MURAT.— MAURIAC
Sur la route qui conduit de Saiut-Flour à Aurillac, une des routes les plus pittoresques de France, et à l’extrémité de la Planèzc, ce plateau horizontal formé par les éruptions volcaniques des monts Cantal, est située la ville de Murat. Elle se développe dans un joli vallon; derrière elle, le rocher de Bonnevie élève l'un sur l'autre ses étages de colonnes prismatiques à six ou huit faces, et son majestueux cône qui les couronne. Ce rocjier, si curieux par la forme, ne l’est pas moins par la propriété qu'il a , dit-on , d'éloigner le tonnerre de dessus la ville. Cependant, comme les populations simples aiment mieux expliquer les faits physiques par l'intervention de puissances mystérieuses que par la science, la tradition a cherché à ravir au rocher le mérite de ce phénomène. La légende rapporte donc qu’en 1493, le feu s’étant communiqué h l'église collégiale de Murat, rien n'échappa è l’incendie qu'une image de la Vierge, laquelle resta intacte au milieu des flammes. La fumée seulement la noircit , et c'est pour cela qu'on la voit encore telle dans l'église de. Murat, où on l'invoque sous le nom de Notre-Dame des Oliviers. C’est depuis lors, ajoute la tradition, que le tonnerre ne tomba plus sur la ville. Aussi,
I. Gallia chrittiano. — MabiUun, Analecta. — !.e Uruiul d'Aussy, Voyage en Auvergne. — Chabrol , Coutume d'Auvergne. — Archives de Saint-Flour. — Dulaure, Description des principaux lieux de France. — Audigicr, article Saint-Flour.
MURAT. — MAI III Ai:.
grande et générale est la dévotion des habitants de Murat pour cette image, et une mère ne laisse jamais partir son fils pour tenter fortune loin de son pays, sans lui remettre une oraison à la Vierge des Oliviers.
l’Ius anciennement que la ville, le château de Murat existait sur ce fameux rocher de Bonnevie. C’était un sombre et solide manoir, composé de fortes constructions capables de défier l’audace des guerriers les plus braves, et le jeu des plus terribles machines de siège. Les tours, qui se confondaient avec les colonnes prismatiques du rocher, faisaient corps avec elles et prenaient si bien, la nuit, l'aspect fantastique de certains animaux, que les vieux arquebusiers qui les gardaient ne les désignaient que par les noms pittoresques de tour du Dragon, tour du Rat blanc , tour du Lion , tour de l’Epervier.
Les propriétaires de ce château se qualifiaient de vicomtes : ils étaient riches et puissants dès le xr siècle. L!n Murat se croisa aux premiers temps de la guerre sainte, et en 1199 , Géraud de Murat figurait parmi la haute noblesse d'Auvergne. Au xiii* siècle, Guillaume d'Apchier, qui faisait des ravages dans le haut pays, trouva dans un autre Murat un ennemi redoutable, et devint son prisonnier. La réputation de ces vicomtes était si bien établie, que Philippe-le-Long les appela des premiers dans les guerres de Flandre. Quelque redoutable que fût pour les paysans le voisinage de pareils hommes d’armes, mieux valait pourtant les avoir pour suzerains que pour ennemis, et quelques familles ne tardèrent pas à venir se grouper sous leur protection, au bas du château de Murat. Vers la fin du xiv* siècle, elles composaient une petite ville, qui reçut le droit de communauté, de consulat, et celui de pouvoir lever quelques impôts de consommation pour les besoins de la ville. Voilà tout ce qu'on peut dire de Murat. Quant à l'histoire du château, elle offre vers ce temps un de ces drames de rivalité entre familles seigneuriales, qui furent fort communs au moyeu âge, et que Shaskpearc a rendus populaires par la mise en scène de la querelle des Capulcls et des Montaigus.
