‹ Histoire des villes de FranceChapitre 14 sur 137 · AI' VERS NE · texte numérisé non relu

AI' VERS NE

Marguerite. Enfin, le comté d’Auvergne donna à la France une reine, en la personne de Jeanne, fille de Guillaume XII et femme de Jean , duc de Normandie, fils aîné de Philippe de Valois , et depuis roi de France.

Les destinées de la branche aînée qui possédai! le Dauphiné fureut d’abord moins brillantes et son histoire n'oflre qu’un fait remarquable. Le templier Guy, qui joua un rôle important dans la destruction de son ordre, était frère de Robcrt III , Dauphin en 1262. Commandeur d’Aquitaine, Guy était considéré comme la seconde personne de l'ordre après le grand maître. Saisi dès le commencement du procès, il faiblit d’abord et avoua tout ce qu'on voulut, puis il déclara, devant Je légat du pape, que ce qu'il avait dit à cet égard était faux , que ses frères étaient saints, et que le mensonge de ses premières dépositions lui avait été arraché par la menace et les promesses. Il fut brûlé vif avec le grand maître Jacques Molay, le 13 mars 1313 , et montra jusqu'au bout une fermeté héroïque. L’année 1321 vit la maison dauphine s'enrichir des terres de la riche baronnie de .Mercœur, par la succession d’Alixène de Mercœtir, femme de Robert III, et mère de Jean, surnommé Dauphinet.

Cependant la province d'Auvergue entrait de plus en plus dans les intérêts du royaume de France : Philippe-le-Uel la visita, à deux reprises, et y signa plusieurs actes importants ; ce fut lui qui réunit la ville de Montferrand au domaine royal, après l’avoir achetée, en 1292, moyennant six cents livres de rente; Philippe-le-Long amena avec lui le comte Robert VII et l'élite de la noblesse, aux guerres de Flandres, en 1317 et 1318; le comte Guillaume XIII et Jean Dauphinet assistèrent, en 1340, Philippe de Valois contre les Flamands et les Anglais. Les milices du Dauphiné accompagnèrent encore leurs seigneurs dans la campagne de Jean, duc de Normandie, contre le comte de Derby; à Crécy, à Poitiers, toute la noblesse d’Auvergne se trouva réunie sous la bannière de France. Voisine du théâtre de la guerre, après la défaite de Poitiers, cette province souffrit cruellement des déprédations des Anglais ; à plusieurs reprises , elle fut ravagée soit par des armées régulières , soit par des bandes de partisans. Envahie par trente mille pillards que commandait le fameux Robert Knoles, elle leur opposa une petite armée si bien dirigée et si hardie que le chef ennemi battit en retraite. Le Dauphin d’Auvergne, Béraud H, figura, en 1360, au nombre des otages donnés par la France à l’Angleterre pour l'exécution du traité de Brétigny; sa captivité dura treize ans et lui coûta, au témoignage de Froissart , plus de cinquante mille livres , ce qui était énorme pour le temps. Les juges du mérite chevaleresque reconnaissaient en lui un grand chef et un gentil cheratier.

Le traité de Brétigny changea la face des affaires d’Auvergne ; comme il cédait aux Anglais le comté de Poitou qui appartenait à Jean , troisième fils du roi , celui-ci dédommagea le prince en lui donnant le Berry et l'Auvergne : la terre d’Auvergne, érigée en duché, rentra sous le régime des apanages, après quatrevingt-neuf ans d'administration directe par les officiers du roi. Cette espèce de révolution plut médiocrement au tiers-état et en particulier aux villes qui , devenues de plus en plus françaises, tenaient à honneur de dépendre immédiatement de la couronne. Le changement de régime était à peine accompli que l’Auvergne

eut à soutenir une guerre terrible contre les grandes compagnies. En 1361 , les ravages de ces bandes furent tels dans l'est de la France qu'il fallut envoyer contre elles une armée que commanda le duc de Bourbon avec l'élite de la noblesse et qui se fit battre prés de la ville de Lyon. Maltresses de la vallée du Rhône, les grandes compagnies se répandirent dans les provinces environnantes; une forte bande, conduite par un seigneur gascon, nommé Séguin de Badefol , s'empara de la ville de Brioude dont il lit sa place d'armes , et de IA il pilla et rançonna toute l’Auvergne. Après un an d'occupation il évacua la ville moyennant cent mille florins. Comme le mauvais état du palais de Brioude , qui servait de citadelle, avait facilité l'entreprise de ces brigands, le roi Charles V, après une vive réprimande adressée aux habitants, mit à leur charge la réparation des murs et tours de cette forteresse. La noblesse d'Auvergne courut en foule à la guerre de Flandre, en 1382; duc, comte et dauphin se trouvèrent à la bataille de llosberque. Tandis qu’ils guerroyaient ainsi au loin, un partisan anglais, nommé Aymérigot-Merchez , profitant de l'absence du Dauphin, enleva le chéteau de Mercoeur, qui passait pour une place très-forte , et se mit à piller la contrée. La Dauphine , appelant a son aide tout ce qu'il lui restait de chevaliers et d’écuyers, lit mettre le siège devant le château ; Merchei résista longtemps et finit par restituer la place moyennant une indemnité de cinq mille livres. Malgré la capitulation, il fut livré par le seigneur de Touruemire, son [tarent, et envoyé au roi qui le fit écarteler, et ses quartiers furent cloués aux quatre portes souveraines de Paris.

