HAGUENAU
BRUMATH.
La tradition rapporte qu’en l’année 1005 , un seigneur de la famille de Hohenstnufl'cn chassait dans la forêt qui, au nord de la province, s’étend des Vosges jusqu'au Rhin : ayant vu les cerfs, les daims et les chevreuils qu'il poursuivait, se mettre à l'abri de sa meute dons une Ile de la Moder, il en conclut que l'ile où se réfugiait le gibier ne serait pas une défense moins sure pour lui-même, et il y construisit un cluUeau dont il lit sa résidence. L'avénement des Ilohenstaufîen il l'Empire rendit fimmédiateté à cette partie de l’Alsace, dont ils étaient pro- , priétaires. Leur château s’était agrandi , et le père de Frédéric Barberousse en avait fait son palais ducal. C'est dans ce palais, flanqué de quatre tours et dominé au centre par un donjon, que les insignes du pouvoir impérial furent gardés , jusqu’en 1220, dans une chapelle construite au-dessus de la porte d'entrée. Les maisons que les habitants du pays bâtirent autour du château formèrent bientôt une petite ville : telle fut l’origine de liaguenau. Frédéric I" entoura la cité nouvelle d'une enceinte fortifiée, et lui donna, en lltft, pendant qu'il campait en Italie, dans la plaine de Monte-Malo, des droits nombreux et une légis-
1. Silbermnnu, Histoire locale de Strasbourg ( Loealgeschichte der stadt Strastburg ). — Graudidier, Histoire de Véglise de Strasbourg. — Fargès-Mérieourt, Descri /dion de Strasbourg.
— B. Bernhard, Essai sur l'histoire municipale de Strasbourg. — Ch. Schmidt , Description de Strasbourg. — llnulemer, Description de Strasbourg. — Hermann , Notice sur Strasbourg.
— Blcssig, Discours prononce le jour de l'anniversaire de la réunion de Strasbourg à la F rance.
— Strobel , Histoire de l'Alsace [Geschichte des Elsasses). — Victoires et conquêtes des Français. — Vaulahelle, Histoire des deux Restaurations. — F. de Persigny, Relation de l'entreprise du prince Louis-Napoléon. — Biographie universelle. — Bûchez, Histoire parlementaire de la Révolution. — A. Luchel , Récit de l'inauguration de la statue de GuCenberg.
l.e directeur de V Histoire des villes de France croit devoir prendre sous sa responsabilité toute la partie moderne de l'histoire de Strasbourg ( 1789-1810). Ce rapide aperçu lui a donné l’occasion de relever quelques erreurs qui ont encore cours en Alsace même sur les deux commissaires extraordinaires du la Convention, Saint-Just et Le Bas; travail de rectification dont M. Philippe Le Bas, de l'Institut, lui a obligeamment facilité l'exécution, en mettant à sa disposition de précieux documents inédits sur les événements de la période révolutionnaire à Strasbourg.
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Intion particulière, dont les principales dispositions méritent d’étrc connues.
« Tout habitant de Haguenau, » est-il dit dans le diplôme impérial, « relève, pour sa personne et ses immeubles, de son seigneur légitime; pour ses biens mobiliers, du magistrat du lieu où il réside. Il ne peut être soumis à des exactions ni au droit de gite. L’héritage des habitants est garanti aux parents les plus proches. Si les héritiers légitimes habitent des pays éloignés, le juge gère les propriétés du défunt, pendant un an et un jour; si dans l'intervalle l'héritage n’est point réclamé, il restera au juge. Les habitants de Haguenau sont affranchis de tout péage, dans l'étendue de l'Empire, pour eux et leurs marchandises ; celui qui se soumet à payer quelque part une contribution de cette nature, est déchu de son droit de résidence dans la ville et privé de tous ses biens. Celui des bourgeois qui cite un de scs concitoyens devant un tribunal étranger, perd son droit de poursuite dans cetto affaire, et paie trois livres à son juge naturel. »
A ces articles, formant ce que l'un peut appeler le droit public de la ville, étaient annexées plusieurs dispositions concernant l'homicide, les blessures, les coups, les poursuites judiciaires pour dettes, le débit du vin, l'exercice de certaines professions et la police. L'Empereur accorda, en outre, aux habitants les droits d'usage dans la forêt , le fourrage, le bois, le pâturage, et promit sa protection impériale à tous ceux qui visiteraient la foire de Haguenau. Un de ses successeurs, Guillaume de Hollande, prescrivit, en 1255 , au prévôt impérial de ne juger que d'après l'avis des échevins nommés par les bourgeois : c'était primitivement dans ce collège que les empereurs choisissaient leur prévôt ; les nobles seuls pouvaient en faire partie , mais Wenccslas permit d'y introduire les membres des divers corps de métiers. En 1337, Louis de Bavière concéda à la ville la surveillance sur la forêt, jusqu’alors exclusivement attribuée au bailli provincial, avec lequel les bourgeois partagèrent ainsi le droit de chasse. Léopold d'Autriche, en 137b, les gratifia, au nom de l'Empereur, du droit de frapper monnaie. Dans les siècles suivants, Maximilien I" et Charles-Quint donnèrent à ce droit une telle extension, que les ateliers monétaires de Haguenau purent produire des pièces d'or et d'argent. Enfin l'empereur Frédéric IV ajouta A tous leurs privilèges celui de n'être point cités devant les tribunaux étrangers.
