‹ Histoire des villes de FranceChapitre 110 sur 137 · TV · texte numérisé non relu

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en élé il alloit seoir mi bois de Vincennes, après sa messe , et se anotoinit à un chêne, et nous faisait seoir autour (te lui ; et tous ceui qui avoient à faire vcnofent parler à lui, sans deatourbicr de huissier ni d'autre. Et alors il leur demandoit de sa bouche : Y a-t-il aucun qui uit partie ? et eux se levoiçnt qui partie avoient ; et il leur disoit : Taisez-vous tous, et on vous délivrera l'un après l'autre; et alors il appelait Monseigneur Pierre de Fontaines et Monseigneur Geoffroy de Vilettes. Et disoit à l'un d'eux : Délivrez-moi cette partie. Et quand il voyoit aucune chose h amender en la parole de ceux qui parloient pour autrui, lui-méme l'amendoit de sa bouche. »

Philippe-le-Hardi agrandit le parc de Vincennes et y lit venir l'eau il grands Trais (127V) ; il épousa dans ce château, en secondes noces, Marie, tille du duc de Brabant (1262). Le 2 avril 130V, mourut à Vinrennes Jeanne de France , épouse de Philippe-lc-llel , et le 5 juin 1316, Icmis-le-llutin. f.e prince légua Vinrennes à élémence de Hongrie, sa seconde épouse, qui le conserva jusqu'en 1317, époque a laquelle elle l'échangea contre la maison du Temple et l’hôtel de Nesle, appartenant à Plulippe-le-Long , son beau-frère. Philippe de Valois avant pris du goût pour cette habitation et la jugeant en trop mauvais état, la fit abattre et raser en- 1357, et jeta les fondements du château royal qui est connu aujourd'hui sous le nom dcdonjon. Le roi Jean, son fils, l'éleva jusqu'au troisième étage, et Charles V acheva l’ouvrage commencé par son père. Aussitôt qu'il eut terminé le donjon, Charles V s'occupa de construil-e une sainte-chapelle , à l'exemple de celle que saint Louis avait fondée à Paris. Mais à peine avait il commencé les premiers travaux; qu'il mourut à Vincennes, le 16 septembre 11180 L'ouvrage, interrompu durant plusieurs règnes, puis repris sons François I", ne fut terminé qu'en 1550, sons Henri II. Le chapitre de chanoines, que ce prince institua, était uniquement chargé de prier pour le repos de l'âme de Jeanne de Bourbon . épousé de (lia ries V. Plus tard , ce chapitre rentra dans la catégorie de tous les autres. Il était composé de douze prêtres et de douze gentilshommes Iniques, chargés d'escorter les reliques, l'épée à la main , lorsqu'elles sortaient de la sainte-chapelle. En 1557, Henri II transféra à la sainte-chapelle de Vincennes les assemblées de l'ordre royal et militaire de Saint-Michel. Cet ordre, comme on sait, ne lui survécut guère ; quant è la saintc-chapdle et aux chanoines qui la desservaient, ils furent supprimés par arrêt du ronsoil d’état, le 17 mars 178V. Cependant les rois de France , ces magnifiques hôtes de Vincennes, s'étaient plu â l’embellir et à en augmenter les hAtiments. L'ombrageux Louis XI fit de la maison de p luisance une prison d'état, et force fut aux princes ses successeurs d’agrandir et de- multiplier les locaux , afin de pouvoir l'habiter avec les prisonniers. Catherine de Médicis, en 1560, ordonna de lever le plan du nouveau château royal ; on lui dHt aussi la nouvelle galerie ornée de peintures. Marie de Médicis fit construire, à son tour, du côté de Paris, les bâtiments nécessaires pour loger la famille royale et toute la cour (I610J. Enfin Louis XIV, dans le commencement de son règne, fit bâtir les deux grands corps de bâtiment du côté du parc.