Cependant il advint un accident qui réunit pour un moment sous le même maître lé comté et le duché d’Auvergne. Les comtés d’Auvergne et de Boulogne , habilement gouvernés, de 1361 à 1386, par Jean I*’, ministre d’État sous le roi Jean et sous Charles V, étaient tombés ensuite aux mains de son fils, Jean II, à qui ses grand «s dépenses et sa vie légère valurent le surnom de Mauvais Ménager. Jean 11 vendit ses terres de Livradots, de Combrailles, et le château du Crest qui furent recouvrés en partie par sa famille : quoique prodigue, il était homme de bon conseil pour les autres et fut placé près de Charles VI , quand ce prince eut perdu la raison. Jean avait épousé, eu 1373, Eléonore, tille de Pierre Raymond 11, comte de Comminges, qui, fatiguée des dissipations de son mari, le quitta, en 1380, pour se retirer près de son oncle, le comte d’Urgel, fils du roi d'Aragon. Elle partit, emportant avec elle sa fille, âgée de trois aas , et, sur la route, elle s'arrêta au château d'Orthez chez le comte de Foix, Gaston Phcebus, son cousin. Voici comment Froissart raconte, dans son style charmant, l’entrevue du comte de Foix et de la comtesse d’Auvergne. « Le comte lui fit bonne chère, dit-il, et lui demanda le sujet de son voyage et où elle allait. Monseigneur, répondit Aliénor, je m'en vas en Aragon, de vers mon oncle et ma tante, le comte et la comtesse d’Urgel, où je me veux tenir. Car je prends grand desplaisance à être avec mon mari , messire Jean de Boulogne. Car je euidais qu’il deust recouvrer mon héritage de Comminges devers le comte d'Armagnac qui le tient ; mais il n'en fera rien , car il est un trop mol chevalier, qui ne veut autres choses que ses aises, de boire, de manger et d’allouer le sien follement; et sitôt comme il sera comte, il vendra du meilleur et du plus bel pour faire ses volontés ;

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et pourtant ne puis-je demeurer avec luv. Si, ai pris ma Bile, que je vous en charge et délivre, et vous fais tuteur et curateur d’elle pour la nourrir et garder. Je l’ai, à grand peine, mise et extraite hors des mains et du pays du père, mon mari; quand il sçaura que je vous l'ai laissée, en sera tout réjoui, car jà, m'avait-il dit, que cette fille le mettait en grand doute. Quand le comte de Foix eut ainsi ouï parler madame Aliénor, sa cousine , il fut moult réjoui , et lui dit ; Madame et cousine, je ferai volontiers ce dont vous me priez, car j’y suis tenu par lignage et pour ce votre 011e , ma cousine , je garderai et penserai bien d'elle, comme si ce fût ma propre fille. Grand merci, monseigneur, dit la dame. Ainsi demeura la jeune fille de Boulogne, en l'hôtel du comte de Foix à Ortez, et sa dame de mère s'en aHa au royaume d'Aragon. Elle l'est bien venue voir deux ou trois fois, mais point ne l'a demandée à ravoir; car le comte de Foix s’en acquitte en telle manière comme si elle fût sa fille. »

Cette fille d’Éléonore, nommée Jeanne, et, comme sa mère, douée d'une «me forte et généreuse, fut mariée à treize ans, avec le duc Jean d’Auvergne et de Berry , qui en avait plus de cinquante : les noces furent célébrées à Riom dans le palais du duc, le 9 août 1394 ; ce fut elle qui arracha Charles VI à la mort dans ce bal fatal où le feu prit à ses vêtements , enduits de poix ^ et sa courageuse persistance sauva la vie à Bureau de la Rivière, ministre disgracié, dont le duc, de Bourgogne et le duc de Berry lui-même voulaient la tête. Au moyeu de cè mariage , le comté sortit de la maison d’Auvergne pour entrer momentanément dans la maison de France.

Jean de Berry porta dans l'administration de son duché les mêmes défauts que dans celle du royaume, l'inconstance du caractère et Une grande nonchalance, mêlée à une jalousie du pouvoir plus grande encore. Ses préposés rançonnèrent è qui mieux mieux une province où la guerre civile et la guerre étrangère sévissaient sans relâche : ce fut pour elle une époque d'incalculables désastres. Jean de Berry n'ayant point d’enfants mâles ni de son premier ni de son second mariage, on pressentait qu’une question très-grave se présenterait au moment de sa mort , celle de la rèversion du duché au domaine de la couronne. Prenant d'avance ses précautions, le duc avait surpris à Charles VI , son neveu , l'engagement de maintenir l'apanage entre les mains de Marie, l’ainée dus filles qu’il avait eues du premier lit, laquelle avait épousé Louis I", duc de Bourbon. Il fallait tout le désordre de ces temps pour violer a ce point la loi régulatrice des apanages ; et le duc Jean, sentant sa fin approcher, et craignant qu'après lui la promesse de Charles VI ne fût aisément révoquée, insista pour mettre sa fille en possession dès son vivant. Le parlement s’y opposa, et le roi, effectivement, revint sur l’engagement irrégulier qu’il avait pris ; mais le duc , résolu è passer outre , invita la noblesse et le* villes à prêter serment de fidélité à sa fille, tandis que son gendre plaçait des garnisons dans les places fortes de la province. Intéressée à maintenir l'hérédité des fiefs, la noblesse répondit au désir du duc, mais le tiers-état soutint avec fermeté les droits de la couronne. Jean étant mort sur ces entrefaites, le duc de Bourbon envoya cinq chevaliers attacher ses armes aux portes de Riom ; les consuls refusèrent de les recevoir, et le sénéchal d'Auvergne fit connaître à la ville de Montferrand que des officiers royaux venaient d’être institués pour l'administration de la justice.

