SAINT-YRIEIX. — CHALUS-CHABROL
L’origine de Chalus-Chabrol remonte à une plus haute antiquité que celle de Saint-Yrieix. La première de ces villes dut , à Ce qu'on prétend , son existence A de grands travaux exécutés sur son territoire par Lueius Capreolus. Ce proconsul , sous le principal de l'empereur Auguste, y fit bâtir un palais avec un château entouré de remparts et défendu par de grandes tours ; et c’est du nom de cette forteresse , Castra Lucii Caprioli , qu'on forma par la suite celui de Chalus-Chabrol. Six siècles après, un pieux personnage, Aredius ou Yrieix , se retira à environ six lieues de là pour y vivre loin du monde. Aredius était né du mariage de Joeundus, gouverneur de Limoges, avec Pélagie, fille de Théodorik et petitefille de Chlodwig; il fonda, dans une situation agréable, sur la rive gauche de la Loue, un monastère dont il fut le premier abbé. Or, au pied du château de Chabrol comme autour de l’abbaye de Saint-Yrieix, des habitations se groupèrent peu à peu et il en sortit deux villes, qui, fortifiées l’une et l'autre, se trouvèrent, à diverses époques, mêlées aux événements généraux des guerres du Limousin.
Au moyen âge, rien de particulier ne se passa à Saint-Yrieix. L'abbaye, sous la règle de saint Basile et de Cassien , s') éleva i une grande prospérité ; et son église , érigée en paroisse (t 100), titre qu'elle conserve encore aujourd’hui, fut soumise à la métropole de Saint-Martin de Tours. Iji justiee de la ville était en pariage entre le roi et le chapitre, chacune des deux parties ajant un prévôt pour représentant; les sentenees de eette cour ne pouvaient être réformées que par le parlement de Bordeaux. On transféra à Saint-Yrieix le tribunal de Ségur appelé les ap/iaux, et une sénéchaussée y fut , en outre , établie. Voilà tout ce que nous savons sur l'origine et les premiers temps de l’histoire de cette ville, qui pourtant dut être souvent exposée , par les richesses de son monastère, aux attaques et aux exactions des seigneurs du pays ou des gens de guerre.
La même obscurité enveloppe le nom et l'existenre de Chalus-Chabrol pendant une longue suite de siècles. 11 n’en est question, vers la 'fin du xu*, qu'à propos du siège que soutint son château contre Richard-Cœur-de-Lion. Nous avons déjà raconté dans notre notice sur la petite ville île Gourdon , comment Bertrand de Gourdon, issu d’une noble famille de la Guieime, décocha une (lèche nu roi d’Angleterre, du haut des murs de la forteresse de Chalus. Ce fut une vengeance particulière qui trancha cette existence orageuse et vagabonde, préservée jusqu'alors au milieu des luttes les plus acharnées de la guerre, et sans cesse compromise par le courage le plus aventureux qu'aient produit les temps de la chevalerie. La (lèche d’un simple arbalétrier fit plus que l’épée de Salah- Eddyn : Richard-Cœur-de-Lion, blessé à l'épaule le 28 mars 1199, mourut le 6 avril suivant, dans la quarante-deuxième année de son âge. Mais nous n’avons point dit les motifs qui déterminèrent le roi d’Angleterre à assiéger en personne le château de Chalus. Une ancienne tradition avait encore cours dans le pays au
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su* siècle : le proconsul Lucius Capreolus, alfirmait-on, y avait enseveli dans les souterrains du rliâteau un trésor d’une grande valeur. Cette croyance populaire n'était peut-être pas inconnue h Richard, homme dont l’imagination ardente aimait à se repaître de récits merveilleux. Il était à la veille de guerroyer de nouveau contre Philippe-Auguste, et prol>ablemeut il était assez embarrassé pour .solder ses Brabançons, lorsqu'il apprit qu'Adémar V, vicomte de Limoges, venait de découvrir le trésor enfoui par Lucius Capreolus : c’était , disent les chroniqueurs , un merveilleux travail en or massif représentant la figuré d'un empereur à table avec sa femme et ses enfants. Richard réclama de son vassal, pour lui seul, le bénéflre de cette trouvaille. Adémar se contenta de lui en envoyer une partie à titre d'attribution ou de redevance féodale; mais le roi, persistant à soutenir ses prétentions au tout, alla droit au château de Chalus avec ses Brabançons , pour trancher la difficulté par un coup de main. Il se flattait d’arriver assez tôt pour saisir le trésor tant envié de Lucius Capreolus. Dans la crainte de le voir soustraire sous ses yeux, il refusa même de laisser sortir la garnison la vie sauve , quoiqu'elle lui offrit , à cette condition , de se rendre : « Puisqu'il avait pris la peine de venir assiéger le château en personne , répondit-il , il voulait n’y entrer qu'au moyen d’un assaut et en pendre sur la brèche toute la garnison ». Richard faisait le tour de la place avec Marehadès, le chef de ses Brabançons, pour en reconnaître le cêté faible , au moment ou il fut atteint par la flèche de Bertrand de Gourdon. La blessure, bien qu assez profonde, n’était pas dangereuse; mais, abandonnée aux soins d'une main malhabile, elle produisit une surexcitation flévreuse qui poussa le roi à des excès dont les conséquences lui furent funestes. Du reste, il vécut assez pour voir enlever le château d’assaut et pendre tous les braves gens qui lui avaient résisté à leur corps défendant, hormis un seul d’entre eux pourtant , que ses amis réservèrent à un supplice plus cruel. Bertrand de Gourdon, mis en liberté pur Richard, qui admirait sa résolution intrépide , ne prolita pas de la tardive générosité du roi : on le reprit presque nussitiit ; et par l’ordre, soit de Marehadès, soit de Baudouin, comte de Flandre, soit de l'hilippc-Auguste lui-même, le malheureux fut écorché vif et attaché ensuite à une potence. On voit encore de nos jours les hautes tours de l'antique château de Chalus, et la pierre de Maulmont {Malus Mous), sur laquelle Richard-Cœur-de-Lion fut, à ce qu'on affirme, frappé par la flèche de Bertrand de Gourdon.
