‹ Histoire des villes de FranceChapitre 29 sur 137 · MOEURS. — IDIOME. — ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

MOEURS. — IDIOME. — ANTIQUITÉS

L’Auvergne, on l’a ilit «vaut nous, est un vaste cabinet (l'histoire naturelle. Quelle terre, en effet, esl plus riche que celle-ci pour le géologue, pour le naturaliste, |>our l'umatit des beaux sites et des grands phénomènes de la nature! Aussi les plus illustres représentants de la poésie et de la science, les Châteaubriand, les Fourcroy, les Vauquelin, les Tournefort, les Arthur Young, sont-ils venus l’admirer, tour à tour, et s’instruire devant les gigantesques chaînes de ses monts galvanisés, joie du minéralogiste, comme devant ses vertes vallées, trésor de la flore française. Ici, l'histoire du sol a précédé celle des hommes. Le pays porte encore, en tous lieux, les traces des antiques convulsions qui l'ont bouleversé. La science moderne veut que les monts calcinés du Cantal soient d'une formation postérieure à celle des monts Dômes. L’érosion séculaire des eaux , les déchirements causés par les éruptions , telles furent les causes puissantes de ces mouvements convulsifs du terrain, de ces contours heurtés et saillants , enfin de ce chaos de formes que présentent les monts et les sites de l'Auvergne. La tradition a consacré en quelques endroits l'origine de ees accidents du sol, en appelant certains monts et certaines gorges Cheminées du diable , Gorges d'en fer.

l-a laisse Auvergne, connue aussi sous le. nom de I.imagne, est encadrée par deux longues chaînes de montagnes qui la flanquent a l’est et à l'ouest. La chaîne orientale, qui s’étend sur un espace d'environ quatre-vingts lieues carrées, esl couverte de vigoureuses forêts de sapins. La chaîne de l'ouest se divise en deux groupes principaux. Au nord ce sont les monts Dômes, vastes cratères éteints que domine le majestueux Puy-de-Dôme , élevé de mille quatre cent soixante-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer; au sud, se dressent les monts Dores, du milieu desquels s’élève, à une hauteur de mille huit cent quatre-vingts mètres, le roi de ces monts, le mont Dore, dont tout le groupe a pris le nom. De son sommet , on aperçoit les Alpes , et on l'aperçoit lui-même , d'une distance de quarante lieues. Les habitants d'un petit village suspendu à ses flancs, comme un nid, y exploitent les eaux minérales qui coulent de ses roches. Les Romains, dévots à toutes les divinités des eaux , y avaient construit un panthéon dont on retrouve encore quelques débris. Dans la haute Auvergne, le mont du Cantal occupe le centre du pays; sa base est de trois lieues, sa hauteur de mille neuf cent trente-cinq mètres: il s’élance presque en ligne droite vers les nues, où il cache son sommet , et donne son nom à toute la chaîne qui lui présente cependant une foule de rivaux. C’est ici surtout que l'incendie a été terrible; les Arêtes noires, fendillées et sinistres , portent écrite l’histoire des anciennes convulsions du sol. La Planète, qu'on appelle le grenier de la haute Auvergne,

n’est qu'un vante diamp de lave. Des lacs dorment aujourd'hui , muets et tranquilles, dans des cratères éteints ; de belles forêts viennent pousser jusque sur leurs bords et dans les Ilots qui accidentent leur lit inégal : ceux de Pavin , de l’.hambon, de Chauves, sont connus. Mille cours d’eau se précipitant en cascades, roulant en torrents, ou suintant à petit bruit des veines du roc, embellissent et feitilisent à la Ibis cette contrée. C'est là que prennent leur source la Dordogne, et la Dore poétisée par le chantre des Ahencérages; l'Ailier, aux eaux turbulentes, tantôt navigable comme un grand fleuve, tantôt se traînant avec peine sur les sables de son lit ; la Jordane , qui roulait jadis des paillettes d'or et faisait vivre une petite colonie d’orpailleurs, et dont les flots égaient le joli vallon où est situé Aurillac. D'autres eaux circulent dans les entrailles de ces monts, composés de tant de substances vulcanisées , et , après avoir traversé dans leur route des couches de fer, de feu et de soufre, viennent, imprégnées de ces substances, sourdre ou pied des rochers. Ici, ce sont les eaux minérales du mont Dore, dont la célébrité remonte jusqu'aux Romains, et qu’on emploie avec succès contre le catarrhe et 1a pneumonie chroniques; là, celles de Chaudrs-Aigues , où l'on arrive par une route tracée comme par miracle sur des précipices de quatre cents pieds d’élévation. Ces eaux qui jaillissent presque bouillantes dos rochers de granit, servent bien moins à la guérison des maladies qu’à chaufferies maisons et aux besoins du ménage; la science pourtant les proclame eflicaces contre In paralysie partielle et les affections rhumatismales.

On doit naturellement s’attendre à voir en Auvergne une foule de produits minéraux ; on y rencontre, en effet, assez abondamment le 1er, le mercure, l’antimoine, le charbon, le plomb sulfuré, le cuivre, le zinc; mais ils n’y sont guère exploités. Les environs de Saint-Flour renferment la seule mine d’émeri «pii soit en France: le naturaliste y trouve encore des cristaux opaques, des pyrites, des marcassites, des améthystes, des émeraudes, de petites topazes; toutefois ces pierres sont communes, elles n’ont ni celte dureté ni cette condensation que le soleil de l’Inde donne aux gemmes. Quant aux matières de construction, le sol fournit des pouzzolanes , des schistes , et surtout la pierre «le Volvic, qu’on retire des grands courants de lave que les habitants du pays nomment cherres ; elle est d’un gris cendré quand on la taille, et devient noire avec le temps.

Dans un pays coupé de tant de monts et de tant de vallées , les vents sévissent avtx- une violence extrême ; leur constante mobilité y a rendu de tout temps impraticable l’établissement «les moulins à vent. Eli été leur fureur se calme ; mais l’hiver livre sans contre-poids l’Auvergne à leur terrible empire. Chassant les nuages qui versent des torrents de pluie , ils se déchaînent comme des espèces de trombes et balaient tout devant eux, dévastant les maisons, déracinant les arbres, entraînant les hommes et les animaux au fond des précipices. Dans les premiers siècles de notre ère , les Romains , pour éclairer les voyageurs égarés pendant ces tourmentes, avaient , comme nous l’avons déjà dit, allumé un phare sur le mont Indiciucus, où est aujourd’hui situé Saint-Flour. On se souvient encore à Clermont de celle du jeudi saint de l’année 1796. Plusieurs personnes -furent poussées et iTias<Vs avec leurs voitures contre les murailles; les Inils, h's

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cheminées furent démolis ; les rues étaient jonchées de débris : ont eût dit une ville bombardée. Os tempêtes sont le plus souvent locales et ne s'étendent |vas au delà d'un certain rayon ; dans la vallée voisine de celle qui en est le théâtre , le calme règne, le soleil brille, le ciel est sans nuages. Iji température de la l.i magne est à lieu près celle de Paris ; mais l’hiver dure près de huit mois dans les régions élevées, et ou y passe subitement d’un froid âpre à une chaleur excessive : alors même les nuits et les mutinées y sont fraîches, et la plus petite pluie suffit pour refroidir l'atmosphère.

Dans la haute Auvergne ou divise l'année en deux grandes époques, celle où les vaches montent vers In montagne et relie où elles en descendent. C’est vers le milieu d'avril qu'elles commencent à monter: le vacher, joyeux, charge sur ses chevaux les outils et les matériaux nécessaires à la construction de son |>elit chalet d'été, et pousse ses troupeaux vers les pentes connues. Bientôt il construit son bvron , avéc une écurie pour ses chevaux , un |>arc pour ses vaches, un toit |>our ses porcs et une chambre eu planches où il fera ses fromages, en pressant avec ses genoux : tout autour, il dispose un petit potager qui lui donnera qurlques légumes; le lait formera le reste de sa nourriture. le buron est le centre des opérations du vacher ; mais errant à la suite de son troupeau , en quête de nouveaux pâturages, il emporte un parc mobile' où il couche, le soir, avec ses vaches et ses chiens. Vers le milieu d'octobre, les premiers froids avertissent le buronnier qu’il est temps de descendre : il détruit alors sa hutte, de peur d'être volé |>endaut l'hiver, en remporte le lavis avec ses instruments; et le troupeau se met à descendre vers les extrémités inférieures des plateaux , et les vallées où sont les v illes , pour y subir une captivité de six mivis.