La guerre commençait entre le duché et la couronne. Des lettres-patentes du roi ordonnèrent 'l'eiécution des arrêts du parlement, et le dauphin de France, lieutenant-général du royaume ( 1418), rassemblait des foires pour chasser le dur de Bourbon, quand tout à coup Charles VI changea d’avis, ou touillé des larmes de Marie de Berry, ou contraint par le duc de Bourgogne , qui était alors le vrai roi de France. La duchesse de Bourbon fut donc admise à prêter foi et hommage, comme héritière du duché d'Auvergne. La chambre des comptes refusa d’enregistrer les lettres-patentes rendues à cct effet ; le procureur général en appela au parlement , et il ne fallut pas moins que les menaces du duc de Bourgogne pour lever toutes ces difficultés. Ainsi la maison de Bourbon eut un pied dans cette province d’Auvergne , quelle devuit réunir tout entière sous sa puissance. La destinée de Jeanne, veuve du duc de Berry, fut triste et agitée : mariée en secondes noces è Georges de La Trémouille, dont elle se sépara bientôt , elle se. retira dans le château de Saint-Sulpire , qu’elle possédait sur les bords du Tarn. Elle y mourut, léguant son comté d'Auvergne à sa cousine, Marie d’Auvergne de Boulogne, femme de Bertrand de la Tour; ce qui le ramenait dans la famille de ses premiers seigneurs (1422 j. Dans le but de s'emparer de son héritage, on l’accusa, après sa mort, d’avoir fait battre de la fausse monnaie, et d'avoir conclu alliance avec le roi de Portugal, ami des Anglais; et sous ce prétexte, les officiers du roi en Languedoc se saisirent des biens qu'elle possédait dans leur juridiction , mais Charles VII en donna mainlevée. Marie de Berry, plus heureuse, mourut au mois de janvier 1 434 , laissant deux (ils , Charles et louis de Bourbon , dont le premier fut duc d’Auvergne et le second forma la branche de Bourbon-Montpensier.

Les ducs de Bourbon, devenus si puissants, se mêlèrent désormais aux affaires de France, avec une activité souvent funeste à la paix du royaume. En 1440, ce fut Charles de Bourbon , qui , de concert avec le duc d'Alençon , travailla à aigrir le Dauphin , depuis Louis XI , contre son père Charles VII , et suscita la guerre de la praguerit. Dans le plan de campagne des révoltés , on faisait du Bourbonnais et de l'Auvergne les deux boulevards où le Dauphin devait se retrancher, s’il était battu en Berry, mais quant à l’Auvergne on se trompa grandement. A l'approche de Charles VII , qui chassait devant lui les troupes insurgées, les Auvergnats se déclarèrent pour sa cause ; la noblesse vint lui faire soumission ; les villes lui votèrent des secours d'argent et d'hommes ; et les bourgeois de Clermont, ayant à leur tête le comte d'Auvergne , Bertrand I", vinrent lui offrir des subventions dont il avait le plus pressant besoin. L’armée royale n'éprouva dans cette campagne qu’un seul échec , la perte de son artillerie, enlevée près d'Aigueperse par le comte de Cliabamies; mais on parvint aisément à réparer ce malheur. Le roi était à Cusset lorsque le Dauphin et le duc de Bourbon se présentèrent à lui pour implorer leur pardon ; trois des seigneurs les plus compromis dans la révolte les avaient accompagnés jusqu'à trois milles de la ville, mais le roi leur notifia l’ordre de s’éloigner, attendu que le pardon n'était pas pour eux. Le Dauphin ayant osé dire qu'il ayait engagé sa parole , et que si cette parole devait être violée, il se retirerait lui-même; a Partez donc », s’écria le roi indigné, « et si la porte de la ville n’est pas assez grande pour vous laisser passer, je ferai abattre vingt toises de murailles. » Le même Dauphin, devenu Louis XI, eut

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encore affaire à un duc de Bourbon, mais non plus cette fois comme ami. Jean II , fils du duc Charles , se fit l'instigateur de cette conjuration féodale qui prit le nom menteur de ligue du bien public : et , grâce à lui , l'Auvergne fut encore le théâtreprincipal de la guerre civile. Louis XI s'y rendit en personne : il y trouva la noblesse mal disposée , mais le tiers-état décidé à soutenir sa cause. Riom refusa longtemps de recevoir une garnison que le duc de Bourbon y voulait placer et qui introduite enfin sous le commandement de Chabannes-Dammartin , y soutint un siège contre le gré des habitants. la paix se fit sans grande peine par les soins de la duchesse de Bourbon, soeur du roi, Louis XI s'étant montré d’autant plus accommodant qu'une autre armée de révoltés marchait alors sur Paris. Le traité de Riom (c'est ainsi qu’on l'appela) contenait cette clause que si les confédérés manquaient à leur serment de fidélité, ils encourraient l'excommunication ( 1165)-, ce qui n'empécha pas le duc de Bourbon de douner de nouvelles et assez vives inquiétudes. Louis XI en écrivit à ses Chers et bien-aimés les bourgeois , manants et habitants de la ville de Riom , les exhortant à lui venir en aide. La ville de Clermont ne se montra pas moins zélée ; aussi .en 1 180 , Louis XI lui concéda , ou pour mieux dire , lui confirma le droit de tenir ses assemblées sans la permission de l'évêque ; en 1181 , il la déclara exempte de taxes.

A Jean II de Bourbon, mort sans enfants (1188), succéda Pierre son frère, mari de Anne de Frauce, fille de Louis XI; ses grandes qualités le tirent choisir pour diriger le jeune Charles VIII , et tant qu'il conserva de l'autorité sur le nouveau roi, le royaume s'en trouva bien. Il mourut en 1503, ne laissant qu'une fille, Suzanne de Bourbon , mariée à Charles de Bourbon , dauphin d'Auvergne et connétable de France, en la personne de qui , ainsi que nous le verrons, finit le duché d'Auvergne. Le comté, depuis le testament de Jeanne de Berry, avait passé à la première brandie de la maison de La Tour-d' Auvergne, dont Jean III fut le dernier rejeton. Il ne laissa en mourant que deux filles, Anne de La Tour, femme de Jean Stuart, duc d'Albanie, et Madeleine, qui épousa Laurent de Médicis. Anne de la Tour se voyant sans enfants , transmit le comté d'Auvergne à Catherine de Médiris , sa nièce, qui devint plus tard reine de France (1521).

