‹ Histoire des villes de FranceChapitre 128 sur 137 · SCEAUX · texte numérisé non relu

SCEAUX

qu'il la posséda, l'importance de cette terre ne fit que s’accroître : ainsi des lettres de 162 V l'érigèrent en baronnie ; mais ce fut bien mieux encore lorsque Colbert en fut devenu seigneur. D'abord, par lettres enregislWses le 19 août 1671 , il obtint de faire transférer à Sceaux les foires et marchés qui dépendaient autrefois de Bourg-ln-lieinc ; ensuite il lit démolir le vieux chAteau et s'en fit construire un qui fût digne d'un ministre par sa magnificence. Il y renouvela, mais avec plus d'impunité , les fastueuses dépenses de Fouquet à Vaux. Lenétre dessina ses jardins , l-ebrun peignit ses galeries et le dôme de la chapelle , Girardon et Pugct peuplèrent de chefs-d'œuvre le parc et le clnUeau. En 1677, cette belle demeure était déjà en état de recevoir fouis XIV; il y vint, en effet, et les fêtes qui l'accueillirent furent dignes de celles qu'il donnait lui môme à Versailles et à Marly. En 1683, le roi revint encore à Sceaux ; il y fut reçu avec une grande magnificence par le marquis de Seignelav, (ils de Colbert. Ce nouveau seigneur, à qui Sceaux devait de nombreux embellissements, mourut en 1700. Le duc du Maine, l'un des bâtards de Louis XIV, acheta alors le château; Saint-Simon parle ainsi de cette acquisition dont le roi lui-môme avait voulu faire les frais : « M. du Maine acheta des héritiers de M. de Seignelay la belle et délicieuse maison de Sceaux, où M. Colbert, et beaucoup plus, M. de Seignelay, avoient mis des sommes immenses. Le prix; de neuf cent mille livres, qui allèrent bien à un million avec les droits , etc. Les héritiers en conservent beaucoup de meubles , et pour plus de cent mille livres de statues dans les jardins. »

Alors commença pour le château l’ère la plus magnifique. Une cour, composée de ce que la noblesse et les lettres avaient de plus illustre, se forma à Sceaux autour de la duchesse du Maine : c'étaient , d'une part , le président de Mesmes, le cardinal de Polignac, les d'Harcourt, les d'Estrées, les Choiseul, les Mirepoix ; de l'autre, tous les beaux esprits en crédit : Voltaire , qui écrivit là ses premiers madrigaux ; Saint-Aulaire, qui improvisa, pour madame du Maine, le fameux quatrain auquel il dut sa nomination à l’Académie ; Lamotte , qui lit des plaisirs de Sceaux le texte de ses plus jolies lettres à scs amis; enfin, Chaulieu vieillissant et la toute charmante mademoiselle Delaunay. qui lui inspira son dernier amour. On trouvait à Sceaux toutes les sortes de plaisirs, divertissements de jour, divertissements de nuit. L'universel Malézicu organisait tout , et, grâce aux poètes, grâce à Fontenelle surtout, dans chacun de ces plaisirs, comme il l'a dit lui-même, la galle avait de l’e*prit. Le théâtre était l'un des principaux amusements : « La duchesse, dit encore Saint-Simon, jouoit elle-même Ai Italie avec des comédiens et des comédiennes, et d'autres pièces plusieurs fois la semaine. Nuits blanches en loterie, jeux, illuminations, feux d'artifice, en un mot, fêtes et fantaisies de toute sorte et de tous les jouis. »

Mais tout cessa quand le duc et la duché se du Maine, complices de la conjuration de Cellamare, eurent été arrêtés à Sceaux (1718) et conduits, l'un à la citadelle de Doullens, l'autre à Dijon. Lorsqu'ils revinrent de cet exil, leur cour était dispersée : il ne se trouva plus autour d'eux, à Sceaux, que quelques rares courtisans du malheur. Le duc mourut, au milieu de celte solitude, en 1736, et ce n'est qu'après la mort de In duchesse (1753), que le chAteau de Sceaux,

devenu la propriété du comte d'Eu, puis, relie du duc de Penthièvre, dernier héritier des princes légitimés ( 1 775 ) , reprit un peu de son ancien éclat. Les plai sirs, toutefois, y furent moins' bruyants, et en cela plus dignes d’un prince qu’on surnommait partout le Philanthrope et qui avait Florian pour poète chéri. Cet auteur composa à Sceaux ses plus gracieux ouvrages; et, toujours fidèle à ce beau séjour, il y revint mourir en 1794. Le château n’était point encore vendu : la Révolution l’avait épargné, par respect pour son vertueux possesseur. Ce n’est qu’en 1798, qu’il fut aliéné comme bien national. On le démolit tout entier et on rasa le parc. Il ne resta debout que le logement du jardinier, la cuisine, les écuries et le jardin de la ménagerie, séparée du parc. Ce jardin , qui n’avait pas moins de quatorze arpents , fut transformé en promenade publique ; c’est là qu’on donne aujourd’hui le bal champêtre de Sceaux , le plus renommé de la banlieue de Paris. Une ferme, l’une des plus belles de France, occupe l’emplacement du château. Elle rapporte, dit-on, le double de ce que l’entretien de cette seule propriété coûtait au duc de Penthièvre. Sceaux, dont la population est d’environ 1,800 âmes, est le chef-lieu du deuxième arrondissement de la Seine, où l’on compte 123,057 habitants Cette petite ville fait un très-grand commerce de bestiaux. On y trouve, entre autres établissements industriels, une manufacture de faïence qui date de 1752, et une fabrique de colle forte établie en 1826. 1

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