Cette existence est triste, malgré l'originalité des mœurs du haut pays. Dans lu l.imague seulement on trouve cette fertilité , ce luxe de végétation dont [varient toutes les descriptions de l'Auvergne. C'est là, ainsi que le disait Sidoine A|vollinaire , cette mer de verdure oii l'on voit onduler les moissons, comme les Ilots, sans péril du naufrage. Conqvosée d'un bassin de soixante lieues carrées, parsemée de petits coteaux, et encadrée de hautes moidagnes, la Limagnc doit sa fertilité aux nombreux cours d'eau qui découlent des montagnes et l'arrosent en tous sens. Tous les genres de eulture s'y mêlent dans une confusion pittoresque. A partir d'Aigurpersc, la première ville de la basse Auvergne, en venant de Paris , c'est une succession , une marqueterie de champs de blé , de prairies , de vignobles, de vergers , de bosquets, que la grande division de la propriété coupe de haies vives et de clôtures verdoyantes. Des noyers gigantesques, dont l’ombre ne saurait nuire à l'extrême fertilité du terrain , y encadrent la plupart des champs et bordent les routes. Les coteaux sont couverts de vignobles, comme du temps de Sidoine; mais la qualité «lu vin a bien changé sans doute, car ce vin de Clermont, que l’évêque poëli* mettait sur le même rang que ceux de Chio et de Ealerne, n'est plus qu'un vin noir qui sert à faire des eaux-de-vie et à colorer les vins clairets du nord de la France. L’ancien plant n’exislerait-il plus , «vu bien aurait-on [verdu le procédé qu’on empbvyait à le confectionner? On parle cependant dans la contrée des crus de Chautrrgnc et de Chateldon. Outre ses vins, la basse' Auvergne priMluit avec abondance du blé, du seigle , de l'buile, et

des fruits qui sont l'objet d'une exportation importante. Tout le monde; connaît les pâtes d'abricot de Clermont. Le chanvre devient si gros , qu'il acquiert les proportions de l’arbrisseau ; mais il ne donne qu’un ftl rude et grossier.

A mesure qu'on monte vers les zones élevées, la terre devient moins fertile; la vigne cesse bientôt de se montrer et se retire devant les champs de seigle et d'orge, et surtout devant des prairies qui s'étagent le long de la croupe des monts, pour ne s'arrêter qu'aux sommets couronnés de forêts de sapins. Les forêts, dans la liasse Auvergne, couvrent 57,890 hectares, dans la haute, 39,M)-2. A l’exception de l.a Planèze et de la riante vallée de Cère , la haute Auvergne est presque stérile; on n'y voit que quelques maigres champs de seigle et d’orge, isolés au milieu des prairies. Mais les herbages sont la principale richesse du pays : d'une excellente qualité , et croissant en abondance , ils nourrissent une grande quantité de mulets, de chevaux et de bestiaux , brandie importante des revenus du pays, et donnent un goût recherché à ces beurres et à ces fromages du Cantal , que le |>aysan va vendre aux foires de la saint Luc et de la saint Martin , et qu’oji exporte dans les départements circonvoisins.

Les enviions de Thiers présentaient autrefois un phénomène social assez curieux. Presque tous les hameaux formaient de petites communautés , dont tous Ira membres étaient associés dans la propriété et Ira reveuus de la terre qu’ils cultivaient. Ces réunions de plusieurs familles obéissaient à un chef qui prenait le nom de maître, mais n’était, à vrai dire, qu'un patriarche; l’élection lui conférait sou titre, et il pouvait être destitué pour mauvaise gestion. La communauté nommait également une maîtresse , qui dirigeait les travaux et ta police des femmes ; il arrivait rarement que celle-ci fût la femme du maître. On connaissait anciennement Ira communautés d’Arnaud-Péricou , des Noalhat, des Auglade, des Tarreuteix. La plupart furent dissoutes par suite des lois de partage des biens, qu’avait établira le Code; civil. L’une d'elles pourtant a résisté à ce dissolvant et existait hier encore : c’est celle des Piuon , à laquelle un de ses membres, Cuiltard , avait donué son nom, en y entrant , et qu’on appelait Guittard-Pinon.

Sans vouloir rechercher par des conjectures l’origine de ces communautés, sans examiner si elles durent se former après le funeste passage de Théodorik dans l'Auvergne, dans le but de se garantir contre les dévastations futures des Harbarcs, nous devons dire pourtant que les Guittard-Pinon se donnaient douze cents ans d’existence en s'appuyant sur une tradition, et qu’ils en prouvent cinq cents |tar des actes authentiques. Distinguée moins par sa fortune que par sa probité , son urbanité, l'air de santé de ses enfants et ses actes charitables , celte petite république fut plusieurs fois, dans le xvil* siècle , l’objet des visites des intendants de la province. Le Maître Piuon ayant été attiré par un procès a Paris, sous Louis XiV, fut présenté au monarque |«ir l'intendant Leblanc, qui l'avait autrefois vu à Pinon et l’avait fait asseoir à sa table. Les usages de la communauté n’étaient pas écrits, la communauté leur avait donné une consécration immémoriale. « Les contractants se déclaraient associés , abutiués et aeeommunautés en tous biens présents et à venir, même les dots des femmes avec pacte de succéder l'un à l'autre, qui sera déambulatoire et durera du premier au dernier. » Tous Ira Piuon mangeaient à la même labié ; les jeunes gens se mariaient dans la rom-

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mimante. Les enfants pouvaient demander le pailage îles biens , mais les procès fuient rares, et le patrimoine général subsista toujours en entier. Quoique la communauté récoltfll plus de blé qu'il ne lui en fallait pour sa nourriture, elle n'était pas dans l'usage d'en vendre ; elle donnait l'excédant aux pauvres, et achetait leur part quand la récolte n'y suffisait pas. Uu hôpital pour les pauvres était attachés la communauté; tous les voyageurs que le besoin pressait étaient assurés d'y trouver à souper et à coucher : ils avaient aussi une maison plus belle ipie celles des membres de la communauté, pour y recevoir les hôtes de distinction.

Ce qui s'opposa au développement de cette association , ce fut son éloignement pour les acquisitions nouvelles, pour tous les perfectionnements agricoles. I.es Auvergnats, en général , se défient des hasards de l'innovation et regardent la routine comme le culte du bon sens. Ils se servent encore de l’araire. Les autres instruments du paysan auvergnat sont grossiers; ses chariots, mal construits, roulent sur des roues qui ne sont pas entourées d’une bande de fer. Cette défiance des procédés nouveaux, jointe à l’absence de grandes propriétés , a tenu jusqu'ici dans l’enfance l’industrie auvergnate. Aucune de ces associations, formées jadis pour l’exploitation de la terre, n'a été faite pour celle des minerais, ou pour manufacturer les produits des chanvres; les papeteries d'Auvergne, autrefois célèbres, et qui fournissaient au commerce vingt-huit mille quintaux «le papier, sont restées fidèles à leurs anciens procédés de fabrication ; Tliiers et Amberl , où l’on voulait que le papier eût pris naissanre, en fabriquent beaucoup moins aujourd'hui , mais leur produit l’emporte en solidité et insistance sur tous les autres de France. Cette supériorité tient à ce que le chiffon tritHré dans des auges de pierre par des maillets que fait mouvoir la rivière, laisse subsister les filaments de la toile : aussi a-t-il le privilège exclusif d’être employé pour le papier timbré.

Quoiqu'il n’y oit en Auvergne ni grandes usines ni grandes manufactures, on y exploite d«>s mines de charbon , de cuivre et de zinc ; on y fabrique des toiles de chanvre, des camelots, des étamines, des salins turcs, des blondes, des dentelles, des cartes a jouer et des objets de mercerie, de quiucailleric, de coutellerie et «le chaudronnerie. Issoire est le grand centre de cette dernière industrie. Voltaire a dit : o Issoire, célèbre par son érole et s«*s chaudrons. » Les poteries de l’Auvergne sont encore estimées, et il parait que l'art de mouler et de cuire la terre y remonte aux temps les plus éloignés. On trouve à Clermont des poteries «le toutes sortes et de toutes couleurs , rouges, jaunes, grises; la rouge est supérieure, elle est d'une argile très-fine, bien préparée, et décorée d'ornements d'un asseï bon goût, la* champs sont semés de tessons, et le laboureur trouve |iarfois sous sa charrue toute la boutique d’un mouleur : des vases <|ui se rapprochent de la forme étrusque, des chiens, des chevaux , des enfants, des figuriui* d’amours ou de Vénus.

L’art et l'industrie ont donc rail peu de progrès chez les modernes habitants de l’Arvemie. L’Auvergnat, en effet, retranché dans sa montagne, dont il s’éloigne parfois pour faire fortune, mais où il revient toujours, tient aux vieilles traditions, aux usages immémoriaux. Sans manquer d’intelligence, avec une conformation heureuse, une grande opiniAtreté dans le travail, il est un |ieu

louril d'intelligence , moins |M)iirtant par inslinol que |mr absence d'éducation. Il dédaigne les nrls d'agrément , le lu va des costume» et ras manières élégantes cl polias qui sont la monnaie courante de la bienveillance dans las contrées civilisées ; mais il est juste, lionnéta, et a même une certaine bonhomie qu’il ne faudrait pas trop se hâter de nommer simplicité.’ L'Auvergne , contrée forte et primitive, n'est fias la patrie du bel esprit ni des arts; mais elle a fourni aux lettres, à la magistrature, à la science, des hommes sains d'intelligence, vigoureux de pensée, consciencieux de méthode, carrés d'esprit comme les Auvergnats sont carrés de corps. On connaît la goût général des Auvergnats pour las plaisirs réels? La lionne chère y est à bon marché : le gibier, les jambons de Maurs, las truites de Godivellc fort estimées, les fromages de Sennerlèrc s'étalent A peu de frais sur les tables des familles aisées.

