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choisir, mais A laquelle les conseils de Monge le firent bientôt renoncer. Dès lors François Arago s’éleva rapidement aux sommités de la science et sans passer par ses stages intermédiaires. Nous le voyons , en 1805 , dans sa seconde année d'école , appelé au bureau des longitudes comme secrétaire-bibliothécaire de l'Observatoire; l'année suivante, il partage, avec M. Biot, la mission honorable daller compléter la mesure de l’arc du méridien en Espagne, laissée inachevée par la mort de Méchain. Ce fut pour lui une occasion de visiter Perpignan , où il reçut les félicitations de sa famille et de ses concitoyens.
De cette ville, M. Arago poursuivit sa route vers Majorque et les lies Baléares, centre désigné de scs opérations, et sa mission scientifique rattacha ainsi de nouveau A l'histoire du Roussillon l’archipel, qui, au moyen Age, y avait été étroitement uni parles liens politiques. I.a triangulation, destinée à joindre les côtes d’Espagne et les Iles Baléares était presque terminée , lorsque le Bureau des longitudes chargea son savant secrétaire de nouvelles observations. Il exécuta ce second travail avec la même ardeur et la même supériorité que le premier. Enfin, sa tâche étant à peu près accomplie, il songeait à retourner en France; mais il ne devait pas y rentrer directement et pacifiquement comme son associé , M. Biot. L'arrivée à Majorque de M. Berthmy, aide de camp de Napoléon, le jeta tout à coup dans une suite d'aventures qui firent une odyssée de cette période de sa jeunesse (1807). l'ne insurrection ayant éclaté à Palma, capitale de l'Ile, la colère de la multitude se tourne vers l'astronome frança'S ; ses signaux de feux , selon elle, n'ont d'autre but que d'éclairer la marche d'une escadre impériale, chargée de s'emparer de tout l'archipel. Les rumeurs des Majorrains arrivent jusqu’au sommet de la montagne de Galatzo, où se trouve, en ce moment, François Arago. Sous l’habit d'un paysan , qu’il revêt A la hAte , il gagne un vaisseau espagnol, A bord duquel il croit trouver un refuge : repoussé de ce côté, il s’élance à' travers la foule accourue sur le môle , s'ouvre un chemin , non saus être effleuré d'un coup de poignard, et met entre lui et le peuple furieux les murs du chAteau de Belver, qui servait de prison A la ville. H échappe , avec le même bonheur, au poison qu’on ne lui épargne pas plus qu’A son compagnon do captivité, M. Berthmy.
Cependant les deux prisonniers français eussent succombé dans cette lutte inégale, si un savant espagnol, M. Rodriguez, n'y eût mis fin, en facilitant leur fuite sur une chaloupe. Deux fois, François Arago , avec les frêles embarcations auxquelles il confie successivement sa vie, est ensuite jeté sur les côtes d'Alger, et , autant de fois, poussé en vue du port de Marseille, où il ne peut aborder. Il ne se soustrait aux croisières anglaises que pour être pris par un corsaire espagnol. Tantôt prisonnier dans la citadelle de Rosas, dans le fort du Bouton, ou sur un ponton A Palamos; tantôt déguisé en négociant hongrois, ou en voyageur arabe: tantôt chargé des présents du dey pour le gouvernement français, ou, après le massacre de ce prince, inscrit, A titre d'interprète, sur la liste des esclaves chrétiens : partout, sur mer et sur terre, il est assailli par mille dangers et mille périls, qu’il supporte avec une constance admirable. Ces vicissitudes et ces épreuves se prolongèrent pendant trois a mirés. Ce ne fut qu’au mois de juillet 1809, qu'il débarqua A Marseille rt revit Perpignan, d’on il se rendit A Paris avec le précieux
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résultat do ses observations. Les événements de 1815 ramenèrent M. Arago dans le chef-lieu du département des Pyrénées-Orientc les : il n'avait pu se résoudre ni à abandonner sa patrie pour suivre Napoléon dan:, l'exil, comme l'empereur, sur la désignation de Monge, le lui avait fait proposer; ni a rester témoin du spectacle de l'envahissement de Paris par les armées de l'Europe coalisée Quinze ans plus tard , le savant et le patriote roussillonnais était a] pelé par ses concitoyens à siéger, comme leur représentant, à la Chambre des députés (1830). Les honneurs de la députation, que, par un sentiment d'admirat.’on et de reconnaissance, les Perpignanais lui ont toujours continué depuis , vinrent le chercher dans sa glorieuse retraite, comme le titre de membre de l’Institut, les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, la place de membre du bureau des longitudes, la chaire d'astronomie à l'Observatoire royal, etc., etc.
