RÉSILIÉ
Sous le rapport des productions minérales, l'Alsace est encore un pays privilégié : le sol y renferme do l'or, de l’argent, du cuivre, du plomb, du fer, du manganèse et d'nutres métaux dont l'exploitation fait la richesse de plusieurs vallées. Les mines de Sainte-Marie étaient en grande activité , dès le xr siècle, et occupaient, au xvi*, trois mille ouvriers. On trouve l'or en paillettes dans les sables du Rhin, quelquefois même dans les cailloux; mais l'extraction en grand est abandonnée, le résultat ne compensant pas les frais d'exploitation. On prétend en avoir dé-couvert à Sainte-Marie, et l'on voit dans le canton de W'illé des restes de travaux exécutés antérieurement dans la mine d'or dite des Portes de fer. Il v a de l'argent à Sainte-Marie et dans les cantons de Willé et d’Obornai , mais ces mines ne sont plus exploitées. Sainte-Marie fournit encore du plomb sulfuré, que l’on rencontre par amas fort considérables dans des filons encaissés de gneiss; il existe également du plomb à (îiromagny et au banc d'F.rlenhach. On extrait du cuivre dans le territoire do la Petite-Pierre, de Willé et de Sainte-Marie, et l’on v fabrique en grand le cuivre rouge et le laiton. On a découvert de l’antimoine, dans le val de Willé; de l'ocre, dans le canton de Niederbronn; du nickel, du cobalt et du manganèse à Sainte-Marie. Le fer abonde dans toute la province, dont les nombreuses usines fournissent principalement le fer en grains qui alimente les fourneaux du pays. Partout le minerai est traité au charbon de bois: la facilité avec laquelle on se procure ce combustible fait que l'on néglige en Alsace l'exploitation des houillères et des tourbières : elle pourrait cependant y être faite sur une vaste échelle. On fabrique dans le pays toute espèce de fer forgé, en ban cs et laminé, et toute espèce de fonte, soit en gueuses, soit en pièces mécaniques ou d’ornement : les forges de Niederbronn sont les plus belles. Les instruments de mathématiques et d'horlogerie de l'Alsace jouissent de beaucoup de renommée; les deux départements possèdent aussi des manufactures d'armes. On a essayé d'y fixer la fabrication de l’acier, mais avec peu de succès, à cause du voisinage de l’Allemagne. Les Vosges, dans les contrées inférieures aux rochers granitiques, fournissent en outre des pierres à biltir dont les plus estimées sont celles de Wolxheim, . de Diemeringen , de Drolingen, de Hermolsheim et de Kronthal; c’est de cette dernière espère qu’a été construite la tour de la cathédrale de Strasbourg. Le pav s » offre quelques carrières de piètre, mais pas d'ardoisières ; aussi les tuileries y sontelles partout très-nombreuses. On tire du sol un sable fin qui est employé dans la fabrication de la poterie.
Il y a en Alsace plusieurs sources d'eau salée : à Dumeringen, par exemple, il Harskirch et à Soultz, on compte un plus grand nombre de sources minérales, et dans quatre on a formé des établissements sanitaires. Wattwiller est aujourd'hui à peu près abandonné ; mais on fréquente Soultzbarh , Soultzmath et Niederbronn. Soultzbach est situé dans la charmante vallée de Munster; la source minérale découverte dans cette commune, en 1603, jaillit d’une montagne granitique et remplit , dans l'espace de quatre heures environ , un liassin qui peut contenir dix-huit cents litres. L’eau, qui a une saveur vineuse et acidulée, ne gèle jamais : on en exporte annuellement de douze il quinze mille cruches. La source de Soultzmath était déjà connue, au xv* siècle; elle est assez large, profonde, et construite en forme de puits, d’où l'on tjre l’eau par le moyen d’une pompe. Cette
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eau lie gèle jamais , non plus , et a une saveur aigrelette qui la rend très-agréable à boire; une «ronde source, dite sulfureuse, est employée pour les bains. Les eaux de Niederbronn , connues sous les Humains, attirent encore plus de visiteurs ; on s'en sert pour les bains et on les prend en buissons : elles ont une saveur salée et contiennent une grande quantité de muriate de soude.
Avec des éléments aussi variés, aussi riches, fécondés par l'activité naturelle des habitants , on né s'étonnera point que le commerce ait toujours prospéré en Alsace? Les produits des manufactures, ceux des mines et des forges, les bois, les vins, les grains, sont les principaux objets d'échange ; il ces divers articles il faut en ajouter d'autres fabriqués dans le pays, savoir de gros drap pour les habitants de la campagne, de fines toiles de lin , des bonnets de laine et de coton , des cuirs d'une excellente qualité, des toiles à voiles et des cordeaux. Les Alsaciens exploitent , en outre , des omidonneries, des verreries et des papeteries. Enfin l’art typographique et la lithographie sont très-florissants à Strasbourg, ainsi que le commerce de la librairie.