Saint-Yrieix ne figure que beaucoup plus tard dans les annales militaires du Limousin. En 1589, les ligueurs, commandés par M. de Pompadour, se rendirent maîtres de cette place. Les royalistes l'ayant reprise , M. de Pompadour en entreprit encore la réduction , et en pressa le siège très-vivement. Il avait cette fois sous ses ordres, quatre cents fantassins, deux cents chevaux et trois pièces de canon. M. de Chamboret, lieutenant du gouverneur de la province, venant en aide aux assiégés, contraignit d'abord les ligueurs à se concentrer dans un faubourg ; mais ceux-ci, avec l’assistance de M. de Montpezat, ménagèrent une surprise aux royalistes, et leur firent essuyer une sanglante défaite. Chalus subit les mêmes vicissitudes que Saint-Yrieix aux temps des guerres de religion. Jacques de Maulmont de Saint-Avv s'empara de la première de ces villes, et en fit un repaire d'où il se. jetait sur le pays et sur les passants , pour les piller et les rançonner sans
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miséricorde. Henri III ordonna au* habitants de Limoges de chasser ce partisan de la forteresse dans laquelle il s'était retranché, ce qu’ils firent sous le commandement du capitaine Vouzelle. Enfin, en 1592, la même place retombée , à ce qu'il parait , au pouvoir de la Ligue , soutint un nouveau siège confie M. de Chamboret , assisté du comte de Russet-Bourhon , de la noblesse , de la milice et de l'artillerie de Limoges. Chalus , après avoir résisté quelque temps à ces forces considérables, fut contraint de se rendre au* chefs du parti royal.
Les deux petites villes, dont nous venons d'esquisser l'histoire, étaient, en quelque sorte , oubliées depuis près de deux cents ans , lorsque , vers le milieu du xviir siècle, une découverte fort importante attira l’attention sur l’une d'elles. En 1765, on découvrit dans le territoire de Saint-Yrieix un gisement considérable de terre , propre à fabriquer la porcelaine : c’était du petunsé et surtout du kaolin, d'une grande pureté, mêlé à des masses de gneiss, et s'étendant autour de la ville sur une longueur de plusieurs kilomètres. On se hâta , pour utiliser ces substances précieuses , d’ouvrir de nombreuses rarrières qui alimentent encore , de notre temps, non-seulement la manufacture royale de Sèvres, mais toutes les fabriques de porcelaine de Paris. La belle terre de Saint-Yriei* est tellement recherchée qu'on l'exporte jusqu’aux Êtats-l'eiis de l’Amérique septentrionale.