Telle a été la vie de François Arago, considérée dans ses rapports avec l’histoire de Perpignan. Nous regrettons de ne pouvoir en dire davantage sur ce puissant génie, qui, embrassant le mécanisme de l’univers, en a mesuré tous les rouages et pénétré tous les mystères ; qui a enrichi la science de découvertes si importantes, si belles et si nombreuses, qu'elles suffiraient à l'illustration d'un coips savant ; et qui , dans cette sphère sublime , où ils trônent et brillent comme des astres, a marqué sa place à côté des Copernic, des Kepler, des Galilée, des Newton, des Descartes, des Laplare et des Herschell. 11 ne nous appartient point de parler de la vie, des principes et des travaux politiques de M. Arago. la postérité n’oubliera pas qu'à une époque de défaillance et de désertion , il est toujours resté le môme ; et qu'enfant de la Révolution autant que de la science, il a fait aussi consister sa gloire à être, dans les voies de l’avenir, l’un des apôtres et des précurseurs de la démocratie française.
- Un grand nombre de Perpignanais, outre l’illustre citoyen dont nous venons d'esquisser la biographie, se sont distingués, soit dans les sciences, les lettres et les arts , soit dans la carrière des armes. Nous citerons parmi les plus connus : Guillaume Jourdain et Guinard /", qui acquirent l’un et l’autre un grand renom de bravoure pendant la première croisade; le célèbre poète Guillaume Cabestany, dont nous avons eu déjà l’occasion de parler, né, à la fin du xn* siècle, à Cabeslany, près de Perpignan ; le troubadour Fonnit, connu généralement sous le nom de Fonnit de Perpignan ; le poète hébreu Hissop , auteur d’un poème intitulé t’aie d'argent; André Bosch, qui a écrit le Sommaire des titres d'honneur de Catalogne, Roussillon et Cerdagne, ouvrage, il est vrai, rempli d’inexactitudes et de superstitions ridicules, mais riche en documents précieux, tels que chartes provinciales et coutumes; Xaupy , collaborateur des Nouvelle! à la main, d’où sont sortis les Mémoires de Bachaumont , et rédacteur d'un Mémoire sur la noblesse des citoyens honorés de Perpignan et de Barcelonne; Fossa, qui réfuta le mémoire de Xaupy et fournit des matériaux à fauteur de C Art de vérifier les dates; le compositeur de musique Bodin de Boismorlier, auquel on doit un Fiat lux très-estimé , et trois opéras-ballets; Hyacinthe Rigaud, l'un des meilleurs peintres de portraits dont l'école française puisse se glorifier; et enfin Dom Priai de Buixas, bénédictin de Saint-Maur, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et collaborateur actif à la collection des Historiens de France, ainsi
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qu'à l’Histoire littéraire de France. Nous ne terminerons point cette liste sens nommer Jean Arago, mort au service du Mexique, à l'indépendance duquel il avait puissamment contribué ; Jacques Arago, écrivain plein d’esprit et de verve, dont on lit avec le plus vif intérêt le Voyage autour du monde , souvenirs d’un aveugle, tous deux nés à Estagel; et M. Étienne Arago, romancier, journaliste et auteur dramatique, né à Perpignan
Le chef-lieu des Pyrénées-Orientales , renfermé dans ses fortifications , a peu gagné en étendue et en population ; cette cité subit le sort de la plupart des villes de guerre, destinées à étoulTer dans leur ceinture de pierres et de briques. Vainement elle a fait divers efforts pour s'étendre sur ses faubourgs et reculer ses bastions et ses demi-lunes; l'inflexibilité du génie militaire l'a parquée dans son étroit emplacement. Aussi, malgré quelques améliorations de voirie, quelques travaux d'embellissement, la ville conserve-t-elle encore dans plusieurs de ses rues l'aspect d’une ancienne cité. Ainsi que nous l'avons vu , l'origine de Perpignan ne remonte pas à une très-haute antiquité. Bien que les Romains aient occupé longtemps le pays, on chercherait vainement dans son intérieur quelque souvenir du grand peuple, quelques-uns de ces pans de murailles au riment éternel qu’il a laissés partout sur son passage : aucune église n’y élève vers le ciel ses flèches dentelées et sculptées avec la laborieuse persévérance de l'art gothique ; il faut même renoncer è y chercher aucun souvenir du passage des Maures, car le Castillet et le clocher de l'église Saint-Jacques datent d'une époque postérieure A l'invasion sarrasine. La Loge, l'hôtel de ville, le donjon , malheureusement décapité de la citadelle qui fut le palais des rois de Majorque, l'église Saint-Jean dont la voûte est hardie, dont le retable est digne de l'intérêt des artistes et dont les chapelles latérales rappellent la richesse de celles d'Espagne : voilà à peu près, avec les fortifications perfectionnées par Vaubau, les curiosités architecturales de Perpignan. Ses titres véritables, ce sont les souvenirs de son histoire et de ses splendeurs, de ses révolutions, de ses luttes incessantes, des gloires et des malheurs à travers lesquels il a passé pour devenir enfin un des boucliers de la France contre l'étranger.