En Alsace, plus que partout ailleurs, les moeurs diffèrent suivant l'état et la . condition des personnes. La classe des artisans et des cultivateurs , grossière en général dans son langage , l'est aussi souvent dans ses habitudes ; ceux du Sundgaw portent parfois la rudesse jusqu’à la cruauté. Dans les montagnes , on ne vit que de traditions ; la croyance aux sorciers et aux revenants existe encore en plusieurs cantons , et on y observe de nombreuses pratiques superstitieuses , parmi lesquelles il en est de touchantes ; par exemple, si une mère meurt en donnant le jour à son enfant, on ne l'enterrera pas sans lui mettre des chaussures, car elle tiendra, la nuit, pendant six semaines, donner ses soins au nouveau-né. Dans la campagne, l'enfant quitte rarement les champs; cette vie le rend fnigal et infatigable au travail. Quand il se marie, on le coiffe d'un énorme chapeau ; il revêt une immense redingote verte ou bleue retombant jusque sur les , talons, un gilet rouge ou jaune, une culotte noire, et il conserve ce bizarre accoutrement jusqu’à la fin de sa carrière. Le costume des femmes, de meilleur goût , ne varie pas davantage : il se compose ordinairement d'un jupon rouge à bordure noire, et d'un corsage noir ou brun, étroit, avec de larges emmanchures, et quelquefois broché d'or; les bras ne sont garantis que par les larges manches de la chemise. La chevelure est tressée et relevée derrière par un toquet noir, souvent aussi broché d'or. Cette vie de tradition a conservé dans les campagnes des traces nombreuses de l'ancienne nationalité : presque tous les habitants y entendent, il est vrai, la langue française ; cependant ils tiennent à parler allemand, et quelques-uns même conservent la vieille rancune , qu'ils ont héritée de leurs pères, contre ceux qui parlent uniquement la langue française et qu'ils appellent Welches. Bons Français, d'ailleurs, ils s'enrôlent avec joie sous les drapeaux de la patrie. L'ouvrier alsacien a pris une part plus grande à la civilisation : il est franc, sincère, généreux, capable de dévouement ; ses goûts modestes le portent à l'économie; il n'a rien conservé de l'ancien costume, et notre langage lui est familier; enfin il est Français par les mœurs, comme il l’est de cœur. Nous en dirons autant des commerçants, des industriels, qui tous parlent français; mais peut-être ne trouve-t-on pas cher eux la même générosité. La plupart sont hardis
liait» leurs entreprises. (J liant aux administrateurs , aux magistrats, et à ce qu’on est convenu d’appeler la haute société , elle ressemble à relie des autres provinces. Toutefois les croyances religieuses établissent encore des différences qui doivent être signalées. I.es catholiques romains habitent presque tous le pays haut ; ils sont plus nombreux , plus tolérants que les dissidents, et joignent h une foi ardente une véritable piété et une vénération profonde pour les ministres du culte. Les protestants vivent dans une partie des villes et dans quelques villages de la plaine; l’Alsace est la province qui en te n ferme le plus: leur intolérance sépare habituellement les habitants d’une commune en deux camps, lorsqu’il s'agit d'émettre un vote dans un conseil ou dans une assemblée électorale. Les israélites se rangent d’ordinaire du côté des catholiques. Depuis la Révolution , le nombre des Juifs a beaucoup augmenté dans les villes, car un grand nombre a reflué d’Allemagne. Disséminés dans toute la provinre, ils ne jouissent que d’une modeste aisance, surtout dans les campagnes, et n’arhétent que pour revendre, sc considérant toujours comme étrangers. Le tralic, les échanges, le prêt, les absorbent. Ils sont thalmudistes, ignorants pour la plupart et plongés dons des superstitions grossières ; peu connaissent la langue ancienne : malheureusement ils parlent entre eux un hébreu corrompu , et dans leurs relations avec les habitants ils se servent de l’allemand en usage dans le pays, en le prononçant avec un ton nazillard et chantant, qui les fait facilement reconnaître, indépendamment du type inaltérable de leurs traits. La haine injuste qu’on leur portait ne s*est pas affaiblie et se perpétuera , nous le craignons , tant qu’ils ne changeront point leur genre de vie. On ne confond pas , cependant, tous les Juifs dans la même catégorie : il est parmi eux une minorité éclairée qui désire des reformes, et que le respect public accompagne, parce qu'elle s'en rend digne. Nous ne dirons rien des anabaptistes : ils sont peu nombreux et ont conservé les moeurs pures et simples de leurs pères. Ils vivent tous dans les montagnes , comme fermiers ou domestiques de fermes. .
Sous le rapport de l'instruction primaire, l’Alsace occupe un des premiers rangs en Fiance. L’enseignement musical a été introduit dans toutes les écoles : à cet égard les Alsaciens avaient devancé le vœu de la loi. Le goût de la musique est inné chez eux; ils ont toujours pris soin de l’entretenir, et de tout temps ils ont eu des sociétés musicales qui avaient leurs réunions, leurs fêtes, leurs pèlerinages, ainsi que cela se pratique encore de l’autre côté du Rhin. L’instruction supérieure n’a pas moins progressé. Grâce au développement rapide de toutes res institutions, les Alsaciens, si éminemment Français par les sentiments, ne nous paraîtront bientôt plus étrangers par leur langage. Ce changement est d’autant plus désirable, que l’idiome dont une partie de la population persiste à faire usage, est barbare : c’est un patois que les Alsaciens peuvent seuls comprendre , et encore même dans un certain rayon , car ce jargon , mêlé de roman , d'allemand et de français, varie fort souvent de village à village. L'allemand pur n’est parlé dans aucun canton. Nous remarquerons cependant que parmi les journaux quotidiens des principales villes de la province, il en est beaucoup qui sont imprimés sur deux colonnes , l'une en allemand , l’autre en français. Nous rappellerons aussi que lors des magnifiques fêtes qui accompagnèrent l'inauguration de la statue
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de Guttemberg, à Strasbourg, un distribua nu peuple des vers imprimés dans les deux langues el lires aux jeux de tous au moyen d'une presse ambulante.
L'Alsace esl riche en antiquités de tous genres. Eu parcourant les sommets des Vosges , on rencontre ça et là les restes d une muraille de six à huit pieds de haut , forints* d'énormes pierres non taillées et superposées sans mortier : c'est le lleidenmauer, ou mur des païens, barrière que nos ancêtres avaient opposée aux peuplades germaniques. Il y a encore sur ces montagnes d'autres monuments de la même époque : beaucoup d'amas de pierres destinées au culte des dieux, et quelques pierres levées; enliii, il existe un grand nombre de lumuli à Bartenlieim, dans la forêt de la Harth, à llombourg, ÀEnsisheim, etc. Los antiquités romaines abondent à Strasbourg; à llorhnurg, sur ('emplacement de l'ancienne ville iï Argenluvnrm, ruinée par les Vandales, par les Allemands, et, en dernier lieu, par Attila; à Niederhronn et à Altkirch; à Seltz , l'ancienne Salclio; h Schweighausen , et dans les environs de Hittenheim. Elles sont plus nombreuses encore sur l'emplacement de Urocomagvt , l'ancienne capitale des Triboques, aujourd’hui llrumath, et à Eli, l'ancienne Helveiui, sur le territoire de Henfeld. L'Alsace était sillonnée pur un grand nombre de voies romaines : celle du Khin , construite par Agrippa , venait d'Italie; elle traversait Brisaeh, Eli, Strasbourg , et suivait le fleuve jusqu'à son embouchure. Deux autres voies conduisaient du pays des Hauraques en llelvétie : les Humains, pour donner passage à celle qui traversait la vjdlée de la Birse, avaient pratiqué dans un rocher une ouverture visible encore prés de la source de la rivière. Une quatrième route venait de Besançon rejoindre en Alsace la grande voie du Hhin. Il y avait des routes dlllzacli à Brisach et de Thatiu à Épinal, par la vallée de Saint-Amarin; de Horbourg à F.ll, par la forêt d'Ehersmünster ; de Strasbourg à Brumath et à Spire, pour rejoindre lu grande voie du Rhin; de Brumath à la Belgique , par Saverne et Metz; enfin, d’autres chemins coupaient encore la vallée de Schirmcck el celle de Ville. ...
