PERPIGNAN
huscino.
A deux lieues de la mer, au sein d’une plaine fertile, s’élève la cité de Perpignan, présentant d'almnl au regard un château-prison sur le premier plan et au dernier une citadelle. Ces deux masses lugubres , coupées seulement parle clocher crénelé de l'église de Saint-Jacques et par l’élégante cage en fer nu se balancent les cloches de la cathédrale, donneraient à Perpignan , étreint dans sirs murailles, cet aspect triste et sévère qu’offrent la plupart des villes fortifiées, si la nature n’avait pas déployé ses richesses comme pour cacher les menaçantes précautions de la guerre. I n ciel presque toujours transparent et pur, un soleil splendide, vivifient de nuances brillantes les vieux murs en briques ou en cailloux roulés des fortifications. Les plongées et les glacis, sans cesse ornés d’un vert tapis dt; graminées ; deux promenades magnifiques , celle de la Pépinière , qu’on voit remonter vers la droite, et celle du plateau, qui s’étend, majestueuse et pittoresque, sur la gauche jusqu'aux riches vergers de Saint-Jacques; le rideau d’arhres qui longe et déguise, sous son feuillage agité, le lit rocailleux et trop souvent desséché de la Tet, tout concourt il jeter autour de la ville le mouvement , la vie et la gaieté.
Du haut de la citadelle de Perpignan, on découvre vers la mer, nu milieu de la plaine, une tour dont la forme élancée se dessine, comme un phare élégant , dans l’azur du ciel : cette tour est bâtie sur remplacement de Kusciiio , capitale du pays des Sardones, laquelle dort, depuis dix siècles, sous les alluvions que la Tet roule du haut des Pyrénées. Kusriuo est la mère de Perpignan. C’était une ville importante, entourée de murailles, dès le temps d’Annihal. Ainsi qu'on l’a déjà vu, tous les chefs gaulois du pays s'y assemblèrent |Hiur délibérer sur les menaces des Humains et sur les propositions du général carthaginois.
Longtemps après, dans le siècle de Pline, comme il nous l’apprend lui-même, Huseino jouissait du droit romain. Beaucoup plus tard encore, les courses continuelles des Sarrasins portèrent un coup funeste à cette cité; elle était déjà en pleine décadence quand les pirates normands ta détruisirent de fond en comble (839). Malgré l’effort de ceux de ses habitants qui avaient échappé au fer des Normands, elle ne put sortir de ses ruines. Au moment où Huseino disparaissait ainsi, il y avait, à quelque distance et en remontant la rivière de la Tet, une hôtellerie ( hnspiUum ou diversorium ) , un hameau peut-être, connu sous le nom de villa Perpiniani. L'heureuse disposition des lieux, le voisinage, la fertilité du sol, tout y attira plusieurs des habitants chassés de la cité détruite. Ce ne fut toutefois qu'en 1 0-23 , que la population de la villa Perpiniani fut assez considérable pour qu'elle prit le titre de ville. Divers hauts seigneurs se réunirent à Gausfred II, alors comte de Roussillon, et fondèrent la vieille église de Saint-
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Jean, <|iii fut le premier édifice élevé dans son sein. Pour développer la croissance de la ville naissante, liausfml lui accorda divers privilèges (1025). A cette époque, elle était régie par ses coutumes et ses usages; mais elle n'avait aucun gouvernement municipal et n élisait pas scs magistrats : elle n'en connaissait pas d’autres qu’un bayle nu bailli, t u successeur de ljausrred.ll établit à Perpignan une collégiale (1102) ; un autre la dota d'un hospice (1110) , de sorte que, cent cinquante après, sous le comte (iuinard , qui livra le Itoussillon il la maison d’Aragon , la villa P erpiniani était devenue la ville principale du comté.