Voilà pour le duché et le comté : quant au daùphiné, on a vu quïl était déjà passé dans la maison de Bourbon par le mariage de t-ouis I" de Bourbon, chef de la branche de Montpensier, avec Jeanne, dauphine d'Auvergne. Jeanne, morte au château d'Ardes, en 1136.' laissa à son mari le daùphiné qu'il réunit à la seigneurie de Montpensier. Son fils Gilbert, après s'être illustré dans les guerres rontre Charles-le-Téméraire , alla échouer dans la vice-royauté de Naples que Charles VIII lui confia : devenu odieux aux Napolitains par les désordres qu’il tolérait, il vit les Français chassés d'Italie, et lui-même, fugitif, accablé de honte, mourut à Ponzzoles, où ses restes furent conservés. On raconte que son fils aîné, Louis II, ayant fait ouvrir son tombeau, mourut de saisissement à la vue du cadavre qu'il venait chercher pour le transporter en France. Cet événement amena le daùphiné aux mains du fils puîné de Gilbert, Charles III’ du nom, qui fut ce fameux connétable de Bourbon à qui son mariage avec Suzanne de Bourbon, sa cousine, apporta, en 1503, le duché d'Auvergne, de sorte qu’il se trouva maître de toute la province, moins le comté.

On connaît assez la rapide fortune, les services, la trahison, enfin la mort funeste du connétable de Bourbon. La succession du durhé d’Auvergne fut une des principales causes de son mécontentement quand il trahit la France pour se jeter dans les bras de Charles-Quint. Sa femme , Suzanne, venait de mourir sans enfants (1521), et la question de réversion du duché d’Auvergne à la couronne comme terre d'apanage était agitée de nouveau : le roi soutenait la légitimité de la réversion, attendu que le connétable ne descendait point par mâles du premier apanagistc , Jean de Berry ; d'un autre côté , Louise de Savoie , duchesse d'Angoulême, mère du roi, se prétendait héritière de Suzanne de Bourbon, du chef de Marguerite de Bourbon sa tante paternelle. Déjà le parlement, par un arrêt provisoire, rendu en 1522, avait prononcé la rentrée du duché dans les mains dn roi, lorsque le connétable , irrité outre mesure, négocia sa trahison avec l’Espagne (1523); aussitôt ses biens furent confisqués: la couronne s'empara du duché, et Louise de Savoie entra en possession du reste, mais, plus tard, le roi rendit volontairement à Louise de Bourbon, sœur du connétable, et femme de Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, le Dauphiné, la Combraille, et la terre de Montpcnsier qui fut érigée en duché-pairie. Après François et Henri de Bourbon, fils et petit-fils de Louis, s'éteignit la nouvelle maison des ducs de Montpensicr, Henri n’ayant laissé qu'une fille, Marie de Bourbon, duchesse de Montpcnsier, qui épousa Gaston , duc d'Orléans , fils puîné de Henri IV.

L'avénement de Catherine de Médicis au comté d'Auvergne fut pour les affaires de la province une véritable révolution : cette femme active , entreprenante, ne se contenta point d’une possession paisible, elle apporta bientôt , dans son petit gouvernement, toute la puissance d'une reine, car Henri, duc d'Orléans, qu'elle épousa à Marseille, en 1533, devint bientôt roi de France, sous le nom de Henri U. A peine en possession , Catherine renouvela l'ancienne guerre des comtes d'Auvergne contre les évêques de Clermont ; mais ce fut, cette fois, une guerre de plume et de paroles faite devant le conseil du roi et le parlement. La comtesse ne pouvait nier l'exercice non interrompu de l’autorité temporelle par l'évêque métropolitain sur la ville et le comté de Clermont , depuis le commencement du xiii* siècle, puisque les rois de France s'étaient montrés les protecteurs constants et les gardiens de cette auturité, mais elle prétendit qu’elle avait été usurpée à cette époque. Remontant aux querelles du comte Guy avec l'évêque Robert , son frère , elle produisit un acte, daté de 1202, duquel il résultait que le comte Guy , après une de ses réconciliations avec l'évêque, et pendant que lui-même faisait la guerre à Philippe-Auguste , avait confié à Robert sa ville de Clermont , à titre de dépôt, et que Robert avait ensuite refusé de la rendre : elle venait donc, comme héritière du comte Guy, réclamer sa propriété et demander la restitution du dépôt. Évidemment cet acte était fabriqué, car il était contraire à tous les faits de l'histoire, et d'ailleurs on n’en avait jamais entendu parler; cependant deux arrêts du parlement, l'un provisionnel, en 1551 , l’autre définitif , en 1557, en reconnurent l'authenticité et adjugèrent la ville et le comté de Clermont à la reine , comtesse d'Auvergne. L’évêque d’alors, Guillaume Duprat, homme sans crédit et de peu de considération personnelle, se laissa facilement dépouiller, et Catherine, pour mettre les bourgeois de Clermont de son côté, les combla de faveurs, étendit vi. It>

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leurs privilèges communaux , si souvent contestés par les évêques, changea leurs consulats en échevinage, et institua à Clermont une sénéchaussée , qui fut bientôt transformée en sénéchaussée royale. Ainsi s’éteignit la seigneurie ecclésiastique de Clermont, dont l’origine se perdait dans le démembrement de l'empire romain. Le duché apanage s'était déjà éteint ; et le comté allait s’éteindre bientôt , en passant de Catherine de Médicis à sa Allé Marguerite de Valois , femme de Henri IV, et des mains de celle-ci dans celles du roi l.ouis XIII.

