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frappé dans ses plus chères affections, renvoya quelques Icudcs qui voulaient lui rester fidèles : a Allez rejoindre mes fils, leur dit-il; n’augmentez point ma douleur en vous exposant à la mort par votre fidélité, n Puis il se livra lui-mème , et ses enfants le firent déclarer par l'armée déchu de ses droits au trône.
Ce n'est pas, d'ailleurs, eu cette seule occasion que les destinées de l'empire de Charlemagne furent réglées à Colmar. Quand les Normands ravagèrent les parties occidentales de l'Europe, Charles-lc-Gros convoqua dans cette ville , en 88’», une assemblée de seigneurs pour aviser aux moyens de sauver ses étals. Colmar alors faisait encore partie du domaine ; mais l'imprudente libéralité de quelques empereurs aliéna bientôt, au profit de l'Église, la plus grande partie de son vaste territoire, dont les limites ne sont pas bien connues. On sait cependant que le val de Munster y était compris. Ces aliénations profitèrent surtout à l'abbaye de Saint-Grégoire, au prieuré de Saint-Pierre, incorporé plus tard à l'abbaye de Payerne en Suisse , et «à l’église de Constance. Il parait même résulter d’actes de l’an 1216 , que ces trois corporations religieuses furent substituées aux empereurs dans tous leurs droits sur Colmar. Les mômes titres font , pour la première fois, mention d’un pouvoir communal. Peu d'années après, le Thésée de l'Alsace, Wolfhell ou Wolfelip, bailli provincial, entoura Colmar de murs et lui donna les droits de cité. C'est encore vers le môme temps (1237), que l’évèque de Bêle, du consentement de l'abbé de Munster, érigea la paroisse en église chapitrale. l,es Colmaricns se montrèrent dignes de ces avantages, par leur ardeur A défendre leur indépendance et par leur fidélité envers l’Empire. C’est sans doute pour résister aux prétentions des évêques de Strasbourg, qui briguaient alors la souveraineté des villes, que les habitants de Colmar combattirent, en 1218, ceux de Rouffach, sujets de l'évêché; mais ils furent vaincus et perdirent un grand nombre des leurs. Ils curent leur revanche , huit ans après , dans une nouvelle rencontre.
A cette époque, la dignité de prévôt impérial était confiée A un plébéien, Jean Kôsselmann, fils d'un tanneur de Turckheim. Cet homme, après avoir été serviteur du dernier titulaire, avait dû son élévation à son intelligence, à sa probité , à sa prudence surtout et à son dévouement pour la chose publique. L’anarchie du grand iuterrègne , compliquée des derniers ferments qu'avaient laissés dans les esprits les querelles avec Rome , rendait les fonctions du nouveau prévôt très-difficiles. Le plébéien ne se montra pas inférieur à sa haute mission et sut maintenir, aux dépens de sa vie, les droits de l'Empire et ceux de la ville, rendue à l’immédiateté, malgré les efforts du fameux Walther de Geroldseck. Cependant il ne put empêcher l'évêque de Strasbourg de s’emparer de Colmar, en 1261. Alors Rôsselmann fut chassé et remplacé par un noble de Ratzamhausen. Mais bientôt, s'étant concerté avec Rodolphe de Hapsbourg, dont l'évêque venait de perdre l'appui, il pénètre dans la ville et se cache dans un tonneau. La nuit venue, il quitte son abri, réunit les bourgeois qui lui étaient restés fidèles , s'empare de l'une des portes, et fait allumer une botte de paille au haut d’une lance ; signal convenu avec le comte de Uapsbourg qui attendait sous les murs le succès de la tentative. Celui-ci entre aussitôt dans la ville avec ses gens, à la clarté de grands feux qu'on allume de toutes parts ; les conjurés se précipitent dans les rues,
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l'épée à la main, et font main-basse sur les partisans de l'évéque, dont le plus grand nombre parvient à s'échapper par-dessus les remparts. ROsselmann , rétabli dans sa charge, s’empressa de faire alliance avec Strasbourg contre l’ennemi commun.
Le calme fut de peu de durée , car le parti vaincu crut pouvoir imiter le coup de main qui l'avait renversé. Un matin , au moment où l'on ouvrait la porte de Bâle, une centaine d’hommes bien armés, commandés par le seigneur de Wineck, se jetèrent dans la ville en poussant le cri de guerre de Walther de Oeroldscck. Ils ne pouvaient surprendre ROsselmann , qui , à la première alarme, rassembla les bourgeois et courut le premier à la rencontre des assaillants. Toutefois, accablé par le nombre, il tombe percé de coups (1262) ; la mort du magistrat populaire est pour les citoyens le signal de la vengeance : rien ne leur résiste ; en un instant l'ennemi est contraint de prendre la fuite , et tous ceux que l’on fait prisonniers sont mis â mort. Quant aux bourgeois qui avaient participé au mouvement , on les condamna au supplice des traîtres : attachés à la queue des chevaux , ils furent trainés jusqu'au lieu des exécutions et roués. I.e huste de ROsselmann fut placé sur la porte témoin de sa mort glorieuse, et son nom, vénéré des Colmariens, est epcorc pour eux inséparable du souvenir de leur antique liberté.
Lors de la conclusion de la paix avec Walther da Geroldseck , Rodolphe conserva toute son influence à Colmar; c'est ainsi que nous le voyons, en 1269, s’emparer, à la tête des bourgeois, du château de Reichenstcin, à l'entrée de la vallée de Riquewihr, où s'étaient retirés de nobles brigands. Aussi , lors de son avènement au trône impérial, n'oublia-t-il point ses anciens alliés, auxquels il accorda des privilèges fort curieux, dans une charte datée de Vienne, le jeudi avant le jour de l’an 1278. Les principales dispositions de ce diplôme font bien connaître la commune du moyen âge. Au moment où la nouvelle d'un homicide se répandait à Colmar, on sommait , au son des cloches , le coupable de se présenter : si le crime était avéré, il était décapité; s'il prenait la fuite, la maison qui lui conférait le droit de bourgeoisie était rasée et l'on ne pouvait la relever avant un an ; mais s'il se présentait devant le tribunal et se prétendait innocent , on lui déférait le combat judiciaire. Survenait-il une guerre entre les bourgeois, le juge ne pouvait poursuivre les coupables que sur une plainte. Aucun étranger n’était admis à porter témoignage contre un bourgeois. Si le condamné refusait de se soumettre à la sentence qui le frappait , il pouvait s'adresser aux tribunaux des villes pourvues également de codes , ou faire décider l’affaire selon les dispositions du droit de Cologne. L’n bourgeois commettait- il quelque crime hors du ban de la ville, ses concitoyens n'en étaient point solidaires si le coupable ne revenait pas au milieu d’eux dans l'espace de trois jours.
Les autres articles de cette charte ne présentent pas moins d’intérêt : ils concernent la communauté des biens entre époux , les droits des enfants à l'héritage de leurs parents , l'inviolabilité du domicile , les citations devant les tribunaux étrangers, l'admission au droit de bourgeoisie, le droit de propriété, les coups et blessures, le port des armes, la perle de la protection impériale, infligée comme punition de certains délits, les poids et mesures, le parjure, la majorité fixée à quinze ans, les successions , etc. , etc. L’Empereur s'engageait , en outre , à ne point nommer de prévôt de Colmar qui ne fût bourgeois résident de cette ville ;