‹ Histoire des villes de FranceChapitre 15 sur 137 · NAPOLI · texte numérisé non relu

NAPOLI

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position au milieu d'un de ces bois qui couronnaient toutes les hauteurs de la Gaule, soit qu'elle le dût, suivant l'étymologie gallique (Naomh-ait, temple), au voisinage d'un temple de druides. C’est là qu'Auguste résolut de transplanter les habitants de Gergovie. Les appâts dont il usa pour les y attirer furent des privilèges sociaux, les commodités de la vie. Il mit la cité de Nemetum en communication, par des routes, avec les villes importantes de la contrée, y fit faire des travaux d'utilité publique, et lui donna le nom A' Augustonemetum , sous lequel elle grandit rapidement. Les écoles fondées par Auguste, multipliées par Claude , propageaient partout dans les Gaules le goût des lettres latines et des arts libéraux; les Arvernes.un peu en retard sur Narbonne et Marseille, se hâtèrent pour reconquérir leur prépondérance, et bientôt l'on vit sortir des écoles de Nemetum Cornélius Fronton , le maître et l'ami de Marc-Aurèle ; Aper, que l’on croit l’auteur du Dialogue des Orateurs sur la corruption de l’éloquence, et enfin dans le v* siècle, aux confins de la barbarie, l’élégant Sidoine Apollinaire. A la suite des lettres, tous les arts étaient aussi entrés à Nemetum. Sans changer encore leurs dieux, les Arvernes leur bâtissaient des demeures plus somptueuses et prenaient modèle sur les temples romains. Ils élevèrent à leur dieu de la destruction , nommé Vasso , le Mars des Latins , un temple fameux dont Grégoire de Tours admirait encore, au vr siècle, les gigantesques ruines. Une foule de débris de mosaïques, d’urnes sépulcrales, de thermes, de poteries, que rencontre chaque jour la bêche du laboureur ou la pioche de l’antiquaire, des vases ornés de bas-reliefs et la pierre dite de la rue des Bohèmes, dont les emblèmes faisaient dire à Méieray que c’était un abrégé de la théogonie des druides , tout cela atteste combien facilement les arts de Rome avaient conquis tes populations de l'Arvcrnie. Un aqueduc, dont on voit encore les ruines sur une longueur de plus d'une lieue , avait été construit pour fournir d'eau la partie élevée de la ville, qu’on nommait plus particulièrement la cité ou l’acropole.

Malgré la longue résistance et les fréquentes révoltes des Arvernes, Rome leur avait donné l'autonomie, c’est-à-dire le droit de se gouverner par leurs lois et leurs propres magistrats. Augustonemetum eut donc son forum, ses décemvirs , son sénat de décurions à l'imitation de la ville des Césars , et ses principaux habitants s'intitulèrent sénateurs. Us se montrèrent dès lors si jaloux de ces prérogatives romaines , que dans les historiens anciens , dans Grégoire de Tours , dans Aimoin , dans tous les martyrologes , il n’est parlé que de la haute noblesse sénatoriale des seigneurs arvernes. Leur sénat avait traversé, sans se dissoudre, les mauvais jours des invasions gothes , franques, vandales, et on le retrouvait encore debout au vu* siècle. Du temps de Grégoire de Tours, on faisait aux évêques, à leur entrée dans la capitale de l’Arvernie, cet accueil qu'on avait fait autrefois à saint Martin venant y visiter sainte Vitaline. « Les sénateurs de Clairmont, en gentilshommes qui tiraient leur extraction de l’ancienne noblesse des Romains, allèrent à son devant, montés, les uns à cheval , les autres dans des carrosses, chariots et coches. » Quelques revers pourtant troublèrent parfois le charme de cette vie nouvelle. En 26’», quand les hordes de Chrocus abandonnèrent Nemetum , le magnifique temple de Vasso n'était plus qu’un immense amas de ruines. Elles revinrent, vi. 17

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on 406 : la citadello , bâtie sur le Clans mans , fut brûlée, et avec elle toutes les archives où étaient accumulés les gssla municipalia , c'est-à-dire les actes municipaux, les titres de propriété, de manumission, de mariage, les tables du cadastre, etc. Baluze, qui nous fait connaître ce fait curieux, indique les formules et les procédés de notoriété publique auxquels on eut recours pour reconstituer l’état des personnes et des biens. Nous y voyons la curie dans toute son activité ; mais déjà le défendeur, ce magistrat du peuple qui remplissait dans les cités le même rôle que les tribuns à Rome, y a acquis l'omnipotence, et ce défenseur est l'évêque.