Ayez un bon château dans l'Auvergne et la Brest** ,

a dit Rerchoux. On y fait aussi à table et hors de tabla une grande consommation de vins du pays, qui occasionnent fréquemment des rixes sanglantes, lui resta , le caractère des Auvergnats varie presque dans chaque canton, comme le sol et le climat. «Les gens de la Limagne », dit d'Ormesson, « sont laborieux, mais pesants et sans industrie. » la1 paysan de la haute Auvergne est doux et soumis , vif al industrieux, mais plus grossier dans scs manières. Un reproche général qu'on peut faire aux Auvergnats c’est d'étre âpres au gain et d'user de tons les petits moyens de l’avarice et de la chicane pour s’agrandir. La médiocrité des fortunes, les nécesssités incessantes de la vie rendent en Auvergne les relations très-difficiles et entretiennent entre les habitants des jalousies et un esprit de médisance et d’envie qui font naître des querelles et des procès sans Qu. L’opiniâtreté des gens les éternise. « Il y a deux choses opiniâtres en Auvergne, « dit Fléchier, « les hommes et les mulets. » Le droit d’aînesse s’y est continué au moyen de la faculté que donne le code au père de famille de disposer d’une certaine quotité de ses biens, et y brouille les frères. Un auteur du commencement du xvn' siècle, parle des Auvergnats comme « gens à qui il fait mauvais avoir affaire et qui contestent malicieusement pour rien. » Notre [collaborateur, M. Mérimée, visitant, en 1838, les monuments de l’Auvergne, vit le premier étage de la Sainte-Chapelle de Riom, où siège la cour royale, entièrement comblé d’archives judiciaires.

Dans son amour du gain, l’Auvergnat ne se laissera rebuter par aucun travail, pourvu qu’on le paie, et comme il manque d’éducation professionnelle, il embrasse tous les métiers les plus pénibles, et pourtant les moins recherchés. A la fin de l’automne, quand les blés sont rentrés, on voit des nués d’Auvergnats sc répandre dans toute la France pour s’y faire ramoneurs , marchands de peaux de lapins, charbonniers , joueurs d’orgue ; c’est surtout de la haute Auvergne que partent les plus nombreuses émigrations. Le Grand d’Aussy dit que de son temps, dans la seule élection d’Aurillac, plus de six mille habitants s'expatriaient annuellement. Aux environs de Murat, des villages restent parfois entièrement déserts. Anciennement les Auvergnats se rendaient beaucoup en Espagne. Tous ces émigrants se fixent dans les villes populeuses , et y forment

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de petites colonies, comme les porteurs d'eau et les charbonniers de Paris, qui conservent, au milieu de mœurs et de populations différentes, les mœurs, le costume et le langage de la petite patrie.

Les Auvergnats ont, en général, l'ovale long, le crâne fortement ossifié et assez volumineux , les jeux un peu près l'un de l’autre, les cheveux et la barbe assez ordinairement noirs , quoiqu’on trouve dans certains cantons des restes de l’ancienne race gauloise qui s'est maintenue blonde. Les paysans de la Limagrie conservent encore tin habit court plissé autour de la taille , des hauts-dechausses d'une ampleur prodigieuse, et un large col de chemise rabattu sur les épaules et la poitrine; mais dans les villes on porte le chapeau et la veste courte des charbonniers de Paris, le costume de la montagne diffère de celui de la plaine ; le brayot du paysan offre ici une grande ressemblance avec l'habit du paysan romain, tel qu’on le voit dans les monuments trouvés dans les fouilles d'Hereulanum. Les robes des femmes sont chargées d’une quantité de plis, mais leur costume varie aussi d’un canton à l'autre. Dans quelques-uns, elles mettent sur leur tête une pièce d'étoffe noire, retroussée et retenue par une chaîne de laiton que les plaisants appellent un serre-malice.

Nous ne pouvons guère nous étendre sur les coutumes de l'Auvergne ; un mot cependant de ses bourrées, danse monotone à deux , exécutées aux sons chevrotlants de la cornemuse et de la musette , qu’on appelle en patois lu (sabretta ( la chevrette), et dans laquelle on chante une chanson qu'une imitation de Loïsa Puget a rendue dernièrement populaire à Paris. Fléchier dit encore que les Auvergnats naissent avec la science infuse de leurs bourrées, et qu'ils les dansent ordinairement, soit paire qu'elles conviennent fort au pays, soit paire qu'il est permis de saluer la dame et de la baiser. Quoique le français commence à se répandre en Auvergne , le patois est la langue du peuple , et dans les classes élevées , celle de l’enfance et des conversations familières; des amateurs de poésie locale s'essaient encore à rimer dans cet idiome, qui n'est qu’une des mille formes du roman du midi de la France, des églogues, des dialogues, des satires. Le patois de la montagne est plus dur que celui des environs de Clermont, quoiqu’il se rapproche plus par ses terminaisons en a de la langue des troubadours; mais il êst bien loin de former un idiome régulier. Presque toutes les parties du discours sont amalgamées d’une manière indissoluble, et forment des mots composés de détritus, pour ainsi dire, d’anciens mots latins.

Nous terminerons cet aperçu par quelques détails sur les antiquités. -On est élonné de ne pas trouver, en Auvergne , plus de restes de l’époque celtique , en pensant aux peintures que nous font Slrabon et César, de la grande existence des roisarvemes. Nous ne croyons pas trop à la tradition qui place, près d’Ariane, les ruines du château de Bituitus, dans un lieu que les habitants appellent encore fiitous; nous avons déjà mentionné, à l’article Clermont, la pierre dite de la rue des Bohèmes, et s’il n'est pas possible d'y voir, comme le veut Mézeray, un abrégé de la religion des druides , on peut du moins la croire authentique. C'est une pierre de granit de forme triangulaire, qui devait orner le fronton du portique d’un temple. Les antiquaires ont cru découvrir là la Vénus céleste des Gaulois , nommé Onuva ; deux serpents renversés l'enlacent dans toute sa hauteur : elle

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porte, h 1» parlie supérieure de la télé, des ailes déployées de droite h gauche; à sa partie inférieure, on voit deux saillies en forme d'ellipse, couvertes d'écailles de poisson et disposées de même que les ailes. Sur un plateau assez élevé, entre le village de Saint-Nectaire et les latins de Boste, on voit, selon M. Mérimée, à peu de distance d'une masse de rochers dont les pointes percent la terre de tous côtés, un grand dolmen en bon état et parfaitement authentique. Ce monument était composé de cinq pierres de granit non travaillées , ajustées de manière à former un parallélogramme : l'une d'elles servait de toit, l’ouverture se trouvait A l'qst. Tout auprès, un pilier était couché A terre ; à quelques pas de là, on remarquait des suhstructinns grossièrement construites, appartenant A une enceinte carrée ; l'intérieur présentait douze chambres, donnant sur un étroit corridor, qui les partageait en deux sections. Était-ce là le logement du collège dos prêtres desservant le dolmen? En montant vers le sommet de la montagne de Chaleureux , on trouve aussi de vastes cavernes creusées dans le roc, qu'on attribue aux anciens Arvernes. Nous avons déjà rapporté sur le temple de Vasso-Galate, produit du mélange de l’art celtique et de l’art romain , les détails que donne Grégoire de Tours; nous ajouterons qu'on regarde, en général, comme lui appartenant de nombreux débris épars dans divers quartiers de Clermont , tels que frontons, entablements, et fûts de colonnes mutilés.

De l'art romain il ne reste en Auvergne aucun monument entier, mais seulement de nombreux fragments de sculpture qui , malgré leur mauvais état , attestent encore que l'Auvergne fut une des provinces de la Gaide les plus importantes sous l'empire. Deux voies romaines, dont îles traces existent aux environs d'Aigueperse et de Billnm, reliaient sa capitale à Bourges et à Lyon. Une troisième se dirigeait vers Limoges; on en voit un fragment assez considérable près de Chainalière. Les eaux de pluie lavant continuellement les pierres de granit, de lave et de basalte dont elle est construite, les rendent aussi polies, aussi claires que le carrelage d'un appartement. Un aqueduc qui conduisait les eaux de Fontanat A Clermont traverse cette voie ; il est solidement voûté, et les pierres qui cimentent extérieurement la voûte sont de granit, ainsi que la bâtisse intérieure. Il serait trop long d'énumérer toutes les pierres chargées d'inscriptions latines qu'on rencontre en Auvergne. Ici , c'est un chapiteau d'ordre corinthien gisant à la porte d'un petit séminaire (Saint-Allyre); là, un tombeau de pierre blanche, long de six pieds et large de trois, avec cette inscription : Diit manibus et mtmorite œtcrnir Juliœ Marcirr Mnrciolu malrr posuit; plus loin, lin sarcophage en marbre blanc, d'nn seul bloc et orné de trois bas-reliefs , lequel servit longtemps d'autel à la rhapelle du Saint-Esprit , dans la cathédrale de Clermont. Nous citerons encore un stylobate, situé dans une rue de Riom, et qui supporta sans nul doute la statue du Génie de l'Auvergne. Des pierres milliaires, des pierres sépulcrales, de nombreuses poteries marquées des noms de Mur in i et Surini , deux mouleurs autrefois célébras probablement, des anneaux romains, des médailles de presque tous les Césars, notamment des Néron en or, et des médailles en cuivra qui passent dans les marchés pour de gros sous , complètent les richesses archéologiques de l'époque romaine.