I,e malheureux Charles VI venait souvent à Vincennes. tsabeau de Bavière en avait fait le théâtre de ses galanteries et de ses intrigen-s politiques Bosrédon ou

Boisbourdon, son amant, y fut arrêté ; on le jeta ensuite à la Seine dans un sac sur lequel était écrit : Laissez puiser la justice du roi (1417). C'est à Vlncennes qu'lsabeau fit venir Henri V, roi d'Angleterre, pour lui livrer la France en haine des Armagnacs, et que ce prince mourut , en 1422, atteint d'une maladie qu'on appelait alors mal saint Fiacre. Charles VII aimait Vineeunes, où il se trouvait près du château de Beauté qu'il .avait donné à Agnès Sorel : et Louis XI montra la même prédilection pour cette résidence royale, lin matin, ce prince en sortit de bonne heure et rencontra dans le bois les gentilshommes de sa maison qui n’étaient pas encore en équipage de guerre : aussitôt il leur fit distribuer des écritoires en disant que puisqu'il ’t n'étaient pas en état de le servir de leurs Armes, il i le serviraient de leur* plumet. On sait que c’est au château de Vincennes que Charles IX succomba, le 30 mai 1574, épuisé de souffrances et de remords : Sully dit « que durant l'excès de ses douleurs , il se voyait tout baigné du sang dans son lit. » Henri III fit célébrer à Vincenues les briHautes noces de son favori le duc d’Épernop (23 août 1587); Gabrielle d’Estrées y donna le jour à César de Vendôme (1605). Louis XIII lut le premier roi de France qui chassa au tir dans le bois; et c’est dans le château qu’il fit , en 1638 , la grande maladie peudant laquelle il ordonna des prières particulières qui furent dites d'abord dans la grande ehapeHe et devinrent l'origine du vœu exécuté , depuis , à tous ses anniversaires Le cardinal Mozarin termina sa vie au château de Vmcrnues, le 9 mars 1661. Louis XIV, qui en aimait beaucoup le séjour, s'y rendait souvent , surtout avant «pie Versailles fût bâti. C’est là qu'il ratifia le traité des Pyrénées par letpiel le duc' d'Anjou acquit le trône d'Espagne (1639); il donna plus tard Vincennes p*mr résidence ou fils aîné du roi de Danemark, lorsque ce prince vint visiter la France (1663). La chambre ardente y fut établie, èn 1673, puis transférée à l'Arsenal. Louis XV, en vertu d'une clause expresse contenue dans le testament de son aïeul , habita Vincennes , pour en respirer le bon air, jusqu’au tO février 1717, époque à laquelle ayant atteint sa septième année , il se rendit à Versailles. La reine douairière d'Espagne , veuve de Louis 1", logea aussi au château , le 29 juin 17,25; elle ne le quitta, le 25 décembre de l'année suivante, que pour aller au Luxembourg.

Le château de Vincennes forme dans son enceinte un immense parallélogramme régulier; il est entouré de larges fossés dont le revêtement est à pic, et défendu de hautes et épaisses murailles sur lesquelles s'élèvent douze tours, la plupart carrées. Au nord, à l'entrée principale qui donne sur le grande route, on voit un pont-levis, des meurtrières, «les mâchicoulis cl tous les restes des fortifications du moyen âge. . L’entrée <*n face, remarquable à l'intérieur par les dessins de levreau, s'ouvre sur le bois. Du côté de Paris s’élève le.donjon ; à l’opposile sont toutes les constructions dont nous avons parlé : telles que les appartements du roi , ceux de Marie-Thérèse, et la chapelle. Deux vastes cours séparent l’enceinte. La première, dite Cour royale, se compose à droite de bâtiments modernes, à gauche de ceux du roi et de la reine. Ces deux bâtiments sont réunis à l'extrémité par deux galeries ou portiques couronnés de balustrcs. La seconde cour contient à gauche le musée d'artillerie et la sainte-chapelle , à droite le donjon, lo saintechapelle est à l'extérieur d'nne belle construction gothique ; l’intérieur, très-

VINEENNES.

