THIERS
tant eu cascades pour le service des usines qu'on aperçoit à peine parmi les arbres et les rochers : c’est le côté pittoresque de Thiers ; de loin, la ville avait présenté un paysage charmant, mais plus ou moins semblable à beaucoup d'autres ; lorsqu'on y est arrivé , lorsqu'on descend dans ce vallon , que domine et que suit la grande route, et qui de là semble un abirae, on trouve les points de vue les plus pittoresques : des eaux bondissantes, des arbres bien groupés, des rochers d'une belle forme, des constructions rustiques, des tournants de la rivière courbés heureusement; de loin en loin des échappées sur la grande vallée de l'Auvergne, et à l'horizon la chaîne du Puy-de-Dôme. C'est là ce que, chaque année, de jeunes peintres viennent étudier pendant la belle saison; ce sont ces sites qui ont inspiré un artiste, dont le nom commence à honorer sa ville natale, M. Morilhat.
Thiers ne fut pendant beaucoup de siècles qu'un chàteau-fort. En 525, lorsque Théodoric, un des fils de Clovis, vint en Auvergne reconquérir cette province, que loi avait prise son frère Childebert, il ravagea cruellement tout le pays, et Tigernum eastrum, comme Grégoire de Tours nomme Thiers, fut brûlé. Ce n'était, sans doute pas à cette époque, outre chose qu'un poste militaire; car les reliques de saint Austremoine y étaient conservées dans une église construite avec des planches.
Dans les siècles suivants, Thiers ne semble pas être devenu une ville importante. Il faut chercher son nom dans des donations et des fondations pieuses , dans des actes de propriété. Cattrum Thiernvm appartenait aux vicomtes de Thiers, une branche de la première maison d'Auvergne; ce n’était pas même le lieu principal du canton, car il dépendait de la vigucrie de Dorât, qui aujourd'hui est un hnmble village. Par un acte de l’an 1016, Guy U , vicomte de Thiers, fonda le chapitre de Saint-Genès; on voit dans l’acte de fondation , qu’alors le château qui renfermait l'église de Saint-Genès était distinct de la villa appelée Thiers, où était l'église de Saint-Jean. Cette villa était un hameau bâti hors de l'enceinte fortifiée; maintenant c'est un quartier de la ville. On s’explique ainsi comment notre mot ville est dérivé d'un mot latin qui signifie campagne.
Au commencement du xm* siècle, le comte de Forez, son fils Renauld, archevêque de Lyon, et le comte d’Auvergne contractèrent alliance, à l'effet de reprendre sur Guichard de Bcaujeu le château de Thiers dont il s'était emparé.
En 1326 , nous trouvons un arbitrage de Guy, comte de Forez et de Nivernais, qui met fin aux discussions de Guy VI , vicomte de Thiers, arec le chapitre de Saint-Genès. Ce procès est un assez curieux témoignage des mœurs de cette époque et dn régime féodal. Le vicomte prétendait que le chapitre était tenu de l'inviter à dîner pendant trois jours aux fêtes de Noël ; qu’en outre , il devait recevoir, en pain, vin et deniers, la ration d'un chanoine ; que le chapitre était dans l'obligation de préposer chaque nuit deux hommes vigilants et attentifs, pour veiller à la garde du château , toutefois sans sortir de leur cloître. Il se plaignait que le chapitre eût acheté des Hefs relevant de lui , en cessant d'en accomplir les obligations. Enfin , il maintenait què c'était à lui de terminer ou d'assoupir les discordes émues entre les chanoines ou les clcres de Saint-Genès. Après beaucoup de paroles et de contestations, le comte de Nivernais, prenant conseil de
AUVERGNE
plusieurs hommes prudents , termina l'affaire aux conditions suivantes : le chapitre reconnut que le seigneur de Thiers était patron de l’église, et qu’on devait le recevoir, processionnellement, lorsqu'il reviendrait soit d'outre-mer, soit de Rome, soit du pèlerinage de Saint-Jacques; lorsqu'il ferait son entrée, après avoir été armé chevalier, et lorsqu'il amènerait sa femme pour la première fois. Le chapitre pouvait être sommé, trois fois l'an , de venir lui faire une visite après le dîner, pour avouer de nouveau ses obligations envers le seigneur. S'il arrivait que le seigneur manquât de pain et de vin en sa muison , le chapitre devait lui en fournir, à condition qu'aux prochaines moissons ou vendanges le seigneur rendrait ce qui lui avait été prêté; si des hâtes imprévus lui arrivaient, et que le dîner ne se trouvât point suffisant, le chapitre était aussi obligé d’y pourvoir, sauf restitution. L'obligation de tenir constamment un homme de garde pendant la nuit fut imposée nu chapitre. Quant aux flefs, le chapitre garderait ceux qu'il avait acquis , et , A l’avenir, il lui était permis d’acheter ceux qui ne devaient pas foi et hommage. Le consentement du seigneur était nécessaire, pour acquérir les Refs portant foi et hommage ; néanmoins tout possesseur pouvait léguer ou donner au chapitre le quart de son fief. Enfin, le chapitre faisait présent à son seigneur de cinquante livres ( monnaie de Clermont ).
En 1318, Étienne , (ils de Guy, épousa l’héritière de la seigneurie de Volorre, et en même temps il se lit , comme dit Baluze, a une grosse affaire ». Il enleva, du monastère de Courpierre, une religieuse et fut, encore par arbitrage , condamné à la ramener, de gré ou de force, à ses frais , dans son couvent. De plus, il eut à payer trente livres à l’abbesse pour faire construire un nouveau dortoir. Il devait aussi fournir les bois nécessaires â ce bâtiment. Comme l'abbé de Thiers avait le monastère de Volorre sous sa dépendance directe, et que l'instance était suivie en son nom, il fallut en outre lui payer trente livres.
En 1301 , la seigneurie de Thiers passa , par voie de donation, dans la maison des comtes de Forez; puis Guillaume IV, le donataire, ayant eu des enfants, l'acte se trouva annulé. Toutefois Jean, comte de Forez, conserva Thiers, et céda en échange d'autres domaines.
Les petits-fils de Jean étant morts sans postérité, la seigneurie de Thiers appartint à leur sœur, Jeanne de Forez, qui épousa Béraud II , dauphin d'Auvergne. Cette branche de l'ancienne maison d'Auvergne ne consens pas longtemps ce domaine. Anne, Dite unique de Béraud, le porta au duc de Bourbon, Louis II; Jean et Pierre, ses üls, lui succédèrent l’un après l’autre. Pierre n’eut qu’une Qlle, Suzanne de Bourbon, qui épousa le connétable de Bourbon. Lorsqu'il fut banni et condamné, ses biens furent confisqués, et le roi François I", même avant le jugement, fit donation de la seigneurie de Thiers au chancelier Duprat. Ce chef de la justice n’eut pas honte de prendre la dépouille de l’accusé dont il poursuivait la condamnation. Ce bien mal acquis fut , en vertu d'un arrêt de 1560, repris è Antoine Duprat de Nautouillet, fils du chancelier, et rendu i Louis de Bourbon, duc de Montpensier, héritier du connétable, dont la mémoire avait été réhabilitée.
Le dernier de cette branche de la maison de Bourbon mourut en 1608 , laissant pour héritier unique Marie, duchesse de Montpensier, qui épousa Gaston, frère