Quant à l'art chrétien , il offre ici un ample sujet d'observation. Nous avons vi. 27

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montra dans les notices des villes combien le christianisme avait élevé, de bonne heure, en Auvergne de temples à ses saints et à ses martyrs. Il existe encore aujourd'hui dans l'enclos de Saint-Allyre une petite église du V siècle , dédiée à saint Venerand, et qu’on piétend avoir été bâtie par lui-méme : il en est fait mention dans X Histoire ecclesiastique de Fleury. L'église de Notre-Dame du Port, de Clermont , est d’une époque bien plus rapprochée de nous ; mais elle s'éleva certainement sur l’emplacement d'une église ou peut-être d'un monument romain , car on découvre dans la bâtisse un mélange de pierres dont une partie est d’une qualité qu'on ne connaît plus dans le pays; on voit encore, dans quelques-unes, les traces des moulures de l’architecture primitive. Du reste, cette église, comme la plupart de celles dont nous avons (varié ailleurs, sont byzantines et ont été construites du ix' au xir siècles. Tels sont le Modtier de Thiers, Saint-Amable de Riom, Saint- Paul d’Issoire, Saint-Julien de Brioude. l’n caractère commun à toutes ces basiliques, c’est l'élancement des piliers et le resserrement sensible de la nef et des collatéraux. Les vorttes sont généralement élevées, épaisses et d’une grande solidité, presque toujours en berceau et sans doubleaux dans la nef. Les piliers ont ici plus d’élévation que dans le Nord, et dès le xi* siècle ils commencent à être ornés de sculptures. On doit «‘pendant noter dans les églises byzantines d'Auvergne l'absence de statues et de grands bas-reliefs; on employa dans leur ornementation les peintures a fresques qu'on retrouve partout sous le badigeonnage qui les recouvre. Nous avons parlé des peintures de La Chaise- Dieu représentant la danse Macabre , ainsi que du zodiaque sculpté sur le chevet de l'église d’Issoire; les sculptures de l'église d'Ennezat sont célèbres par l'obscénité de certains sujets, curieux sans doute, mais qu’on ne peut décrire qu’en latin. Saint-Amable de Riom présente cette particularité que.de style byzantin, et du xr siècle, l'édifice porte sur des colonnes d’un style très-ancien des ogives fortement prononcées. La Sainte-Chapelle, de la même ville, est célèbre par de belles verreries de la fin du xiv' siècle. Du moyen âge, l’Auvergne a conservé quelques beaux châteaux et quelques forteresses inexpugnables, qui en couronnent les monticules d'une manière pittoresque. Nous nous bornerons à rappeler le château de Mirêmont dont les mines dominent les gorges de la Dordogne, et une centaine de v illages répandus sur la lisière des départements du Cantal et de la Corrèze. 1

t. Ramond, Mémoire sur ta plaine actuelle de la Limagne (Journal des Mines, t. XXIV). — Lcooq et Bouillcl, Itinéraire du département du Pug-de-Uôme , contenant l'indication des principales formations géologiques. — D'Humières, Coup d’œil sur l’agriculture du Cantal ( Mémoires de la société royale d'agriculture du Cantal). —Le Grand d’Aussy, Voyage en Auvergne. — Rabani-Bcau regard , Tableau de la ci-devant province d'Auvergne. — P'Orme&son , Mémoire sur l'Auvergne. — Mérimée , Notes d’un voyage en Auvergne et tn Limousin. — Le baron Taylor et Nodier, Voyage dans l’ancienne Auvergne,

DKSCKIPTION GÉOC K Al’HIgUE. — HISTOIKE GÉNÊHALE.

La Marche (Mar chia temovicinu) et le Limousin ou Limosin (Lemovicensis irai- tus) figurent parmi les provinces centrales de la France. La première borne , au sud , la seconde et routine, ]>ar le nord, aiee le Berry ; si's autres limites sont , à l’est, l’Auvergne; à l'ouest, le Poitou. Elle était comprise anciennement dans le Limousin, et on lui avait donné le nom de Marche, parce qu’elle servait de frontière nu royaume d’Aquitaine, ta1 Limousin est borné aussi , à l’est , par l’Auvergne; il a pour lisières, au sud , le Querry; A l’ouest, le Périgord. La Marche a vingt-trois lieues de long sur quinze de large et elle occupe un espace d’environ deux cents lieues carrées ; le Limousin , dont l’étendue est de vingt lieues en longueur sur autant de largeur, présente A sa surface un développement de trois cent trente lieues : c’est donc une superficie totale pour les deux provinces de cinq cents trente lieues carrées.

Plusieurs chaines de montagnes traversent la Marche et y multiplient A l’intini les accidents du terrain : celle du centre, ligne continue, s'étend du nord-ouest au sud-ouest. Une autre, la tiartaupe, point de départ de plusieurs ramitientions, pénètre dans le Limousin, line troisième, enliii, commune A lu Marche, au Limousin, et A l'Auvergne, forme un vaste plateau d'où les eaux si1 distribuent sur tous les points de l'horizon en un grand nombre de courants qui suivent les di ventes pentes du sol.

Les groupes de montagnes et de collines plus nombreux et plus hardiment dessinés nu sud et A l'ouest de la Marche , s’abaissent et s’effacent en se rapprochant de l’est et du nord. Iles bois taillis ou des plantations de châtaigniers en revêtent les cOtés; et cette ceinture verdoyante contraste avec leurs |>arties supérieures, pour la plupart incultes. Au bas, se déroulent de belles prairies, qui souvent font place A des landes immenses où foisonnent les brux ères , les ajoncs et les genêts. Peu de pays ont un aspect plus varié, plus pittoresque, plus agréable ; c'est la grAce , la fraîcheur, la jeunesse , tempérant une nature sévère , Apre et quelquefois sauvage. On ne se lasse point , quoique fatigué par la rudesse des chemins, d'errer au milieu de ces perspectives toujours nouvelles et dont la beauté a un charme indéfinissable. On aime A suivre les bords encaissés de la Creuse, A gravir les coteaux escarpés entre lesquels elle est resserrée d'une ma-

LIMOUSIN. —MARCHE

nière si saisissante, à la voir s'enfler au temps des orages et des pluies au (soi ut de s'élever h une hauteur de plus de neuf mètres, ou tomber et se dessécher tellement, que c'est à peine s'il reste assez de force à ses eaux réduites et dormantes pour faire mouvoir les moulins dont les deux rives sont agrestement parsemées.

La surface du haut Limousin est hérissée de montagnes, dont les deux principales chaînes se dirigent de l'est à l'ouest et forment le hassin de la Vienne . leurs deux points culminants sont, pour la première, le mont de Puy-de- Vieux , qui s'élève près de Grammont, et, pour la seconde, le mont Jargeau [Morts Gnryunus). Les plantations de châtaigniers, couronnement ordinaire des coteaux, ne peuvent vivre dans ces hautes régions , aux sommets dépouillés ou couverts de bruyères. Le bas Limousin , envahi par les poussées des montagnes de l'Auvergne , n’est ni moins profondément déchiré, ni moins remarquablement mamelonné que la partie haute de la province. C'est sans doute l'aspect de ce sol accidenté qui a’ fait donner la qualification de Suisse intérieure aux contrées du centre ; mais cette comparaison peu juste, appliquée à la Marche, l'est encore moins, s'il s'agil du Limousin seulement. En effet, les paysages sont ici plus sauvages que riants, plus sévères que grandioses. On n’y voit point les montagnes superbes, les cimes neigeuses, les crêtes dentelées des Alpes; et le regard ne rencontre nulle part les ligues hardies qui donnent un si grand caractère à l'horizon helvétique. La elialnc de l'Auvergne, dont les festons bleuâtres enserrent d'un côté la province, a des proportions plus modestes elle-même. Enfin, les gorges habituellement étroites, souvent marécageuses, sont loin d’avoir l’air de richesse et de sérénité des vallées de la Suisse , et l’on ne saurait comparer à ses lacs azurés les sombres étangs du Limousin. Celte province, avec ses collines arrondies, uniformes, presque continuelles, ses landes désertes, ses bruyères roses, ses bois elair-semés, ses torrents limpides et bruyants, fait penser plutôt à l’Ecosse. Au reste, il serait fort difficile d’en faire une description générale qui soit exacte; le paysage changeant à chaque iustaut de caractère , un trajet d’une lieue suffit pour rendre mensongère la plus fidèle peinture. Dans une seule journée de voyage, on voit le pays se métamorphoser complètement sous ses yeux. L’aspect de la campagne, la physionomie des habitants, le climat, tout a changé dans un même département. Dans celui de la Corrèze, on rencontre à la fois, aux environs' d’Ussel, la température de la Norvège, et aux alentours de Brives, des chaleurs vraiment espagnoles et les productions des pays les plus méridionaux.

