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gond*'. A la mort du roi do Soissons (584), Contran, roi do Bourgogne, oncle cl tutcui' do Chlotaire 11 , envoya dos oommissairos à Limoges , afin d'y recevoir, au nom do son neveu, le serment de fidélité des habitants. le duc Gararicy vint, de son côté, réclamer le mémo serment au nom do Cbildebert, Ois de Sighebert; mais ils restèrent fidèles à Chlotaire. C’est sous le rogne de ce prince que les chroniques limousines placent un siège de Limoges par Lopès, duc de Gascogne. Lopès étant entré sous prétexte de dévotion dans l’église de Saint- Pierre, située hors du circuit de la cité et formant uih- sorte de faubourg non enclos de murs, aperçut sur la châsse de saint Martial, dont le sépulcre se trouvait alors dans cette église, un riche baudrier qu’il enleva et mit sur ses épaules. Un bourgeois, nommé Proculus, eut la hardiesse, quoique petit de taille, de percer la foule des Gascons et renversa leur duc d'un coup de poignard. Lopès mourut de sa blessure, et ses troupes ne tardèrent point à se retirer.
Vers 717, Eudes, duc d’Aquitaine, reçut il Limoges même la couronne ducale . des mains de l’évêque, qui lui mit au doigt l'anneau de sainte Valérie, suivant le cérémonial usité à l’inauguration des durs. Eudes fortifia la cité et le château do Limoges, qu’il entoura de murs solides et épais, défendus [sir de grosses tours et des fossés profonds ; l'église de Saint-Pierre du Sépulcre fut enfermée alors dans l’enceinte. On attribue également au dur Eudes les quatre Lions monumentaux placés en divers endroits de la ville : deux à Saint-Miehcl-dcs-I.ions, un au [Kutail Imbert et l'autre à la pépinière des Arènes. C'était l’emblème de son pouvoir et de sa force, lequel forma dans la suite les armoiries des ducs d’Aquitaine. Les fortifications de la place el la puissante garnison qui la gardait la sauvèrent du pillage, loraque les Sarrasins traversèrent la province , au commencement du vnr siècle. Les guerres que Waiffre , petit-lils d'Eudes , soutint contre Pépin-le- Bref ( 760-767 ) , conduisirent pendant six années consécutives le nouveau roi de France dans le Limousin, et six fois aussi il s’y empara de Limoges. Le dernier siège surtout fut remarquable par la vigoureuse résistance des Aquitains derrière les retranchements réputés imprenables. Pépin, irrité, passa les habitants au lil de l’épée et mit le feu aux églises et aux monastères. Touché cependant de compassion à la vue des ruines qu'il avait faites, il releva les églises de Saint-Étienne et de la Règle, ainsi que celles de Saint-Paul el de Saint-Michel de Pislorie, et donna, comme dédommagement des maux qu’il leur avait infligés, la ville de Salaignac nu chapitre de la cathédrale et celle de Saint-Vaulry ou chapitre de Saint-Martial. Waiffre, assassiné en Périgord (juin 768), fut inhumé dans une crypte de cette église, derrière le sépulcre de l'apôtre ; son tombeau , qu'on y a conservé jusqu'à la révolution de 1789, était connu du peuple sous le nom de Thewe-le- Duc ; le revenu du pré Chalon , près de la v ille , était consacré aux frais du luminaire perpétuel qui éclairait la crypte depuis que Waiffre y avait été enseveli.
Nous avons vu, dans l’introduction, que Charlemagne avait établi comte de Limoges son parent Rotgerius ( 781 ) ; ce prince fit de grandes libéralités aux moines de Saint-Martial, et déposa sur les reliques du saint patron un vêtement piécieux qu'il avait reçu du patriarche de Jérusalem. On prétend que c'est sous son régne qu’un Sarrasin , nommé Aygolan , fit conduire à ses frais les eaux île
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la belle fontaine «TAygonlènc , après avoir vendu son char d’or enrichi de pierreries. Louis-le- Débonnaire rebâtit l’église de Saint-Sauveur, qui prit alors le noni de Saint-Martial , commença la démolition de l’amphithéâtre des arènes , dont les matériaux servirent à la construction de l’église . et , pour perpétuer le souvenir de la défaite de WaifTre, il lit placer, près de la porte voisine de son tombeau , un monument en pierre sur lequel était gravée une inscription injurieuse à la mémoire du duc. En 832 , Louis, accompagné d’un grand nombre d’évèques, de princes et de seigneurs , assista à la consécration de la nouvelle basilique ; il tint sa cour et les États d'Aquitaine au palais de Ladrie, situé près de la Roche-au- Goth , au-dessous du pont de Saint-Martial. Quatre années plus tard, l’Empereur, remonté sur le trône d’où l’avaient précipité scs enfants, se rendit en pèlerinage dans la capitale du Limousin, revêtu de la haire et escorté de trois cents hommes nobles , afin de visiter le tombeau de l’apôtre auquel il croyait être redevable de cette faveur ; il lui en témoigna sa reconnaissance , en donnant à son église la justice et la seigneurie du château de la ville. En 838, il revint à Limoges, avec l’impératrice Judith , et lit couronner roi d’Aquitaine son {ils Charles-le-Chauve , dans la cathédrale de Saint-Étienne , b la place de son neveu Pépin.
A l’époque de l’invasion des Normands en Aquitaine (846), Limoges fut détruite pour la quatrième fois depuis Alaric. Le comte Foulques se porta b la rencontre de ces barbares , afin do prévenir leur retour ; mais il fut tué dans ta bataille, et les Normands, continuant leur route, rentrèrent dans la ville saccagée qui ne présenta plus dès lors qu’un amas de décombres. Les habitants, à leur approche, s’étaient empressés de transférer les reliques de Saint-Martial dans l’abbaye fortifiée de Solignac. Bientôt, cependant, Limoges sortit sans doute de ses mines, car, en 8 '*8 , Charles-le-Chauve y tint les États, et ses successeurs, Louis-ie-Bègue et Cari om an , s'y firent couronner rois d’Aquitaine (877-879). Le roi Eudes, fils de Raymond, comte de Limoges, prit aussi d’abord le même titre; il reçut, dans cette ville, la couronne des mains de Rodolphe, archevêque du Bourges, et y fit frapper des monnaies en argent et en cuivre sur lesquelles on lit : o do. rrx. umovicas. cms (887). Les Normands ayant encore envahi le Limousin, dans la première année du ix' siècle, marchèrent sur sa capitale qu’ils réduisirent en cendres. Les habitants , se sentant incapables de défendre leurs foyers, avaient abandonné la ville aux Barbares, après avoir mis en sûreté les reliques de Saint-Martial dans h* fort château de Turenne. A peine le (lot se fut-il un moment retiré, que quelques-uns d’entre eux revinrent aux lieux où avait été Limoges ; mais ils ne purent rebâtir leurs maisons sur les ruines et les cendres amoncelées par les Barbares ; l’évêque Turpin d’Aubusson réédifia pourtant le monastère de Saint-Augustin. Toutefois , l’ancienne cité ne fut plus qu’un pauvre village, ce qui n’empêcha point Charies-le-Gros de s’y faire couronner, en 920, comme roi d’Aquitaine, par Gauthier, archevêque de Sens; en effet , tout en n’étant pas In capitale même du royaume de ce nom , l’antique métropole des Lémoviccs avait conservé le privilège de voir inaugurer dans ses murs les princes aquitains. Ce n’est qu’après la défaite et l’expulsion définitive des Normands , par le duc de Bourgogne . Baoul, que les murs de la cité et du château furent relevés, et près du château même et de l’abbaye de Saint-Martial, on construisit vi. 29
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des tours et des maisons : les deux hôtels , où siègent aujourd'hui le préfet de la Haute-Vienne et la cour royale de Limoges , datent de cette époque ; ils formèrent, avec plusieurs autres maisons , le noyau de la ville actuelle et furent enfermés dans l’enceinte du château. Lu population , augmentant de jour en jour, élut des consuls ; ceux-ci s'entendirent avec l'abbé de Saint-Martial pour laisser au prévôt des Combes la connaissance des différends avec les bourgeois, dont le sacristain du sépulcre de l’Apôtre était depuis longtemps en possession. Quant à l'évéque de Limoges, Ébb's ou Ébolus , frère de Guillaume-Hugues, dur d’Aquitaine, il protita de cette protection pour s’emparer de la juridiction temporelle de la cité , dont il entoura de murs une partie; il dé|>cnsa aussi de gratifies sommes d’argent à bâtir des maisons près de la catliédrale et à continuer le palais épiscopal commencé par son prédércsseur Turpin.
L'an 956, le roi Lothaire se rendit dans la capitale du Limousin , alin d'ordonner aux bourgeois et â Étienne, ablfé de Saint-Martial , de fortifier la ville du château et de repousser les agressions du duc d’Aquitaiue, Guiilaumc-Tète-d’Étoupes. Les ruines n'avaient pas été, en effet, réparées purtout , depuis les ravages des Normands. L’abbé Étienne enferma complètement la ville dans des murailles, défendues par deux grandes portes situées , l’une vers les arènes et appelée />«- Unie, l'autre vers la cité et désignée sous le nom A'Escudcrie, d "Argoulel, ou même de Poulaitlcre et Poissonnière, à cause du commerce qui s’y faisait. L'abbave de Saint-Martial se trouva rontprise, à l'orient, dans la nouvelle enceinte, et l'abbé Étienne , afin d'éterniser le souvenir des travaux exécutés par son ordre, voulut qu’on nommât la ville Slephanojwlis. L’évêque Ébolus, de son côté, fit enclore la cathédrale et le pont de Saint-Étienne, aiasi que l'abbaye de la Règle , jusqu'il la rivière de Vienne : cette partie de Limoges prit le nom de citi, et ses habilauls celui de citoyens. C’est là que, grâce à l’autorité de l’évêque, qui était son oncle, Guillaume-Fier-à-Bras, due d’Aquitaine, vint se loger, en 988, avec une grosse année : les barons limousins ne tardèrent pas à l'y joindre, et il mit aussitôt le siège devant la ville du château. Les habitants, n'ayant pu obtenir de secours du duc Charles de Lorraine , im guerre alors avec Hugues t'.upet, consentirent à se rendre; mais Guillaume, pour les punir de leur résistance, fil abattre, les portes et les fortifications. A celte même époque ,■ des négociants vénitiens s'établirent dans le faubourg Saint-Martin de Limoges , dont ils firent l'entrepôt des marchandises qu'ils tiraient du levant par le port d’Aigues-Mortes, et qu’ils expédiaient ensuite à la Rochelle, en Bretagne, eu Angleterre, en Écosse et en Irlande. Une rue à laquelle est restée leur nom , près de l'abbaye de Saint- Martin des Feuillants, témoigne encore du long séjour qulls firent dans la ville ; leur départ fut pour elle une véritable calamité, car ils y attiraient une affluence considérable d'acheteurs.
Au commencement du xi* siècle, l'abbé de Saint-Martial, Étienne-Geoffre , s’empara de la souveraineté du château , sous prétexte que Louis-le-Débonnaire l’avait donnée au monastère de Saint -Martial. Gui, son frère, vicomte de Limoges, pour retenir plus facilement cette ville sous son autorité, choisit dix de ses habitants les plus notables auxquels il délégua son droit de justice; il les nomma vigiers , et leur attribua , sous la réserve de foi et hommage , pour
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eux , leurs hoirs cl successeurs , le tiers du prolit des amendes et des coufiseatious. L'évêque Hilduin jeta, en 1012, du eOté de l'orient, les fondements de l’église cathédrale de Saint-Étienne: sa mort interrompit les travaux, qui restèrent suspendus pendant deux cent soixante ans. En 1053, un furieux incendie consuma l'église de Saint-Martial , ainsi qu’une partie des batiments du monastère, lequel, «depuis sa fondation, jouissait d'une liberté si grande, qu’il ne relevait que de Dieu et de lui-même. » Des documents et des titres précieux périrent dans ce sinistre. Meyuard, vingtième aida1, agrandit plus tard l'enceinte du couvent qu'il dota d’une bibliothèque ; le vicomte Adémar II y introduisit par surprise, en 1062 , les moines de Cluny; Vers lu lin de ce siècle, le pape Urbain II, revenant du concile de Clermont, s'arrêta à Limoges pour y consacrer la cathédrale de Saint-Étienne , la nouvelle église de Saint-Martial et celle de Notre-Dame de la Kègle (1095 1. En 1103, le feu dévora une partie de la ville et du clulteau , et , deux ans après , lu discorde s'étant mise entre ses habitants et ceux de la cité, la guerre prit un tri caractère d’acharnement et de violence , que de part et d’autre on dévasta les plus beaux édifices. La cathédrale et ses dépendances, le monastère de la Kègle, Saint-Maurice, Saint-Jean-Raptiste de la Trinité, Saint-Gcnest, Saint-André, Snint-Domnolct, toute la cité enfin, furent livrés aux flammes par les habitants du château. Ambiant , abbé de Saint- Martial , répara ce désastre et bâtit dans In cité mémo une maison forte , à laquelle on donna sou nom. La cité fut encore ravagée par le feu, en 1147, ainsi que le cloître du monastère.
