PORT-VENDRES
batterie. Cette construction , qui mettra l'intérieur du port à i'abri de la mer, sera de la plus grande utilité.
Nous ne pouvons mieux terminer notre aperçu qu'en rappelant les motifs du projet de loi, qui fut présenté aux Chambres, lors de la demande des deux millions cinq cent mille francs. Ces motifs sont déterminants. Ils prouvent surabondamment l'importance que le gouvernement attache à Port-Vendrcs et donnent la mesure de l'accroissement qu'il doit prendre dans un avenir prochain.
« Il existe, sur les confins de notre territoire, dit le projet, un port qui pourrait être mis , à peu de frais , en état d'offrir un sûr asile aux vaisseaux du premier rang, et à plus forte raison aux frégates à vapeur de la première grandeur. Cest Port-Vendrcs. Placé dans fa situation la plus heureuse , près des frontières d’Espagne, à l'extrémité du golfe de Lion, Porl-Vendres offrirait, en cas de guerre maritime, uue position militaire du plus haut intérêt et qui serait particulièrement précieuse pour les navires à vapeur. Garantie par le voisinage des hautes terres contre les effets du vent de N.-O., qui tourmente si fréquemment le golfe de Lion, la navigation entre Port- Vendras et l'Algérie est toujours possible et comparativement facile. Elle est, en outre, plus courte de vingt lieues qu'en partant de Toulon ; aussi ce port est-il ordinairement choisi, comme point de départ, pour les troupes qui sont dirigées de l'ouest et du midi de la France , sur l'Algérie ou sur Oran. Il y a cent soixante-dix ans, Vuuban avait aperçu et faisait ressortir, avec une vive énergie, les avantages que celte position présentait pour la France, et son importance s’est singulièrement accrue dans ces derniers temps, par suite de la création de la navigation à la vapeur ». On peut ajouter que depuis Vauhan jusqu'au général Castellane, qui commande aujourd’hui sur ce point, Port- Vendras a excité la sollicitude de tous les militaires distingués qui ont pu prendre une connaissance approfondie de sa situation.
Port-Vendres, situé autrefois dans le Vallespir, fait aujourd'hui partie du canton d'Argelès, compris lui-même dans l'arrondissement de Céret. La population de cette ville est encore très-faible ; elle ne s’élevait pas , à l'époque du dernier recensement, à plus de 800 habitants. C'est un progrès, mais un progrès peu sensible sur ce qu'elle était vers là tin du xvhi* siècle. « On n'y compte point de feux en particulier » , remarquait alors Expilly, « ce village étant affouage avec Collioure , dont il n'est séparé que par une montagne sur laquelle est bdti le fort Saint-Elme. » '
I. Géographie i de Slraboo el de Ptolémée — D'AiivfUe , Notice de l'ancienne Gaule. — Dictionnaire d’Kipillj. — Henry, Histoire du Houesillon. — Le chevalier de Lagnve, K liai militaire sur le Mouseillon. — F. ialabert , Géographie du département des Pyrénées-Orientales. — Annuaire des Pyrénées-Orientales. — Le Moniteur universel.
AGRICULTURE. - INDUSTRIE. - COMMERCE. — CARACTÈRE. - MOEURS. COUTUMES. — LANGAGE. — ANTIQUITÉS.
