‹ Histoire des villes de FranceChapitre 22 sur 137 · X.A. CH AISE-DIEU · texte numérisé non relu

X.A. CH AISE-DIEU

Brioude est située dans une spacieuse plaine, à l'extrémité de la fertile Limagne et tout prés de la rive de l'Ailier. Ville ancienne , et déjà célèbre en Auvergne dès les premiers siècles de notre ère, elle a été honorée d'une mention par Sidoine Apollinaire, <pii l'indique à un ami dans l’itinéraire qu'il lui trace. « Là, tu seras reçu» , lui dit-il, «par Brimide , ville favorable aux étrangers, et qui garde avec orgueil les ossements de saint Julien ».

* Hic te susci|>iel henigna R ri vas Sancti qiia* fovel ossa Juliani.

Ainsi que nous l'apprennent ces vers, le nom originaire de Brioude est llrivas, mot celtique qui signifie pont', et qu’on retrouve daus l’ancien nom d'Amiens Samarobriva j pont sur Somme) , et dans celui des nombreuses Brives qui existent encore eu France. Cette étymologie nous indique en même temps la position de la ville, et nous oblige d’en rechercher le siège primitif à Vieille- Brioude, qui, en effet, se trouve sur l’Ailier. Le pont qu’on voit à ce point de la rivière n’est jias, comme bien on pense , celui que nos aïeux les Gaulois appelaient Brivas; mais il est pourtant curieux. Bâti en anse de panier, il embrasse d une seule arche tout le cours du fleuve ; et eommp il est presque aussi cintré en dessus qu'en dessous,-il qe peut servir que pour le passage des piétons et des chevaux. Marie- Louise de Dombcs, issue d’un dauphin d’Auvergne, le fit construire pour faciliter les communications entre ses paysans des deux rives , et permettre à ceux de la rive droite de se rendre à la chapelle du château qui était sur la rive gauche. Le pont de Brioude a plus de trente-un mètres de long sur environ cinq de large. Il est encore remarquable pour l'époque , s’il ne mérite pas tout à fait le magnifique éloge, de Legrand d'Aussy , qui l’appelle « le monument d'une victoire remportée sur l'Ailier a -

Comme nous l'apprend Sidoine, on gardait à Brioude les reliques de saint Julien. Cet apôtre était venu dans celte ville, de Vienne, sa patrie, sous l'empire de Dioclétien. Il avait en vain espéré y trouver un abri contre la persécution : il y fut décapité. Sa légende rapporte que des bergers ay ant trouvé le corps l'ensevelirent, action dont ils furent récompenses par le privilège de rajeunir. Vienne se vante aussi de posséder la tète du rnarty r, mais ce fut plus particulièrement à Urioudr que se portèrent les pèlerins désireux de visiter ses reliques. L'empereur Avitus, après avoir été déposé par Ricimer, s’y rendait, quand il mourut en chemin.

La grande réputation dont jouissait l'église de Saint-Julien dans les premierstemps de la monarchie franque, n’cmpécha pas Thierry, le fléau de l’Auvergne, d’y venir pour autre chose sans doute que pour un pèlerinage. Au bruit de son approche, les habitants de Brioude prirent à la lutte ce qu'ils avaient de plus précieux , et coururent s’enfermer dans l'église ; mais un soldat au pied leste et à

BKIOUDE.

l'esprit peu superstitieux, escalade un des piliers, ouvre une fenêtre, pénètre dans l’église au grand effroi des fidèles, et va ouvrir les portes à ses camarades. La soldatesque se précipite aussitôt dans l’enceinte, et y commet toutes sortes de ravages. Mais le sacrilège fut cette fois puni : Thierry se posa en vengeur des outrages fails à l’église et au saint , et condamna les coupables à la restitution et à la mort. L’église de Saint-Julien n’échappa pas aussi heureusement aux Sarrasins, qui la détruisirent dans le ix* siècle. C’est alors que fut bâtie, à une lieue environ de l’Ailier, unu nouvelle église, dédiée au même saint, et qui subsiste encore. Pendant qu’on y travaillait, les habitants de la ville ruinée se portèrent en grande partie vers ce gage renaissant de salut , et une nohvclle Brioude se forma, laquelle ne tarda pas h attirer l'affluence' des pèlerins qui se rendaient à l'ancienne. Alors aussi fut fondé, par un gentilhomme nommé Béranger, le puissant chapitre de Brioude, dans l'histoire duquel se résume presque toute l'histoire de la ville. Louis-le-Débonnaire en confirma la fondation en 826, et combla les chanoines de biens considérables, avec privilège de ne relever que du roi. Quelques auteurs ont prétendu que ce chapitre avait été d’abord un ordre de chevalerie , et que Guillaume-le-Pieux , comte d'Auvergne, dans ces temps de désordre où Sarrasins et Normands parcouraient la France par bandes, l’avait préposé à la garde de l’église de Saint-Julien et à la défense des pèlerins que la dévotion y conduisait. Lorsque la force physique cessa d'étre l'unique signe de la puissance, les prêtreschevaliers auraient dépouillé la cotte de mailles pour la robe, et remplacé les quatre chevaliers montés sur un même cheval , qu’on voyait sur leurs primitives armoiries , par une tête entourée de rayons de gloire, et posée sur un bras tenant un glaive. Ce dernier blason était le symbole du martyre de saint Julien, qui avait été soldat. La nature de leur redevance au roi , qui consistait dans l'envoi annuel d’un cheval , d’un écu et d’une lance , semblerait assez indiquer aussi une origine militaire.

