SAINT-FLOUR
A Saint-Flour, nous sommes au cœur de la haute Auvergne; rien de plus sombre et de plus désolé que son sol ; tout y retrace l'antique conflagration des monts Cantal , tout y explique son nom de Saint-Flour la Noire : l’aspect de ses maisons et de ses murs construits avec le basalte des rochers , les teintes assom-
1. Cal lia chriitiana. — Chabrol , Coutume d'Auvergne. — Audigicr, Histoire manuscrite d'Auvergne. — Le Grand d'Aussy, Voyage en Auvergne. — Cb. Nodier et Taylor, Voyage en Auvergne. — Mémoires de la société des antiquaires de France, 1831. — Imlierdis, Histoire des guerres religieuses de l'Auvergne . — Montlosier, Ou Cantal. — Lefèvre d'Orutesson , Mémoire concernant ta province d'Auvergne en 1698, t. II des États de France.
AL VEKtl N K.
bries des montagnes volcaniques qui l’encadrent. On ne sait pas à quelle époque remontent les premiers établissements de Saint-Flour, mais il parait que de temps immémorial le mont sur lequel s’élève maintenant la .ville était un lieu d'étape ou de rendez-vous pour les voyageurs et les bergers qui traversaient ces contrées. Il y avait sans doute une auberge et aussi un fanal pour éclairer les sentiers à peine tracés qui serpentaient au bas du mont; aussi lui avait-on donné le nom de lions Indiciacus. Les premiers apôtres du christianisme qui cherchaient dans les carrefours des villes, dans les avenues des routes, les hommes de bonne volonté et supportant le poids du jour, vinrent sans doute prêcher l'Évangile dans ce lieu où passaient des gens de divers pays. On ne saurait autrement expliquer comment saint Florus, premier évêque de Lodève, mourut et fut enseveli, à la fin du iv* siècle, sur le mont Indiciac. Le tombeau du saint fut honoré d'abord d’un petit oratoire, et la dévotion y attira bientôt un grand concours de fidèles; les populations qui avaient leurs cabanes éparpillées le long des gorges des montagnes, vinrent à Indiciac se mettre sous la protection du saint, et quand elles eurent formé un petit bourg, on bâtit une église, laquelle église fut donnée dans le ix" siècle à l’abbaye de Cluny et au monastère de Sauxillanges par deux uobles auvergnats. Après l’église, on fonda un monastère qui reçut des dotations de plusieurs riches propriétaires des environs, et étendit à son tour sa suzeraineté sur quelques autres petites églises des environs. Le mont Indiciacus avait-alors perdu sa destination, saint Flour ou Florus était l’unique objet du mouvement qui se faisait autour de son tombeau ; le bourg prit le nom du saint. A la fin du xi* siècle, Odilon , célèbre abbé de Cluny, l'entoura de murailles, et y fit b^tir une nouvelle église , que le pape Urbain 11 vint consacrer avec plusieurs évêques, à l'issue du concile de Clermont. Dans le xiv' siècle , Jean XXII, voulant donner un second évêché à l’Auvergne, démembra de celui de Clermont tout le haut pays, et fixa le siège de sa nouvelle circonscription épiscopale à Saint-Flour.
En 1372, Charles V accorda aux Saint-Flouriens une charte de commune avec un sceau et des archives. Saint-Flour était alors la principale ville de la haute Auvergne, et l’assemblée des États s'y était réunie quelques années auparavant, pour chercher les moyens d’arrêter les pillages et les maux causés |»r les soldats anglais; elle était aussi le siège d'une élection et d'une prévôté. Sa noblesse marchait sous une seule bannière et fournissait un contingent de deux cents cavaliers : c'est ce nombre qu'indique Chapelain dans l'énumération des forces qui se trouvèrent à Orléans sous les ordres de la Pucelle. La commune avait aussi sa bannière , sur laquelle elle étalait ses armes , parti rC azur et d’or semé de fleurs de lys de l'un en l'autre à la bordure dentée de gueules.