Une multitude de petites rivières et de ruisseaux arrosent les deux provinces cl découlent , à quelques exceptions près , de leurs propres montagnes : pour la Marche, ce sont la Creuse, le Cher, le Chavunoux, la Maude, l’Ardour, l'Abloux, la Petite-Creuse ; pour le Limousin, la Vienne, la Brionee, la Vezère, la Hautes Vezère , la Corrèze, la Diègc , la Troussonnc , etc. Deux cours d'eau , la Gurtcm|Kel le Thorion, sont communs aux deux pays. Aucune de ces rivières n’est navigable. La Corrèze, la Creuse, la Petite-Creuse et le Thorion charrient seulement les bois de chauffage à bûches perdues. Parmi les nombreux étangs dont le sol est coupé, nous citerons ceux de Cicux de Jonas, de la Pêcherie, des Bcyges, du Ressoult. En général, le voisinage des montagnes de l’Auvergne, la multiplicité des sources et des ruisseaux rendent la température de la Marche et du Limou-

HISTOIRE GÉNÉRALE, sin froide et humide; on y souffre de violents orages et de grosses pluies, qui môme, selon la remarque de l’abbé Expillÿ, tombent plus fréquemmant dans cette dernière province, depuis la construction du canal des I)eu\-Mers. Le lias Limousin, plus tempéré que le haut , dans ses parties les plus l'approchées du Languedoc, éprouve, en tirant vers le Cantal et le Puy-de-Dôme, des hivers plus rigoureux que sa latitude ne semble l'indiquer; la neige s'v maintient souvent pendant un mois, et son épaisseur n'est pas alors moindre de quinze centimètres. Les variations réitérées de la constitution météorologique nuisent sensiblement , dans les deux pays, à la prospérité delà végétation, ainsi qu'à la santé des hommes et des animaux. On y jouit pourtant d'un air vif et pur; les vents dominants soufflent de l’ouest et du nord-ouest ; les hivers sont longs, h*s étés courts, les printemps et les automnes presque toujours fort beaux.

Le sol du haut Limousin, généralement granitique, a pour base des pierres, soit primordiales, soit formées de débris entraînés dans les vallons. Un mélange de particules qunrtzeuses et micacées constitue partout «‘lui de l'arrondissement de Limoges. Des bancs d’argile, et de glaise entrecoupent la terre en quelques endroits; visqueuse et humide dans ces cantons, elle devient plus friable auprès des villes el des lieux habités, où les travaux agricoles, le mélange des engrais et les détritus des végétaux l'ont amendée depuis longtemps. Sur les bords de la Ligoure, le sol est un tuf rouge, es|>ére de porphyre décomposé. Le terrain de Reliai- et de Rochochouart ressemble à celui de Limoges; sauf, toutefois, que dans le premier de ces arrondissements les terres avoisinant le Poitou sont plus substantielles et plus profondes, et que dans le second on voit, prés du chef-lieu, une matière argileuse, produit, peut-être d'un volcan, à en juger par sa couleur et sa légèreté. Le feldspath, Isise des pétunzés et des kaolins, règne dans l'arrondissement de Saint-Yrieix , où l'on trouve plusieurs espèces de terres argileuses et de serpentine; comme le sol y est essentiellement granitique , il ne contient ni gypse, ni marne, ni chaux, à l'exception pourtant d'une Ile ou banc de calcaire primitif, et qui, pur une singularité frappante , est située au centre d’un plateau de granit, sur le revers oriental du mont Jargean, rive gauche de la Combade. On rencontre également à Sussac, sur la même rive, lit chaux carbonatée en banc de calcaire primitif, alternant avec les gneiss et renfermant souvent du mica de couleur grise, dont la cassure laminaiie est privée de l'argile auquel il dev mit du corps. Le lias Limousin , granitique nu nord , offre communément au centre des roches umphiholiques, et au midi du schiste el surtout de la chaux, très-abondante aux environs de Rrives, de Beaulieu et de Turenne. Comme celui du Limousin, le sol de la Marche se compose, de terres sablonneuses, où le granit et le mica dominent; il y a dans certaines localités du schiste et quelques traces volcaniques , telles que scories et basaltes; on y remarque, en outre, le quartz et l'amphibolite, et sur les terrains s'étend une couche de grès houillcr auquel s'associe le fer earhonaté lithoïde.

Parmi les peuplades gauloises répandues en grand nombre sur le territoire qui a servi à constituer les deux provinces de la Marche et du Limousin, les seules dont le nom ait pu parvenir jusqu'à nous , sont les Cambiovicenses , maîtres alors de tout le canton actuel de Chamhou , dans le pays de Cnmhraille, limitrophe de

LIMOUSIN— MARCHE

l'Auvergne, <‘t les Andecumuleuses, répandus dans relui de Rançon, sur les bords de la (jartempe. O lia lit aux t.emobicct nu Lemovices ( Limousins proprement dits), mentionnés tour à tour par César, Straboii, Pline et Ptolémée, qui nous les représentent comme fort avancés ilans les terres et contigus aux Pictoues, une de leurs colonies, ils étaient évidemment le peuple le plus considérable de la contrée, auquel un lien commun rattachait ces diverses peuplades; et leur confédération embrassait toute la région comprise , plus tard , dans les diocèses de Tulle et de Limoges.

Les Lemovices faisaient partie de la Celtique : ils confinaient, au nord, avec les Hiluriges-Cubi ; au sud, avec les Cadurci; à l’est, avec les Arverni; à l’ouest, avec les Sun lunes et les l'etrocorii. Après avoir opposé une vive résistance aux légions romaines, ils entrèrent dans la ligne que Vercingétorix réussit à foi-mer contre César. Leur roi, Sedulix , secourut , avec dix mille combattants, le chef arverne, et fut tué sous les murs d’Alise, ainsi que son second fils, Cœlicomal. Duratius, tils aillé de Sedulix , s'attacha à la fortune du conquérant, qui, par politique ou reconnaissance, lui conféra le litre de proconsul et le combla de bienfaits. Auguste traita les Lemovices avec la même bienveillance que leur avait témoignée César ; il les enclava dans l’Aquitaine , et dès lors AuyustorUum , leur capitale, devint la résidence des proconsuls, choisis souvent dans la propre' fumille des empereurs. Dioclétien, ayant divisé l'Aquitaine eu deux parties, les Lemovices, qu’il plaça dans la première, dépendirent de Bourges, la métropole. Les noms de quelquesuns d’entre les proconsuls ou gouverneurs de la province limousine ont eu une grande célébrité : il nous sullira de citer Lucius Capreolus, fondateur de < Malus Chabrol | Ciistruin Lucii Caprtoli); Leocadius, l’ami d’enfance de Drusus; Sergitis (îalba , le même qui fut empereur ; et Julius Agricola , beau-père de l’historien Tacite.

Doratlirn, irrité contre les Lemovices, à la suite d’une violente sédition par laquelle ils avaient essayé de repousser les persécutions dirigées contre les chrétiens, les dépouilla de tous les privilèges que leur avait accordés Auguste. Vers la tin du m" siècle, sous l'empereur Tacite, ils eurent ulTaire aux Vandales, qui échouèrent devant Limoges Au commencement du v”, ces mêmes barbares, secrètement appelés en Aquitaine par Stilicon, ministre d’Uonorius, détruisirent plusieurs villes importantes du Limousin. Les Wisigoths s’emparèrent de tout le pays, en 47-2, et en furent ensuite dé|vossédés par Lhlodwig (507 ), qui en confia le gouvernement à des comtes particuliers, au nom de son (ils Théodorik , ou Thierry, auquel il venait de donner l’Aquitaine. Le premier de. ces comtes dont l'histoire ail conservé le nom, est Jucundus, père d’Aredius (saint Yrieix).

Le Limousin, ainsi que l’Aquitaine, appartint tour à tour à Charibert, roi de l’nris (561-567); à Childebert, fils de Sighebert, roi de Metz (583-596) ; et entin àChlotairc II, sous lequel passèrent, en 628, tous les états démembrés de la monarchie deChlodvvig. En 630 , Dagoherl 1", tils de Chlotaire, donna le royaume d' Aquitaine ou de Toulouse, dans lequel se trouvaient compris la Marche et le Limousin , à son frère cadet , i ’.hariberl , auquel succédèrent , d’abord , Childérik mort en bas Age de mort violente, et, plus tard, Boggis et Bertrand, que. par un accommodement conclu en 637, Dagobert ii’iuvcslit que du litre de ducs Itéré -

ditaires . sous In condition de loi et hommage. Nous glisserons sue Eudes, llunuld et Waiffee, successeurs de Boggis. Les chroniques limousines citent , comme gouverneur du pays, avant le règne de Boggis, les comtes l.opès, Savary et Hévingue. Le premier comte de Limoges fut, selon quelques historiens, ltotgerius, |>arent de Charlemagne, qui en lit un des officiers de son fils Louis, roi d’Aquitaine (781 ). Louis-le-I)éhonnaire visita le Limousin, en 832. On trouve en 837, un comte de Limoges, du nom de Ratifier, auquel Adhémar de Chahannais substitue Raymond (qu'on ne doit pas confondre avec Raymond !•', comte de Toulouse) et ensuite Gérard, le roi Eudes, fils de Raymond, comte de Limoges , suivant le même historien , étant venu se faire sacrer dans cette ville (887), supprima les comtes et établit en leur place, pour vicomte, un nommé Fuicherius ou Fouiller, habile ouvrier en bois, industrium fnbrum in lignis (c'està-dire habile ingénieur en machines de guerre). La succession des v icomtes de Limoges est fort incertaine jusqu'à Girard ou Géraud, descendant de Foucher (063-1000), et l'histoire elle-même du Limousin n'offre, jusqu'à la seconde moitié du xi* siècle, qu’un intérêt très-secondaire. Toute la période antérieure est remplie par les ravages des Normands, qui avaient déjà dévasté le pays vers le milieu du IX* siècle; par quelques entreprises de Gnillaumc-Fierà-Bras et de Guillnume-le-Grand, ducs d’Aquitaine et comtes de Poitiers, lesquels s'intitulaient aussi romtes de Limoges; par les démêlés des vicomtes de Limoges avec les abbés de Saint-Martial, et enfin le passage du pape Urbain H , à son retour du concile de Clermont (1095). C’est également dans cet intervalle, commençant avant le milieu du x' siècle, que la Marche fut détachée du Limousin et divisée en deux parties bien distinctes, dont chacune eut, dans l’origine, un comte particulier.