Quanti on arrive dans le Roussillon par le chemin de Narbonne, on suit une route qui, dans sa première partie, fut la voie Domitia. On marche d'abord dans un chemin resserré, et l'tril est rudement frappé par les mamelons nombreux , arides, fortement accentués du rameau des Corbières qui se dresse sur la droite ; puis on entre dans une vaste plaine, riche surtout en vignobles excellents, mais presque dépouillée d'arbres. Bientôt cependant tout change et s’embellit : on voit s'élever au loin, et sur la droite, des collines et des montagnes variées d’aspect, au milieu desquelles se dessine le Canigou , qui semble se prélasser au soleil pour faire fondre les neiges éternelles dont son triple pic est couvert: puis, au delà de Perpignan, et depuis le Canigou jusqu'à la mer, on suit la silhouette ondulée des cimes noires des Albères. A l'est , sur toute la route et par opposition à cette partie montagneuse, l'œil parcourt une vaste plaine, au bout de laquelle scintille l'eau de plusieurs étangs et frémit un peu plus loin le galon d'argent de la Méditerranée. Le Roussillon est découpé en six vallées dont chacune sert de bassin à l’une des rivières torrentueuses descendant des montagnes voisines. Ce sont les vallées de la Cerdagnc , où la Sègre se promène longtemps avant d'aller en Espagne; du C.npcir , où l'Aude prend sa source avant de donner son nom à un département voisin; du l'enouiltet , dont l'Agli emporte tous les ans à la mer quelques lambeaux d'excellentes terres; du Confient, que la Tet traverse dans toute sa longueur; des Aspres, que le Réart enrichit ou ravage; enfin du Valtespir , où le Tech roule scs ondes depuis la belle montagne de Costa-Bona.
Ixi Cerdaguc , qui englobe la vallée de Carol , riche en sites pittoresques , en ruines et en mines de fer, est la partie de l'ancienne province espagnole de ce nom qui fut accordée à la France par la délimitation de 1G59. Elle est encaissée entre de hautes montagnes, à l'extrémité occidentale de la chaîne des Pv rénées roussillonnaises : la neige couvre ces monts pendant la moitié de l'année, et ses élévations n'offrent guère d'autre produit que des forêts de grands arbres et quelques pâturages où paissent des élèves de la race bovine dont la qualité approche de ceux de la Suisse. Mais en descendant on trouve, sur les vei'sants, des prairies verdoyantes, qui nourrissent d'excellents chevaux de cavalerie légère. Les céréales, et le seigle principalement, occupent le centre de la vallée. Une particularité bizarre frappe, au premier abord, l'étranger qui parcourt ce pays. Hans la Cerdagnc française est un petit canton de dix kilomètres carrés: c'est l'enclave de Livia, portion de terre et population appartenant à l'Espagne ; un chemin neutre y conduit. On comprend difficilement pourquoi les deux nations laissent subsister, depuis 1659, cette absurde enclave, qui ne sert guère qu'à favoriser la contrebande. Malgré les réclamations des Cerdanyols, malgré les demandes du conseil général du département,
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rien n'a été fait pour obvier à ret état de choses plein d'inconvénients. Le langage et les mœurs des Cerdanyols français sont presque absolument semblables à ceux des Catalans, leurs voisins. Pendant la belle saison, ils se livrent à la culture; l'hiver, les montagnards, cernés par les neiges, fabriquent des tricots de laine dont ils font un grand commerce. C'est dans la Cerdagne que se trouve le col de la Perche, débouché dangereux en hiver et qni prend son nom de quelques perches qui le jalonnaient pour guider le voyageur au milieu des neiges. Le Capcir est voisin de la Cerdagne, dont il diffère peu : ce sont les mêmes accidents dé terrains, le -même contraste offert par une nature riante et fertile, constamment opposée à une nature sauvage et rocheuse; ce sont les mêmes productions du sol, la même industrie à peine développée. Durant la saison rigoureuse , les babitanls du Capcir vont demander du travail à la plaine. Leur langage se rapproche de celui des habitants de l'Aude.
