‹ Histoire des villes de FranceChapitre 4 sur 137 · X. A PETITS-PIERRE. — BOVXW1UIB · texte numérisé non relu

X. A PETITS-PIERRE. — BOVXW1UIB

Avant de pénétrer en Alsace, en arrivant de Paris par la route de Strasbourg, on est obligé de franchir une haute montagne; Saverne se trouve an pied. C’était sur le même point que la voie romaine traversait les Vosges, et dès le temps de la conquête, ce pays renfermait une population considérable , comme le prouvont les nombreux débris antiques que l’on y n recueillis. La ville elle-même existait à cette époque ; les géographes anciens In désignent sous le nom de Tabemee ou de Trc.i-Tabenite, sur la route d’Argentorat à Divodurum, et Àmmien Marcellin en parle comme d’un poste militaire capable d’arrêter les Barbares. Dévastée au iv* siècle par les Allemands, elle fut relevée par Julien, qui en lit sa place d’armes. Saverne n’échappa point aux invasions postérieures; mais grâce à l’importance de sa situation , qui l’a fait appeler In clef de l'Alsace, elle ne tarda pas à se rétablir. Pendant les guerres entre les fils de Louis-le- Débonnaire, Clrarles-le-Chauve s’en empara ; c’est de là qu’il se rendit à Strasbourg, pour se liguer avec l.ouis-le-Gerroanique. En 923, Henri-l’Oiseleur voulant faire valoir ses prétentions sur la Lorraine, commença par occuper Saverne, qui dépendait alors de l’évéché de Metz;

1. Etichairo Arzt dit Wissoin bourg, Histoire île son temps. — Homard Hort/og, Chronique d'Alsace. — Balthasar Booll, Statuts du mun<lat de Wissembourg ( tn.1n usent \ — SehtvpRin Alsatia illustrata. — Ejusdem Alsatia diplomatica. — Panelior, lHssertatio de mundoto ucissenburgensi. — J .-K. Jung, Histoire de ta Héformatton à Wissembourg. — Antiquités d'Alsace ( Bas-Rhin) , par M. Scliweighaousor fils. — Polet, Mémoires relatifs n la guerre de la suc çession d'Espagne. — Victoires et conquêtes des armées françaises.

ALSACE

mais l'évoque, aidé de Rodolphe, duc de Bourgogne, reprit la place et en (U raser les fortifie» lions.

On ignore comment ce lieu fui réuni au domaine de l'Église de Strasbourg ; on voit seulement, en 1223, l'évêque Berthold échanger, avec l'agrément de Frédéric II, ses serfs de Rosheim contre les hommes de Saverne, qui appartenaient à l'Empire. lorsque Strasbourg embrassa la réforme, Saverne devint la résidence habituelle des évêques de cette ville ; ils y occupaient un ancien château , remplacé à la fin du xvn* siècle par un palais magnifique, qui fut achevé sous le cardinal Armand-tiaston de Rohan. Ce bel édifice devint, en 1780, la proie des flammes. Le dernier évêque de la famille des Rohan en entreprit la reconstruction ; mais la révolution arrêta les travaux, et le palais épiscopal est de nos jours une propriété communale , consacrée à divers services d'administration püblique.

L'événement le plus remarquable de l'histoire de Saverne se rapporte à la guerre des Rustauds. Les révoltés, sachant que le duc Antoioe de Lorraine approchait , firent occuper cette ville par vingt mille des leurs pour défendre le passage. Mais lorsque le duc en eut formé le siège 'mai 1525), désespérant de pouvoir lui résister, ils finirent par se soumettre sans conditions. Ils voulaient, après être sortis de Saverne, se jeter dans les montagnes et y continuer la guerre , en attendant qu’ils pussent se réunir aux bandes qui tenaient encore la campagne ; mais leur projet fut découvert, et lorsqu'ils quittèrent la ville, sans autres armes qn'une baguette blanche , une querelle entre un soldat terrain et un robuste paysan devint le signal d'un affreux carnage. Plus de vingt mille révoltés restèrent sur le carreau. Leur chef, Erasme Gerber de Molsheim. qui s'intitulait cappitaine general àe la clere bande, fut pris et condamné à mort. « Ha! Messeigneurs , » dit-il à ses juges, « soyez heureux de m'avoir entre vos mains, car je vous jure que si j’avais échappé aujourd'hui , je vous aurais frappés .demain d'un rude coup. Ainsi faites de moi ce qu’il vous plaira. » Des monceaux d’ossements rappelèrent longtemps les terribles exécutions qui ensanglantèrent la victoire des Lorrains.