simple, offre encore quelques vitraux peints par Cousin, sur les dessins de' Raphaël : à gauche, en entrant, est un monument érigé à la mémoire du duc d'Enghien et dans lequel sa dépouille mortelle repose. Les tours de Vincennes sont abattues, depuis l'Empire, et l'on ne -voit plus que la place où elles s'élevaient; mais le donjon existe dans son entier : seulement, au lieu des trois portes qu’il avait autrefois, il n'y en a plus qu'une, de même qu'un seul pont-levis au lieu de deux ; tes anciens fossés sont comblés et les jardins sont détruits. Le donjon , de forme carrée et flanqué de quatre tours, a cinq étages, ün escalier eu pierre, hardiment exécuté, conduit jusque sur la calotte, au-dessus de laquelle est une petite guérite en pierre. Oe-cet endroit on découvre tout Paris. Sous le donjon sont creusés des cachots dont une partie a été comblée ; la salle du rez-de-chaussée a longtemps porté le nom de Chambre de la i/mstion. C’est ce donjon , aux murs si épais que le temps n'a pu l'entamer encore, qui a servi longtemps de prison d'État.

Engucrrand de Marigny, ministre de Louis-le-Hutin, fut le premier prisonnier d’État qu’on enferma dans le donjon de Vincennes 1 1315). Louis XI y établit pour gouverneur son barbier Olivier-le-Daira. Le plus important prisonnier de Vineennes, sous ce règne, fut l'amiral Chabot'. Charles IX y (H conduire, en 1574, son frère le duc d'Alençon, avec Henri de Navarre, .Lamothe, Coconas, et les deux maréchaux de Montmorency et de Cossé-Brissac. Sons Louis XIII , le prince de Coudé y fut détenu , du 15 septembre au -20 novembre 1 619. Le cardinal de Hichelieu y fit enfermer tour- à tour le maréchal (krnano, le duc et le chevalier de Vendôme, Marin de Uonzague, ladurhesse de laongueville, Sigismomi, roi de Pologne, le duc de Puylaurens, et Jean'de Werlh ( 1625-1642). Sous la régence d’Anne d'Autriche, le duc de Renufort, surnommé le roi des halles, entra, le 14 juillet 1643, au donjon de Vineennes d'où il s'évada cinq ans après. Mazarin se vengea en faisant emprisonner dans la même chambre le gouverneur Chavigny, soupçonné d'avoir prêté les mains à la fuite du duc. Le IB janvier 1650, les princes de Condé et de Conti et le duc de Longueville furent enfermés dans le donjon, où ils demeurèrent jusqu'aux premiers jours de novembre qu'on les en tira (tour les conduire dans la citadelle du lièvre. L’abbé de tiondy, depuis cardinal de Retz, arriva è son tour à Vincennes, le 18 décembre 1652, et fut ensuite transféré au ehAtean de N'aules, le jour môme où, par les soins de ses amis, tout était dispose [tour son évasion. Sous Louis XIV, ht surintendant bouquet , conduit d'Amboiscà Vincennes, comparut devant le tribunal chargé de lui faire son procès ( 1661 ). l-auzun lui succéda et partit de. là pour Pigncrol, où les deux prisonniers sc retrouvèrent. Sous la régence du duc d'Orléans, un Polignac fut enfermé à Vincennes (18 juin 1717). Plus tard (7 janvier 1719), le château reçut quatre prisonniers compromis dans la conspiration de Ollamare, mais dont lus noms sont restés inconuns. .

Parmi les prisonniers gardés à Vincennes , depuis cette époque jusqu’au gouvernement consulaire , nous nommerons le fameux abbé, Pucellc , qui soutint à la tête du Parlement une lutte terrible contre le cardinal de Fleury (81 mai 1723); le ministre de la guerre Leblanc," accusé de péculat ( 1724-1725); le père Royer, prédicateur célèbre, coupable d’avoir prononcé un sermon janséniste (1739-1755); Louis-Joseph de Vendôme, fils naturel du duc de ce nom, enfermé pour un pam-

