingt-six nouvelles fontaines répandirent les caHX de cette rivière et celles de l’Ourcq dans divers quartiers. Parmi ces fontaines, nous citerons comme les plus remarquables celles du palais de l'Institut, de Caillon, du marché Saint-Martin, de la Poinle-Saint-Eustache et du Palmier : cette dernière occupe le centre de la place du Châtelet. La nouvelle organisation de l'instruction publique fixa , en 1808 , le chef-lieu de l’Académie de Paris à la Sorbonne, et amena l’établissement de quatre lycées : le lycée Bonaparte, actuellement collège Bourbon ; le lycée Napoléon (collège Henri IV); le lycée Impérial (rollége Louis-le-Grand); et le lycée, aujourd'hui collège Charlemagne. Le musée du Luxembourg fut ouvert en 1805, le musée d' Artillerie vers la même époque. La Banque de France, fondée le 22 avril 1806, s'installa en 1811 dans l'ancien hôtel de la Vrillière, agrandi et approprié à sa destination nouvelle. Une innovation heureuse se produisit, en 1806, dans le système du numérotage des maisons. Sous la République , une seule série de numéros comprenait toutes les maisons d’une section. Le mode adopté depuis 1806 a autant de séries que de rues. Les numéros pairs sont placés à droite et les numéros impairs à gauche, en suivant le cours de la Seine pour les rues parallèles au fleuve, et en partant du point le plus rapproché de scs rives , pour les rues perpendiculaires ou transversales.

A la tête de la littérature do l'Empire brille en premier lieu, à Paris, M. de Chateaubriand, qui se fraya une voie nouvelle. Autour de La Harpe et de Delille , dont la parole retentissait encore, se groupait une foule d’écrivains remarquables à des degrés divers : avec Andrieux et Fontanes , que nous avons déjà mentionnés, on y voyait MM. de Jouy, Tissot, Arnault, Luce de Lancival, Parseval- Crandmaison, Alexandre Duval, Emmanuel Dupaty, Michaud, Auger, les deux LaareteKe, Raynouard, Baour-Lormian, Millevoie, Creuzé de Lesser, Parny, llouilly, Picard, Dcsaugiers, Barré, Piis, Desfontaines. Les sciences d'érudition, concentrées au sein de l'Académie des inscriptions (alors classe de littérature ancienne du l’Institut), sont représentées par Sylvestre (le Sacy, Daunou, D. Brial, le dernier des Bénédictins, Pastoret, Dacier, Bureau de la Malle , Ét. Quatrc-

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mère, et Qnntrcmère de Quincy l.es sciences naturelles et les sciences exactes continuent leurs progrès, grâce à Cuvier, Lacépède.Thouin, Parcel, Biol, Chaptal. La doctrine du docteur Gall sur la crânologie jouissait alors d’une grande vogue. l/*s arts du dessin étaient encore sous l’influence exclusive des inspirations de l'antiquité. La peinture était cultivée avec éclat par David, et avec succès par Régnault, Gérard , Gros, Girodet, Prudhon, Lethière, Carie Vernct, Van Spaendonck, Vandael, Isabcy, Augustin, Bertin, Bidauld, Valenciennes; la gravure, par Audouin, Bervick et Boucher-Desnoyers. Les architectes les plus connus sont : Percier , Fontaine , Gondouin , Peyre , Molinos , Vaudoyer. Parmi les compositeurs de musique de ce temps , on peut citer comme les plus célèbres : Berton , Catel , Chcrubini , Méhul , Spnntini , Boïeldieu , Lesueur, Paer, Nicolo , Gaveaux, Persuis, Solié. l!n grand nombre de petits théâtres s'étaient élevés à Paris sons la République; Napoléon, par un décret de 1807, supprima les moins importants. Un seul théâtre nouveau a été construit sous son règne : c’est celui des Variétés, ouvert au public en 1807.

Le roi Louis XVIII fit son entrée solennelle à Paris, le 3 mai 1811; le 30 du même mois, le traité de Paris délivra la capitale et la France de l'occupation étrangère, et le 2 juin suivant la charte constitutionnelle fut promulguée. Nous n'avons pas à juger ici par quel concours de circonstances , Napoléon , quittant l’tle d'Elbe pour reconquérir le trône, traversa la France sans obstacle, et arriva le 20 mars 1815 dans la capitale, que Louis XVIII avait été forcé de quitter la veille. L’histoire des Cent-Jours est marquée, à Paris, par l'assemblée du Champ de Mai (2 juin ) ; le retour de l’Empereur, après la funeste journée de Waterloo ; et les délibérations des représentants qui l'obligèrent d'abdiquer de nouveau. Une capitulation, plus désastreuse encore que la première, livra une seconde fois la grande cité aux souverains alliés (3 juillet 1815), et Louis XVIII rentra à Paris le 8 juillet.

La tranquillité de la capitale ne fut point troublée , pendant les premières années du règne de ce prince. Malgré les fautes de ses conseillers et l'effervescence des esprits, aucun désordre grave ne s’y était encore manifesté, quand le duc de Berry fut assassiné par Louvel, en sortant de l'Opéra, le 13 février 1820. Au mois de juin de la même année, à la suite de violents débats soulevés à la Chambre des députés par la discussion de la loi électorale, des troubles éclatèrent dans Paris; le gouvernement accrut l'irritation en les réprimant. On sait quelle agitation produisit, trois ans plus tard, l'expulsion prononcée par la majorité de la Chambre des députés contre Manuel (1823). La mort du roi (16 septembre 182i) suspendit un moment la lutte des partis. Après l’avénement de Charles X, qui fut salué pourtant, à son entrée dans Paris, par de vives acclamations, les hostilités recommencèrent; et, en 1825, les funérailles du général Foy fournirent à une partie de la population parisienne l'occasion de manifester scs dispositions peu favorables à la Restauration. Le 12 avril 1827, dans une revue de la garde nationale, passée par le roi au Champ-de-Mars, quelques cris de : A las les ministres. ' se firent entendre ; peu de jours après, la garde nationale parisienne était licenciée. Au mois de novembre de la même année, les élections deg députés dans les collèges de Paris ayant été presque

toutes libérales , il y eut dans les rues une bruyante explosion de triomphe populaire; des rassemblements se formèrent près de la Porte-Saint Denis, aux cris de Vive la Charte! et des barricades furent élevées. La force armée intervint, et la répression des troubles, qui durèrent plusieurs jours, amena de sanglantes collisions. Paris, assez calme sous le ministère Marlignac (W janvier 18-28—8 août 18-29), s'émut de nouveau lorsque l'adresse des Deux cent vingt-un eut protesté contre le ministère Polignae. la- 26 juillet 1830, des ordonnances qui suspendaient la liberté de la presse et changeaient la loi électorale, paraissent dans le Moniteur. Le 27 au soir, la résistance s’organise contre ce coup d’état; le 28, Paris est tout entier sous les armes; mille barricades s'improvisent; la lutte s'engage entre les troupes et le peuple qui s'empare de l'Hètel de Ville , après un combat de plusieurs heures. La capitale est mise en état de siège, et le duc de Kaguse reçoit le commandement militaire. Le 29, le Louvre , les Tuileries, les casernes, après une vive action, tombent au pouvoir du peuple ; les troupes, hors d’état de résister, se retirent à Saint-Cloud ; tous les emblèmes de la royauté sont brisés, le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc. Le 31 , le duc d’Orléans est proclamé à l’Hôtel de Ville lieutenant général du royaume, et, le 9 août, par la Chambre des députés, roi des Français sous le nom de Louis-Philippe I", tandis que Charles X prend le chemin de l'exil. Nous terminerons ici cet exposé succinct de l'histoire de Paris. Le récit des événements dont cette ville a été le théâtre depuis la révolution de Juillet, n'entre pas dans le plan de cet ouvrage; ces événements sont d'ailleurs dans la mémoire de tous.

Les quinze années de paix dont la France a joui, sous la Restauration, ont été très-favorables au développement matériel de la prospérité publique dans Paris. La plus grande partie des travaux d’embellissement et d’assainissement commencés sous l'Empire furent continués sous Louis XVIII et Charles X. L’administration municipale dépensa plus de quatorze millions à l'achèvement des canaux de l’Üurcq, Saint-Denis et Saint-Martin; les marchés Saint-Germain, Saint- Martin, des Blancs-Manteaux, des Carmes, furent terminés, ainsi que l'entrepôt général des vins et le grenier de réserve; la Bourse fut achevée; le régime des hospices et des prisons reçut de grandes améliorations; l'éclairage des rues, auquel le gaz fut employé pour la première fois en 1819, absorba chaque année des fonds considérables. On décora les églises de tableaux et de statues. L'antique église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés fut préservée d’une ruine imminente par d’importants travaux. La statue de Louis XIII orna la Place-Royale et celle de Louis XIV la place des Victoires; une nouvelle statue équestre de Henri IV fut placée sur le terre-plein du Pont-Neuf. Parmi les institutions, établissements ou édifices nouveaux fondés à Paris par la Restauration , nous citerons la caisse d'Épargne (1818), l'école royale des Beaux-Arts (1819), l'école des Chartes (1821 ), le musée d’Antiquités égyptiennes ou musée Charles X (1827), l’école centrale des Arts et Manufactures ( 1828) , les églises Notre-Damc-dc- Loretle (1823), de Saint-Vincent-de Paul (182V), la Chapelle Expiatpire ou Monument de Louis XVI (1813), les collèges Saint-Louis (1820), Stanislas (1822) et Sainlc-Barhe (1823), la salle de l'Opéra, rue Lepelletier (1821), les théâtres du Gymnase Dramatique (1820), du Panorama Dramatique (construit en 1821,

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démoli cil 1823), des Nouveautés, aujourd'hui du Vaudeville (1827), de la Kcnaissauce, salle Ventadour, aujourd’hui Théâtre-Italien (1828), lespouts d'Antin ou des Invalides (1829), de l’Archevêché et d'Arcole (1827). Sur l'espace compris, dans les Champs-Elysées, entre le Cours la Reine et l’allée des Veuves, on traça, vers 1825, le nouveau quartier François I", resté jusqu'ici en projet. Dans l'emplacement du jardin Beaujon, à droite de l'avenue de Neuilly, commença de s'élever le quartier de la Nouvelle-Athènes. L’architecte Constantin , esprit ingénieux , hardi et entreprenant, eut une très-grande part à la création et à l’exécution de ces nouveaux quartiers.

