VI
château de Montfort et lui imposa son nom. A la mort du roi Robert ( 1031 ) , Amauri II prit parti pour Henri I" contre la reine-mère, Constance. C'était déjà sans doute un baron assez puissant , car nous le voyons , sous ce même règne (1053) , se dessaisir, en faveur de l’abbaye de Marmoutier, du village de Sénicourt, ainsi que de plusieurs églises situées dans le voisinage , qu'il possédait au pays ehartrain, outre ses fiefs de la Beauce et du Mantois. Amauri eut de sa femme Bertradc deux lils : l'un , Simon I", lui succéda dans la baronnie de Montfort ; l'autre, Mainier, devint seigneur d'Épernon.
Les auteurs parlent de la fidélité que Simon garda, comme son père, au roi de France. Henri 1" lui dut , en grande partie, la reprise du château de Tillières sur Guillaume-le-Bàturd , duc de Normandie (1058); et Philippe I" ne manqua point de l'appeler à la célèbre assemblée des grands du royaume qui assistèrent à la dédicace de l'église de Saint-Martin-dcs-Champs, près de Paris (1067). On peut conjecturer que, dès cette époque, une ville de quelque importance couvrait la colline couronnée par le château de Montfort, puisqu'il y avait dans ses murs un prieuré de Saint-Martin que Simon I" donna, l'an 1072, à l’abbaye de Saint- Magloirc de Paris. Simon avait épousé trois femmes ; entre autres , Agnès , fille de Richard, comte d’Évreux; il fut père de huit enfants. Quatre de ses fils, Amauri III, Richard I", Simon II et Amauri IV, héritèrent tour à tour de la baronnie de Montfort ; le cinquième , Guillaume , fut pourvu , en 1002 , de l'évèché de Paris. La seule de ses trois filles qui ait joué un rôle dans l'histoire est la fameuse Bertrade , mariée à Foulqucs-le-Réchin , comte d'Anjou (1089) , et enlevée par le roi de France, Philippe I", auquel ses grâces et son esprit avaient inspiré une violente passion. Bertrade, par sa mère Agnès, descendait, ainsi que son frère, Amauri IV, d'un fils naturel de Richard 1", dut: de Normandie, Robert, premier comte d'Évreux et archevêque de Rouen. Devenue reine et réconciliée avec Foulques, le même empire qu'elle avait acquis sur le vieux roi, Bertrade l'exerça sur son premier mari. « On le voyait souvent à ses pieds v dit Suger, recevant ses ordres avec tout le respect d'un mortel pour une déesse : tant ce sexe a le pouvoir de séduire ceux même qu’il a le plus cruellement outragés, » la vie d'Amauri 111, ou le Fort, et de Richard I", se consuma dans de petites querelles féodales qui ne présentent aucun intérêt. L’un et l'autre moururent sans postérité ; celui-là , frappé d'un coup de lance dans un combat inégal , succomba le jour même à sa blessure (1089) ; celui-ci fut tué au siège de Conches, dans le pays d'Ouche, où il avait amené du renfort à Guillaume, comte d'Évreux (1092). Simon II, aussi brave, mais moins imprudeut que ses aînés , voulut briller sur un plus ample théâtre que d'obscures guerres de château. Il se mit au service de l’héritier présomptif de la couronne de France , depuis Louis-le- Gros, sixième du nom, et soutint si vaillamment un siège dans les places de Montfort et d'Épernon contre Guillaume-le-ltoux , duc de Normandie, assisté du comte de Poitiers, Guillaume-le-Jeune, et conduit par son propre frère Amauri, qu'il força les assaillants de décamper (1097). Il prit ensuite le commandement des troupes d'Adèle , comtesse de Blois , dont le mari Étienne était à la croisade, et fut d’un grand secours à Louis-le-Gros dans sa campagne contre Bouchard IV de Montmorenci (1101). Simon n'eut point d'enfants , de sorte que la baronnie