Cependant l’Auvergne, comme le reste de la France, était en proie aux agitations religieuses. Le calvinisme y pénétra , et par un contraste dont on devine aisément la raison , il alla s'implanter précisément à Brioude, dans la ville ecclésiastique par essence, et que gouvernait le premier chapitre noble de l'Europe. D’autre part , Biliom , siège d’un collège de jésuites (les premiers qui eussent été établis en France ; et ils l’avaient été par les soins de Guillaume Duprat dont nous avons parié), Biliom fut l’âme du parti catholique. Trois Auvergnats dont l’histoire a gardé les noms, figurèrent, à des titres divers, dans les premiers événements amenés par la réforme : ce furent le chancelier Duprat qui poussa, tant qu’il put, la politique de la France dans la voie des rigueurs sanguinaires; intriguant intéressé, qui ne rachetait pas, par le fanatisme des convictions, l'inflexibilité cruelle de ses maximes; Anne Dubourg , neveu d’un autre chancelier, lui-même conseiller au parlement de Paris, brûlé vif en 1500, et la première victime marquante de la persécution; enfin le chancelier de L’Hôpital , dont le nom rappelle tout ce que présente de plus grand le courage uni à la modération du caractère et à la droiture de la conscience. L’année 1562 vit s’appesantir sur cette province tous les maux de la guerre civile ; un lieutenant du terrible baron des Adrets parut dans la vallée de l’Ailier, et arriva jusqu’à l’abbaye de la Chaise-Dieu qu’il pilla et profana. A ce signal , les protestants de Brioude se soulevèrent et bloquèrent dans le Palais les chanoines demi-morts de frayeur ; ceux-ci s'adressèrent au roi , qui fit marcher des troupes à leur secours. On les délivra pour cette fois. Un peu plus tard, une division de l’armée calviniste se présenta devant la ville, l'enleva et s’y fortifia. Ce fut comme la première étincelle d'une conflagration générale : toute la province s’arma ; catholiques d’un côté, protestants de l'autre. On ne vit plus que luttes des bourgeois dans l’intérieur des villes; luttes des villes contre les villes, des villes contre les châteaux , des châteaux contre les villages, et ce pays, créé en quelque sorte pour la guerre civile, où chaque roche était flanquée d'un fort , n’offrit bientôt plus qu'un lamentable spectacle de brigandage et d'anarchie. Les femmes elles-mêmes , armant leurs vassaux, soit protestants, soit catholiques , couraient la campagne, se battaient, faisaient ou soutenaient des sièges; ardentes, intrépides, et unissant dans un plus haut degré que les hommes la cruauté à l’héroïsme. Telle fut Madeleine de Saint-Nectaire, dame de Miremont, qui, toujours à cheval, à la tête de soixante gentilshommes, défendait le parti huguenot, et tua d'un coup de pistolet le gouverneur de la haute Auvergne, qui assiégeait son château de Miremont. Telle fut encore Françoise de Montai, qui , prisonnière des huguenots au château de Séverac , fit cerner ses gardiens par des hommes d’armes pendant qu’ils étaient à table, les reçut à composition et les renvoya ensuite tout honteux de s’être laissé prendre par une femme. La

HISTOIRE GÉNÉRALE, sagesse du comte de Montmorin Saint-Hérem, qui administrait l'Auvergne en qualité de lieutenant général, en 1572, sauva cette province des suites funestes de la Saint-Barthélemy. Refusant d’obéir à l’ordre qui lui était transmis verbalement de faire main-basse sur les calvinistes de sa province : « Un tel ordre, dit-il, pour être exécuté, a besoin d’être écrit. « Il gagna du temps, et les passions se calmèrent.

Issoire avait donné naissance à un chef huguenot nommé Merle, ancien tisserand , devenu capitaine au service du roi de Navarre. C’était un partisan brave , mais féroce. On raconte que ne pouvant forcer trois moines à lui livrer le reliquaire et le trésor de leur abbaye, il les fit écorcher, avec des cardes de fer, à la porte de leur église. En 1573, Merle enleva Issoire par un coup de main ; et, retranché dans une place qui était réputée la plus forte de la basse Auvergne, il fit peser de tels ravages sur tout le pays que les États de la province, réunis en 1574, supplièrent le roi d'envoyer une armée à leur secours. Après s’être fait attendre trois ans , l’armée arriva nombreuse , et commandée par les durs d’Alençon et de Guise : mais le capitaine Merle n'y était plus ; le roi de Navarre , par pudeur, l'avait retiré d’Issoire où le marquis de Chavaguac le remplaçait. Les habitants, lélés calvinistes, se défendirent avec un courage admirable : pendant vingtdeux jours de tranchée, ils repoussèrent tous les assauts ; le duc de Guise monta le premier sur la brèche et fut culbuté. Enfin la place se rendit. Elle fut livrée au pillage et presque détruite par le feu. Douze ans après ce siège, elle avait retrouvé assez de force et de courage pour en braver un second : de protestante devenue royaliste, par suite de la transformation que les partis éprouvèrent dans les dernières années de Henri III, elle soutint cette nouvelle cause avec autant d'héroïsme que la première.

La Ligue venait de se former, et l’Auvergne s'était tout aussitôt divisée en partisans de la sainte Union et en défenseurs du roi et de l’hérédité du trône : mais les ligueurs étaient de beaucoup les plus nombreux. Jean de la Rochefoucauld , comte de Randans, gouverneur de la province, gagné à ce parti par son frère, François de la Rochefoucauld, évêque de Clermont, avait à son tour entraîné la ville de Riom et presque toute la noblesse des châteaux. La populace de Riom .gouvernant les armes à la main, expulsa juridiquement les principaux bourgeois, pilla leurs maisons, et, après s'être souillée de mille excès, transforma la ville en un arsenal, où l'on fondit des canons pour l'armée catholique. En toutes choses, Riom et Clermont suivaient , d'habitude et comme par instinct , des impulsions opposées : Riom ligueur fit Clermont royaliste ; et malgré leur fougueux évêque, malgré les efforts de quelques chanoines turbulents qui commençaient à travailler le peuple par leurs sermons, les Clermontais arborèrent le drapeau royal : c’était, dans toute la France, la sixième ville qui se déclarait pour le roi ; toutes les autres avaient embrassé le parti de la Ligue. Aussi Henri III l’en remercia chaudement-, Henri IV, à son tour, écrivait de sa main aux bourgeois, le 2 août 1589 : o Con- « tenez mon peuple en mon obéissance , et vous assurez de la volonté que j’ai de « vous soulager et gratifier. » La guerre civile eut alors deux têtes dans ces deux villes rivales : Clermont conserva à la cause ro; aliste Montferrand , Issoire , Yic- Ie-Comte, Maringue et Saint-Pourçain ; Riom trouva une alliée dévouée dans la

