VI LIE F R AIT CH E. —MONT-LOUIS
L'origine de Céret se perd dans les temps obscurs du Roussillon , et nous ne savons presque rien de son histoire jusqu'au xviP siècle. Ce fut à Céret qu’eurent lieu , après la pais des Pyrénées, les conférences des commissaires nommés par la France et par l’Espagne pour tracer les nouvelles limites des deux royaumes (1660). M. de Marra, l’un des commissaires de Louis XIV, s'appuyant sur les textes positifs des auteurs de l’antiquité et de plusieurs chartes du moyen Age , voulait conduire la ligne divisoire depuis la pointe du cap de Creus jusqu’à la hauteur de Céret. Les commissaires espagnols, moins instruits sans doute, mais que de vieux souvenirs nationaux servaient mieux quant à la situation de l’ancien temple de Vénus, lui opposèrent sur le premier point des difficultés sérieuses, et Louis XIV, craignant de s'aliéner la cour de Madrid, rappela, au mois d’avril, M. de Marca, dont le collègue, M. Serroni, évêque d’Orange, continua seul la fixation des limites. Le savant de Marca se trompait (sciemment peut-être) sur ltk position du Ftinnm Venrris; mais on peut dire que son rappel coûta à la France les deux villes de Puv renia et de Llivia, qui furent allouées à l'Espagne. Quoique, dans les temps antérieurs à la réunion, Céret eut dil plus d’une fois ressentir le contrecoup du choc des armées des deux nations rivales, les historiens du pays ne nous donnent aucun détail à ce sujet : nous savons seulement que cette petite ville fut prise , vers la fin de l'année ^792 , par les Espagnols. Le pont de Céret , dont une légende attribue la construction au diable , n’a qu'une seule arche appuyée sur des rochers et d’une extrême hardiesse. La ville sise au pied des Albères, non loin de la rive droite du Tech, est aujourd'hui l’un des deux chefs-lieux de souspréfecture des Pyrénées-Orientales; sa population est d'un peu plus de 3,300 ha-
I. Tile-Livc. — Pomponios Mêla. — Henry , Itietoire du Houuillon. — Piiipgnri , Notice sur In ri U* d'Elne. — IHctionnaire «le Heaseln,
CÉRET. — BRADES. .{23
bilants , et l'arrondissement en rompte environ 40,200. Il y avait , avant la Révolution , dans le faubourg de Céret , un couvent de Capucins et un autre de Carmes.
Au haut de ta route qui, du point où nous sommes, conduit en Espagne, entre les passages de Pertus et de Panissas, s'élève le fort de Bellegarde. Les trophées de Pompée ont disparu depuis bien des siècles : une tour de vigie les remplaça sans doute, puis une forteresse aragonnaise; enfin la France y prodigua, sous l’œil de Vauhan, les travaux de l'art. L’arrondissement de Céret renferme encore deux places de guerre : Collimirc et Prats-de-Mollo contenant, • l’une 3,274 habitants , l'àutre 3, 3-28. Collioure est l'antique Caucoliberis , où débarquèrent, l’an de Rome 735, les ambassadeurs que le sénat envoyait à Ruscino pour y prier les ehefs des Sardones de refuser le passage de leur pays à Annibal.
Bdtie au bord de la mer, dans une situation pittoresque, à une demi-lieue de Port-Vendres, cette ville est défendue par le Miradou et le fort Saint-Eline, destinés à arrêter l'ennemi aux passages de Bonyols et de Belitre , les plus faciles des Albères. Les Espagnols s’emparèrent de Collioure , en 1793 , et l’évacuèrent en 1794. Prati-de-Mollo occupe le haut Vallespir ; la place, entourée d’une vieille enceinte où s’échelonnent des tours rendes à l’antique, est protégée par le fort Lagarde , que beaucoup d'historiens confondent sans cesse avec le fort de Bellegarde. Collioure a donné le jour au général d'artillerie François Berge , qui fut gouverneur de l’école d'application de Metz.
Prades, sur la Tet, deuxième chef-lieu de sous-préfecture des Pyrénées-Orientales, est une petite ville que recommande surtout la beauté de ses environs et la bonté de ses eaux. Elle était comprise autrefois dans la viguerie de Confient, et sa seigneurie appartenait à l'abbaye de la Grave dons le diocèse de Carcassonne.
Les capucins avaient un joli couvent hors des murs. Son église ne fut point une mosquée, comme ori l'a prétendu longtemps ; si un monument arabe a existé dans ce pays, c'est sur la petite montagne qui porte encore le nom de Puig île la Masquila. Dons une vallée aux environs de Prades était l'abbaye de Saint-Michel-de- Cuxa , où saint Romuald et Pierre Ursuclo , doge de Venise, prirent l’habit monastique. Le chef-lieu n'a pas plus de 3,150 habitants, et l'arrondissement 57,709.
En remontant la Tet on trouve Villcfranchc, place forte située au nord de la vallée de Sahorre et de celle de Vcrnet, à l'entrée de la plaine de Roussillon. Fondée, en 1075, par Guillaume de Cerdagnc, et prise, en 1054, par les Français, cette ville a été fortifiée, sous le règne de Louis XIV, d'après les. plans do Vauban. Elle était la capitale du comté de Confient et le siège d'une viguerie; on y. trouvait, avant la révolution, un couvent de capucins. Mont-Louis sc rapproche encore des sources de la Tet ; cette autre place de guerre, dont la population est inférieure à celle de Villcfranchc (430 habitants contre un peu plus de 700) est cependant , par sa position et par l’importance des travaux militaires qui y furent exécutés aussi sous la direction de Vauban , un fort point de défense nationale. C'est à Mont-Louis que fut rapporté le corps du général Dagobert , mort à Puycerda d’une fièvre violente, le 8 floréal an il (-27 avril 1794), à son retour de l’expédition de la Seu d'Urgel. Le 27 brumaire de la même année (17 novembre) , le général en chef Dugommicr ayant été tué, sur la Montagne-Noire, par mi
ROUSSILLON
éclat d'obus qui l'atteignit à la tête , au moment où il se disposait à attaquer le centre de l’armée espagnole, retranchée dans le Lampourdqn , son corps fut également ramené en France et enterré à Bellegarde. Lorsqu'au mois d'aoùt 1800 , les restes des deux généraux républicains durent être transférés à Perpignan , les sous-préfets des arrondissements de Cérct et de Prades se rendirent sur les lieux pour procéder à l'exhumation ; mais les habitants de la commune et du canton de Mont-Louis ne voulurent point qu'on leur enlevât complètement la dépouille mortelle de Dagobert, et l'on Tut obligé, pour les satisfaire, d’en laisser une partie dans le tombeau. Arrivé à Perpignan, le .convoi parcourut toute la ville et se rendit à la place des Jésuites, aujourd'hui place Royale : là, les corps des deux illustres .capitaines furent déposés dans un caveau, sur lequel devait s’élever un monument d'où on les a tiré-s depuis pour les inhumer dans le cimetière de la v ille. '