Depuis la révolution de Juillet, la ville de Paris a continué d’avancer rapidement dans la voie des améliorations matérielles; elle a vu s'achever l’arc-detriomphe de l’Étoile (1836), le palais du quai d’Orsay (1840), le palais des Beaux- Arts ( 1838), les églises de la Madeleine (1842), de Saint-Vincent-de-Paule (1845) et de Notre-Dame-de-Lorette (1836). L’Hôtel de Ville a été entièrement restauré et considérablement agrandi; sur la place de la Concorde, embellie et décorée de fontaines, on a dressé l'obélisque du Louxor (1836), et sur la place de la Bastille, la colonne de Juillet (1840) Deux fontaines monumentales ont été érigées, l’une à la mémoire de Molière , rue Richelieu (1844) ; l’autre place Louvois (1837). Le Louvre s'est enrichi de deux importantes collections, le Musée naval et le Musée espagnol. L'hôte! Cluny a été transformé en musée du moyen âge , et il est question de le rattacher au palais des Thermes dont on a achevé de consolider les restes. Le musée Dupuytren est venu offrir des ressources nouvelles h l'école de la chirurgie (1835). Six nouveaux théâtres se sont ouverts, savoir : ceux du Palais-Royal (1831), des Folies Dramatiques (1831), de Beaumarchais (1834), du Panthéon (1832, fermé et démoli depuis), Saint-Marcel (1838), le cirque des Champs-Elysées (1840) et le Théâtre Historique (1846). Lespouts Louis-Philippe (1834) et du Carousel 11835) ont été construits, ainsi que les deux passerelles qui, de l'tle Saint-Louis, conduisent, l'une au quai des Célestins, l'autre au quai Saint- Bernard. La barrière du Trône a été achevée, et décorée des statues colossales de Philippe-Auguste et de saint Louis. De nombreuses rues, dont la plus importante est la rue de Rambuteau, ont ouvert des communications nouvelles et assaini les quartiers populeux. Le quai de la Grève a été terminé, les quais Pelletier, de la Mégisserie et de l’École; élargis. De magnifiques embarcadères poulies chemins de fer de Versailles, de Rouen , d’Orléans et du Nord ont été construits. Ceux des chemins de fei« de Lyon et de Strasbourg vont être entrepris. L’n puits artésien, qui donne environ trois cents mètres cubes d’eau par minute, a été foré dans l’enceinte de l’abattoir de Grenelle, et un réservoir destiné à en recevoir les eaux a été élevé près de la place du Panthéon. Enfin la vaste entreprise des fortifications de Paris, commencée dans les derniers mois de 1840, est aujourd’hui achevée. Le mur d’enceinte, d'environ quarante-huit mille mètres ou dôme lieues de circonférence, est protégé par quatorze forts. La dépense totale de ces immenses travaux ne s’est pas élevée à moins de cinq cents millions.

Paris présente a peu près la forme d'un ovale, dont le grand axe va de l’onestnord-est à l’est-sud-est. Sa plus grande longueur est de huit mille quatre cent» mètres , de l’arc de triomphe de l'Étoile h l’ouest-nord-ouest , à la barrière de

Picpu9, à l'est-sud-est. Sa plus grande largeur est de six mille mètres, de la • barrière de la Vfllette, au nord -nord -est, à celle d’Enfer au sud -sud -ouest. Ijb circuit marqué par le mur d'octroi est d’un peu plus de vingt-quatre mille mètres, ou six lieues. La superficie est de mille quatre cent trente-neuf hectares soixante-huit ares, ou trente-quatre millions trois cent quatre-vingt-seize mille huit cents mètres carrés, ou dix mille soixante arpents soixante-dix-sept perches. I.a partie de la vallée de la Seine occupée par cette capitale est circonscrite par deux chaînes de collines. Celle qui est au nord du fleuve présente une forme demi-circulaire et commence à l'est avec la colline de Bercy près de la rive droite de la Seine, continue par les hauteurs de Charonne, de Ménilmontnnt, de Belleville ou de Chaumont, de la Villette et de Montmartre; s'abaisse de là jusqu'au plateau de Monceaux, puis se relève jusqu'à la colline de Chaiilot située près du fieuve. Les buttes de Montmartre, Ménilmontanl et de Chaumont, les plus élevées de cette chaîne ont de quatre-vingts à quatre-vingt-dix mètres au-dessus du fond de la vallée. La chaîne du sud est moins haute que l'autre. En partant de la rive gauche de la Seine au sud-est, le sol s'exhausse jusqu'à la barrière d'Italie, près de laquelle sont les plateaux d'ivry et de la butte aux Cailles. L'n peu plus loin, il est sillonné par la petite rivière de Bièvre qui afflue à la Seine dans le sudouest de Paris; le terrain s’élève ensuite graduellement et forme la montagne Sainte-Geneviève, qui est couverte de maisons; cette hauteur se joint vers le sud-sud-ouest au plateau de Montsouris, à l'ouest duquel le sol s'abaisse doucement jusqu'au Petit-Montrouge pour s'exhausser ensuite près des barrières de Mont-Parnasse et du Maine ; de là il éprouve une déclivité peu sensible jusqu'à Vaugirard , où il s’unit à 1a plaine de Grenelle. Au delà de cette chaîne et à une lieue et demie ou six mille mètres vers le sud , il en est une autre plus élevée qui se compose principalement des hauteurs de Villejuif, de liungis, de l llav, de Bagncux, de Meudon, de Saint-Cloud et du Mont-Valéricn ou Calvaire, la plus haute des éminences qui environnent Paris. Le terrain que couvre la ville a été longtemps plus inégal qu’aujourd'hui , à cause des amas degravoiset de débris de toute espèce formés sur différents points sous les noms de bulles , voiries, monceaux, mottes, etc. Dans la partie septentrionale de Paris on signalait le monceau Saint-Gervais , la butte de Bonne-Nouvelle, autrefois de Villeneuve-de- Gravois, et la butte Saint-Uoch : on les a successivement aplanies pour en faciliter l'accès aux piétons et aux voitures. Une vaste superficie de la ville vers le sud repose sur les voûtes d'une immense carrière, dont une grande partie, sous le nom de catacombes, renferme une quantité prodigieuse d’ossements recueillis dans les anciens cimetières de Paris.

La Seine, qui traverse la ville de l'est à l'ouest, forme deux Mes vers le centre : l'ile Saint-Louis et la Cité; celle-ci a été agrandie de deux plus petites, connues anciennement sous les noms d'ile aux Juifs ou aux Vaches, et d'Ile Bucy. On voyait, il y a peu d'années, à l'extrémité orientale de l’ile Saint-Louis, une autre Ile non bâtie et couverte de chantier s de bois ; c'était l'ile Loutiers, qu'on a d< puis peu réunie au quartier de l'Arsenal en comblant le bras étroit qui la séparait du quai Moriaud, la largeur de la Seine au pont d'Austerlitz est de cent soixante mètres, et au-dessous du Pont-Neuf, à sa plus grande largeur, de deux cent soixante-

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trois mètres. La profondeur moyenne de ses eaux est de trois mètres; mais l'influence des saisons en fait varier considérablement le volume. L'absence do quais rendait autrefois désastreuses les inondations de la Seine dans Paris. Nous en allons citer quelques-unes : les plus considérables, dans le xvii* siècle, ont été celles de 11)90 et 1093 ; dans le xviii", celles de 1740, 1751 , 1704 et 1799 ; et dans le xix“, celles de 1802 et 1807.

Paris, capitale de la France, est le siège du gouvernement, des deux Chambres, du Conseil d’Élat, de la Cour de Cassation, de la Cour des Comptes, d'une Cour Royale (à laquelle ressortissent les tribunaux de la Seine, de l'Aube, d'Eure-et- Loir, de la Marne et de Seine-ct-Marne) , d'un tribunal de première instance, d’un tribunal de commerce , d’un conseil de prudbommes et d’un conseil de guerre. L'archevêché de Paris a pour suffraganls les évêchés de Chartres, de Meaux , d’Orléans , de Blois et de Versailles. Cette ville est le chef-lieu de la première division militai re. Elle compte dans son sein une foule d'établissements dont les principaux sont ; l'Institut, l'Université, l'Académie Universitaire; des Facultés de médecine, de droit, des lettres, des sciences et de théologie; les collèges royaux de Louis-le-Grand, Henri IV, Bourbon, Charlemagne et Saint-Louis; le collège Sainte-Barbe, l'École polytechnique, l’École normale, l'École militaire, des écoles spéciales des mines, des ponts et chaussées, des beaux-arts, d'application des ingénieurs géographes, d'application du corps d'état-major; le Conservatoire royal de musique , l'Institution des sourds-muets , le Bureau des longitudes, les Archives du royaume, l'École des chartes, la grande chancellerie de la Légion-d'IIonneur, la Préfecture de po'ice, la Banque de France, la Bourse, le Conseil général des manufactures , des entrepôts réels de douane , le Montde-Piété , la Caisse d'amortissement, l’IIôtel des monnaies (lettre A), la Société centrale d’agriculture, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, et de nombreuses sociétés savantes. La population de Paris qu'on évaluait en 1844 à 885,495 habitants , est aujourd’hui de 1,053,897 ; c’est è peine si la population renfermée dans l’arrondissement de cette ville dépasse le même chiffre, et le département de la Seine n'en contient lui-même que 1,364,467

Aucune ville n'égale Paris pour le nombre et la beauté de ses monuments publics. Nous avons parlé de l'origine et de la fondation de chacun de ses édifices, Il suffira de citer ici les plus célèbres ; le palais des Tuileries, le Louvre, l'hôtel des Invalides, le Palais-Royal, l'arc-de-triomphc de l’Étoile, celui du Carrousel, ceux des portes Saint-Denis et Saint-Martin , le palais du Luxembourg, le palais de la Chambre des Députés, le palais des Archives du royaume, le Panthéon, l'Élysée-Bourbou, le palais de l'Institut, celui du quoi d'Orsay, l'Hôtel de Ville, le Palais de Justice, la colonne de la place Vendôme, la colonne de Juillet, le Garde-Meuble, la cathédrale de Notre-Dame, les églises Saint-Germain-l'Auxerrois , Saint-Germain-des-Prés, Saint-Gervais, Saint-Sulpice, Saint- Koch, Saint- Eustachc, Saint-Étienne-du-Mont , Saint-Séverin, Saint-Mcrry, Saint-Nicolas-des- Charnps, du Val-de-Grâce, de Notre-Dame-de-Lorette et de la Madeleine. La Tour-Saint-Jacques-la-Boucherie, l'hôtel de Cluny et quelques autres débris de l'architecture du moyen ftge, ont pu être conservés; mais on doit regretter, au point de vue de l'art ou des souvenirs historiques, la perte de bien des monuments vi. 91

célèbres dans les annales de Paris : notamment celle des abbayes Sainte-Geneviève, Saint-Victor et Saint-Antoine, les couvents des Célestins, et des Augustins, les églises Saint-André-des-Arts, Saint-Pierre-aux-Bceufs, Saint -Landri, Sainte- Opportune, Saint-Sauveur, Saint-Jean-en-Grèvc , Saint-Paul, Saint-Josse, Saint- Thomas et Saiul-Louis-du-Louvre.