La belle Hélis de Murat , qui avait épousé Bertrand de Cardailhac , était ici la cause d'une haine violente entre les familles des deux époux. Au milieu de la guerre incessante qu'elles se faisaient aux dépens des pauvres paysans , étaient arrivés les Anglais, sous le commandement de Itobert Knolles et de Val de Bœux , et les Cardailhac s'étaient alliés à ces derniers- Avec leur secours , ils vinrent ravager plus violemment que jamais la ville de Murat, et donner l’assaut à son château ; ils ne réussirent pas toutefois à s'en rendre maîtres. Un moment suspendues, les dissensions recommencèrent en 1400, et pour y mettre fin le roi de France Charles VI confisqua les terres des deux maisons. La vicomté de Murat fut donnée à Jean Dumas, seigneur de l'Isle. Le seigneur de Murat qui venait d’être dépossédé s'appelait Renaud ; il se répandit aussitôt dans la campagne avec ses hommes d'armes, écrasa les vassaux de ses ennemis, porta l'épouvante sur leurs terres, et finit par se jeter dans son ancien château , où il se fortifia. Onze mois de siège ne purent le déloger, et, de guerre lasse, on le restitua dans ses possessions, à la condition dç remire hommage au comte d' Armagnac; mais le fier v icomte n’accepta pas même cette condition , et le siège recommença sous les ordres de Begon d'Estaing, homme du comte d'Armaguac. Juvénal des Ursins parle de ce siège dans son Histoire de Charles VI : « En re temps , dit-il , le
Al VERONE.
comte d'Armagnac prit le chastel de Murat par composition et plosieui-s autres places qui estoient au vicomte de Murat, et print ledit vicomte; par le moyen que ses serviteurs et gens s'en peusseut aller des places qui les tenoient , leurs vies sauves. Si le meit en prison, et en la fin eschappa ; il s’en alla devers le duc de Bourgogne. » Renaud fut fait prisonnier et enfermé au château de Carlat; mais il parvint une seconde fois à s'échapper de sa prison , et traita enfin de ses droits avec les d’Armagnac. Il semble que la solidité de la forteresse de Murat inspirait la rébellion. Le successeur de Renaud lie fut |ias moins turbulent que lui. Ce fut Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, si célèbre par ses révoltes contre f.ouisXI. On sait que , vaincu une dernière fois , il fut enfermé dans une cage de fer à la Rastille, et finit par périr sur l'échafaud. Toutefois Louis XI rendit Murat à ses enfants. Cette forteresse existait encore au xvir siècle, lorsqu’elle disparut sous le marteau niveleur de Richelieu.
Murat ne fut jamais compté au nombre des bonnes villes de la haute Auvergne. Quoique la destruction du château lui eût permis de respirer plus librement, il ne s'embellit guère; il a même peu gagné à son érection en chef-lieu de sous-préfecture du département du Cantal. Ses' rues sont étroites et monlucuses, et le nombre de ses habitants ne s’élève qu'à 2,9V0 ; l’arrondissement en contient près de dfi.OOO, dont cinq mille environ quittent chaque apnée le pi y s pour aller exercer dans les différentes villes de France le métier de ramoneurs ou de porteurs d'eau. Ceux qui restent, se livrent au commerce des grains; comme la ville est située à l'extrémité de la Planèze, appelé le grenier de la haute Auvergne, ce commerce est considérable. L’Auvergne, en général , est la patrie des médecins distingués. Murat revendique pour elle, Traverse d'Auleroche, qui fut médecin de Louis XI, Jean C Hôpital, médecin du connétable Charles de Bourbon et père du célèbre chartcolier, et Pierre Je llreuil, médecin de Henri IV. Nicolas Teillard , général des finances sous Louis XI , naquit aussi à Murat.
Quoique Mauriac soit situé sur la frontière du Limousin , on y retrouve le cachet des autres villes d’Auvergne. Le peuple est le même, le sol est formé de lave et déterres bolaircs calcinées. Suivant quelques traditions, cette ville serait fort antienne ; l'empereur Gratien aimait, dit-on , à venir goûter les plaisirs de la chasse dans les forêts qui entouraient Maurenliacum, et Grégoire deTours fait donner, près de Mauriac, la bataille entre Attila et Mérovée, que l'opinion commune, sur la foi de Jomandès, place dans les champs catalauniques. Audigier prétend qu'il y avait dans ce lieu un temple consacré à Mercure, et que lors de la construction de l'église du monastère, élevée sur les mines de ce temple, on retira des fouilles une inscription gravi-e sur une lame de cuivre, indiquant la date des fêtes qu'on y célébrait. La statue du dieu était en vermeil, et, suivant le même auteur, elle fut employée à faire des calices et d’autres objets destinés au culte catholique.
Cependant l'opinion la plus commune donne à Mauriac , pour parrain , un saint du catholicisme, Mary ou Marius, disciple de saint Austremoine. Au nom de Mary ou Maury on n'eut qu'à ajouter ac, et le nom actuel de la ville se trouva formé. Ce qui milite en faveur de cette opinion , c’est qu'on voit sur une hauteur de Mauriac, qui porte le nom de Puy-de-Saint-Mary , les restes d'une chapelle