Les monuments du moyen âge sont beaucoup plus nombreux , en Alsace , que ceux des époques précédentes. Nous citerons les églises de Guebwiller, de Thann . de Kosheim et de Rouffach ; la magnifique cathédrale de Strasbourg, à laquelle il ne manque que l'achèvement d'une de ses tours pour être la plus hardie création de l'art gothique ; l'église d'Ottmarshcim , un des plus anciens monuments de la province , que l'on croit avoir été construit pour le culte des divinités païennes , mais qui remonte seulement aux premiers temps du christianisme ; celle d'Avolsheim, fondée par saint Materne et où l'on remarque sur les murs quelques fragments d'inscriptions romaines; les églises romanes de Gueberschwir et de Murbach ; celle de Sigolsheim, qui date du ix* siècle ; l'église gothique de Neuwiller et celle de Gundolshcim , dont le chœur est semblable à celui de la belle cathédrale île Cologne. Nous devons mentionner aussi les belles ruines des abbayes autrefois si célèbres de Crauthal, de Luttenbach , de Murhach, où lient us Rhennnus a découvert le I ’eUeiut 1‘ a te rail us; enfin celles de Saint-Jean-des-Choux et de Marraoutier, dont les églises existent toujours. Mais les ruines les plus pittoresques sont celles des nombreux châteaux, la plupart construits en granit, qui couronnent les sommets des Vosges. On en comptait près de trois cents avant la guerre de trente ans. Le voyageur visite encore, dans la haute Alsace, le château d’Échery,
non loin de Sainte-Marie ; le vieux donjon de Reichemberg, près de Bernheim ; les trois châteaux de Ribcauvillé, le Haut-Rappolstein, le Girsborg et le Saint-Ulric : le second est placé, comme un nid d'aigle, à la pointe d'un roc avec lequel il semble se confondre; le premier» eu une grande importance historique il la lin du xill* siècle; on voit , aux environs, les ruines de la chapelle Notre-Dame de Rusenhach, patronne des musiciens d'Alsace. Ou rencontre ensuite le Reichenstein, dans la forêt de Riquewihr: la tour du llilslein, près du village d'Aubure; les trois tours ( Drein Exe ni d'Eguisheim; le llageneik ; l'immense forteresse du haut Landsberg, au pied duquel est situé le Plrxbourg; le Hohenack, d'où la vue s’étend sur toute la province ; le Geisberg , près de Wihr ; la tour échancrée du Wineck ; le Kientzheim, où ont logé t'harles-le-Téméraire et Frédéric IV; le vieux château de Keyserberg, près duquel se trouvent les ruines de l’église d'AIspach; le Schwarzenbourg, près de Munster; le Judenbourg et le fort Galas, près du Bonhomme: le Schrankenfels ; le Landeck ; le lloh-Ilastatt . anciennement Barhenstein; le Hugstein , sur le chemin de Guebwiller à Mnrbach ; le llohenrupf, qui commande ce dernier village; le Freundstein , qui domine nu nord la vallée de Soultz, au sud relie de Saint-Amarin , et à l’est la plaine d'Alsace; le Jungholtz , près de Soultz; les donjons de Watt willer ; le château d'Engelbourg , que lit sauter Turenne ; le vieux Friedbourg et le llœrenbourg , au-dessus de Saint-Amarin ; le llerççuflurh et l'immense forteresse du Wildenstein , où l'on ne jieut plus arriver que par le moyen d'une échelle. Le vieux château de Rougemont n'est pas moins curieux que les précédents ; du haut de ses murailles on aperçoit la Suisse, le sud de l'Alsace, Belfort, Mulhouse, Altkirch, etc. Rougemont se recommande, en outre, par la légende de la Dame-Blanche. En quittant res ruines, on peut encore voirie château de Rosemont qui, avec relui d'Auxclle et celui de Passavant en l'ranche-t'.omté, était honoré de la qualification les trois pucell-s; les manoirs de Déliés, de Florimout, de laiwenherg, du Blamout, de Morimont et cehii du Landsrron, voisin du village de Leynien , où soixante conscrits, manquant de vivres , ont résisté , |>endant trois jours, il formée coalisée. Non loin de là s'élève le châlr»n de Ferrette, le plus beau monument du moyen âge en ce genre, et, tout prés, le vieux monastère de Lup|Kich , où Dclille vint chercher une retraite, en 1795.
Si, quittant ces contrées, le voyageur entre dans la basse Alsace, toujours en parcourant les Vosges, il rencontrera d'abord le lloh — kueiiigsbourg, au-dessus d’Orschwillcr, le plus vaste et le mieux conservé de tous les châteaux du pays ; le Ramstein; l’Ortenberg, d'où, si le temps est favorable, on aperçoit plusieurs rimes de la chaîne des Alpes ; le Kinlzheim et le Frankenbourg aux traditions féeriques. Au fond de la vallée de Rare on trouve le château d'Andlau, et plus loin les sombres et mélancoliques ruines du Spesbourg ; entre ces deux forteresses se déroule l'une des plus belles perspectives de l'Alsace. Au-dessus de Damhach est le Bernstein; Obernay conserve encore quelques traces du château d'Eticho. Au fond de la vallée de Klingeuthal ( vallée (les lames ) , si célèbre par scs manufactures d'armes, on découvre, nu milieu de vieux sapins, le Kagenfels ; près de Mollkireh, le Girbaden , dont une partie date du temps des Romains; et le lleidcnsrhloss ( château des /miens ). l'n |>eu plus loin, apparaissent le Liilzclbourg et le Ratzamhaiisen, avec, le llcidcnsrhanz, qui doit probablement son origine à une
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ancienne tour construite par les Romains. Enfin le voyageur arrive au mont Saint- Odile , la montagne la plus remarquable de toute l'Alsace. Iiu haut de ce rocher la vue embrasse la plus grande partie de la province, le Brisgaw , le pays de Baden , trente villes, trois cents villages : vaste panorama, découpé par les eaux argentées du Rhin, et borné par les neiges étemelles des Alpes. Quel magniOque spectacle ! et c'est au milieu de ruines séculaires qu'on le contemple. Sur la pente de la montagne se dressent le château ruiné du Landsperg et l’ancien prieuré de Truttenhauscn, près du mur païen; puis le fameux Hohenbourg, ou monastère de Saint-Odile, fondé par la fille d'Eticho et tout rempli des souvenirs de cette illustre famille. De tout temps le mont Saint-Odile a été fréquenté par un grand nombre de visiteurs de toutes les conditions ; la sainteté du lieu y attira la femme de Charlemagne , celle de Cliarles-le-Gros. l'empereur Charles IV, Richard-Cceurde-i.ion , Christian I" de Danemark, le pape Léon IX, et beaucoup d'autres grands' personnages. La femme de Taucrèdc y fut enfermée par ordre de Henri VL Dans les environs du mont Saint-Odile on remarque aussi les châteaux de Birkenfcls , de Drysteiu, de Hagelschloss , et en suivant toujours la chaîne des Vosges, vers le nord, près de Ober-Haslach , la tour carrée deNideck, qui domine la belle cascade du même nom; puis les tours du vieux château de Wasselonne et les restes du Wangcnbourg. Enfin , à l'extrémité de la province s'élève le fameux château de Lichtemberg, ancienne résidence des comtes de ce nom. On raconte qu’un jeune seigneur, pour se veuger de son frère , le fit périr de faim sous une des voûtes souterraines de cette forteresses et que le liarbare, apprenant que sa victime prolongeait sou existence en léchant l'humidité qui suintait des pierres, fit lambrisser les murs. Trois bustes se détachent des nervures de la voûte ; ils rappellent , dit-on , cette horrible histoire. Le premier représente la victime, au moment de la séquestration, dans toute la vigueur de la jeunesse: le second fait voir son visage maigre et décharné ; le troisième le montre expirant au milieu d'horribles souffrances. Le château de Lichtemberg sert encore aujourd'hui à la défense de la frontière : la garde en est confiée à quelques soldats vétérans. 1
t. Aufecblagcr, l'Alsace. — V olu , Grognoue dr l'Alsace. — J. J. GralTunauer, Essai d'un r minéralogie économico-technique des déparlements du Haut et du Bas-Rhin. — Statistique générale du département du Haut-Rhin, pur la société industrielle de Mulhouse. — De Golbér> et Schweighaeoser, Antiquités de l'Alsace. — À. I uchet, Récit de t' inauguration de la statur de Gutenberg. — Annuaires des départements du Haut et du Ras-Rhin. — Noies particulières et manuscrits des auteurs.