Les empereurs résidèrent souvent à Haguenau. Henri VI s’y rendit, au mois d'avril 1193, pour y traiter de la mise en liberté de Richard-Cœur-de-Lion. A l’entrée du royal prisonnier dans la salle où il l'attendait, Henri se leva et l'embrassa ; mais la rançon de Richard n'en fut pas moins fixée par lui A cent cinquante mille marcs d'argent, et il le retint captif jusqu'au paiement des deux tiers de la somme (2 février 119V). Aussitôt après la mort de Philippe, son compétiteur, Othon IV réunit les princes de l'Empire à Haguenau, pour leur communiquer un projet d'expédition en Italie (1209). Frédéric II, à son retour de la Terre-Sainte, y reçut les comtes de Provence et de Toulouse , ainsi qu’une ambassade d'Espagne (1235). Ce n'est qu'à la mort de Ferdinand I" que le château cessa de recevoir des hôtes impériaux (1501). Après la chute de la puissante dynastie des Hohenslauflen , Haguenau redevint ville impériale ; mais l'empereur Richard l'ayant bientôt engagée A l'évêque de Strasbourg, Walther de Geroldseck, elle dut songer à se défendre contre les envahissements de la féodalité.
Digitù
HAGUENAl.
Trop faible pour résister isolément, elle s'allia avec les villes voisines. Rodolphe de Hapsbourg lui-même, par un aveu tacite de son impuissance, provoqua contre les seigneurs, en 1278, une confédération générale des villes du Rhin; le traité conclu à cette occasion est daté de Ilaguenau : les parties contractantes s'engagèrent à maintenir la paix , pendant deux ans, à punir les infracteurs par la voie des armes, et garantirent la liberté de la navigation du Rhin.
Le pays désirait la paix : un imposteur , Frédéric II , parvint cependant à le troubler, et tel était le prestige attaché à ce nom, que plusieurs villes se déclarèrent pour lui. Ilaguenau, entre autres, chassa du palais impérial le propre neveu de Rodolphe de Hapsbourg, Othon d’Ochsenstein ; mais les rebelles furent punis par l'Empereur lui-même. La rivalité d'Adolphe de Nassau et d'Albert 1" engendra de nouveaux périls. Haguenau, qui avait pris parti pour l'empereur Adolphe, ayant arrêté cinq bourgeois de Strasbourg, les concitoyens de ceux-ci , qui tenaient pour Albert, entreprirent aussitôt le siège de la ville et incendièrent deux faubourgs; mais, surpris par les assiégés, ils furent obligés de se retirer avec perte. A l’époque où Louis de Bavière et Frédéric III se disputaient l'Empire, Haguenau fut une des villes qui firent alliance avec quelques seigneurs pour assurer la paix sur les deux rives du Rhin. Les habitants de Haguenau finirent pourtant par embrasser le parti de Louis de Bavière, après avoir tenu quelque temps pour Frédéric. Toutefois, nous voyons les villes de l’Alsace, au nombre de neuf, Wissembourg seul excepté, figurer de nouveau comme membres de la paix provinciale conclue, en 1328, avec les évêques de Bêle et de Strasbourg, l'abbé de Murbach , les archiducs d'Autriche et les villes de N’euenbourg, Brisach et Rheinfelden. Ce traité fut renouvelé, dix ans après.
En 1332, une révolution intérieure s'accomplit à Haguenau comme à Strasbourg. Les échevins, au nombre de douze, pris parmi les nobles, administraient la ville avec tyrannie. La division s'étant mise entre eux, les tribus d'artisans firent alliance et soumirent leurs griefs à l'Empereur. Louis de Bavière ordonna que l'administration des revenus et la police de la ville seraient confiées à un collège de vingt-quatre citoyens, pris parmi les artisans et qui devaient être désignés une première fois par le conseil , puis choisis par leurs prédécesseurs sortant de charge. Les échevins formèrent, comme auparavant, le tribunal de la ville; mais, pour la perception de l'impét, chacun d'eux devait se faire assister d'un artisan, et ils ne pouvaient plus contracter de dettes, au nom de la communauté, sans l'aveu des vingt-quatre. Ce règlement fut confirmé, en 1360, avec des modifications qui le rendirent plus libéral encore ; il y est dit que l'élection des conseillers serait faite par une assemblée composée de tous les citoyens. Cependant de graves dàngers menaçaient au dehors la liberté des villes. Déjà nous les avons vus former des ligues particulières contre leurs ennemis ; mais c'est dans la partie supérieure de la province que semble avoir été conçue l’idée d'une alliance durable des cités secondaires. En effet, dès 1342, une confédération se forma à Schlestadt, pour trois ans , sur les bases principales de celle que nous verrons bientôt établie d'une manière définitive; elle fut renouvelée, pour le même temps , en 1346. L’année suivante les villes alliées demandèrent au vicaire de l’Empereur en Alsace , pour être le chef de la liguej, un bailli im-
