PERPIGNAN
d'at'oen/ du pauvres', transporta le siège épiscopal d'Elne à Perpignan (1602), et rappela les titres de la cité très-fidèle en accordant des lettres de chevalerie aux citoyens honorés de cette ville, que les libertés municipales attachaient toujours, ainsi que le Roussillon, à la couronne d'Espagne. Philippe II ayant besoin d'argent pour continuer sa lutte acharnée contre la France , demanda aux Corts de Catalogne, de Roussillon et de Cerdagne nn impôt extraordinaire (1599;. La Cort Générale accorda un million cent mille livres , mais avec des considérants trèsnobles , qui établissaient la nécessité de l'impôt , déclaraient que le présent n'engageit nullement l'avenir , que c'était pure libéralité et gratuite donation.
Après l'insurrection de la Catalogne, attribuée aux instigations de Richelieu , les Perpignanais refusèrent d'accueillir les gens de guerre qui refluaient de l'autre côté des Pyrénées. Les soldats prétendaient être reçus chez les habitants : ceux-ci répondirent qu'ils donneraient leur vie et leurs enfants au roi , mais qu’ils refusaient le logement à ses troupes. La citadelle canonna la ville; on se barricada; l'évéque fit cesser le feu en se présentant aux remparts, orné de ses vêtements pontificaux et l'ostensoir à la main. Deux sommations furent faites au peuple : à la seconde, on déposa les armes ; mais alors la ville fut traîtreusement saccagée pendant trois jours (t6i0). En fallait-il davantage au Roussillon pour faire cause commune avec la Catalogne qui se jetait dans les bras de la France? Perpignan, occupé par les Espagnols, eut encore à souffrir une famine; la viande de boucherie manqua, puis celle de mulet et d'itne. Le notaire Paschal célébra , dit-on , la fête de Noël en famille , avec une seule sardine. Les habitants vivaient d'herbes et de racines ; les soldats leur enlevaient le pain sortant des fours : bientôt ils manquèrent eux-mêmes de tout; et on en vit plusieurs brouter l'herbe des glacis. Les mères n’osaient plus quitter de l'œil leurs enfants, de peur que la soldatesque affamée ne les enlevât dans la rue et ne les dévorât. Enfin, le 9 septembre 1612, après une capitulation, l'armée de Louis XIII entra dans la ville. Il fut aussitôt créé à Perpignan un conseil royal à la place de l'audience du gouverneur. Rien ne fut négligé pour donner aux autorités la forme affectée à l'administration des autres capitales de province. On comprenait combien il importait d'opérer promptement la régénération politique de ce pays, si longtemps attaché à une nation étrangère.
Louis XIV, en allant épouser l'infante d’Espagne à Saint-Jean-de-Lnz, se détourna de sa route pour séjourner quelques jours à Perpignan , où il déploya toutes les pompes de sa cour (1660J. Ce voyage ne fut pas stérile; l'image de la splendeur, qui frappe toujours la foule, donna aux Perpignanais une haute idée du
1. Un écrivain a cru avoir une idée nouvelle en réclamant l'institution d'un avocat des pauvres. Ce n'était qu'une heureuse réminiscence. Voici, d'après l'historien du Roussillon . M. Henry, quelques détails sur l'avocat des pauvres de Perpiguan. « Sur le rapport qui fut fait au roi que ces malheureux perdaient beaucoup de causes, quelque justes qu’elles fussent, faute d'ètre convenablement dirigés, Philippe III ordonna qu'il y aurait à l’avenir, uniquement pour eux, deux avocats et deux procureurs, dont le salaire serait de quatre cents livres pour les premiers et de deux cents pour les seconds. Ces avocats et ces procureurs étaient tenus de passer trois heures le malin et autant le soir, dans les prisons, pour s'instruire de tout ce qu'ils pourraient avoir h faire dans l’intérêt et pour la défense des prisonniers pauvres, de qui il leur était expressément interdit de recevoir directement, ou indirectement , aucun argent ni radeau ni autre gratification quelconque, etc. >»
■ IlOtSSILLON.
pays dont ils faisaient ] arlie, et ce fut pour la cité la source de nombreuses améliora'ions. I.e premier point était de rendre familier l'usage de la langue française. Louis XIV fit rendre un édit, par lequel il était ordonné de rédiger tous les actes publies en français. Omis l'église de Saint-Jean, on entendit aussi pour la première fois, un sermon dans la même langue. Ainsi, les populations furent doucement eonduites, par la loi et par la foi, dans le sein de leur nouvelle nationalité. Plus tard, sous Louis XV, le ronde de Mailly, homme intelligent et dévoué au bien de la province qu'il commandait, fit établir à Perpignan une université, une bibliothèque et des chaires destinées à propager l'éducation publique.
Vers la fin de 179-2 , les Espagnols étant entrés tout à coup par le col d'Ars, dans le Valespir, passèrent à Prats de Mollo, s'emparèrent d’Arles et de Ceret, et les volontaires roussillonnais furent forcés de se retirer sous le canon de Perpignan que l'ennemi n’osa attaquer. A la nouvelle de l'invasion, le comité de salut public fit partir de Paris Cassanyes, représentant énergique du département des Pyrénées-Orientales, Ç.assanves arrive à Perpignan : il se transporte au camp de l'finiOn devant la ville; il ranime ses concitoyens, et le général espagnol Ricardos voit ses colonnes se briser contre les retranchements français que commande Dagobert (juillet 1793). Quelque temps après, le conventionnel roussillonnais sort de nouveau de Perpignan , culbute l'ennemi à Vernet , à un quart de lieue de la ville, part ensuite pour diriger la colonne du général Gogay.qui était à Salses, et revient sur le camp espagnol de Peyrcstortes qu’il surprend, pendant que Davoust l'attaque du côté du midi. Le camp est enlevé, et quarante-sept pièces de siège conquises sur l'ennemi sont ramenées A Perpignan (septembre 1793). La conséquence de cette victoire fut l'évacuation du Roussillon, qui coûta cependant la vie au général Dagobert et à Dugommier, plus regrettable encore.
Le dernier coup de canon de la guerre que nous venons d'esquisser a été, dans l'ancienne capitale du Roussillon, le dernier écho des événements du xvin* siècle; mais, vers le temps même où elle parait s’arrêter, l’histoire de cette ville se continue dans l'existence d’un jeune enfant , qui devait illustrer son pays par son génie, sa science et ses travaux. Cet enfant, né A Estagel , près de Perpignan , le 26 février 1786, d'une famille aisée de cultivateurs, s’appelait François Arago. Son père était un honnête homme , respecté de tous ses concitoyens ; sa mère avait ce sentiment exquis de l’avenir, qui fait deviner aux femmes supérieures la destinée morale de leurs enfants. Le chef de la famille des Arago , nommé membre du premier district des Pyrénées-Orientales , vint s'établir A Perpignan avec tous les siens. D'un commun accord, le père et la mère mirent François au collège de la ville. Ils avaient d'autres enfants, A l'instruction desquels il fallait aussi pourvoir ; tout cela leur impusait des devoirs fort onéreux : ils ne s'en effrayèrent point , et leur petit patrimoine, aliéné pièce par pièce, ne tarda pas A y passer. Ce Dit un sacrifice bien entendu et qui fructifia A merveille , quoi qu'on ait pu dire du peu d'aptitude du jeune François dans les premières années de sa vie. L’esprit chez lui grandissait avec le corps et plus vite que le corps , doué d'ailleurs , d'une force peu commune. En 1803 , il se présenta A l’École polytechnique et fut classé le premier sur la liste de l'artillerie, arme qu'il avait