‹ Histoire des villes de FranceChapitre 5 sur 137 · SCHLESTADT · texte numérisé non relu

SCHLESTADT

l'évêque de Strasbourg \Scalistali villa, palatio publiât uctum). Il parait que ce palais avait de l'importance; toutefois, il n'en reste plus aucune trace, et on ignore même où il s'élevait. Dans le xr siècle, Schlestadt était un fief dépendant de la maison de llohcnslauffcn. C'est à cette époque (1044) , que l'église Sainte-Foy fut construite par le duc Frédéric et son frère Ôlhon , évêque de Strasbourg. Cette église existe encore ; elle était très-riche, et parmi les libéralités qui lui avaient été faites, nous devons citer la donation du péage de Landhoff, par l'empereur Othon (1209) : le droit de nommer le Magistrat de la ville y était attaché. Les richesses inspirèrent bientôt des idées mondaines aux religieux de Sainte-Foy; avec la permission du pape, ils sécularisèrent leur maison, et vécurent dans l'abondance de toutes choses, tandis que les habitants des campagnes voisines étaient en proie à la plus profonde misère ; aussi , dans le xvi' siècle , J

ne manquèrent-ils point de prendre la fuite pour se substraire à la vengeance du peuple.

C’est sous Frédéric II , en 1216 , que Schlestadt fut élevé au rang de ville impériale. L'Empereur voulant diminuer les droits du prieur, acheta la moitié des droits de Landhoff ; soixante ans après il acquit le reste du péage , de sorte que le prévôt impérial réunit toutes les juridictions. C'est encore pendant le règne de Frédéric, que le iandvogt Wolfell Ut élever les premières fortifications avec les matériaux provenant de la démolition des tours de Burner et de Kintzheim. Les armes de la nouvelle ville étaient comme celles de presque toutes les cités impériales, l 'aigle éployée; mais déjà on y avait adopté pour blason particulier, Vécu au lion d’argent sur champ d'azur. Schlestadt prit en peu de temps une telle importance, que l'Empereur y fit frapper monnaie, pendant peu d'années, à la vérité, car l'évêque de Strasbourg s'opposa à cette innovation. Bientôt des communautés religieuses vinrent s’y établir ; en 1245, le couvent des Dominicains du Sylo, où sè réfugièrent aussi les religieuses d'Elleuweiler, persécutées par le comte de Horbourg, étaitdéjà bâti ; la comraanderie de Saint-Jean prit naissance, en 1265, et en 1280 arrivèrent les frères conventuels de ÿaint-Franv’ois , remplacés, en 1620, par les pères Récollets; enfin, en 1294, les Dominicains fondèrent un couvent à Schlestadt.

L’histoire de cette ville offre peu d'intérêt jusqu’à l’émancipation des habitants, résultat de l'alliance des tilles. La première ligue dans laquelle ou trouve le nom de Schlestadt date de 1291. Les habitants, ainsi que ceux de Brisach, de Kayserberg et de Munster, soutenaient Adolphe de Nassau , l'un des prétendants ou trône impérial. Il fut élu, et pour récompenser le dévouement des Schlestadiens à sa cause, il leur accorda la fameuse charte datée de Haguenau, par laquelle fut fixé définitivement le droit civil et criminel de la cité ; puis étant venu en Alsace, afin d'y soumettre quelques seigneurs du voisinage qui lui étaient hostiles, il profita de l'occasion pour visiter Schlestadt. A la mort de Henri VII (1313), cette ville qui avait armé en faveur de Frédéric d'Autriche, eut beaucoup de peine à se soumettre à son compétiteur, Frédéric de Bavière. Pendant la diète de Reuss (1338), où les princes d’Allemagne s'engagèrent à soutenir les droits de l'Empereur contre le pape, les Schlestadiens, commandés par Jéan d'Eckerich, ayant envahi le domaine de l’évêque de Strasbourg, le prélnt par représailles vint les vi. 8

ALSACE

assiéger deux fois: deux fois il Tut repoussé; mais la guerre continua dans la campagne, et il ne fit sa soumission à l’Empereur qu'après avoir ravagé une grande partie de la province. En 1345, un pacte d’alliance fut conclu à Sclilcstadt , pour protéger les juifs et mettre un terme aux cruautés du fameux Armleder qui, prétendant avoir reçu du ciel la mission de venger le fils de Dieu , parcourait les campagnes avec des bandes de fanatiques et les inondait de sang israélite. Quatre ans plus tard , la peste ayant décimé l’Alsace, les juifs furent comme toujours accusés d'avoir empoisonné les puits, et, cette fois le Magistrat de Schlcstadt se montra tout aussi cruel que l’aveugle populace. En 1389, de nouvelles persécutions de sa part ayant nécessité l'intervention de l'Empereur, la ville fut pendant trois ans au ban de l'Empire.

