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fii indemnité la portion île la Limagne dont Vodable était la capitale, ainsi que les propriétés des comtes d'Auvergne dans le comté de Clermont. On compta dès lors ■ dans la province deux grandes seigneuries appartenant aux deux branches principales de la maison d'Auvergne : l'ancien comté qui resta à la branche cadette, issue de Guillaume-le- Vieux ; le nouveau qui appartint à la brandie aînée, sortie de Guillaume-le-Jeune, et qui porta le nom de Dauphiné.
Voici l'origine qu'on attribue à ce nom. Guillaume VII avait laissé son héritage à son fils Robert, jeune homme d’un caractère mélancolique et doux; Robert ressentait vivement l’injure faite à son père et la spoliation qui pesait sur lui. Par tristesse et dédain, il quitta les armes d'Auvergne pour eelles des Dauphins du Viennois , ses aïeux maternels , et remplaça sur l'écu d'or de sa maison le gonfanon de gueules, frangé de sinople, par un dauphin d'azur; lui-mème prit le nom de Dauphin, et ses domaines furent appelés /erres dauphines ou fief dauphin. Robert passa pour le chevalier le plus accompli de son siècle : poêle lui-mème, et poëte renommé, il fut le protecteur des troubadours, qu'il attirait de toutes parts autour de lui. Par son influence , la ville du Puy devint le rendez-vous des compagnons du gai savoir, et une sorte de république poétique, où ils chantaient et se querellaient en parfaite liberté. Robert avait pris dans une affection toute particulière l’Auvergnat Hugues de Peyrols, un des plus célèbres troubadours du temps; il l’avait attaché à son service, lui avait donné des armes, des chevaux , et tout le train de vie d'un chevalier. Telle fut leur mutuelle affection , que Peyrols n’hésita pas A lui confier l'amour qu’il ressentait pour sa soeur Assalide, femme du sire de Mercœur, et que le Dauphin, loin de s'en montrer offensé, plaida lui-même près de la dame la cause du poêle, son ami. Mais h* bonheur des troubadours ne restait pas longtemps un secret : les chansons de Peyrols causèrent tant d'éclat , que Robert dut le chasser de sa cour, et blâmer publiquement Assalide. La cour de Vienne consola Peyrols des disgrâces de Vodnblc, et ses premières amours furent bientôt oubliées. Après beaucoup d'aventures il prit la croix. Sa résolution fit événement dans les châteaux et les cours d'amour, et Peyrols le célébra par un dialogue où l'Amour le dissuadait de partir. Ce petit drame fut joué devant la rour d’amour tenue au château de Romanin , en Provence , par l’auteur lui-même et un jeune jongleur, superbement vêtu , couronné de roses , armé d'une flèche d'or, et représentant naturellement dans cet attirail le personnage de Cupidon.
Cependant Robert-Dauphin, tout en échangeant des sirventès satiriques avec Richard-Cœur-de-Lion , son suzerain , le soutenait contre le roi de France ; il s'était même résigné à faire alliance avec Guy, son rousin , fils de Robert-le-Vieux et comte d’Auvergne, pour combattre Philippe-Auguste. Celui-ci n'attendit pas longtemps f occasion de se venger. Guy était frère de l’évêque de Clermont , Robert , mais la proximité du sang ne faisait qu'envenimer entre eux les anciennes rivalités de l'évêché et du comté : ils se brouillèrent ; l'évêque excommunia le comte ; et, après avoir mis ses terres en interdit, soudoya des troupes de Basques et de cotereaux , qui les dévastèrent pendant deux ans. Le comte, h son tour, enleva l'évêque et le retint en prison. Le Dauphin, ennemi personnel de l’évêque , et qui lui reprochait dans un sirvente « de prêcher la comtesse d'Artonnc » , intervint dans la querelle en ravageant les terres ecclésiastiques. Philippe-Auguste
Digiti;
accourut avecune armée , dépoSsé<la le Dauphin , h qui néanmoins il restitua par la suite une grande partie de çes domaines (1109), et força le comte et l'évêque à se réconcilier. Bieutôt le comte et le Dauphin reprirent les armes contre Philippe , à l'instigation du roi d'Angleterre, qui s’était engagé il les secourir, mais qui les abandonna à leur mauvaise fortune. Le comte, irrité, se rendit avec dix chevalier* en Angleterre, pour sommer Richard de tenir sa parole; et en ayant été mal reçu, il revint faire sa soumission au roi de France-. l.a paix était un état insupportable pour ces petits tyrans. Une lutte d’excommunications et de violences recommença entre le comte et l'évêque ; deux fois encore celui-ci fut emprisonné ; et Guy se vengeant de son frère sur l'Église, dépouilla les lieux saints et détruisit de fond eu comble le monastère de Mauzac. Il était temps d'en Unir. Philippe -Auguste envoya en Auvergne une armée redoutable, rommandée par Guy de Dampierre, sire de Bourbon, et par Renaud de Forez, archevêque de Lyon. La campagne dura trois ans , et cent vingt places tombèrent en la possession du roi , qui les retint en dépôt sous la garde du sire de Dampierre , son connétable dans la province ( 12131. Ce fut saint Louis qui, en 1230, restitua au comte Guillaume X ime faible partie de ce qui avait été enlevé à son aïeul.