Le I" juillet 1137, Louis-le-Jeune se. rendant à Bordeaux pour y épouser Éléonore d'Aquitaine, arriva inopinément à Limoges, où il fut reçu paè Raymond, comte de Toulouse, et par l’évêque Eustorge, qui le conduisit processionnelleincnt ii Saint-Martial , « d’où il alla camper avec su suite suc les bords de la Vienne. » Quinze uns après, Henri PlanUgenet , comte d’Anjou, marié à celle même Eléonore, vint à Limoges pour s’y faire couronner duc d’Aquitaine. On l'accueillit avec, tous les égards dus à son rang; mais l’abbé de Saint-Martial ,invité par lui à le défrayer dans la ville, « répondit qu’il n’étail tenu à ce devoir que dans l'enceinte du château, où son monastère et sa juridiction étaient renfermés. » Henri, devenu roi d'Angleterre, visita de nouveau la eupitale du Limousin , eu 1 156 ; il y revint, au bout de trois ans, afin d'établir dans ses droits le jeune vicomte Adémar V, auquel il avait fait épouser sa cousine Sara, fille de Renaud , comte de Cornouaille. Le monarque anglais était cette fois accompagne de sa femme Eléonore : tous deux prirent leur logement dans la cité , où ils avaient fait une entrée solennelle. Henri , pour affemiir l’autorité du jeune vicomte , qui n’étail pas bien reconnue à Limoges, en fit abattre les portes et combler les fossés. Les habitants, indignés , chassèrent les officiers du roi ; mais, dépourvus de tout moyen de défense , ils ne purent opposer une longue résistance à ses troupes et firent leur soumission à Adémar. Celui-ci respecta , dh ' reste ,■ l’ancien droit qu’avait la ville d’être gouvernée par ses consuls, et, en sa qualité de vigier, il éleva une motte de terre, sur laquelle il construisit une maison fortifiée : c’est la plaça; actuelle de la Motte.
En 1172, Richard-Cceur-do-Lion fut inauguré, à Limoges, duc d’Aquitaine.
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Voici quel était le cérémonial en usage, depuis l'origine même de cette souveraineté. On ceignait la tête du prince d'un cercle d'or, on le revêtait d'une chlamyde, on lui mettait l’anneau de sainte Valérie au doigt, une épée dans une main, un étendard dans l'autre , et on le chaussait d'éperons d’or, tout en récitant différentes prières ; après quoi , le nouveau duc jurait de conserver les privilèges de la ville. Deux années plus tard , Richard recevait à Limoges même son père , Henri II , la reine , sa mère , le roi d'Aragon , le comte de Barcelonne et le comte de Toulouse, qui était venu lui rendre hommage de son comté. C'est là que le vieux roi fut secrètement informé du complot tramé contre lui par sa femme et ses deux (ils , Henri-le-Jeune et Geoffroy , jaloux de la donation qu'il avait faite à leur frère Richard du duché d’Aquitaine. Ce complot éclata, en 1181 , dès que, Henri-le-Jeune eut appris l'emprisonnement de sa mère et de sa femme Marguerite dans le château de Salisburj . Lui et Geoffroy se mirent en campagne contre Richard; et bientôt les comtes de la Marche, de Périgord et d’Angouléme, sous la conduite du vicomte Adémar, étant entrés sans peine à Limoges, dont les murailles n'avaient point encore été relevées, sonunèreiit les consuls et les bourgeois de prêter serment à Henri-le-Jeune comme duc d'Aquitaine. Les troupes confédérées avaient déjà livré trois, assauts à la cité, lorsque Richard accourut au secours de la ploce. Il assit son camp au pont Saint-Martial , près de Sainte-Valérie, et, pour plus de sûreté, rompit le pont de la Roche-au-Goth , afin d'interrepler le passage à ceux de la ville.
Le roi d'Angleterre était en Gascogne : il convoqua aussitôt ses fidèles, et rassemblant toutes scs forces, se dirigea vers le Limousin. A la vue de la grande poussière que soulevait l’avant-garde de celte multitude de cavaliers et de fantassins, la sentinelle postée au clocher de Notre-Dame des Arènes s'imagina que c était une einbdehe tendue par les partisans de Richard à son frère Hruri-le- Jeune , lequel était sorti de la ville pour escarmoucher contre eux du côté de Saint-Gérald. Le soldat du guet s'empressa de sonner l’alarme. Geoffroy et ses gens se précipitèrent soudain vers l'année d’Henri II , qu'ils croyaient ennemie, en deçà du lieu appelé depuis Naugeat ou Nauzat { Noise y a ). Le premier rang des troupes anglaises et nonnandes fut rompu du choc. Henri 1! , renversé de cheval par un coup de lance, eût été tué si un des soldats de Geoffroy ne l'avait reconnu à ses vêtements. 11 se relira tout meurtri au château d'Aire, où ses deux fils rebelles, accompagnés des consuls et des bourgeois de Limoges, vinrent lui offrir des cscuses. Le vieux roi refusa de les écouler, et menaça les bourgeois de toute sa colère, leur annonçant qu'il allait détruira la ville de fond en comble. Ceux-ci, dans leur épouvante, voyant leurs murailles en partie renversées et craignant que la garnison ne les abandonnât , se décidèrent, sur les conseils du vicomte Adémar, et afin d’avoir un défenseur, à faire hommage à Henri-le-Jeune, comme duc d'Aquitaine, dans l'église de Saint-Pierre du Queyroix. Ils relevèrent les murs en toute hâte, creusèrent des fossés, plantèrent des palissades, et, dans leur désir de ne rien négliger pour la sûreté commune, abattirent les arbres du Y eryer-aux -Mômes, que les abbés de Saint-Martial avaient formé derrière le monastère , ainsi que plusieurs maisons et pressoirs sis hors la ville, afin de construire une cnceiute plus vaste et de fournir des matériaux aux remparts. Les
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églises de Notre-Dame des Arènes et de Saint-Uérald , avec son couvent et son hôpital, Saint-Martin , Saint-Maurice, ne furent pas épargués davantage ; et si la cité n'edt été ia résidence du roi, on l'aurait détruite aussi avec sa cathédrale.
Le mardi-gras, (" mars 1183, Henri II ayant convoqué tous ses vassaux aquitains, tourangeaux et normands, et mini un graud nombre d'Anglais, se présenta devant Limoges , du côté de Saint-Martial. 11 se logea dans la cité ; son lits Richard campait au faubourg Sainte- Valérie, et les princes et les barons aux alentours. La garnison assiégée faisait chaque jour des sorties ; le clergé et le peuple de la ville portaient en procession , derrière les murailles , la châsse de saint Austriclluien, où reposait le chef de saint Martial , priant Dieu de les préserver de leurs ennemis. Les dames filent fabriquer un cierge de dix-huit cent seize brasses , longueur du circuit de la ville ; on l'offrit au saint apôtre , et on transféra dans sou église les reliques de saint Just et de saint Martin. A la fin du mois de mais, il survint de grands froids, des vents violents et de grosses pluies, qui forcèrent les assiégeants à plier bagage. Henri-lc-Jeune, auquel l'argent manquait pour solder ses gens de guerre, eu demanda alors aux bourgeois qui lui comptèrent v ingt mille sols; mais cette somme ne suffisant pas, le prince, pour prévenir une révolte des troupes, s'entendit secrètement avec quelques moines de Saint- Martial et entra pendant la nuit daus l’église , dont il pilla le trésor. L’or ouvré qu'il y enleva ne pesait pas moins de cinquante-trois marra , et l'argent cent cinquante-trois.
Henri distribua le prix du trésor à ses soldats, après avoir promis de le restituer, et donné une assurance signée de sa main. Sur ces entrefaites, son père arriva à Limoges, dont les habitants, indignés du pillage de Saint-Martial, n'hésitèrent point à lui taire leur soumission. Le vieux roi célébra dans la cité les fêtes de l'âques ; il en partit bientôt pour courir au secours d’Angoulèmc, que le jeune Henri était ailé saccager. Celui-ci, à l'approche de son père, pilla l'abbaye de la couronne , et s’empara de la custode de Grnndmont, où était renfermée l'hostie consacrée ; puis il se bâta de revenir à Limoges et fit donner l’assaut à la cité en plusieurs endroits. Blessé à la tête d'un coup de pierre, pendant l'attaque de la tour Aleresiu, près du Naveix, Henri-le-Jeune abandonna le siège; Cependant un bourgeois d'Aixe, nommé Aymeric, feignant d'être très-affectionné aux soldats de la garnison , les invita à un banquet , dans sa propre maison, au jour et à l'heure que le prince avait fixés pour l’attaque du eliâleau. Henri-le-Jeune, averti du moment favorable , surprit ceux qui étaient dehors ; et ia place , où il n’était resté que douze sergents , deux chevaliers et un prêtre, fut obligée de se rendre à ses gens. Ce succès ne loi profita guère, car souffrant toujours de sa blessure , assez légère d'abord et d’où n’avait jailli que peu de sang , il alla, peu de temps après, en pèlerinage à Notre-Dame de Kocamadour, afin d'obtenir la guérison de son mal, et mourut au château de Martel , le 1 1 juin de la môme année 1183, dans de grands sentiments de repentir envers son père, auquel il écrivit, selon Geoffroy du Vigeois, une lettre où il sollicitait le pardon de tous ceux qui l'avaient suivi dans sa révolte. L’abbé d'L'zerche chanta la mesac de Hequiem aux obsèques du prince, et reçut à peine dix-huit deniers à l’offrande , tant la guerre avait appauvri ia noblesse du Limousin ; il fallut même
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<|U'un vendit le cheval du défunt pour faire transporter son corps à Limoges.
Le 16 juin, Henri II vint camper devant celle ville : les consuls, voyant qu'on ne pouvait moissonner les blés prêts à couper, négocièrent la paix avec lui. Le premier acte d'autorité de Richard-Cœur-de-Lion , auquel la place fut livrée, fut de raser les murailles jusqu'aux fondements et de combler les fossés, laissant à son sénéchal le soin d'achever la ruine et la destruction. Mais le vieux roi , ayant réfléchi que le principal instrument de eette guerre était le vicomte Adémar, imposé par lui, comme seigneur, aux bourgeois; instruit, d'ailleurs, que ce même vicomte tenait la justice de la ville à foi et hommage de l’abbé de Saint-Martial , s'interposa pour arrêter la démolition et pardonna aux consuls, qui prêtèrent serment à Richard. Celui-ci leur permit, [>ar lettres-patentes , de relever les reml>arts, ce qu’ils effectuèrent pendant son séjour en Palestine. Ce fut alors que le doyen et les chanoines de Saint-Étienne firent brttir h> grand clocher de cette cathédrale. Un 1187, le peuple de Limoges contribua largement à la rançon de Richard; Isambert , abbé de Saint-Martial, paya lui seul, pour sa part , quarante marcs d'argent. .