Nous venons de nommer l'évêque ; depuis cent cinquante ans en effet le christianisme avait été introduit à Augustonemetum par Stremonius, plus connu sous le nom de saint Austremoiuc, et ses disciples Sirenatus, Marius, Nectarius, Antoninus, se répandant dans les bourgs et les montagnes de l'Arvernie, avaient bientôt converti les habitants à la foi du Christ. Nemetum, suivant le biographe de Stremonius, était alors renommé pour sa ferveur envers les idoles païennes. Les chrétiens , pourtant , n'eurent pas de persécutions à souffrir en Arvernie , et pendant trente ans Stremonius put y travailler à l’agrandissement de l'Église ; il est même à remarquer que ce furent les nobles qui accueillirent avec le plus d'empressement les croyances qui leur venaient de l'autre côté des monts , car le martyrologe d’Auvergne ne compte guère que des noms de sénateurs. On sait que vers le iv* siècle presque toutes les villes de la Gaule adoptèrent le nom primitif des populations galliques ; Augustonemetum ne réparait donc plus dans les auteurs que sous le nom A’Arcernia, lequel, mêlé de temps à autre à celui de Clairmont, finit par s'effacer tout à fait au s* siècle devant ce dernier. Tous les quartiers, tous les faubourgs prirent le nom de quelque saint, de quelque événement de la légende sacrée , comme avaient fait autrefois les cités de la Grèce aux temps des Orphées et des Hercules.

Ou compta bientôt à Clermont presque autant d’églises et de chapelles que de maisons. Les évêques étaient devenus les chefs politiques et judiciaires de la ville en même temps que les chefs religieux , et la mitre pontificale s’était inféodée dans quelques familles illustres. Au titre de sénateurs, presque tous les évêques ajoutèrent, pendant plusieurs siècles, le titre de saints » ou par ce qu'ils étaient très-religieux », dit Fléchier, » ou parce que la sainteté était alors un titre et l'apanage de l’épiscopat plutôt qu’un témoignage de sainte vie parmi les anciens. »

En 472, brillait dans la chaire de saint Austremoine, le poêle Sidoine Apollinaire, sénateur et défenseur de la cité de Clermont; il avait été préfet de Rome, comte et patrice. Il était engagé dans les liens du mariage, comme la plupart des évêques de cette époque. La page qui nous fait connaître son union avec Papianitla, fille de l’empereur Avitus, n’est pas la moins belle de sa vie; car elle nous montre Sidoine vendant sa vaisselle d'urgent , en cachette de sa femme , un jour, pour venir au secours des pauvres, un autre jour pour fournir des vivres et des munitions aux soldats assiégés dans la ville par les Wisigoths ; elle nous montre aussi Papianilla venant sans bruit, et avec une pieuse admiration pour la charité de son époux, racheter cette vaisselle avec les produits de sa dot. Sidoine n'était pourtant point un évêque qui se rctranchitt dans les petites préoccupations d’une saiu-

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teté purement mystique; poète et grand seigneur, il alliait les plaisirs de la vie au v devoirs de son ministère, et après le service des autels prenait In plume pour ronvier des gens lettrés à sa table, sur laquelle pourtant il s’excusait parfois de ne pouvoir leur servir le vin de Faleme, ou celui de Chio, ni même le bon vin de Clermont. Tels nous apparaissent les Galls, les Avits, les Genoz, les Rouets , tous saints, tous de famille sénatoriale, menant encore la vie élégante et lettrée aux approches des ténèbres envahissantes du moyen âge. Plus lai d , quand la France fut devenue féodale , les évêques de Clermont se trouvèrent tout naturellement hommes d'épée. On lit dans des procès-verbaux du xiv* siècle, conservés dans la cathédrale de Clermont, que l'évêque avait alors le droit d'officier, « l'oiseau de proie sur la perche de la main gauche lorsqu'il était à l'autel, et de faire porter devant lui une hallebarde lorsqu'il chantait l'Évangile. Dans les processions, il avait l’oiseau sur le poing et était suivi de ses serviteurs , menant ses chiens de chasse. »