Les habitants de Schlestadt , quoique épuisés déjà par le passage des compagnies, firent preuve d'un beau dévouement, lorsque les Armagnacs se jetèrent sur la province, au xv* siècle : on garde encore le souvenir des nombreux combats qu’ils leur livrèrent , notamment de celui du val de Liepvre, dont le résultat fut l'expulsion définitive de ces hordes. C’est un Srhlestadien, ancien bourgmeistre de la ville , qui donna le signal de la ligue du soulier. Son projet était de se rendre maître de Schlestadt; mais on découvrit le complot, et le malheureux fut écartelé. Le mouvement littéraire imprimé à l’Alsace , au milieu de ces agitations populaires, partit encore de Schlestadt. Un seigneur allemand, Rodolphe Agricola, qui avait étudié en Italie les auteurs grecs et latins, étant venu fonder une école dans cette ville, le célèbre professeur Drengenberg y appela, parla nouveauté de son enseignement ( 1150), un grand nombre d’élèves , illustres pour la plupart : lesSchot, les Murrho, les Wimphling, et tant d’autres, qui portèrent la lumière dans’ les cités environnantes. Sous le professeur Sapidus, l’école de Schlestadt atteignit l'apogée de sa prospérité. Plus de neuf cents élèves étaient accourus de la Suisse, de la Lorraine et de l'Allemagne, pour suivre ses leçons; Érasme lui-méme assista A ses conférences, et consacra un petit poëme A l’éloge de cette ville, que Barthole appelle Ingens civilas. Mais Sapidus ayant déserté la foi de ses pères , le Magistrat fit fermer son école , et elle ne se releva plus (1521 ).

Depuis quelques années déjè, Schlestadt s'était laissé entraîner vers les nouvelles doctrines. Sommé par le prévôt de se rétracter, le curé Sidensticker publia sa profession de foi et l'adressa A ses paroissiens. C'était dans le fort de la guerre des Rustauds, au moment même où des bandes de furieux, armés contre les couvents, entouraient la ville et menaçaient de s’en emparer. Le peuple s'ameuta et prit la défense du cnré : une partie de la population alla grossir les rangs des rebelles; le reste, irrésolu, fut entraîné par le mouvement et capitula, de sorte que les paysans et leurs nouveaux alliés restèrent maîtres de la cité Après le massacre des Rustauds à Saverne, le duc Antoine de Lorraine demanda la permission de séjourner à Schlestadt; mais le sénat, craignant qu’il n’attentèt aux libertés de la ville, lui en refusa l’entrée (1525). Le Magistrat ayant repris bientôt toute son autorité , rétablit les couvents et défendit l’exercice de la nouvelle religion. Sidensticker fut banni, et on n’admit plus en chaire que des prêtres d'une foi éprouvée.

SC H I. EST Ain

La guerre de trente ans acheva la ruine de Schlestadt. Les Impériaux gardèrent la ville, jusqu’en 1632 : il ne s'y passa rien de remarquable, durant toute cette période, si ce n'est qu'on y poursuivit un grand nombre de sorcières, de tous les Ages; dans la seule année 1670, on compta plus de soixante condamnations au feu. Le 7 novembre de celle même année, le maréchal de Horn , après s’être assuré la possession de toutes les places environnantes, vint assiéger Schlestadt. Les habitants, dont les sympathies étaient plutôt pour la réforme que pour l'Autriche, ne prirent qu'une faible part à sa défense, et les Impériaux, après une résistance vigoureuse, furent réduits à se rendre, le 12 décembre suivunt. Les Suédois, sans égard pour les conventions faites avec la garnison, frappèrent les habitants d'une contribution de trente mille florins et les traitèrent avec la dernière rigueur; ceux-ci voulurent les chasser, mais la conjuaation fut découverte. Des calamités plus lourdes encore pesèrent alors sur eux, jusqu'à l'époque où les Français prirent possession de tous les postes de l’Alsace, occupés par les Suédois (1634). Schlestadt partagea d’abord la répugnance, commune à toutes les autres cités impériales pour la France ; cependant elle, était déjà toute française quand éclata la révolution de 1789. Jamais, depuis cette époque, son patriotisme ne s’est démenti : deux fois assiégée par les puissances coalisées, elle s’est toujours défendue courageusement. Elle subit uu bombardement, en 1811 ; prise au dépourvu, l'année suivante, lors du second siège, elle ne dut son salut qu’à l’héroïque dévouement de. sa garde nationale , qui se précipita sur l’ennemi et le poursuivit jusque dans la forêt.