En 1203, des marchands de la nie Pissevache, en rebâtissant plusieurs maisons qui , deux mois auparavant, avaient été brûlées prés des rem|«rls, dans un incendie de la ville, firent tomber, par leur faute , deux cents coudées de murailles au milieu des fossés qu'elles comblèrent. Les consuls, afin de réparer le dommage , imposèrent une contribution d'un sou pour livre sur tous les biens. Hugo, abbé de Saint-Martial, refusa de payer la taxe : il s’ensuivit une rixe entre les gens de l'abbé et les bourgeois , uue excommunication de l'évêque contre les consuls, et un procès dans lequel Philippe-Auguste se déclara èn faveur d'Hugo et du comte (lui V. Celui-ci étant entré par surprise è Limoges , contraignit les habitants à lui rendre, en la personne de Publié, hommage de la justice de la ville , et rétablit les vigiers auxquels il confia l'administration de cette justice. Il réclama ensuite de' chaque métier un nouveau subside , payable le samedi , destiné à diminuer les charges de hi commune, en morte-paie des gens de guerre, et, de plus, exigea une somme de cens et de rente, pour le recouvrement de laquelle il lit construire , dans la tour de Mircbctuf, un instrument de torture appelé Ixidrome, auquel il soumettait tous ceux qui ne voulaient pas payer. Quant à l’abbé Hugo, Gui, archidiacre de Saint-Étienne, nommé arbitre, le dispensa de participer aux léparatious des murs, moyennant dix livres de rente annuelle , percevables sur le mas Sainte-Valérie. L'évêque, Jean, s’unit alors à l'abbé de Saint- Martial , pour prier Gui V de mettre un terme à ses exactions et à ses violences ; mais le vicomte ne rclAcha ses prisonniers qu’au prix d’une forte rançon. Jean— sans-'frrre, informé de ses exeès, le lit saisir, puis conduire captif à Chinou, et déposa les vigiers qui tous finirent leurs jouis misérableineut ; l’évêque se retira en Palestine ; l'abbé Hugo, dans son épouvante , tomba malade et perdit la mé-; moire : c’est ainsi que furent punis, comme le remarquent les chroniques manuscrites du Limousin, tous ceux qui avaient causé tant de maux à Limoges et à ses habitants. Le roi d’Angleterre étant entré dans ses mure, en 121 1 , confirma les privilèges de la ville , ainsi que l’exercice de la justice, selon les- anciennes routâmes , et commanda que l’on fit de nouvelles fortifications au château ; mais
Louis, (ils de Philippe-Auguste , le força bientôt de fuir précipitamment. Le prince «'empara lui-même de Limoges, où il ne rencontra presque point de résistance, et confirma les privilèges des habitants, sans préjudice des droits des vicomtes et des vigiers, qui étaient alors des personnages considérables alliés aux meilleures familles. Cette démence de Louis parut d'autant plus grande , que , deux années avant qu'ils ouvrissent leurs portes è Jeau-sans-Terre , les habitants avaient reçu de Philippe-Auguste des lettres de- protection et de sauve-gardc, avec promesse que la ville ne serait jamais hors dç la main du roi de France.
Pierre Audier, sénéchal de la Marche, fit, eu 1217, plusieurs embellissements à Limoges ; il conduisit uur abondance d'eau à la fontaine d’Aygoulène, et creusa plusieurs étangs ou réservoirs pour remédier aux fréquents incendies qui désolaient la ville. A l'avénement de l/mis VIII (12-26) , les consuls ayant prélé serment de fidélité à ce prince , entre les luains de son lieutenant , lui accordèrent deux cents arbalétriers qu'il i-éclamait comme duc d'Aquitaino. Les femmes de Limoges, dociles aux prédications des frères de Saint-Dominique , se coiffèrent , en 1232, de chaperons, au lieu de couvre-chefs en toile empesée, tels qu’on en voit dans les vieux vitraux des églises. Quatre ans après, Thomas Sarlandier fit construire les fourches eu fer du triangle du vieux marche, lesquelles servirent à l'exposition des marchandises et à l'exécution de la justice des vigiers. Ces magistrats avaient, en outre, la surveillance des poids, des mesures de longueur et de capacité, et taxaient le prix du blé , du (vain et du vin.
En 1 229 , l'évêque de Limoges , l'abbé de Saint-Martial , et tous les nobles de la ville, s’engagèrent à défendre, envers et contre tous, le roi de France Louis IX, comme duc d’Aquitaine: cet hommage est remarquable eu ce sens qu'on y voit la preuve que ni le clergé ni la noblesse ne relevaient du vicomte, et lui-inêine n’y est point mentionné, parce qu'il était vassal de l'abbé. Le 27 avril 1211 , saint louis allant en pèlerinage à Kocainadour, arriva, suivant la chronique de Saint-Martin, avec ses trois frères et la reine Blanche, dans la ville de Limoges, où il ne manqua point de faire ses dévotious dans l'église de son apôtre. Cette même année, divers quartiers de la ville furent endommagés par uu violent inrendie : l'on reprit aussitôt et l’on termina les travaux des étangs et les conduits de la fontaine de Saint- Martial, qui amenèrent dans ses murs l'eau de Cumhc-terrail •. Le Limousin, comme on Ta vu dans notre aperçu général, repassa , en 1259 , sous la domination anglaise ; mais saint Louis , en se réservant la suzeraineté sur tout le pays-, n'eut gardé d'ouhlier sa capitale , dont il confirma à Sentis toutes les anciennes chartes. Les consuls refusèrent alors de se soumettre au vicomte ((lui VI, surnommé le Preux), et à ses vigiers, et voulurent continuer à rendre la justice sous l’autorité immédiate du roi de France. Le roi d’Angleterre envoya, de son côté, Cui de Lusignan et Bertrand de Cadillac à Limoges, pour y recevoir le serment de fidélité. des habitants, auquel il défendit d'obéir désonnais au vicomte. Gui , cependant, n abandonna point ses prétentions : s’étant marié en secondes noces pveo Marguerite , fille de Hugues IV, duc de Bourgogne , il obtint de son beaupère la promesse d'un secours armé, et recommença lu guerre* Le 15 juin 1260 , il essaya de surprendre Limoges; mais les liabitanls repoussèrent vaillamment les troupes bourguignonnes, et son beau-frère, le comte de N'cvers, qui Tarait
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accompagné dans cette expédition , fut tné dans un des combats livrés devant ta place, La souveraineté fut alors donnée h Jean Tristan , (lis de saint louis : le vicomte se retira dans la rite ; l'évêque Choisit le roi de France pour arbitre; les commissaires royaux ne tardèrent point à arriver en ville , et les hostilités cessèrent.
Gui VI étant mort { 1268) , saint Louis eut ta pensée, avant de partir pour la Terre-Sainte , de marier son sixième fils , Robert , comte de Clermont , h Marie , fille du vicomte. Dans ce but, il fil sommer par son bailli les consuls et les habitants de prêter le serment de fidélité et d’obéissance à la jeune vicomtesse. Ceuxci répondirent qu'ils rendraient foi et hommage , mais non comme sujets , car le château ne relevait que du duc d’Aquitaine. Le' roi , instruit alors que les vicomtes n'étaient point seigneurs de toute ta province , renonça au mariage projeté ( 1268 ) . Marguerite, veuve de Gui VI, fit revivre, en 1272, les querelles qu'avait eues son mari avec les citoyens de Limoges, et surtout avec les bourgeois du château qui ne voulaient pas obéir à d’autre seigneur que l'abbé de Saint-Martipl. Elle mit dans le château de Chalus une garnison nombreuse, dont les fréquentes sorties eurent bientôt ruiné le commerce de la ville. L'évêque Eymeric l'ayant en vain priée de faire cesser ces brigandages , assembla les communes réunies aux bourgeois; et t'abbé de Solignae, à . ta tête de ces troupes, s’empara du château de Chalmet, où elle avait également posté des soldats. La vicomtesse , furieuse de cet échec, s»’ plaignit à Philippe-le-Hardi contrôle roi d’Angleterre, Édouard Iw,' qui avait envoyé aux bourgeois le sénéchal de Guienne avec des gens de guerre, afin d’exercer, an préjudice du roi de France, l'autorité souveraine sur Limoges; elle prétendit ensuite avoir le droit de battre monnaie et en fit fabriquer au château d’Àixe, à l'ancien titre: mais on lui refusa cours dans la ville, et les consuls ta firent cisailler comme fausse , quoiqu'elle eût le poids et le titre voulus. Il en résulta cette longue contestation qu’on h appelée Procès de la vicomté.
Le 8 mai 1274, Édouard I" fit son entrée solennelle à Limoges; ta reine d’Angleterre y arriva , le 24 juillet de ta même année, la vicomtesse n'en continua pas moins les hostilités, et ses gens se saisirent par surprise du château où ils arborèrent ses enseignes. Il serait trop long d’énumérer les interminables épisodes de cette petite guerre, durant laquelle les Anglais se déclarèrent contre ta veuve de Gui VI : on se battit principalement pour les châteaux d’Aixe et de Noailles , et bourgeois et vicomtins eurent alternativement le dessous dans ces différentes rencontres. Enfin un héraut du roi de France ordonna anx deux partis de poser les armes. La paix n'était point encore conclue , en 1276 , entre ta vicomtesse Marguerite et ta ville de Limoges. Le chapelain de Philippe-le-Hardi , Gérald de Maulmont , nommé arbitre du différend , rendit , au mois d'avril , une décision que les bourgeois jugèrent beaucoup trop favorable à leur adversaire ; ils interjetèrent appel au parlement de Paris, où le roi d'Angleterre fit opposition, réclamant, comme duc d'Aquitaine, l’hommage de ta ville, chef-lieu de son duché , que l'abbé de Saint-Martial réclamait lui-même de ta vicomtes»'. Philippe-le-Hardi évoqua l'affaire en son conseil, et réserva pleinement à la vèuvc de Gui VI le droit de battre monnaie ; mais elle fut obligée de prêter, au nom de sa fille Marie, hommage a l'abbé de Saint-Martial : acte de soumission dont , au reste , les bour-
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geois durent , à leur tour, s'acquitter envers elle. N’oublions pas de dire que, pendant la contestation (1276), Marguerite, afin de ranger à sou parti les habitants de la ville et des faubourgs de Limoges, les avait déclarés francs, libres et exempts A perpétuité de toute servitude, tant dans leurs personnes que dans leurs biens. Une fois maltresse de la monnaie , elle ne s’en tint point là : bravant l’excommunication lancée sur tous ses domaines par l'évêque Gilbert de Malemort, en punition du siège qu'elle avait mis devant Uzerche, elle revint à - Limoges et y exerça contre les bourgeois, qui refusaient de la reconnaître pour daine souveraine, tant et de si cruelles vexations, que ceux-ci, exaspérés, la chassèrent , ainsi que tous ses officiers (1277 ). '
\a querelle pour l’hommage continua sous Marie, qui avait épousé Arthur de' Bretagne (1280-1291 ). Philippe-le-Bel se rendit plusieurs fois à Limoges, afin de rétablir la coucorde entre la jeune vicomtesse et les bourgeois , en modifiant la sentence arbitrale de Gérald de Maulmont. L'abbé de Saint-Martial , Pierre de Saint-Vaulry, sur le refus de Marie et d'Arthur de lui faire hommage, se saisit de la justice, interdit les juges , prévôts et sergents du vicomte, et donna la commission juridique à son neveu , Guillaume, lequel nomma juge maître Jean Ciary. Philippe-le-Bel arriva, sucres entrefaites, avec ses llls, les rois de Navarre et d'Aragon, et alla se loger dans l'abbaye. A la suite d'informations exactes sur le droit des parties à la seigneurie et à la justice de la ville, qui furent attribuées à. l’abbé, comme supérieur, le roi fit publier dans les rues, à son de trompe, en sa qualité de seigneur de Limoges , la défense « à tous autres juges et officiers que les siens d'exercer ni rien entreprendre à son préjudice. » A peine se fut-il éloigné, que fe vicomte Arthur et sa femme, étant revenus à Limoges, firent briser et brûler les portes de l'abbaye, rompirent les conduits des fontaiues , et changèrent les officiers préposés à la justice, au nom du roi.