phlet «'(Krtre les trois demoiselles de Mailly ; Crébillou lüs, auquel son roman de iMvgiis et Clovdvar valut cette rigueur { 1734 ) ; le prince Charles-Édouard, fils du prétendant d’Écossc (10-18 décembre 1748); le philosophe Diderot (juilletnovembre 1749) ; le marquis de Mirabeau, surnommé l'ami des hommes (1761 ); Mazors de Latude, une première fois enfermé dans cette prison 1 174 1), d'où il s'évada en plein jour, repris et transféré," le 15 août 1764.de la Hastilic à V-mrennes, d'où on le reconduisit à Cbarenlon , en 1775; le malheureux ■ Le l’révot de Reaumont (octobre 1769 mars 1784), auquel on infligea les plus cruels traitements , le cachot, les fers , la famine; et enfin l'illustre comte de Mirabeau , arrêté à Amsterdam, le 17 mai 1777, et écroué sous lettres de cachet, le 25 , à Vinceimes; Mirabeau demeura prisonnier jusqu'au 17 décembre 1780. C’est là qu’il composa disn ouvrages : Ytitpiun dévalisé et les lettres de cachet. En 1784, le donjon de Vbiceones fut supprimé comme prison d'État. Louis XVI , en l78fx, y lit établir une boulangerie qui donnait le pain à un sou meilleur marché les quatre livres; mais le donjon ne conserva pas longtempscette pacifique destination. Le gouvernement, en 1790, y fit exécuter des réparations pour en faire une succursale des prisons de Paris ; toutefois ce projet ne se réalisa point : le peuple s'étant porté en tumulte à Vincennes, les travaux ne purent être continués, et l'Assemblée nationale en ordonna la démolition. Son décret ne fut pas exécuté. Du 7 floréal an il jusqu'au 27 frimaire an ni, le donjon de Vincennes servit de prison aux femmes de mauvaise vie.

Le duc dEnghien, arrêté le 15 mars 1804, à Ettenheim-, arriva à Vinoennes, le 20, «cinq heures et demie de l'après-midi. On le mena dans le pavillon du Roi, où il se coucha et s'endormit ; on fol obligé de le réveiller, pour lui faire subir un intiTrogntoire de la part du capitaine rapporteur, line commission militaire, choisie, aux termes de ia loi, parmi les sept plus anciens colonels des régiments en garnison à Paris, avait été nommée par arreté du Premier Consul, du 29 ventôse an xil , à l'effet de juger le prince. Elle s'assembla pendant la nuit, et le fit comparaître devant elle. Les réponses du duc furent franches et dignes. Il insista pour avoir uneentrevue avec le Premier Consul. La commission prononça ia peine de mort, et, après le temps nécessaire pour faire les dispositions, le due fot conduit' dans un des fossés du chilleau, celui qui est sous le |tavillon de la Heine, et, dans lequel on descend par la Tour du Diable, Là on lui lut sa sentence, et on le fusilla à la lueur des lanternes : son. corps fut enterré dans le fossé même. Avant de procéder à l'exécution, on lui avait donné, sur sa demande, une paire de ciseaux avec laquelle il coupa une mèche de ses cheveux, qu'il pria d’envoyer à la princesse de Rohan Chabot. Quand il fut mort, on le fouilla et on prit sur lui son journal. Il fut enterré avec ses habits- Le 15 mars 1816, Louis XVIII ordonna l'exhumation du duc il’Enghieii , auquel on éleva, dans hi chapelle, le tombeau dont nous avons parié. Ou érigea dans le fossé, à la place on le prince avait été frappé, une colonne commémorative, qui a été enlevée en 1830 Quatre ans après la mort du due d'Engiiien, le donjon de Vincennes lut rétabli comme prison d'état. On y transféra, le 7 juin 1808, dix-sepl prisonniers sortis du Temple, parmi lesquels figurent les deux frères Armand et Jules de Polignac, maint de leur bien, dit le registre d'écrou, et élargis le 23 juin 1810. Le donjon