Saint-Yrieix avait pour armes : partie le 1 , t l'azur à trois J leurs de lis d'or 2 et 1 ; le 2 de gueules à une crosse d'or posée en put L'écusson de Chalus n’était autre, probablement, que celui de ses seigneurs. Cette ville était, en effet, une très-ancienne baronnie, qu'on divisait en Chalus-Haut et Chalus-Bas. Charlotte d'Albret, fille d'Alain , sire d’Albret , comte de Périgord , et de Françoise de Bretagne , U porta en dot à César Borgia, duc de Valentinois. Louise de Borgia, née de ce mariage, fut successivement unie à Louis II, sire de La Trémouille, et à Philippe de Bourbon , tué à la bataille de Saint-Quentin ; Claude de Bourbon , Créé comte de Busset , transmit , avec ses autres domaines , la baronnie de Chalus , à scs descendants, les comtes de Bourbon-Busset, lesquels la possédèrent jusqu'à l'époque de la Révolution. Chalus-Chabrol n'est plus aujourd'hui qu'un chef-lieu de canton : Saint-Yrieix, siège d'une sous-préfecture, a un tribunal de première instance, un collège communal et une société d'agriculture. De ces deux villes , la première compte 2,057 habitants; la seconde, 7,050. Quant à l'arrondissement, il on renferme 292,848. Nous avons dit que quelques tours de l’ancien château de Chalus ont échappé aux ravages des temps. Tout près de là, d’autres tours s'élèvent à une grande hauteur, au milieu d'un site d'une beauté pittoresque ; ce sont les débris de l’imposant château du bourg de Montbrun. Saint-Yrieix a conservé aussi une de ses anciennes tours, celle du Plot. Son église paroisiale, bâtie vers le xiii* siècle, est un monument gothique d’une architecture remarquable, et dont la galerie circulaire offre des sculptures d’un curieux travail. Elle porte 1e nom de Houstier , dernier souvenir de l’abbaye fondée par Aredius. 1
1. Roger île Hoveilen, Annal. — Rigord , data Philippi Augusti. — lluine . Hittonj of England. — Velly, Histoire de France. — Sismondi , Histoire des Français. — L'Art de vérifier les dates. — Rougier-Cbatenet , Statistique de la Haute-Vienne. — Marvaud. Histoire du bas Limousin .— Allou, Description des monuments de la Haute-Vienne. — Noies communiquée* l»arM. Maurice Ardant, de Limoges.
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Parmi les courriers de commerce , les conducteurs de diligence et les soldats d’infanterie, grands amateurs de lignes droites, de plans corrects et de façades régulières , c'est une opinion généralement répandue que Tulle est une laide ville construite en bois et bâtie en dépit du bon sens , sur les lianes escarpés d'un précipice ; mais pour le voyageur qui a le sentiment des beautés pittoresques , Tulle est une des villes les plus originales qui soient en France : quel que soit son itinéraire, qu'il vienne du nord ou du sud, de Limoges on de Brive, les environs vraiment charmants de la ville le disposent à un jugement favorable. La route sinueuse et merveilleusement roulante , serpente h l’ombre de beaux châtaigniers sur la pente des collines. A travers les éclaircies, des paysages sans cesse renouvelés et toujours complets s’offrent au regard. Ici , c'est une fraîche vallée, avec ses bordures de noyers et de saules et son ruisseau qui se déroule: plus loin, de grands bois couvrant de leur tapis sombre la croupe des coteaux ; à l'horizon, des montagnes bleuâtres découpées en festons et revêtues, selon l’éloignement, d’une teinte de plus en plus vaporeuse. La sérénité du ciel , l'éclat métallique et très-remarquahle de la verdure, le silence profond de la campagne donnent è ces riants paysages , fort communs dans la Corrèze, une fraîcheur et un charme particulier que de continuels contrastes relèvent encore. Enfin , du sommet des hauteurs on descend, par de longues^ spirales, i la ville qui, au fond d'une vallée trèsétroite , se presse en serpentant sur les bords de la Corrèze. A droite et à gauche, les faubourgs ont audacieusement escaladé les flancs abruptes des deux collines: lés vieilles maisons, aux grands toits rougeâtres, aux balcons de bois vermoulus, aux murs décrépits cachés sous la verdure, se pressent les unes contre les autres comme pour se prêter un mutuel soutien : elles sont exactement accrochées aux parois de la montagne: en sorte que la porte d'entrée qui s'ouvre sur la rue est presque toujours h deux étages au-dessous de la cour qui s'étend sur les derrières, et souvent, pour aller au jardin, on doit passer par le grenier. Ces deux faubourgs, ainsi suspendus et étagés au-dessus des têtes, entre les quais où la ville proprement dite se resserre, et le ciel dont on n'aperçoit, du fond de cet entonnoir, qu’une fort minime étendue, forment un tableau plein de caractère, unique en France peut-être, et qui rappelle au voyageur l’aspect du quartier juif à Smyrne. Enfin , du bas de la ville , à égale distance des deux coteaux, la lourde cathédrale darde vers les nuages sa flèche de pierre qui s’élève presque à la hauteur des montagnes environnantes «et ne souffre pas, dit André Duchesne, que l'aiguille de Saint-Michel de Bordeaux on de Soint-üervais de Leetoure marche de pair avec elle. »
Cette situation , si originale qu’elle soit au point de vue de l'art , est on ne peut plus défavorable , comme on le devine, aux intérêts d'un chef-lieu de département. Sans parler ici de la difficulté des routes qui éloigne le courant commercial , des
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côtes éternelles qui s'opposent à l'activité des communications, on comprend aisément que la ville ne peut pas s'agrandir. Chaque maison nouvelle doit creuser, pour ainsi dire, son lit dans les parois rocailleuses du ravin et s'incruster, en quelque sorte, dans la montagne. La rive droite de la Corrèze, qui est la plus évasée, - est depuis longtemps couverte de maisons irrégulières, jetées en désordre et séparées par des couloirs dignes du moyen Age. La rive gauche , au contraire, raide et presque perpendiculaire, a été jusqu'à nos jours abandonnée , dans sa plus grande longueur, à de courageux agriculteurs. la1 nouveau tracé de la route de Lyon à Bordeaux a seul donné, depuis peu d'années, la vie à ce côté de la ville. Le palais de justice s'est élevé au milieu d'une tranchée creusée dans une prairie escarpée ; une ligne de jolies maisons s'est étendue sur les bords de la route, et le quai de Yalon devient le plus beau de la ville. Mais ces empiétements de la population croissante sur une digue inflexible arrivent à leur terme , et l'on peut déjà se demander dans quelle tissure de sa ceinture de rochers Tulle pourrait nicher une maison de plus.