Nous avons nommé, pour chacune des principales périodes de l'histoire de Paris, les hommes éminents qui ont hrillé dans cette ville ; il nous reste à indiquer ceux qui appartiennent à l'époque contemporaine. On remarquera que nous en avons déjà mentionné quelques-uns; mais une répétition est nécessaire, parce qu'il s'agit ici surtout des personnages célèbres nés à Paris. Nous citerons donc parmi les poètes et les auteurs dramatiques : Lcgouvé P.-D. Écou-

chard Lebrun , Pierre Lebrun et A -V. Arnault ; le chansonnier P. -J. de Béranger, dont les poésies nationales sont dans toutes les bouches , et qui restera , comme Molière et La Fontaine, le plus grand maître dans son genre'; L.-D. Picard, qui a donné au théâtre tant de charmantes et spirituelles comédies; lies Barré, l'un des fondateurs du théâtre du Vaudeville; et Eugène Scribe, dont l'esprit et la grâce inépuisables expliquent le prodigieux succès. Dans la carrière des lettres et des sciences, nous nommerons M. Michelet , un de nos historiens les plus éloquents et les plus profonds ; M. Charles Komeg, le savant auteur de V Histoire c[ Espagne; M. Cousin, le traducteur de Platon , célèbre surtout par ses beaux travaux philosophiques; MM. Yillemain , Patin et Alexandre de Laborde; les bibliographes Barbier et Beuchot; les typographes Pierre et Ambroise- Firmin Didot; les publicistes F. Berlin, Cauchois- Lemaire, un des plus spirituels fondateurs du Nain jaune, Fiévèe, Alexis de Tocqueville , auteur du meilleur ouvrage qu'on ait écrit sur la démocratie en Amérique, et de Cormenin, le premier, le plus populaire et le plus illustre de nos pamphlétaires; l'économiste Dupont de Nemours; le grand orateur Berryer; les jurisconsultes Berriat Saint-Prix , Target elJ.Tripier; M. Delvincourl , professeur de droit; M. Lelronne, garde général des Archives; Dacier; Naudet , que ses travaux scientifiques et littéraires ont fait appeler à la direction de la Bibliothèque royale ; Montmerqué ; Philippe Lebas, dont on connaît les belles découvertes dans le domaine de l'antiquité ; Walckenaer, Barthélemy Saint-Hilaire , l’excellent traducteur ù' Aristote; et Charles Lenormant, littérateur, professeur et numismate, dont l’esprit et le talent égalent la science; les orientalistes Sylvestre de Sacy, Abel Bémusat, Chezy, Burnou/ et Ét. Quatremère; MM. Petit liadel et M illin, antiquaires; M. Mionnet, numismate; le mathématicien Francœur ; les géomètres Lacroix, Bcynautt et Poinsot; l’astronome Biot; le géographe Barbié du Bocage; les naturalistes Brongniart et Valenciennes ; le minéralogiste Brochant de Villiers et Beudant; les botanistes Adrim de Jussieu, André Thouin et de Mirbel; les chimistes Darcet,

1. Béranger est aé, le 18 août 1780, rue Monlorgueil, n° 60, dans une maison dont l'emplacement est occupé par le marché aux Huîtres.

Dan» ce Paris pleîh d’or el de mifère,

En l’an du Chrl«t mil sept cent quatre-vingt,

Cher un laUieur, mon pauvre et vieux grand -père,

Moi nouveau-né, sachez ce qui m'advint.

( Le Tailleur el la Fée. J

Digilized

PARIS

Pat/en et Boussingaut ; les médecins Amiral, Halle et Chomel; les chirurgiens Pellclan et Jules Cloque! . Les arts comptent au nombre de leurs plus dignes représentants, les compositeurs de musique Berlo n, Hérold et F. Halévy; les peintres Louis David, Gros, Carie et Horace Yernet, Gudin, Paul Deturoche, Guérin, Eugène Delacroix, Deveria , Bouton , Hersent, Drouis, Picot, et l’élève bien-aimé de David , Jérôme-Martin Langlois, qui souvent a travaillé en collaboration avec lui, et dont quelques œuvres, d'une large et belle manière, notamment le portrait de Napoléon au mont Saint-Bernard , ont été confondues avec celles du grand maître; Charlet, l’inimitable et populaire dessinateur; le graveur Boucher - Desnoyers ; les sculpteurs Itamcy, Chaude/, Cartellier, Cor tôt et Durci qui unit dans ses productions l'originalité à la vérité et à la grilce ; les architectes Chalgrin, Debret, Hippolyte Lebas, qui a construit l'église Notre-Damede Lorette, Huyol, Peyre, Yaudoyer et Théodore Charpentier, auquel la province doit les beaux théâtres du Havre et d’Avignon , et Paris, outre l'Opéra national , qu'il achève en ce moment, les salles des Italiens et de l'Opéra-Comique, chefs-d'œuvre d’élégance et de goût. La grande ville a doté aussi l'art dramatique de quelques-uns de scs plus illustres interprètes : Talma, mademoiselle Mars, Potier, le chanteur Martin, et les cantatrices mesdames Branchu, Mainvietle-Fodor et Malibran.

Avant de terminer son travail, l'auteur de cette notice croit devoir reproduire ici un rapide aperçu sur la situation industrielle, commerciale et financière de la capitale, qu’il extrait d'un travail publié par le directeur de Y Histoire des Villes de France, il y a quelques années. « Paris, disait M. Aristide Guilbert, est une ville de prèmier rang dans l'industrie, comme dans la littérature, les sciences et les arts : sous cet air de fête qui la ferait prendre pour le séjour le plus agréable que puisse désirer l'oisiveté, se cache la profonde préoccupation des affaires ; c’est un immense atelier où toutes les fabriques, tous les arts, tous les travaux sont en pleine activité; c'est une population industrieuse, active, ingénieuse, entreprenante, infatigable , qui ne s'arrête que pour reprendre haleine , qui ne s'amuse que pour se remettre à l’œuvre avec plus d’ardeur. Paris est une ville manufacturière et commerçante autant que Londres, Birmingham, Manchester, Lyon, Saint-Étienne et Rouen. Toute une ceinture d’usines projettent l'ombre et la fumée de leurs cheminées pyramidales sur ses routes, scs champs, ses promenades, ses jardins et ses maisons de campagne ; et, de quelque côté qu'on l'aborde, on est jeté au milieu de l’activité de ses ateliers, du bruit de scs machines, du tourbillon de ses voitures de transport, du bourdonnement de sa circulation incessante : mouvement perpétuel dans lequel se croisent et se confondent l'étranger et le Parisien , le riche et le pauvre, le capitaliste et le travailleur, le négociant et le petit marchand , le cheval et le piéton , le fourgon et l'équipage. Si Paris diffère des autres grands centres d'industrie, ce n'est que par la merveilleuse perfection qu'y prend la main-d'œuvre. Tout ce que le travail produit, taille cisèle, façonne ou termine, y prend un goût, une grâce, un attrait, un fini tel que ce n’est plus du métier, mais de l’art , et qu'on croirait la grande cité exclusivement peuplée d’artistes. Le cachet de distinction qui s'y attache à toutes choses a fait naître le commerce des objets connus dans le monde entier sous le

nom d'articles de Paris; articles quelquefois si légers, si fragiles, si éphémères, pour ainsi dire, que la valeur de la matière première y est presque nulle, et qu’ils n'ont de prix que par la façon : vrais ouvrages de fées, et dont la création, le nombre, la variété, le luxe, la richesse et l'éclat étonnent l'imagination , si accoutumée qu’elle soit aux prodiges de l’industrie humaine. Le succès des articles de Paris est , du reste, si grand , qu’ils forment en France une branche particulière d’industrie qu’un grand nombre de départements exploitent concurremment avec la capitale.

« Ce sont la bijouterie et la joaillerie fines et fausses, la bijouterie d’acier poli, l’orfèvrerie et le plaqué, l’horlogerie fine, les bronzes, les ornements en cuivre, la fabrication des porcelaines , la taille ou la gravure des cristaux , le» pierres artificielles et les per'es fausses; ce sont toutes les fantaisies de parure, de luxe et d’agrément qu'on appelle modes , la lingerie , les châles, les éventails , les parapluies et ombrelles, la parfumerie, les savons de toilette, la brosserie, la passementerie , la ganterie , la chapellerie , la cordonnerie pour femmes, la sellerie et la carrosserie; ce sont les pianos, l'ébénisteric, la tabletterie fine, la miroiterie, la tapisserie, les couleurs et vernis, les papiers peints, la papeterie coquette, la gravure, la lithographie, les cartes géographiques , les instruments de physique et d'optique, la gatnerie, lu coutellerie, les fabriques d’armes, etc. Qui ne sait combien Paris excelle dans la production des tapis , des étoffes légères de laines, des mérinos, des tissus de coton et de la bonneterie en soie ; dans la teinture, l’apprèt, le blanchiment et l’impression des étoffes ; dans la confection des nouveautés en acier poli, en nacre , en corail , en ivoire et en écaille ; dans la tannerie ou la préparation des parchemins, des maroquins, des cuirs vernis, des peaux pour chaussures d’hommes et de femmes ; dans la fabrication des bonbons, chocolats, conserves alimentaires, pâtes d'Italie, bougies, cire, pains à cacheter, liqueurs et produits chimiques? Qui ne connait, enfin, ses lavoirs de laines, ses fabriques de couvertures de coton et de laine , ses raffineries de sucre et de fer, ses fonderies, ses usines pour la construction des machiucs à vapeur, des mécaniques et des presses à imprimer, scs clouteries, ferblanteries, taillanderies et chaudronneries grosses et fines, ses boutons et ses équipements militaires, ses faïences et ses poteries communes? Nous n’avons point parlé de sa librairie, la plus considérable de l'Europe, sans contredit, avec celle de Londres et à laquelle se rattachent la fonte des caractères, la papeterie, l'imprimerie, le cartonnage, le brochage, la reliure, et tant d'autres professions qu’il serait trop long de nommer.

a Le commerce d’exportation à l'étranger, qui, d'après la valeur déclarée, s’est élevé, en 1841, à cent trente-neuf millions sept cent dix-huit mille six cent quatre-vingt-dix francs, écoule les produits de l'industrie parisienne dans tous les pays du monde : l'Allemagne, la Belgique, la Suisse, la Russie, l'Angleterre, l’Italie, l'Espagne, le Portugal, l’Afrique, le Levant, les colonies, les États-Unis, et surtout les États de l'Amérique du Sud en font un grand usage; aussi, dans la plupart de ces contrées, les grandes maisons de Paris ont- elles des succursales avec lesquelles elles correspondent. Mais cette ville n’expédie pas seulement les objets qui sortent de scs ateliers, c’est un vaste magasin d’où les négociants français et

PARIS

étrangcrs tirent les produits de toutes les villes mimufacturièrcs de la France : tissus de Rouen et de Saint-Quentin, toiles peintes et calicots d’Alsace, toiles de Bretagne, de Normandie, de Flandre, soieries de Lyon et du midi, quincaillerie de Picardie, articles de Saint-Étienne et de Sarreguemioes, tabletterie du Jura, vins de Bordeaux, eaux-de-vie de Montpellier, savons de Marseille, etc. Le commerce d'exportation à l’intérieur n’est pas moins considérable, quant à la valeur des marchandises, que celui d’exportation à l’extérieur. Ces opérations de diverses natures donnent lieu à un mouvement de capitaux presque incalculable ; elles ont d'utiles intermédiaires à Paris dans les deux entrepôts réels de douane où l’on reçoit les marchandises qui n’ont pas acquitté les droits. Le commerce de consommation qui s'exerce sur toutes les choses nécessaires à la vie et les fait venir de toutes les parties de la France et de tous les points du monde civilisé, est aussi très-actif. Il est alimenté par les besoins même de l’existence d’un million de personnes, hommes, femmes, enfants; par le renouvellement d’une population flottante de provinciaux qu’on ne peut évaluer à moins de cinquante à soixante mille Ames; par la garnison de la place, si nombreuse qu’au besoin elle formerait à elle seule une armée; par la constante affluence des étrangers dans cette commuue capitale et cette foire permanente du monde civilisé ; et surtout par les dépenses d’agrément et la recherche des plaisirs qui, pour beaucoup des riches habitants de Paris et la plupart de ses hôtes de passage, sont la principale affaire de la vie. Enfin, après le commerce d’exportation, celui d’importation et celui de consommation, vient le commerce de banque, auquel Paris doit l’avantage d’étre un des grands marchés des capitaux de l’Europe ; la Banque de France et de nombreux établissements de crédit font ces affaires dont une partie des valeurs représentatives sont cotées à la Bourse et s’y négocient à la hausse nu à la baisse, avec des chances qui, trop souvent, tiennent plus du jeu que de l'industrie. Depuis quelques années, la Banque de France s’est créé de nombreuses succursales dans les départements, Elle a escompté , en 18iV , pour sept cent quarante-neuf millions trois cent soixante-douze mille deux cent quarante-huit francs de valeurs ; à la même époque, ses billets en circulation représentaient une somme de deux cent quarante-huit millions. Elle a ordinairement en réserve dans ses caves de deux cent cinquante à trois cents millions en numéraire.