Après avoir joui d'une longue paix sous l’administration romaine , les peuples de l'Arvernie, du temps de Sidoine Apollinaire, étaient à la veille de passer sous la domination des Wisigoths. Soumis les derniers aux Romains, ils étaient maintenant les derniers qui tinssent pour eux dans la Gaule, car, ainsi que l'a justement remarqué Savaron : opiniâtres jusqu'à la mort pour résister à tout nouveau maître , ils défendaient ce maître jusqu'à la mort une fois passés sous son empire. Pendant que Sidoine était évêque de Clermont, son frère, Ecdicius, en était le chef politique pour les Romains. C'est sous son commandement que la ville fut assiégée , pour la première fois , par Euric , roi des Wisigoths ( 475 ). Protégé par le courage de l'un, par la fermeté et la prudence de l'autre, Clermont, quoique éloigné de toutes les forces de l’empire , fit bonne contenance. Non-seulement ses habitants repoussèrent les assaillants, mois plusieurs fois ils allèrent les attaquer dans leur camp, et les lassèrent tellement par leurs sorties que le roi wisigoth renonça au siège et se retira sur ses domaines. Ecdicius se répandit alors dans la campagne et eut bien vite fait rentrer le pays environnant sous la dépendance de la capitale de l’Arvernie. Mais rappelé par les craintes des habitants de Clermont , il abandonna de nouveau la plaine pour se retrancher dans les châteaux des montagnes , et envoya tous les jours des messages à l'empereur afin d’en obtenir des renforts.

L’empereur Népos négociait pendant ce temps avec Euric la cession de sa dernière province gauloise. Craignant qu'Ecdieius ne résistât avec trop de courage aux Wisigoths, il le rappela près de lui sous prétexte de lui conférer de plus grands honneurs; et, pour mieux cacher encore ses démarches, il donnait ordre au préfet du prétoire, Orcste, de conduire l'armée au delà des Alpes. On sait qu'indigné du rôle qu'on lui faisait jouer, Oreste persuada à l'armée de déposer Népos et de mettre en sa place le jeune Augustule. Mais la cession de l'Auvergne n'en était pas moins définitive. Le nouveau gouverneur, ou comte, qu'F.nric avait nommé en 475, et qui, catholique lui-même, essaya plus d'une fois de trahir, en faveur des Franks, les Wisigoths ariens, fut chassé des murs de Clermont par les habitants de la ville lassés de ses débauches et de ses cruautés, et alla se faire lapider à Rome où ses excès avaient soulevé la même indignation. Sous Thierry

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ou Théodorik, roi d'Austrasie, qui- son père, Chlodwig, avait déjà envoyé en Arvemie après la bataille de Vouglé pour y faire reconnaître sa domination, Clermont eut pour gouverneur, le sénateur Arcadius, qui ne fit guère honneur à la famille des Sidoine Appoliinaire dont il était issu (530 J. C'était un de ces intrigants sans foi ni honneur, un de ces hommes corrompus par le luxe du savoir, comme il en reste parfois des époques civilistes dans les époques de barbarie, et qui n’étant supérieurs aux Barbares, leurs maîtres, que par une finesse d'esprit à laquelle ils doivent une puissance de plus pour le mal , se mettent , afin de se pousser auprès d'eux, à imiter leurs cruautés et, par un excès de zèle que ne limite aucune notion morale, à conseiller des crimes dont ils s’offrent d'étre les instruments. Il devait, plus tard, être le héros de cette sanglante tragédie du meurtre des eufants de Chlodomir, si pathétiquement racontée par Grégoire de Tours ; il se servait maintenant de sa fortune et de son nom pour ourdir des trames favorables à son ambition. Ayant mal réussi sans doute auprès de Théodorik , Arcadius se tourna vers Childebcrt et l'appela dans l'Arvemie , en 530 , et lui ouvrit les portes de Clermont. Le roi d’Austrasie ajourna sa vengeance jusqu'à l'expédition de ses deux frères en Burgundie. On a vu, dans l’introduction, quels excès signalèrent son entrée sur la terre d’Auvergne. Malgré les prières de l’évéque Quintionus , la ville de Clermont fut prise et livrée au sac et au viol. Toutefois, le grand nombre de ses basiliques et de ses chapelles qu’il était impossible d’épargner en embrasant la cité, la sauvèrent d'une ruine complète. Au nombre des otages qu’emmena Théodorik , en se retirant, et qui furent ensuite rendus par Théodebert , son successeur, figura Georgius Fiorentius, depuis sénateur de Clermont et père de Grégoire de Tours.