La position de Saint-Flour, au haut d’un rocher, mettait naturellement cette ville à l'abri d'un coup de main et même d'un assaut ; elle n’était accessible que d'un côté; et encore de ce côté une double enceinte de murailles et une grande et bonne tour cariée dérendaient la rude avenue qui y conduisait; cependant elle faillit être surprise dans le temps des guerres de la réforme. Merle, après le sac d'Ambcrt, rôdant avec sa troupe dans le haut pays, l'œil aux aguets et en quête d'une bonne résidence, si* trouvait, dans la nuit du 9 au 10 août 1578, sous les murs de Saint-Flour ; aussitôt il fait dresser sans bruit les échelles, et monte le
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preraier, suivi de ses soldats, l'n grand nombre avaient déjà pénétré dans la ville par un égout; le capitaine, croyant en être maître, avait fait sonner ville gagnée. Cette fois encore , comme à Aurillac , on s'était trop hâté de proclamer la victoire. Les bourgeois des villes, en effet , commençaient un peu à se faire à ces surprises de partisans , tentées souvent par moins de cinquante hommes. Le consul lirisson de Chnumette , sans perdre l'esprit , réveille aussitôt les habitants , et se mettant à leur tête, parvient à repousser les assaillants. Pour récompenser sa valeur, Henri III lui accorda des lettres de noblesse , spécifiant qu'elles lui avaient été données « pour avoir exposé sa vie ex guerres , batailles, assauts de villes ; même pour avoir, au grand péril de sa vie, dans la nuict du 9 au 10 août 1578, conservé la ville de Saint-Flour contre les invasions du cappitaine Merle, chef des religionnaires ». La ville de Saint-Flour garde encore comme un trophée la trompette qui avait sonné prématurément la prise.
La nouvelle de l'abjuration de Henri IV fut accueillie avec joie dans cette ville, quoique la Ligue y eût de nombreux agents. Cent quatre-v ingts députés des États se trouvèrent réunis, le 5 avril 159i, dans le palais de justice de Flour, et les consuls déclarèrent « que la vollonté et disposition des habitants estoit de se remettre sous l'obéissance de Sa Majesté, et de montrer le chemin à tout le reste du pais ». Puis des commissaires allèrent prendre à domicile la déclaration do tous les notables qui n'avaient pu assister à la réunion, et un consul et trois habitants furent désignés pour porter au roi , à Paris, le serment de fidélité. « Aussi a esté délibéré », ajoutait le procès-verbal , « qu’à la relevée de la présente assemblée les comparants en icelle iront tous ensemble en l'église monsieur Saint-Amable solennellement, pour faire chanter ung thédéon et rendre grâces à Dieu de l'heureuse résollution qui a été prinse à cette assemblée, à l’yssue duquel il sera faict ung feu de joye au devant de la dite église. »
Depuis cette époque, Saint-Flour suivit le mouvement général de la France vers le progrès, l'n de ses évêques, Paul de Itiheyre, appartenant à une des plus anciennes familles de l’Auvergne, la dota, dans le dernier siècle, de plusieurs monuments. Il y fit bâtie à ses frais le collège, l'hdpital et le séminaire, fonda des chaires de théologie et une communauté de sœurs hospitalières, enfin il fit èommuniquer la ville avec la grande route au moyen d’une belle avenue terminée par un portique. Le corps municipal, pour reconnaître ces bienfaits, fit graver sur ce portique les armes du prélat et une inscription que les habitants avaient fait demander à leur compatriote Du Bolloy, alors en large vogue à Paris. L'auteur du Siège de Calais avait envoyé des vers, en s’excusant de leur médiocrité, et dans sa lettre il rappelait une action qui honore trop les habitants de Saint-Flour pour ne pas trouver ici une mention. Il rapportait qu’en 1770 ils avaient osé consacrer à acheter des grains pour les pauvres tout l'argent destiné à célébrer les fêtes de l’héritier du tréne, et que le Dauphin, cédant à un noble entrainement de générosité, avait chargé l'intendant de l'Auvergne, le vénérable Monthyon, de remercier en son nom les officiers municipaux des villes de Saint-Flour et d'Aurillac de la magnifique fête qu'ils lui avaient donnée.
Saint-Flour a perdu son élection , son bailliage, ses chapitres et son collège des jésuites, fondé en 1590 ; mais il a conservé son évêché , et il est devenu le cltef-