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péilal, lequel serait, en même temps, leur intermédiaire auprès de l'Empereur, leur protecteur et leur soutien; elles demandèrent, en outre, que nulle d'entre elles ne pitt être distraite de l’Empire. Plusieurs années s’écoulèrent sans que Charles IV donnât suite à cette réclamation; enfin, en 1354, il régla par un diplôme l'alliance projetée; il y lit entrer les villes du nord de la province, et dès lors la (lécapole se trouva constituée. Elle était compost* primitivement des villes de llaguenau , Wissembourg , Colmar, Schlestadt, Obernay, Itnsheim, Mulhouse, Kaysersberg, Turrkheim et Munster. Strasbourg resta en dehors de l'union, que l’Empereur plaça sous la surveillance particulière du *Landvogt. Par le traité, les villes se promirent des secours et des conseils mutuels et instituèrent, pour entendre les plaintes, de véritables États Provinciaux, llaguenau dut a son palais, occupé depuis le xii* siècle par le Landvogt, le rang de chef-lieu de la confédération ; privilège peu considérable , à vrai dire , puisqu'il lui donnait seulement le droit de recevoir les lettres adressées à lu décapole et de les communiquer aux autres villes, aux États de l'Empire, la décapole était représentée par les députés de Hnguennu et de Colmar. Celte ligue n’était , du reste, pour les cités, qu'une faible entrave; elles pouvaient adhérer, isolément ou réunies, à d’autres confédérations, et contracter entre elles des alliances plus intimes, suivant des rapports particuliers de Voisinage et d'intérêts. Les annales de la ville de llaguenau n’ont qu'une médiocre importance, dans les siècles qui suivirent l’établissement de la décapole. Grâce à In protection des Empereurs, jamais son existence ne fut sérieusement menacée ; jamais elle n'eut à défendre son commerce, comme Strasbourg, contre les entreprises de seigneurs redoutables, llaguenau n'était pas, d'ailleurs, ville libre; l'Empereur y conserva toujours la nomination du pfévét impérial : le renouvellement du conseil ne pouvait avoir lieu sans l’agrément de cet officier, auquel les élus prêtaient serinent d'obéissance, aussi bien qu’à l'Empereur et au bailli. Vers la fin du xv siècle, l'imprimerie fut introduite à llaguenau. Maitlaire cite un ouvrage sorti des presses de cette ville, sous la date de 1475; mais les bibliographes plus modernes n’en connaissent point d'antérieur à 1489. Le premier imprimeur de Haguenau portait le nom de Henri Gran; ses presses étaient presque exclusivement au service d'un libraire de la même ville, Jean Rinmann, d'Oringaw, qui prenait la qualité A'archibibliopota ; des ouvrages imprimés, à son compte, à Nuremberg et à Venise , semblent permettre de lui conserver ce titre. Les premiers volumes sortis des presses de Haguenau ne sont, en général, que des oeuvres de théologie ou des sermonnaircs ; mais lorsqu'on eut fondé dans cette ville une école sur le modèle de la célèbre académie de Schlestadt, on y imprima presque exclusivement des classiques qui sont encore recherchés.
La réformation religieuse, favorisée par desmoyensde prosélytisme aussi puissants, ne pouvait manquer de pénétrer bientôt à Haguenau. Les protestants y eurent, dès 15:25, un temple qui, en 1574,. était desservi par un ministreet deux diacres, directeurs en même temps d'une école lutine et allemande, que l'on confia , en 1604, à des jésuites de Molsheim. Les protestants étaient alors persécutés à llaguenau. La guerre de trente ans releva leur influence, et lorsque la ville tomba nu pouvoir du comte de Mansfckl {6 décembre 1621), toutes les charges
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de l'occupation pesèrent sur les bourgeois catholiques. Le général protestant , avant de se diriger vers le diocèse de Spire , fit construire quelques nouvelles redoutes à Hagueuau, qu’il voulait ériger, dit-on, en état indépendant, et y laissa vingt compagnies avec quatre escadrons. L’archiduc Léopold se présenta presque aussitôt devant la place, à la tète de nombreuses troupes, et Ht inutilement donner trois lois l’assaut. Ayant appris que Mansfeld accourait au secours des assiégés, il envoya mille hommes à sa rencontre afin de lui disputer le passage de la forêt ; mais le comte tailla en pièces la moitié de ce corps, et le reste, en cherchant un refuge dans les rangs des assiégeants, y jeta une telle épouvante , que toute l’armée prit la fuite dans le plus grand désordre , après avoir mis le feu au camp où elle abandonna ses bagages et son artillerie. Mansfeld, ne trouvant que peu de secours dans les états protestants, fut contraint de se retirer; mais avant d'évacuer llngucnau, il exigea des habitants une contribution de vingt mille rixdales. Son départ devint le signal de nouvelles persécutions contre les dissidents; en 162i, on ferma leur église, et, quatre ans après, on chassa de la ville tous ceux qui ne consentirent pas à changer de religion.
Le 21 décembre 1032, les Suédois entrèrent dans la ville de llaguenau; mais les Impériaux , qui y avaient conservé des intelligences, la surprirent quinze jours après ; toutefois ils ne la gardèrent pas longtemps, car en 1631 le comte de Salm, qui l'occupait pour la Suède , la livra à la France. Les Impériaux essayèrent encore de la reprendre décembre 163.")), mais inutilement; et après un siège de huit jours, la rigueur du froid les fit renoncer à leur entreprise : ils y perdirent plus de mille hommes, l'ne nouvelle tentative faite, en 1610, par lu garnison de Philisbourg, eut tout aussi-peu de succès. Dix ans après, aux termes des traités, la garnison française évacua la ville ( 9 août 1650), dont les malheurs de la guerre avaient réduit la population à deux cent cinquante hahitants.