VINCENNES

continua à recevoir des prisonniers, par mesure de police générale, jusqu'au 9 février 1814, qu'on les remit tous en liberté. Nous remarquons sur les registres d'écrou Gérard de Kaineval, ancien conseiller d'état (3 décembre 1808 — 24 février 1809); le marquis de Puivert, depuis gouverneur de ce château sous Louis XVIII et Charles X (8 septembre 1809- 1814) ; Xavier Mina , devenu si célèbre dans la guerre d’Espagne de 1823 ( 20 mai 1810-1814) ; et le munitionnaire général Gabriel Ouvrard |G juin 1810— 11 janvier 1811). Viennent ensuite, par suite des discussions de l'empereur avec le pape, ceux qu’on appela les cardinaux noirs : les abbés üartroz, Fontanact Perreau (4 janvier 1811-1814) ; les cardinaux Michel di Pietro, Jules Gabrielli, Charles Oppizonni, Grégorio, prélat de la cour de Rome, et Joachim Isabelli, prêtre (22 février — 26 janvier 1813); le général Lahorie, écroué le 2 avril 1812, et transféré le 14- juillet à la Force, où il trouva la mort dans la conspiration Mallet; MM. de Broglic, évêque de Gand; Hirn , évêque de Tournai; et l'abbé de Doulogne, évêque de Trojes , aumônier de l’empereur (12 juillet — 13 décembre 1813); l'abbé de Boulogne, écroué de nouveau, le 28 décembre 1813, et mis en liberté en 1814. Depuis cette époque, le donjon de Vinccnnes n'eut plus aucune destination ; ce n’est qu'uprès la révolution de 1830 que les portes en furent ouvertes de nouveau pour se refermer sur les ministres de CharlcsX.MM.de Polignac, de Peyronnet.de Chantelauze etdeGuernon- Kanvillc restèrent prisonniers à Vinccnnes , depuis le mois d'aoüt jusqu'au mois de décembre. On sait qu'ils en sortirent alors pour être transférés au château de ilam. M. de Polignac avait été placé dans son ancienne chambre du quatrième étage; il retrouva, parmi les traces de sa première captivité, un méridien qu’il avait profondément creusé dans la pierre de la salle commune et qu'on y voit encore.

Les souvenirs de l’histoire militaire de Vincennes ne remontent pas au delà de 1420. Dés le mois de décembre de cette année, le château appartenait aux Anglais, ainsi que la Bastille. Charles VU, en 1436, assiégea Vincennes, avant d'entrer à Paris, et s’en empara par un coup de main. Les Angluis réussirent bientôt à le reprendre; mais un Français , nommé Chabanncs, s’en rendit maitre, à son tour, après un assaut acharné, et le roi l’en nomma gouverneur. Vincennes, depuis ce moment, resta au pouvoir des rois de France. Ce n’est qu’en 1588, dans la fameuse journée des Barricades , que les ligueurs s'en saisirent , aussi bien que de la Bastille. Quelques semaines plus tard, le capitaine Saint-Martin, par une nuit obscure, força les portes, égorgea les sentinelles et replaça l'étendard royal sur le donjon. Les ligueurs, ne pouvant l'enlever d’assaut , en formèrent le blocus ; mais ce ne fut qu'au, bout de quinze mois que Saint -Martin consentit à capituler (12 mai .1590). Le 12 juin delà même année .pendant le siège de Paris, Henri IV voulut aussi occuper Vincennes; il l'investit en personne et soutint un rude combut, d'un côté contre le feu de la forteresse, de l'autre contre le duc d’Aumale qui accourait au secours de Paris : mais cette dernière ville, s’étant rendue par famine, le donjon de Vincennes capitula, le 27 mars 1591 .

A partir de cette époque , il u’est plus question de Vincennes, comme place forte, jusqu'aux premières années du xtx*' siècle. Une note, tirée de l’Atlas du premier consul, conservé au ministère de la guerre, porte écrit, à la date de vi. 94