Le Coudent semble, vers les sources de la Tel, ne former, d'abord, qu'un défile étroit; puis il vient s'étendre dans des plaines vastes et riantes. Dans le haut Confient , les céréales sont maigres, et les flancs des monts se sont appauvris par le déboisement, déplorable résultat d'une mauvaise administration plus encore que des besoins de l'industrie métallurgique. Le pin domine sur ces montagnes qui fournissent encore de belles coupes annuelles et de beaux arbres propres à la construction. Le bas Confient est d'une grande richesse agricole- : rien de pittoresque comme la vallée de Prades, rien de riche comme la campagne d'Ille ét toute la plaine arrosable qui prend le nom de Ihberal; la végétation y est magnifique, la variété de culture extraordinaire. On y fait, généralement, trois récoltes par au : une en blé, les deux autres en trèfle, haricots, maïs, lin, chanvre, etc. C'est dans le Confient que se trouve la belle montagne du Canigou, dont les contreforts séparent du Vallespir cette pallie du Roussillon. Là longue vallée de l'Agli suit les caprices de la rivière sinueuse dont elle prend le nom. Ses montagnes , que le chêne-nain couvrait naguère encore, ont été mises à nu par la cupidité des paysans; l'olivier d’Estagel peut lutter avec celui de Provence, et le vin y est des plus généreux. Les marbres d’Estagel, de Tautavel et de fiaixas sont nombreux, de Mies qualités, et plus appréciés de joui- en jour. C'est au bas de la vallée de l'Agli que se trouvent les excellents vignobles de Hivesaltes. Les Aspres sont riches en vignobles, en oliviers , en seigle et en froment ; mais les arrosages n'y sont pas possibles comme dans toutes les autres vallées du Roussillon, à moins qu'on n’y continue les forages artésiens dont le succès a déjà v ivifié le terrain aride des communes de Rages et de Toluges. Le Vallespir s'étend sur la plus grande partie de la frontière d'Espagne, depuis Costa-Ilona jusqu'à la mer. Le châtaignier alterne sur les montagnes de la haute partie de ses vallées pittoresques avec, le hêtre et le sapin ; le blé noir est un de ses produits essentiels; les montagnes des Albères, à partir îles environs du Pertus, sont couvertes de chêne-liége ; plus près de la mer l’olivier leur dispute le terrain ; enfin la vigne s'empare des montagnes et d'une partie de la plaine': on connaît la réputation des vins de Colliouro et de Baux uls.
Le Roussillon offre ainsi dilféreutes zones qui peuvent faire souvent ap|taraltre tous les climats sous un seul coup d'œil : du flanc d’une montagne, rafmic.hr par vi. 12
ROUSSILLON
une brise tempérée , .on peut apercevoir au-dessus de soi la neige qui couvre le sommet, taudis qu'au fond de la vallée on découvre la vigne en floraison , l'amandier déjà chargé de fruits, l'oranger qui porte mêles ses fruits et ses fleurs. L’hiver, le printemps, l’été, se trouvent réunis dans un espace qu’on |wut parcourir en un jour ; les aspects les plus variés et les productions les plus hétérogènes se touchent. Souvent le soleil projette du haut des montagnes l'ombre des sapins, amis des vents polaires, sur les myrtes, les grenadiers, k s aloès et autres arbustes délicats que les moindres gelées flétrissent et tuent ; des rochers nus et sombres font face à des flancs de montagnes flou ries et embaumées. A des versants âpres et déchires succèdent, comme par enchantement, des collines couvertes de vigne s, de grasses et fraîches prairies. Des bois touffus, des vergers où les plantes potagères et les arbres fruitiers, avantage inappréciable et double richesse du pays, étalent leurs savoureux produits , cachent au regard une plaine vaste et aride dans laquelle on chercherait en vain un filet d'eau et un bouquet de feuillage pour se rafraîchir. A la limite de la plaine la plus fertile et la plus riante, on trouve des pics, des torrents, des gorges, des cols si affreux quand le vent s’y engouffre, quand la neige y tourbillonne, que, selon un proverbe du pays, on doit suivre son chemin divil et ferme sans se retourner , le frère eiit-il son fis derrière soi, le fils marchât-il devant son père ( le col de la Perche).