La paix de Westphalie attribua le bailliage provincial de llaguenau à la France, ainsi que les autres dépendances de la maison d'Autriche en Alsace. La guerre et les révolutions religieuses avaient rompu depuis longtemps les derniers liens de l'association des dix villes, renouvelée, pour la dernière fois, en 1589 ; cependant l'empereur Ferdinand III confirma les privilèges généraux des cités, en 1653, et elles en jouirent môme après leur réunion à la France, qui, jusqu’en 1789, ne cessa de leur donner un bailli provincial. Mais ni la décapole ni l’Empereur n’avaient songé à laisser la souveraineté au roi de France, et les dix villes, se considérant toujours comme États de l’Empire, résistèrent avec force à tous les actes qui pouvaient porter atteinte à leur immédiateté. Ainsi la création du conseil souverain d'Alsace , en 1057 , rencontra chez elles une grande opposition. Le serment qu'il fallait prêter au nouveau bailli provincial, fut encore la cause d'une vive contestation : les villes ayant reçu l'ordre de le prêter au roi lui-même , en qualité de souverain et de protecteur, leurs députés , réunis à llaguenau, refusèrent énergiquement de se soumettre A cette prétention, contraire, disaient-ils, au serment par lequel ils étaient engagés à l’Empire. On convint enfin d’un terme moyen, et les villes jurèrent d’obéir fidèlement au roi dans ce qu’il pouvait prétendre en vertu de la cession qui lui avait été faite par le traité de Westphalie.
Cette transaction ne pouvait satisfaire Louis XIV : lors de son voyage en
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Alsace, en 1673, s'étant arrêté d'abord à Nancy, il refusa d'y recevoir les députés des villes impériales , sous prétexte qu’ils n'étaient point accompagnés du bailli provincial. Ce refus n’était que le prélude des traitements plus sévères qu’il réservait aux cités. Haguenau fut démantelé , et les habitants durent se résigner à démolir eux-mêmes leurs murailles : elles furent pourtant relevées, l’année suivante ; mais Louvois les fit abattre de nouveau , en 1677, afin d’ôter tout refuge aux troupes impériales lorsqu'elles envahirent l’Alsace. Cette fois, l'antique palais des Hohenstauflen ne fut pas même épargné, et les Français, ayant rasé tous les ouvrages extérieurs, mirent le feu aux maisons en se retirant; ce ne fut que deux heures après leur départ, que le général Montclar permit aux habitants de l’éteindre. Après la paix de Nimègue, la ville sortit peu à peu de ses ruines.
Pendant la guerre de la succession d’Espagne, Louis XIV fit à la hâte reconstruire les fortifications de Haguenau. Le maréchal de Villars, contraint, en 1705, d'abandonner une à une les lignes de la Lauter et de la Moder, voulut retirer la garnison de cette place, dans la crainte qu elle ne pût point s’y maintenir. Il en fut dissuadé par le maréchal-de-carop M. de Péry, commandant de la garnison, qui compléta de son mieux les travaux de défense et inonda les deux tiers de l’enceinte. Le 27 septembre, le général Thiingen investit Haguenau des deux côtés de la rivière ; dans la nuit du 29 au 30, il fit ouvrir la tranchée, et battit la place en brèche, dès le 1" octobre, avec vingt canons. Le 5, Péry demanda à capituler ; mais le prince de Bade ne l'ayant voulu recevoir que prisonnier, il lui fit dire qu'il se défendrait jusqu’à la dernière extrémité. Telle n'était pas , néanmoins , son intention : il avait promis au maréchal de Villars de quitter la place, sous l'apparence d’une attaque contre les tranchées des assiégeants. Le soir de ce même jour, en effet, vers neuf heures, il sortit avec toutes ses troupes, excepté quatre cents hommes qui avaient reçu l’ordre de faire un feu capable d'en imposer à l’ennemi; sur son chemin, il surprit deux gardes de cavalerie, et, sans autre rencontre, arriva à Saverne, le 6, à la pointe du jour ; le reste de la garnison le rejoignit bientôt : on ne laissa dans la place que cent hommes blessés ou malades. Péry fut nommé lieutenant-général et reçut de Villars, lorsque le maréchal eut reconquis les positions qu’il avait perdues , le commandement du corps d'armée chargé de reprendre aussi Haguenau. Le feu dirigé sur la place par les assiégeants fut si bien nourri , que la garnison capitula ; les Autrichiens y rentrèrent , en 1745 , et l’occupèrent du 8 juillet au 22 août.
Le Magistrat de Haguenau était composé, au commencement de la Révolution, d’un préteur royal, de quatre stattmeisters ou échevins, et d’un conseil de six membres. Des troubles éclatèrent dans la ville, au sujet de la reddition de comptes que la municipalité provisoire, nommée par la commune, demandait à ses prédécesseurs; ceux-ci osèrent faire arrêter les membres de la municipalité, en les menaçant d’une sentence de mort. L’Assemblée nationale, informée de cet abus de pouvoir, fit mettre les détenus en liberté, et, sur son ordre, on entreprit de vérifier les anciens comptes. Cet examen fil découvrir de graves désordres. La commune se trouvait obérée d’un million deux cent mille livres , et un déficit de deux cent mille livres fut, en outre, constaté dans la caisse. Une partie des membres de l’ancien Magistrat quitta aussitôt la ville, et le procureur
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de la commune fit saisir leurs biens. On vit alors le plus singulier conflit : le conseil souverain d'Alsace leva le séquestre, par un arr£t injurieux pour la municipalité; les fugitifs, forts de cet appui inattendu, s'empressèrent de revenir, et, profitant du départ d’un régiment de hussards, en garnison à Haguenau, soulevèrent le peuple contre ses administrateurs. Une troupe égarée se rua sur la maison commune, dévasta la chancellerie et s’empara de toute l'autorité. L'Assemblée nationale, pour réprimer ces désordres , ordonna l'envoi d’une nouvelle garnison il Haguenau. Mais les gens de la campagne, ameutés par les mécontents, se portèrent sur la ville afin d'en fermer l'entrée aux troupes. La garde nationale voulut intervenir, et dans la lutte il y eut quatre hommes tués et un grand nombre de blessés.