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AUVERGNE
BASSE AUVERGNE. PROPRE. — PAYS DE COHBBAILLE. — PAYS DE ERANC-ALLEC. LIMAGNE D'AUVERGNE. — LIVADOIS. — DAUPHINÉ d’ AUVERGNE.
HAl'TE AUVERGNE PROPRE. — PAYS DE CABLA DEZ.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE
Quand, du haut du pic de Sancy, on embrasse du regard la chaîne des montagnes d'Auvergne , par une matinée un peu brumeuse , on croit voir une vaste mer que dominent, comme autant d'écueils, les innombrables Puys du Cantal , des Monts-Dore et des Monts-Dôme. Que, tout h coup, à un signal de l'imagination , cette scène muette vienne à s'animer ; que des gerbes de fumée et de flamme s'élancent de ces cônes volcaniques; que les coulées de lave, aujourd’hui refroidies, s’embrasent sur les pentes; que le fond des bassins se soulève et projette à la surface, de nouvelles cimes ; on aura nne page de cette histoire primitive de l'Auvergne qui n'a point eu de témoins parmi les hommes , mais que la science sait lire dans les entrailles de la terre. Les géologues distinguent le massif des montagnes d'Auvergne en trois groupes ou systèmes qui se rapportent à trois époques différentes de soulèvements , savoir : le groupe dos Monts-Dôme , qui serait le plus anciennement formé , et ceux des Monts-Dore et du Cantal , qui auraient été produits dans leurétat actuel par des commotions plus recentes. Les eaux séjournèrent aussi dans toutes ces vallées ; et la Limagne ne fut longtemps qu'un grand lac. De nombreux débris fossiles nous révèlent les créations successives dont l'Auvergne antédiluvienne fut le théâtre : des tapirs gigantesques et des hyènes à peau rayée parcoururent autrefois les hautes vallées du Cantal , et le castor bôtit sa cabane sur les rives de la Dordogne et de l’Ailier.
Le premier peuple qui occupa ce pays, appartenait à la grande famille gallokimrique ou gauloise, venue en C.aule des bords de la mer Caspienne et du Pont- Euxin, à l'aurore des temps historiques ; il se nommait Arveme et se rattachait à la branche des Galls ou Celtes. Bien des traces de cette origine se retrouvent dans les dénominations locales, et dans les anciens noms d'hommes et de tribus ; le mot Arveme est gallique et signifie montagnard ; Podium, Puy ; Duranius, la Dore; hiodorvm , Issoire; Nemetum, Clermont; lUcomagus , Riom; Tighernum , Thiers, sont des mots formés de radicaux celtiques ; il en est de môme de Lrmane ou Ijcmunia , aujourd'hui la Limagne.
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AUVERGNE
L’histoire constate la présence des Galis, entre les Pyrénées et le Rhin , quinze cents ans avant notre ère ; mais elle ne mentionne les Arvernes qu'en l'an 591 , lors de l'émigration du Biturige Bellovèse dans la haute Italie ; ils figuraient parmi les bandes gauloises qui soumirent la Transpadanc et jetèrent les fondements de la ville de Milan. L'Arvernie formait déjà, à cette époque , un état puissant parmi les petits états de la Gaule ; ses limites étaient les montagnes du Forez et celles des Cévennes, à l'est et au midi; les Cadurkes (le Quercy) et les Lémovikes (le Limousin), à l’ouest; et, au nord, la Loire qui la séparait du pays des Éduens (peuple d'Autun). La fertilité de ses plaines et l'àpreté de ses hautes vallées lui formaient une population moitié riche, moitié pauvre, mais laborieuse , endurcie à la peine, et retranchée, quand il le fallait, dans des remparts naturels, inaccessibles. A leur territoire propre les Arvernes pouvaient joindre celui des Vellaves (Vivarais), et des Uelvii (Gévaudan], leurs clients, et, en quelque sorte, leur appendice naturel. le constitution politique des peuples gaulois était alors une fédération de petits peuples groupés autour d'un plus grand qui leur servait de patron : ils se classaient en clients, sujets ou frères , suivant les conventions de l'alliance et le caractère de l'incorporation. Une nation , habile et belliqueuse, qui savait employer tour à tour la politique et les armes, et réunir autour d'elle le plus de frères, de sujets et de clients, acquérait la prépondérance sur les autres : ce fut le lot des Arvernes, environ trois siècles avant notre ère.