La ville de Schlestadt, l’un des chefs-lieux de sous-préfecture du Bas-Rhin, est assise dans la plaine, sur l’Ill, à un myriamètre environ du Rhin, et à cinq kilomètres des Vosges. C’est une place forte, dont les remparts ont été relevés par Vauhan. Elle renfermait 2,600 Ames en 1550, et environ 5,000 en 1697 ; elle en a aujourd'hui près de 8,000, et l'arrondissement en contient 130,895. Scs édifices les plus remarquables sont: l’église Sainte-Foy, dont nous avons déjà parlé; l’église paroissiale ; le couvent du Sylo, transformé en hôpital ; la Commanderie , où l’on a établi le collège communal; le couvent des Kécollets, occupé par le génie militaire; et la Halle, nouvellement construite. L’industrie des habitants est alimentée par des fabriques de toiles et de gazes métalliques, de tabac, de vinaigre et de fécule de pomme de terre , des tisseranderies , des brasseries et deg tanneries ; leur commerce roule sur les blés et sur les vins. Parmi les hommes célèbres nés à Schlestadt, nous citerons : Mcnlelin, habile typographe, qui dispute à Gutenberg l’invention de l’imprimerie; le savant WimpUing; Bucer, réformateur de l'Angleterre; Bealus Jlhenanus, l'un des génies les plus heureux de la renaissance des lettres; le professeur Sapidus; et les frères Spiegel, tous deux conseillers de l’Empire. C’est dans celte ville que le célèbre mécanicien Schu-ilgué a créé la merveilleuse horloge de Strasbourg. '

I. Herlzog, Chronique d’Alsace. — Chauffour, Histoire d’Alsace. — A. Dorlau , Notices historiques sur l'Alsace et principalement sur lu ville de Schlestadt.

COLMAR

AROENTOTARIA. — HORBOURO

Colmar est situé sur le bord de la Laudi , dons une plaine de six lieues de longueur, formée par une légère courbure des montagnes, depuis le val de Villé jusqu’à la côte de Hattstadt. Rien n’égale les beautés du paysage qui entoure cette ville : nulle part les Vosges ne présentent la même élégance harmonieuse de formes et de lignes ; nulle part elles n'offrent plus de ruines pittoresques. Du côté opposé, derrière le Rhin, s’élèvent les montagnes de la Forêt-. Noire, et au sud le Jura, qui, lorsque le temps est clair, parait couronné par les sommités des Alpes bernoises et du Tyrol, aux teintes de pourpre et d’or.

Nous n'avons que peu de chose à dire de l'origine de Colmar. On a douté , jusqu'à notre temps, qu'elle remontât au delà de l'époque mérovingienne ; mais la découverte récemment faite d'un grand nombre de sépultures gallo-romaines, ne permet plus aujourd'hui le moindre doute sur l’existence d'un centre de population, en ce lieu, avant l’invasion des bandes germaniques. Sous les rois des deux premières races, Colmar était un domaine de la couronne et possédait un gynécée, où des esclaves et quelquefois des femmes libres, par suite d'une condamnation, s'occupaient de la fabrication d’objets de luxe et d'habillements pour la famille royale. Les enfants nés dans le gynécée étaient illégitimes , ainsi qu’on peut l'inférer d'un passage du moine de Saint-Gall, où il nous apprend que Charlemagne, dans une de ses expéditions contre les Saxons , ayant remarqué deux jeunes guerriers qui faisaient des prodiges de valeur, les manda devant lui et s'informa de leur origine : ils avouèrent avoir reçu le jour dans le gynécée de Colmar. Charlemagne ne voulant point conserver dans sa suite des hommes dont la naissance n'était pas irréprochable , leur annonça qu'il les destinait au service de son palais. Les deux jeunes hommes ne répondirent rien ; mais sortant du camp, ils se jetèrent sur l'armée saxonne , où ils effacèrent dans leur sang et dans celui des ennemis la tache qui les condamnait à l’esclavage.

Ce fut à Colmar que les fils de Louis-le-l)ébonnaire réunirent leurs forces, en 833, pour obtenir de leur père la révocation des avantages accordés à Charles-le- Chauve. Le pape Grégoire IV accompagnait Lothaire, roi d’Italie : il espérait, à l’aide de l'influence que son caractère sacré lui donnait, réconcilier Louis avec ses enfants ; mais l’Empereur irrité du peu d'accueil qu’on avait fait a ses messagers de paix , eut recours aux armes. Les deux armées , campées auprès de Sigoltsheim, village adossé à la montagne, au nord de Colmar, étaient prêtes à en venir aux mains , lorsque les trois lils de l’Empereur prièrent le pape d'intervenir lui-même auprès de leur père. Les conférences de l'Empereur avec Grégoire IV durèrent plusieurs jours. Ce temps suffit aux enfants de Louis-Ie-Débonnaire pour débaucher ses troupes, et , le 30 juin, il se vit sans armée. L'infortuné monarque.

COLMAR

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