‹ Histoire des villes de FranceChapitre 50 sur 137 · EL NE · texte numérisé non relu

EL NE

De toutes les villes du Roussillon, Elue ( llliberis , Helena, Etna) est assurément celle dont les fastes sont les plus curieux , quoi qu'on ne puisse préciser la date de sa fondation. Sous le premier de ces noms, elle resplendit d'un éclat

I. Tite-Live, lil>. 21 , cap. 28 cl 81. — La Chronique (le Monlaner. — Zurita, Annales d’Aragon. — Marian», iiist. gen. de Espana. — Marca llispanica. — Bosch André, Summari , index o Epitome des admirables y nobiltssims litols de honor de Cathalunya , Hossellà y Cerdanya.

— Kossa, Mémoires sur les comtes de Roussillon ( VArt de vérifier les dates ) — Duclos, Histoire de Louis XI. — Histoire générale du Languedoc. — Observations sur te traité de 12&8, considéré principalement dans ses rapports avec le Aou««i7/on, par Gisperl Dulçat. — Ix Publicateur , journal des Pyrénées-Orientales { années 1833-1831 ). — Essais sur les anciennes institutions municipales de Perpignan, par J.mbcrt Campagne (Perpignan, 1833). — Ilenry, Histoire du Roussillon. — Dictionnaires d'Expilly et d' Hussein. — Annuaires des Pyrénées-Orientales,

— Mémoires manuscrite inédits du conventionnel Cassanycs, communiqués à l’auteur.

qu'elle partage svec celte antre cité disparue entièrement du sol, mais qui n donné son nom à toute la province. Ruscino, lllihéris, sont les deux points qui marquent les pas d’Annibal et de son armée dans le pays des Sardones. Le général carthaginois campa , l'an de Rome 536 , à la tête de quatre-vingt mille fantassins et douze mille chevaux , sous les murs d’Illibéris, où il eut une conférence avec les principaux chefs de ce peuple, lllihéris déchut rapidement ; Pomponius Mêla , qui vivait sous Tibère, n’en parle que comme d’un village : Vicus Uiberris, magme guont/am urbis et magnarum oputn tenue vestigium. L’empereur Constantin-le- (■rand l'ayant relevée, l'appela HeUna, du nom de sa glorieuse mère : c’est là que Magnence, en faisant tomber sous son glaive meurtrier l'empereur Constant , troisième fils de Constantin , réalisa la prédiction qui avait condamné le petit-lils d'Héléna à mourir dans le sein maternel (350;. Les cendres de Constant reposent à Elue : un tombeau lui fut élevé , mais ce n’est pas celui qu’on y montre , sur la foi d'une tradition erronée. Où trouver donc ce mausolée impérial? Où sont toutes les nombreuses villas qui embellirent jadis cette terre de promission , cP dont il n'existe aujourd'hui presque plus de vestiges.

Elne, si riche en souvenirs guerriers , est célèbre aussi dans l’histoire de l'Église. Les Wisignlhs y établirent un siège épiscopal, dans les premières années du vi* siècle. Ce fut une des sept cités dont la réunion forma la Septimanie. La ville , à cette époque , était divisée en partie haute et partie basse. En 673 , lé roi Wamba se reposa deux jours à Elue , au retour de son expédition contre te duc Paul. Les Sarrasins l'occupèrqnt, pendant toute la moitié du viu* siècle, et les Normands, au commencement du siècle suivant, y promenèrent la mort et l'incendie. En 1285, Phiiippe-le-Hardi ayant déclaré la guerre à Pierre IV, roi d’Aragon, excommunié par le pape, vint mettre le siège devant Elue , qui, réduite à ses propres forces par l'abandon de Ramon d'Ourj , lieutenant de Pierre, fut prise et livrée aux flammes. Plus tard, c'est à Elne même que s'exhala le dernier soupir de re royaume de Majorque dont le Roussillon fut le plus bel apanage ( 13'v'v’. la place, assiégée par des troupes aragonnaiscs que des traîtres y introduisirent en les hissant avec des cordes , se rendit après plusieurs johrs et plusieurs nuits de combats livrés au coin de chaque rue. Jayme II se réfugia alofs dans la tente de Pierre IV, et, tombant aux genoux de son vainqueur, déposa une couronne que rien ne put relever.

Sous Louis XI, pendant que le Roussillon était un champ-continuel de guerres et d’intrigues, Elne fuit mutilée : les troupes italiennes chargées de sa défense, se trouvant trop peu nombreuses pour tenir dans une ville aussi étendue qu’elle l’était alors , démolirent la partie basse , ce qui n’empêcha pas la cité d’être prise, au bout d’un siège de six mois, et son gouverneur, Bernard d’Oms, d’être décapité ( 1474). Sous Louis XIII , Elue , qui servait d’enffepôt pour tous les secours que l’Espagne dirigeait sur Perpignan, fut investie et prise, après dix jours de tranchée ouverte, par le prince Henri de Cotldé (1641 ). La ville avait été presque entièrement détruite pendant le siège ; les habitants obtinrent une capitulation honorable. En 1793, le duc d’Ossuna, commandant une division de quatre mille neuf cents hommes, s'empara d’Elnc sans résistance; mais le général Dugommier contraignit bientôt les Espagnols à l’évacuer,

ROIS8ILLON.

Nous a unis dit, dans la notice sur Perpignan , que le siège épiscopal d'Etne y avait été transféré en (602 : la décadence définitive de cette ville date de la perte de son évêché. Le domaine utile appartenait , avant la Révolution , à l'évêque de Perpignan et au chapitre ; l’église à trois nefs est curieuse , quoiqu'elle ne soit pas construite, comme on l'a cru longtemps, sur le plau de l’église de Jérusalem, et le cloître eu marbre blanc est un des monuments les plus remarquables de la France. La population d'Elne s’élève à peine aujourd'hui à 2,200 habitants, qui font le commerce des bestiaux, des cordages et des instruments aratoires. *

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