MONTFORT -L’A MA H RI
de Montfort passa, vers 1103 ou 1101, à ce même Amauri qui lui avait fait la guerre quelques années auparavant. Sugcr, dans sa vie de Louis VI, qualifie Simon II d'illustre et de baron d'une grande réputation. Orderic Vital dit que sa gaieté donnait du courage aux plus timides.
Amauri IV' commença par entrer dans la conjuration de Philippe de Mantes, son neveu , fils de Philippe I" et de la reine llertrade, sa sœur, contre Louis-le- Gros (1108). Mais plus lard, le roi d'Angleterre, Henri T", l'ayant dépouillé du comté d’Évreux, dont il devait hériter à la mort du comte Guillaume, son oncle maternel , le ressentiment qu'il éprouva de cette injure le jeta , quoique la ville et le château lui eussent été rendus, dans le parti du roi de France, qu'il exhorta vivement à lever une nouvelle armée après la perte de la bataille de Brennevillc (1118-1119). Fidèle à sa haine, Amauri se ligua, en 1122, avec Waleran, comte de Meulan, et plusieurs barons , pour rétablir dans le duché de Normandie le jeune Guillaume Cliton , neveu de Henri 1", auquel ses talents militaires et son crédit suscitèrent de longs embarras. Il défendit, en 1 121, le Vexin français contre le roi d'Angleterre, tandis que Louis-lc-Gros se disposait à marcher, en Champagne, à la rencontre de l'empereur Henri V, et accompagna ce prince, en 1126, dans son expédition d'Auvergne, où il se signala au siège de Montferrand. Amauri V et Simon III, ou le Chauve, tous deux fils d'Amauri IV, possédèrent tour à tour h' comté d’Évrcux et celui de Montfort, lequel n’était déjà plus, à ce qu'il semble, une simple baronnie. Le premier ne se recommande par aucune fondation utile ni aucune action d'éclat (1137-1140); le second, ayant épousé Amiette, fille de Robert de Beaumont, comte de Leycester, livra, en 1159, au roi d'Angleterre , Henri II, Épernon, Montfort, et tous ses châteaux de la Beauce et du Mantois :
« ce qui incommoda tellement le roi Louis-le-Jeune , qu’il ne pouvoit aller de Paris à Orléans, ni même à Étampes'. » Simon III fut un des barons qui assistèrent, en 1177, à la conférence d'Ivri, et souscrivirent le traité de paix conclu entre les deux monarques. Mais son titre véritable à l'attention de l’historien est d'avoir été le père de Simon IV, le héros de la croisade contre les Albigeois.
Simon IV, frère cadet d’Amauri III , comte d’Évreux , eut pour sa part les comtés de Montfort et de Leycester. Nous n’avons point à revenir, ici, sur les exploits ni sur les crimes de cet homme extraordinaire , tout d’acier, comme son armure, et qui n'eut en réalité de grand que le courage : une large part lui a été faite dans les notices sur Albi et les principales villes du Languedoc. Remarquons seulement que ce fut de son temps, et pendant qu'il guerroyait en Palestine, que la ville et le château de Montfort-1' Amauri , dont s’étaient emparés les Anglais, retombèrent deux fois au pouvoir de Philippe-Auguste (1189-1203). Vainqueur du comte de Toulouse , Simon , après avoir reçu dans le Château-Narbonnais le serment de fidélité des Toulousains, voulut revoir ses domaines de France (1216 ).
« Il fut reçu partout, dit dom Vaissette, avec des honneurs infinis. On alloit audevant de lui en procession , et on s’estimoit heureux de pouvoir toucher le bord
1. Entre autres seigneuries appartenant à la maison de Montfort, nous citerons les terres de La - Haye-tle- Liutot, de Cravenl, de La Ferlé- AJais et de Rambouillet. Sinvu lit donna La Uayc-de- Lintol à sa sœur, en la mariant avec Waleran, comte de Meulan ; quant à La Ferté-Alais, celle terre échut en partage à son troisième fils. Gui, lige des seigneurs de Castres.
de ses (éléments. » Philippe-Auguste le déclara son homme -lige pour tous le» fiefs conquis sur les hérétiques ennemis de Jésus-Christ. De retour en Languedoc, Simon trouva dans le gouvernement du pays des obstacles immenses et sans cesse renaissants, dont son génie militaire et son impitoyable politique eussent peutêtre triomphé. Mais une pierre lancée d’un mangonneau par la main d'une femme, l'arrêta tout à coup , sous les murs de Toulouse, dans la sanglante carrière de son ambition (-25 juin 1218). Beau, brave, éloquent, infatigable, doué de toutes les grâces du corps et de l'esprit, plein d'entrainement et de séductions, Simon pouvait, d'ailleurs, prétendre à tout, par lui-même et par ses alliances : il était parent des Beaumont d’Angleterre, et il avait épousé Alix, fille de Bouchard V de Montmorenci. La mort le surprit, avant qu'il donnât au monde le dernier mot de sa destinée. Avec lui finit, en France du moins, la grandeur de sa maison; car, de ses quatre fils, le seul qui hérita de ses rares qualités, Simon, comte de Leycester, étant passé en Angleterre, offensé que Louis IX l’eût empêché de s'unir à Jeanne de Hainaut, y épousa la fille de Henri III , dont il devint un des plus redoutés capitaines. Toutefois un tel prestige entourait ce terrible comte de Montfort, qu'un singulier intérêt de curiosité s’éveille encore de nos jours, au seul nom de la petite ville, premier fief de sa race.