Perpignan était, avant la Révolution, la résidence du gouverneur de la province, qui prenait aussi le titre de capitaine général des comtés et vigueries de Roussillon, de Confient et de Cerdagne. Cette ville possédait un bureau des finances, un hôtel des monnaies ayant pour marque la lettre Q, une recette, un grenier à sel et une grande maîtrise des eaux et forêts. Le corps de ville avait à sa tête cinq consuls tirés des trois États de la population : c'est-à-dire de la noblesse, subdivisée en noblesse de race et en cavaillers, ou officiers municipaux ennoblis par leurs charges; en mercaders, classe moyenne, principalement composée des commerçants en gros ; et en menesterals , dénomination sous laquelle étaient compris les artistes ou artisans, chirurgiens, peintres, orfèvres, etc. L’évêché, suffragant de Narbonne, avait été transféré d'Elne à Perpignan , comme nous l'avons déjà dit, par le pape Clément VIII; le diocèse englobait tout le
I. Toute la partie biogrjphique de la notice sur Perpignan, depuis la page 316 jusqu'à la page 319, est <lu Directeur de Y Ht» foire de» Ville» de France.
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Roussillon; son chef spirituel «'intitulait inquisiteur, mais ne remplissait d'autres (onctions que celles de l’épiscopat. Après l'évêque , tenaient d'abord le chapitre cathédral de Saint-Jean, divisé en deux coiqts : le chapitre d’Etne et le chapitre de Saint-Jean , appelé communauté; puis le chapitre de la collégiale de la Réal. Les communauté-s religieuses, tant d'hommes que de femmes, étaient au nombre de douze, savoir : des Jacobins , des Cannes, des Augustins , des Cordeliers, des Trinitaires, des Minimes, des Cannes déchaussés, des Augustins déchaussés, des ’ Jacobines, des Clairistes, des Filles de la Congrégation de .Notre-Dame et des Filles de Saint-Sauveur. Il y avait aussi à Perpignan une maison de lilles repenties, plusieurs hôpitaux, un hôpital royal pour les soldats malades, et deux collèges dirigés anciennement |>ar les Jésuites. L'Université était divisée en quatre facultés.
I.a ville de Perpignan, chef-lieu du département des Pyrénées-Orientales, et considérée comme place de guerre de première classe , possède aujourd'hui un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, une direction d’artillerie, du génie et des douanes, et une société royale d'agriculture. Elle est, en outre, le siège de la vingt-unièinc division militaire et d'un évéché; elle a, enfin, un séminaire diocésain, un collège communal, un jardin de botanique , un musée et une bibliothèque. La population du département s'é-lève à 173,592 habitants; celle de l'arrondissement à 81,091 ; et celle du chef-lieu à 18,198. Perpignan fait un grand commerce de vins de Kivesaltes et autres vins, d'eau-de-vie, de miel blanc, de. laines Unes, d'huile, de fer, de soie et de bouchons. Son industrie consiste en distilleries et tanneries, eu fabriques de draps et d'étoffes de laine, de cartes à jouer françaises et catalanes, de chandelles, d'excellent chocolat , de bouchons de liège et de manches île fouets en bois d’alisier nommés perpignans. '