Boson-le-Vicuv , petit-fils de Geoffroi , premier romte de Charrouv , fut comte de la Marche dès 944, comme l'atteste la charte de fondation de l'église du Dorât ; il dut son élévation au duc d’Aquitaine, Guillaume-Tête-d’Éloupes. Une charte souscrite à Limoges, en 959, le qualifie de marquis et met le Limousin même dans son marquisat. Sous le règne du roi LothaireJ on ignore la date précise ) , il fut battu par le vicomte de Limoges, Gui, fils de Giraud, et contraint de lever le siège du château de Brosse , en Berry. Itoson eut trois fils ; l’alné, Hélie I", jouit du comté de Périgord, du vivant même de son père; Aldebert, le second, lui succéda dans la partie haute de la Marche, et Boson II, le troisième, dans la partie liasse ( vers 968). Aldebert s’étant brouillé avec Thibaut, comte de Blois, se présenta sous les murs rie Tours. Sommé de se retirer par Hugues Capot, il répondit à cette question méprisante du nouveau roi de France : Qui t'n fait comte:1 par ces paroles fameuses : Ceux qui l'ont fait roi. Aldebert réussit, d'ailleurs, à se rendre maître de la place, qu'il donna au comte d'Anjou, Foulques -le -Bon. Boson II épousa Almodis, fille du vicomte de Limoges, Girard; il fit la guerre au duc d'Aquitaine, Guillaume-le-Grand, et, fait prisonnier par lui dans une bataille, fut conduit à Poitiers même, où sa captivité ne dura pas au reste longtemps. Assiégé ensuite dans son château de Hcllar , par les troupes réunies du duc d’Aquitaine et de Robert, roi de France, il s'y défendit vaillamment et les força de battre en retraite.

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Aldeliert , comte de In liante Mairlie, liérilu du comté de Périgord a la mort de son frère, Hélie I" (980), el laissa un fils nommé Bernard, qui étendit sa domination sur les deux Marches, tandis que le Périgord passait à Hélie II, Ûls allié d'Aldebert , par arbitrage du duc d'Aquitaine, Guilluume-lc-Grand (995-1006). Bernard eut pour successeurs A Idebert II, que nous voyons assister, en 1069, comme vassal immédiat du roi de France, au sacre de Philippe Ier ; puis Boson III ( 1088 ) ; Almodis, sa sœur, mariée nu comte de Lancaslre , Roger de Montgommery ( 1091 ) ; Aldebert III, conjointement avec ses frères Eudes et Boson, sous lesquels les seigneurs de Lusignan s'emparèrent d'une partie considérable de In Marche (1116-1143); Bernard II, lils d'Aldebert III; et Aldebert IV, qui vendit, en 1177, moyennant cinq mille marcs d'argent, tout ce qu’il lui restait de son l>ntrimoinc au roi d’Angleterre, Henri II. Mais GeofTmi de Lusignan et ses frères, les plus proches héritiers du comte, s'opposèrent à cette aliénation, dont Henri II se désista. Hugues IX de Lusignan ayant, vers la fin de ce siècle, épousé Mathilde, comtesse d'Angouléme, que Richard-Cœur-de-Lion avait déclarée héritière d'Aldebert, réunit tout le comté de la Marche sous sa main : la souveraineté resta dans sa famille jusqu'en 1301 , époque à laquelle Hugues XIII engagea son fief, pour une grosse somme d’argent , au roi de France Philippe-le-Bel. Gui , frère de Hugues XIII, voulut revendiquer, à sa mort (1303), le comté de la Marche; mais Philippe-le-Bel le força d’y renoncer, et , par une transaction avec les sœurs du dernier comte, demeura seul propriétaire de tout le pays. Philip|>e-U>-Long attacha la pairie au comté de la Marche, en faveur de son frère, Charlcs-lc-Bel ( 13IG) ; celui-ci, devenu roi, échangea son ancien apanage contre le comté de Clermont ( 1327), appartenant à un petit-Tds de saint Louis, le duc de Bourbon, Louis I", dont les descendant , Jacques I", Jean I" et Jacques II, possédèrent la Marche, à titre d’apanage, jusqu'en 1435. Rernard d' Armagnac, gendre de Jacques II , transmit le comté à son fds , le célèbre Jacques d’Armagnac , sur lequel Louis XI le confisqua , pour le donner il son gendre, Pierre de Bourbon , sire de Bcaujeu (1477), dont la fille Suzanne l'apporta en dot à son cousin, Charles II, dauphin d'Auvergne, plus tard connétable de Bourbon ( 1505). Après la trahison et la mort du connétable, François I" incorpora définitivement la Marche au domaine de la couronne ( 1531 ).

Revenons aux vicomtes do Limoges. Il parait que cette dignité n'était pas encore héréditaire sous Adémar ou Aimar I", petit-fils de Girard, puisque ce fut seulement à la prière du comte d'Angouléme, et du gré de Guillaume-le-Grand , duc d'Aquitaine, qu'il succéda, en 1025, il Gui, son père. Nous mentionnerons seulement, pour l’intelligence généalogique de notre introduction, les premiers descendants d’ Adémar : Gui II, Adémar II, Adémar 1(1 , surnommé le Barbu, Adémar IV et Gui IV , dont les actions assez monotones offrent peu d’intérêt ( 1036-1148). Ce fut pendant la minorité d' Adémar V, fils d' Adémar IV, et sous la régence de son oncle, Archamhaud, que Henri, comte d’Anjou, se rendit une première fois dans le Limousin , pour s'y faire inaugurer comme duc d'Aquitaine (1152); il y retourna, en 1156, après son avènement au trrtne d'Angleterre, et Ota la régence à Archamhaud, afin d’en investir Guillaume Pandolf, et Geoffroi de Neuliourg, frère de Rotrou lit . comte du Perche. En 1159, Adémar ayant atteint

l'âge île majorité, il lui donna eu mariage Sara, sa eousine, lille de Renaud, iomlc de Cornuuaille, et remmena dans son expédition de Toulouse. Le iiou\ eau vicomte prêta ensuite hommage à Richard-Cœur-de-Lion, lorsque ce jeune prince, auquel son père venait de céder le duché d'Aquitaine, lit son entrée solennelle à Limoges (1172). Bientôt pourtant il se jeta dans la ligue formée contre Richard pur les comtes de la Marche et d'Angoulême, les vicomtes de Comborn et de: Turenne, et presque tous les barons du Poitou ( 1170). Le duc battit les rebelles dans un combat livré entre Saiut-Mégrin et Boutteville , et envahit le Limousin. Adémar, forcé de se réfugier dans la ville d’Angoulême, y fut assiégé et pris, ainsi que tous les chers confédérés, par le vieux roi Henri II qui les renvoya n son (ils. La paix ayant été faite, le vicomte partit pour la Terre-Sainte (1178), où il ne resta que deux ans. A son retour, il s'unit contre Richard avec les frères puînés du duc, GeofTroi et Henri-le-Joune. Après la mort de celui-ci, Richard et son père Henri II consentirent à recevoir en grâce le vicomte. La tyrannie et les mœurs dissolues du duc d'Aquitaine engagèrent encore une fois Adémar à se révolter contre lui (1 188 j ; et enfin , en 1199, suivant un acte rapporté parle père Bonavcnture de Saint-Amable , il se déclara vassal du roi de France, Philippe-Auguste. On sait que, cette même année , Richard-Cœur-de-Lion fut blessé mortellement devant le château de Châlus, on Adémar avait découvert un trésor qu'il refusait de livrer au roi d’Angleterre.

(lui V, fils atné et successeur d'Adémar, embrassa le parti du duc de Bretagne, Arthur, contre son oncle, Jean -sans-Terrc. Pendant sa captivité à ('.binon, où le roi d'Angleterre l'avait fait enfermer, en 1202, les barons et le peuple du Limousin ayant emporté d’assaut le château de Noailles, situé entre Rrives et Turenne, y massacrèrent les Brabançons et les routiers qui commettaient d’affreuses dévastations dans la province. « C’est ainsi que le sceptre du roi d'Angleterre commença d’être brisé dans l'Aquitaine » , comme le remarque l'auteur de la chronique manuscrite de Saint-Martin de Limoges. Délivré de prison, en 120V, par Philippe-Auguste, Gui V se mit au service de son libérateur. Jeansans-Terre essaya vainement de lésister dans le Limousin ( 121 A) : il .ne tarda point à en être chassé par le fils du roi de France , depuis Louis VIII , qui prit dès lors le litre de duc d’Aquitaine. Il parait cependant que les Anglais conservèrent encore un pied dans In province, puisque ce n’est qu'en 1216 que le vicomte Gui reconquit sur eux la tour d'Aixe, qu'il avait fait bâtir en 1206, et dont Jean-sans-Terre s'était emparé, en 1211. Gui VI , surnommé le Preux , fils de Gui V, contribua également à soumettre, pour le roi de France, les places fortes du pays , où les Anglais tenaient encore. En 1273, saint Louis envoya dans le Limousin , en qualité de sénéchal , Guillaume de Malemort , le premier officier royal de ce nom qu'ou y ait connu. Le traité du 28 mars 1259, conclu entre saint louis et Henri III, fit passer de nouveau cette province sous In domination anglaise. En 1275, Marguerite de Bourgogne, veuve de Gui VI , avait accordé la la main de Marie à Arthur, comte de Richcmont, fils de Jean II, duc de Bretagne. Jean , fils de Marie et d'Arthur, ayant hérité du duché de Bretagne , donna le Limousin en apanage à sou frère Gui VII (1317). Trois années plus tard, cependant , en vertu d’un arbitrage confirmé par lettres-patentes de Philippe-levi. 28