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ville de Billom , où les jésuites avaient placé le foyer de leurs intrigues. C'est là que siégèrent les États de la province, convoqués par le comte de Randans, vrais États de la l.igue, pour le fanatisme et la violence. Par un coup de théâtre habilement calculé, l'évéque de Clermont y fit paraître deux conseillers au parlement de Toulouse, encore teints du sang de leur premier président, le malheureux Duranti. L'assemblée tout entière s’enrôla dans la sainte Union ; on vota les fonds nécessaires à la guerre, et, avant de se séparer, on condamna comme rebelles et ennemis du repos public les habitants de Clermont et de Montferrand. Les Clermoutais se lièrent , de leur côte , par un serment solennel , promettant de verser pour le roi jusqu'à la dernière goutte de leur sang, et « d’abjurer toute ligue et association contraire à ce but, surtout celle qui venait de se lever en armes sous le nom d'Union de l'État et couronne de France. » L'argent manquait : Clermont emprunta deux cent mille écus; les autres villes royalistes prirent les armes.

Issoire fut la première place attaquée par les ligueurs; le comte de Randans, qui en dirigeait le siège , monta le premier à l’assaut au milieu d'une grêle d’arquebusades et de pierres : un coup de hallebarde décloua la visière de son casque et faillit le renverser; mais la place fut emportée. I.’année suivante, les encouragements des Clermontais rendirent courage aux habitants , qui se soulevèrent et forcèrent la garnison à se réfugier dans la citadelle. Le comte de Randans accourut au secours des siens , l’armée royaliste au secours des habitants ; et, bien que nombreuses et commandées par la noblesse du pays, les troupes de la Ligue fuient enfoncées et mises en fuite. Randans , blessé à mort , fut fait prisonnier par un homme dont il avait fait raser la maison , et qui essaya tout pour le secourir. la garnison enfermée dans la citadelle capitula , et sortit , la mèche éteinte , abandonnant toutes ses munitions. Cette victoire, remportée le jour même où Henri IV gagnait la bataille d’Ivry, rendit toute l'Auvergne à la cause royale et accéléra la pacification du Midi. La guerre des partis était terminée ; la querelle de Riom et de Clermont continua. Cette dernière ville, pour prix de sa fidélité, avait reçu des rois Henri 111 et Henri IV divers établissements publics enlevés à la ville de Riom, entre autres la recette générale et la chambre des monnaies : les bourgeois de Riom réclamèrent et obtinrent, au nom de la paix et de l'oubli du passé, la révocation de cette mesure.

, Le séjour de Marguerite de Valois au château d'Husson fut un épisode galant au milieu de ces sombres et tristes scènes. Renvoyée par son mari, elle s'était réfugiée à Agen, d'Agen à Carlat et de Carlat à Husson, sur ce roc autour duquel, suivant le tableau qu'en fait Scaliger, » trois villes étaient superposées en forme de bonnet de pape. » C’est là que cette reine fantasque, qui a trouvé parmi ses contemporains des panégyristes si enthousiastes à côté de si cruels détracteurs, mena pendant vingt ans une vie mêlée de galanterie et de dévotion. Comme ses biens avaient été saisis par Henri III, elle fut réduite à de telles nécessités qu’elle lit fondre sa vaisselle d’argent et engagea ses pierreries à Venise. Elle craignait aussi d'être empoisonnée, et pendant longtemps elle ne toucha aucun mets de sa table que ses femmes n'en eussent goûté avant elle. C’est à Husson qu'elle s'éprit de ce malheureux Aubiac que le marquis de Canillac fit pendre par jalousie, et dont elle a chanté la mort dans des vers empreints d’une grâce si uaïve. Lorsque

Henri IV voulut épouser Marie de Médicis, Marguerite fit connaître son consentement par une lettre respectueuse à l’époux quelle avait quitté, et elle fit don du comté d’Auvergne au premier fils qui naîtrait de ce mariage : c’est ainsi que Louis XIII en devint possesseur.

L'Auvergne , dont les femmes s'étaient signalées par leur audace dans les tragédies de la Ligue, fournit à la comédie de la Fronde sa principale héroïne, mademoiselle de Montpensier qui IU tirer le canon de la Bastille, à la bataille de Saint-Antoine , pour couvrir la retraite du prince de Condé. Elle était fille de Marie de Bourbon Montpensier, duchesse de Montpensier et dauphine d'Auvergne, mariée , en 1626 , à Gaston , duc d’Orléans , frère de Louis XIII. Mademoiselle , devenue , par la mort de sa mère , la plus riche héritière de l'Europe , fut recherchée en mariage par plusieurs souverains; mais son amour pour le comte de Lauzun lui fit rejeter tous les partis. Cet amour, aiguillonné par bien des traverses, et qui valut à Lauzun dix ans de prison au château de Pignerolles, vint s'éteindre dans un hymen secret où mademoiselle de Montpensier s'aperçut trop tard qu’elle n'était point aimée. D'amant respectueux, Lauzun devint mari tyrannique et insolent : on connaît ce mot : « Louise d'Orléans , tire-moi mes bottes ! » et le geste dont il fut suivi. Mademoiselle de Montpensier le chassa, indignée, et ne le revit plus, même à l’article de la mort. Ce fut la dernière dauphine d'Auvergne. Ses biens passèrent à Philippe de France, Monsieur, frère de Louis XIV, et restèrent dans la maison d'Orléans.