Qui a fondé Tulle? A quelle époque faut-il faire remonter sa fondation? Selon Baluze ( Historia Tutelensii), Tulle serait née, au vil" siècle seulement, d’un monastère de l’ordre de Saint-Benoît, qui fut bâti vers cette époque sur les bords de la Corrèze. Bonaveuture Saint-Ainable , auteur des Annales du Limousin, prétend au contraire que saint Martin lui-méme fonda ce monastère , qui fut , à ce qu’il faut croire, le germe de lu ville. Tulle serait alors de plus ancieune origine, car saint Martin , évêque de Tours, vivait dans le iv* siècle. Une troisième version , moins ancienne, recule infiniment plus loin l'époque de la fondation de la capitale de la Corrèze. Si l'on s’en rapporte à Reyneau, de Nîmes, Tulle se serait peu à peu groupée autour d'un fort construit par les Romains, dont on a cru voir les vestiges auprès d'une maison remarquable et artistement fouillée [la Maison Sage j, qui est, avec ta cathédrale, le seul monument curieux de la ville. L'emplacement de ce fort et les pierres qui en subsistent ont reçu, dans l'idiome du pays, la dénomination de tour du Maysse, dont l'archéologie, toujours complaisante, a fait successivement tour de Mars, tour de Mai, tour du Mage, etc., etc. Cette supposition d une origine romaine, si flatteuse qu'elle puisse être, ne nous semble guère acceptable, et le simple bon sens suffit, selon nous, pour décider que ceux-là qui eurent l'idée de s'établir les premiers dans une gorge pareille, cherchaient la solitude et le recueillement plutôt qu'une position militaire : les rives encaissées de la Corrèze devaient mieux plaire à des moines rêveurs qu'à des soldats vigilants.
Les habitants' du bas Limousin qui, dans les temps anciens, vivaient isolés au milieu de leurs rochers, occupés uniquement, dit Strabon, de la culture du blé noir et de la fonte des minerais, prirent parti, comme ailleurs, dans le moyen Age, les uns pour les châteaux et les autres pour les couvents. Tulle, cependant, grâce à l'influence de ses moines, eut à lutter bien moins que Brive et Ussel contre les barons avides et la féodalité oppressive. L'abbaye jouissait de la suzeraineté royale , et les habitants vivaient heureux sous cette domination paternelle; leur repos n'était guère troublé que par les dissensions des abbés, et, dans les chroniques diffuses de ces époques, on ne rencontre guère que les récits de
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ces divisions, qui seraient peu curieux si l'on n'y retrouvait avec intérêt les noms des familles qui comptent encore parmi les plus considérables du pays Bertrand de Cardaillae, Pierre de Chanar, Guillaume de Sediéres, Guy de Sainte-Fortunadc, H. de Soilhac, etc., se disputaient alors la prééminence ; leurs adhérents ou leurs adversaires se nommaient Brossard, Pastrie, Thcyssier, Lagarde, etc. Ces petites révolutions se faisaient en famille, et le seigneur de Vcntadour seul, dont la juridiction s'étendait jusqu'au ruisseau nommé le Hieoubet, qui roule au-dessous du séminaire , intervenait quelquefois un peu brusquement dans les démêlés du monastère. En 1317 seulement, par une bulle donnée à Avignon, le pape Jean XXII érigea la ville de Tulle en évêché. Arnaud de Saint-Astier, abbé du couvent de Saint-Martin , fut élevé à la dignité d'évêque , et Arnaud de Clermont , célèbre à l’Université de Paris par la hardiesse de ses opinions, lui succéda bientôt. Vers le même temps, un ecclésiastique de Tulle, nommé Bertrand ltaffm , jouissait d'un grand crédit auprès de Grégoire XI. Il fut envoyé, en qualité de légat, à Naples, vers la reine Jeanne, qui refusait de reconnaître le pontife ; il réussit dans cette négociation difficile, et fut, en récompense, nommé évêque è Rhodez , où il n'alla jamais.