Le sol, avec un meilleur système d'agriculture, pourrait enrichir la France de productions exotiques et précieuses ; mais là, comme ailleurs, et plus (plaideurs peut-être, l'esprit de routine a été un obstacle à beaucoup d'améliorations. la; système d'irrigation des terres, qui rappelle celui de las huertus de Valence, y est remarquable en ce sens qu’il utilise jusqu'à la dernière goutte, peut-on dire, de l'eau trop rare des rivières et des ruisseaux. L'huile forme, avec le v in, le principal objet d'exportation. Il y a des plaines de plusieurs lieues où l'on ne découvre rien que des ceps de vignes; d'autres, non moins étendues, où l’on ne voit que le pâle feuillage de l'olivier. La rév olte des céréales ne dépasse pas la quantité nécessaire à l’alimentation du pays. Les plantes aromatiques des montagnes fournissent aux nombreux essaims d'abeilles le suc qu'elles transforment en un miel délicieux, connu improprement dans le commerce sous le nom de miel de Narbonne; les pâturages, trop mêlés d'herbes odorantes, engraissent des liestiaux dont la viande est médiocre ; mais lui gibier excellent abonde dans la plaine, et surtout dans les collines. Parmi les mammifères dti Roussillon, nons citerons l'ours brun, le loup, le loup-cervier, le sanglier, le lynx, le blaireau, le hérisson d’Europe, et l'antilope chamois (l'issard) ; l'ornithologie comprend l’aigle , le vautour, le faucon, l’épcrvier, le milan, le héron, la grue, le corbeau, le cygne, et le gobemouchc ( beca-fiya ). Enfin, la pêche maritime, principale ressource de la côte, et la pêche îles rivières, peuplées de truites excellentes, fournissent aux tables tout ce qui peut flatter la sensualité.
L'industrie n'a pas fait de grands progrès dans le Roussillon. Il y a des fabriques de draps grossiers, des distilleries, des magnaneries, qui reprennent faveur après avoir été délaissées , des tanneries et des papeteries. Tout sou commerce consiste dans l'exportation de ses vins, de ses huiles, de ses grains lins de la Salanca, de ses salaisons de Saint-Laurent, de scs lièges et de scs cercles de futailles.
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On lire du fiant- des. montagnes roussillonnaisrs de grandes quantités de fer, qui alimentent les forges des vallées du Terlt et de la Tet , et même les usines de l'Ariége. Le minerai est de qualité supérieure; malheureusement les moyens d’extraction ne sont guère en rapport avec les progrès de l'art. Quant a la fabrication, la méthode dite catalane y est toujours en vigueur. Ites indices de plomb, des filons de cuivre rouge , et môme quelques affleurements d’argent , ont été signalés à diverses époques; mais il y aurait folie à compter sur des résultats avantageux dans une autre exploitation que celle du fer, et de quelques carrières de marbre , de gypse et de carbonate calcaire. Les sources thermales sont nombreuses dans le Roussillon et douées des propriétés médicales les plus précieuses.
Les Py rénées-Orientales comptent quatre-vingt-deux sources minérales , cinquante-deux sulfureuses, vingt-deux ferrugineuses, trois thermales simples, et cinq salines ; mais l'art n'a longtemps fait aucun efTort pour leur donner cet attrait qui fait affluer les étrangers aux thermes des autres départements. Depuis quelques années seulement , on a apporté diverses améliorations, qui, unies à l’excellence bien constatée des eaux, à la douceur du climat, à l'aspect terrible ou gracieux et toujours pittoresque des sites, commencent la vogue de ces utiles établissements. Les bains d'Arles , de Vcrnet et de Iji Preste , sont les plus renommés. «
Le Roussillon , si riche en souvenirs historiques , ne possède pourtant que fort peu de monuments anciens. Des Celtes il lui est resté quelques dolmens et menhirs sur les hauteurs qui séparent Sorède de la chapelle de la Vierge del Caslelt , sur la montagne de la Roque, et entre Calaoroer et Montner, près du col de la bataille. Parmi les vestiges de monuments romains, on signale quelques parties des bains d'Arles ; les culées d'un pont sur le Tech , en amont du pont du Diable, sous Ceret; quelques substructions â Elue, et d'autres débris de muraille à la haute et à la basse Cluse. Les Maures, auxquels la tradition populaire attribue bien des édifices, et notamment les tours de vigie qu'on remarque au sommet dès montagnes des Corbières et des Albères, n’ont pas laissé la trace d'un seul monument. On a longtemps donné une origine arabe à l'église de Planés, petite commune de la Cerdagne : M. Taylor prétend que c’était une mosquée, et M. Henry un tombeau ; mais tout s’est écroulé sous le regard de l'antiquaire. L’église de Planés est un monument de l'époque romaine , époqde qui fut beaucoup moins avare que les autres pour le Roussillon , car plusieurs églises en portent les caractères écrits sur les marbres de leurs retables et de leurs portails, le cloître en marbre rouge de Saint-Michel de Cuxa, transporté à Pradeset transformé en établissement de bains, lutte encore de beauté avec le cloître en marbre blanc d'Elnc , le plus précieux monument architectonique du Roussillon , et l’un des mieux conservés de France.