Le chapitre se composait de cinquante-quatre chanoines ; dans le principe , l'abbé seul possédait le comté -de Brioude ; mais dans la suite, il s’introduisit des distinctions dans le rang des chanoines., et vingt-vieux d’entre eux s’arrogèrent le titre de comtes ; depuis lors il fallut , pour entrer dans leur ordre, justifier d'une descendance noble de quatre générations paternelles et maternelles. Les chanoines comtes avaient, de plus, rang d’évêque ; ils olficiaient avec la crosse et la mitre, portaient l'habit violet, et ne relevaient que du saint-siège. Du reste, tout occupés de la jouissance des droits féodaux , ils laissaient le soin de louer Dieu à douze chanoines hebdomadaires et à. six chanoines semi-prébendés qui , avec l’aumônier et l’abbé, complétaient le nombre de cinquante-quatre. Audusier, dans son histoire manuscrite d’Auvergne, dit que les chanoines ne prirent le titre de comtes qu'au x* siècle; mais on voit la noblesse du chapitre de Brioude pleinement reconnue en 1369. Le roi de France était le premier chanoine hoporairc de Brioude ; et quand il venait dans la ville , il avait sa stalle au chœur où il siégeait en habits sacerdotaux.

Sous un chapitre si puissant, la ville de Brioude ne put longtemps respirer. Advenait-il un malheur à la ville , c'étaient les chanoines qui se disaient blessés, et la ville, après avoir souffert, devait encore leur payer les dommages. En 1181 ,

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un vicomte de Polignac, dont le château est situé dans les environs, met à feu et à sang tout le pays; le chapitre n’a pas cessé pour cela de percevoir ses revenus et ses tailles. Revenu à résipiscence, Polignac se soumet à une pénitence publique , et les habitants de Rrioudc voient le fier vicomte , le troisième jour de la fête de saint Julien, entrer pieds nus dans l'église, pour y recevoir sur le dos, de la main des chanoines , une correction de coups de verges ; ils l'entendent aussi faire hommage , au chapitre , de son château de Cusse et de toutes les terres qu'il possédait à Salezuit ; mais eux , pour tout dédommagement , doivent se contenter de cet édifiant spectacle. La ville fut ravagée encore à plusieurs reprises par des compagnies de routiers; leur chef, Seguin de Radefol, qui se faisait appeler le roi des Compagnies , en resta maître trois ans , et ne consentit à vider le pays que moyennant une forte rançon , qui lui permit d’aller faire la guerre en Espagne, à la suite de Transtamare. Ce furent encore les malheureux habitants qui payèrent les dégâts qu'on leur avait faits. Charles V octroya, de plus, mille livres d’indemnité aux chanoines, et, comme toujours, elles furent levées Sur la ville; les Brivadois durent, en outre, parer aux frais de réparation de son château.

On prévoit bien qu'il ne faut pas chercher ici de vieilles chartes de franchise , ni d’institutions communales. Les sujets de ces nobles chanoines eussent été mal venus à demander d'autre privilège que celui de leur obéir. Excités [>ar l’exemple des villes voisines, ils avaient en vain demandé un corps de .commune à leurs hautains seigneurs , et la ville n'avait été autorisée une seule fois , à faire acte de souveraineté, que pour déclarer qu'elle ne pouvait avoir ni consuls ni recteurs. Maigre son désistement , elle renouvela Ses démarches , mais les mêmes refus obstinés les suivirent ; elle ne se décourageait pas pourtant ; et , après avoir, pendant deux siècles, employé pétitions sur pétitions, elle se vit, sous Charles VIII, sur le point de réussir; ce monarque accorda aux habitants des lettres de consulat. Toutefois, la partie n’était pas gagnée, et les chanoines , échouant près du roi, agirent près du parlement et firent rejeter l’enregistrement. Après s’être successivement adressés aux Grands Jours, au parlement, au roi, aux États de la province, toujours favorisés en première instance, toujours perdant leur cause en appel, les Brivadois obtinrent une assemblée municipale que les chanoines eurent le droit de venir présider en surplis. S'il eût été possible d'obtenir quelque chose de définitif contre les chanoines, les bourgeois , en 1618, seraient arrivés à l’objet de tous leurs vœux. Louis XIII leur donna le corps de commune tant désiré, et avec cette devise , qu'ils avaient bien méritée ; laborando ; des armes ainsi composées : parti , le premier d'azur à trois fleurs de lys d'or, 2 et 1 , le deuxième d’azur à la lettre capitale B, couronnée d’or. L'affaire n'en resta pas encore là , mais nous ne saurions pousser plus loin l’histoire d’une contestation qui fit faire plus d'écrits et de démarches qu’un traité de paix entre de grands empires. Quoique les huguenots soient restés pendant un an (1583) maîtres de cette ville, il ne paraît pas que les Brivadois aient cherché à profiter de guerres religieuses pour obtenir justice de leurs obstinés seigneurs. La Révolution dota enfin Brioude d’une municipalité complète, et l'érigea en chef-lieu de sous-préfecture du département de la Haute-Loire.

L'antique cité de Pont-sur- Allier a conservé ses rues enfumées et sa physio-

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