« L’industrie, le travail de l’intelligence, le négoce, le commerce de banque et la Bourse concentrent donc d’immenses richesses à Paris. Les grandes fortunes particulières, comme les grands établissements industriels, s’y sont rapidement multipliés, surtout depuis le rétablissement de la paix. Beaucoup d’États do l’Europe acquittent moins d’impôts que la ville de Paris et ont un budget moins considérable. Les charges générales et municipales de cette grande cité équivalent au huitième environ de son revenu : en laissant de côté les autres contributions, l’impôt des patentes y a produit , en 1 8ii, neuf millions cent mille francs, et l’octroi trente-un millions sept cent sept francs. On a calculé que, de 1831 à 1810, les recettes de la \ille de Paris ont été, année moyenne, de quarantecinq millions sept cent soixante-dix-sept mille trois cents francs, et les dépenses de quarante-quatre millions trois cent cinquante-sept mille cent cinquante-huit

francs; de sorte qu’il y a eu un excédant annuel de près de onze cent mille francs. Cependant la ville de Paris s'est beaucoup endettée depuis les derniers désastres de l’Empire, et un malheureux concours de circonstances vient encore d’ajouter à ce déficit. Dans l’organisation actuelle du travail, une grande prospérité politique ne s’achète guère qu’au prix d’une grande somme de misère : la classe ouvrière, qui se compose & Paris de plus de cinq cent mille personnes de tout sexe et de tout âge, ne comptait pas dans ses rangs, en 1844, moins de quatre-vingt-six mille quatre cent un indigents inscrits, et plus de cinq mille malades recevaient des secours dans les hôpitaux : aussi les attentats contre les personnes et les propriétés , les cas d'aliénation mentale et de suicide pour cause de misère, et le nombre des enfants trouvés ont-ils pris dans la capitale un affligeant développement. A la même époque, il y eut sur la place de Paris sept cent trente-trois faillites, dont le passif s'éleva à plus de quarante-deux millions. Disons encore que, si , en 1845, la caisse d’Épargnc reçut en dépôt quarante-deux millions , le Mont-de- Piété, la banque du pauvre, prêta à la classe souffrante plus de vingt-deux millions de francs. Telle est l’ombre qui pèse lourdement sur ce magnifique tableau et en assombrit les couleurs éclatantes. » 1

Le lieu où s'élèvent aujourd'hui la magnifique basilique de Saint -Denis et la ville dont nous allons faire l’histoire, n'était dnns les premières années de l'ère chrétienne qu'une vaste solitude. Seulement , sur le bord de la route conduisant de Paris à Pontoise, se trouvaient quelques maisons groupées autour d’une petite métairie appelée Catolacum ou Cadolafcum , ou Cathuel, suivant Piganiol, du nom, dit André Duchesnc, de la bonne dame Catulle à qui elle appartenait. C'est là qu’après avoir subi le martyre sur les buttes Montmartre, saint Denis arriva portant sa tête dans ses mains, s’il faut en croire la légende fameuse de l’abbé Hilduin , et suivi de ses fidèles compagnons Rustique et Éleuthère. La pieuse Catulle recueillit les corps de ces trois saints martyrs, et « les ayant dévêtus

I. Commentaires de César. — Amédée Thierry, Histoire des Gaules. — Abbon — Mémoires de Joinville. — Christine de Pisan, Chroniques delà Pucelle d'Orléans. — Le Dict des rues de Paris de Guillot. — Description de Paris, par Alexandre de Villeneuve; Chroniques d'un bourgeois de Paris sous Charles V et Charles VI. — Journal de Henri III, par L’Eslrées.— Histoire de l'Université de Paris, par Boullay. — Histoire de l'Église de Paris, par Grandcolas.

— L'abbé Lebeut , Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. — Histoire de Paris, par Félibicn cl Lobineau. — Antiquités de Paris, par Sauvai. — Antiquités de Paris, par Malingoe.

— Annales de Paris jusqu'au règne de Hugues-Capet, par D. Toussaint Du Plessis. — Paris sous Philippe-le-Bel , parM. Géraud. — Le Livre des métiers d Étienne Boileau, publié par M. Depping. — Sismondi , Histoire des Français. — Dictionnaire encyclopédique de l'histoire de France, par M. Philippe Lobas, article Paris. — Histoire de Paris, de Dulaure. — Nouvelle histoire de Paris et de ses environs , par J. de Gaulle.

de leur sacrée tunique, cilice, chausses et autres habits et vêtements, leur donna sépulture. » Peu de temps après, pour indiquer à tous l'endroit écarté où elle avait déposé ces saintes reliques, elle y Gt élever un tombeau. Dès lors les pèlerins vinrent en grand nombre à ce lieu sanctiUé, et en reconnaissance des miracles qui s'y opéraient, ils entourèrent d'une chapelle le sépulcre des trois saints. Les maisons commencèrent aussi de se multiplier à l'entour, de telle sorte que bientôt ce lieu crut en hameau, comme dit André Duchesne, et de hameau en village. Cependant la dévotion pour les trois martyrs ne tarda pas à se ralentir ; on délaissa leur chapelle, si bien qu'en (96 elle > tombait sous ses propres ruines. » Sainte-Geneviève fit alors un appel à la piété et aux aumônes des Parisiens , et , aidée du prêtre Genès, elle Gt rebâtir, en l’agrandissant, le modeste oratoire de Saint- Denis. Cette nouvelle église, que la sainte patronne sanctiGa encore par ses fréquents miracles, o en y guérissant les démoniaques, dit Doublet, et chassant les esprits malins par le seul signe de la Croix, » fut bientôt, comme dans les premiers temps , le but de nombreux pèlerinages. Il ne fallut pas cent années pour que, grâce aux donations pieuses, elle devint célèbre par sa magniGcencc.

En 574 , les soldats du roi d'Austrasie, Sigebert, dans une de leurs incursions sur les terres de la Ncustrie, furent tentés par les richesses étalées dans l'église de Saint-Denis. Ils portèrent leurs mains sacrilèges jusque sur le tombeau du martyr; un de leurs chefs enleva le grand voile de soie brodé d’or et orné de pierres précieuses qui le couvrait , et l’un des plus hardis ayant osé monter sur la pyramide du tombeau, aGn d’enlever la colombe d'or qui la surmontait , se laissa tomber et se tua. Chilpéric répara le tort causé par ces pillages ; en 580, donnant l'exemple à tous les rois qui devaient lui succéder, il Gt inhumer dans cette église le corps de son jeune Gis Dagobert, mort è Brinnacum, près de Soissons. Ce fut là le premier prince inhumé d ms la royale basilique ; et le fait seul du choix de Chilpéric en cette occasion prouve l'importance qu'elle avait acquise, à cette époque, dans la vénération du peuple et des princes. Du reste; le droit d’être enterré dans l’église de Saint-Denis était un privilège envié et recherché même à prix d'argent. Nous l'apprenons par le testament d'une riche dame, Théodilane, laquelle acheta ce droit au prix de tous ses biens légués au monastère , qui , dès ce temps-là aussi , commençait à s'élever à l’ombre de la grande église. Cette donation de Théodilane est datée de 629, première année du règne du roi Dagobert.

Le prince passe généralement pour être le premier fondateur de l'église , quoiqu'en réalité il n'ait pu en ordonner que la restauration ; mais , dans cette entreprise, sa magniGcence fut telle, que le peuple se crut en droit de lui attribuer l'honneur d’une fondation complète. La basilique fut agrandie tout entière et enrichie partout d’r.rnements d'or et d’argent : « Or, ceste église , dit Doublet, qüoique moins grande qu’elle est de présent, étoit si enrichie d’or et de pierres précieuses, que c'étoit une chose admirable ; et à l’endroit où dévoient reposer les sacrés corps des bienheureux martyrs, le .tout fut couvert d'argent, tant par le dedans que dessus la couverture de l’église. « D’autres temples avaient dû se laisser dépouiller, et céder leurs richesses à la nouvelle église; ainsi, pour ne citer que deux de ces spoliations, il en avait coûté à Saint-Hilaire de Poitiers deux portes de bronze, et cette belle cuve de porphyre, admirée par Aimoin, qui, après

avoir servi longtemps de baptistaire dans l'église de Saint-Denis, est aujourd'hui l'un des ornements du Musée royal. I.a dédicace se lit, le 24 février 636, avec une grande pompe. Dagobert mourut, le 19 janvier 638, près de ces saints lieux où il avait ordonné qu'on mtt sa sépulture. Il leur avait légué par son testament daté d'un plaid tenu à Épinay, en 635, cent vaches par an, pour la nourriture des moines, et huit mille livres de plomb pour l'entretien de In couverture de l'église. Le tombeau qu’on éleva à Dagobert, et dont les sculptures datent, dit-on , du règne de saint Louis, se voit encore en entrant dans la nef, à gauche, sous les quatre piliers qui soutiennent l'une des tours. Trois bas-reliefs étranges y figurent une légende raeontée ainsi par Montfauron : « Un nommé Ansoalde revenant de son ambassade en Sicile, aborda ù une petite lie, où il y avoit un v ieil anachorète, nommé Jean, dont la sainteté attiroit bien des gens dans cette Ile qui venoient se recommander à ses prières. Ansoalde entra en conversation avec ce saint homme; et, étant tombé sur les Gaules et sur le roi Dagobert, Jean lui dit qu'ayant été averti de prier Dieu pour filme de ce prince, il avoit vu sur la mer des diables qui tenoient le roi Dagobert lié et sur un esquif, et le meuoient, en le battant, aux manoir j de Yutcain; que Dagobert prioit, appelant à son secours saint Denis, saint Maurice et saint Martin, les priant de le délivrer et de le conduire dans le sein d’Abraham. Les saints coururent après les diables, leur arrachèrent cette dme, et l'emmenèrent au Ciel en chantant des versets et des psaumes. »

Chlodwig II , touché de lu misère du peuple, lit enlever le revêtement d’or des tombeaux des saints , et en donna le prix aux pauvres. Il est vrai qu'en revanche , il fit accorder à l'abbaye de Saint-Denis par un synode d’évéques tenu à Clichy, le 22 juin 653, un privilège portant pour ce monastère exemption de toute juridiction et donnant à l'église de Saint-Denis droit d'asile pour tous les coupables, môme pour les criminels de lèse-majesté. C'est Thierry, troisième fils de ce mémo Chlodwig II , qui, précipité du trône de Neustrie, en haine de son ministre Ebruïn , vint le premier user de ce droit de refuge accordé aux fugitifs dans l'abbaye de Saint-Denis (670). Les Carlovingiens continuèrent à la sainte basilique la dévotion libérale que lui avaient vouée les Mérovingiens. Charles-Martel y fut enterré , et Pepin le-Bref, voulant lui-même avoir des droits de fondateur sur la royale église , fit rétablir tout l'édifice construit par Dagobert. Il le rendit plus magnifique encore et plus spacieux. Le pape Étienne II, qui était venu implorer le secours de la France contre Astolphe, roi des Lombards, consacra luimême , en 754, l’église ainsi réédifiée, et il y mit fonction sainte sur le front de Pépin, et de ses deux fils, Charles et Carloman. Six ans après, Saint-Denis vit revenir Pépin dans son monastère ; mais ce roi était alors presque mourant ; il n’eut que le temps de rassembler un plaid de seigneurs et d'évêques, en présence desquels il fit à ses deux fils le partage de ses États; puis il mourut, laissant à son fils Charles le soin d'achever les travaux commencés à Saint-Denis. Cette grande œuvre de réédification ne se termina qu'en février 775, par une dédicace solennelle dont Charlemagne lui-mème présidait les cérémonies. Auprès de l'église ainsi régénérée, et dont il ne subsiste plus aujourd'hui que les cryptes du chœur, l'abbé Fardulphe fit construire pour Charlemagne un palais qu'habitèrent souvent les rois de France.