Dans le xiv' siècle, Tulle n'échappa pas aux désastres de la lutte de la France contre l’Angleterre. Prise par les Anglais, le I*' novembre !3i6; reprise, peu de jours après, par le comte d’Armagnac , elle souffrit toutes les horreurs de l'invasion. Une calamité plus grande encore que la guerre, la peste noire, éclata dans cette ville. "Un poète limousin a fait , dans l'idiome du pays , une belle et énergique peinture de cette lugubre époque :
Dzusquos ei d'Estzalas
L'andz 'estorminalour olondavo sas alas...
Un triste «Ira de mort pendouliavo ei clouatlé, etc.
« L'ange exterminateur étendait ses ailes sur notre pays un linceul pendait
tristement au clocher, etc...» De ces malheurs il uoifs reste une légende et un ex-voto traditionnel , qui , le jour de Saint-Jean , donne ù Tulle un caractère particulier, Un prêtre en disant la messe, s'il faut croire la légende, entendit une voix annoncer que le fléau disparaîtrait le jour où les habitants , revêtus d’habits blancs et pieds nus, porteraient solennellement l'image de saint Jean autour de la ville. Cette procession fut faite et eut le même résultat que celle de Sainte- Rosalie de Païenne, qu’elle rappelle. La peste cessa. La reconnaissance des Limousins, comme celle des Siciliens , changea en une sorte d’idoMtrié le culte du saint protecteur. La veiHe de Saint-Jean , les habitants de Tulle font encore en grand nombre, avec pompe et souvent pieds nus, le lovr de la Lunade. En 1369, les Anglais s'emparèrent encore une fois de Tulle; les habitants, privés de tout secours, n’en essayèrent pas moins de secouer le joug et réussirent à chasser l'ennemi de leurs murailles. Charles V, pour les récompenser, leur accorda , par lettres-patentes, en date du mois de mai 1370, et dans, lesquel les il les affranchissait de tous impôts, les mêmes privilèges qu'il avait octroyés, peu de temps auparavant, aux villes de Caliors, Figeac et Montauban. Le roi ennoblit, en outre, six
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familles dont les chefs avaient pris la plus grande part à cette action mémorable : c'étaient Durand de Lespicier, Jean et Guillaume de Bossac. Jean et Raymond de Saint-Salvadour et Guillaume de Labeylie.
«. En 1451 , Charles VII, à son retour d’un voyage dans le Quercy, vint à Tulle et y séjourna pendant les fêtes de Pâques. Près de cent ans plus tard, sous François I*', la ville, jusqu’alors soumise à la juridiction de l’abbé de Saint-Martin, s’en lassa, et, moyennant quatre mille livres, obtint du roi, qui avait besoin d’argent, l’érection d’un nouveau tribunal, dont Calmin de la Garde fut le premier magistrat. Brives en conçut mie excessive jalousie, et dès lors commença entre ces deux villes cette animosité qui dure encore. Pour premier témoignage de sa colère, Brives, vingt ans plus tord, parvint à faire supprimer par Henri 11 le tribunal fondé à Tulle par François I”, et ce succès causa aux Brivistes une telle joie, qu’une procession solennelle fut faite , en manière d’actions de grâces, dans laquelle Egidius de Noailles portait le Saint-Sacrèment.
Quand éclatèrent, au xvf siècle, les dissensions religieuses, Tulle se prononça .avec ardeur contre le schisme, et les réformés trouvèrent dans l’évêque Louis de Genouillac un adversaire acharné. En 1577, le vicomte deTurenne vint assiéger la ville et fut d’abord vigoureusement repoussé. Henri III félicita les habitants de leur belle conduite, dans une lettre adressée au chevalier de Lauthonyc, dont le courage avait été particulièrement remarquable. Mais bientôt le vicomte de Turenne revint à la charge avec une armée de neuf à dix mille hommes. Il s'empara successivement des faubourgs de la Barrière et de la Barussie. On se défendit avec acharnement et il se lit, â la porte Chanac, un tel carnage, que quatre-vingts hommes eurent à peine le temps d’ensevelir tous les cadavres en un jour. Baluze a fait de ce siège , qui est la seule page dramatique de l’histoire de Tulle , une narration pompeuse et fort longue. On croirait assister au siège de Troie ou aux batailles d’Alexandre. Mais il "est bien permis d’observer que, dans ses Mémoires, le vicomte de Turenne raconte, avec une singulière brièveté, ces mêmes événements : o Je m’en vins en Limousin prendre Tulle », dit-il simplement , « n’ayant point de canons et voulant loger dedans ». Il n’ajoute pas un mot. Le fait est que Tulle fut prise (1585). Moyennant rançon, la cité « qui », dit Mézeray, « était alors bien accommodée par la chalandise de son commerce » , se garantit du pillage qui avait suivi l'occupation des faubourgs. Les habitants prirent la fuite en grand nombre ; beancoup d’entre eux se réfugièrent au château de Gimel. Un seul magistrat osa rester dans la ville pour protéger ses concitoyens contre l’exaction du vainqueur; il avait quatre-vingts ans : c’était i’échevin Baluze. Il fut maltraité : un officier, nommé La Morie, auquel le vicomte de Turenne avait confié le commandement de la ville , le lit prisonnier. Le vieil échevin dut payer une rançon considérable, et scs concitoyens, pour lesquels il s’était sacrifié, laissèrent vendre tous ses biens sans venir à son secours. Telle fut la cause de la ruine de cette famille qui devait plus tard illustrer le pays. Les réformés s'emparèrent, bientôt après, du château de Gimel; les catholiques le reprirent l’année suivante, ainsi que la petite ville de Corrèze, dont ils fondirent les cloches pour faire des canons.