A peine Perpignan fut-il édifié, qu’il faillit être renversé et déplacé. Lorsqu'en 1)72 le Roussillon passa sous la domination d’Alphonse II, roi d’Aragon, celui-ci, en visitant -ses nouvelles possessions, fut mécontent de la situation de la nouvelle ville : elle était bâtie au pied de deux petites collines, dans une assiette peu favorable à la défense ; le roi décida qu’elle serait transportée sur le Pu ig Saint-Jacques, ou montagne des Lépreux. Les habitants de Perpignan, propriétaires de maisons, ne purent apprendre cette décision sans une grande douleur. Ils envoyèrent vers le roi leurs filles, leurs veuves, leurs vieillards, pour le supplier de leur épargner un tel changement. Alphonse, ému par les supplications de cette touchante ambassade, souscrivit au vœu des Pcrpignanais, et laissa la ville où elle était, à condition qu’on bAtirait sur le Puig, position nécessaire pour la défense. Le Puig, en effet, se peupla de maisons; mais elles étaient sans rapport : nul ne voulait y demeurer. Alors des ordonnances sévères y parquèrent les juifs qui, depuis les comtes aragonais, avaient paru dans le Roussillon. Ces juifs, à peine installés, furent protégés par le roi Martin d'Aragon, prince peu superstitieux, et ils se maintinrent sur le Puig jusqu’à l'expulsion de leurs coreligionnaires de l’Espagne.
Bientôt l'organisation municipale se modifia et s'étendit. Un nouveau mode d'administration s'établit A Perpignan (1196). Du consentement mutuel du roi d'Aragon et de la population perpignanaise , on adjoignit au bailli cinq consuls, qui furent nommés par voie d'élection populaire. La charte roussillonnaise disait : « Qu'il soit notoire à tous, que nous tous, habitants de la ville de Perpignan, réunis ensemble, du consentement et ordre de l’illustre seigneur Pédre, roi d’Aragon, comte de Barcelone, nous établissons parmi nous cinq consuls qui veilleront, de bonne foi, à la conservation de tout le peuple de la ville de Perpignan, soil petit, soit grand, de ses biens, meubles et immeubles, et des droits du roi ». Ces consuls étaient élus pour un an. Les habitants de Perpignan furent divisés en trois catégories appelées main majeure, main moyenne et main mineure. La main majeure se composait des bourgeois et négociants notables ; la main moyenne, des notaires, des fabricants de drap et des gens exerçant une prolession assez honorable; la main mineure était formée des jardiniers, des tailleurs, des cordonniers et de tous autres exerçant un art mécanique. Chacune de ces divisions avait à élire des conseillers chargés de veiller à leurs intérêts. Les nobles étaient exclus entièrement de l'administration municipale. Cette précaution des bourgeois fut -i scrupuleusement observée, (pie, sousCharles- Quint, trois siècles apres, douze bourgeois qui avaient été anoblis lurent obligés de renoncer à faire partie du corps municipal; l'un d'eux répudia ses lettres
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de noblesse pour ne pas perdre ses droits d'habitant. O n'est que plus tard que, par une transaction, les nobles fuient déclares habiles aux fonctions consulaires; et lors même qu’en 1601 , la noblesse eut été admise à l’hôtel de ville, elle alterna annuellement avec la bourgeoisie pour la charge de premier et de second consuls: le troisième et le quatrième étaient réserves a la main moyenne; le cinquième restait toujours à la main mineure. Du moment qu’ils étaient revêtus de leurs fonctions, les consuls, qui avaient droit de marcher précédés de massives, appartenaient complètement à la ville : ils devaient sacrifier à leurs devoirs municipaux jusqu'à leurs affections intimes; une disposition précise leur interdisait même, pendant le temps de leur consulat , de porter le deuil de 1011111 proches. Ces magistrats montrèrent, en diverses circonstances, par leur courage militaire cni civil, et par l'opposition qu'ils firent tantôt aux rois, tantôt aux nobles ou aux prêtres, qu’ils étaient les véritables mandataires de la commune. En 1368, ils osèrent, pour éteindre une dette de la ville , faire peser un impôt sur le clergé qui en était dispensé par la loi ; ils résistèrent aux admonitions des autorités ecclésiastiques et même à l'excommunication , cette pénalité terrible qui faisait trembler les rois. Le pape et le roi d'Aragon furent obligés d'intervenir pour terminer ce conflit, qui dura sept ans. Les Perpignanais obtinrent encore le privilège de la main armée , c'est-à-dire le droit de marcher en armes, sous la conduite de leurs consuls, contre quiconque aurait commis quelque injure envers un citoyen de la ville.