LIMOUSIN. — MARCHE

Long, Gui Vil renonça à toutes scs prétentions sur la vicomté, dont Isabelle de Castille, femme de Jean, fut mise aussitôt en possession. Isabelle mourut, en 1328, sans laisser d'enfants, et Jean s'étant remarié, l’année suivante, A Jeanne de Savoie , lui assura le même domaine pour son douaire, en cas de survivance. A la mort de Jean (13V1 ) , la comtesse de Penthièvre, Jeanne, fille unique de Gui VII, revendiqua la succession entière de son oncle et fit donation de la vicomté de Limoges à son mari , Charles de Blois. Ce fut sous ce vicomte , que la guerre ayant éclaté entre Philippe de Valois et Édouard III d’Angleterre, le Limousin se ressentit cruellement des invasions successives des deux partis dans le duché d’Aquitaine. La fleur de la noblesse limousine fut moissonnée dans les champs de Maupertuis (1356; : le prince de Galles put y compter au nombre des morts, Jean de Maulmont, Robert de Châlus . Jean de Brie, Gautier de Montagut, Jean de Pompadour, et parmi les prisonniers, les sieurs de Pierre-Buffière et de Rorhechouart , qui furent conduits à Bordeaux, en compagnie du roi Jean.

Longtemps le comte Jean de Montfort disputa la vicomté de Limoges à la veuve de Charles de Blois; le traité de Guérande (11 avril 136.')) maintint, en définitive, la comtesse Jeanne dans la jouissance de ce domaine. Jean de Montfort s'engagea môme à user de toute son influence pour que le prince de Galles n 'inquiétât point la vicomtesse dans l'exercice de ses droits. Le Limousin appartenait encore, en effet, à l'Angleterre, que le traité de Brétigny avait confirmée dans la souveraineté du duché d'Aquitaine, sans hommage envers le roi de France. F.n 1370 , Jeanne remit sa vicomté à Charles V ; le dur de Berry, frère du roi , entra bientôt dans la province avec Du Gucsrlin , et y fit de rapides conquêtes. Malgré les efforts du prince de Galles, tout le Limousin, ainsi que sa capitale, lestèrent il la France, et Du Guesclin s’étant décidé à partir, au mois de septembre de la môme année, en confia la garde à son neveu , Olivier de Mauni. Charles V rendit presque immédiatement la vicomté de Limoges à Jeanne-la-Boiteuse , dont le fils, Jean de Blois, dit de Bretagne, alors prisonnier des Anglais, ne revint en France qu'en 1387, et prit, h cette époque seulement, possession de la vicomté. L'aîné de ses fils, Olivier, lui SHccéda dans ses domaines du Limousin (liOV). Ses deux frères, Jean et Guillaume, eurent après lui la vicomté de Limoges. Le second n'hérita du fief, préférablement à sa nièce, Nicole, qu’en vertu d'une donation de Jean , parce que la vicomté n'était point un fief masculin. Guillaume de Blois mourut, en U55, laissant trois filles, dont l'aînée, Françoise, épousa, en 1470, Alain, sire d’Albret.

C'est ainsi qne la vicomté de Limoges passa dans la maison de Navarre ! 1522) , et fut transmise à Henri IV, qui la réunit il In couronne, vers le commencement du TVir siècle, après en avoir aliéné successivement les divers domaines, aliénation dont ses successeurs ne tinrent aucun rompte. Le Limousin, depuis ce temps, constitua quelquefois l'apanage des princes de la famille royale, notamment en 1773, celui de Charles-Philippe, comte d’Artois, depuis Charles X, lequel en fit l'abandon trois années plus tard. La province atteignit, du reste , un haut degré de prospérité sous l'intelligente et paisible administration de ses intendants : l’illustre Turgot fut {tendant treize ans son bienfaiteur (1761-1773 ), et la dota de grandes routes, ainsi que de manufactures importantes. La révolution de 1789,

ogle

accueillie dans la Muirlie et le Limousin avec une faveur marquée, n’y causa point de secousse profonde ni de conflits sanglants.

Les deux provinces de la Marche et du Limousin formaient chacune, sous l'ancienne monarchie, un des grands gouvernements-généraux militaires de la E rance. Les deux évêchés de Tulle et de Limoges étaient suffragants de lu métropole de Bourges, mais d'une étendue fort inégale : le diocèse de l'un n'emhrassail, eu effet, que quatorze paroisses , tandis que celui de l’autre enveloppait non-seulement toute la partie haute du pays et la paitic basse où se trouve Brivcs, mais encore plusieurs paroisses des provinces limitrophes , et de plus toute lu Marche. On comptait dans la généralité de Limoges trois chefs-lieux d'élection ; mais on n’y percevait point d'aides et de gabelles, parce que le Limousin était censé province étrangère. Quant à l’administration judiciaire, elle avait pour chef un séuéi liai d'épée dont la juridiction comprenait trois présidiaux et quatre sénéchaussées. Tout le Limousin ressorlissait au parlement de Bordeaux ; il était régi pille droit romain, et on n’y suivait aucune coutume particulière. La Marche , divisée en trois sénéchaussées, ressortissail tout entière au parlement de Paris. On suivait dans la sénéchaussée de Guéret la coutume de la Marche, rédigée en 1521, dans celle de Dorai, la coutume du Poitou, et dans celle de Bel lac, le droit écrit. Cette province, pas plus que le Limousin, n'était soumise à lu gabelle, depuis que Henri II l'avait exemptée, en 15't9, moyennant une somme considérable, de toute espèce d'impositions sur le sel ; quant aux finances , elle dépendait pour la partie haute de l'intendance de Moulins, et |>our la partie basse de celle de Limoges, sauf quelques districts appartenant à la généralité de Bourges : les appellations étaient portées a la cour des comptes de Clermont, en Auvergne. La Marche enfin ne possédait qu'une maîtrise particulière, siégeant à Guéret, où l’évêque de Limoges, à cause de la différence de juridiction civile des deux provinces, avait établi un sénéchal dont le vice-gérant résidait à Chenerailles.

L'Assemblée constituante divisa le territoire du Limousin et de la Marche en trois départements : ceux de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Creuse, sans compter certaines portions qu'elle enclava duus les départements de la Vienne, de l'Indre, de la Dordogne et de la Charente. La population des deux provinces , en ayant égard à celle de ces diverses fractions de départements, peut s'élever à près de t, 000,000 d’habitants. '

1. Commentaire s du César. — Chronique d’Adémar de Chabunnais. — Lu |M>re Bonavuiituru tic Saint -A niable, Vie de saint Martial. — Manuscrit de 1650. — L’Art de vérifier let dates. — Joulliutou, Histoire de ta Marche et de ta C ombrai Ut- — Table chronologique et historique du Collin. — Calendriers civils et ecclésiastiques du Limousin, par l'abbé Deroyon. — Couturier du Fournoiiu, Coutumes de la province et comté-pairie de la Marche. — Dictionnaire d'Expill). — Statistique de la Haute-Vienne , pur Rougiur Chatunul. — Annuaires des départements ds la Corrèze et de la Creuse. — Statistique de la France , publiée par le minislru du couunoruu ut dus travaux publics. — Notes eoimiiuniqnéus |wr M Alexis du Yalou , du Tulle.

LIMOGES

L'origine île Limoges rcmonle à une très-haute antiquité. Nous ne rapporterons ici que pour mémoire la tradition fabuleuse qui en attribue la fondation il Lemoviv , frère d'Arvernus, prince phrygien, réfugié dans la Gaule après le sac de Troie ; niais il faut évidemment qui* cette ville eût acquis depuis longtemps une grande importance, puisqu'elle était, il l'époque de la conquête romaine, la métropole de la confédération des Umovices, dont le roi , Sédulix, conduisit dix mille hommes au secours d’Alise. Certaines éditions des Commentaires de César portent oppidum Lemovicum ; on lit, dans quelques autres, /.emonum : mots dans lesquels plusieurs savants veulent voir Limoges, la cité des Lemovices, de préférence à relie des Pirtones. Il semble , en effet , qu'une difficulté grammaticale s’op|>ose à ce qu'on traduise /.emonum par Poitiers : l 'oppidum ou civitas Lemovicum répond naturellement à Limoges , tandis qu'on ne connaît aucun peuple du nom de /.emonet ou Li moues , dont Ijemonxnn soit le génitif. Spon cite l'inscription d'un monument élevé, dans Lyon, au gouverneur de l’Aquitaine, par la ville des Lemov ires , avant qu’elle eût pris le nom de l’empereur Auguste, Aitguslorilum. L'abbé Kelley regardait la terminaison de rilum comme celtique, mais il en ignorait la signification. De nos jours, M. de Mourein de Périgueux, qui a fait une longue étude des médaillés d’argent trouvées à Limoges, sur lesquelles on lit le mot IM tu ou Kita, conclut, en arguant de la substitution assez fréquente dans des cas semblables de la lettre II à la lettre / , que Kita devait être le nom gaulois de Limoges. Cette opinion est probable, car Auguste a pu avoir l'ingénieuse politique de joindre son nom a celui de la capitale des Lemovices, en lui donnant seulement une apparence latine. Quoi qu'il en soit , le nom de Limoges (que les habitants prononcent aujourd'hui fjhnotgé) , varia selon les époques et fut tour à tour /amodia, Lemot'icn, I.emovicina urbs, Lemovieie, Lemofex , et enfin, au vu* siècle, Liinodiciis , en même temps que le pays entier était appelé Lemovicinium , le Limousin.