La ville eut aussi beaucoup à souffrir des nombreuses vexations du roi d'Angleterre , Édouard I", malgré l'hommage que ce prince avait fait , comme duc d’Aquitaine , à la couronne de France , après le couronnement de Philippe-le- Bel (1287). En 1305, l’évêque de Limoges, Kegnaud de Laporte, se rendit à Pontoise même pour y faire hommage au roi de la justice de la cité et de celle de Saint-Léonard, qu’il tenait avec lui en commun partage. Jean, fils ainé d'Arthur et de Marie, visita Limoges, deux années plus tard, et s étant assuré que, faute d’une soumission volontaire à l'abbé de Saint- Martial , il ne jouirait pas tranquillement des domaines de sa mère, il prêta serment en plein chapitre à l’abbé, Gérald de Miramont, et dîna ensuite au réfectoire avec tous les religieux. Le 23 juin 1308 , le pa|ie Clément V, et Jacques, roi de Majorque, revenant de Poitiers, passèrent par Limoges. Ce fut vers cette époque, comme on sait, qu'eut lieu la suppression de l’ordre des Templiers. Les chevaliers du Temple avaient à Limoges, dans la rue de ce nom, devant Saint-Martial, au coin de la rue tournant vers la porte Poulaillère , une église et un hôtel. On reconnaissait, long-temps' eucore après la destruction du Temple , les voûtes de l'édifice dans les quatre maisons voisinas : le Palais était une commanderie de leur ordre. En 1315, le vicomte Gui Vil acheta, pour en faire sa demeure, la maison du couvent de Peyrusse : c'est là qu'on logea bientôt le sénéchal et le présidial. L’année 1319 fut vi. 30
signalée par le passage du frère de Philippe-le-Long, Charles, comte de la Marche, depuis Oharles-le-Bel ; les chroniques limousines remarquent, comme un fait inouï de la part d'un prince du sang, qu’il ne visita poiut Saint-Martial. La reine d'Angleterre, Isabelle, lors de son voyage en France, où elle fit hommage, avec son jeune fils Édouard, au roi Charles-le-Bel , son oncle, de toutes ses terres d’Aquitaine (1325), confirma les anciens privilèges de Limoges. En 1336, les habitants de cette ville envoyèrent au gouverneur de Guienne pour Philippe de Valois quatre grandes machines qui , dans le court espace de six jours , renversèrent les mure de la forteresse d’Auberoche. Sous le roi Jean, pendant les incursions des Anglais dans le Limousin ( 1355), les bourgeois, craignant quelque surprise, ne manquèrent point de faire bonne garde. Le prince de Galles approcha de leurs inurs ; mais, décontenancé par l'attitude résolue des habitants, il se contenta de piller et de rançonner le pays en marchant vers le Poitou. Après la bataille de Mauperluis, le maréchal de Bouricaut se rendit à Limoges même, en 1361, pour délier les habitants du serment de fidélité qu'ils devaient au roi de France et leur commander de le prêter au roi d’Angleterre; la ville et la cité furent remises, la veille de la fête de la Conception, à Jean Chandos, comme partie de la rançon du roi Jean. Chandos confirma les anciennes coutumes octroyées par les ducs d’Aquitaine, fit nommer les consuls selon l’antique usage, reçut leur hommage, et annula les arrêts du vicomte Charles de Blois. Celui-ci , de son côté, se rappelant les diverses faveurs que ses prédécesseurs avaient reçues des rois de France, depuis Charles-le-Gros, manda secrètement l'abbé de Saint-Martial à Poitiers, et lui fit hommage pour le château et la ville de Limoges.
Le 1" mai 1364, le prince de Galles vint dans cette ville, avec sa femme; les consuls et les habitants lui tirent un grand accueil, et il séjourna dans leurs mure jusqu'au 7 juin. C'est là qu'il nomma Jean Chandos connétable d'Aquitaine, et Kirhard d’Anglcs maréchal et sénéchal du Limousin. Cette même année, fut commencée la construction de l’église de Saint-Michel-des-Lions. En 1370, Chandos, voyant la capitale de la province menacée par les ducs d’Anjou et de Berry, qui avaient envahi le pays à la tête d'env iron trois mille lances , si* jeta dans la place avec une forte troupe d'Anglais. Le roi de France, Charles V, avait invité déjà les habitants de la ville et du château à se ranger sous son obéissance ; mais ils étaient retenus par la crainte du Prince Noir, qui résidait à Angoulème , et appréhendaient, en outre, que la comtesse Jeanne de Penthièvre, privée de scs droits sur la Bretagne, ne se rabattit sur ceux qu'elle pouvait faire valoir à la vicomté de Limoges. Charles V, afin de les rassurer, se fit remettre par Jeanne de Penthièvre, comme ou l'a vu dans l'introduction , tous scs droits sur la ville et le château.
Le duc de Berri s’était , cependant , présenté devant Limoges et en avait formé le siège : bientôt arriva Du Guesclin avec des forces considérables. les habitants , excités par l’évêque Jean de Gros , qui assurait aux ci/adins avoir vu enterrer le Prince Noir à Angoulème, n'hésitèrent plus alors; et le duc de Berry, avec son cortège, entrèrent dans la cité, où ils se rafraîchirent pendant trois jours. Leurs troupes donnèrent ensuite l'assaut à la ville du château ; Jean Chandos fit une sortie, et il y eut, entre la ville et la cité, plusieurs vives escarmouches, durant
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lesquelles un beau faubourg, situé près des deux monastères de Saint-Martin et de Saint-Gérald, fut brûlé et détruit. Les dues de Berry et d'Anjou ne tardèrent point à s’éloigner pour aller en Picardie, à la rencontre de Robert Knolles; Dugueselin se rendit sur les frontières du Limousin , et il ne resta plus dans la cité que deux cents lances, sous les ordres de Jean de ViUemur, de Roger de Beaufort et de Hugues de La Roche. A la nouvelle de la défection de Limoges, le Prince Noir, profondément irrité, surtout contre l’évéque, qui était son chancelier et qu'il appelait son compère et son ami, jura par l’Ame de son père qu’il reprendrait la place , quoi qu'il dût lui en coûter. Malade et pouvant à |>einc se tenir à cheval , il ne s’en mit pas moins à la tête de son armée composée de quinze cents lances, de six mille archers et de trente mille fantassins. Il arriva à Limoges , en litière, accompagné du duc de Lancastre et des comtes de Pembrocke et de Cantorbéry, qui s’établirent, l'un aux Jacobins et les deux autres nu couvent de Saint- Augustin, tandis qu'il prenait, lui, son logement nu prieuré de Saint-Gérald. Le Captai de Buch et Thomas Fulton , avec cinq cents lances, mille archers et dix mille Gascons, campèrent au delà de la Vienne. Jean Chandos occupait toujours le chAtc.au.
Le Prince Noir ayant reconnu la situatiou de la place, lit pratiquer une mine sous la tour Atercsia , près du Naveix , où la muraille était bAtie sur le tuf et non sur le roc; les capitaines français essayèrent en vain de la déjouer, pendant que Du Guesclin battait l'estrade, nuit et jour, aux environs. En6n, le prince lit mettre le feu aux mines; les murailles s'écroulèrent dans les fossés, et l’infanterie anglaise , se précipitant par la brèche , brisa les portes , ponts-levis et autres barrières avec tant d'impétuosité, que les assiégés, surpris inopinément par la chute des murs, ne purent lui opposer aucune résistance. Au même instant , le Prince Noir pénétra dans la cité, suivi du dur de Lancastre, des comtes de Pembrocke et de Cantorbéry , de Richard d'Angles et de plusieurs autres capitaines, massacrant sans pitié tons ceux qu’ils rencontraient sur leur passage, hommes, femmes, enfants, qui se jetaient à leurs pieds en criant miséricorde. Le vainqueur continua ainsi son chemin , depuis Saint-André de la Porte Panel jusque vis-à-vis de la cathédrale : il y eut là un grand carnage , parce que 1a plupart des habitants s'étaient réfugiés dans l'église , croyant y trouver nn asile ; mais les portes en furent forcées et plus de dix-huit cents personnes y périrent. Quand la furie des Anglais fut un peu calmée, les capitaines français, retirés dans la tour de Maulmont. vinrent rendre leur épée au prince, qui les reçut à merci. Les citadins, échappés au massacre et au sac de leurs maisons, furent recueillis dans la ville du chAteau, dont les habitants vendirent leurs biens pour les secourir; mais il résulta de l’encombrement qu'avait occasionné le surcroît de la population , plusieurs maladies auxquelles succombèrent presque tous ces malheureux. Les murailles et les tours de la cité furent démolies. L’évêque, saisi dans son palais et amené chargé de liens devant le Prince Noir, qui le chassa de sa présence en le menaçant de lui faire trancher la tête, fut ensuite envoyé par lui, en Auvergne, au pape Urbain V (septembredécembre 1370).
Accablés par tant de maux et ne pouvant plus supporter l'excès de leurs
LIMOUSIN. — MARCHE misères, les bourgeois de Limoges se décidèrent à députer l'un d'eux, Pierre Bouillon, vers le roi d'Angleterrp , à Londres, afin de. lui exposer que, réduits au désespoir par les exactions et les pillerics des gens de guerre, ils se verraient forcés de secouer le joug s'il n'v portait un prompt remède. Boulhon s'acquitta très-bien de sou message et revint , mi bout de quatre mois , muni de lettres pour le gouverneur et le sénéchal , auxquels le roi d’Angleterre ordonnait dç réparer les dommages causés par les soldats aux citoyens ; mais l'un et l'autre quittèrent la ville et la province sans avoir fait droit à aucune réclamation. Les consuls de Limoges , d'accord avec la plus saine partie de la commune , envoyèrent alors à la cour du roi de France Jean Bayard, Jean Martel et i-aurent Sarrasin , avec pleins pouvoirs pour remettre la ville- et le château sous son obéissance. Charles V leur fit un excellent accueil, et comme ils -représentaient les premiers hululants de l’Aquitaine qui se fussent souinis à lui, de leur propre volonté, il leur octroya, tant pour les consuls que pour les bourgeois , de grandes franchises et libertés , par lettres-patentes scellées de cira verte et lacs de soie , dont les principaux articles furent la réunion du château à la couronne de France. Jeanne de Penthièvre reçut en échange plusieurs indemnités, entre autres l’exemption des logements de guerre et l'abandon de la place de la Motte, sur laquelle les habitants de la rue Ferre rie avaient des jours et usurpaient du terrain pour y faire de petits jardins et y planter des souches de vigne, fl parait même , d'après l'historien de Bretagne, dom Morice, que le roi lui restitua, cette même année, la vicomté de Limoges ( 1371 ). L'année suivante, le inuréchal Louis de Sancerre se rendit, le 21 avril, dans la capitale du Limousin, pour y recevoir, au nom du roi, le serment des consuls; il entra dans la ville, enseignes déployées, les lit arborer sur les portes et alla loger aux Jacobins. Au mois de juillet, Charles V. accorda aux habitants de nouvelles lettres de privilèges. Quelque temps après, le sénéchal du roi d'Angleterre, auquel le Prince Noir, à la suite du sac de la cité, avait fait don de la vicomté de Limoges, vint par Pierre-BufTière inquiéter la ville ; mais Thibaut du Pont-Breton le battit et le fit prisonnier.
En 1373, ou mura les portes du Saiut-Esprit , de Pissevuche , de sainte-Marie et de la Vieille-Monnaie , pour que la perception des impôts en devint plus facile ; et il fut ordonné que l’élection des consuls aurait lieu le jour de saint Pierre de février, afin de ne point déranger ainsi les travaux des fortifications. Lys bourgeois donnèrent des preuves remarquables de leur attachement au roi de France. Grâce à leurs secours en hommes, en vivres et en argent, les places occupées encore par les Anglais dans le Limousin , notamment Chalucet , Courbcfy, Chervix et La Souterraine, furent enlevées à l'ennemi, et les capitaines français purent avoir raison des bandes qui, par le Forez et l’Auvergne, traversant l'Ailier, la Loire et la Dordogne, se répandaient dans la province où elles commettaient d'affreux ravages. Dans ces circonstances critiques , les bourgeois élurent vingt conseillers chargés de vaquer aux affaires de la ville (1380-1392). Sous Charles VI, le vicomte Olivier, Bis de Jeanne de Penthièvre et de Charles de Blois, voulut renouveler le procès de la vicomté en cour de parlement (1115) ; mais il lui fut défendu d'inquiéter les bourgeois, sous peine de confiscation : le roi différa aussi le paiement des mille livres de rente que son père avait promises
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è Jeanne de Penthièvre . sur le comté de Nemours , en apprenant des consuls , auprès desquels ses officiera prirent des informations, que la vicomtesse n'avait pas plus de deux cent soixante-dix livres de rente annuelle. Jean de Blois , seigneur de l’Aigle , frère d’Olivier, n’ayant pu obtenir des consuls d'être reçu à Limoges comme vicomte et seigneur, menaça les habitants de faire couper les vignes par ses soldats; mais, sur leur requête, le dauphin Charles, régent de France, dépêcha son maître d’hôtel , Bertrand Champion, auprès de Jean de l'Aigle, afin de lui ordonner de cesser ses persécutions : celui-ci obéit, se contentant de demander, de temps à autre, aux habitants quelques sommes d’argent pour l'aider dans ses dépenses. Cette même année (1415), les bourgeois de Limoges envoyèrent un des leurs, nommé Jean Dupont, avec un renfort bien pourvu d’armes de trait, d’artillerie et de munitions, au siège du château d'Ayen, dont les Anglais étaient maîtres; la garnison se rendit, par composition , au bout de dix-sept jours , et le château fut rasé.
