‹ Histoire des villes de FranceChapitre 34 sur 137 · USSEL · texte numérisé non relu

USSEL

renfermait trente mille li' res , il dicta le testament que voici ; « Tout premier, je laisse à la chapelle Saint-Georges, qui sied au clos de céans pour les réfections, dix mille cinq cent livres. — En après, A ma mie qui loyalement m’a servi, deux mille cinq cent livres; et pnis, à mon clerc, cinq -cent livres. — Item , le plus je laisse et ordonne ainsi que je vous dirai. Vous êtes, comme il me semble, tous trente compagnons d'un fait et d'une emprise et devez être frères et d'une alliance sans débat et riotte , ni estrif avoir entre vous. Tout ce que je vous ai dit, vous trouverez dans l’arche, si départez entre vous trente le surplus bellement; et si vous ne pouvez être d’accord et que le diable se tenaille entre vous, vécz IA une hache bien taillant et rompez l'arche ; puis ne ait qui avoir ne pourra » .

Il mourut en brigand, comme il avait vécu, et fut enterré dans la chapelle de Saint-Georges de Ventadour. Sa mort causa dans le pays une joie universelle. Elle ranima le courage abattu des assaillants, auxquels le duc de Bcrri envoya, peu de temps après, un renfort considérable sous la conduite de messires Guillaumc-le- Bouthillier et Louis d'Aublère. Alain et Pierre Roux résolurent de se débarrasser de leurs ennemis par une ruse de guerre. Ils envoyèrent A Jean Bonne-Lance un parlementaire, et proposèrent de livrer Ventadour pour dix mille livres. Leur projet était de cacher dans la maîtresse tour leurs meilleurs soldats et de massacrer, dans la cour même du château , les chefs ennemis le jour où ils viendraient compter l'or promis.. Cette idée diabolique les perdit, et ils furent pris eux-mêmes dans le piège qu'ils avaient tendu. Jean Bonne-Lance pensa que ce traité si avantageux cachait une embûche, et, dans la nuit qui précéda le jour du marché , il embusqua A tout événement une partie de ses soldats dans un bois voisin du Mous- Uer. Puis, A l'heure fixée, il arriva avec son escorte et lés mulets qui portaient la rançon. Quand ils eurent passé la porte , Pierre Roux ordonna de la refermer. Jean Bonne-Lance s’v opposa et elle resta ouverte. Avant de livrer les couronnes d'or qu'on empila sur un drap de lit, il voulut visiter le château pour s’assurer qu’il était rendu sans fraude cautele et mal engin. Tout en regardant avec soupçon autour de lui , il crut voir briller une arme A travers les meurtrières de la grosse tour qui subsiste encore. Il en demanda les clés, et, comme les Bretons refusaient en balbutiant de les livrer, il ôta son casque. Aussitôt ses gens sonnèrent du cor et sc jetèrent sur les portes. C'était le signal convenu ; les soldats cachés sortirent au galop de leur embuscade et envahirent le château. Le combat he fut pas long, car la meilleure partie de la garnison , entérinée dans la grosse tour, no put secourir les gens de Pierre Roux. On pendit tous les soldats qui ne purent se racheter, sauf un bel enfant surnommé le petit moine , qui avait déserté un couvent de Bretagne pour venir faire ses premières armes sous les ordres de Geoffroy, son cousin. Pierre le Bouthillicr obtint sa grâce en lui faisant jurer qu'il serait bon Français; et il le fut. Alain et Pierre Roui furent expédiés au duc de Berry et de là au roi, qui les livra au prévôt de Paris. « Ils y furent décollés sur la place des Halles, puis écartelés et envoyés les quartiers aux quatre souveraines portes de la capitale ».