Ici commence pour l’Auvergne une ère nouvelle : cette conquête de Philippe- Auguste * cette introduction de la royauté française dans le gouvernement immédiat de la province devient un principe de reconstitution et un retour à l’unité. A l'époque où nous sommes arrivés , l’Auvergne est morcelée en quatre grands fiefs, savoir : 1° les domaines de la couronne de France qu on appelait Terre d'Auvergne (7>rrn Arvemiœ),ei qui comprenaient la majeure partie de l'ancien comté: Riom en était la capitale ; 2“ le comté d'Auvergne, réduit au territoire limité par la rivière d’Allier, à l'occident, celle d’Aillou au midi à l’est et au nord, les terres de l'évêché de Clermont : Vic-le-Comte en fut le chef-lieu; 3° le Dauphiné,' diminué encore par Philippe-Auguste et dépouillé des droits du Dauphin sur la ville d'Issoire ; 1“ le comté de Clermont , qui restait aux mains de l'évêque. Quant A la suzeraineté du- duc d'Aquitaine, il n’en fut plus question; les rois d'Angleterre y renoncèrent même formellement.
Lorsque la couronne prenait possession d’un nouveau domaine, elle y installait son administration particulière composée de baillis et de prévôts chargés de rendre la justice, de percevoir les taxes, de lever les hommes de guerre , et de servir de tribunal d'appel dans les débats entre les seigneurs -et leurs vassaux. Ce corps d'administrateurs actifs, hardis, entreprenants, sapait , par son action journalière, la puissance de la féodalité, surtout de la féodalité inférieure, la Terre d'Auvergne eut d’abord un bailli , puis un sénéchal établi à Iliom pour toute la province, et au-dessous de lui vingt un prévôts, dont dix-huit dans la basse Auvergne, et trois dans la haute, lesquels servaient de premier degré de juridiction. Le bailliage de Riom fut un des plus anciens de France, car il existait dès l’année 1229; vers 1229 , il en fut créé un second à Aurillac, sous le nom de bailliage des montagnes ; il relevait du siège de Riom. Outre ces officiers, la terre d'Auvergne eut un gouverneur supérieur qu’on appelait connétable : ce régime dura d'abord vingt-sept ans, de 1213 4 1210, puis survint une interruption. Louis VIII, par son testament fait au chôteau de Montpensier, ayant érigé les domaines royaux d’Auvergne en vi. |i>
Ht AUVERGNE.
apanage, pour son troisième fils, Alphonse, encore enfant , le prince en reçut la délivrance , en 1240 , des mains de saint Louis : ce fut un trouble apporté au travail d'assimilation qui s'opérait entre ce pays et la Fronce centrale. D'ailleurs, l'administration d’Alphonse fut tracassière: il inquiéta les barons sur leurs droits, les villes sur leurs franchises, et contesta auv églises leurs privilèges de garde et de justice royale. L’Auvergne ne le regretta pas, quand il mourut en 1271 , sans héritiers mâles et que, suivant la loi qui régissait dès lors les apanages, la Terre d’Auvergne fit réversion au roi.
La dernière année du règne d’Alphonse vit éclater dans toute la province une sorte de mouvement révolutionnaire que ce prince travaillait sans doute à comprimer et qui se liait à l'état général du midi de la France; les villes et les gros bourgs de J'Auvergne semblèrent s'être concertés pour obtenir soit la confirmation d'anciennes libertés soit la concession de privilèges nouveaux. Ce mouvement datait du commencement du xtii* siècle, puis il s'était arrêté. En 1220, les bourgeois de Clermont avaient arraché à leur évêque une charte confirmative de leurs libertés communales que celui-ci voulait abolir : cette charte ne termina pas le débat, et il parait qu’il fut accompagné de grandes violences de la part des bourgeois, puisque saint Louis crut devoir leur enlever la garde des mura et portes de leur ville, que Philippe-le-Hardi, son fils, ne leur rendit que moyennant une contribution de trois mille livres. La même lutte s'était manifestée à Billom, qui dépendait de l’évêché. Aces premiers faits isolés succède, à partir de 1270, une série d'autres faits évidemment combinés. Cette année même, la ville de Besse obtient des seigneura de la Tour l’octroi de privilèges et coutumes ; en 1271 , c’est Hiom qui reçoit la confirmation et l'extension de ses franchises ; quelques-unes étaient onéreuses aux seigneurs voisins : ainsi les consuls de Riom pouvaient accorder le droit de bourgeoisie aux étrangers, même non résidants; et, sous l'apanage, surtout sous le gouvernement direct de la couronne, on se servit de ce droit pour attirer les vassaux des seigneuries environnantes. Plus tard les seigneurs se plaignirent à Philippe-le-Bel , qui, par des lettres de 1306, ordonna que les nouveaux bourgeois seraient tenus d'habiter la ville aux quatre fêtes solennelles , ce qui n'était pas une bien grande garantie de