On le voit, Perpignan était devenu commune et avait acquis déjà cette forte organisation municipale qui, dans ce temps de désordre et d’anarchie , reste la dernière expression de l'indépendance et de la vie politique. Il en résulta que les habitants des bourgs voisins v affluèrent , attirés par la franchise et la protection dont jouissaient les citoyens. Bientôt il fallut agrandir l'enceinte de la ville. Selon le vœu d'Alphonse II, le Puig Saint-Jacques s'élait couvert d'habitations qui formaient une sorte de faubourg.
Lors de la fondation du royaume de Majorque, le roi de la nouvelle monarchie, Jayme I", voulant faire de Perpignan lu capitale de ses nouveaux états, lnltit un château royal sur la colline qui s'élève à la droite du Puig Saint-Jacques, et qui domine toute la ville ( 1 278). Ce ch, •fléau , résidence des rois de Majorque, forme aujourd'hui le donjon de la citadelle. La chapelle des anciens rois est la partie In mieux conservée ; son portail rappelle l'église du mont Sinaï. Jayme pensa aussi à mieux loger ses sujets; il traça un nouveau plan qui renfermait le Puig Saint- Jacques dans le périmètre des nouvelles murailles; et comme le nombre des habitants croissait de jour en jour, on divisa la paioissc unique cl primitive en trois paroisses : celles de Saint-Jean , de Saint-Jacques, et de Saint- Matthieu. Jayme éleva aussi une église à la Vierge (1300), et lui donna le nom de Marie-de-lattiat, parce quelle était voisine du château royal.
Sanchc , successeur de Jayme , fonda , en 1 334 , à la droite de l'ancienne église de Saint-Jean, la cathédrale actuelle, qui resta près de deux siècles en construction. Comme on élevait plus vite encore les forteresses, à cette époque batailleuse, Sanche , après avoir posé la première pierre du Castille), en vit lui-même couronner le faite. C.ette forteresse fut plantée fièrement en face de la France :
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sa forme et sa construction , son cavalier hexagone et ses mâchicoulis cnp|>clleiit les château ï-forts «lu Levant; aussi en a-t-on fait honneur aux Maures, comme de tant d'autres monuments d'origine plus incertaine. Sous le règne de Sanclie, Perpignan était parvenu il un haut degré de prospérité. On est tout étonné, aujourd'hui , de pouvoir dire avec exactitude que ce fut une ville commerciale «■t manufacturière; qu'elle répandit ses tissus de laine dans l'Aragon, dans le midi de la France et même dans le Levant. En 1.132, la ville composée de cinq mille feux comptait trois cent quarante-neuf maîtres drapiers. Ce commerce, toutefois, ne fut pas concentré dans Perpignan; ses principales succursales manufacturières furrnt Prats-de Mollo et C.éret , où les pareurs formaient des corporations ou confréries semblables à celles de la métropole. Durant la monarchie éphémère de Majorque, sous son troisième et dernier roi , Perpignan fut occupé par les Français, qui 5' entrèrent deux fois lors de l'expédition de Philippe-lellardi ; la première, en 1285, la seconde, en 1280. l,e roi de France moniut misérablement dans cette ville, à son retour d'Espagne : on y lit bouillir sa dépouille mortelle, dont une partie fut inhumée à Narbonne et l’autre envoyée à Saint-Denis.
Après avoir détrôné Javine II de Majorque, Pèdrc IV d'Aragon entra triomphalement dans Perpignan , où les sermons des prêtres et des moines avaient déjà disposé les habitants en sa faveur; et c’est dans I église de Saint-Jean qu'il déclara la réunion du Itoussillou , de la Cerdagne, du Capcir et du Valespir à la couronne d'Aragon ( 1 3VV ). Perpignan n’allait plus être résidence royale, l’èdre voulut l'indemniser; il la dota, quelques années après, d'une université littéraire établie sur le plan de celle de Toulouse (13V9). Mais comme l’extinction des rois de Majorque laissait h- palais inhabité, le nouveau souverain songea à en faire une forteresse qui tint la ville en respect. Il n’eut pas le temps de réaliser ce projet, que mit à exécution Jean l", son fils et son successeur. De ce roi faible et bigot , qui se laissa gouverner par sa femme et <|ui n'osait rien résoudre sans elle, datent les premières fortifications : nous ne tarderons pas à les voir s'étendre et se perfectionner. Les rois- d’Aragon, comprenant de quelle imporlaucc était pour leur couronne cette ville de Perpignan, château-fort placé sur la terre étrangère et acquis au prix de laut de luttes, ajoutaient sans cesse de nouveaux privilèges à ceux dont jouissaient déjà ses habitants. Un remarque qu'à chaque nouveau règne, les rois d'Aragon ne peuvent exiger d'être reconnus par les syndics de Perpignan , qu'après qu'ils ont reçu le serment de toutes les autres villes du royaume. La ville acquiert le droit d'envoyer et d’être représentée aux corts , pour concourir aux constitutions de Catalogne, l'n privilège spécial de Pierre IV donne aux consuls le droit d'armer des galères, en temps de disette, pour arrêter en pleine mer et forcer d’entrer dans les ports du ltoussillon, tous les navires chargés de blé qu'ils rencontreraient. Jean l", d’Aragon , en 1380, y institua un consulat de mer , pour régler les transactions commerciales. Martin, son frère et son successeur, autorisa, pour ce consulat, le monument de la luge ou bourse, lequel fut coustruil à l'aide d'un impôt prélevé sur les droits d'exportation et d'importation. Dans la salle basse de la Loge se réunissaient les négociants; le haut de l'édifice était occupé par les ronsuls de mer
KOI SSILLON.