De IM 6 à 1118, les consuls tirent continuer les murailles déjà commencées, depuis la tour d’Amblard jusqu'à la porte Montmallier, derrière la rue Sainte- Valérie. Au mois de mars HI9, le capitaine anglais Beauchamp vint, avec deux cents lances , jusqu'aux portes de Limoges , et après avoir fait quelques prisonniers à l’entrée du château d'Ile, se rendit au prieuré commandataire de Chalard- Peyroulier, près de Saint-Yrieix , où il se fortifia. Les trois États s’assemblèrent à Limoges, et il fut décidé qu'on investirait la place : les sieura de Mareuil , de Mortemart et de Lastours forcèrent les Anglais à l’évacuer (21 avril 1421;. La capitale du Limousin avait fourni pour ce siège cinq cents hommes , dix pièces d’artillerie, la poudre et les boulets et toutes les munitions nécessaires à la démolition du château ; ce succès irrita si fort contre elle les Anglais eantonués dans les châteaux du Périgord, qu’ils se mirent à faire des courses aux environs, maltraitant les citoyens, pillant le mobilier et les bestiaux des paysans, qu’ils rançonnaient et emmenaient prisonniers. Le conseil de la ville fit alors publier qu’il armerait, monterait et équiperait, ù ses frais, tous les hommes de bonne volonté, exercés à l’équitation, qui voudraient aller combattre les maraudeura : un grand nombre de gens hardis se présentèrent ; le conseil les plaça sous le commandement d’uu sieur Pothon, qu’il avait retenu à ses gages, avec cinquante lances; cette troupe s’agHerrit, en peu de temps, et tint si bien tête aux Anglais, qu’ils l'énoncèrent à leurs attaques.
Le 20 janvier 1421 , le dauphin, passaut par Limoges, à son retour du Languedoc , fit son entrée sous un dais magnifique porté par six consuls. Informé de la belle résistance des bourgeois aux armes des Anglais, il ajouta, pour les en récompenser, aux armoiries de la ville , qui étaient un chef d'argent en champ de gueules , une bande d'azur aux trais fleurs de lys d’or, et accorda aux consuls le privilège de posséder îles fiefs nobles, sans v aider leurs mains, ni payer aucune redevance pour les francs-fiefs et nouveaux acquêts ; il engagea enfin les dames de la ville à changer leur coiffure et ù adopter les modes de France.
Jean de l'Aigle n’avait [«tint quitté le pays; il ne désespérait point de rentrer en possession de la vicomte : dans ce but , il s'entendit avec un nommé Gautier Hoy, dit Pradeau, consul pour l'année 1426, leqHel s’engagea a lui ouvrir,
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le 27 août, au point du Jour, moyennant unp certaine somme d'argent , la porte des Arènes, qui était la plus faible. I.a peste sévissait , à cette époque , dans la ville , d'où les bourgeois s’étaient retirés à In campagne. Jean de l’Aigle feignit de vouloir assiéger Nantiat , près d’Exckleuil , dont les Anglais s'étaient emparés, et demanda de l'artillerie aux consuls; mais au jour et à l'heure convenus, il se trouva devant Limoges avec doure cents lances et trois mille fantassins, qui s'embusquèrent dans les vignes, depuis l'église de Saint Cessaleur jusqu’à la porte murce du Saint-Esprit et celle des Arènes, contre lesquelles, et tout près du cliemin, Gautier Hov avait une vigne. I.es sentinelles, averties de l'embuscade par quelques passants, donnèrent l’éveil ; les habitants coururent aux armes, et toutes les mesures furent prises pour repousser l'ennemi. Les soldats de Jean de l'Aigle commençant à perdre patience, celui-ci leur lut les lettres qu'il avait reçues de Gautier Koy, puis les déchira en morceaux qu'il éparpilla dans la vigne du consul. La troupe du vicomte se rendit aussitôt dans la cité, et , après avoir pris son repas à l'évêché et au monastère de la Kègle, se porta vers la porte Boucherie, où i| y eut une collision entre elle et les liahitunts. Jean de l’Aigle, afin de venger ceux d'entre les Siens qui avaient été tués, fil couper les vignes prêtes à être vendangées, et brûla les pressoirs et.les moulins voisins de la ville. Deux prêtres, cependant , avaient ramassé les fragments de la lettre de Gautier Roy, épars- dans sa vigne, et les avaient montrés à deux des consuls : le coupable , mandé à la maison commune et menacé de la torture , avoua tout et indiqua un lieu secret de sa maison où l’on trouva le traité qu'il avait fait avec de l'Aigle, signé de la main du vicomte et scellé de sou sceau.-.
Condamné à mort , le 2 septembre , Gautier Hov eut la tête tranchée au pilori de la ville; cinq capitaines bretons qu’on avait pris, le jour même du complot, attendant l'ouverture de la porte des Arènes, assistèrent à son supplice, en chemise et la corde au cou. La tête du eriminel fut mise ensuite, au bout d’une lance, sur le rempart des Arènes, à l’endroit même où l'on a vu longtemps une tête de pierre, en souvenir de son châtiment ; on coupa son corps en quatre , et chaque quartier fut placé sur l’une des quatre portes ; ses entrailles furent jetées dans sa vigne. Pour perpétuer lu mémoire de celte trahison , les consuls instituèrent la procession annuelle du 27 août. Après la célébration d’une grand' messe , tantôt dans l'église de Saint-Pierre-du-Queyroix , tantôt dans celle de Saint-Michel-des- Lions, cette procession, composée des moines et du clergé de la paroisse, traversait la ville, ayant en tête les consuls avec les tambours et les violons de la commune, et suivie d'un homme à cheval armé de pied en cap, lequel portait des clefs à la ceinture et tenait au bout d’une lance un étendard A chaque coin de rue, le cavalier faisait faire trois tours à son cheval , et les trompettes sonnaient. On l'enonça, plus tard, à cette coutume , |iarce que les enfants accablaient l'homme à l'étendard de coups de pierre, en criant : Maudit Gautier! Muatlit Itoj ’
Jean de l'Aigle, sur l'ordre de Charles VU, s'était éloigné du Limousin : il y revint bientôt, et, dans une intention hostile, se fortifia devant le palais épiscopal de Limoges , près du clocher de la cathédrale , en un lieu désert et bien choisi que personne ne pouvait défendre, (.es bourgeois, considérant alors que I evéque et les chanoines avaient abandonné la cité depuis sa destruction par le
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Prince-Noir, pour se retirer dans la fille du château , lirent démolir le palais épiscopal, ainsi que les édifices qui l'environnaient. Maître du château d’Aixe, d'où il ne cessait de faire des courses dans le pays, Jean de l'Aigle répandait la terreur jusque dans la capitale de la province : l’évéque obtint de lui une trêve d'un an, laquelle fut prolongée, en 1428, et renouvelée, en 1434. Les citoyens étaient, d'ailleurs, toujours sur leurs gardes, non- seulement contre le vicomte, mais encore contre les Anglais, qui, disait-on, avalent demandé des secours à Bordeaux pour venir assiéger Limoges. En 143(>, les armes de France et celles de la ville furent placées sur les quatre portes principales. Cette même année , les bandes de malfaiteurs et de gens sans aven que Rodrigue de Villandrade, rongédié du service de Charles VII, avait recrutées dans le Limousin, passant devant Limoges, trouvèrent les chemins embarrassés par les obstacles qu'on y avait mis pour la sûreté de la ville et des faubourgs; ils ne purent résister aux attaques des vignerons et restituèrent tout le butin qu’ils avaient fait sur les paysans. Le 29 mars de l'année précédente, la reine de France, Marie d'Anjou, avait visité la capitale du. Limousin ; trois ans après, Charles VII s'y rendit, le 2 mars, arcontpagué du Dauphin, depuis Louis XI, des ducs de Bourbon et d’Anjou , des comtes de Vendôme et de La Marche , des seigneurs de lhinois et de Lafayette, et de l’archevêque de Toulouse. Son séjour s'y prolongea jusqu'au 12 ; la veille de son départ, il fit trancher la tête, sur un échafaud dressé devant le pilori, au chevalier Bertrand d’Azat , qui s'était vendu aux Anglais. Les frais de réception ne s'élevèrent pas à moins de sept mille écus ; il en obtint , avant de partir, trois nulle de la ville, et vingt mille livres de la province ( 1 138).
Le roi, marchant au secours de Tartas, en Guienne, repassa à Limoges , avec le Dauphin, le duc et la duchesse d'Orléans, le duc de Lorraine et le comte du Maine ; il y célébra les fêtes de la Pentecôte ; les consuls et les bourgeois tirent de grandes réjouissances. Enfin , Marie d'Anjou vint encore une fois dans cette ville, les 28 mars et II avril 1442. Pendant les troubles du Poitou (1440), Jean de l'Aigle avait ourdi un nouveau complot pour surprendre la capitale du Limousin , de concert avec Jean et Robert de Montbrun , neveux des évêques de Limoges et d'Angoulèine. Un de leurs espions, Jean de Villars, surnommé Savoie, fut pris et puni de mort ; Jean de Montbrun, soumis à la question , mais légèrement pressé , ne fit aucun aveu et fut élargi. Les évêques, pour le venger, sollicitèrent, à Paris, contre les consuls et les bourgeois', lesquels furent ajournés, au nombre de dix, à y comparaître en personne, arrêtés et incarcérés eH diverses prisons , et absous , après un mûr examen de la procédure. Jean de l'Aigle, investi du duché de Nemours par Charles VU, renonça à scs prétentions sur Limoges et mourut en 1452.
Le l‘r juillet 1462, Louis XI, revenant du Languedoc, et auprès duquel- une députation des consuls s’était rendue à Uzerche, consentit à visiter Limoges, malgré divers empêchements d'affaires. Les consuls avaient été au-devant de lui jusqu'à Boisseuil , escortés d'une troupe nombreuse de cavaliers , officiers et bourgeois; le roi leur fit un gracieux accueil et leur dit : «Vous vous êtes toujours bien gouvernés jusqu’à ce jour : faites toujours de mieux en mieux. » S’étant ensuite acheminé vers Limoges , suivi de son frère le duc de Berry, et de plusieurs
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primes du sang, il trouva dans In plaine Saint-Lazare des enfants qui l'attendaient, tenant des branches de verdure ornées d'érussons aux trois (leurs de lys ; le clergé formait la haie depuis la porte Saint-Martial jusqu’à la cathédrale, vers laquelle le roi s'achemina sous un riche dais porté par les consuls; il alla ainsi à Saint-Martial , à travers les rues tendues de tapisseries et de draps de soie figurant une voûte. Les consuls lui firent présent de trois cerfs et de trois biches , nourris dans les fossés de la ville, et qu'il envoya au château d'Àmboise.
Après son départ , l’élection des cousuls ayant donné lieu à de vives discussions (1463), le roi commit deux de ses maîtres des requêtes pour informer sur les troubles causés par des électeurs mal famés qui nommaient des gens incapables : ou choisit alors parmi les bourgeois cent notables, qu’on appela centenaire*, et qu'on chargea d'élire les consuls. Balthazar du Peyrat , nommé prévrtt criminel , eut la direction de la police , et on lui domia des gens à gages. En 1170 , Louis XI investit François de Pontbriand, seigneur de la Vilatte en Limousin, de l'office de maire à vie de Limoges, avec, six cents livres d’honoraires annuels. Les douze consuls, qui, de toute ancienneté, administraient la ville, furent remplacés par sept échevins, annuels comme eux, que le maire, et le sous-maire chargé de la juridiction civile, choisirent sur douze candidats présentés par soixante-quinze conseillers. Le sous-maire, M. Iwrhaume, resta en fonctions pendant sept ans; les bourgeois de Limoges réclamèrent alors la création des deux offices , contraires aux droits , coutumes et privilèges de la ville, le chancelier Doriol , favorable au sieur de Pontbriand, fit échouer longtemps toutes leurs instances. Il parait, du reste, que la ville était en voie de prospérité, puisque Louis XI demanda aux bourgeois, eu 1479, de lui envoyer de bons commerçants pour les établir à Arras. Enfin, en 1484, Charles VIII destitua Pontbriand et le sous-maire, réintégra les cousuls dans leur ancien état , et confirma tous les privilèges octroyés par Charles VII et ses prédécesseurs. La commune n'attendit pas au 22 février de l'année suivante pour procéder à l’élection, selon l’ancien usage. Les consuls continuèrent d’exercer leur ofiiee jusqu'en 1602 , époque à laquelle leur nombre fut réduit de douze à six. En 1G58, les fréquents passages de troupes, et les impositions qui en résultaient, nécessitèrent une prolongation de six mois dans la duree de la charge des consuls ; et le grand conseil décida que trois d'entre eux seraient remplacés tous les ans, tandis que les trois plus âgés demeureraient en fonction pendant deux années.
