PORT- VENDUES
qu'ils eussent établi Uné communication à travers les graus de Leucate et de la Nouvelle, jusqu'au fond de son petit golfe.
Plus tard, les Wisigoths et les rois d'Aragon laissèrent également Port-Vendres dans l'oubli et dans l'obscurité. Ce n'est qu'en 1272, que le roi J ay inc l‘r, surnommé le Victorieux , ordonna de le curer et de le réparer, ainsi que celui de Collioure , que ce même prince avait fondé. Il affecta à leur double entretien une rente perpétuelle de cinq mille sous inelgoricns, avec cette condition remarquable : que ce fonds ne serait affecté aux liesoins de Collioure qu'autant que ceux de Port-Vendres seraient satisfaits. Cette.disposition du roi d’Aragon indique assez ta différence qu’on faisait dès lors entre l'utilité relative de ces deux établissements.
Port-Vendres ne tarda pas à prendre le premier rang parmi les ports du Roussillon : on voit que don Pedro, roi d'Aragon, & l’époque de ses démêlés. avec son beau-frère, Jayme II , roi de Majorque , ne négligea pas de s‘en emparer. 11 y a ici une lacune dans les renseignements historiques, et il n’est presque plus question de cette ville depuis sa prise par don Pedro, en 1344, jusqu'au moment de la conquête du Roussillon par Louis XIII. On sait seulement que les princes espagnols firent toujours grand cas de son port , dans lequel les galères royales trouvaient un bon abri. Vingt ans après la réunion de cette province à la monarchie française , la situation de Port-Vendres sur un point extrême de. la frontière maritime frappa Vauban , à la sagacité duquel rien n’échappait , et il ne craignit pas d'avancer que de la possession de ce point par l'Espagne ou par la France dépendait celle du Roussillon. Il proposa, en conséquence, de le fortifier; mais ce projet n'eut pas de suite, et l’entretien du port ayant été négligé, les sables et la vase ne tardèrent pas à s'y amonceler de telle sorte que les galères ne s'y mettaient plus à couvert qu'avec peine. Son entrée n’était, du reste, défendue que par deux fortins insignifiants et qui n'empêchaient pas les Miquclets de venir la nuit insulter les uavircs.
11 est curieux de voir comment Expilly parlait de Port-Vendres dans son Dictionnaire géographique : « On reconnaît le port, » lit-on dans le sixième volume (le ce grand recueil, publié en 1778, « à un gros écueil situé sur la gauche en entrant. On voit aussi, sur la pointe de droite, un fortin au milieu duquel on a élevé un fanal. Le mouillage ordinaire est depuis le fanal jusqu'en dedans des magasins; partout au fond du port, principalement sur la gauche, l'eau manque. Le plus profond est du côté de la droite. Communément, on y trouve encore depuis deux jusqu'à quatre brasses d’eau. Les vents de N.-E. y causent quelquefois une grosse mer; mais ceux du N.-O. et du S.-O. y sont très-rudes. Il n'y a d'ailleurs que cinq ou six maisons le long du bassin, outre une petite chapelle, où, autrefois, les galères d’Espagne faisaient dire la messe. »
Les choses en étaient là, quand dans les premières années du règne de Louis XVI, le maréchal de Mailly remit sur le tapis les idées de Vauban, et obtint quinze années d'exemption de tout impôt pour ceux qui voudraient bâtir à Port- Vendres. Dès 1775, on avait travaillé au curage du port, et les travaux continuaient encore en 1787 ; mais sauf quelques constructions indispensables , telles que batteries, magasins, etc., et un obélisque en marbre des Pyrénées, élevé eu
ROUSSILLON
l’honneur de Louis XVI, la ville ne s'agrandit guère, malgré la munificence royale. On ne prit même pas confiance , à ce qu'il parait, dans le résultat définitif des dépenses que le gouvernement y faisait. Cependant ces dépenses frappèrent les esprits jusqu’à un certain point; car elles donnèrent lieu à des critiques plus ou moins fondées. Un essai historique et militaire sur le Roussillon, publié à Londres à cette époque, et qu’on croit être du chevalier de la Grave, disait entre autres choses, que l’eutrée de Port-Vendres serait difficile à trouver, que le courant y serait rapide, que le vent de N.-E. empêcherait le débouchement, et celui du S. l’entrée, etc. Mais ces observations ne prévalurent pas, et les travaux eussent sans doute été continués sans tes événements qui changèrent la face politique de la France.
La révolution de 1789 paralysa tout. On sait que la guerre ne tarda pas à éclater sur la frontière des Pyrénées avec beaucoup de vivacité. Port-Vendres et Collioure, d’abord livrés aux Espagnols, furent repris, en 1794, par Dugommier, à la suite de la capitulation du fort Saint-Ehne ’. Sous l’Empire, on ne s’occupa plus guère de ces ports ; il en fut de même sous la Restauration jusqu'au moment de l’expédition d'Alger. Mais ici commença une ère nouvelle pour Port- Vendres.
On voit, en effet, par cette rapide esquisse historique, que si Port-Vendres est pour la France d’un grand intérêt , c'est moins par ce que cette ville vaut aujourd'hui, que par ce qu’elle doit bientôt valoir. Son port, à peu près inutile, dans son état actuel, pour la marine militaire, à cause de son défaut de profondebr, pourra, lorsqu'il sera suffisamment creusé, offrir un asile aux plus grands navires de la flotte. Mais sa destination spéciale , celle qui est indiquée désormais par la nature de nos armements de guerre , c'est de recevoir les vaisseaux à vapeur. Là sera probablement , un jour, leur arsenal et leur point de départ pour la côte d’Afrique, dont Port-Vendres est plus rapproché que Toulon, sans compter qu'il est mieux placé que cette dernière ville, par rapport aux vents de N.-O.
Il existe plusieurs projets d’améliorations. L'un d’eux a réuni beaucoup de suffrages et semble avoir été adopté par le gouvernement , si l’on s’en rapporte à la loi du 19 juillet 1845, qui a consarré deux millions cinq cent mille francs au curage du bassin, dont on veut porter la profondeur à neuf mètres cinquante centimètres. On veut aussi relier entre eux les îlots qui forment , à l’entrée , ce qu'on appelle à présent la petite passe , par un môle sur lequel on établira une
I. Le directeur de V Histoire du Villes de France pense qu'on tira avec Intérêt quelques détails sur le siège que soutint Port-Vendres, en 1794, cl auquel assista l'honorable auteur de cette notice, M. l'amiral Grivel.
Le 18 floréal an u ( 17 mai 1791) , la brèche faite au fort Saint-Elmc étant très-avancée , l’ennemi tenta une sortie, sur les onze heures du soir, et fut repoussé avec perte. Dugommier, qui manquait de grosse artillerie, réussit à pratiquer dans la montagne un chemin de deux lieues et demie, le long duquel ses soldats traînèrent à bras des canons de 11 et des mortiers de 11 pouces. Le 4 prairial, les Espagnols demandèrent à capituler; mais on ne s’entendit point sur les conditions, et le 7, ayant évacué le fort Saint-Elme, ainsi que tons les forts de Port-Vendres, ils se retirèrent dans Collioure, où iis furent étroitement bloqués par Dugommier. Le général Navarre n'hésita plus alors à capituler; la garnison, composée de sept mille hommes, livra aux républicains son artillerie et scs munitions, et s’engagea à ue plus servir contre la France pendant toute la dorée de ta guerre. < i