Pour soutenir le rang de leur nation , les rois arvernes déployèrent à leur cour un luxe assurément fort barbare , mais dont l'histoire n'a pas dédaigné de parler : elle cite, entre autres, le roi Luern, qui faisait tomber du haut de son char une pluie d'or et d’argent toutes les fois qu'il parcourait la campagne , et qui faisait creuser des lacs d'hydromel et de vin pour des festins où il invitait tout son peuple. Son fils llituit, non moins magnifique que lui, combattait sur un char d’argent massif. Bituit fut contemporain des premiers établissements romains dans les Gaules. Appelée sur les bords du Rhône par les intrigues des Massaliotes ( habitants de l’ancienne Marseille), la république romaine s'était conquis un petit temtoire entre ce fleuve et la Méditerranée. l)e proche en proche , elle arriva jusqu'aux Allobroges , dont elle attaqua les frontières ; ceux-ci étaient les alliés des Arvernes, et Bituit se crut engagé d’honneur à les protéger. Il envoya pu proconsul Domitius Ænobarhus une ambassade, qui surprit les Romains par sa singularité. L'ambassadeur, somptueusement vêtu, était accompagné d’un barde, qui chantait constamment près de lui , la rote en main , et d'une meute de chiens tirés à grands frais de la Belgique et de l'ile de Bretagne. L’ambassade fut sans résultat. Obligé de recourir aux aimes, Bituit descendit de scs montagnes avec une armée que les historiens font monter à deux cent mille hommes , et dans laquelle figurait une meute dressée pour le combat. La bataille fut donnée sur la rive gauche du Rhône, près du confluent de ce fleuve et de l'Isère; le roi arverne n'avait jamais vu de troupes romaines ; et , à l'aspect des légions qui , formées en ordre séné , n'occupaient qu'un petit espace sur le penchant d’une colline , il s'écria avec mépris : « Ce n'est pas un repas de mes chiens !» Il se trompait : son peuple fut battu ; lui même, attiré par 1a perfidie du proconsul hors des montagnes des Allobroges, où il s'était réfugié, fut envoyé pieds et poings liés à Rome,
III ST O IKK GÉNÉRALE. ft!)
où on le traîna sur son char d'argent, au triomphe du general qui l'usait si odieusement trompé. Bituit laissait en Anémié un jeune entant, nommé Congentiat , que le sénat réclama jionr le faire élever, disait-il , dans la connaissance et l'amour des institutions de la république : on ne sait pas si ces leçons lui profitèrent beaucoup, mais Bituit mourut au bout de peu d’années, dans la ville d' Allie, qu'on lui avait assignée pour prison.
Les Romains réduisirent en province le territoire qu'ils avaient conquis a gauche du Rhône , mais ils n'osèrent point pénétrer dans l'Arvemie : à défaut drs armes, ils attaquèrent ce peuple belliqueux par les intrigues de la politique. Nous avons dit que, par la masse de nations rangées sous leur patronage , les Arverncs étaient alors la première des nations transalpines : Rome suscita contre eux les Éduens, qui s'étaient fait ses instruments dévoués. A force de promesses et de menaces, elle fit passer de leur côté une partie de la clientèle des Arveroes, et la cité d'Autuu put disputer à l'Arvemie la suprématie des Gaules. Four se fortifier contre les progrès de leurs rivaux , les Arvernes cherchèrent alors un appui au dehors : de concert avec les Séquanes (peuple de la Franche-Comté), ils appelèrent à leur aide Arioviste, roi des Germains, de la branche suévique. Arioviste entra dans les Gaules, mais pour y vivre à discrétion, et n’en plus sortir que devant l’épée de Jules César.
Au moment où la Gaule était ainsi pressée entre deux conquérants étrangers, et où la guerre civile épuisait ses forces, elle était encore travaillée par une révolution sociale comparable è ce que fut au moyen Age l’affranchissement des communes. Le gouvernement aristocratique des chefs de tribus et la royauté héréditaire tombaient de toutes parts, attaqués par le peuple des villes; les villes, constituées en république, nommaient des sénats, armaient leurs habitants et se défendaient contre les nobles, qui , à la tête de leurs clients de la campagne, faisaient la guerre pour reconquérir leur ancienne puissance. Rome exploitait à son profit ces querelles intestines , qui troublaient presque touti'S les cités , prenant parti , tantôt pour la noblesse, tantôt pour le peuple, suivant la circonstance. L'Arvemie fit aussi sa révolution. Un chef de tribu, nommé Celtill, ayant voulu s'emparer du pouvoir à main armée, avait été vaincu et brûlé vif dans les murs de Gergovie , capitale du pays: ainsi, guerre étrangère, guerre civile, révolutions intérieures, tout semblait conspirer è l'asservissement des Gaules, quand Jules César en commença la conquête, cinquante-huit ans avant notre ère. Appelé par la nation éduenne pour chasser les Germains, qu'il força de gagner la rive droite, du Rhin, il attaqua aussitôt les cités gauloises de la Belgique. De Belgique, il passa en Atmoriquc et envoya un de ses lieutenants en Aquitaine, entourant , comme d'un cercle de guerre, l'Anernic et la masse des nations qui se groupaient d’ordinaire sous le patronage des Arvernes, mais n’osant pas franchir leur frontière.
Ce furent eux qui prenant l'initiative de l'attaque, en l’année 53 avant J.-C., organisèrent |a ligue de délivrance et donnèrent le signal d'une lutte terrible où le bon droit parut un moment triompher. Celtill , en mourant , avait laissé un fils , nommé Vercingétorix , héritier de l’immense clientèle de son père , brave, ardent , généreux , magnanime et que ses grandes qualités rendirent l’idole du
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peuple. César rechercha son amitié; il lui proposa même la royauté des Arvemes, s’il voulait le servir, mais le jeune patriote repoussa avec mépris les offres de l'étranger. Du fond de ses montagnes, il excita les chefs gaulois à se joindre à lui et devint l'âme d’un vaste complot qui éclata dans les murs de Génabum (Orléans) par le massacre de tous les trafiquants romains. Lui-même, après s’être emparé de la puissance à Gergovie, convoqua une assemblée de toutes les Cités de la Gaule : il y fut nommé généralissime de l’armée coalisés-. l)e ce jour, commença contre César une lutte où le génie guerrier fut aux prises avec le courage civique et la bravoure naturelle. On peut même dire que cette lutte développa, chez le général, gaulois, une habileté devant laquelle pâlit un instant la fortune de Home. Armé de l’autorité absolue d'un roi de guerre gaulois, Vercingétorix eut bientôt réuni une armée nombreuse à la tête de laquelle il harcela l'ennemi. Son plan de campagne, approuvé par les député-s de la Gaule, consistait à ruiner partiellement les Romains, en les affamant : les paysans gaulois ravagèrent eux -mêmes leurs champs; et dans un seul jour plus de vingt villes des Bituriges furent incendiées par leurs habitants ; mais on recula devant la destruction de Bourges : ce fut une grande faute , car César ayant pris cette ville d’assaut et répandu au loin la terreur, par le massacre de tout ce qui lui tomba sous la main , entra aussitôt en Arvemie et marcha droit sur Gergovie que Vercingétorix s’empressa de couvrir avec son armée.