Eu 1605, Henri IV vint dans le pays et coucha au château de Sedières, un des vi. 33
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plus jolis manoirs du Limousin, bâti par Laurent d’Albiars, célèbre & la cour d'innocent VI ; il y fut reçu par Jean Bothier, vicomte de Sedières, lequel avait épousé Marthe de Noailles. Ce fut, dit-on, pour plaire au roi que l'on planta les beaux tilleuls , sous lesquels s'abritent encore les foires de Sedières. Deux ans après, la justice du roi éclata dans le pays à l’occasion des démêlés de Pierre de Fenisde Laprade, lieutenant général de Tulle, avec le comte de Saint-Charaant , qui expia rudement scs licences féodales. Il fut rompu en effigie ; on rusa la grande tour de son château et, plus tard, il dut donner une de ses filles au descendant de celui qu'il avait fait honteusement flageller. Dans le siècle suivant , nous ne trouvons pas un fait digne d'être relevé, et nous arrivons d'un seul trait aux époques contemporaines. En 1761,Turgot, nommé intendant de Limoges, comme il a été dit ailleurs, fit ouvrir, dans la province, trois voies de communication, .et importa dans le pays la pomme de terre qui est maintenant une si grande ressource pour le Limousin. La révolution, souvent prédite par sa voix austère, débuta à Tulle par une tragédie sanglante. Un jeune officier de cavalerie, M. de Massé, fut assassiné , et la populace en fureur s'achania sur son cadavre. Ce meurtre déplorable semblait annoncer des excès terribles ; mais il y eut plus de clameurs que d'exécutions. Le représentant de l'une des familles les plus respectées du pays, M. d' Arche, et deux pauvres prêtres furent, en définitive, les seules victimes de la tourmente révolutionnaire.
Tulle était, sous l'ancien régime, le siège dUin évêché suffragant de Bourges, d’une sénéchaussée , d'un présidial, d'une juridiction consulaire, et le chef-lieu d'une élection : c'était aussi un gouvernement déplacé et la ville avait titre de vicomté ; elle portail pour armoiries de gueules à trois rocs, deux et un, au chef d’azur chargé de trois fleurs de lys d'or, avec cette devise : Sunl Rupes virtutis ilcr1. Tulle n'était point autrefois, comme aujourd'hui, liée étroitement à scs faubourgs. La Barrière, la Barussie, et lou bari d’Auberdze , formaient des quartiers séparés, peu défendus, et dont les habitants, au premier .cri d'alarme , se réfugiaient dans l'enceinte fortifiée de la cité proprement dite. Cette cité, resserrée, du côté du sud , dans l'espace fermé par le cours de la Solane et de la Corrèze, était défendue , au nord , par une porte double nommée las portas de Ver, sur l'arceau de laquelle s'élevait un bastion carré que l'on voit encore. IJi s'appuyait un mur d’enceinte qui rejoignait la grande tour carrée de la prison , maintenant détruite, et qui servait autrefois d'arsenal. Une autre muraille rejoignait la porte Chanac. Du côté de la Solane, la porte Mazeaux, la mieux fortifiée de la ville, s’ouvrait sur le petit pont de las Milzas , ainsi nommé parce que les femmes de Laguenne y venaient vendre le pain de froment. Depuis la porte Mazeaux jusqu'au confluent de la Corrèze, la Solane était bordée par les bâtiments de l'ancien monastère. La longueur de ces .constructions a fait douter de cette destination; mais un acte du 15 mai 1577, par lequel le chapitre cède ce bâtiment à la ville, pour y tenir les assemblées municipales, rend cette assertion incontestable. La demeure du théologal se trouvait à peu près à la hauteur du cercle actuel ; la chantreric et
I D'autres lui donnent cette devise plus livre et plus ambitieuse : In /Ide et fdelitate irmper immola.