En 1793, l'armée française ayant évacué les lignes de la Lautcr, se retira derrière les anciennes lignes de la Moder, d’où le duc de Brunswick et le général Wurmser résolurent de la chasser, le 17 octobre , en ordonnant une attaque sur toute la ligne. Les républicains avaient leur droite appuyée à Drusenhcim , près du Kliin ; le centre occupait Haguenau; la gauche , la vallée de lteichshoffen : ils devaient résister à toutes les forces dos coalisés. Le centre et lu gauche se maintinrent par les plus vigoureux efforts, et firent même perdre du terrain à l’ennemi ; mais la droite, après avoir fait des prodiges de valeur, fut obligée de céder en découvrant le flanc du centre. Dès lors les Français durent battre en retraite, et l'armée se relira derrière la Suffel , jusque sous les murs de Strasbourg, fa nouvelle de ce désastre jeta la consternation dans Paris ; mais le comité de salut public rassura les esprits par la promptitude de ses mesures. Après avoir destitué tous les généraux de l’armée du Rhin , il confia le commandement à Hoche et à Pichegru, en leur donnant pour mission de sauver la République; et ils la sauvèrent , en effet.
Lors de la première division territoriale de la France, Haguenau avait été érigé en chef-lieu de district. Les traités de 1815, qui nous enlevèrent la partie la plus septentrionale de l'Alsace, rendirent nécessaire la suppression de l’un des arrondissements du Bas-Rhin ; et quoique Wissembourg, placé sur la frontière, eût perdu la majeure partie de sa circonscription , ce fut cette ville qui resta en possession de la sous-préfecture , au détriment de Haguenau , la plus importante ville du Bas-Hhin, après Strasbourg, et située au centre de l'arrondissement. Haguenau n’est donc plus aujourd’hui qu’un chef-lieu de canton ; mais sa population est de 10,000 Ames ; scs revenus sont immenses, et le conseil municipal leur donne la destination la plus louable. C'est ainsi qu’il a fait recueillir les monuments de la décapote, qu’il a créé une bibliothèque publique, fait construire un théâtre et restaurer la belle église bysantine de Saint-George, contemporaine de la fondation même de la cité. L'église de Saint-Nicolas mérite aussi l'attention de l'archéologue : elle est dans le style primitif de l'architecture gothique.
Haguenau, situé au centre d'une immense clairière sablonneuse, ne produit guère que de la garance, du houblon et du tabac. La ville possédait autrefois une manufacture considérable de porcelaine; la chute de cette industrie est d'autant plus regrettable , que l’on trouve aux environs toutes les terres nécessaires à la fabrication. La Moder, qui passe à Haguenau, tant de fois détournée de son
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cours pendant les guerres, n'est plus maintenant navigable qu'à partir de Bischwiller. La navigation commençait autrefois à llaguenau. Parmi les hommes célèbres nés dans cette ville, on doit citer particulièrement le minnesinger ou chantre d'amour allemand, Godefroi; le réformateur Wolfgang Fabricius Capiton, l'un des savants les plus célèbres de son temps, à la fois docteur en médecine, en théologie et en jurisprudence; et le jurisconsulte Cas par Bitsch.
C’est à tort que plusieurs savants ont cru reconnaître dans llaguenau l’antique Brocomagus , placé par les anciens itinéraires sur la route de Strasbourg à Mayence, immédiatement après la première de ces villes. Des découvertes récentes ne permettent plus d'attribuer cette origine à un autre lieu qu'à la petite ville de Brumath, qu’on appelait encore, au tv siècle, Bruochmagat. Brocomagus était la principale ville des Triboques. On a trouvé, en effet, sur le territoire de Brumath de précieux restes d'antiquité : des inscriptions, une colonne milliaire dédiée à l’empereur Yalérien , des médailles de la plupart des empereurs , des vases cinéraires, des urnes en verre d’une grandeur remarquable, renfermés dans des coffres en pierre, des statuettes de bronze et un fragment de statue en marbre d'un beau travail. Ce territoire était, du reste, traversé par une voie romaine dont on remarque encore de nombreuses traces jusqu'auprès de Scltz ( Salelio ). Sous les Franks, Brocomagus devint, ainsi que la plupart des établissements romains dons ces contrées, un domaine royal. On perd les traces de son histoire dans les annales des siècles suivants. Celle petite ville est aujourd'hui, comme llaguenau, l'un des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de Strasbourg. Brumath a près de V.000 habitants, et l'on y trouve une fabrique de garance. '
WISSEMBOURG
La ville de YVissembourg doit son origine à une abbaye fondée , sous ce même nom, dans le vu" siècle. On rapporte que Dagobert II avant fait don à cette maison d’un territoire de cinq lieues de longueur, sur quatre de largeur, vingt-six hameaux s’y élevèrent bientôt et formèrent le Mundat inférieur. De ces hameaux , le premier et le plus important, pour se distinguer des autres, prit le nom de Cron-Weistenburg ou Weissenburg am llheim. Jusqu’au xni* siècle, le hameau ne fut, à proprement parler, qu’une dépendance du monastère; mais alors la révolte en fit une commune d'autant plus puissante , que les moines venaient de l'entourer de murs flanqués de tours. C’était pendant les troubles du grand
1. S<lin-j .0 i il . Alsalia illustrata. — ijn-dt'iij Alsalia diplomatica- — Antiquités de l' Alsace, { Bas-llhin ) par M. G. Schweigliaeuser. — Victoires et conquêtes des Français. — Mémoires militaires relatifs à la guerre de la succession d'Espagne, par le général Pelct. — Sirotiel , Histoire d'Alsace J Uescliidile îles jjjaasscs ). — Codex diplomatique de la décapote, manuscrit.