Reprenons le récitdes faits. En 1512, on fit à Limoges une revue générale , motivée par le passage des Anglais : les habitants de la ville même y figurèrent au nombre de quatre mille combattants ; les villages des environs fournirent trois à quatre mille hommes armés de longs bâtons à pointes de fer et cinq cents arquebusiers. Le duc de Bourbon , accompagné de son frère, arriva le 23 juillet, avec cent chevaux ; les consuls allèrent à leur rencontre jusqu'à Saint-Léonard , et les princes furent reçus en ville par le clergé : les trempettes et les clairons sonnaient du haut des remparts , l'artillerie joignait ses volées à leurs fanfares , car il y avait alors à Limoges beaucoup de gros canons et de fauconneaux. En 1521 , le premier mystère de In Passion fut joué dans cette ville, sous les arbres de l'enclos Saint-Martial ; les représentations se succédèrent depuis le second
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dimanche d'aoüt jusqu'au 12 septembre. L’année suivante, les liabitants repoussèrent la bande de pillards et de malfaiteurs qu’on appelait les Quatre mille diables , lorsqu'elle passa sous les portes, enseignes déployées. Henri d’Albrel , roi de Navarre, visita Limoges, le 7 janvier 1529; il fut reçu parles consuls, ' prévôts et officiers de la ville; il assista, après les cérémonies d'usage, aux comédies qu'on jouait dans les rues , et eu parut très-satisfait. C'est à cette époque que les consuls commencèrent à porter je chaperon de domas rouge pour marque de leur dignité. Le 28 décembre 1537, ta reine de Navarre, Marguerite, sœur de François 1", se rendit aussi à Limoges, où elle fut accueillie avec une pompe extraordinaire, et son mari l’y rejoignit presque aussitôt.
Le 31 août 1541 arrivèrent dans cette ville , pour y tenir les Grands-Jours , un président, plusieurs conseillers, avocats, procureurs et huissiers du parlement de bordeaux : la cour ouvrit ses audiences dans la grande salle de la maison commune. et les consuls y assistèrent avec leurs insignes. La reine de France, Eléonore d’Autriche, seconde femme de François I", vint à son tour à Limoges, le 12 novembre de la même année. Le 12 septembre 1544, une troupe de quatre mille cinq cents Gascons , qui avait envahi les environs , entra dans la cité et scs faubourgs : leur cavalerie dévastait les vignes et tuait tout ce qu’elle rencontrait. La garnison fit tirer sur eux du haut des remparts des pierres de calibre», ce qui jeta l'épouvante dans leurs rangs; ils battirent eî» retraite du côté de Solignec, abandonnant leurs projets contre Limoges. Quatre ans après , au mois de uovembre, des vagabonds étrangers s'étant emparés pendant la nuit des clefs de la ville, forcèrent le grenier à sel qu'ils mirent au pillage ; les habitants , en armes , ne réussirent à les chasser qu'au bout de deux jours. Le connétable de Montmorency, qui était à Bordeaux, instruit de cette émeute, dépêcha sur-le-champ vers Limoges MM. de Lafayette et de la Tarade, à la tête de deux mille hommes et de deux pièces de canon. Le commissaire de l'infanterie et ses archers, M. de Passy, se saisit des clefs de la ville et fit publier à son de trompe une ordonnance du connétable, ordonnant qu’on livrât toutes les armes et qu'on brisêt toutes les cloches. M. de Lafayette, de son côté , fit pratiquer une brèche dons les murailles, à gauche de la porte des Arènes, et raser plusieurs tours, afin que, la ville étant ouverte, on y comprimât plus facilement les séditions. Six jours durant , les soldats vécurent à discrétion chez les bourgeois; ils furent remplacés par d’autres troupes, dont l’entretien fut encore aux frais des habitants. La peste qui avait sévi à Limoges, en 1547, y renouvela ses ravages, en 1548, du mois de juin à celui d’octobre. La ville trouva quelque compensation à ses souffrances dans la création d'un présidial siégeant dans ses murs pour le bout Limousin { 1551 }. Le roi et -la reine de Navarre, en 1555, visitèrent encore Limoges, d’où ils remportèrent deux coupes d’argent doré, d’un beau travail, et deux médailles d’or, larges d’un deraipied et épaisses d'un demi-doigt, qui leur furent offertes par les consuls.
Les doctrines de Luther pénétrèrent de bonne heure à Limoges; elles y causèrent des troubles sérieux, dès 1500. Les nouveaux sectaires abattirent, autour' de la ville et dans la ville même , les croix et les images des saints , entre autres celle de Notre-Dame de la place Saint-Michel , à laquelle on coupa la tête et qu’on porta snr le pilori des Bancs où l'on exécutait les criminels. La tête de cette sta-
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tue fut, toutefois, rétablie solennellement par Jean Cbampsac, chanoine de Saint- Étienne, qui la renferma dans une chapelle, au coin de la place, à laquelle il donna le nom d'une confrérie : Nolre-Dameies- Aides. H fallut que les consuls fissent garder les portes et les églises ; mais déjà les huguenots étaient maîtres eux-mêmes des bois du Moulin-Blanc : un ministre, nommé Lafontaine, choisit ce lieu pour y faire ses prédications. François II euvoya le comte de Ventadour prendre des informations à Limoges sur le progrès de la religion réformée ; le maréchal des Thermes arriva , le 6 décembre , à Saint-J union, avec dix compagnies d'ordonnance et douze cents hommes ; il retint prés de lui la cavalerie et plaça l’infanterie légère à Aixe ; les consuls lui fournirent des vivre». L’ordre fut rétabli et la paix dura jusqu'à l'avénement de Charles IX (décembre 1560). I,es huguenots se réveillèrent alors ; les prédications recommencèrent aux alentours de la capitale du Limousin : à Laborie, là Couture, Saint-Cessadre , Montjovis, puis enfin dans l’église de Sainte- Valérie , dont les religionnaires ne consentirent à se dessaisir qu’après ledit de 1501. Ils établirent, en outre, une chaire et des bancs dans la basse-cour d'une maison située près de l'hôpital Saint- Martial , qu’ils avaient achetée d'un orfèvre nommé Jean Bertrand , et y firent prêcher leurs ministres Du Parc et Du Belhay : les gens du peuple fréquentèrent en foule ces assemblées, et quelques Augustin» y laissèrent le froc. En 1562, à la procession du mardi de Pâques , une pierre fut lancée sur la châsse de saint Martial , de la fenêtre d’une maison de la rue Croix-Neuve. Le peuple aussitôt se précipita dans la maison où il avait vu à la croisée, le chapeau sur la tète, un sieur Binlaud, qu’il accusait de cet acte d'impiété, et, ne l’y trouvant point, il y commit de grands dégâts. Surveillés alors dq plus près par les consuls , les religionnaires transférèrent leur prêche à Saint-Gérald dans les jardins de l'hospice. Mais, bientôt lassés des visites qa’on leur faisait subir aux portes de la ville, soit pour l’aller, soit pour le retout-, ils recoururent à la force afin de secouer une odieuse contrainte. Les habitants du faubourg Manigne construisirent trois portes de pierre et se gardèrent eux-mêmes. La guerre civile recommença , et les coii- • suis obtinrent du roi la permission de vendre les joyaux et vases précieux des églises de la ville, dont le produit devait être affecté au remboursement des fiais de défense.
I.’édit de pacification de 1563 permit aux huguenots de respirer : ils en profitèrent pour relever leur prêche dans la ville, au logis de Miette, joignant par derrière celui de Bertrand , et , pendant une disette qui se prolongea du mois de février à celui de juin, ils ouvrirent une souscription destinée an soulagement de leurs coreligionnaires ; les consuls , de leur côté , avaient fait venir du blé de l’Auvergne, afin de diminuer la cherté des vivres. Cette même année, la peste sévit de nouveau à Limoges ; elle éclata aux fêtes de Pâques, augmenta ses ravages pendant l’été , et prit fin à Noël , dans la ville même, pour gagner de là la campagne. La contagion n’emporta pas moins de six mille personnes , tant dans la ville que dans les faubourgs. En 156i, la reine de Navarre , convertie au protestantisme, vint a Limoges avec ses ministres, qui prêchèrent au Breuil, dans la chaire de Saint-Martial , qu'elle avait fait enlever à cette intention. Lorsque la chaire leur eut été rendue, les chanoines ne voulurent point la remettre en place ;
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ils la firent briser et briller et en achetèrent une neuve. L'année suivante, un arrêt du parlement de Bordeaux défendit , dans le Limousin , ainsi que dans sa capitale , les rassemblements nocturnes appelés bandes joyeuses. Le 5 mars , la juridiction consulaire , instituée récemment , entra en fonction à Limoges.
Les guerres de religion s’étant ranimées, en 131)7, le gouverneur de Venlilhac fortifia les murailles de la ville; le comte Des Cars, qui le remplaça, en 1368, y envoya , l’année d’après , le sieur de Masse! , sur la nouvelle que le dur de Deux- Ponts allait joindre ses forces à celles de l’amiral deColigny, pour attaquer Limoges. Cependant le duc d'Anjou suivait l’ennemi de près : les consuls lui firent demander du secours , et lui portèrent les clefs à Couzeix , où il était arrivé la veille de la Fête-Dieu. Le prince vint à Limoges , et y assista , le lendemain , à cette solennité, avec sa mère, Catherine de Médicis; il mit ensuite ses troupes en mouvement vers Isle , fit attaquer le faubourg d’Aixe , et s’empara de la ville lorsque le duc des Deux-Ponts eut été tué à Nexon. Sous le gouvernement du duc de Ventadour, qui avait succédé au comte Des Cars, Limoges fut divisée en huit canton*, un de plusqu’elle n’en lenfermait auparavant ; chacun d'eux eut son drapeau et ses insignes , dont il se para désormais aux entrées et aux revues. Voici quels étaient leurs noms : Consulat, les Manitjnes, les bancs, le Clocher, h'erreric-el- Arènes , boucherie, les Combes, et lMnsecot-et-bue-Torte. En 1372, les bourgeois prêtèrent leurs canons au duc de Ventadour pour prendre le fort de Cazillar. I.'année 1373 fut marquée par l’institution de la généralité de Limoges.
Au commencement du règne de Henri III , le duc de Ventadour ne pouvant s’imposer aux bourgeois dé la vide en qualité de gouverneur, se déclara ouvertement leur ennemi ; il se saisit de la cité, pilla l'église cathédrale , et cantonna ses gens itans les faubourgs Manigne et Boucherie , où il se barricada. Les notables essayèrent en vain de lui faire des représentations : il retint prisonniers quatre d'entre eux. Les bourgeois attaquèrent alors et rompirent les barricades, et afin de fermer la retraite aux fuyards, mirent le feu aux églises de Saint-Martin , de Saint-Gérald , des Arènes et des Augustins ; ils démolirent , plus tard , les bâtiments et le clocher des Jacobins, et une partie du couvent des Cordelière. Le duc , par représailles , fit tirer, de Saint-Étienne , durant toute la journée, le canon contre Limoges; enfin, vers le soir, ne se croyant plus en sûreté au Doyenné, il se retira à La Règle, où il passa la nuit, dans une grande épouvante ; et dès le matin , ayant plié bagage, il rejoignit à Saint-Léonard deux compagnies qui protégèrent sa retraite. Le roi, instruit des faits, par le duc à la fois et par les consuls, approuva hautement la conduite qu'avaient tenue les bourgeois. Quelques escarmouches eurent lieu , après le départ du duc , entre les troupes qu'il avait laissées è Saint-Léonard , sous le commandement du sieur Dubuy, et celles de Limoges, conduites par le capitaine Vouzelle : elles furent à l’avantage des bourgeois, qui chassèrent enfin les soldats du duc des environs de Chalus et de Saint-Anuc, près d’Eymoutiers , où ils setaient dispersés.