Cette capitale des Arvernes, construite sur le plateau d’une petite montagne, difficilement accessible excepté par une de ses pentes, était fortifiée à la manière gauloise, au moyen de poutres et d'assises de pierres entremêlées : les habitants la défendaient. L’armée de Vercingétorix campait à l’entour dans une enceinte qui; protégeait une redoute d’énormes pierres, haute de six pieds. Chaque jour, des engagements partiels avaient lieu sur les flancs de la montagne, et chaque jour les Romains étaient repoussés dans leurs lignes. Les légions se décourageaient et César songeait à se retirer, mais il voulut auparavant tenter un dernier effort. Ayant éloigné de la ville la plus grande partie de l'armée gauloise, par une attaque simulée sur un monticule voisin , il donna le signal de l’escalade. La redoute du camp fut d'abord franchie , et les Romains arrivèrent sans beaucoup de peine au pied des murailles de la ville. Les échelles étaient dressées, et déjà un centurion atteignait h*s créneaux, quand les cris des femmes et des enfants rappelèrent Vercingétorix. En un moment tout changea de face; les Romains, pris en flanc, furent culbutés, de la ville dans le camp gaulois, et du camp gaulois sur les pentes de la montagne; le massacre fut affreux, quarante-six centurions restèrent sur la place; et la ruine de l'ennemi eût été complète si César, à la tête de sa dixième- légion, ne se fût avancé lui-même , au plus fort du danger, pour couvrir la retraite. Dans aucune aventure de sa vie, si remplie de guerres et de périls, sa fortune ne fut plus compromise et sa vie plus menacée. Quittant précipitamment Gergovie, il repassa l’Ailier suivi de près par l’armée gauloise. Une seconde bataille, livrée par Vercingétorix sur les terres des Séquanes, sembla d’abord réserver à César une nouvelle journée de Gergovie, il faillit être pris et son épée resta entre les mains des Arvernes; mais bientût la chance lui redevint favorable; une charge de ses cavaliers germains ayant enfoncé l’infanterie gauloise, Vercingétorix battit en retraite et
s<‘ réfugia comme il put dans les murs d'Alésia ou César le vint enfermer. O11 connaît l'histoire de ce siège fatal à rimlé|>endunre gauloise , les travail' prodigieux par lesquels les Romains, en tdoqiinnt la ville, se fortifièrent contre les attaques de l'armée extérieure, les efforts des Gaulois et enfin leur défaite.
1-a famine s'étant mise dans la garnison d'Alésia , un chef arverne, appelé Critognat, émit un avis d'une énergie vraiment effrayante ; il proposa de manger tous ceux qui étaient impropres à la défense, plutôt que de capituler; et un murmure, mêlé d’approbation et d'horreur, accueillit ces étranges paroles ; mais Vercingétorix prit une autre résolution. Comme César, en toute occasion, laissait éclater contre lui une profonde inimitié personnelle, il crut sauver ses compatriotes, en se livrant lui-mème; et, montant sur son cheval de bataille, avec tous les insignes du commandement, il sortit de la ville, entra dans le camp ennemi et se présenta devant le tribunal où siégeait le proconsul romain. Après avoir tourné en cercle autour de lui, de toute la vitesse de son cheval, il jeta bas ses armes et attendit son sort en silence. Tous les spectateurs étaient émus jusqu'aux larmes; César seul resta froid et cruel. Vercingétorix , chargé de chaînes, fut envoyé à Rome et après six ans de captivité il mourut de la main du bourreau, au moment même où son heureux vainqueur, maître de la Gaule et usurpateur des libertés de son pays, étalait au Capitole les pompes de son triomphe. Tel fut ce Vercingétorix, le plus grand des chefs barbares qui luttèrent contre Rome, au nom de l’indépendance nationale , si toutefois un tel homme et un tel peuple peuvent être appelés des barbares.
Après la conquête des Gaules, la politique romaine sut ménager l'orgueil des Arvernes : ils restèrent libres, c'est-à-dire maîtres de suivre leurs anciennes lois ; seulement, comme la ville de Gergovie rappelait des souvenirs humiliants pour Rome et pour César, l’empereur Auguste la fit déchoir du rang de métropole et transféra ce titre à une bourgade appelée A 'emelum, située à deux lieues de là , et qui , plus tard , est devenue Clermont. Auguslo-Nemetum , qui devait sou accroissement et son r.ing à l'empereur Auguste, fut en Arvernic un foyer puissant de civilisation romaine : on vit les Arvernes, principalement ceux du bas pays, embrasser avec ardeur les idées et les habitudes des conquérants. Ils se distinguèrent même de bonne heure, sinon par la culture, du moins par le goût des arts grecs et romains. Sous le règne de Néron, le plus illustre des sculpteurs en bronze de ce siècle, le grec Zénodore fondit , pour la capitale des Arvernes, une statue colossale de Mercure , qui ne coûta pas moins de quarante millions de sesterces (8,200,000 francs). Les Arveines firent élever aussi un temple en l'honneur du Génie de la Mort et de la Destruction , le Mars des Gaulois. Ce temple , appelé Vusso, du nom de sa divinité, fut célèbre par sa magnificence; il était revêtu en dehors de grandes pierres de taille , en dedans de marbres précieux , incrustés de mosaïques ; son pavé était aussi de marbre , et sa toiture de plomb. Il fut détruit, à l’époque des invasions germaniques, par une bande d'Allemands, conduite par le roi Crocus. Les nombreuses sources thermales que fournissent ces montagnes volcaniques, furent aussi l'objet de travaux dont on retrouve encore les débris à Rovut { Uegatuin ), à Chaudesaigues (Calidœ aquœ) , et en beaucoup d'autres lieux. Ixs eaux du Mont-Dore semblent surtout avoir attiré
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dès cette époque un grand concours de monde, soit pour l'usage des liains médicinaux, soit pour l'observation de certains rites religieux. Les inscriptions trouvées dans la localité témoignent qu’on y adorait, avec Sylvain et Mercure, le dieu Panthée, symbole des forces créatrices et conservatrices du monde. Le génie païen ne pouvait choisir au culte de la nature un temple plus digne de lui que ces monts gigantesques, ces volcans éteints, ces belles et fraîches vallées qui portent tour à tour dans l'Ame l'étonnement , l'admiration et l'effroi . Les monuments et les médailles donnent à penser que le grand mouvement de la civilisation gallo-romaine su fit sentir en Arvernie dans la période qui s’écoula entre le principat d'Auguste et celui de Marc-Aurèle. Quoique Gergovie eût perdu sa prééminence officielle, elle fut encore longtemps de fait la capitale de l' Arvernie, à en juger par l'abondance des débris gallo-romains enfouis sous son sol ; mais les établissements de l’État furent tous A Aiiguslo-Nemelum : là fut la curie, là furent ces écoles qui jetèrent sur la Gaule le dernier reffet des lettres latines. hiodorum (Issoire] eut aussi un gymnase célèbre qui rivalisa avec celui de la métropole.