siégeant cii tribunal .Martin et sa femme, Marie, se préorrupèreiit vivement de Perpignan; la ville leur dut de nouvelles franchises, et fut, sous ce règne et sous celui de Ferdinand de Castille, le théâtre d'intrigues sacerdotales qui désolèrent l'Église, au commencement du xv‘ siècle. Martin avait assigne Perpignan pour résidence à l'antipape, Pierre de Lunu (Benoît XIII), son beaufrère ; aptes la mort de Martin, cet antipape y tint, dans l'église de la Kéal, un coucile dont le seul résultat fut de montrer son ambition ( 1 108'. Quelques années après), Perpignan vit accourir dans son sein l’empereur tsigismond. S'il ne put amener Pierre de Lima à déposer sa fausse tiare, Sigismond décida du moins Ferdinand à lui retirer son appui (14161 ; et bientôt les foudres du concile de Constance frappèrent le front de l’orgueilleux vieillard, qui, du reste, persista dans ses prétentions jusqu’à sa mort.
Pendant un assez grand nombre d'années, la ville de Perpignan, sous la protection des rois d'Aragon, redevint tranquille et florissante, malgré une peste qui la décima , en 1451. On doit mettre nu nombre de ses bienfaiteurs, Alphonse le Savant et la reine sa femme, deuxième lieutenant»' générale d’Aragon du nom de Mai'ic. Perpignan leur dut de sages ordonnances et la fondation d’un bétel de la monnaie1 . Cet état de bien-être dura jusqu'au moment où le Knussillon fut engagé à Louis XI |9 mai 145-2). la» cité subit alors de nouveau les alternatives et les désastres de la guerre. Elle s’opposa , d'abord , au passage des troupes françaises envoyées pour contenir la Catalogne soulevée contre Jean 11. Les Français ne purent occuper que le château , où ils furent même assiégés par les habitants. Mais de nombreux renforts étant arrivés aux Français, les consuls capitulèrent, et Louis XI y institua un parlement en 1471. Le roi Jean avait une telle confiance en la fidélité et la valeur des Perpignanais , qu'il nhésitn pas à jouer sa * vie et sa monarchie en venant s’enfermer au milieu d'eux, après des conspirations »|u’il avait fomentées et qui avortèrent toutes cependant. Iji ville fut investie une secomle fois, et le roi de Fronce n’y épargna pas les troupes. Les assiégés se défendirent vigoureusement ; le roi Jean , bien qii’dgé de plus de soixante-dix ans, n’était le dernier ni au combat ni aux travaux de fortification. Après plus de deux mois d'efforts infructueux, fora1 fut aux Français de consentir une trêve suivie bientôt d'un traité (1473). Mais le traité fut presque aussitôt rompu que signé, et les Français reprirent le siège de Perpignan avec une nouvelle vivacité.