Henri III ayant publié l’édit de pacification de 1576, les huguenots rétablirent à Limoges leur prêche dans la maison du sieur de Verthamont, rue Manigne. Les consuls se contentèrent de faire surveiller aux portes, afin qu’on n’entrât point en ville avec des armes à feu. En 1577, les habitants, réunis à ceux de Saint-
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léonard , dp Solignac et d'Eymoutiers, obligèrent le sieur de Virq à capituler dans le château de Chaluret ; les communes le firent démolir, pour qu’il ne servit plus de retraite aux malintentionnés : ses ruines témoignent encore aujourd’hui de la force de cette place. Dans le tours de l’année , le duc d’Alençon , frère du roi, vint à Limoges. La peste reparut dans la ville en 158’v , au mois de septembre , et ne cessa qu'à la Noël ; elle y sévit encore en 1586. Une disette nouvelle et tous les maux causés par les guerres de religion se joignirent à ce (léau [tour accabler les habitants. Après la bataille de Coutras (1587 ) , les chanoines de Saint-Étienne mirent garnison dans leur église , et se retirèrent h Saint-Martial. Le gouverneur, M- d’Hautefort, destitue par le roi et rappelé par ses amis, rentra au faubourg Manigne; il eût infailliblement cause une sédition, si les consuls n’avaient redoublé de surveillance en n'ouvrant que le guichet de Boucherie. le comte île la Voutte fut reçu à Limoges, en 1589, en qualité de gouverneur. A la mort de Henri III, et dès que les obsèques de ce prince eurent été célébrées à Saint-Martial, l’évêque s'étant séparé des consuls , entra dans la Ligue avec le juge Petiot , l’un d'eux , le capitaine Delauzc et le vice-sénéchal et capitaine de La Roche. Les conjurés s'emparèrent ensemble de l'église Saint- Michel , et délivrèrent des prisonniers que quatre d'entre les consuls voulurent faire réintégrer dans une des tours de la ville. Ceux-ci s'étant rendus avec les marques de leur dignité sur la place Saint-Michel, aboutissant au Palais-Royal, furent insultés par les femmes des prisonniers. Ix*s partisans de la Ligue crièrent soudain aux armes. Les consuls , trop faibles contre la sédition , battirent en retraite; mais il leur fallait passer entre Saint-Michel et la maison du capitaine Rouard, l'un des ligueurs, où s’étaient embnsquésles rebelles.
Le consul Pinchaud fut tué là d'un coup d’arquebuse; le consul Brugière et le capitaine Lombard furent blessés , le dernier mortellement. Delauze alors , suivi d’une nombreuse escorté , entra à Saint-Michel , où le consul Petiot et le vicesénéchal le rejoignirent avec tous les gens de leur parti qu'ils avaient rassemblés à la hâte. Le meurtre de Pinchaud avait répandu l'alarme dans la ville. Le gouverneur lit fermer la porte Manigne. et, accompagné du sieur de Montagnac ainsi que de plusieurs autres gentilshommes , du président Martin et de sou frère le lieutenant-criminel, se retira à la maison commune, quoiqu'on lui conseillât de chercher sa sûreté- dans une des tours. L’évêque se trouvait dans la cité, où il était venu le jour même de l’émeute. Les ligueurs, à son signal, s’assemblèrent sur la place des Bancs, avec quelques ecclésiastiques et les valets du prélat , auquel le capitaine Avril , commandant de la garnison de Saint-Étienne , livra cette église. Tous ceux qu'on qualifiait d'hérétiques, arrêtés par Avril dans leurs maisons, furent conduits prisonniers à l'évêché, entre autres le prêtre f.ibot, bon théologien et homme sans reproche. Le consul Petiot sortit en même temps de Saint-Michel , avec le vicc-sénéchal , des capitaines Rouard et Delauzc , et une centaine de ligueurs, précédés du prêtre Jérôme Blanchard, en aube et en étole, lequel portait une grande croix et t riait : Vive ta croix.' Vive la liberté ! Cetto troupe sciant dirigée vers le canton de Boucherie, où elle espérait rallier de nombreux partisans , fut arrêtée entre la rue du Vieux-Marché et la place des Bancs par un corps de garde et le président Martin a la tète de cent hommes ,
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qui l’obligèrent à rebrousser rhmiiu. Le sieur de Montagnnc et le président Marti» ayant détruit sur plusieurs points les barricades, se présentèrent sur la place Saint-Michel, et chargeant les ligueurs avec impétuosité, les reroulèrent dans l'église. Us s'emparèrent ensuite des maisons voisines, ainsi que du palais qui touchait à Saint-Michel , et placèrent un corps de garde à la cour de la juridiction de la ville, où l'on entretint des sentinelles pendant toute la nuit. Cernés de toutes parts , les ligueurs demandèrent à parlementer, le lendemain malin , à neuf heures. Les principaux d'entre eux réussirent à s'évader; un grand nombre de ceux qui étaicut restés dans l’église , en sortirent sans fâcheux accidents ; d’autres furent pris et exécutés sur la place où avait été tué le consul l'incliaud ( 17 octobre 1589). Henri IV, mécontent de ces rigueurs , défendit, sous les peines les plus sévères, d’exercer aucunes poursuites contre les femmes , les enfants ou les parents de ces malheureux , ordonnant aux juges d'y veiller avec soin. Sur l imitation de l'évêque, M. de Pompadour sc saisit de la cité; les consuls s'adressèrent aussitôt au duc d'Épernon, qui leur amena deux mille arquebusiers et cinq cents chevaux pour l'en déloger. La Capelle- Biron, chargé de la défense par J’ompadoHr, se voyant serré de trop près, se retira dans Saint-Étienne; il y fut attaqué par l'artillerie, et capitula le lendemain (22 octobre). Ce même jour, d'Épernon et les consuls firent chanter un Te l)cum à Saint-Martial , et mirent garnison dans la cité, que les gens du duc pillèrent complètement, à l'exception ducouvent de la Règle, dont les religieuses étaient venues en ville et célébraient leurs offices dans la chapelle de la courtine Saint-Martial. En ce temps-là, le palais épiscopal tombait en ruines ; l'évêque , après les troubles, sc logea dans la maison appelée postérieurement le Doyenné, et y mourut.
En 1590, le gouverneur du Limousin, aidé par les habitants et les gentilshommes du pays, fit capituler plusieurs places de la province, entre autres Eymoutiers ; il se servit , dans ces différentes expéditions , d'uu canon de Limoges, nommé La Marcelle, sur lequel était gravée cette devise : Inania pello; plus tard, Louis XIII prit la même pièce de canon, pour le siège de La Rochelle, ainsi qu'une autre , aussi grosse , et qu'il ne rendit jamais à la ville , pas plus que La Marcelle. Cependant, le gouverneur ayant été défait par M. de Pompadour, en revenant du siège de Ladignac , les consuls , daus la crainte que le bruit de son échec n'attirât les ligueurs à Limoges et ne l’exposât k un siège , renversèrent une partie des murailles de la cité. En 1590, mourut M. de Chainhoret, lieutenant du gouvernement de Limoges, auquel la province était redevable de l'expulsion des Croquants, paysans révoltés qui désolaient le Limousin et le Périgord. Son successeur, M. de Salaignac , proposa , dans une assemblée tenue à l’hôtel de ville , un plan de réconciliation entre tous les habitants. Les consuls et lui, étant venus, dans ce but , à la porte Matrigne, y reçurent les ligueurs qu’ils accompagnèrent à Saint-Martial, où tous ensemble firent chanter un Te Oeum. Le 8 juin 1597, le duc d’Épernon fit son entrée, en qualité de gouverneur : ce fut lâ comme la consécration de la (ln des guerres religieuses dans le Limousin. Une sorte d'agitation avait pourtant survécu aux troubles, et l'esprit d’indépendance entretenu par la ligue , tout en changeant de caractère , n'attendait qu’une occasion pour éclater. En 1602, Lambert, chevalier du duc d'Orléans, s étant rendu à Limoges,
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avec des archers, afin d'y publier, sur la place du marché au poisson, l'imposition du sou pour livre, le peuple s'ameuta et le poursuivit jusqu’au Rreuil, où il fut investi par plus de quatre mille personnes. Les consuls parvinrent à le délivrer, en apaisant l'émeute; toutefois, Henri IV fit faire une enquête sévère, et M. de Jambcville, son délégué, Ota, le 29 avril, en pleine municipalité, leurs chaperons aux consuls en charge ; quelques-uns des auteurs de la sédition furent pendus en effigie, deux seulement exécutés, et la pancarte d'imposition eut force de loi jusqu’au mois de janvier de l'année suivante; le roi ayant égard aux réclamations, la révoqua néanmoins par édit du 27 novembre. Ije 1" janvier 1603 , les consuls nommés par M. de Jambcville furent continués pour tout le cours de l'année; le roi ordonna qu'on choisirait cent prud'hommes auxquels serait réservée la nomination des consuls , mode d'élection inauguré le 7 décembre . et continué depuis cette époque.
Le 14 octobre 160o, Henri IV arriva à limoges, où il ne voulut faire son entrée, ce jour-là même, qu'en qualité de vicomte, afin de donner aux habitants le temps de le recevoir comme roi. Il sortit donc de la ville , le 20 , et alla dîner à Montjovis, où il se plaça sur un théâtre magnifique pour voir défiler les compagnies urbaines, composées de quinze cents hommes, précédées du clergé, marchant la croix en tête , au nombre de trois ceints ecclésiastiques. Venaient ensuite le sénéchal avec ses archers, le président et te présidial, enfin les consuls et les notables. Le roi descendit de l'estrade, et, accompagné des consuls, se dirigea vers son logis ; on lui présenta les clefs de la ville, à la* porte Montmallier ; il y prit place sous nn dais d une race richesse que soulevèrent les consuls. Le lendemain , ces magistrats lui firent hommage de deux médailles d'or, pesant deux marcs, faites par les Marbreaux de Limoges, les meilleurs ouvrière du temps, lesquels furent bientôt mandés à Paris et logés au Louvre. Henri IV partit, le 28 octobre , après avoir promis aux consuls de conférer avec son conseil sur l’exemption de la taille et francs-fiefs qu'ils lui avaient demandée , et dont , en effet, il ne tarda point à leur accorder la suppression. ■
En 1614, pondant les démêlés des princes du sang avec la cour, les habitants de Limoges, afin de détourner les menaces du prince de Condé, offrirent à Saint- Martial un cierge de cent vingt livres de rire, long de sept rent cinq brasses. Louis XIII, étant àArgonton , manda aux consuls et aux bourgeois de redoubler de vigilance et de fortifier leurs remparts; r'est alors que la porte des Arènes fut munie d'une plate-forme dont l'ouverture était du côté du cimetière de ce nom. En 1 630 , la reine-mère ayant repris les armes contre son fils, les habitants en défiance contre le duc d’Épenion , qui connaissait le côté faible de leurs murs , demandèrent des secours à Louis XIII. Le prince de Joinville, envoyé parle roi, à la tête de quatre mille hommes , apprit la conclusion de la paix en arrivant à Saint-Léonard ( 4 août ) , où bientôt le prince de ('.ondé, délivré de la bastille, porta cent écus en présent, après s'étre rendu en poste à Limoges. De 1630 à 1631 , la capitale du Limousin fut encore désolée par la peste; le fléau y moissonna vingt mille personnes, tant dans la ville et la cité que les faubourgs. En 1632, Louis XIII, venant de Toulouse, arriva le 9 novembre à Limoges et refusa tous les honneurs qu'on lui avait préparés. Il tombait une pluie violente : les consuls.
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le présidial, le sénéchal, la basoche, les bourgeois et les marchands, allèrent cependant au-devaut de lui. Au mois d'avril 1638, mourut à Limoges l'intendant de la généralité , M. de Conti , homme bienfaisant et juste, d'autant plus regretté que son successeur, M. Frémin, foula extrêmement les peuples. La ville, écrasée par des maltétiers nombreux, eut à payer encore au roi, sans compter la taille, une somme de vingt mille livres qu'il lui imposa sous le nom de subsistances, et, dans le cours de l'année, ceut trente mille autres livres, en forme d'emprunt; deux d'entre les consuls, députés vers la ville de Paris, obtinrent toutefois une réduction de soixaute-dix mille livres. Mous passerons ici rapidement sur la succession des intendants de Limoges, parmi lesquels il suflit de mentionner Henri d'Aguesseau, père de l'illustre chancelier, et l'immortel Turgot, qui fut pendant treize ans le bienfaiteur du Limousiu. La province lui dut, outre ses grandes routes et la construction de plusieurs canaux, la suppression de la corvée et la répartition de l'impôt d'après la base du cadastre (1761-1773). Limoges, située au point de jonction de ces voies nouvelles, comme elle l'avait été durant la période romaine, devint l’entrepôt naturel. du commerce entre le nord et le midi, l'est et l'ouest de la France. Sa première manufacture de porcelaines date de 1772. Turgot y encouragea aussi l’établissement des fabriques d'étoffes de soie, de flanelles et droguets, de couvertures de laine, de toiles en coton et en fil; la faïencerie, la papeterie , la tréûlerie prospérèrent également sous son administration ; bref, l'industrie et le commerce de Limoges sont encore aujourd'hui , à quelques modifications près , ce qu'ils furent de son temps.