L'Arvernie participa aux événements généraux de l'histoire de la Gaule , devenue province romaine, sans avoir à revendiquer pour elle-même jusqu’au V siècle une part importante dans les destinées de l'Empire; mais elle resta ouverte à tous les courants d'idées et de doctrines qui, dans les régions inférieures à l’ordre politique, modifièrent peu à peu et finirent par changer complètement l'esprit de la société romaine. Le christianisme, importé à Lyon par Pothin et Irénéc, et propagé par leurs disciples dans, les vallées du Rhône et de la Saône, sous les règnes de Marc-Aurèle et de Septime Sévère, ne pénétra pas alors dans les montagnes des Arvernes. Ce ne fut qu’en 2â0, sous le règne de Décius, qu'arriva au pied du Puy-de-Dôme l’apôtre de l’Arvernie, Strémonius, appelé vulgairement Austremoine. Il appartenait à cette grande mission du pape Fabien, a la tète de laquelle était saint Denis et où figuraient six autres évêques des nations, parmi lesquels on comptait Paul qui prêcha à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Martial à Limoges , Gatien à Tours. Austremoine demeura successivement à Clermont et à Issoire, où il fut enterré ; autour de lui , se groupèrent de vaillants ouvriers de la foi, Sirénat, Marius, Maucet, Antonin, Nectaire qui répandirent autour d'eux les enseignements chrétiens. L’Église arverne, encore faible et obscure, échappa à la persécution, Urbicus, successeur d'Austrcmoinc, était marié ; mais selon la discipline, dès lors en vigueur, il gardait la continence depuis son épiscopat, et sa femme habitait loin de lui. l'ne nuit, elle vint frapper à sa porte ; il lui ouvrit et manqua de courage pour résister à ses caresses ; cette nuit même fut conçue une fille dont la naissance scandalisa les Églises des Gaules. Urbicus reconnut sa faute et la pleura dans la retraite ; il revint ensuite à son troupeau et fut enterré dans le même sépulcre que sa femme et sa fille. Légon ou Léogontius occupa, après lui , le siège des Arvernes.
Cependant le christianisme, par ses rapides progrès dans les Gaules, avait alarmé le gouvernement romain. L’empereur Maximien Hercule , collègue de Dioclétien , fit faire une recherche générale dans les cités ; et les magistrats découvrirent parmi les troupes en garnison à Vienne , un centre d'affiliation où figurait.
HISTOIRE GÉNÉRALE, au premier rang, un soldat nommé Julien , et son tribun, nommé Ferréol. Ici r’était le soldat, homme d'un caractère énergique et entreprenant, qui avait converti l'officier; ils priaient, iis espéraient ensemble, et la fraternité de la foi avait produit entre eu\, malgré la différence des conditions, l’égalité dans l'amitié. Quand les ordres de l’Empereur arrivèrent , Ferréol en fut informé le premier et dit au soldat que l’excès du zèle avait compromis : « Fuis, car tes jours sont en danger». Julien gagna les montagnes de la Loire, puis celles de l’Ailier, et arriva près de Brioude, poursuivi par les satellites du gouverneur, et traqué le long de sa route par les magistrats ; à Brioude, un païen honnête et compatissant le cacha dans sa maison; mais comme Julien apprit qu'on le cherchait, il sortit de sa retraite et se livra lui-même, pour sauver la vie de son hôte. lrn soldat cruel l’ayant frappé de son épée, il tomba; les autres l’achevèrent par pitié et lui coupèrent la tête, qu’ils emportèrent dans un sac. On attacha cette tête au gibet, sur la place publique de Vienne, pour servir d'épouvantail aux novateurs, mais Ferréol la déroba pendant la nuit ; découvert bientôt et jugé, il subit la mort comme chrétien. Julien fut le premier martyr dont le sang consacra la terre des Arvernes; il devint, dans la suite, le saint le plus révélé, et le véritable patron de la province; Ferréol fut enterré è Vienne. Par une superstition touchante, le peuple crut que l’amitié qui avait lié ces deux hommes g suidant la vie, se prolongeait encore après leur mort , et que pour obtenir la faveur de l’un , on ne pouvait invoquer un meilleur intercesseur que l’autre : on allait donc prier Julien sur le tombeau de Ferréol ; et jamais, au dire de ses biographes, Ferréol ne fit de plus grands miracles que lorsqu’on les lui demandait au nom de Julien.
La tranquillité dont Constance Chlore fit jouir son gouvernement des Gaules, pendant la persécution de Dioclétien, rejaillit sur l’Arvernie : la conversion de Constantin porta bientôt la joie dans ses églises; et quand vinrent les disputes sur la nature et la substance du Verbe, les Arvernes embrassèrent la loi de Nicée ; aucun de leurs évêques ne figure parmi les Ariens. Ils furent maintenus, comme tout le reste des Gaules, dans l'orthodoxie catholique par l'exemple et les livres de saint Hilaire, évêque de Poitiers, champion éloquent et courageux de la consubstantialité, bien digue du surnom qu'on lui donna d’Athanasc de l'Occident. Mais, si vif que filt le sentiment chrétien en Arvemie, au iv siècle, il n'était point général , il s’en fallait bien ; et les païens y formaient toujours la majorité, surtout dans les montagnes, où régna, pendant bien des siècles encore, une superstition mélangée de polythéisme romain et de druidisme gaulois. Le culte des pierres, des arbres, des fontaines, dut y persister plus longtetn|i$ que dans les cités de la plaine, plus ouvertes aux communications, et habitées par des imputations moins ignorantes. Saint Martin fut, dans les provinces centrales' des Gaules, le fondateur d'un système de prédication violente, qui se faisait souvent lu hache et le marteau en main, et qui consistait à briser les statues, à renverser les temples, à couper les arbres consacrés. On ne saurait douter que ce missionnaire et ses disciples, qui parcoururent la Touraine, le Berry et l’Autunois, n’aient pénétré également chez les Arvernes.
Cependant l'empire romain , composé dans le principe de tant de peuples , de mœurs, de langues, d'intérêts différents, avait fini par se centraliser; l’unité
Ai; VER CNE.
administrative et l'uniformité des lois existaient assez complètement dés le temps de Constantin. L’Arvemic forma une subdivision provinciale, une cité, ayant sa curie, ou sénat qui régissait tout le territoire, et le représentait vis-à-vis du président ou gouverneur de la province, agent du pouvoir central. Les Arvernes, dans la division établie par Honorius, firent partie de la première Aquitaine. Le gouverneur provincial avait au-dessus de lui le vicaire des Gaules , dont la juridiction embrassait toutes les provinces transalpines ; puis le préfet du prétoire, qui -administrait les Gaules, l'ile de Bretagne et l'Espagne. Les curies jouissaient d’une grande liberté intérieure : c’était là , dans l'indépendance locale , que s'était réfugié l'ancien esprit romain de liberté politique. Ainsi qu'il a été dit plus haut , la curie avait son siège à Augusto-Némétum, métropole du pays, et qu'on appelait aussi d'un nom plus général rillr îles Ar remis. Les autres villes étaient placées sous sa juridiction : ce ne fût que plus tard , et dans le démembrement de l’Empire, que Riom, Issoire, Brioude, etc., reçurent ou plutôt s'attribuèrent ellesmêmes une existence municipale.