Quoique le roi d’Aragon »‘ilt quitté la ville pendant la trêve, l'ardeur de la défense ne se ralentit pas. Ses habitants combattirent , sans se décourager, jusqu'à
I. Cet étage supérieur fut transforme en salle de spectacle par le comte de M i illy , commandant de la province du Roussillon sous Louis XV. De regrettables mutilations furent la conséquence de ce changement «pii ne dota la ville que d'une salle de spectacle insiifllsante. I.es restes de la façade de la loge présentent encore deux vastes |iortos i ogives; des fenêtres i arcades, piliers et cio- • cbetons élégants ; un angle de la ltaluslrade aérienne , conservé comme source de regrets et comme modèle ; et des gargouilles hardies qui s'élancent sur la place appelée jadis delt rirhs hametu. Notre collaborateur, M. Mérimée ( ATofr# d'un voyage dam le midi de la France), comprend daus la Loge, sans doute par erreur, l'hôtel de ville et le palais de justice qui y font suite, quoique trois genres d'architecture témoignent, à tous les feux, de trois é|>oqucs dilTerenles.
S. Nous ne saurions dire où il était. L'hôtel de la monnaie , qui a été supprimé depuis peu d'années et converti en caserne, était primitivement l'université fontlée par Pierre IV et son fils.
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In dernière extrémité. Ils épuisèrent tous les efforts du dévouement, ils supportèrent une fumine si affreuse, qu'ils dénorèrent jusqu'aux objets les plus repoussants', et une mère, dit -ou, donna pour nourriture à son enfunt un autre de s<s entants mort de failli. Ce ne fut qü'nprès huit mois de souffrmiees de tout genre , après axoir nu s'énanouir tout espoir de secours prochain ou éloigné, que les l’erpignunais affaiblis, affamés, sans munitions et sans ressourers d'aucune espèce (la prise d'Elne leur était le dernier espoir de ravitaillement), se déridèrent à capituler. Tel était l'esprit de loyauté qui régnait alors dans la ville, que les consuls, malgré l'impossibilité absolue de continuer la résistance, crurent devoir demander au roi d’Aragon la permission de se rendre à l'armée française. Jean II, touché de tant de maux , envoya son consentement , en donnant à Perpignan le titre de ville très -fidèle; et il accorda à tous les l'erpigiiauuis qui voudraient vivre ou voyageraient dans ses états, les droits et privilèges dont jouissaient les Arugonuais. La capitulation fut signée, le II mars 1 4.75 , et les articles, lièrement rédigés parles consuls, les engagèrent moins qu'ils ne liaient le vainqueur. Sans doute que les généraux français, émus de l’héroïque résistance de Perpignan, voulurent I honorer en accordant tout sans restriction. Mais Louis XI y mit bon ordre; et les instructions qu'il écrivit pour son ami Du bouchage, disent queLs étaient sa sensibilité et scs moyens de persuasion. Supprimer le parlement qu'il avait précédemment institué lui-même; chasser le plus d'habitants possible, alln que force resté! toujours à une centaine de lances; construire une bonne citadelle a ; distribuer aux partisans dévoués de la France les héritages des partisans de l'Aragon; faire épouser enfin à un de ses généraux la femme ou la fille (la fille, sans doute) d'uu des Koussillounais les plus influents, qu'il gardait prudemment auprès de lui : voilà comment Louis cherchait à conquérir les cœurs. Au moins suivit-il une meilleure tactique en ordonnant de chasser les moines et les prêtres aragounais et de peupler de Français les églises et les monastères 3. Ces derniers n'eurent pas le temps de féconder, au Sein de leurs ouailles, l’amour du roi si dévot à Notre-Dame (l'Embrun ; car les Itoussillonnais ne résistèrent que par un simple place! à l'acte de faiblesse par lequel son fils, Charles VIII, les fil repasser bientôt sous la domination des rois d'Aragon (1V92). L'année suivante, Ferdinand, roi de Castille et d'Aragon, et Isabelle, sa femme, accompagnés de cardinaux, d'évéques , de prélaLs , de grands seigneurs espagnols , entrèrent solennellement à
I. Vingue à lai» casos que lois lus de Pcrpiiiya moll.s die* no meujarcu siuo talcs, gais y caus domcslichs que les doues y minyons per lus carrer» al» cordes prenlan ; y fullanl aqueixos irchallant en la estrema necesscdad, arriliaren a sustantarse de les carns no sol» ciels fianceses que innfavan , sino ïambe dels maleixos inclurais que de fani, o a lira muni morian. ( Andreu Bosdi.)
i. Il agrandit le Caslillel. qui est devenu depuis une prison militaire. Il est vrai qu'il poussa aussi avec aelivité l'achèvement de l'église de Saint-Jean, dont la clef de voûte porte les armes «b* France.