1805 : « Comme poste de casernement, le château de Vincennes est d'une grande importance par l'étendue et la beauté de ses bâtiments-, il a, d'ailleurs, un degré do résistance qui le rend propre à recevoir un dépôt d'artillerie et des munitions pour le service de Paris. Le château de Vincennes ne peut avoir d'autre objet militaire que de défendre d'une insulte les établissements qu'il renferme et tes dépôts qu'on peut y placer. 11 a tout le degré de force que son importance réclame , et il suffit de bien l’entretenir. » C'est pour réaliser ces idées que Napoléon nomma gouverneur de Vincennes, le 2 février 1812, 1e général Daumesnil, connu sous 1e nom populaire de la Jambe de bois, Daumesnil ne manqua pas à cette mission. Vincennes devint l'arsenal de la France : on y vit arriver jusqu'à cent cinquante voitures de poudre par jour; et dans les années 1813, 1814, 1815 et 1816, la fabrication s’éleva à trois cent cinquante mille cartouches et quarante mille gargousses dans une seule journée. La capitulation de Paris, signée le 30 mare 1814, stipulait que te matériel qui environnait Paris devait être remis entre les mains des alliés. Le brave Daumesnil refusa de reconnaître cette stipulation qui n'était pas signée de l’Empereur; il menaça de se faire sauter, et ne rendit la place que lorsque Napoléon eut signé son abdication. Les Cent-Jours ramenèrent Daumesnil à Vincennes. Le lendemain de l’entrée de Napoléon à Paris, ce général était à son ancien poste (21 mars 1815). La seconde invasion l’y retrouva aussi ferme que la première. Ici on meurt et on ne se rend pas, fit-il écrire Sur les mure de la place. Sommé d'en ouvrir les portes , par les commissaires des alliés, il leur fit, du haut des remparts, cette réponse à la fois sublime et spirituelle : « Quand nous rendrez-vous Vincennes? — Quand vous me rendrez ma jambe. » Cinq mois de blocus 1e réduisirent enfin à capituler; mais il ne remit la place qu'au gouvernement français.

Après la révolution de 1830, le général Daumesnil reprit 1e commandement de Vincennes, qu'il garda jusqu’à sa mort (17 août 1832). Le titre de gouverneur fut alors supprimé. On fit de Vincennes un vaste parc d’artillerie , sous 1e commandement d’un lieutenant-colonel. H. le duc de Montpensier vint ensuite prendre 1c commandement de l’école , et s’établit dans une partie du palais qui a été restaurée par ses soins. Le Musée s'est accru considérablement , le matériel augmente de jour en jour. Depuis 1830, des travaux importants ont été exécutés à l’ancien château. On a relevé d'abord la crête des galeries avec des terres prises dans tes fossés, et qui en ont augmenté la profondeur. On a ensuite établi des casemates voûtées sur tout le pourtour de l'enceinte où il n'existait pas de bâtiments : ces casemates sont destinées à loger" des hommes et recevoir de l’artillerie en batterie sur leur plate-forme. En outre, après la construction de quelques pavillons pour l'état-major de la place, on a approprié relui de la Reine au logement de M. le duc de Montpensier, commandant en chef l’artillerie. Enfin . on a creusé un puits artésien dans le fossé du château , en avant du bastion du nord-est'; ce puits sert à l'approvisionnement de la garnison. Une annexe a été ajoutée au château de Vincennes, en 1841 : c’est une enceinte bastionnée, s’appuyant sur la face du château et présentant un périmètre nouveau de quinze cents mètres environ. Les bastions sont terrassés, et les courtines n'offrent que des banquettes sur arceaux pour tes fusiliers. Cette annexe étant destinée à

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recevoir le casernement de deux régiments de cavalerie, on -y a construit des écuries pour mille à douze cents chevaux. t,e château de Vincennes pourra recevoir de quatre à cinq mille hommes de garnison.

Vincennes , situé maintenant en-dedans de l'enceinte des forts , a perdu de son importance militaire. Cette place, qui, du reste, n’eût jamais été en état de soutenir un siège régulier, n'a pas été comprise dans la loi des fortifications de Paris, et n'a reçu un tel accroissement que pour utiliser ce qui existait déjà : elle suit encore la destination que te premier consul lui avait donnée , et se trouve à l'abri d’un coup de main et protégée par le fort de Saint-Maur. Le village est séparé du château par la grande route; on y compte plus de 3,000 Ames; c’est un cheflieu de canton compris dans l'arrondissement de Sceaux. Le bois a quatorze cent soixante-sept arpents de superficie. Neuf routes aboutissent à une étoile qui en occupe le centre , où s'élève un obélisque rustique , surmonté d'un globe et d'une aiguille dorés. Louis XV, en 1731, lit abattre et déraciner tous les arbres du parc et du jardin, dont le terrain fut réuni à la forêt r on y sema des glands par son ordre, et c'est de ces plantations que proviennent les chênes actuels du bois de Vincennes. On sait qde ce bois a été, pendant longtemps, le champ clos des duels de Paris. Le plus récent et le plus célèbre est celui dans lequel succomba Armand Cerrel, le 23 juillet 1836. 1

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