‹ Histoire des villes de FranceChapitre 23 sur 137 · BRIOUDE · texte numérisé non relu

BRIOUDE

nomic d’un autre âge , mais l’église de Saint-Julien parerait encore une ville moins petite. C’est un de ces rares spécimens de ^architecture byzantine. On y voyait autrefois une horloge en fer à automates , fabriquée par le mécanicien Nourrisson, d’Ambcrt. Chaque fois que l’heure sonnait, un carillon donnait l’hymne de vêpres , une procession sortait; en même temps on entendait chanter le coq, et une tête de mort ouvrait un(! bouche énorme. Les deux papes , Clément IV et Grégoire IX, ainsi que le cardinal Demis, sont sortis du chapitre de Brioude. Grégoire de Tours se qualifiait disciple de l’église brivadoise. C’est prés de Brioude, au château de Chavagnac, que naquit, en 1757, le général I.afagette, député de la noblesse d'Auvergne aux États généraux de 1789. Brioude fait le commerce des grains, des vins et des chanvres. Sa population ne dépasse pas 1,780 habitants, et celle de l'arrondissement est d'environ 84,000 âmes.

Un chanoine du chapitre de Brioude partit un jour de cette ville avec deux disciples, et se dirigea vers la montagne. Il allait accomplir, sans doute, qurlque grandi? pénitence, et voulait donner au monde l’exemple de ses mortifications, car il s'arrêta dans l’endroit le plus désolé d'un plateau élevé, au milieu d'épaisses forêts , tourmentées sans cesse par les neiges ou les orages. Ce chanoine se nommait Robert , et il était issu , dit-on , d'une noble famille d'Auvergne. Là , avec l'aide de. ses disciples , il commença à élever une demeure au Seigneur, qu'il appela Casa-Dei , depuis La Chaise-Dieu; pour eux , ils s'abritèrent sous des cahutes de branchages. On était au milieu du xr siècle, époque à laquelle fonder un couvent, une chapelle, était aussi glorieux qu'il l'est aujourd'hui de donner son nom à quelque constellation. Les trois ermites se livrèrent, pendant trois ans, dans leur solitude , à tant de pieux exercices , que le bruit de leurs vertus attira vers eux un grand nombre de pénitents, déridés à partager leur genre de vie. Robert, voyant les progrès de cet établissement , jeta les fondements d’une abbaye , et , en 1052, s’élevèrent les premières pierres de la magnifique église de la Chaise- Pieu. Pour intéresser l'évêque de Clermont à son œuvre pie, l'ancien chanoine de Brioude la lui dédia et se rendit ensuite auprès du roi de Fiance, Henri l", pendant que l'évêque de Clermont, Rencon, allait trouver le pape Léon IX. Ils revinrent bientôt tous deux à La Chaise- Dieu , avec l'autorisation de fondation et de beaux privilèges. Robert, que l’Église canonisa depuis, en fut nommé abbé. Le monastère fut placé sous la règle de Saint-Benoit.

Quelques maisons se groupèrent bientôt autour de La Chaise-Dieu, et elles formèrent la petite ville du même nom qui entra aux États de la basse Auvergne en 1558. Raymond de Saint-Gilles , comte de Toulouse, dont le Tasse a chanté les exploits , visita à La Chaise-Dieu , avant de partir pour la Terre-Sainte , la tombe de Robert. Suivant un écrivain du xil* siècle, c'était à l'intercession de ce saint que Raymond devait la grâce d'avoir été reconnu de son frère Guillaume , et sa dévotion envers lui était des plus ferventes. Ayant vu, sur l’autel, la tasse dont Robert s'était servi durant sa vie, il demanda la faveur de l'emporter sur lui à la croisade. Après quelques exploits en Terre-Sainte, Raymond y mourut, et un moine de La Chaise-Dieu, qui l'avait suivi , rapporta la tasse dans le monastère où on la voyait encore au dernier siècle.

AC V K IMi NE.

L’abbnye de La CliaisoDieu , qui s'était rapidement enrichie, tenta, au x\T siècle, la cupidité des troupes huguenotes. I. 'église fut entièrement pillée et ravagée. Au milieu de la nef s’élevait une statue de Clément VI, qui avait été moine de La Chaise-Dieu, les religionnaires la mutilèrent ; ils enlevèrent aussi un Moïse massif qu'ils croyaient d'or, et ils l'entraînaient vers leur camp, lorsque l'un d'eux, ayant quelques soupçons sur la réalité d'un si grand trésor, scia un doigt et s'aperçut qu'elle était en cuivre doré. La statue, foulée alors aux pieds, fut poussé*»» dans uni* mare voisine. Plusieurs années après, les religieux de La Chaise-Dieu la découvrirent et la replacèrent en grande pompe dans l’église. Quoique mutilée, cette église compte parmi l»»s beaux monuments religieux de la France; sa façade, aujourd'hui détruite en grande partie, avait une large porte à ogives, que rehaussaient trois rangées de figurines dorées. On voit encore dans le chœur une danse macabre. Comme les autres abbayes du royaume, celle de La Chaise-Dieu avait été mise en commende au xvi* siècle; Richelieu et Mazarin en furent successivement abbés. La population de la ville est de 1810 habitants. 1

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