W ISS K M BOIU (i.
interrègne. Les habitants obtinrent bientôt (les droits eonsidérables, dont quelques-uns furent étendus aux autres villages du Mandat. Le conseil ou Magistrat de Wissembourg était nommé par les bourgeois dans une assemblée présidée par l’abbé, en personne, du par son délégué; et s’il refusait, on procédait à ('élection malgré son absence. D’abord les choix se firent avec toute la liberté possible ; mais bientôt se forma une espèce de classe patricienne qui s'entendit avec les moines et occupa à elle seule toutes les magistratures municipales. Les gens du peuple se plaignirent, et, en 135H, l’empereur Charles IV adjoignit aux huit conseillers, qui formaient de toute ancienneté le Magistrat, quatorze assesseurs pris dans les corps de métiers. Cette révolution occasionna de grandes réformes que TEmpereur désapprouva, de sorte que les habitants eurent à lutter, à la fois, pour atteindre le degré de liberté qu’ils désiraient, contre les moinès et contre la puissance impériale. Cependant, moins de deux siècles après, on les trouve possesseurs de fiefs, partageant avec l’abbé la souveraineté du Mandat , et jouissant seuls du droit de frapper monnaie, qui appartenait autrefois b l’abbaye. Les choses en arrivèrent même au point que les bourgeois -et les moines traitèrent d’égal à égal et qu’il se forma entre ce* deux pouvoirs, naguère’ ennemis , ‘une espèce d’alliance offensive et défensive,
A la mort de l’abbé Philippe' Sehenek d’Erpnrh ,’vers le milieu du xv” siècle, le baron Jacques de Bruck fut choisi pour lui succéder. Son élection fut saluée par les transports de la bourgeoisie, car ou le savait aussi pieux et aussi sage que son prédécesseur avait été prodigue et. violent. Mais quelque temps après (7 janvier 1M59), le comte palatin Frédéric -le -Victorieux , qui avait formé le projet d’introduire la réforme dans l’abbaye, y établit de force un abbé et quatre bénédictins de Uordrc de l’Observance. Cette mesure déplut fort à la tille , et le Conseil, craignant que le comte ne projetât d’usurper un jolir le riche patrimoine des religieux, embrassa vivement (a cause des premiers possesseurs. Il appela de leur expulsion au comte palaltn. lui-même , en sa qualité de bailli provincial, aux évêques de Spire et "de Worrns et a l’université <ie Heidelberg; mais ce fut en vain. Voyant alors l’inutilité de leurs efforts dans la voie de la modération, les habitants se révoltèrent et chassèrent les moines réformés.’
Le comte , profondément irrité, fit saisir les bestiaux des bourgeois et interrompit toute communication entre la ville et la campagne. La décapole intervint auprès de lui , mais il exigea une somme do trois mille florins, comme réparation, et les habitants, forts de leur hou droit, refusèrent tout arrangement. Le pape Paul II , instruit de l’affaire par les députés de l’électeur palatin et de l’abbé Jacques de Bruck, nomma un commissaire pontifical auquel il donna de pleins • pouvoirs pour terminer la contestation. Sur ces entrefaites, l’empereur Frédéric IV, informé aussi par un autre député, condamna l’innovation du comte palatin. Mais il n’était point facile de rétablir l’ancien abbé. Quoique tes troupes de l’électeur tinssent encore la campagne , un bourgeois dévoué réussit pourtant a l'introduire dans la ville, sous des habits de femme, monté dans sa charrette et couvert de linges, comme s’il était malade. Ne gardant plus alors aucune mesure, le comte palatin vint assiéger Wissembourg, où ses batteries lancèrent, en soixunte-onr.c jours, plus de deux mille projectiles, qui ify firent, à dire vrai, VI. 7 *
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que très-peu de dégâts. Euchaire Art/.t, témoin oculaire , prétend fort plaisamment que l'on n'eut d'autre perte à regretter que celle d'un canard, de deux chats , de trois rats dans leur trou , de quatre poules sur leur perchoir, et d'une coureuse sur ses œufs. Eh revanche, dit-il , l'artillerie de la ville ne fit pas éprouver peu de dommages aux assaillants. Le Magistrat ne négligeait pas cependant les négociations. Crdce à ses démarches, la décapote intervint à deux reprises différentes, cl le comte palatin fut obligé de faire la paix sans conditions.