Depuis le retour du duché d'Auvergne à la couronne, ce beau domaine avait été affecté comme douaire à plusieurs reines; à Catherine de Médicis en 1562, à Élisabeth d'Autriche , veuve de Charles IX eu 1577, puis à Louise de Lorraine, veuve de Henri III; il vint en la même qualité dans les mains d'Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, en 1643. Louis XIV, en 1651 , lors de son fameux échange avec le duc de Bouillon, prince de Sédan, voulut lui céder le duché d'Auvergne; mais la province entière forma opposition. Elle représenta qu'il y avait union désormais indissoluble entre la couronne et ce territoire, qui n'en devait plus être distrait ni aliéné; que la justice, si longtemps rendue au nom du roi, ne pouvait plus être dépouillée du caractère sacré de l'autorité souveraine, et les officiers royaux être ravalés à la condition de petits juges de seigneurs ; qu'enfin il ne fallait pas qu'un gouverneur de province , disposant des forces de l’état , et le premier dans son ressort après le roi , vit élever au-dessus de lui un duc en titre et en puissance qui pourrrait parler en maître et confondre les droits du gouvernement avec ceux de la propriété. Ces raisons étaient dignes et fortes , elles firent reculer Louis XIV. Un pareil langage indiquait une révolution sinon écrite dans les ordonnances, du moins accomplie dans les faits : la féodalité avait cessé d’exister, et la centralisation n’attendait plus qu’un siècle et demi pour devenir la loi fondamentale du royaume.

La province d’Auvergne marchait à grands pas vers ce but où l’action de la royauté la poussait quand elle était prévoyante et éclairée. Louis XIV, luimême, en 1665, fit tenir à Clermont une de ces assises extraordinaires de justice qu'on appelait les Grands Jours. Sous Louis XI, en 1482; sous François 1", en 1520, sous Henri III , en 1581 , pareille mesure avait été prise; celle-ci fut pro-

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Yoquée par la réclamation unanime des populations qu'opprimaient l’insolence et les cruautés de la noblesse. Cette tenue des Grands Jours sera traitée plus particulièrement, à propos de la ville de Clermont : il nous suffira de dire ici que, bien que la plupart des coupables eussent prévenu leur condamnation par la fuite, le coup porté fut assez rude pour servir d’exemple : plusieurs personnages appartenant aux plus grandes familles périrent de la main du bourreau; et un nombre considérable de châteaux furent rasés.

En même temps une meilleure organisation administrative introduite pièce à pièce amenait en Auvergne un ordre de choses de plus en plus régulier. Ainsi le xvii* et le xviii* siècles virent s’opérer un remaniement des différents ressorts judiciaires et la renonciation de la plupart des juridictions ecclésiastiques au profit du roi. Voici la situation que présentait la province quand la révolution arriva : on la divisait en haute et basse Auvergne , séparées l’une de l’autre par ta rivière de Rue. Dans la première était comprise la haute Auvergne proprement dite et le pays de Carladès ; dans la seconde, la basse Auvergne proprement dite, le pays de Combrailles, subdivisé lui-même en pays de Combrailles propre et pays de franc alleu, la I.imagnc, le l.ivadois et le Dauphiné. Elle avait pour limites, après ses démembrements successifs qui avaient agrandi le Bourbonnais et le Forez : le Bourbonnais, le Berry, le Limousin , le Quercy, la Marche, le Rouergue, le Gévaudan , le Vélay et le Forez. La province dans son ensemble formait un des gouvernements généraux de la France; deux lieutenants généraux, l’un pour la haute, l’autre pour la basse Auvergne, étaient sous les ordres du gouverneur, et commandaient chacun à un lieutenant de roi. Deux évêchés correspondaient aux deux grandes divisions territoriales ; celui de Saint-Flour embrassait la partie haute et celui de Clermont la partie basse, sauf la Combraille et le pays de franc alleu qui appartenaient à l’évêché de Limoges; mais, en revanche, le diocèse de Clermont s'étendait dans le Forez et le Bourbonnais. Les deux Auvergncs, avec leurs deux sénéchaussées de Riom et de Clermont, et leurs cinq bailliages principaux de Saint-Flour, Aurillac , Salers , Vie et Montferrand, ressorlissaient au parlement de Paris. Quant aux finances , la généralité d’Auvergne ou de Riom comprenait six élections situées dans la province , cependant ia Combraille et le Franc Alleu étaient de la généralité de Moulins. Les six élections d’Aurillac, Brioude, Clermont, Issoirc, Riom et Saint-Flour, ressortissaient à la cour des aides d’Auvergne établie à Montferrand , de laquelle dépendaient aussi les élections de Gannat en Bourbonnais, de Limoges, de Tulle et de Brives en Limousin , et de Guéret dans la Marche. Cette province forme aujourd'hui les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal, et une partie de celui de la Haute-Loire.

La législation qui régissait l'Auvergne présentait une singularité unique en France par le mélange du droit écrit et du droit coutumier. Bien qu'on pût énoncer, en thèse générale, que le droit écrit dominait dans la haute Auvergne, et le droit coutumier dans la basse, ces deux lois ne se trouvaient pas juxtaposées, pour ainsi dire , dans deux grandes régions ni dans des cantons rapprochés, de manière à pouvoir tracer entre elles une division. Elles étaient entremêlées dans toutes les parties de la province , et souvent dans un même lieu cumulativement , de façon que la même ville , le même bourg , le même village voyaient une partie

de leurs habitants soumise è l'une des deux lois, l'autre partie soumise à l’autre loi. Quelquefois le chef-lieu d'une paroisse n'avait pas le môme droit que les villages qui la composaient; et, enfin , certains lieux avaient adopte le droit romain pour une matière et le droit coutumier pour une autre. Cet état de choses , en apparence bien bizarre , était dans la pratique de la justice une intarissable source de contestations et d'obscurités ; historiquement . il trouvait son explication dans le passé.