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la prévôté étaient à l’autre extrémité, près la porte Mazcaux. Trois ponts traversaient la Solane dans ret espace, et , sur la place de l'Auharède (de la Comédie) , s’élevaient douze boutiques de bouchers qui furent renversées par un ouragan , en 1758, et transportées plus tard sous la halle du Canton. Une nouvelle porte, doublée de fer et flanquée de palissades, défendait l’entrée du pont nommé maintenant Choisinet. Telle était l’enceinte de la ville, qui arrêta, comme nous l’avons dit , l’armée du vicomte de Turennc.
La cathédrale dont la nef seule subsiste maintenant et qui n’a de remarquable que la simplicité massive de son architecture byzantine , formait une basilique régulière et complète. A droite, en entrant, se trouvait la chapelle de saint Crépin, où les condamnés étaient amenés pour faire amende honorable; à gauche la chapelle de sainte Anne, sainte fort en renom à Tulle et de laquelle les bonnes femmes imploraient la fécondité en coiffant sa statue, l’n dôme, qui s’écroula en 1790 et entraîna dans sa chute toute la partie orientale du batiment , séparait le chœur du sanctuaire. A l’entrée de l’église était le tombeau des vicomtes de Turenne, exhumés, en 1698, sur la demande du cardinal de Bouillon. Une quantité d’échoppes s’élevaient sur la petite place d’Arche, que le voisinage de l’aumônerie du couvent avait fait surnommer Plaça de las oulas (des marmites). Le cimetière occupait une partie de la place Saint-Julien, au haut de laquelle se trouvent encore, comme dans le passé, une ruelle tortueuse, un guichet et d<» cloaques qui rappellent les carrefours immondes des villes du moyen âge. Vers 1702, monseigneur Ancelln, évêque de Tulle , où il avait sucrédé au célèbre Masearon , fit , dit-on , exhumer sans autorisation les cadavres de ce cimetière ; et l’on ajoute qu’ils furent jetés dans la rivière, ce qui souleva une telle indignation dans la ville que l’évêque , contraint de fuir, resta désormais sans évêché. Au bas de la place, vers la promenade actuelle, s'élevait l’église paroissiale de Saint-Julien , maintenant démolie , et plus bas , du côté du pont de l'Escurol , l’évêché avec ses dépendances. La destruction de’ces deux monuments a donné, de ce côté, un peu d’espace aux promeneurs, et l’on en sent si bien tout le prix , que le gouvernement, ayant récemment accordé à la ville, si elle voulait reconstruire sa cathédrale, une somme de six cent mille francs, le conseil municipal, au grand mécontentement de la classe ouvrière, fort nombreuse à Tulle et trèspauvre, a cru devoir refuser cette subvention considérable, dans la crainte, a-t-il prétexté, d'amoindrir la plus belle place de la ville.
L’hôpital s’élevait autrefois sur l'emplacement actuel de l'église des Pénitents- Blancs et des maisons voisines : le pré de ce nom, converti maintenant en place d'armes, en dépendait. En 1673 seulement, l'hôpital fut transféré dans la maison Verdier, où il remplafa un couvent de Bénédictines, qui durent quitter la ville à la suite des dissensions religieuses malheureusement éternelles à Tulle. Cet établissement, détruit en 1775 par l’incendie, fut rétabli par des aumônes, et transporté , en 1793 , dans les bâtiments de la Visitation. Ijc pré de l'Hôpital était la seule promenade de la ville. On y trouvait un vaste jeu de paume, qui devint plus tard l’écurie de l'auberge du Chapeau rouge, autrefois très-achalandée. Ce fut sur cette promenade que le père Bridaine fit entendre sa voix tonnante; la croix de fer qu'on y voit encore fut élevée en souvenir de sa mission. Un peu plus bas, une
Mie fontaine . donnée à la ville par son évêque monseigneur de Saint-Aulaire , coulait dans un grand bassin de pierre. Le couvent de Sainte-Ursule fut fondé, en 1630, par Marie de Cosnac, et donné par elle à une communauté de religieuses, qui se rendit fort utile en créant une école d'enseignement gratuit pour les pauvres de la ville. A la lin du xvt siècle, Tulle n'avait pas encore de collège, mais une sorte d’école seulement, établie dans la Barrière , où professait un principal aidé de deu\ régents. En 1666, Jean Avrac, archiprètrc de Vigeois et curé du Lonzac, fit donation aux Jésuites d'une somme de vingt-quatre mille livres, à l'aide de laquelle ils construisirent le collège et l'église attenante. Pendant cent cinquante ans, le collège fut régi par les Jésuites avec un succès qui n'a pas été égalé depuis cette époque, si ce n'est par les Théatins, leurs successeurs, parmi lesquels on compta, à Tulle, H. Lebrcton , secrétaire perpétuel de l'Académie française , et M . Lanoè , fondateur de Sainte-Barbe. Le nombre des élèves s'élevait alors à huit cents, dont cent cinquante pensionnaires. La fondation du séminaire remonte à la lin du xvip siècle. Uu habitant de la ville, François Lagarde de Haliou, propriétaire fort riche, légua à sa mort toute sa fortune au séminaire de Limoges, à condition qu'il établirait à Tulle une succursale. Le séminaire fut construit, et son premier directeur, M. Gave, acquit la villa qui en dépend encore, le Marquisat.