Mais bientôt arrivèrent les derniers jours du gouvernement romain. .Malgré le courage des légions qui gardaient lu frontière du Rhin , la Gaule fut envahie à plusieurs reprises et ravagée par lis Barbares. Une troupe d'Allemands , commandée par le roi Crocus, pénétra en Arvernieet y exerça de telles dévastations que le souvenir en était encore présent deux siècles après. Mais aucune de ces bandes n’était parvenue à s’établir dans l'intérieur du pays; ce fut l'Empire qui commença son propre démembrement. Quand, par des concessions ou des révoltes successives, il eut perdu la majeure partie des Gaules, l’Arvernie resta comme h* débris le plus vivace de son ancienne domination au nord des Alpes. En cITrt les Arvernes pouvaient se dire, au v' siècle, les plus civilisés des Gallo-Romains : la culture de la poésie, l'étude des lois, le. goût des arts régnaient parmi eux, avec la haine violente et le mépris de la barbarie. A leur attachement pour la civilisation , se joignait un dévouement non moins ardent pour les doctrines catholiques, tandis que les Wisigoths qui possédaient la Septimanie étaient ariens. On vit donc presque aussitôt la lutte commencer entre eux et leurs terribles voisins, lutte qui forme un des grands épisodes de l'histoire des Gaules au v* siècle, et dans laquelle le gouvernement romain, par impuissance ou par lâcheté, finit par abandonner l’Arvernie à ses propres forces.
A la tête de ce pays se trouvait alors une famille d'hommes illustres dans la guerre et dans les lettres : la famille d'Avitus , composée de ce personnage, de son fils Erdicius , et de son gendre , Sidoine Apollinaire , poëte , homme d'État , et plus tard évêque. Avitus commanda contre Attila les milices arvernes à la bataille de Châlons, et s'y comporta vaillamment. Bien qu'ennemi déclaré delà barbarie, ses grandes qualités , son esprit élégant et cultivé le faisaient rechercher des rois wisigoths, auxquels il essaya d'inspirer quelque chose de son amour enthousiaste pour la civilisation. On vit par son influence les petits-fils d'Alaric, se pliant aux études de la jeunesse romaine , commenter le Code théodosien et pâlir sur Cicéron et Virgile. Telle fut l'affection de Théodoric pour Avitus , qu’il voulut à toute force en faire un Empereur; et, après la mort de Maxime, les chefs wisigoths , réunis aux députés des cités gauloises, proclamèrent Auguste le noble
Aneriie, d’abord à Toulouse, puis à Arles. Rome n 'accueillit pas volontiers le maître que lui envoyait la Transalpine.
Il parait aussi que l'enivrement de sa fortune subite lui fit rommettre quelques actions blâmables; il fut chassé de Rome, et mourut, on ne sait comment, pendant son retour en Gaule. Mais les cités transalpines, l'Arvernie surtout, prirent fait et cause pour l’empereur de leur choit; et il fallut toute la prudence, toute l’habileté de Majorien, pour empêcher qu'elles ne rompissent avec l'Italie. Cependant Majorien mourut assassiné , et tandis que la pourpre des Césars passait de mains en mains au plus incapable, la couronne des Wisigoths arrivait sur le front d’Euric, le plus distingué de res rois qui furent presque tous des hommes remarquables. Déjà maître d’une partie du midi , celui-ci voulait s’étendre jusqu’à la Loire ; et il envahit l’Arvernie qui l’arrêtait comme une barrière. Réduite à ses propres forces, ne recevant de l'empire ni hommes ni argent, cette province n’hésita pourtant pas à accepter la guerre et Ton vit se reproduire, au pied du Pu v -Dénie, dans ces mêmes plaines de la Limagne où Vercingétorix avait défait César, une lutte non moins héroïque que la première, mais où les rôles avaient changé ; c’était au nom des lois de Rome et pour la foi chrétienne de Rome que combattaient maintenant les petits-fils de Vercingétorix et de Critoguat. Ecdicius, et son beau-frère Sidoine Apollinaire, que les Arvernes s’étaient choisi pour évêque, et qui, en cette qualité, dirigeait toute l'administration de la métropole, furent l'âme de cette résistance aux Barbares. Augustonemctum soutint un long siège pendant lequel Ecdicius fit des prodiges de valeur ; une fois , à la tête d’une poignée1 d'assiégés , il mit en fuite toute l’armée des Goths. La constance des habitants fut tellement admiralde que, mourant de faim, n’ayant plus à manger que les herbes qui croissaient sur leurs murailles , Hs refusaient encore de se rendre. Pendant qu’ils souffraient et succombaient pour rester Romains, Rome trahissait en eux sa propre cause; elle cédait l’Arvernie aux Wisigoths.
Cependant, h1 nom romain fut effacé de la Gaule , il ne se trouva plus (quelques points du midi et de l'ouest exceptés) que des dominations barbares luttant les unes contre les autres pour la possession exclusive du pays. Le joug des Wisigoths n'était certes pas le plus redoutable de tous ; adoucis par un long contact avec la civilisation et intelligents des besoins des vaincus, ils auraient trouvé appui dans la population gallo-romaine , sans leur fanatisme arien qui leur aliéna le clergé catholique. Dans la guerre que Clovis vint faire à Alaric, au midi de la Loire, les évêques si1 déclarèrent pour les Eranks, entraînant avec eux la plupart des cités du midi. Mais les Arvernes, quoique catholiques zélés, restèrent fidèles à leur mission , qui était de maintenir la civ ilisation et d’être en Gaule les derniers représentants de l’esprit romain; il défendirent les Wisigoths. Le fils deSidoine Apollinaire, nommé Sidoine, comme lui, commandait ses compatriotes à la bataille de Vouglé, où il resta parmi les morts. Clovis vainqueur ne pardonna point aux Arvernes: il envoya son fils Thierry à la tête d’une division de son armée, châtier ces rebelles et ravager leur territoire que celui-ci dévasta de fond en comble : r'i-st ainsi que la domination franke fut inaugurée en Anémie.
tomme on vient de le dire , le régime de cette province avait été assez doux sous les Wisigoths, qui lui donnaient pour comtes des nobles gallo-romains, rcspec-