domicile ; il ordonna par des lettres que les sujets des seigneurs ne seraient reçus bourgeois de Riom qu’en se conformant aux ordonnances du royaume ; ce qui ne tranchait pas davantage la difficulté. Brioude, moins heureuse que Riom, se disputait en 1276 avec ses seigneurs ecclésiastiques pour obtenir le droit de corps commun et de consulat : repoussée dans sa demande , elle la renouvelait encore en 1282. En 1288, Philippc-le-Bel octroie des coutumes à la ville deNonetle, siège d’une de ses prévôtés, tandis qu'Aiguepersc succombe dans sa lutte contre lis comtes de Montpensier, qui lui retirent ses privilèges ; mais les rois de France les lui rendent plus tard. De la basse Auvergne, le mouvement gagne les villes de la montagne : Murat obtient de ses vicomtes le droit d'avoir des consuls, de se clore de mura, de percevoir des droits d'entrée sur les marchandises;. Salera acquiert les mêmes droits, sauf celui de clôture ; et une sentence arbitrale, rendue en 1288, entre l'abbé et les habitants d'Aurillac, reconnaît à cette ville une organisation municipale et des consuls. Mais vainement les habitants de Saint-Flour, sujets de leur évêque, multiplièrent leurs
HISTOIRE GÉNÉRALE, réclamations ; il fallut encore plus d'un siècle pour qu’ils obtinssent les privilèges do consulat, sceaux et archives; et ils les durent au roi. En général, la condition des villes, dans les seigneuries ecclésiastiques, fut plus dure et plus oppressive quelle ne le fut sous las seigneurs laïques ; l'histoire d’Auvergne en serait la preuve au besoin.
En même temps que les villes se constituaient , on voyait s'organiser, sous la main du roi, un puissant instrument d'unité par les États provinciaux. La haute et la basse Auvergne curent chacune les leurs composés du clergé , de la noblesse et du tiers-état représenté , dans le bas pays , par les députés de treize villes, savoir: Clermont, Riom, Montferrand, Billom, Issoire, Saint-Germain- Lambron, Rrioudc, Auzon , Ebreules, Aigue-perse, Saint-Pourçain , Cusset et Langeac; ce ne fut que beaucoup pins tard que six autres villes, dont te désignation varia, furent agrégées à ces treize anciennes. Aurillar, Saint-FIour, Maurs, et Mauriac nommèrent séides des députés aux États de la haute Auvergne. Ces assemblées, que présidait le sénéchal d'Auvergne et auxquelles concouraient toutes les seigneuries , décidaient des affaires de 1a province ; des aides è fournir au roi, des secours d'hommes 4 lui envoyer; elles se réunirent fréquemment dans le cours du xiv* siècle. Philippe-le-I.ong reconnaît, par des lettres-patentes de 1319, que les États d'Auvergne lui ont accordé bénignement et gratuitement, de leur bonne volonté et grâce spéciale , une aide pour la guerre de Flandres : aux époques critiques de 1a monarchie, leur réunion se multiplie ( 1383, 1385, 1392, 13%, etc.). En 1385, le tiers-état refusa l'aide qui lui était demandée ; en 1396 on imposa deux cents livres pour frais d'une députation chargée d’aller vers le roi débattre les gabelles. Les dernières traces des Étals provinciaux de l'Auvergne sont de 1662; ainsi ils survécurent aux États-Généraux de la France.
En face de seigneurs aussi puissants que le roi de France ou un prince du sang royal apanagé, que devenaient le comte et le Dauphin d’Auvergne? Ils sentirent leur faiblesse, se réconcilièrent entre eux , cessèrent , contre les évêques de Clermont , les luttes fatales qui les avaient perdus ; et , se rattachant à la couronne qui les avait dépouillés , ils servirent 1a France avec fidélité dans ses moments difficiles et cherchèrent à se fortifier par des mariages avec les filles de la maison royale. Leur histoire ne contient plus désormais que le récit de leurs services comme vassaux jusqu'à ce que , par des événements de famiHe , leur héritage , grossi des plus riches seigneuries de l'Auvergne, vienne s'agréger paisiblement aux vastes domaines des rois de France.
Les comtes , qui formaient , comme je l'ai dit , la branche cadette de la maison d'Auvergne, acquirent successivement, par mariage, le comté de Boulogne, qu'ils conservèrent jusqu'à Louis XI ; et dans la province d'Auvergne, le Livadois, par le mariage de Robert V avec Éléonore de Baffle ; puis , les terres de Montgascon , Maringues, Jozes, Pontgibaud, Granges, etc., par celui de Guillaume XI avec Béatrix de Montgascon. Des alliances royales jetèrent sur eux un grand lustre : en 1303, Robert VII épousa Blanche de Clermont , fille de Robert de France et petite-fille de saint Louis; et Guillaume XII, son fils, en 1325, Marguerite de France, fille de Louis, comte d'Évreux , cinquième fils de Philippe-le-Hardi : ce qui le faisait beau-frère de Charles-le-Bel , mari de Jeanne d'Évreux , soeur de