Venons tnaintenant aux faits. Dépourvue sans doute de défenseurs par le nombreux contingent que les Lemovices avaient fourni h Vercingétorix, la capitale de „re peuple ne put résister à l'un des lieutenants de César, Caïus Caninius. qui s'en empara, l’an 52 avant Jésus-Christ. Dumnar, chef des révoltés gaidois rassemblés sur la frontière du Poitou, en lit un peu plus tard le siège; niais l'approche de Gininius le força de le lever pour se porter à la rencontre du général romain. N’ayant pu prendre (Caninius dans son camp , Dumnar forma de nouveau le siège de la place : il renonça bientôt à son entrepris!', au bruit de la marche de Fabius, autre lieutenant de César, qui manœuvrait pour réunir ses troupes à celles de son collègue , et, craignant d'être pris entre les Romains et les Lemovices , il s’enfuit précipitamment et ne s'arrêta que derrière la Loire. Resté paisible possesseur de l’héritage de son père, Duratius, fils aîné de. Sédulix , profita de la faveur et des bienfaits de César, pour embellir la métropole de In province, qu’il gouvernait

LIMOGES

avec l'autorité de proconsul. la cité Lémoviquc, où était versée la recette (tes impôts d'une pallie de la Gaule, el sur le territoire de laquelle furent cantonnées plusieurs légions, eut alors son propre sénat chargé, sous la direction du magistrat romain, de la police, de la justice et du recouvrement des deniers publics. Le droit de battre monnaie lui fut aussi accordé , et , à l’instigation de Duratius , les décurions de la ville firent frapper, en l'honneur de César, une médaille de bronze dont on a conservé le dessin. D’un côté, l'on voit la tête laurée de J. César, avisles emblèmes du souverain pontificat et la légende Imperalor C. Julius Casnr; an revers, la suite de cette légende, l‘onliJ'ex Marituus ; dans le champ, Decreln Deeurionum en abrégé; à l'exergue, Lemovicensium. On a conservé, en outre, les dessins de deux ou trois médailles en bronze , de Claude et d’Antonin-le-Pieu\ , avec des légendes signalant les vieux ( vola ) des Lémovices et l’exergue S. P. Q. L. , le sénat et le peuple Lémoviquc.

Duratius agrandit la ville où il faisait sa résidence . et dont la situation n'était |ws la même que celle de In cité actuelle : elle s'étendait sur les deux rives de la Vienne , depuis la Règle jusqu’à la Rochc-au-Goth ; et le (valais du proconsul , placé en quelque sorte au milieu, occupait l'espace compris entre Sainte-Félicité et le pont de la Roche-au-Gué-du-Goth , qui était alors l'entrée de lu ville, de la route d'Aii-e et du Périgord. Entre le palais et les jardins désignés encore aujourd'hui sous le nom de Duratius, s'élevait un théâtre : quelques vestiges en existaient au xvir siècle; le père de Saint-Amable les a reproduits, dans un dessin gravé sur cuivre, et un amateur de Limoges en a la planche dans son cabinet. C’est à la même é|>oque qu’il faut rapporter la construction de plusieurs temples . tours et forteresses , dont les restes ont été mis récemment à découvert (var l'abaissement de la place des Jacobins. Les riches et puissants Gaulois , qui formaient la cour de Duratius, bâtirent également des maisons considérables. Les ruines de celle de Léocadius, porc de Valeria, ont gardé le nom de château de Sainte-Valérie. Les chroniques attribuent encore à Duratius le palais de ('.nicha! ou Crouehut , et celui de Jocunliac, sur la Vienne, ainsi que le château-fort ou citadelle de Limoges, placé au sommet du coteau que devait occuper (dus tard la ville actuelle.

Nous avons vu qu’Augustc avait donné son uom'a la capitale de la confédération lémoviquc : aussi se joignit-elle avec empressement aux villes gauloises qui érigèrent un autel colossal à cet empereur, sous les mura de Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône. Au nombre des soixante statues , représentant les peuples de la Gaule dans l 'ara l.uydunensis , figura celle d'Augustoritum. Senobrunus , gendre de Duratius , élargit encore l'enceinte de la ville , puisque sous l’empire de Claude elle n'avait pas moins d'une lieue de circuit. Son capitule, son (valais , ses théâtres, tout, jusqu’aux sept collines renfermées dans ses murs, rnpivelait la métropole du monde et la faisait appeler une seconde Rome. Lucius Capréolus , un des douze enfants de Senobrunus, inaugura son proconsulat, en édifiant un temple à Jupiter, spr la colline qu'on désigne encore de nos jours sous le nom de Mans Joeis, dans le faubourg Montmallier; il construisit un nouveau palais , édifice d'une grande magnificence , dans le lieu même où sont maintenant les casernes : on a trouvé dans ses ruines, des lampes, des statues, et beaucoup de

LIMOl'SIN.— ftlAKCHE.

médailles. U' histoire de Limoges, depuis l.ueius Capréolus jusqu’aux premières années du il* siècle, n'est au reste que l'histoire même du Limousin, dont uous avons esquissé les principaux détails dans notre introduction. On sait que sous le règne d’Antouin il y avait en garnison à Augtislorilmn deux légions présentant chacune un effectif de cinq à six mille hommes, ce qui suppose une ville fort peuplée. Des monnaies, frappées par cet empereur, et l'inscription d’une table de marbre découverte à Home, établissent en outre qu'il repara les murs de la ca|Htalo des Lémovices, et y fit terminer l'amphithéâtre des arènes. Les fouilles pratiquées sur l’emplacement de cet édifice, lors de l'ouverture de la rue de l'Amphithéâtre, [termirent d’en reconnaître le plan : l'abbé Nadaud prétend qu'il avait quatorze cent seize pieds de contour et soixante-douze pilastres ; M. Bouclier d'Orsay acheva de le détruire, en 1714, pour y construire la place publique à laquelle on a donné son nom. L'ère de la décadence avait commenté, d'ailleurs , pour Augustoritum , dés le règne de Domilien , qui retira hoirs privilèges aux lémovices, ainsi que nous l'avons dit dans notre aperçu sur le Limousin. Clodius Albinus Ota , plus tard, à leur capitale, la recette des tributs de l'Aquitaine, |K>ur la transférer à Lyon; les voyageurs cessèrent de la visiter en foule; les vieux palais, les temples, les théâtres, tombèrent en ruines; l’invasion des Vandales, sous l'empereur Tacite, et les persécutions de Dioclétien, contre les sertaleurs du Christ, très-nombreux dans la province, depuis que saint Martial, vers le milieu du 111* siècle, y avait prêché la foi nouvelle , achevèrent de lui porter un coup mortel. Sous Constantin, cependant, et en commémoration de la défaite d’Hannibalianus, gouverneur de l'Aquitaine , révolté contre l’empereur, les Lémoviees édifièrent, dans leur capitale, une fontaine sur laquelle le vainqueur était représenté à cheval, foulant aux pieds la tête de leur oppresseur ; elle était située près de l'hôpital île Saint-Martial, et longtemps elle a gardé le nom d v fontaine du Chevalet ou du Chevalier. Les chroniques limousines uous apprennent enfin qu'Honorius restaura les arènes de Limoges, comme le confirment, du reste, une quarantaine de deniers d'argent quinaires , frappés à l'effigie de cet empereur, et trouvés sur l’emplacement de l’édifice.

Les Wisigoths avaient apporté l’hérésie d'Arius en Aquitaine (418-472). A la mort de l'évêque de Limoges, Kusticus, ils voulurent introniser sur son siège un prélat de leur nation; mais les Lemovices refusèrent de le reconnaître. Alaric vint mettre alors le siège devant la ville ; H la prit et bannit du pays le comte Jocundus. avec l'évéque orthodoxe Euochius, qui avaient eu le temps l'un et l’autre de se sauver ( 407 ). Chlodwig, apiès la bataille de Youglé, s’arrêta pendant quelques jours à Limoges : il y fut rejoint par son fils Thierry revenant de Toulouse, et tous deux chassèrent ensemble les bêtes fauves qui s’étaient extrêmement multipliées dans la province, depuis que les ravages des Gollnf l'avaient rendue presque déserte. La reine Chlotilde lit ses couches au lieu de NobiUacum , à quatre lieues de la cité limousine, sur la rivière de Vienne, près de la forêt où s'était retiré le saint milite léonard , aux prières duquel elle attribuait son heureuse délivrance. Jocundus, rétabli par le roi frank dans son titre de comte et dans le gouvernement de Limoges, mourut daus cette ville et fut inhumé à Saint-Michel de Pislorée. L'évêque Itoricius, réintégré aussi sur le siège de

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