Les armoiries des sires de Comborn , qui donnèreut lignée aux sires de Ventadour, indiquent , à quiconque connaît le patois limousin, l’étymologie du mot Ventadour, à laquelle nul, que nous sachions, n'a songé jusqu’à présent. Cet écusson vi. • 3V

LIMOUSIN. — MARCHE

porte deux paniers à vanner le grain , qu’on nomme en français ron , en espagnol acentador, et venlodour en patois : la devise des Combom , innnia petto, accompagne à merveille ces armes partantes. La seigneurie passa, par les femmes, dans la famille de Levy la Voûte, qui prétendait , comme on sait , descendre de la sainte Vierge. Érigée en duché-pairie, en 1589, elle échut à la maison de Rohan, le 15 février 1694, jour du mariage de Anne-Geneviève de Levy avec Hercule de Rohan , dit le prince de Rohan. Les sires de Ventadour ont fondé à des époques diverses, les uns par charité, les autres en expiation de leurs peccadilles, la plupart des établissements du pays, dont subsistent encore les ruines ou les souvenirs. Le monastère de Meymac, le couvent de Saint-Projet , près Neuvic , furent bâtis , dit Baluze , en 1084 par Archambaud, deuxième du nom, vicomte de Coniborn et de Ventadour, qui n'était pas sans scrupules de conscience pour avoir fait périr une douzaine de religieux du couvent de Tulle. L’abbaye de Bonnrsaigne, celle de Bonnaigue, eurent une semblable origine : la première,' administrée par de jeunes abbesses mondaines et très-ambitieuses, donna prise à la médisance. Blanche de Gimel y fut détrônée, en 1505, par Jeanne de Yeyrac, et.celle-ci par Marie de Saint-Chamans, à laquelle succédèrent Marguerite de Liyron et Catherine de Chabannes, femme violente, qui, avant surpris' un soir des voleurs dans les caves du monastère , les fit brûler vifs pendant leur ivresse. Enfin lo chapitre collégial de l'église d'Ussel fut fondé par Charles, comte de Ventadour, mari de Catherine de Beaufort-Turenne, nièce de Grégoire XI et petite-nièce. de Clément VI, derniers papes français , nés l’un et l'autre au château de Maumont, entre Ussel et Tulle. •

Outre Maumont, les manoirs d'Ambrugeac, de Montagnac, du Lieutrec , etc., étaient autant de petits fiefs dont les propriétaires vivaient à l'ombre de la puissance des Ventadour. Le Lieutrec appartenait il la famille de Soudeilhes , qui y reçut en grande pompe le corps du duc do Montmorency, décapité à Toulouse; en reconnaissance de quoi la duchesse de Montmorency fit agrandir et restaurer le château. - -

La population d'Ussel ne dépasse pas 4*300 habitants, et celle de l'arrondissement est d'environ 62,000 âmes. Nous ne parlons point de l’industrie ni du commerce de rette ville : ils n'ont pas assez d’importance ; mais nous ferons, en terminant, une observation curieuse. Entre le climat d'Ussel et celui de Tulle ou de Brives, il existe une différence qui, relativement à la distance-, est fort extraordinaire, car elle n’est pas moindre peut-être qu'entre l’Écosse, par exemple, etJa Catalogne. On pourrait dire que l'arrondissement d'Ussel est la Sibérie du département, et que celui vie Brives en est la petite Provence. Tandis que dans le sud de la Corrèze ou cultive en. pleine terre, arec grand succès, la vigne, les melons et tous les fruits des pays méridionaux , qu'on y élève même les vers 6 soie, on ne voit dans les environs d'Ussel ni arbres fruitiers, ni noyers, ni même de châtaigniers. Le chêne, le hêtre et le bouleau dominent dans la végétation toute septentrionale de cet arrondissement, où le voisinage des montagnes entretient un froid très-intense, en dépit des chaleurs excessives qui dessèchent les alentours de Tulle et la campague de Brives. Dans l'arrondissement d'Ussel l'agriculture est en meilleure voie que dans le centre du département. Des plantations

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