3. Boflile, nommé gouverneur de Perpignan et du Roussillon, s’écarta le plus qu'il put des in* simulions royales qui lui furent transmises par Du Boudiage. «Ce seigneur italien, dont le nom, aujourd'hui inconnu dans la proviuce, aurait dû être rappelé aux peuples du Roussillon dan» d’impérissables monuments éle\és par la reconnaissance des contemporains, ré|»oiidit à Du Bouchage que, si l'iiiteution du roi était de faire un désert de la province, il aurait pu se dispenser de lui eu donner le commandement. » (Henry, Histoire, du Hou**illon.)
vi. VO
ROUSSILLON
Perpignan, et jurèrent sur les saints Évangiles, dans l'église de la Béai, la paiv avec la France. I.es Perpignanais accompagnèrent de leurs acclamations ce brillant cortège; mais peu de temps après il y eut, comme conséquence, une autre entrée, un autre cortège qui les réjouit moins. Au mois de mai 1195, le clergé de Perpignan, le commandant militaire et les consuls, ainsi que la plus grande partie de la population , allaient à la rencontre de plusieurs personnages annoncés en grande pompe : c'étaient quelques moines au visage froid et dm1, au maintien impérieux , qui attendaient gravement à Malloles. Les consuls, le clergé, le peuple, les officiers, en arrivant en présence des moines, gardèrent un silence sombre; néanmoins ils se rangèrent autour d'eux, d'un air pensif et soumis, et les accompagnèrent jusque dans l'intérieur de la ville où leur présence répandit l'effroi. Le dimanche suivant, les prêtres et tous les habitants recevaient l'ordre de se rendre à l'office sous peine d’excommunication, et la population se portait en foule vers les églises , où les moines nouveau-venus trônaient sur des estrades plus élevées que celles des officiers du roi et des consuls de la ville. L'un d'eux prononça un sermon , après lequel chacun rentra dans sa maison en jetant autour de soi des regards furtifs et défiants, Un mot circulant tout bas, faisait tressaillir et trembler ceux qui l’entendaient comme ceux qui le prononçaient; ce mot c’était : la sainte Inquisition! Les moines étaient , en effet, des délégués du Saint-Office qui venaient s'installer -dans le Roussillon et le soumettre à la juridiction du sacré tribunal. L'Inquisition n'avait pénétré qu'avec peine dans ce pays, d'où on l'avait toujours repoussée avec énergie et persistance; elle venait de triompher sous les auspices de Ferdinand-le-Catholique.
Les ambitions rivales de François 1" et de Charles-Quint firent subir encore un siège à Perpignan. Charles vint y passer plusieurs jours; il fit entourer d'une seconde enceinte le château des rois de Majorque, rebâtit les murailles d'après un meilleur système , traça des angles et éleva des bastions. Du Bellay disait, à ce sujet, que la ville était si bien yam ie île canon s qu’elle semblait un porc-épic qui de tous côtés, étant courroucé, montre ses pointes. Charles-Quint prévoyait que François I" chercherait a revenir sur la cession de Charles VIII ; malheureusement l'appât de la conquête de l'Italie avait tourné les efforts de la France d'un autre côté, et après le siège de Perpignan , commandé en personne par le jeune Dauphin , en 1512, François I” prouva qu’il n’attachail pas à la conquête de celte ville la même importance que Louis XI.
Philippe fl, poursuivant la pensée de" Charles-Quint, fit construire l'enceinte extérieure de la citadelle (1573). F.nnemi de la France, qu'il attaquait par tous les moyens, ce prince prenait ses précautions contre elle. Les habitants de Perpignan avaient d’autres soins alors Six pestes, en trois siècles', et tant de guerres successives avaient passé sur eux. Les artisans avaient été chercher d'autres lieux plus propices à leur industrie ; plus de mille maisons, négligées par leurs propriétaires , tombaient en ruines. L'administration s'efforçait de réparer ces tristes résultats des fléaux des hommes et du ciel. Philippe II créa un office
1. Celles dt.' 1334, de 1451 cl de 1560 furent les plus morlelles; les contemporains disaient en avoir subi trois. Mais Perpignan semblait destiné à ce fléau ; en 1631 il s'étendit de nouveau sur la \ille, qu’il désola pendant toute une année.
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