Cette alliance si étroite entre l'ahbé et la ville, dura peu. La rupture était complète, dès le commencement du xvr siècle. L’abbé Küdiger Fischer, qui avait obtenu en 15211a sécularisation de son monastère, intervint brutalement lors des premières tentatives des réformateurs sur Wissembourg. Cependant le célèbre Bucer s'y rendit pour prêcher la réforme. Mais de nouvelles menaces de Rüdiger, appuyées par l'évêque de Spire, effrayèrent à tel point le Magistrat, qu'il éloigna les novateurs pour ne poiut compromettre la cité. En 1525, les bourgeois exaspérés par un incendie qu'ils attribuèrent, non sans quelque fondement, à la malveillance de l'abbé, saisirent avec empressement, pour se venger, l'occasion que ne tarda point à leur présenter la révolte des rustauds. Us détruisirent l'église de l'abbaye, brûlèrent ses registres et tirent accorder au Magistrat la collation de l'église paroissiale , avec le . droit de ne jamais être cité par le chapitre devant une juridiction étrangère. Plusieurs habitants s’enrôlèrent même sons la bannière du bundschuh. Alors’ les' paysans, bien informés des dispositions des corps de métiers, proposèrent une alliance à la commune. Repoussés deux fois par le conseil qui voulait réprimer les penchants populaires, ils résolurent d'assiéger Saint-Rerai, l’uo des quatre châteaux élevés pour la défense du monastère. C'était faire adroitement un appel aux passions des bourgeois, toujours, mal disposés contre l'abbé ; aussi le Magistrat fut-il forcé de prêter aux assaillants quelques pièces d’artillerie et des munitions. Après avoir saccagé, incendié le cb&leau et exercé leurs ravages aux environs, les rustauds se présentèrent de nouveau devant Wissembourg ; mais les bourgeois, effrayés de ces excès , les ayant repoussés, ils formèrent le siège de la ville.
Toutefois , leur inhabileté au service de l'artillerie était si grande , qu'ils mirent eux-mêmes le feu à leurs munitions. L'inutilité de leurs efforts les décida à se replier sur llouxwiller ; ils y apprirent que le duc Antoine de Lorraine venait de £ l ailler en pièces les révoltés, a Savcme, et craignant d’être surpris, ils se dispersèrent aussitôt. L'abbé Rüdiger préseutu d'une manière si défavorable la faible part que les bourgeois avaient prise à la rébellion , que le comte palatin réunissant ses forces à celles de l’archevêque de Trè\ es, les fit avancer bientôt contre la ville. Les habitants, instruits que c’était par ordre de l’Empereur même qu'on les attaquait, cessèrent toute résistance et se rendirent à discrétion. Le vainqueur punit sévèrement ceux qui avaient pris part à la révolte , enleva toute la grosse artillerie de la place. Ut compenser aux nobles et au clergé les pertes qu'ils avaient éprou- 1 vées, frappa les bourgeois d'uue contribution de guerre de huit mille llorins, et leur ôta, pour la donner au comte palatin, la nomiuation du prévôt impérial, qui leur était attribuée depuis 150i. Ce droit ne leur fut rendu qu'en 1559. C'est , en outre , avec beaucoup <je peine que la ville obtint d'être épargnée ar l'Emperedr ».
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qui se proposait de confisquer les personnes et les biens des habitants au profit du fisc impérial. Les ministres protestants, rentrés à Wissembourg, en furent encore une fois expulsés. Mais George Kess, curé de Saint-Michel, y rétablit bientôt la réforme, et, en 1534, il fut autorisé par le chapelain , sur la demande du Magistrat, i continuer ses fonctions jusqu’au prochain concile. L'exemple- du pasteur entraîna ses propres paroissiens, ceux de l’église Saint-Jean et tous les membres do Magistrat.
Le supplice de Sébastien Vogelsberger, natif de Wissembourg , que Charles- Quint avait fait condamner à mort, pour s'étrc mis, en 1547, au service de la France, et dont le Magistrat n’avait point empêché l'arrestation , avait mal disposé Henri II contre les habitants. Aussi, furent-ils fort maltraités, en 1552, lors du passage de l’armée française qui portait secours aux états protestants de l'Allemagne , et Albert de Brandebourg leva sur eux une contribution de dix mille francs.
La guerre de trente ans fut encore plus funeste à la ville, car elle devint tour « tour la proie des deux partis qui divisaient l'Allemagne. Sa papulation , réduite à cent quarante personnes, fut taxée à près de quinte mille ilorins pour sa part de l’indemnité que les Suédois exigèrent en évacuant l’Alsace. La guerre avec l’Empire força Louis XIV. en 1673, A faire démanteler les fortifications de la ville, trop faibles pour la défendre. On y laissa, pendant l’hiver de 1674, une petite garnison de trente soldats, que surprit un détachement ennemi venu deKaiserslautern ; mais au mois d’avril suivant, un corps de treite cents Français l’occupa de nouveau. A la fin de janvier 1677, cette malheureuse ville fut livrée aux flammes par une troupe de partisans français. •
La guerre de la succession d’Espagne attira encore des désastres sur , Wissembourg. Le prince dé Bade s’en empara , le 24 avril 1702 ; c’est alors que furent élevées les célébrés lignes de la Lauter, qui se prolongent sur la rive droite de cette rivière, où elles occupent un espace de trois lieues, depuis Wissembourg jusqu’à Lautorbourg. Les Impériaux furent obligés, l’année suivante, d’évacuer la ville, et les Français rasèrent ces lignes formidables. En 1704, Wis- - Kmbourg retomba entre les mains des Impériaux. Marlborough y établit. son quartier général , pendant le siège de Landau par le prince de Bade ; mais le maréchal de Villars attaqua les alliés,- le 4 juillet 1705, et enleva les lignés qu'ils avaient relevées. Cependant, arrêté par le camp retranché du comte de Tliüngen, situé près de Lautorbourg, il se retira derrière la Moder. De 1719 i 1725/ le f roi de Pologne , Stanislas Leczinski, séjourna à Wissembourg. Sa méraaSir * est encore populaire en Alsace. Il avait obtenu cette retraite de la France, ’ après la mort de Charles XII, qui lui faisait perdre la jouissance' du durhé de Deux-Ponts. Pendant la guerre de la succession d’Autriche, en 1744. le 5 juillet au matin , le duc de Lorraine prit Wissembourg et se saisit en même temps des lignes de la Lauter, dans l’espoir de couper les communications à l’armée du maréchal de Coigny qui se trouvait près de Spire et de Worms. Mais le maréchal, de concert avec le général bavarois de Seckendorf, se fit jour à travers l’armée ennemie , malgré sa supériorité , et Wissembourg fut repris )c soir même du jour où les Impériaux y étaient entrés.. L’armée française, trop faible pour se maintenir sur la Lauter, se replia sur Haguenau et sur Strasbourg, abandonnant Wissembourg à l’ennemi. Les Impériaux gardèrent cette plage jus-
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qu’au 2-2 août; Ol) I7'*t>, le gouvernement français en fit relever les fortifications.