Au commencement de la guerre de trente ans , Saverne fut assiégée par le comte de Mansfeld (décembre 1621). La vigoureuse résistance du commandant Adolphe deSalm, la rigueur de la saison et le manque de munitions, l’obligèrent de lever -son camp. Toutefois, avant de se retirer, il somma les habitants de lui compter cent mille philippes, s’ils ne voulaient être passés tous au fil de l'épée. Mais on lui répondit fièrement qu'on avait consacré cette somme à f acquisition de poudre et de plomb, et que s’il voulait être payé en cette monnaie, il n'avait qu'a venir la prendre. Les habitants s'empressèrent d’élever de nouvelles fortifications, après avoir envoyé Jeurs femmes et leurs enfanta en Lorraine, et une nouvelle attaque de Mansfeld (11 juin 1622) ne réussit pas mieux que la précédente.

Au mois de janvier 1633 , Saverne était occupée par une garnison suédoise. Les bourgeois, pour s'en débarrasser, sc concertèrent avec les Impériaux, qu'ils introduisirent par un stratagème dans la place, et, avec leur secours , égorgèrent ou firent prisonniers tous les Suédois. En 1636, quand la Suède et la France réunirent leurs efforts contre la maison d’Autriche , le duc Bernard de Saxe-Weimar entreprit, au mois de juin, le siège de Saverne, cl après avoir enlevé deux

SA VER NK.

redoutes, flt battre la place par une nombreuse artillerie, que lui avait prêtée le cardinal Lavalette. Les assiégés soutinrent l’assaut, pendant deux heures et demie ; à la chute du jour, le duc, découragé par les pertes et blessé lui-même , fit sonner la retraite Trois jours après cependant la partie liasse de la ville fut enlevée ; les assiégés, en l'abandonnant, commirent la faute d’incendier les maisons, ce qui compromit la défense , et la garnison demanda à capituler. Le duc Reruard ne voulut la recevoir qu’à discrétion, afin de ne point avouer la résistance que lui opposait une bicoque. Le 9 juillet, une nouvelle brèche lui permit de faire un dernier assaut ; cette attaque ne réussit pas mieux : mais vuyant que Gallas, dont l’armée se trouvait à Rrusenhcim , négligeait de marcher à l’ennemi pour secourir la place, le commandant George Frédéric de Mülnheim, désireux dépàrgner à ses soldats affaiblis un combat qu’ils n’auraient pu soutenir, capitula le 14 du mois de juillet suivant. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre: il y eut échange des prisonniers; mais la ville fut frappée d’une contribution de trentehuit mille florins. La France rendit Saverne à l’évéque de Strasbourg, en vertu de l’article 81 du traité de Munster ; les fortifications furent rasées en partie.

En ltiïi, Turenne, qui avait assisté au siège de 16:lti, s'empara de Saverne, y mit une garnison de mille hommes, et fit entreprendre quelques travaux de fortification. Les Impériaux tentèrent vainement de la reprendre, et, en 1077, elle partagea le sort de la plupart des places fortes de l’Alsace : ses murs furent démantelés ; on n’épargna même pas les remparts de la ville vieille, munis de cinquantedeux tours et de trois cent soixante-cinq créneaux. Les habitants en faisaient remonter l’origine jusqu’avant l’ère chrétienne. C’était, suivant eux, le palladium de leur cité. Le 31 juillet 1744, elle fut saccagée par une troupe d’Autrichiens, qui l’occupèrent pendant quinze jours. Sous le règne de Louis XV on construisit la belle et large route qui forme la montée actuelle de Saverne(1726-1739). On croit que les restes de la voie romaine, souvent restaurée par les évêques de Strasbourg, servaient anciennement de chemin. Au commencement de la révolution, les paysans du voisinage ravagèrent le beau parc de l’évêché (1790). Le Magistrat, composé de douze assesseurs que nommaient les bourgeois, du prévêt, et du vidante de l’évéque, qui présidait l’administration comme représentant du seigneur, fut remplacé par la municipalité nouvelle.