Les Itoussillonnais ont une physionomie particulière , des usages anciens , des mœurs qu'on chercherait en vain dans les autres provinces de la France ; leur « langage est rapide, sonore, et a toute l'énergie d'accentuation de l'espagnol. Leur costume tient encore de son originalité primitive, dans la montagne surtout, de sorte que le voyageur se croirait, au premier abord , dans (es contrées d'Espagne ou d'Italie qui offrent des types si chers aux peintres, les Itoussillonnais sont
ROUSSILLON
grands, bien faits, robustes, agiles, résolus; ils se campept fièrement et leurs visages brunis sont énergiquement dessinés. Leur caractère moral est aussi fort ornent frappé ; ils ont une volonté entière et tenace : graves et fiers devant les étrangers ou les personnes d'une condition supérieure à la leur, on les voit cependant se livrer entre eux aux élans d'une gaieté vive et bruyante. La place publique est le théâtre de leurs jeux, de leurs chants, et de leurs danses si originales et dont l'animation extrême est heureusement tempérée par- la sobriété ; car on ne voit guère que dans le Roussillon des hommes abandonner leurs plaisirs pour boire de l'eau pure. Malgré l'abondance du vin , il est extrêmement rare de rencontrer des hommes ivres.
Les relations, de jour en jour plus fréquentes . qui relient les diverses parties de la France commencent à effacer les coutumes traditionnelles et les vieux usages du Roussillon; le progrès de l'industrie, le goût des voyages font disparaître peu à peu les couleurs tranchées, les traits saillants ; mais l’empreinte donnée par les siècles au caractère national durera longtemps encore. On retrouve dans les montagnes des habitudes patriarcales , des croyances naïves et touchantes , des cérémonies superstitieuses qui semblent appartenir à un autre ège. Dans certaines communes, durant la nuit qui précède la Saint-Jean, plus d'une mère «Réchappe secrètement de sa demeure en enqiortant son nouveau-né dans ses bras; elle s’enfonce dans le bois ou le verger voisin : là elle choisit un arbre, et de scs mains, que l'amour maternel rend vigoureuses, elle déchire deux branches unies sans les détacher entièrement. Alors elle fait passer vivement son enfant chéri entre les fibres humides de la sève qui circulait ; puis elle rentre chex elle, le cœur rempli de joie , car, dans sa ferme croyance , l'enfant vient d'être mis à l’abri de tout maléfice. La superstition poétique touche et unit les deux limites de • la vie : dans le haut Confient, dans le Yallespir et même dans quelques villages de la Plaine, les personnes qui suivent un enterrement so rangent autour de la fosse, et dès qu'elle a reçu la bière dans son sein , des lettres y tombent de toutes parts, et ces mots retentissent : lieeommaifde-moi à mon père , à ma mère, à mon mari , à ma femme, à mes enfants! Naïves commissions pour des parents, dont on charge celui qui va les rejoindre! De moins gracieuses superstitions persistent encore : tout septième garçon , sans interruption de fille , liait avec le don de guérie tous les maux , et particulièrement les foulures; les femmes stériles vont, pour se rendre fécondes, sonner la cloche de l'église de Planés ou plonger leur tête dans une marmite en fer conservée dans la chapelle de Notre- Dame de Nouri. Le Roussillon est, enfin, un des rares coins de la France où l'on trouve encore un peu de la simplicité poétique des temps passés; mais elle s'éteint par degrés : l'esprit prosaïque de notre époque a déjà envahi la plaine, il monte de mamelons en mamelons, et bientôt il aura effaré jusqu'au dernier trait caractéristique des populations les plus isolées du Capcir, du Yallespir et de la Cerdagne. 1
1. Henry, Histoire du Roussillon. — Annuaire* du déparlement de s Pyrénées-Orientales. — Fr. Jakibert, Géographie du département des Pyrénées-Orientales. — Bulletins de la Société des Pyrénées-Orientales.