Jusqu'alors l'église et le monastère de Saint-Denis avaient eu seuls part aux libéralités des princes, et la ville avait presque toujours été oubliée dans leurs bienfaits ; on la laissait s'agrandir et se peupler peu à peu, sans prendre soin de régulariser ses accroissements et de relier par une enceinte toutes les maisons éparpillées sans ordre dans la campagne ou sur les bords du grand chemin. Charles-le-Chauve y songea le premier, quand l'invasion des Normands commença à menacer Paris. En 8GU, il fit faire une première clôture; mais construit seulement pour la sûreté des moines et de la défense de l’église , ce rempart ne comprit, outre le monastère, qu'une certaine partie de la ville appelée dès lors le Château. Trois-l’aruissrs : Saint-Marcel, Sainte-Croix, et la plus ancienne de toutes, Saint-MartinTde-l'Étrée (o slrttà), restèrent en dehors. Des fortifications plus étendues eussent pourtant été nécessaires à Saint-Denis pour le mettre à l'abri des dangers qui menacèrent toute ville abbatiale, du ix' au xi* siècle, époque si féconde eu déprédations de la pari des seigneurs. Bouchard de Montmorency, le plus fameux de ces brigands féodaux, ruina plus d'une fois les biens des serfs de l'abbave; et contre ces entreprises, la protection du roi Robert, si dévot pour saint Denis, ne fut souvent qu'un vain secours; mais elles cessèrent enfin, grâce à l’aide puissante de Louisle-Gros et à l'énergie de l'abbé Adam qui, guerroyant eu personne contre les barons du pays chartrain, mit un terme à leurs incursions sur les terres de Saint-Denis.

Avec le règne de Louisle-Gros commença pour la ville, aussi bien que pour l’abbaye de Saint-Denis, une ère nouvelle de prospérité et de splendeur. Ce roi avait été élevé dans le monastère par les soins de Suger, qui devait bientôt en devenir abbé , et il en avait gardé à cette sainte maison une reconnaissance dout ses bienfaits furent un constant témoignage. Ayant acquis le comté de Vexin, et étant devenu , à cause de ce domaine , premier vassal de l'abbaye de Saint- Denis, Louis VI, fit droit à cette suzeraineté du monastère, en prenant désormais pour étendard l'Oriflamme , enseigne particulière des abbés de Saint-Denis [ver ilium Sanci Dyonisii ), que les comtes de Vexin avaient eu seuls, jusque-là , le droit de prendre sur l'autel. Dès lors, et jusqu'en 1&.64, époque à laquelle nous croyons qu'il fut déployé pour la dernière fois, le gonfanon abbatial fut l’étendard des rois de France. Chaque fois qu’on les vit à la tète de leurs troupes, il y parut avec eux. La cbappe de saint Martin, qui jusqu'alors avait été l'enseigne royale des Français, était de couleur bleue; l'Oriflamme fut rouge, o C'était, dit André Duchesue, une bannière de vermeil toute semée de fleurs de lys d'or. » Guillaume Guiart, dans ses royaux lignages, l'a décrite plus complètement, en luissant è penser que Dagobert, le premier, avait donné ce drapeau aux moines de Saint-Denis :

Oriflamme est une bannière Aucun poi plus forte que guimple De cendal roujoyant et simple Sans pouslraiclure d'aucune affaire U roi Dagobert la üi faire....

Mais il est utile d'ajouter, après cette description , que la bannière ou plutôt le pennon de taffetas rouge se terminait en trois pointes ou fanons garnis de houppes

ILE 1)E FRANCE, vertes sans Franges d'or, et que la hampe était de bois doré ou seulement de bois blanchi. Du reste, l'Oriflamme étant renouvelée de siècle en siècle, sa Forme Fut chaque Fois modifiée, lin ancien inventaire du trésor de Saint-Denis, en 1170, qui, par le seul Fait de cette description, servirait à démentir tous ceux qui ont prétendu que cet étendard Fut pris à Azincourt, nous décrit ainsi l’Oriflamme vieillie et délaissée: «Étendard d'un sandal Fort épais. Fendu par le milieu en Forme de gonFanon , Fort caduque, enveloppé d'un bâton couvert de cuivre doré, et un Fer longuet aigu au bout. » Quand le roi partait pour l’armée, il allait lui-même recevoir, à genoux, l'Oriflamme des mains de l’abbé de Saint-Denis : puis il en confiait la garde à l’un de ses plus braves barons. Quelquefois même, suivant Galant, il la portait autour de son cou sans la déployer. Au retour de la campagne, on rapportait le divin palladium k Saint-Denis avec la même pompe. Un manuscrit de la Bibliothèque royale , qui porte le n° 6853 , et a pour titre : le Jnrdin des nobles , par Pierre Legros, décrit ainsi tout le cérémonial observé à Saiut- Dcnis pour la prise de l'oriflamme : « Le roy de France va à Saint-Denys et la procession luy vient au-devant jusques k l'ixue de l'église ; et après la procession, on porte le corps de saint Denys et scs compagnons et de saint l.oys, puis on les met sur l'autel. On pend le voyle et le ploye-t-on et le met-on sous les corporaux, sur lesquieulx on célèbre le corps de Jhésuset dict-on la messe. Après la messe, le roy resroyt le corps de Jhésus-Grist, et le chevalier aussy qui doibt l'auriflamme porter ; puis le roy baisse en la bouche, et baille le voyle audict chevalier, comme au plus preu. Le roy, en baillant au chevalier le voyle, luy faict jurer qu’il le portera k l’onneur du roy et du royanlme; puis le chevalier tient ledit voyle reveramment entre scs mains , afin que les barons le viennent baiser comme saintes reliques, o

La ville de Saint-Denis doit aussi à Louis-le-Gros l’établissement, dans ses environs, de cette Fameuse foire du Landit, qui, transférée dans ses mure en 1556, y subsiste encore aujourd'hui, et y attire une si grande affluence pendant les quinze jours de sa durée annuelle, du 11 au 26 juin. Cette foire, qu'on appela Landit par corruption du mot Vindirl, en latin indictvin (jour indiqué), parce qu’en effet l’évêque de Paris avait d'abord seul le droit d’en Axer la date, se tenait auparavant k Paris, vers l'endroit où se trouve aujourd'hui le boulevard Saint-Denis. On y montrait au peuple les reliques apportées d'Aix-la-Chapelle à Saint-Denis, par Charles -le-Chauve, en 870. Louis VI crut qu’H était plus convenable de faire cette sainte exhibition dans un lieu plus voisin de la basilique ; aussi, en 1109, ordonna t-il de transférer dans la plaine de Saint-Denis même cette foire du Landit, «établie, dit Du Tillct, par autorité ajiostolique , confirmation des archevêques et évêques, et ordonnances des rois , en l'honneur, révérence et mémoire des sainrls doux et couronne de notre Rédempteur. » On sait quelle fut la célébrité du Landit, pendant tout le moyen âge. Jusqu'en 1W6, époque où de grands différends entre l'abbé et l’évêque de Paris durent faire cesser cette cérémonie, l'évêque venait avec un grand appareil bénir les marchandises : l’Université ’s’y portait en masse, précédée de son recteur, qui vennit choisir le parchemin nécessaire aux études. Chaque année, cette immense procession des écoles se faisait avec la plus grande pompe: mais chaque année

SAINT-DEMS

aussi le voyage à Saint-Denis se terminait par des désordres , des rixes souvent sanglantes. Ou voulut y mettre tin, en 1550, en restreignant à douze pour chaeune des quatre nations, le nombre des écoliers qui auraient le droit de suivre le recteur au Landit. Mais des troubles plus grands Furent le résultat de cette mesure, et c'est pour rendre les abords de la foire moins accessibles aux écoliers, qui, en dépit de l'ordonnance, n'avaient pas cessé de s'y porter en foule , qu’en 1556 on la transféra pour toujours dans ta ville même de Saint-Denis. L'affluence des marchands qui y venaient de toute la France et même de la Belgique, avait aussi rendu fameuse la foire du Landit. Un poète du xiv* siècle a consacré à la seule description des marchandises cosmopolites qu'on y voyait étalées, une longue pièce de vers , le Dit du Lendit rimé. Il commence ainsi :

En l'onneur de la marcheandie M'est pris talent que je vous die Se il vous plaît un nouvel dit Bonne genl , c’est du Lendit La plus totale foire du monde.