Le fils aîné de Simon IV, Amauri VI , incapable, comme on sait, de tenir tête au jeune comte de Toulouse, abandonna tous ses droits au roi de- France, qui le créa connétable, à la mort de Mathieu de Montmorenci (novembre 1230). Il se croisa, en 1239, fut fait prisonnier à Babvlone et mourut à Otrante, en revenant de la Terre-Sainte (1-2V1). Son corps fut inhumé à Rome, dans l'église de Saint- Jean-de-Latran. On porta son cœur au prieuré de Hautes-Bruyères, de l'ordre de Fontevrault, où lui-même, ainsi que nous l'avons déjà dit dans notre notice sur Carcassonne, avait enseveli la dépouille mortelle de son père; et on l'enferma « dans le creux de l'épaule gauche de sa figure, posée sur un pilier, vis-à-vis celle de Simon, près la grande grille du chœur des religieuses, vers le maître-autel. » Jean, fils d' Amauri VI, fut de- la croisade de 1248; mais il ne put atteindre la Palestine et mourut en Chypre, dès le commencement de L'année suivante. Le comté de Montfort entra dans la famille royale des comtes de Dreux , par le mariage de sa fille unique, Beatrix, avec Robert IV. De ce mariage naquit Yolande1, mariée d'abord au roi d'Écosse, Alexandre III (1286), puis au duc de Bretagne, Arthur II (129i), dont les fils et petit-fils, connus l'un et l'autre sous le nom de Jean de Montfort, disputèrent victorieusement l’héritage du duc Jean-le-Bon à Charles de Blois (1341-1364). Le comté de Montfort ne fut réuni qu'en 1532 à la couronne de France, en même temps que le duché de Bretagne. Cinq ans après, François I" l'échangea avec François II de Bourbon contre le comté de Saint-Pôl en Temois; mais il le reprit sans doute, nu mois de septembre 1544, quand Saint- Pêl eut été rendu à Bourbon par un article du traité de paix de Crépi. Plus tard, Louis XIV érigea Montfort en duché-pairie, sous le titre de Chevreuse , en faveur de Charlcs-Honoré d'Albert de Luynes , qui céda au roi , en échange , la petite
t. Jeanne, soeur d'Yolande, veuve de Jean II, comte de Roussy-Pierrepont, eut la terre de Ram- Itouillct, sous la condition de foi et hommage aux comtes de Montfort-l’Amauii (acte de partage de 1317}.
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ville et une partie du duché de Chevreuse, pouria Communauté de Saint-Louis et de Saint-Cyr (février 1692). La maison de l.uynes était encore en possession de la terre de Montfort, à la (in du xvill* siècle.
Montfort-l’Amauri dépendait avant la Révolution, comme aujourd'hui, du diocèse de Chartres : on y voyait une église paroissiale , un prieuré sous l'invocation de saint Laurent, un Hôtel-Dieu desservi par des sœurs hospitalières, un couvent de capucins et un monastère de religieuses de l'ordre de Saint-Augustin. Chef-lieu d'une élection, avec maitrise des eaux et forêts et grenier à sel, cette ville était, en outre, le siège de deux bailliages , l'un royal, l'autre ducal, dans le ressort desquels, ainsi que dans toute l’étendue du comté, l’on observait une coutume particulière. Montfort avait possédé aussi, dans l'origine, un siège présidial, lequel fut transféré à Mantes, en 1552; enfin, le mouvement du commerce y avait nécessité la construction d’une halle et la création de deux marchés. Sous la République , Montfort-I' Amauri porta le nom de Monlfort-le-Bru!us : c'est actuellement un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Rambouillet, dans le département de Seine-et-Oise; sa populatiou ne dépasse pas 1,800 âmes; mais un y fait un commerce considérable de blé, d'avoine, de fruits, de fourrages excellents, de chevaux et de bestiaux. François Quesnay, médecin ordinaire de Louis XV, qui l'appelait le Penseur, membre de l’Académie des sciences et doyen de nos économistes, naquit, en 1694, au village de Méré, prés de MoulforU l'Amauri ; Jean-Antoine Boucher remplit longtemps dans cette ville les fonctions de receveur des gabelles ; et c'est pendant les loisirs de cette place, que lui avait donnée Turgot, qu'il composa son poème des Mois publié en 1779.
Monlfort-I' Amauri est bâti en amphithéâtre sur une colline baignée par une petite rivière. Du mamelon escarpe où s’élevait le château, on découvre un pays trèsrriche. Les restes de ce château en attestent la force et la magnificence. Deux tours sont encore debout ; les assises des murs ont plus de trois mètres d'épaisseur; les sculptures des portes et les modillons de leur couronnement appartiennent â la plus brillante époque de l’architecture gothique. L’église paroissiale, classée au nombre des monuments historiques, oll're de beaux vitraux peints par Pinagrier et ses trois fils. Sur les flancs du mamelon, entre les ruines déblayées du château , règne une charmante promenade entretenue avec soin par la municipalité. C'est là que, suivant l'expression du poète, on peut s'asseoir
« Sur un débris qui fut un mur de citadelle; »
tandis qu’à scs pieds on voit la ville qui ,
« D'arbres enveloppée ,
Étend scs bras en croix et s'allonge en épée ,
Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié. » 1
1. Le continuateur d'Aimoin. — Suger, Vie de louis VI. — Histoire ecclésiastique d’Orderic Vital. — Bouchet, Histoire généalogique de la maison de Courtenai. — L'Art de vérifier les dates. — Histoire générale de Languedoc. — Duchesne. — Sismondi. — Etat de la France. — Dictionnaire de Uesseln. — Biographie universelle. — Victor Hugo, Odes et ballades.