Les premières guerres rie la dévolution ayant amené de nouveau les étrangers en Alsace, l’armée française se retira dorriére les figues de la Lauler, et établit plusieurs camps fortifiés-, le général Darlandc, commandant de celui de Nothweiller, mal disposé pour la cause de la Révolution, alla rejoindre l’armée de Condé, et revint bientôt { 1 1 septembre 1793), avec un corps d’Autrichiens, surprendre le camp qu'il avait précédemment commandé. L’entreprise réussit, mais l’armée républicaine, qui avait juré de reconquérir à tout prix la position perdue, attaqua si vigoureusement l'ennemi, le li septembre, qu’elle le força de fuir, en laissant ses armes et ses munitions et un nombre considérable de morts.
Au moment même où les Français repoussaient les Autrichiens à Nothweiller, ils livraient à Dirmasens un combat dont l’issue fut moins heureuse. Le pins regrettable de ses résultats fut la concentration de l'armée du Rhin derrière les lignos de la Lauter. Les coalisés l'y ayant poursuivie, l’attaquèrent sur trois points, le t3 octobre , et furent repoussé» sur deux. Le corps du prince de Condé réussit seul à entamer les républicains,, auxquels il enleva plusieurs redoutes et dix-sepl pièces de canon. Les émigrés se portèrent alors sur Wissembourg avec une telle impétuosité, qu’ils eu chassèrent les Français. Les lignes n’étaient pourtant pas encore perdues; mais, au bruit de la marche des Prussiens, à travers les Vosges, et de leur jonction prochaine avec les Autrichiens, l’année républicahe battit en retraite sur llagueuau et la Moder. Déjà le général AVurmser avait commencé le siège de landau, et cette place, après avoir résislé à un bombardement de cinquante, heures, réduite aux abois par la disette, allait .être obligée de se rendre, lorsque le. général Hoche, auquel la Convention venait de donner la mission de sauver la République, ordonna une attaque sur toute la ligne de la Lauter, Les Autrichiens avaient pris position prés du château de fieisberg, où ils avaient placé trois bataillons ; leur camp était assis sur les hauteurs. Les Français , enflammés par la notivello de la prise de Toulon , s'emparèrent d'almrd du château , et , malgré la plus vive résistance , chassèrent ensuite l'ennemi de sa position. Les, Autrichiens laissèrent sur le terrain leur artillerie, une immense quantité de munitions et de vivres, et de nombreux équipages. Le vainqueur rentra dans Wisscmboorg, et la délivrance de Landau . effectuée le lendemain' 27 décembre, fut le prix de ce beau fait d’armes.
Vingt-trois ans plus tard, l’étrauger pénétrait pour la seconde fois eu France. Le général Rapp, n’ayant que quinze mille hommes, formant le cinquième coq» de la grande armée, pour résister aux soixante mille soldats de la coalition qui tenaient le haut Palatinat, fit occuper par ses troupes les lignes de la Lauter, alors presque entièrement détruites. Les Français ne tes auraient pas défendues moins vigoureusement que In première fois, si le quatrième corps, commandé par le général Gérard , n’avait été rejoindre la grande armée, dans le nord de la France. Rapp prit le parti de temporiser, d'abandonner tfe places secondaires et de se concentrer autour de Strasbourg. Doits celte manœuvre, l'armée française livra plusieurs combats, près de Seltr, sur la Suffel , aux trois villages de llausbergcn; et sa noble résistance contre des forces quatre fois plus considérables, fut toujours couronnée de succès.
Elus heureuse que Landau, la ville de \> isseiubourg est restée à lu France;
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trente ans de paix ont cicatrisé les blessures qu'elle nvait reçues pendant les dernières guerres. C’est aujourd’hui l'un des chefs-lieux de sous-préfecture dir département du' Ras- Rhin ; la population de l’arrondissement s'élève à 92,700 habitants; la ville en renferme environ 6,000 : elle a une principauté des douanes, un collège communal et un hApital civil qui a été, jusqu'en 1553, un couvent de Dominicains. Comme place de guerre, Wissetnbourg n’a que peu d’importance: on y pénètre par trois portes; les casernes sont assez vastes. Les habitants font le commerce des eaux-de-vie et des tabacs ; leur industrie consiste en plusieurs fabriques de bonneterie, de chapeaux de paille, de savon et de potasse, dans des faïenceries, des poteries de terre, des tuileries, des briqueteries et des tanneries. Parmi les hommes célèbres de Wissembourg, nous nommerons le moine Ollfricd, a l’un des premiers écrivains-qni, au ix* siècle , essayèrent de faire dé la langue allemande une langue littéraire; et Bernard Hertiog , auteur d’une chronique d’Alsace imprimée, en 1598, livre d’un grand intérêt pour l’histoire de la province. 1
SAVERNE