Saverne , autrefois siège d'un bailliage épiscopal, est aujourd'hui l’un des chefs-lieux de sous-préfecture du département du lias-Rbin. L'arrondissement renferme près de 108,500 âmes, et la ville un peu plus de 5,000. Les habitants font un commerce considérable en tabac et surtout en bois, qu’on flotte sur la Zorn; ils exploitent des fabriques de draps, des brasseries , des tuileries et des fonderies de fer et de cuivre. Le seul monument ancien de la ville est l’église paroissiale , édifice gothique peu remarquable du xv siècle , mais accompagnée d’une grosse tour carrée , de style byzantin , à cinq étages , qui s’élève à une hauteur considérable.

Non loin de Saverne et dans l’arrondissement communal de cette ville , se trouvent les seigneuries de Lichtenberg et de Lutzelstein , ou de la Petite-Pierre. La seconde avait litre de comté. Elle tut possédée successivement par des comtes

du même nom , par les comtes palatins, puis , en 1734, partagée entre les primes de Birkenfeld et de Subiizbach. Le château relevait de levêché de Strasbourg. Il est situé sur le mont Allenbourg , au pied duquel est le village de la Petite-Pierre, ancien chef-lieu de la seigneurie et actuellement chef-lieu de canton. L'église est commune aux catholiques et aux protestants; on y remarque les sépultures de plusieurs princes de Veldentz, de 1a famille des comtes Palatins. La seigneurie de Lutzelslcin était divisée en sept prévôtés ; celle de Lichtenberg , la plus considérable de l'Alsace, se composait de neuf bailliages, et, en outre, d'un grand nombre de villages, situés hors de la province. Après l'extinction de la première race des seigneurs, elle fut partagée entre les familles de Hanau et de Deux- Ponts , et appartint bientôt entièrement n la première. En 1750, elle passa dans la maison de Hesse-Darmstadt. Le château de Lichtenberg, qui existe encore, donne son nom à une commune du canton de la Petite-Pierre ; mais la seigneurie avait pour chef-lieu Bouxvviller { Boxowilla). Cette localité, située à l’est des précédentes, était habitée du temps des Romains; mais elle n'acquit le rang de ville que sous l'emporeur Louis de Bavière. Les seigneurs y firent souvent leur résidence, notamment Jacques de Lichtenberg, qui y vécut avec sa maîtresse Barbe d'tlttenlieim , femme d’un caractère emporté. Chassée par les habitants, Barbe, après la mort de son amant (1180), fut brûlée à Haguenuu. Le château, dont ii est déjà question en 1 i-35. fut dévaste- pendant la Révolution; l’orangerie, donnée à la ville de Strasbourg, passait pour l’une des plus belles de l’Europe. Le Magistrat était eomposé-de douze préposés, pris dans la bourgeoisie, et d'un prévôt. Bouxwtller est bâti dans une sitaation agréable , sur un sol fertile. Il y a plusieurs fabriques importantes dans les environs. La population s'élève à plus de 4,000 âmes; les protestants y so*t en majorité. La Petite-Pierre rompte un peu plus de 1,300 habitants *

SGHLESTAOT.

L'origine de 9ehlestndt remonte à l'époque de la première occupation germa- . nique. Ce ne fut d'abord qu'un lieu de chargement (Jadhqff), sur le bord de l'ill. line bourgade s’v étant bientôt formée , on l’appela Ladstalt, puis, par corruption, Sc/ilesladl. Ce premier titre dans leqncl figure ce nom est une charte de 728, émanée du comte d’Alsace Eberhard, petit-fils du duc Eticho.

Pendant la première période de notre histoire, les rois frauks eurent à Schlestadl un palais construit, di(-on, par Childeric II. En 775, aux fêtes de N’oèl , Charlemagne y fit sceller un diplôme par lequel il accordait des privilèges à

I. S<*ho*pflin , Alsatia illustrata. — 'Antiquité/ de i’ Alsace, j>ar M. (î. $clm»*ighaeusi*r. — LhaufTmn , Histoire d'Alsace. r— Atiftchlagcr, Y Alsace . — SI robe! , Histoire d'Alsace.

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