‹ Histoire des villes de FranceChapitre 42 sur 137 · AUBUSSON · texte numérisé non relu

AUBUSSON

En quittant les Gaules, après sa dernière campagne , César laissa plusieurs cohortes dans la région montagneuse qui séparait le pays.des Léniovices de celui des Arvenies. Les troupes romaines construisirent de petites forteresses sur les points principaux, et, si l'on en croit la tradition locale, l'un de ces forts occupait le lieu qui depuis porta le nom ji'Aubusson ( Altiuco ou Albulio). Le rhAteau féodal qui remplaça les constructions romaines n'existe plus aujourd'hui ; il reste encore pourtant quelques débris des murailles de sa vaste enceinte, et les ruines d une immense tour carrée, dont la belle et solide architecture parait remonter au xir siècle. Ce chiiteuu présentait un aspext à la fois pittoresque et formidable.

Il était assis sur une colline rocheuse , coupée presqu'à pic au nord et au midi , et au pied de laquelle coulent, d'un côté, la Creuse, de l’autre, au fond d’une gorge étroite et profonde , un des nombreux afllueuts de cette petite rivière torrentielle.

Dès l'époque de la domination romaine, quelques habitations vinrent sans doute • se grouper autour de la forteresse, sur les pentes les moins abruptes de la colline ou sur les bords de la Creuse. Plus tard , le travail et l'industrie suppléèrent aux ressources que ne pouvait fournir par elle-même cette terre inculte et sauvage. Aubusson devint une des principales villes de la province de la Marche.

Vers le commencement du ix* siècle, les seigneurs d' Aubusson occupaient déjà un rang considérable parmi les grandes familles du Limousin et de l'Aquitaine. Leur nom Ggure dans une donation faite, en 800, au prolit d'un monastère de l'ordre de saint llenolt. En 887, Ranulfe, ou, selon la généalogie de Dubouchct, Renaud I" d' Aubusson fut créé vicomte de la Marche par le roi Eudes. 11 avait pour frère Turpion, év êque 'de Limoges, qui laissa de grands souv enirs de scieuce et de sainteté, et pour lequel le célèbre abbé de Cluny, Odon, avait composé la vie de saint Cérald et le livre mystique de Conlemplu inundi. L'évêque Turpion vint mourir, en 9 V'», au château d' Aubusson, et son corps fut transporté en C.ombrailles, dans le couvent de Sainte- Valérie.

Renaud II , fils et successeur de Renaud 1", lit don de plusieurs manses à l’abbaye de Tulle , où son jeune Gis avait reçu la sépulture. Il est nommé , dans une charte de la même abbaye, conjointement avec son frère Roson , abbé laïc des monastères dcKoseille ctd'Évaux. Son pctit-Gls, Ranulfe 1", eut une existence orageuse. Il passa sa vie en démêlés avec le sire de Comborn, auquel il disputait l'héritage de leur beau-frère commun, Aymar, vicomte deTurennc. D'un caractère violent et aventureux, il lui arriva plus d'une fois de tenir la campagne pour rançonner ses vassaux et ravager les monastères. Il fut tué, en I0;it , au milieu d’une de ces expéditions, et enseveli dans l’abbaye d'Uzcrehes. I n concile se tenait à cette époque à Limoges. Les évêques blâmèrent sévèrement l'abbé d'I'ierches,

LIMOUSIN. - MARCHE

d'avoir accordé un tombeau dans son couvent à un homme mort en pillant le peuple et sous le coup des anathèmes de l’Église.

Ses deux fils. Ramifie II et Renaud V, firent de nombreuses libéralités aux abbayes de Bonlieu, d'Uzerches et de Tulle. Les actes de donation constatent qu'ils Taisaient ces riches présents , afin d’échapper aux censures ecclésiastiques et de racheter l'Ame de leur père des peines de l’autre vie. Renaud, dans la même pensée, rétablit le monastère de Roseille, détruit par ses ancêtres, et ses successeurs figurent presque tous dans des actes de donation faits au profit des alibayes de la Marche et du Limousin. L'un d'eux, Renaud VI , après avoir fondé, en 1140, le monastère de Wessac , près d’Aubusson , y prit l’habit religieux en présence de ses quatre fils et d'Agnès sa mère, qui était elle-même prieure d’un couvent de l'ordre de Fontê.vrault. Blessac, enrichi par les vicomtes d'Aubusson, renferma depuis les tombeaux des seigneurs de cette famille, et, sous la protection d'une règle indulgente et douce, cette retraite resta, jusqu'au xvni* siècle , un asile privilégié pour les jeunes filles nobles de la Marche, qu'éloignaient du monde une vocation réelle ou des calculs intéressés. Le fils de Renaud, du même nom que lui, suivit les exemples de piété qu’avait laissés son père. Vers l’an 1170, il prit la croix et partit pour Jérusalem. A son retour, il trouva en Italie son parent Hector Géraud, évêque de Cahors. Ils voyagèrent ensemble et ils fuient arrêtés tous deux par les ordres de l'empereur Frédéric III, qui les fit mettre en ju'ison bien qu'il leur eût d'abord accordé un sauf-conduit Géraud écrivit 4 l’Empereur pour réclamer sa liberté et celle de son cousin , qu’il qualifie de vicomte d’Au— husson , marquis de cette terre (vicecomitem Alhutionis itlius terrœ marchionm); il se plaignait dans cette lettre qu'on l’eût fait prisonnier sans motif, ainsi que plusieurs moines d'Angleterre et de France, qui n étaient pus riches, mais qui appartenaient à de nobles églises et voyageaient sous la foi de la paix ecclésiastique.

F.n 1226 , le roi Louis VIII, par lettres-patentes datées de Valence, ordonna aux vicomtes d’Aubusson de reconnaître la suprématie féodale des comtes de la Marche. Ces lettres mirent un terme aux discussions qui s'étaient élevées entre Renaud VII et Hugues X de Lusignan. Renaud dut aussi, en 1 1 33 , faire hommage A Arctmmhaud de Bourbon, pour les terres qu’il possédait dans la baronnie de Chambon et du Combrailles. Il se déclara, dans un acte solennel , homme lige du sire de Bourbon, s’obligeant A le servir contre tous ceux tjui peuvent vivre et mourir, excepté contre le comte de la Marche, son suzerain. Renaud fit plusieurs donations A l’abbaye de Bonlieu, et, sous les ordres des évêques de Limoges et du Puy, il prit part A la sanglante croisade contre les Albigeois. Pendant sa vie, le château d’Aubusson devint le rendez-vous des nobles et des troubadours d'Aquitaine. I.a vicomtesse Marguerite les attirait par son esprit, sa beauté et le luxe de ses fêtes chevaleresques, où se réunissaient quelquefois la comtesse de Montferrand , sa sœur, la belle Assalidc d'Auvergne, et la vicomtesse de Ventadour. On retrouve encore dans les poésies provençales plus d'un lai qui consacre le soutenir de la gracieuse et noble dame d'Aubusson.

Quelques années plus tard, vers 1260, le vicomte Raymond (ou selon d'autres Raynaud VII), sur le point de mourir sans héritiers directs, consentit A vendre sa

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