Sugcr, devenu ministre de Louis VII, fit tourner à la gloire et à la magnificence de l'église et de l'abbaye de Saint-Denis la puissance et les richesses de ce haut emploi. On connaît, par son livre De Itebus in udministratione sud geslis, le détail des améliorations, agrandissements et constructions considérables que lui doivent la ville et le monastère. Il porta à quatre-vingts le nombre des maisons groupées autour de l'abbaye; il racheta à prix d'argent tous les droits d'hommage dont la ville était grevée, et, grâce à ses soins, la châtellenie du Tremblay, comprise aussi dans cette exemption , devint une forteresse redoutable. Mais c'est l’église surtout , dont une reconstruction nouvelle était encore devenue nécessaire, qui fut l'objet de ses travaux. Il la fit démolir en grande partie , et rebâtir sur un plan plus vaste et plus majestueux. Un porche en saillie et du style le plus lourd , que Charlemagne avait fait construire au devant de l'église pour couvrir la sépulture de son père , fut abattu par ses ordres; sur cet emplacement fut élevée la façade des deux tours, telle que nous la voyons aujourd'hui, sauf quelques modifications. M. üebret, dans un Mémoire lu à l’Institut, le 2 mai 1852, nous fait connaître ainsi tous les soins laborieux que Sugcr apporta dans l’exécution de ces travaux : « Quelques années après, dit-il, il construisit la totalité de la façade de l'église, avec deux tours; la flèche ne fut d'abord bâtie qu’en bois. Il unissait le travail de ses constructions avec ses souvenirs d'Italie, comme il nous le dépeint si bien dans ses Mémoires. Ne trouvant pas d'abord la bonne pierre de taille dans scs environs , il songeait à équiper une flotte et à faire alliance avec les Sarrasins des côtes d'Espagne pour transporter des marbres par la Méditerranée, l'Océan, la Manche et la Seine, lorsque les carrières de Pontoise lui offrirent enfin la pierre dure qu’il avait jusqu'alors cherchée en vain. Ce fut aussi après des recherches infructueuses qu'il trouva lui-même sa charpente dans la forêt do Chevrcuse, qui appartenait à l'un de ses vassaux. »

La façade fut terminée, en 1150, comme nous l'apprend une inscription dédicatoire; et, en 1145. tous les travaux entrepris pour la construction du chevet, des

ILE DE FRANCE, chapelles du rond-point encore existantes , des deux portails du transsept et des has-cùtés de la nef étant également achevés, on en fit la dédicace solennelle, le 11 juin de la même année. Mais moins d’un siècle après (1219), la foudre consuma toute la flèche construite en bois sur la tour du nord et une grande partie des combles. La reine Blanche songea, en 1231, à réparer ces désastres. Par ses ordres , l'abbé Eudes de Clément entreprit d'immenses ouvrages pour la reconstruction du transsept et des voûtes. Louis IX , quelle que fût sa dévotion pour saint Denis, dut interrompre les travaux afin de subvenir aux dépenses de cette croisade fatale d'où il ne devait pas revenir. Le 22 mai 1271 , c'est son cercueil seul qui entra dans la sainte basilique, porté sur les épaules de son fils Philippe-lé-Hordi. Ce pieux successeur du saint roi acheva enfin les travaux commencés; il fit bâtir les six travées de la nef qui joignent les tribunes de l'orgue, et, en 1280, il fit élever en pierre la haute flèche du nord telle que nous la voyons encore aujourd'hui. A cette même époque, les travaux entrepris pour la rédaction des grandes Chroniques de Saint ■ Pénis étaient aussi en pleine activité à l’abbaye. C’est encore à Suger qu'était due la pensée de ce grand ouvrage : comme s'il eût voulu que les moines chargés de conserver les restes des rois furent aussi commis à la garde de leur mémoire, il avait institué les religieux de Saint-Denis historiographes de France. Lui-même il les avait mis à l’œuvre, et les premiers monuments de notre histoire avaient été recueillis sous ses yeux.

Les Chroniques qu'il avait fait commencer n’étaient, il est vrai, qu'une transcription latine des ouvrages d'Aimoin, d’Êginhard, de l'Astrolabe, etc. Les moines reconstituaient, à l’aide de ces récits, l'histoire des temps qui avaient précédé. Mais pour ceux qui suivirent, ils ne recoururent qu’à leurs propres annales, et se tirent réellement historiens. Un religieux fut chargé d’écrire en latin, selon l’ordre des événements, tout ce qui se passait sous chaque règne dans l’étendue du royaume. La Chronique, ainsi rédigée, était soumise à l'approbation du chapitre général, après la mort du roi dont elle racontait le règne ; et si le chapitre l’adoptait, elle faisait partie du recueil officiel communiqué à quiconque voulait lire ou transcrire les Chroniques. Afin que cette lecture devînt plus accessible à tous, on commença , dès le règne de Philippe-Auguste , à traduire en français les anciennes chroniques; et même, à partir de celte époque, on fit concurremment deux copies, l'une latine, l’autre française, des Chroniques nouvelles. Quelquesuns des moines chargés de la rédaction furent attachés à la personne des rois en qualité d'historiographes. Le chroniqueur anonyme de Charles VI suivit ainsi la cour, en temps de paix comme en temps de guerre ; et nous savons que même après H56, dernière année comprise dans le récit des Chroniques, Jean Castel, religieux de Saint-Denis, remplissait auprès de Louis XI l'office de chroniqueur, aux émoluments de deux cents livres par an. L’abbaye cependant , dont ces grands travaux augmentaient encore l'importance, n’avait pas cessé de prendre de l'accroissement. Sous Philippe-le-Bel, on n'y comptait pas moins de deux cents religieux. Mnis cette prospérité souvent n'était qu'apparente ; les revenus des moines n'étaient pas toujours proportionnés 5 leurs besoins. En 1385, ils se virent forcés de réclamer contre l’énorme dîme de neuf cent soixante-cinq livres

qu'ils payaient nu saint-siège, et qui plus d'une fois les avait forcés de mettre en gage leurs vnses et leurs joyaux.

Lu prospérité de la ville , fondée sur le commerce et sur l’industrie , était plus réelle. Les ouvriers en soie, les drapiers et les teinturiers y avaient surtout multiplié leur négoce ; à tel point qu'au xili'sièle on disait proverbialement pour la meilleure soie : mje île Sain/- Denis, et qu'en 1368, une ordonnance avait dù restreindre le nombre des drapiers qui devenait trop considérable. Pendant la captivité du roi Jean , le dauphin Charles , inquiet d'une première tentative du roi de Navarre Charles-le-Mauvais sur Saint-Denis, que ses troupes avaient mis au pillage, entreprit de relever les fortifications de cette place. Le prévôt de Paris et l'abbé Guy de Monceaux, qu'il chargea de ce soin, firent donc entourer de'fossés et de fortes murailles toute la partie de la ville voisine du monastère ; l'église elle-même fut fortifiée, comme l'attestent encore les créneaux de ln façade, dont le long cordon Tut établi alors h la place d'un élégant fronton qui surmontait auparavant la rose de l'horloge. Malheureusement la ville tout entière, selon l'abbé Lebœuf , ne fut pas comprise dans l'enceinte fortifiée. Toute la partie qui s'étend du côté de l'église de Saint-Reini fut laissée au dehors, et resta sans défense. Sous le règne de Charles V, la ville et l'église de Saint-Denis furent le théâtre d'une des cérémonies les plus importantes dont notre histoire ait conservé le souvenir : nous voulons parler des obsèques de Du Guesclin , qui, comme on le sait, fut par ordre du prince, et en récompense de ses services, inhumé dans le caveau que Charles V s'était fait préparer pour lui-même, et où la reine, morte en 1377, était déjà enterrée. Il ne faut pas, toutefois, confondre cette première cérémonie , avec celle que Charles VI ordonna neuf ans plus tard.

En 1389, ce roi vint à Saint -Denis, avec la reine et toute sa cour, pour y faire chevaliers, au milieu des fêtes d’un tournoi , ses neveux, Louis et Charles d’Anjou, fils du roi de Sicile, et pour y célébrer ensuite en l'honneur du connétable une fête funèbre , qui fut , comme l'a dit un chroniqueur, le digne couronnement de cette fête de chevalerie. Le tournoi l'emporta en magnificence sur tous ceux qu'on avait vus jusque-là en Erancc ; par malheur la licence et les désordres qui suivaient partout la reine Isabeau, firent dégénérer en scandales inouïs ces belles réjouissances. I.a cérémonie du lendemain , vouée tout entière à la mémoire du connétable , fut une expiation de ces désordres. Le Laboureur nous a raconté, dans son style naïf, tous les détails de la fête funèbre : « L’église, dit-il, avait été préparée durant qu’on se divertissait au tournoi, et on avait mis ta représentation de cet illustre défunt sous Une grande chapelle ardente, toute couverte de torches et de cierges, au milieu du chœur qui en fut aussi tout environné, et qui brillèrent tant que le service duré. Le deuil fut mené par messire Olivier de Clisson, connétable de France, et par les deux maréchaux messire Louis de Sancerre et messire Mouton de Blainvillc ; et il était représenté par le comte de Longueville, Olivier Du Guescliu, frère du défunt, et par plusieurs autres seigneurs de qualité , tous de scs parents ou de ses principaux amis, vêtus de noir, qui firent l'offrande d’une façon toute militaire. L'évêque d'Auxerre qui célébrait la messe conventuelle étant à l'offrande, il descendit avec le roi pour la recevoir jusqu'à la porte du chœur, et là parurent quatre chevaliers armés de

toutes pièces et des mêmes armes du feu connétable qu’ils représentaient parfaitement, suivis de quatre autres montes sur les plus beaux chevaux de l'écurie du roi, caparaçonnés des armoiries du même connétable, et portant ses bannières. I.’évêque reçut ces chevaux par l’imposition des mains sur leur tête , et on les ramena en même temps qu'il retourna à l'autel. » Que cette apothéose funèbre d'un sujet élevé par ses mérites à de tels honneurs fait un contraste étrange avec les honteuses funérailles d’Isa beau de Bavière, de cette femme, qui, trèsjeune encore, avait étalé à Saint-Denis la précoce licence de ses mœurs! « Elle trépassa, lit-on dans le journal du Bourgeois , le samedi vingt-quatrième jour

de septembre de l'an 1435 Le lendemain fut mise en la rivière de Seine , après

sa messe en ung castel , et fut portée en terre à Saint- Denys ; car on ne l'osa porter par terre, pour les Arminaz (Armagnacs), dont les champs estoient toujours pleins, et tous les villages d’entour Paris. » Le bateau parti clandestinement du port Saint- Landry, arriva de nuit à la hauteur de Saint-Denis; un marinier chargea sur ses épaules le cercueil de la reine , et le porta jusqu’au monastère. L’abbé, aux mains duquel il le remit, célébra seul le service funèbre; aucun évêque n'avait voulu assister à ses obsèques.