La capitale du Limousin , occupée de son développement industriel et jouissant en paix des bienfaits de Turgot, laissa passer, sans y prendre intérêt, les événements qui précédèrent la révolution de 1789. Les États-Généraux ayant été convoqués, les trois ordres se réunirent daus l'église du collège, sous la présidence du sénéchal, M. Desroys; chacun d’eux rédigea séparément ses cahiers de doléances; le vicomte de Mirabeau occupa la noblesse des droits honorifiques attachés à sa baronnie de Pierre-Buffière. Il fut élu député par son ordre, avec le comte Des Cars; le clergé nomma l’évêque de Limoges, M. d'Argentré, et le curé de la paroisse de Saint-Pierre, M. Guingand de Saint-Matthieu; le choix du tiers tomba sur MM. de Roulhac, Naurissart, directeur de la monnaie, et Montaudon, avocat. La ville ne tarda pas à être divisée en deux partis : les amis et les adversaires de la révolution. La bourgeoisie, propriétaires, commerçants et artisans, entraînant après eux les paysans de la campagne et les ouvriers, se prononça ouvertement pour les idées nouvelles, sauf une faible portion de cette classe, qui , ennoblie par des charges de trésorier de France et de secrétaire du roi, donna son appui aux prêtres et aux nobles , peu nombreux , du reste , dans la capitale du Limousin. Une société affiliée aux jacobins de Paris, s'éleva bientôt à Limoges, où elle s’empara de la direction de l opiuion publique. Elle siégea successivement dans des maisons particulières, dans les églises de Saint-Michel et des Feuillants, et dans la grande salle du collège.
A l'époque de la première fédération (1790), le régiment vie cavalerie Royalft'ararre se trouvait en garnison à Limoges, où il était arrivé sans la cocarde tricolore, qu'il avait refusé d'adopter. Cette manifestation hostile avait irrité contre
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lui k* peuple et les bourgeois ; mais bientôt , pendant un violent incendie qu'on ne put combattre que faiblement, faute de pompes, et qui menaça de détruire une partie de la ville, les ofliciers et soldats du régiment ayant fait preuve du plus rare courage et du plus généreux dévouement , la municipalité et les sections en exercice, d'accord avec les vœux unanimes des habitants, décernèrent, dans leur reconnaissance , à chaque membre de Hoyal-Kavarre le titre de citoyen de Limoges. La Révolution eut, du reste, dans cette ville, comme dans tous les grands centres de population , ses jours d orages et de désordres ; la fermeture des couvents y donna lieu à plus d’une scène regrettable, et lorsque le ci-devant Dominicain Foucaud, nommé principal du collège, où douze prêtres remplissaient les fonctions de professeurs depuis la suppression des Jésuites, s’y présenta, entouré de nouveaux professeurs, pour prendre possession de sa charge, les écoliers, révoltés contre hii, le chassèrent, ainsi que les ofliciers municipaux et leur escorte, et faillirent causer uqe sédition, qui, sans la prompte intervention de la garde nationale, aurait eu les suites les plus fâcheuses. En 1792, M. Alluaud, beau-frère du grand orateur Vergniaud, était maire de Limoges : c'est lui qui . proclama dans les rues et sur les places publiques le décret de l'Assemblée nationale par lequel la patrie était déclarée en danger. Les trois départements formés du Limousin et de la Marche avaient déjà donné leurs bataillons de volontaires (1791) : le seul département de la Haute-Vienne, dont Limoges avait été déclarée lé chef-lieu, en fournit cinq, et les deux premiers devancèrent les levées de trois cent mille hommes, ainsi que la première réquisition. Le second de ces bataillons eut pour commandant en cl>ef un capitaine de la garde nationale de Limoges, Jean-Baptiste Jourdan , le futur vainqueur de Wattignies et de Fleurus.
Limoges est située sur la rive droite de la Vienne, que l'on y passe sur trois ponts ; la ville couvre le sommet et le penchant d'une colline : les divers bouleversements politiques qui font détruite à plusieurs reprises, n'v ont laissé debout que très-peu de monuments antiques. Il ne reste absolument , de l'époque gauloise , qu'un temple sphérique et un souterrain dont on connatt les dessins, mais dont toutes les issues ont été fermées par mesure de police. Les monuments de la période romaine sont plus importants. Nous avons eu fréquemment, dans le cours de cette hotice, l'bccasion de parler des arènes ou amphithéâtre : l'édifice présentait extérieurement un pourtour de trois cent quatre-vingt-douze mètres ; l’ellipse intérieure en avait deux cent soixante ; les arcades des portiques de la façade circulaire reposaient sur soixante-quatre colonnes. Nous mentionnerons encore la grande muraille en pierres cubiques, appelée château de Sainte-Valérie, laquelle appartenait au palais du proconsul , dont on voit aussi une partie aux casernes et près de l'hôpital; les restes du pont de la Roche-au-Gué-du-Goth; une colonne milliaire, devant la porte du grand séminaire; un grand rippe, derrière l'abside de la cathédrale; le tombeau d'Origanus, dans la rue des AJioix ; celui de Sabinianus et de Sabineits ; un sphinx en granit , dans le jardin de la préfecture ; un lion , en granit aussi , et quelques sculptures à la pépinière des Arènes ; enfin , plusieurs bas-reliefs et chapiteaux épars soit dans la ville soit dans les jardins des faubourgs. Nous ne reviendrons point sur ce que nous avons dit de la fontaine d' Aygouléite , d'où coulent , en toute saisou , des eaux limpides et abondantes ; on
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l'a surmontée tout récemment d'une pyramide en granit, remplaçant les quatre dauphins et les quatre mutiles qu'on y avait posés, en 1645, avec line ligure de saint Martial en habits pontificaux. Parmi les autres monuments les plus remarquables du moyen âge , nous citerons la cathédrale de Saint-Étienne, où l'on soit les tombeaux des évéques, de curieuses peintures murales et de superbes vitraux ; Saint-Michel-des-Lions, dont la voûte a beaucoup de légèreté et le clocher une grande hardiesse ; Saint-Pierre-du-Queyroix, Sainte-Marie et Saint-Aurélien, avec sa belle croix sculptée. Le palais épiscopal , édifice moderne , bâti tout en granit comme la cathédrale; le nouveau palais de justice, prés des arènes; le nouveau pont sur la Vienne , en granit et d'une grande élévation ; le quartier de cavalerie ; le gazomètre ; la salle de spectacle et la maison centrale , construites, l'une , sur l’emplacement de la collégiale de Saint-Martial, l'autre , sur celui de l'abbaye des Bénédictins ; l'hôtel de la préfecture ; la bibliothèque publique ; les casernes de cavalerie; le collège, qui possède un tableau de Rubens, et le musée départemental, riche de plusieurs toiles des grands maîtres, entre autres une Mort de Richard-Cœur-de-Lion , par Velasquez , sont également dignes d'arrêter l'attention du voyageur.
Limoges était autrefois le siège d’un présidial et d'une sénéchaussée, d’une juridiction consulaire, d'une maîtrise particulière des eaux et forêts, et le chef-lieu d'une généralité et d'une élection de même nom, ressortissant au parlement de Bordeaux. Nous avons expliqué, dans l'introduction générale, tout ce qui (ou chait à la juridiction ecclésiastique. I a ville ne comptait pas moins de douze paroisses , à part la cathédrale de Saint-Étienne. Elle renfermait deux séminaires ; l’un, de Sulpiciens, établi en 1666; l’autre, de prêtres de la Mission, créé en 1662; trois abbayes d’hommes : Saint-Martial, Saint-Augustin et Saint-Martin ; deux de filles : Notre-Dame de la Règle et les Alloix ; et de nombreux couvents d’hommes ou de femmes, savoir ; des Jacobins, des Cordeliers, de Grands- Carmes, des Récollets de Sainte-Valérie, des Récollets de Saint-François , des Bénédictins, des prêtres de l'Oratoire, des Feuillants; des Carmélites, des Lrsulines , des Filles de Notre-Dame , des Visitandines, des Religieuses de Sainte- Claire, des Hospitalières de Saint-Alexis, des Dames de la Croix, etc. II y avait, en outre, à Limoges un Iu4pital général et deux collèges : celui de Saint-Martial et celui de Sainte-Catherine, fondés, le premier, en. 1339, par le pape Innocent VI ; le second, en 138-2, par je cardinal de Pampclune. Les boursiers de Saint-Martial étaient, par une singulière prérogative, barons d'une petite ville voisine de Toulouse ; et quand l’un d'eux mourait, on portait sur sa bière un chapeau orné d’un plumet, une épée croisée et des bottes fortes; les consuls, en robe et en chaperons, et suivis de leurs valets en grands crêpes, accompagnaient le convoi.
La ville de Limoges est non-seulement aujourd'hui le chef-lieu de la Haute- Vienne, mais encore le siège de la cour royale pour les trois départements formés du Limousin et de la Marche; elle a, de plus, un tribunal de commerce et un conseil de prud'hommes , une société royale d'agriculture, sciences et arts, et une académie dont le ressort embrasse la même étendue de pays que la cour royale; elle est toujours le siège d'uu évêché, suffi agnnl de l'archevêché de vi. 32
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Bourges ; et le général commandant le département , l'une des cinq subdivisions de la quinzième division militaire , y fait sa résidence. La population du cheflieu de la Haute-Vienne s'élève à près de 27,000 Ames; l'arrondissement en renferme 120,731 , et le département 202,216. Le commerce et l'industrie de Limoges n'ont guère varié, comme nous l'avons dit, depuis Turgot. Les fabriques de porcelaine y ont prodigieusement étendu leurs travaux et leurs débouchés ; l'imprimerie a pris un développement considérable , car il sort des presses de la ville pour plus d'un million de francs de livres imprimés, et les frais de reliure dépassent deux cent cinquante mille francs ; les forges se sont multipliées ; les teintureries , les lilatures de laine et de colon font chaque jour des progrès sensibles ; les cuirs et les peaux, les gants, les sabots même, les cartons, les bougies et chandelles, les colles-fortes, les vins, les liqueurs, les grains, les chaudières et chaudrons, les romaines et balances, objets renommés tous pour leur qualité, alimentent sur le marché même du chef-lieu et aux alentours des transactions commerciales dont le chilTre doit être évalué très-haut. Les foires célèbres de Saint-Loup attirent en foule à Limoges les marchands de chevaux et de mulets, et on fait dans cette ville des courses de chevaux de premier ordre pour trentedeux départements.
La capitale du Limousin s'honore d'avoir vu naître un nombre considérable de personnages célèbres dans l'Église , les armes, l'administration , les arts et la littérature. 11 nous suffira de nommer Elegius ( saint Eloi), ministre de Dagobert; Vedatlut ( saint Waast | , catéchiste deChlodvvig ; le chroniqueur Ademar de Chabannais, moine de Saint-Martial; Giraud de Bourneil, maître des troubadours; les patriarches de Jérusalem, Guillaume Lamy et Pierre de Gaza; Marc-Antoine Muret, l'un des maîtres de Montaigne, et orateur des papes ; le janséniste Tabaraud; le lieutenant général de police La Lteynie; le chancelier Aguesseau ; le poêle Jean Dorai ; le contrôleur général des finances Silhouette ; le grand orateur Vergniaud ; l'héroïque Mademoiselle de Sombreuil; les maréchaux Jourdan et Uugenud ; les généraux Cale, Dalesme , Dupuy , Souham , liai dit , Dumoulin, De L'Oslende et Talandier; le botaniste Venlenat , l'agronome Juge Sainl-Martin , et M. Bourdeau, ministre de la justice sous Charles X. Le vicomte de Mirabeau, l'illustre Dupugtren et le savant chimiste Gay-Lussac ont vu le jour dans l'arrondissement de Limoges; les deux premiers à l'ierrc-Buffière, et le troisième à Saint- Léonard ( Kobiliacum ) , petite ville dont les évêques de Limoges s'étaient toujours attribué la seigneurie. 1
1. Commentaire s de César. — Notice de l’Empire. — Chronique d'Adémar de Chabannais.
— Le Père fionavenlure de Sainl-Amahle , Chronique de Saint- Martial. — L’Art de vérifier les dates. — Manuscrit de 1630, ou Mémoire en forme d'histoire de Limoges , contenant l'origine et les antiquités des Limousins ( auteur anonyme ). — Notes historiques sur Limoges et Is Limousin , manuscrit de M. Nadaud , curé de Teyjac. — Du rom , Essai historique sur la sénatorerie de Limoges. — L'abbé l>ero)on, Calendriers civils et ecclésiastiques du Limousin. — Allou, Description des monuments des différents âges observés dans le département de la Haute-Vienne. — Bougie r-Chalenct, Statistique de la Llaute-Vienne. — Dictionnaire d’Expilly. — Biographie Universelle. — Biographie des Contemporains.