La loi romaine était celle de l'Auvergne lors des invasions des conquérants germains ; avec ceux-ci vinrent les lois barbares , qui disparurent quand la conquête eut vieilli. L'ignorance et les désordres du x* siècle donnèrent lieu à l'introduction des coutumes. Seul éclairé dans ces temps de ténèbres , le clergé conserva le droit romain, qui se liait par tant de racines au droit canonique ; il en fit sa loi de prédilection pour lui et pour les fiefs de son obéissance. Les laïques au contraire s'attachèrent à ces usages locaux , dont la grossière application ne réclamait point d’études, et auxquels le temps imprima la sanction légale. On voit, dans l'histoire d'Auvergne , le droit écrit constamment suivi et propagé par les seigneurs ecclésiastiques , et constamment aussi on voit les seigneurs laïques le repousser et lui préférer le droit coutumier. « Tenez-nous suivant les usages et coutumes d’Auvergne », écrivaient en 12'v3 les barons de l'apanage au prince Alphonse; en 1281 , un grand nombre de seigneurs de la haute Auvergne, pays de droit écrit, réclamaient le droit coutumier. On peut regarder comme règle générale que le droit écrit dénotait en Auvergne un fief ecclésiastique, et le droit coutumier une seigneurie laïque. Les exceptions à cette règle sont peu nombreuses et s'expliquent même d'une manière satisfaisante au profit du principe La coutume d'Auvergne fut rédigée en 1510.

La province d'Auvergne, une des plus belles et des plus fertiles de France, a été aussi une des plus riches par les productions de l’esprit. Vive, intelligente, opiniâtre, propre au travail de la pensée aussi bien qu’à l'action, la race qui l’habile a su atteindre à tous les genres d'illustration : elle a fourni des philosophes, des jurisconsultes, des littérateurs, des hommes de guerre éminents. Quelques-uns des uoms dont elle a doté la France sont de ceux qui font à eux seuls la gloire d'un grand peuple : Herbert , L’Hôpital, Pascal, Desaix, Turenne lui-même , sorti d'une souche auvergnate. Peu de provinces pourraient se vanter d'avoir payé un pareil tribut à la mère commune. 1

1. Strab. Geog. IV. — Cæs. dt BrU. Coll. — Sidon. Apollin. Op. — Grcgor. Toron Op. — Baluze, Hist. de la mais, des comtes d'Auvergne. — Justel, Hist. d'Auvergne. — Savaron , Origines de Clermont. — Chabrol. Coutume d’Auvergne. — Résumé de l’histoire d’Auvergne. — Legrand d'Aussy, Voyage en Auvergne. — Bouillet, Antiquités , géologie, etc., de l'Auvergne. — Habaui Beaurogard , Tableau de la province d’Auvergne. — Dulaure , Descript. des princip. lieux de la France. — Ajgue Perse, Biographie des AuvergncUs, etc. — Nodier et Tajlor, Voyage pittoresque , etc.

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CLERMONT-FERRAND

Clermont (anciennement Clairmont, Clarut mons) tire son nom de sa position sur une colline élevée. Jean Savaron, l’illustre et courageux président du tiers aux États de 1614 , s'écrie, dès le début de son livre sur les origines de cette ville : <> Clairmont, qui regarde et est regardé de ce bel œil du monde, rendra un éclat plus brillant et paroîtro toujours Clairmont hautement élevé, portant sur son coupeau et sur ses flancs la ville capitale de l’Auvergne. » Aux dernières pentes du monticule où est situé Clermont s’étendent les fertiles plaines de la Cimagne, cette terre tant chérie des poètes et des voyageurs, dont Sidoine Apollinaire disait que la seule vue faisait perdre à l'étranger le souvenir de la patrie. Tout ii l'entour, et comme pour servir de bordure au tableau , s'échelonnent ces nombreux Puys ; puits de feux éteints aujourd'hui , qu'on rencontre par toute l’Auvergne, et du milieu desquels surgit et se détache, au nord de la ville, le majestueux Puy de Dôme, le roi de cette population de monts. L'ancienne capitale de l'Auvergne, avec ses maisons grisâtres et son extérieur grossier d'un autre âge , fait un peu tache au milieu de cet oasis de verdure.

On a beaucoup écrit sur les origines de Clermont. Plusieurs écrivains ont même soutenu que cette ville n'était, sous un autre nom, que la glorieuse Gergovie, la cité des Arvernes , devant laquelle chancela un moment la fortune de César. Gergovie était bien située comme l'est aujourd'hui Clermont, sur une haute montagne , et plusieurs collines de médiocre grandeur, suivant le récit de César, s'élevaient (à et là dans son voisinage ; mais on croit , néanmoins , que la Gergovie si vaillamment défendue par Vercengetorix existait sur une autre montagne, à deux lieues de Clermont, et avec d'autant plus de raison que cette montagne a conservé, dans la langue du pays, le nom de Gergoie et deGergoviat. Maître de la Gaule, Jutes César, soit vengeance, soit orgueil, ne voulut point sans doute laisser subsister dans Gergovie un témoin de sa défaite. Toutefois Plutarque nous rapporte un trait de générosité de ce conquérant, qui indique qu'il comprenait plus noblement la gloire.

« Les Arvemiens monstroient, dit -il, en un de leurs temples une espée pendue, qu'ils disoient avoir esté gaignée sur Cæsar ; et luy mesme depuis , eu passant un jour par la , la veit et s’en prit à rire ; et comme ses amis la voulussent faire ôter de là . il ne voulut pas qu’ils le feissent, disant qu'il n'y falloit pas toucher, puisque c’estoit chose sacrée. » Si César n'avait pas détruit Gergovie , le même scrupule de magnanimité ne devait pas arrêter Auguste ; et, dans le travail de remaniement de la Gaule que fit cet empereur, Gergovie, ancienne capitale des Arvernes et dernier boulevard de sa liberté expirante, ne put trouver grâce devant lui.

A une lieue environ de ses murs se trouvait alors une bourgade obscure, que les Romains appelaient Kemetum ou A emosus, soit qu'elle tirât son nom de sa

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