La ville de Saint-Denis avait cruellement souffert des malheurs de ce règne. En 1410, les soldats brabançons du duc de Bourgogne, que Chartes VI y avait envoyé prendra leur logement, avaient mis la ville au pillage; et l’année suivante, Jean de Chalon, prince d'Orange , qui y commandait , serré de près par les Armagnacs , avait été forcé de se rendre. Peu de temps après, les Anglais s’en emparèrent. Mais à la fin d’août 1429, ils en délogèrent & l’approche de Charles VII, arrivant de Sentis avec toute son armée. Il prit ses logements à Saint-Denis, « où ceux de la ville luv feirent ouverture et pleine obeyssance. » C’est de là qu'il organisa contre Paris la malheureuse attaque tentée par la Pucelle vers la porte Saint-Honoré. A peine l’armée royale s’était-elle éloignée, que les A nglais reprirent Saint-Denis. Le l"juin 1435, les Français s’en ressaisirent, mais pour le rendre encore aux Anglais , qui , désespérant cette fois de pouvoir défendre toute l’enceinte fortifiée de la ville, ruinèrent la plus grande partie des remparts à l'exception des murs de l'abbave. Enfin, le 13 avril 1436, l'armée du roi ayant emporté d’assaut la Tour du Félin, dernier refuge des Anglais , Saint-Denis appartint définitivement à Charles VIL II songea, tout d'abord, à y réparer les dommages que la guerre y avait causés. En 1437, il exempta les habitants de toutes prises ou fournitures pour la cour; en 1451, de tous impôts pour les marchandises qu’ils conduisaient par terre ou par eau. Ces privilèges furent encore étendus par Louis XI, qui, en 1482, exempta Saint-Denis de tout subside, en vertu d’une ordonnance que confirma Charles VIII. Louis XI, comme on sait, ne fut pas enterré à Saint-Denis : ses restes furent portés à l’église Notre-Dame de Cléry, patrone de ses plus dévotes pratiques , et on les y déposa dans le tombeau qu’il s’était fait construire lui-mCuie. En choisissant cette sépulture particulière , il dérogeait à l’exemple que lui avaient donné la pliqiart de ses prédécesseurs. En effet, à l’exception de Charlemagne, inhumé à Aix-la-Chapelle, de Philippe I" et de Louis VII , enterrés, l'un dans l'église de Saint-I’.enoît-sur-Loire , l’autre à l'abbaye de Barbeau, tous les rois de Franrc, depuis Dagobeit I", reposaient

à Saint-Denis. Charles VII y était venu à son tour, en 1461, et ses funérailles avaient présenté cela de particulier, qu'avant de le descendre dans le caveau des rois, on avait absous sa mémoire de l'excommunication dont le pape l'avait frappé de son vivant pour le fait de la pragmatique sanction. Les obsèques d’Anne de Bretagne, en 150't, offrirent un plus étrange spectacle. On y vit les religieux de Saint- Denis , le grand écuyer , les hérauts d'armes , les chapelains , les religieuses de la Saussayc, se disputer sans honte les ornements du convoi, et s'acharner tellement pour soutenir leurs prétentions fondées , disaient-ils tous, sur d'anciens privilèges, que le Parlement fut obligé d'intervenir, de fixer un délai pour donner aux partis le temps de produire leurs titres, et enfin d'ordonner par provision que les meubles demeureraient en séquestre, et que les équipages de la feue reine serviraient à reconduire les officiers ,' les dames, et tous ceux qui avaient assisté au convoi. » Nul désordre semblable ne troubla les funérailles de François 1", auxquelles assistèrent onze cardinaux , et qui furent les plus magnifiques qu'on eût vues jusqu'alors. Mais ce conffit de prétentions se renouvela plu- violent et plus scandaleux encore, aux obsèques de Charles IX (1574). Ces disputes jetèrent même un tel trouble dans la cérémonie, que tout le cortège se dispersa. Quand on arriva à Saint-Denis, cinq gentilshommes de la chambre entouraient seuls le corps du roi , et c’est Vitry , capitaine des gardes , qui le présenta aux religieux.

Sous le règne de ce même Charles IX, si étrangement malmené après sa mort, la ville de Saint-Denis avait beaucoup souffert des guerres survenues enlre les catholiques et les huguenots. F.n 1561, ceux-ci s'en étaient emparés et l'avaient occupée jusqu'au 10 novembre. En 1367, après la vaine entreprise qu’ils avaient tentée sur Monceaux pour s'emparer du roi, la plus grande partie de leurs forces, commandée par le prince de Condé, s'était encore rejetée dans Saint-Denis. Le connétable de Montmorency, qui commandait l'armée royale, se lit fort de les en déloger; il vint donc assiéger la ville. Mais alors le prince de Condé en sortit avec un gros de troupes plus considérable qu'on ne s’y attendait Due bataille s’engagea (1567) : elle fut courte, mais des plus sanglantes. Le duc d’Anjou, depuis Henri 111, y courut les plus grands risques; et Montmorency, atteint de huit blessures mortelles, fut emporté mourant du champ de bataille; il expira deux jours après. C’est l'Écossais Jacques Stuart qui lui avait porté le dernier coup Le vieux connétable , avant de tomber, lui avait cassé les dents du pommeau de son épée. Cette mort fut un grand avantage pour les huguenots ; aussi, quoique le roi fût resté maître du champ de bataille, ils s'attribuèrent le gain de la journée; ils ne purent, toutefois, se maintenir longtemps dans Saint-Denis. Retombée entre les mains du roi, cette ville ne rentra au pouvoir des calvinistes qu'en 1590. Henri IV lui-même était Venu l'assiéger, et , le 9 juillet, elle se tendit à lui faute de vivres ; c'était là un beau succès : Henri IV le regarda comme utie sûre promesse de la reddition prochaine de Paris. « Saint-Denis, dit l'Estoile, lui étoit la ville la plus importante tant pour se loger que pour incommoder Paris... Aussi l'appeloit-il la citadelle de Paris, dont il disoit vouloir estre le gouverneur pour pourvoir en personne aux nécessités de la bonne ville. » L'année suivante , cette importante prise faillit pourtant lui échapper. Le 3 janvier 1591 , le chevalier d'Aumale, chef des Seize, fit une pointe hardie jusqu'à Saint-Denis, saisit de nuit l’une des portes

et pénétra jusqu'à la grande place; il allait être maître de toute la ville, quand Devicq, que Henri IV y avait laissé pour gouverneur, rallia la garnison, et, chargeant impétueusement les Ligueurs qui déjà pillaient les maisons, les chassa jusque dans la plaine. IV Aumale voulut en vain les ramener à l’attaque ; il resta seul , et fut tué sur la place.

Dès lors Henri IV ne fut plus inquiété dans cette importante possession; Saint- Denis devint son quartier général , le centre de toutes ses opérations contre Paris : c’est là qu’il tint tous ses conseils, et qu'en 1593, résolu d'en linir avec la Ligue , et d'achever par un coup d’état ce qu’uiie longue guerre n'avait pu terminer, il prépara la grande affaire de son abjuration, dont son mot célèbre : Paris vaut bien une messe, a si bien révélé le but et résumé les intrigues. D’abord le rusé Béarnais qui , tout en embrassant une nouvelle croyance , tenait à ménager ses anciens coreligionnaires dont il allait renier la foi, feignit de résister au* instances de ceux qui lui présentaient cette abjuration comme la plus adroite des transactions avec le parti catholique Quand il céda enfin, il eut l'air de se laisser vaincre et de faire violence à scs convictions. Sa première déclaration au sujet de sa conversion fut datée du 16 mai. Le même jour, sans temporiser davantage, il manda, par lettres de cachet, plusieurs évêques dont les pieux conseils lui étaient, disait-il, nécessaires. Ce synode improvisé , auquel vinrent se joindre quelques curés de Paris, eu dépit des menaces du légat, s'organisa bientôt à Saint - Denis. Les calvinistes en prirent de l’ombrage : « Sire , dit au roi le ministre La Paye , nous sommes grandement déplaisants de vous voir arracher par violence du sein de nos églises : ne permettez pas, s’il vous plaît , qu’un tel scandale nous advienne. » Le roi lui lit réponse : « Si je suyvois vostre advis, il n’y auroit ny roy ny royaulme dans peu de temps en France. Je désire donner la paix à mes subjects et le repos à mon àme ; advisez entre vous ce qui est de besoin pour voslre sûreté et je seray toujours prest de vous contenter. » Le jour de l’abjuration approchait cependant ; les conférences avaient commencé le 12 juillet. Douze jours après, le roi se trouvait suffisamment éclairé ; il convenait de tôut, signait le formulaire, et le 25 passait outre à la cérémonie de la séparation. Il abjura entre les mains de l’archevêque de Bourges, qu'assistaient plusieurs évêques, et en présence des grauds et dames de la cour. Henri IV ne devait plus revenir vivant à Saint-Denis qu'une dernière fois, le 13 mai 1610, pour le couronnement de sa femme, Marie de Médicis; elle lendemain même de cette solennité, il devait mourir sous le poignard de Ravaillac.

Pendant les troubles de la Fronde, la ville de Saint-Denis, qui sentait toujours la première le contre-coup des révolutions de Paris, fut encore le théâtre de fâcheux désordres. Le là. juillet 1652, Louis XIV et Mazarin, fugitifs, s’y arrêlèr rent. Ils n’y couchèrent qu'une nuit ; le lendemain ils partirent pour Pontoise , traînant à leur Suite1 l’un des neveux du ministre, malade et presque expirant. Un ne voulait pas le laisser mourir à Saint-Denis, de peur que, le roi parti, les Frondeurs ne se vengeassent de l’oncle sur le cadavre du neveu. Le prince de Condé arriva bientôt ? et prit la ville par capitulation , mais ne put la garder. Ces attaques, réitérées pendant trois siècles, avaient enlevé à cette ville presque tous ses faubourgs et toute la partie non comprise dans l’enceinte fortifiée. Ainsi, sans

SAm-DKNIS.

que toutefois sou importance de ville en fùtde beaucoup diminuée, elle a\ ait perdu une grande partie de son ancienne étendue, a De tout ce qu'elle avait de son antiquité vers lu rivière de Seine, dit le moine Doublet, Saint-Ladre et les faubourgs de ce côté-là , en après du costé de la porte Saint-Rémy jusques au pont de l’Infirmerie avec, le faubourg , puis en emhas , tout ce qui estoit à la grande maison de Seine, eucore de l'autre part ce qui s'estendoit vers le village d'Osaulbertvilliers , et flnuleineut vers Paris , le faubourg de Saint-Quentiu , avec le bourg de Saint-Marcel , de tout cela il n’est demeuré ni resté aucuue marque ni vestige qui s’en puisse recognoistre. «

Louis XIV n'aimait pas Saint- Denis , et il ne Qt rien pour rétablir cette ville dans son ancienne splendeur. Toujours on le vit fuir avec une sorte d’épouvante l'église dont l'aspect lui rappelait le néant des grandeurs royales; l’on sait même que s’il préféra Versailles au château de Saint-Germain, c'est pans; que de cette dernière résidence , il eût toujours vu se dresser à l'horizon la haute flèche de la funèbre abbaye. Le monastère eut même à souffrir de ces préventions dH roi. En 1G9-2 , le cardinal de Retz, son dernier abbé commendataire , étant mort , madame de Maintenon avisa à ce qu’ou ne remplit pas cette vacance; et comme elle manquait de ressources pour doter la maison do Saint-Cyr qu’elle établissait alors , elle fit attribuer à cette fondation chérie les cent mille francs de rente qui , selon l'abbé de Choisy, constituaient la mense abbatiale de Saint-Denis, line bulle du pape, du 33 février 1098, confirma cette transmission de revenus qui devait ruiner sans retour l'antique monastère. Les derniers moines cherchèrent un refuge dans la maison de Saint-Maur, dont la réforme avait été introduite à Saint- Denis, en 11Î33; et désormais jusqu'en 1739, au lieu des trois cents Bénédictins qui faisaient sa gloire au xiv' siècle, la ville de Saiot-Denis ne posséda plus .qu'une vingtaine d’Oratoricns tenant collège. L’église conserva plus intact son ancien éclat. Les obsèques des princes, qui s'y multiplièrent, renouvelaient par iiilorvaljes la funèbre splendeur de ce grand panthéon des rois. Mais la plus magnifique de ces cérémonies fut celle des funérailles de Turenue, que Louis XIV fit inhumer, en 1C75, dans la chapelle des Bourbons « par un ressentiment tic recon naissance des services extraordinaires qu’il avoit rendus à t estai pendant sa vie. » l.'limuicur d’étre inhumé à Saint-Denis n'avait jusqu'alors été accordé qu:à Du Guesclin; à Louis de Sancerre, connétable, mort en 1103; et au marquis de Caussade, comte de Sainl-Mégrin, tué sous les yeux de Louis XIV, au combat de la porte Saint-Antoiuc. Un ancien usage y avait fait aussi admettre quelques officiers du palais : Pierre de Beaucaire, chambellan de saint Louis; Bureau de la Rivière, premier chambellan des rois Charles V et Charles VI ; Arnaud de Barbaaan, premier chambellan de Charles VU, et Guillaume du Chaste), panctier du même roi.