Si nous mentionnons maintenant la caserne d'infanterie due aux persévérants efforts de M. le comte de Valon, longtemps maire et député de Tulle, et la manufacture d'armes à feu, nous n'aurons oublié, ce nous semble, aucun des établissements principaux de la ville. Un moulin de Souillac, où les frères Pauphilc établirent une usine et firent fabriquer des armes de chasse que l'on expédiait aux colonies, fut l'origine de la manufacture qui prit de l’extension, peu à peu, et passa plus tard entre les mains du gouvernement. La manufacture royale, que l'excellente qualité des fers du pays recommande au ministre de la guerre , a fourni jusqu'à trente mille fusils par année, et employé plus de quinze cents ouvriers. De nouvelles combinaisons ont porté un coup funeste à cet heureux état de choses. Aujourd'hui cinq cents ouvriers à peine y trouvent du travail, pendant une partie de l'année, et beaucoup de maîtres canonniers, de maîtres monteurs sont forcés, pour gagner misérablement leur vie, de s'enrôler en qualité de manœuvres dans les ateliers des routes départementales. Ce serait justice cependant que le gouvernement se souvint de l’excellence des armes de Tulle, et étendit sa sollicitude sur la classe ouvrière d’une ville pauvre et presque dénuée d'industrie. En effet, on n’v trouve que quelques fabriques de chandelles et d'huile de noix. Quant au commerce, il s'exerce principalement sur les vins, les bestiaux, les laines et les cuirs. La population du département de la Corrèze est de 306,500 habitants; le chef-lieu en compte, d'après le dernier recensement , 10,500, et l'arrondissement 130,853.
Le plus célèbre des enfants de Tulle est, sans contredit, l'historien Baluze, qui fut un des hommes les plus remarquables du xvn* siècle. On voit encore sur la promenade une maison pauvre et tombant en ruines, que le badigeon a jusqu'à présent respectée : c’est là qu'Ëtieunc Baluze naquit, comme il le dit lur-même, le -2i décembre 1630, d’une famille ancienne et distinguée. Son père, Charles
TULLE
Baluze , était un jurisconsulte célèbre dans le pays ; sa mère , Catherine Teyssier, une femme d'une vertu exemplaire. Après avoir fait au collège de Tulle ses premières études. Étienne Baluze partit pour Toulouse, où il les termina. 11 y publia, en 1652, son premier ouvrage, Anli-Frisonius , réfutation d'un traité de Pierre Frison, intitulé GalJia purpurata, fort oublié maintenant. A Paris, les hommes les plus distingués de l'époque apprécièrent , plus tard , le rare savoir du jeune historien. Il y écrivit P Histoire de ta maison d’ Auvergne , qui lui valut l'amitié du cardinal de Bouillon et l'inimitié du roi , par lequel il fut exilé à Kouen d’abord , puis à Blois , à Tours . et enfin à Orléans. Après quelques années de découragement , Baluze reprit la plume et publia un grand nombre d'ouvrages, dont les plus remarqués furent : Y Édition nouvelle des oeuvres de saint Cyprien, l' Histoire des papes d’Avignon, les Capitulaires et \' Histoire de Tulle , etc., etc. 11 mourut à Paris, le 28 juillet 1718, Agé de quatre-vingt-huit ans. Tulle a vu naître aussi l'économiste littérateur Jean-François Melon et Nicolas Béronie, professeur au collège de Tulle et qui a composé un dictionnaire du patois limousin.
Au temps où nous sommes, on n'aime plus la science pour elle-même , et bien rares sont les hommes qui la cultivent avec courage au fond d une province éloignée. C'est un mai général ; que ce soit l'excuse de la plupart des jeunes compatriotes de Baluze, qui perdent trop souvent dans l'oisiveté des qualités intellectuelles remarquables. Fins , caustiques , éminemment spirituels et parfois éloquents, ils n'exercent guère leur esprit, qui pourrait recevoir une application plus utile pour eux et pour le pays s'ils s'immisçaient sérieusement aux affaires , qu'aux luttes du barreau ou à la discussion de petites questions locales. 1