La capitale de l'Auvergne continua, sous la domination mérovingienne, à se régir par ses anciens magistrats. "Les Franks lui imposèrent un comte de leur race et quelques hauts officiers attachés à la personne de ce dernier ; mais ils étaient trop inhabiles au maniement des affaires qui concernent une société organisée, pour n'abandonner pas l’administration aux familles curiales. L’évèque élu par le peuple était toujours le personnage important de la cité , et jusqu'à la fin du vii* siècle, nous voyons dans tous les historiens son nom accompagné de l'épithète ex senatoria genle ortus, issu de famille sénatoriale. Le dernier qui porta cette qualification fut saint Bonitus ou Bonct. Investi de hauts emplois auprès des rois franks, ainsi que la plupart de scs prédécesseurs, il avait été d'abord grand référendaire, gardien du sceau, et tout naturellement, comme il aurait accepté l'épée de général , il avait demandé la mitre d’évéque lors de la vacance du siège de Clermont. Un passage de sa vie nous, apprend que presque toutes les populations libres des villes et des bourgs prises et reprises dans les disputes des rois franks marchaient dès lors vers cette servitude universelle qui, dans les siècles suivants , allait couvrir la France. « Pour lui », dit son biographe, • il ne vendit point des hommes, mais au contraire racheta ceux qu’il trouvait exposés en vente. » Avec Bonitus finit la série des évéques sénateurs. Ses successeurs furent des Franks’, comme l’indiquent assez leurs noms : Guillaume , (iuillelmus, Norlùert, Nordobertus , etc. L’épithète qui les accompagne change aussi ; on les qualifie nobles de race, mobiles genere. L’ancienne population a

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péri sous l’avilissement; la nouvelle se familiarise à la science de l’administration et s'en arroge les fonctions.

Lors de l'élévation de Pépin a la royauté, Étienne était évéque de Clermont et Rlandinus en était comte (752). Ce dernier, tenait encore pour les Mérovingiens, et avait embrassé le parti de Waifre, duc d’Aquitaine. Quelques démélés s'étant élevés entre Waifre et Pépin, au sujet de quelques biens ecclésiastiques, Biandinus avait été envoyé en ambassade près du roi de France, et l’avait irrité parla hauteur de ses paroles; de retour près du duc d'Aquitaine, il l'enflamma contre l'ambitieux maire du palais. Trop bien persuadé, Waifre leva une armée et ravagea les terres du domaine de France. Pépin marcha aussitôt contre l’instigateur de cette guerre, et dévastant tout sur son passage, arriva devant Clermont, qui fut forcé de lui ouvrir ses portes (760). Le fer et le feu désolèrent de nouveau cette malheureuse cité, l’enjeu de tous les partis. Biandinus, à la tête d’une armée de Gascons, attendait dans la campagne que le roi vint lui livrer bataille; Pépin se porta à sa rencontre et le ramena pieds et poings liés. Biandinus réussit quelque temps après à s’échapper, rejoignit Waifre , et périt dans une bataille que le duc d’Aquitaine livra à Pépin. Nous n'avons pas À exposer ici la succession historique des comtes bénéficiaires ou héréditaires d'Auvergne, dont il a été parlé dans l'introduction ; leur biographie ne touche à notre sujet qu'en ce qui concerne la capitale même de la province. Ainsi, sous Étienne, l’un d’entre eux, tué en 863 dans un combat contre les Normands, Clermont fut mis à sac par ces barbares. Ses nombreuses chapelles, ses églises, ses sanctuaires, ses saints sépulcres, qui avaient été des boulevards protecteurs contre les vengeances du farouche Théodorik, devinrent jusqu'au dernier la proie des flammes. La célèbre Notrc-Dame-du-Port, bâtie par saint Avitus , et dont le nom était dû à sa position auprès d'un lieu où arrivaient de tous côtés , pour y être déposées, les marchandises et les provisions du pays, ne conserva que scs murs du vi* siècle.

L’intervalle qui sépare cette catastrophe de la fin du xi* siècle, époque à laquelle le nom de Clermont reparaît glorieusement dans l’histoire, est rempli par les commencements de la maison d'Auvergne , et par l’origine de la vicomté de Clermont , événements appartenant tous aux annales générales de la province. Les comtes héréditaires ont avec les évêques de petites querelles , presque sans résultat. La ville, cependant , est peu à peu sortie de ses ruines, et a repris son ancien rang de capitale de l'Arvemie.

Nous sommes en 1095 ; chaque jour amène dans les murs de la cité des princes, des écuyère, des dignitaires de l'Église et de l’État; les maisons ne suffisent pointa loger cette multitude, et quoiqu’on soit aux approches de l'hiver, on voit partout dans la campagne se dresser des tentes pour la recevoir. Les cloches des basiliques jetant leurs rapides volées à travers les airs , annoncent qu'un grand événement se prépare pour la chrétienté. En effet, c'est è Clermont que doit s’ouvrir bientôt le concile où vont être décrétées les croisades. Le pape Urbain 11 a passé les Alpes, et après avoir visité quelques villes du midi de ia France, il entre dans la cité épiscopale avec sa suite et les insignes de son autorité. Urbain sait que l'émotion est contagieuse et que l'enthousiasme le plus légitime a souvent besoin d’étre excité et entretenu comme un feu; ii a donc eu soin

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