Lorsque la dépouille mortelle de Louis XIV fut portée à Saint-Denis, les huées de la foule accueillirent son cercueil et iirent ainsi expier à sa mémoire soixante ans d'une gloire onéreuse an peuple. «Quoique la rie et lu mort de Louis XIV eussent été glorieuses, dit Voltaire, il ne fut pas aussi regretté qu'il le méritait... Tout lit recevoir la nouvelle du sa mort avec un sentiment qui «liait plus loin que ^indifférence.,. J'ai vu, ajoule-t il dans une note, de petites tentes dressées sur le chemin de. Saint-Denis ; on y buvait,. op y chantait , on y riait. Lee vi. 93

sentiments des citoyens de Paris avaient passé jusqu'à la pnpnlace. Le jésuite Le Tellier était la principale eause de oette joie universelle. J'entendis plusieurs spectateurs dire qu'il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre. » On se souvint de ces scandales, à la mort de 1-ouis XV, et on craignit sans doute qu'ils ne vinssent à se renouveler. Ce fut sans appareil et clandestinement qu'on fit les funérailles de l’indigne petitfils du grand roi. Aussitôt qu’il eut expire , les qaelques serviteurs subalternes et les pauvres ouvriers qui l’avaient gardé , déposèrent à la hâte, dans un carrosse de chasse, son corps pestiféré qu'aucun chirurgien n’avait osé embaumer; et c'est, la nuit, dans ce déplorable équipage, qu’une escorte de quarante hommes courut de Versailles à Saint-Denis pour le déposer comme un fardeau importun dans le caveau des Bourbons. On le mit, selon i’usage, sur le banc de pierre élevé dans une sorte de niche, à l'entrée du caveau. Il y attendit vainement son successeur.

Les bobitauts (le Saint-Denis embrassèrent avec ardeur les idées révolutionnaires, aussitôt qu’elles commencèrent à fermenter è Paris ; Julien Minier, curé d'une de ses paroisses, se fit surtout remarquer au milieu des agitateurs républicains. S’inquiétant le premier du rassemblement des troupes royales qu'on commençait à former auprès de Saint-Denis, pour environner In capitale el intercepter les convois de farine, il courut à Paris donner avis de ces mesures hostiles aux membres de la Commune. Ce trait de dévouement à la cause du peuple le fit élire, plus tard , évéque constitutionnel de la ville de Nantes. Saint-Denis, pendant ia Terreur, changea son nom en celui de h'ranciade ,- et son conseil municipal, ne reculant devant l’exécution d'aiicun des ordres émanés de la ConTen tion , confirma, à l’unanimité, le décret rendu, ie 31 juiliet 1793, sur la proposition de Barère, et ordonnant « que les tombeaux et les mausolées des ci-devaut rois, élevés dans l’église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, seraient détruits. » On ouvrit, d’abord, le caveau des Bourbons ; on défonça les cercueils, et tous les cadavres, dépouillés de leur suaire, furent précipités da'us une grande fosse creusée à la place qu'avait occupée auparavant la tour des Valois. On avait commencé , le 10 octobre, par la tombe de Henri IV ; on finit, le 16, par le cercueil de Louis XV. De toutes les tombes proscrites par le décret , on n'avait épargné que celle de Tureme; mais le 20 octobre, quand on détruisit les cercueils entassés dans la chapelle des Charles , on n'eut pas le mémo respect pour ia sépulture de Du Ouesclin. Les os, retirés du cercueil , furent jetés péle-méle dans la fosse avec les restes de la dynastie des Valois Tous les ornements trouvés dans les cercueils étaient cnnservés; quant au plomb, on le faisait fondre aussitôt dans les bâtiments de l’ancienne abbaye.

Le 25 octobre, cette œuvre inouïe de destruction était enfin achevée. Dès le mois précédent, le pillage du trésor de l'abbayc avait commencé ; on avait enlevé les châsses, les couronnés d’or, les vases sacrés, les ornements des pré'res, les magnifiques insignes servant au sacre des rois. Il avait fallu plusieurs chariots pour conduire toules ces immenses richesses à la Convention, et de 19 à la Monnaie. Toutes les statues, tous les monuments si nombreux de l'église eussent été sans exception compris dans cette destruction, si M. Alexandre Lenoir ne les eût sauvés en les mettant sous ic patronage de la commission dont il était

l*‘ chef. On sait que, par ses soins, la plupart (t'entre eus furent transportés nu musée des Petits-Augustins. Quant à l’église elle-même, elle devint un magasin militaire, et elle resta pendant quatorze ans dans un tel étal de ruine, que la toiture délabrée protégeait à peine les fourrages amoncelés jusqu'aux voûtes de ses chapelles. lorsque Napoléon conçut la pensée de rétablir à son profit les institutions de l’ancienne monarchie, la restauration de la vieille basilique et la construction de son propre tombeau dans le plus vaste de ces caveaux déserts devinrent l’un de ses rêves. Il ordonna, par un décret du 19 février 1806, ta restauration de la sépulture royale de Saint-Denis. Trois ans après, it pourvut de même au rétablissement de l’abbaye, devenue magasin à farine sous la Terreur. Il convertit ses batiments en maison d’éducation pour les membres des Dites de la Legiôn-d’ltonneur. Cet établissement était le seul qui dût lui survivre à Saint- Denis. Le caveau impérial , qu’il avait fait commencer dans les cryptes de l’église, resta inachevé; les Bourbons proDtèrent seuls de ces travaux. Quatre princes, le duc de Berry , Louis XVIII et les deux Condé vinrent y prendre place.

L'Empire, par un décret du 20 février 1806, avait doté l’église de Saint-Denis d'un chapitre dont la première classe se composait De dix chanoines choisis parmi les évéques âgés de plus de soixante ans Le grand aumônier de France en (■tait de droit le chef avec le titre de Primieier, dont le cardinal Feseh, et après lui les cardinaux de Périgord et de Croï , furent seuls décorés. Le gouvernement de la restauration maintint cet établissement. La révolution de Juillet étant sur- . venue, une loi du 21 avril 1832 supprima par extinction tous les -traitements' du riiapilre ; mais cette loi a été abrogée par une ordonnance de l'année 1836, et l’on parle maintenant de reconstituer le chapitre sur ses anciennes bases. Les restaurations intérieures et extérieures de l'église ont subi , du reste, de grandes vicissitudes, elles sommes qu’rlles ont coûtées sont immenses : on évalue aujourd’hui la dépense totale à plus de six millions. Toutefois les ouvrages intérieurs, faits avec ’plos de luxe qne d'intelligence, sont loin d'être irréprochables : quant aux travaux extérieurs, on y a procédé arec une telle incurie, que la grande flèche, dont In reconstruction avait coûté des sommes considérables, a dû être démolie, l’année dernière, et qu'on désespère de conserver lè reste de la façade. La ville de Saint- Denis, qui renferme 9,686 habitants, a retrouvé toute sa prospérité passée. Elle possède un grand nombre de fabriques, des manufactures de toiles peintes fort' estimées , des tanneries , et surtout des lavoirs de laine. Saint-Denis est le cheflieu d’un arrondissement dans lequel oYi compte une population d’environ 187,000 âmes. Cette ville a vu naître, en 1590, Dominique Séguier, évêque d’Auxerre et de Meaux ; et Barnabe De Vest , célèbre chirurgien, qui ifionrüt en 1570. 1

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— Le Laboureur, Histoire de Charles VI. — Journal des bourgeois de Paris. — Mémoires de Chcvemy, colteetioti PeUiot, P* série. I. X, |>. 36. — Mémoires de L’Gstoile, ibid-, t. XI.VI. — Mémoires do l’abbé de Ghoisy, id- S* série, l. XLVMI* . - ;

VINCENNES

Lu bourgade, le château et le bois qui portent ce nom si fameux dans notre histoire, soot situés A deux kilomètres environ de Paris. Vincennes est la première agglomération de maisons quelque peu considérable qu'on rencontre après avoir laissé derrière soi les deux colonnes monumentales de l’imposante barrière du Trône. L'étymologie du nom de cette bourgade a donné lieu è de nombreuses discussions. Les uns ont prétendu qu'il, venait de vitn sana; les autres de vieena jugera , deux mille arpents, contenance de l’ancien bois; d’autres de viginti stadia , vingt stades, distance de Paris è ce village : et comme ces vingt stades font deux mille deux cents pas. on aurait dit en latin ad Vincena*, d'où l'on aurait fait Vincennes. Quoi qu’il en soit, on a découvert un titre de l'abbaye de Saint- Martin , rédigé en l'année 817, dans lequel est écrit le mot Vilienna, domaine taisant partie de la paroisse de Fontenay. Ce nom est écrit de même dans une bulle de Hennit VII, datée de 080; et on le retrouve encore, en 1307, dans un acte de Henri l". L'opinion la plus accréditée est que de Ytlcenna on a fait F irenne k et enfin Vincennes. Le bois était connu et déjà célèbre au temps de la Gaule païenne. Les habitants de Lutèce se promenaient à l'ombre de ses vieux chênes, comme les Parisiens en recherchent encore de nos jours les fraîches allées; les Komains y avaient établi-ua collège consacré au dieu Sylvain , lequel , A ce qu’on prétend, fit place, plus tard, par la tolérance des empereurs, à un collège des druides, dont on vit longtemps les ruines dans le prieuré des Minimes.

La véritable histoire de Vincennes peut se diviser en trois points ; le château royal, la prison d’état et la forteresse. Avant la fondation de ce château royal, Louis VH établitdans le bois de Vincennes, en 116k, des religieux de l'ordre de Grammont, qui furent plus dard remplacés par des Minimes. Nous voyons, en 1 190, Philippe- Auguste, à son départ pour la croisade, dater du château de Beauté, un testament par lequel il donnait droit à un de ces ermites de nommer à tous les bénéfices du royaume. Il ne faut pas confondre.ee château de Beauté avec celui d’Agnès Sorel, qui portait le même nom, et qu’elle ne devait qu'à l'amour du roi. Le château de Beauté dont nous parlons devint la maison des champs des rms de France, plutôt que leur résidence : c’est là qu'ils allaient s'esbattre et se mvlacier. Ce château fut agrandi, eu 1223, par le même Philippe-Auguste qui, déjà, en 1183, avait fait entourer le parc de murs pour le peupler de gibier et de bêtes fauves. Le roi d’Angleterre , afin d’être agréable à ce prince , lui avait envoyé toutes celles qu'il avait dans ses domaines de Normandie et d'Aquitaine. Saint Louis séjournait souvent à Vincennes. C'est dans ce château qu'à son arrivée de Sens, en 1259, il fit mettre eh dépôt la couronne d’épines; il partit de là , suivi de ses frères, et accompagna pieds nus le cortège jusqu'à Notre-Dame. , C’est aussi à Vincennes que le saint roi parait avoir pris la touchante habitude de rendre en personne la justice à ses sujets. « Maintes fois, avilit, raconte Joinville, que

VINCENNES

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